vendredi 15 mai 2026

C’EST QUOI L’AMOUR ? de Fabien Gorgeart (2026) par Luc B.


On connaissait les comédies de re-mariage, voici une comédie de re-divorce. C’est ce point de départ qui fait l’originalité de cette histoire. Marguerite et Fred sont divorcés depuis de longues années, elle a refait sa vie avec Sofiane, dont elle a une fille, Raphaëlle. Les premières scènes nous plongent dans le quotidien mouvementé de cette famille, Raphaëlle est en pleine crise d’ado, et pire, amoureuse…

Retour du mari prodigue, qui a une demande particulière. Fred souhaite se remarier avec Chloé, très croyante, et pour cela il lui faut des autorités religieuses obtenir l’annulation de son premier mariage à l’église. Une formalité. Ou presque. Les ex-époux qui n’ont rien à se reprocher, doivent monter un dossier à charge détaillant les raisons du fiasco de leur première union.

Ce qui fait rapidement la différence, à l’écran, c’est une certaine finesse d’écriture, sur un sujet pourtant rebattu (famille, ex famille, belle famille), le rythme du film qui ne semble faire aucune pause, ou presque, et l’excellence de la distribution. Bref, C’EST QUOI L’AMOUR ? se distingue un peu du lot. Évidemment, la formalité en question va prendre une forme beaucoup plus complexe et même inattendue sur la fin.

Il semblerait que Marguerite ne soit pas assez convaincante aux yeux du premier prêtre consulté (Jean Marc Barr en curé !), qui faute d’éléments tangibles refuse de valider le dossier. Arrive à la rescousse Chloé la catho, flanquée de son cousin prêtre, qui organisent un second rendez-vous chez une avocate spécialisée. En vain. Le dernier espoir est : le Vatican !

Ce qui intéresse le réalisateur Fabien Gorgeart (c’est son troisième film sur un thème assez proche) sont les conséquences d’une telle démarche. L’ex couple est contraint de se replonger dans le passé, s’interroger sur ce qui les a fait s’aimer puis se séparer. Jolie scène où Marguerite regarde pour la première fois une vidéo de son mariage, les acteurs y ont visiblement été rajeunis à coups de numérique. Marguerite (excellente Laure Calamy) sombre dans une mélancolie nostalgique, il lui vient comme des idées de reviens-y…

Ce qui n’échappe pas à Sofiane, un brin contrarié que l'ex-mari reprenne autant de place dans sa vie, les deux ex s'entendent comme larron en foire. Autre conséquence : si le mariage est annulé, cela signifie qu'il n'était pas fondé sur l'amour. Et donc que la première fille de Marguerite ne serait pas une enfant de l'amour... Ce qui plonge l'héroïne dans les affres de la mauvaise conscience. 

La situation tourne au vaudeville lors du séjour à Rome, où toute la smala est conviée, les deux couples, fille et belle-fille et pièces rapportées. La balade en scooter de nuit à Rome renvoie à VACANCES ROMAINES de Wyler, on ne pouvait pas y échapper. Fabien Gorgeart orchestre un chassé-croisé rigolo dans un palace cinq étoiles, entre faiblesses et petits mensonges.

Cette longue séquence romaine, certes amusante, aurait mérité soit d’être plus resserrée (beuveries, karaoké, rien de très original ni palpitant) soit d’y monter les curseurs en terme de comédie. Le réalisateur filme parfois le pied sur la pédale de frein. Marguerite coincée à poil dans la piscine aurait pu engendrer plus de catastrophes. Je ne sais pas quoi penser de la scène au Vatican, où s’invite un pape bienveillant, il aurait été plus rigolo de foutre un bon coup de goupillon là d’dans.

La dernière scène est par contre très réussie, émouvante, où s’y redéfinit les contours de famille (on pense au très beau L’ATTACHEMENT de Carine Tardieu), la place du père, du beau père. Laure Calamy étincelle, pétille, la réplique vive, le naturel déconcertant, Vincent Macaigne sort de son registre habituel de balourd empâté, Mélanie Thierry en impose en catho-tradi qui finit par se lâcher, et Céleste Brunnquell, toujours très juste même dans un petit rôle.

On aurait aimé qu'un Blake Edwards s'empare du sujet, y rajoute une pincée d'irrévérence, certaines situations pouvaient facilement être plus délirantes.


couleurs  -  1h50  -  format 1:1.85

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire