LE GATEAU DU PRESIDENT de Hassan Hadi (2026) par Luc B.
Les films iraniens, on connaît.
Largement distribués en France, car souvent cofinancés chez nous.
Mais les films irakiens, pour moi, c’est une première. Celui-ci a
reçu un soutien hollywoodien, au vu de la quinzaine de
co-producteurs américains, dont Chris Columbus, un gars qui pèse
lourd dans le business, scénariste producteur et réalisateur
souvent associé aux films pour enfants ou ados, de GREMLINS, MAMAN
J’AI RATÉ L’AVION, à HARRY POTTER.
Le film est d’ailleurs
co-écrit par Eric Roth, celui de FORREST GUMP entre autres. Donc pas
vraiment le genre de film réalisé dans la clandestinité, avec
trois sous et un metteur en scène qui dirige depuis sa cellule. Ça
se voit à l’écran, le film a bénéficié de moyens, et tant
mieux. Mais Hassan Hadi a tenu à faire jouer les gens du cru, des
amateurs. C’est son premier film, récit assez autobiographique, un
genre de 400 COUPS à Bagdad (ou plus précisément à Bassora), il
est aujourd’hui prof de cinéma à New York, ceci expliquant
cela.
On remarque de suite la beauté des images, dès ce premier long
plan, une gamine et sa grand-mère sur une pirogue. Très beau
travelling, fluide, sur le fleuve, la caméra se rapproche des visages, puis un panoramique les suit s’éloigner au rythme du
courant, et on découvre à l’arrière plan une maison en feu.
Superbe. Nous sommes dans le delta du Tigre et le l’Euphrate, les
maisons flottantes sont construites en joncs.
C’est là que vivent
Lamia, 9 ans, et sa grand-mère Bibi. La barque est l’unique moyen
de transport, que prend la gamine pour aller à l’école. Dans deux
jours, c’est l’anniversaire du sympathique et moustachu Saddam
Hussein (étonnant cette habitude des dictateurs de piquer la moustache des autres, de Chaplin à Mercury). La tradition veut que chaque famille
irakienne lui offre un gâteau. Le copain de Lamia, Saïd, dira
d’ailleurs que plus tard il veut être président, pour pouvoir
manger plein de gâteaux.
L’instituteur tire au sort parmi ses élèves et Lamia est désignée pour confectionner le gâteau
« avec beaucoup de crème comme j’aime » insiste le
maître, la corruption se niche partout. Lamia et sa grand-mère, dans la dèche, se rendent le lendemain en ville
pour acheter les ingrédients. Mais est-ce la vraie raison ? Le
périple commence…
Le principe est classique, celui du conte
initiatique. On pense évidemment au film de Truffaut, avec ces deux
gamins frondeurs en vadrouille. Un genre qui permet de radiographier la
société. La corruption généralisée, à chaque barrage
de flics on sort un p’tit billet pour les bonnes œuvres du
Président, un autre pour l’infirmier de l’hôpital public. La coercition comme outil d'éducation, avec cet instituteur qui vole les goûters des élèves
dans leurs cartables, hurle et menace de représailles physiques sur des familles entières. Et
cette propagande anti-américaine, rabâchée en classe, si vous êtes pauvres c’est la faute à l'embargo, pas parce que dear président s'en met plein les poches. Le culte voué au bon Président Hussein, dont le
portrait trône à chaque coin de rue.
Mais pas tant la religion. Dans
la classe de Lamia, peu de fille voilée. Et en ville, dans les bars, hommes et femmes discutent ensemble, on voit même une
chanteuse en jupe courte et talons hauts qui se trémousse. Il faut voir la grand-mère
Bibi houspiller des flics (quand la fillette prend la tangente), non
pas rabaissée à sa condition de femme, mais de paysanne. Une
société bâtie sur les classes sociales, la ville, la campagne.
Mais ce qu’on voit surtout, c’est la pauvreté et le système de
la débrouille. Tout fonctionne en troc. Tu veux un truc ? Tu me
donnes quoi en échange. Un uniforme scolaire contre un poste de radio. Mais aussi le troc en nature... Deux scènes marquantes, ce commerçant
libidineux qui négocie des faveurs sexuelles dans l’arrière
boutique à une femme enceinte jusqu’au dent (les gamins sont chargés de surveiller la porte, contre un peu de sucre). Plus tard Lamia, qui
pour avoir un peu de levure, suit aveuglement un éleveur de poulet,
un gars sympa puisqu’il veut avant l’emmener au cinéma… dans
une salle porno clandestine. Contre trois
œufs, les gamins sont contraints de monter des sacs de 30 kilos jusqu'à l'échoppe d'un vendeur éclopé. Quand on achète pas, quand on échange pas, on vole.
C’est ce monde d’une brutalité folle que
Lamia découvre à chaque recoin de ses péripéties. Son cartable
chargé sur le dos, son coq apprivoisé Hindi comme compagnon
d’aventure, et le copain Saïd, avec qui elle joue au duel de
regards, à celui qui clignera des yeux en premier. Ils feront une ultime partie, sous les bombardements, en classe, un dernier plan
absolument superbe.
Hassan Hadi s’est servi de ses souvenirs pour
écrire son histoire, qu’il filme à hauteur d’enfant. La
violence des rapports y est intelligemment suggérée, mais pas
aseptisée, qui évite le piège du
pathos et du mélodrame. Toutes les scènes dans le delta sont
superbes, baignées de lumières douces, comme ce retour en barque de
nuit à la lumière des flambeaux, opposées à
l’effervescence et la tension des scènes urbaines, comme le vol de
farine dans un entrepôt et la course folle sur les toits de la ville
qui s’ensuit.
LE GÂTEAU DU PRÉSIDENT est un joli film, construit
sur une idée simple, un schéma qui s’adresse au jeune public
(amenez y vos gamins, à partir de 8-9 ans) qui résonne dans d’autres contrées malmenées par les dictatures, la pauvreté,
la guerre. On objectera tout de même une interprétation assez rigide et peu nuancée de la part des enfants, comme si la direction d'acteurs se bornait à regardez à droite, regardez à gauche...
Couleur - 1h40 - format scope 1:2.39
Une fois de plus,
la bande annonce est conditionnée sous une musique insupportable
faite de crescendos dramatiques, le film vaut beaucoup mieux que
cela.
Un film irakien, c'est pour Lester, ça. Il y a un truc que je ne comprends pas. Hassan Hadi quoi au juste? Ce n'est pas clair.
RépondreSupprimerC'est une variante locale du "Jacques a dit" !
RépondreSupprimerC'est bien ce qui me semblait. S'agissant de la moustache, ça revient, et pas que pour les dictateurs.
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