jeudi 20 février 2020

ERIC FRASIAK "Charleville" (2019)


Il fallait bien un événement exceptionnel pour me faire sortir de ma retraite, de plus un peu de travail au noir mettra du beurre dans les épinards... C'est que le régime spécial des Deblocnoteurs n'est pas très généreux, et difficilement compréhensible, un point par chronique publiée (on comprend mieux la boulimie de chroniques de Messieurs Pat Slade et Claude Toon...) et des bonus de pénibilité (ainsi j'ai touché 4 points d'un coup pour ma chronique de Christophe Maé (clic) ) et des super bonus pour les chroniques dites "d'utilité publique" . Celle que vous êtes en train de lire entre sans conteste dans cette catégorie tant Frasiak s'inscrit dans l'ADN des François Béranger ou Léo Ferré,  grands chansonniers partagés entre tendresse et révolte. Une veine des "chanteurs engagés" hélas en voie de disparition, victime de l'effondrement de  la biodiversité culturelle, aussi préoccupante que l'extinction de la faune et de la flore. Mais revenons à nos moutons en l’occurrence ce nouveau Frasiak, le 9ème (dont 2 live) composé de 16 titres, dont 2 reprises.

Pour l'occasion il s'est entouré d'une pléiade de musiciens, ainsi s'installent derrière la batterie Olivier Baldissera et Raphael Schuller, à la basse Philippe Gonnand (saxo également ), à la guitare électrique et au dobro Jean Pierre Fara, au violon Philippe Girondon, à la pedal steel Jean Yves Lozac'h, à l'accordéon Steve Normandin, aux cuivres Patrick Leroux (+ violoncelle), Sébastien Hughuenin, Benoit Dangien aux piano et orgue, sans oublier des choristes, les "Frasiettes" (Géraldine Ecosse, Annelise Roche, Khôl), tous ces intervenants et instruments apportant des colorations riches et variées au fil des titres.

"Charleville", qui donne son nom à l'album ouvre le bal, une belle chanson pleine de nostalgie et d'émotion, et un cri d'amour à la ville de son enfance ; pas le coin le plus sexy de France, mais pour un peu, il nous donnerait envie d'y aller planter notre tente (notre Air BnB plutôt, vivons avec notre temps) . Avec "Mon anarchie" on retrouve le Frasiak, héritier de Ferré et Béranger, qui nous explique que son anarchie ce n'est pas le chaos et les têtes coupées mais un "hymne à la vie", la liberté, l'utopie.
Plus léger "Chat" fera plaisir à tous les amis des petits félins, dont votre serviteur bien sûr. Un titre qui sent le vécu et aurait figuré en bonne place dans l'article que j'avais consacré aux chats dans la chanson (ici), accompagné d'un jazz manouche sautillant avec à la guitare Philippe Parant.
Ensuite vient une des 2 reprises , "L'espoir" de Michel Bühler, écrivain et chanteur suisse, engagé pour la défense des opprimés, y compris sur le terrain ; l'autre étant "L'âge d'or" d'un certain Léo Ferré.
Avec "Tango pression"  Eric s'amuse à construire un texte en jouant avec des noms de bières, y'a un petit coté  Bobby Lapointe là-dedans, en tous cas faire rimer amour avec Kronenbourg, fallait oser !
J'adore "Gros con" et sa guitare à la Knopfler, et son histoire qui pourrait nous arriver à tous : retrouver un  ami perdu de vue depuis 30 ans, - on a tous fait ça, taper le nom d'amis d'enfance sur facebook ou copains d'avant - et se rendre compte qu'il est devenu un gros con, celui de la chanson est vraiment le beauf ultime... "Novembre", beau titre sur un mois bien déprimant, avec Frédéric Bobin au chant et chœurs.
"Bure sur atome" est bien sur consacré à cette commune de la Meuse, choisie pour stocker en son sous-sols les déchets nucléaires, comme on se doute connaissant le Frasiak, les centrales c'est pas vraiment son truc...
Je vous laisserai découvrir la face B, avec quelques pépites aussi, notamment "Un truc comme ça" où il clame avec humour son  incrédulité devant la connerie des grands de ce monde, Trump en tête ("comme il aime bien les armes sa femme c'est un canon"..), tous les dictateurs plus ou moins déclarés en prennent pour leur grade... Et  "Rhinovirus" sonne prophétique en ces temps de virus chinois..

Encore un bel album du troubadour de Bar-le-Duc, alternant entre tendresse et colère, dépeignant avec humour les comportements et travers de ses congénères  .

Commander, écouter, dates, sur son site : frasiak.com

ROCKIN-JL

quelques extraits en concert:

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