mercredi 11 juin 2014

CALIFORNIA BREED (2014) by Bruno



Pour sûr, Glenn Hughes devait en avoir gros sur la patate.
Alors qu'il était parvenu à monter un super-groupe qui lui permettait d'être à nouveau sous les feux de la rampes, voilà qu'il se prend le chou avec Joe Bonamassa. Ce dernier, le guitariste, osa mettre entre parenthèse, pour une période indéterminée, l'épopée de Black Country Communion afin de ne pas laisser sa carrière solo se dessécher comme une moule au soleil.


     Fait qui fit entrer ce bon vieux Hughes dans une colère où les mots fusèrent malheureusement plus vite que la pensée, mettant alors fin à Black Country Communion. Un collectif qui même s'il n'a pas réalisé de disques mémorables, avait le mérite de focaliser l'attention, aussi bien de la presse que du public qui répondait présent à ses concerts. Pas de renaissance possible donc pour B.C.C., d'autant plus que Joe Bonamassa a mis son veto pour l'utilisation du patronyme (alors que c'est lui qui voulait lâcher un temps le groupe... et que le nom était une idée de Hughes).
Un coup dur pour Glenn Hughes qui s'était totalement consacré à ce projet, pensant avoir trouver avec ce groupe cet équilibre musical tant recherché. Certainement aussi un constat d'échec personnel répété. En regardant en arrière, Glenn a dû constater que, maintes fois, il s'était retrouvé au sein de grandes formations de Heavy-Rock qui auraient dû l'ériger comme une star internationale indétrônable. Maintes fois il a foulé un piédestal que bon nombre de ses compères n'ont pu qu'apercevoir. Mais maintes fois, il en redescendit ; son attitude gangrenée par des substances chimiques n'y étant pas étrangère.

     Pourtant, ses débuts de carrière furent plus qu'encourageants. D'abord avec Trapeze (avec l'excellent Mel Galley) il se fit un nom grâce à deux albums remarquables (« Medusa » et « You are the Music... We're just the Band ») ce qui lui permit de se faire repérer par les membres de Deep-Purple. Ces derniers le débauchent pour monter le Mark III qui accoucha de deux manifestes : « Burn » et « Stormbringer ». Ensuite, pour faire court, c'est la débâcle, un combat contre la drogue qu'il mettra des années à vaincre, et qui, au passage, brisera plusieurs nouveaux départs de carrière prometteurs. Ainsi, après l'arrêt de Deep-Purple, son retour dans Trapeze en 1976 finit en eau de boudin ; son tempérament devenu instable rendit la tournée si difficile et pénible, que Mel ne souhaita pas continuer avec lui dans ces conditions. L'année suivante c'est Gary Moore qui le convie pour son G-Force, mais ils se séparent dans de mauvaises conditions. Enfin, en 1981, il remonte la pente et parvient à réaliser avec le jeune Pat Thrall un superbe disque de Heavy-Rock classieux, mélodique et puissant à la fois (« Hughes & Thrall »). Ensuite plus rien, on le croit fini jusqu'à « Phenomena », gros disque de Heavy-rock léché et travaillé, avec son ancien acolyte Mel Galley. Fort de ce succès, il enchaîne avec « The Seventh Star », l'excellent disque de Toni Iommi/Black Sabbath. Encore une fois, Glenn prouve qu'il peut aisément se hisser au niveau des plus grands de la musique Rock, et Heavy en particulier. Hélas, encore une fois, il n'y a pas de suite pour Glenn, à cause de sa dépendance. En 1989, il s'adjoint à Robin George (« Sweet Revenge »), mais le disque sort dans l'indifférence générale, sans aucune promo.


     Et puis en 1992, c'est Mike Varney qui, peut-être un peu lassé de ses poulains shredders, décide de se lancer dans le Blues d'obédience bien grasse et lourde, et essaye par la même occasion de relancer une petite poignée de vieux forçats au creux de la vague (voire dans le désert). Sur la pochette du sobrement intitulé « Blues », on découvre alors un nouveau Hughes au look fringuant, très proche de celui de Graham Bonnet. C'est une opportunité, un nouveau départ. Encouragé par un certain succès, peut-être inattendu, Glenn Hughes se lance sérieusement dans une carrière solo, dont chaque album a la qualité de toujours receler un lot de bonnes chansons, dont quelques pépites. Tendance qui va en s'améliorant. Toutefois, Glenn est tiraillé entre deux personnalités. Celle poussée par un égo surdimensionné qui l'entraîne à se mettre en avant, d'accaparer l'attention (dés Deep-Purple avec ses combats de braillements stériles avec Coverdale), et donc d'avoir son nom en gros sur le verso de la pochette. Et une seconde qui est le besoin viscéral de faire partie intégrante d'un groupe. Et généralement, c'est dans ce cas de figure qu'il donne le meilleur de lui-même ; preuve à l'appui quelques disques qui ont fait date. Preuve peut-être aussi, qu'il a besoin d'être canalisé. Et c'est peut-être parce qu'il est conscient de ce fait qu'il n'a pas cessé de recommencer l'expérience de groupe. 
Ainsi, il réitère avec son ami Iommi, toutefois sans que cela aille plus loin que le studio (« The DEP Sessions » et « Fused »), mais n'en récolte pas moins un certain succès. Autre essai avec Geoff Downes, « The Work Tapes », aussi avec l'italien Dario Mollo, « Voodoo Hill », sans omettre le HTP, la collaboration avec John Lynn Turner.


     Tout ça pour dire que si Glenn Hughes dit avoir trouver l'équilibre musical avec Black Country Communion, on peut le croire. La désertion de Bonamassa dut le blesser (d'où ses propos acerbes), sans l'abattre toutefois, car ce vieux pirate qui clame son besoin vital de jouer, n'a pas attendu bien longtemps pour reformer un groupe (et non un projet solo). Après une petite tournée avec le collectif de stars du rock, « Kings of Chaos », (créé pour prendre simplement du bon temps en reprenant divers titres sur scène, dont une partie liés aux divers intervenants), Glenn convoque un très jeune guitariste, inconnu du circuit mais dont les démos avaient éveillé sa curiosité. Il s'agit d'Andrew Watt, un New-Yorkais, alors de vingt-deux ans, présenté par Julian Lennon. Glenn rappelle alors son ami de longue date, Jason Bonham (1), et tous trois composent et jouent quelques titres. Cerise sur le gâteau : le jeune Andrew chante, et plutôt bien même. Dans un registre différent de celui de Glenn mais qui se marie bien avec celui de ce dernier. 

     Évidemment, la sauce prend (sinon, pas de disque) et le trio part (trop ?) rapidement en studio enregistrer leur matériel. Des enregistrements quasiment live (et cela s'entend parfois), où le producteur a préféré garder les lignes de chants que Glenn a interprétées pendant qu'il jouait en groupe.
     En conséquence, on pourra reprocher un manque de clarté et de définition sur bon nombre de titres. ça sonne résolument sauvage, ça déborde d'énergie, de testostérone, comme coincé entre un Heavy-Rock de la première moitié des 70's et le Grunge d'Alice in Chains et de Pearl Jam
Apparemment, Glenn ne se décide pas à vieillir (comme son nouveau look, un peu limite, le démontre), et ce n'est pas encore demain qu'il va la jouer crooner avec un répertoire de reprises. En tout cas, sa voix n'accuse aucunement son âge (63 ans le 21 août prochain !), et pas mal de jeunes hurleurs doivent se sentir petits face à l'énergie qu'il déploie.
La batterie semble plier sous des coups de boutoirs, à la limite de se démonter. La guitare d'Andrew surnage dans une saturation paraissant élaborée d'une Fuzz grasse et d'une overdrive fatiguée, poussée au ¾ . Quelquefois, cette gratte semble être reliée à un câble défectueux (on pense parfois à la Expandora de Billy Gibbons) ; une pelle poisseuse qui n'a aucun complexe à couvrir parfois la basse. Et cette dernière justement, n'est pas toujours à la fête, parfois écrabouillée entre les deux furieux, Jason et Andrew.


     Et si l'on devait comparer Watt à Bonamassa, il est indéniable que le premier n'a pas la technique du second. Une évidence frappante dans les soli.
Quand, dans le milieu du Rock, on a parfois tendance à vouloir écouter la version live d'un bon titre que l'on juge trop policé et chargé d'arrangements, en pensant que c'est sur scène qu'il donnera tout son jus, ici c'est parfois le contraire qui se passe. En effet, on pourrait croire que certaines pièces auraient la possibilité de devenir énormes avec une grosse production un peu plus raffinée.
Malgré tout, cet album a du jus, une consistance et une authenticité qui pouvaient parfois faire défaut au projet précédent.

     Avec California Breed, le duo Hughes-Bonham oublie le Blues-rock pour se recentrer sur un paysage nettement plus Heavy, plus direct, plus sombre et offensif. Mais peut-être aussi, plus récréatif (en dépit de quelques paroles parfois plus introspectives).

     D'entrée, avec « The Way », le trio en fait des tonnes : frappe de bûcheron, chant entre l'extase Soul et les doigts dans la prise, et guitare façon « Jimmy Page la joue Stoner ». Et de Led Zeppelin, il est question, mais mué en rouleau-compresseur, écrasant sans discernement tout sous son passage. Et pourtant, ça passe. Led Zep toujours avec « Chemical Rain », dans une ambiance sulfureuse, du moins dans le riff massue.
Sinon Black Sabbath, ou Tony Iommi, avec « Day They Come » et un « Invisible » qui s'encombre de quelques « arrangements » superflus qui le rapprochent plutôt d'un BigElf un peu saoûlant. Sans Iommi, Glenn ne parvient pas à retrouver la flamme de « Fused », encore moins de « Seventh Star »


« Midnight Oil » retrouverait presque la puissance générée par la rencontre explosive du Funk et du Hard-Rock telle que savait le créer Trapeze, mais avec un son... un son nettement plus dirty. Une guitare en stéréo avec un canal en overdrive classique et un second où elle est saturée par un flanger à la limite du décrochement. Aux fûts, un guerrier délivre un pattern funky comme un géant dévalerait une montagne, pris dans une avalanche. Après quelques couplets, une chanteuse, Kristen Rogers, d'une voix fort puissante et claire, vient soutenir Glenn, donnant alors un agréable goût de Rolling Stones ère Mick Taylor. 
« Let it burn, let it burrnn...urn. I'm gonna set it on fire with the Midniight Oiiil !!! ». Solo !

California Breed s'attaque même avec brio au Glam-rock, non pas celui porté par une scène californienne plus opportuniste que sincère, mais bien celui chargé de paillettes, de provocations et de guitares Rock'n'Roll, entre raffinement et décadence, des Mott the Hoople, Ziggy Stardust et Marc Bolan (« Spit You Out »).

     Le trio ne se contente pas de lâcher les vannes, de faire du boucan, de se vouer aux dieux païens de la forge et du souffre. L'arpège cristallin et le chant posé de « All Falls Down » appellent à la douceur et au recueillement... enfin, jusqu'à ce que Jason écrase ses peaux comme une brute, que Glenn vocifère sa douleur et qu'Andrew enclenche sa Big Muff (ou un truc du même genre). Le trio alterne entre la fraîcheur d'une brise printanière et le souffle chaud et brûlant d'une tempête de sable charriant les humeurs qui transportent les hommes. Ici, Rival Sons n'est pas loin.
« Breathe » (avec le concours de Julian Lennon aux chœurs) présente également le groupe sous un aspect plus modéré. Un titre saisissant, un subtil cocktail fait de ballade appuyée, de Heavy-rock psyché et de pur Hard-Rock 70's.


     On remarque que Glenn se gêne pas pour en faire parfois des tonnes, chantant comme un possédé, en se gardant bien toutefois de pousser le fameux cri des "roubignoles coincées dans la braguette" (ou autre part). Néanmoins, les gueulantes de sir Hughes se fondent totalement dans la guitare omnipotente d'Andrew, ce qui fait que cela ne paraît jamais déplacé ; au contraire de ce qu'il a pu faire autrefois, notamment en live. Ce serait parfois comme une incantation, une glossolalie païenne. 

     Glenn Hughes, enthousiaste, a comparé Andrew Watt à Mel Galley. Si le jeunot utilise une Gibson SG Standard tout comme Mel, il ne semble pas pour autant détenir la même science du Riff, ni même un feeling équivalent dans ses interventions solistes. 

     Toutefois, en dépit de quelques défauts, le constat est là. Ce premier essai de California Breed fait son office (en sautant peut être « Invisible ») en procurant de bonnes sensations Rock, du genre Sleaze, en mode pêchu et crasseux. De quoi mettre à mal les esgourdes pour peu que l'on pousse le volume.
Et peut-être même que, dans l'ensemble, il se montre plus excitant que Black Country Communion. Peut-être parce que c'est tout bonnement plus frais, direct et instinctif.

     Encore une fois, on a pu lire que California Breed était en quelque sorte un ersatz de Led Zeppelin. Imagination fertile, fantasme ou psychose ? Pauvreté de culture musicale (désolé) ou disque écouté d'une (seule) oreille distraite et sale ? Ne pourrait-on pas un peu plus nuancer les comparatifs ? Voilà bien une décennie que chaque nouveau groupe de Heavy un tant soit peu Bluesy est systématiquement comparé à Led Zeppelin. Certes, ce dernier est immense et son influence énorme, mais il n'y a pas que lui. 
On a aussi conclut que le trio faisant également référence à Deep-Purple (?). Vraiment ? A cause de Glenn Hughes ?
Le Dirigeable se retrouve surtout dans les deux titres mentionnés, et en étant obsédé, on pourrait aussi déceler quelques ébauches de riffs et des patterns.
Sinon, on devrait plutôt citer tout ce qui a fait la carrière de Glenn, à l'exception de Phenomena, HTP, et... Deep-Purple.

Le patronyme « California Breed » est issu des paroles de la chanson « Solo ». Une des premières écrites mais seulement disponible via le net (Les cons !).





(1) Glenn connaissait déjà le père, John Bonham, qui venait parfois jammer avec Trapeze et avec qui il se lia d'amitié. Il connut ainsi Jason enfant.







Pour en savoir plus sur Glenn Hughes (liens) :
Trapeze "You are the Music... We're just the Band" 1972
Deep-Purple "Burn" 1974
Deep-Purple "Come Taste the Band" 1975
Black-Sabbath "Seventh Star" 1986
Black-Country-Communion 2010

6 commentaires:

  1. Je lisais dans "bassiste magazine" (euh... oui, au supermarché s'est rangé à côté de "batavia mon amie" que je lis tous les mois, je me lance dans le potager...) une interview de Glenn Hughes. Il s'en prenait surtout au manager de Bonamassa. BCC devait sortir un nouvel album, Glenn Hughes avait accepté d'en écrire les chansons (ce qu'il fit) à la condition qu'il y ait une tournée ensuite. Ce qu'on lui avait assuré. Et finalement, Bonamassa a été privé de tournée par son entourage, pour ne pas sur-charger son l'emploi du temps...

    Sans doute, effectivement, pour privilégier sa carrière solo (dont - au passage - tout le monde se fout, ses participations à droite et à gauche sont beaucoup plus intéressantes !!)

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    1. Oui, effectivement, j'ai lu ça quelque part (mais pas dans bassiste Mag) : le fautif serait plutôt le management de Bonamassa. Peut-être une pirouette pour atténuer les rancœurs. Toutefois, je me souviens d'interviews de Joe où il disait clairement vouloir reprendre, du moins pour un temps, sa carrière personnelle, vouloir passer à autre chose. Et surtout, que sa carrière solo était prioritaire.
      Personnellement, je subodore que Joe commençait à en avoir assez de passer en second plan, par rapport au chant évidemment accaparé par Glenn. De plus ce dernier est un bien meilleur show-man, sachant faire le spectacle et attirer en conséquence les regards (plus de métiers évidemment).

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    2. Au fait, je t'ai répondu sur mon blog pour Dio & Livgren.

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  2. Bon tout est dit.
    J'en reste à Trapèze, Deep Purple, Hughes avec le gars de Pat Travers et un ou deux cd de blues. Le reste basta.

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    1. C'est sûr qu'en comparaison avec "You are the Music...", "Burn", "Stormbringer" et "Hughes & Thrall", celui-ci fait pâle figure.
      Il y a aussi le mal nommé "Blues".

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  3. Merci mon tio Bruno de me rejoindre dans mes sanctions, et pourtant je l'adore comme vocal et bassiste.

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