mercredi 4 décembre 2013

Rob TOGNONI " Casino Placebo " (2013), by Devil Bruno




Ouch ! Ouïlle ! Aïe !
     On sait que cet Australien prend un malin plaisir à attaquer ses albums par un premier titre très fort, capable d'électriser l'auditeur. Donc, bien que sur mes gardes - avec une double couche de coussins derrière le crâne, le matelas contre le ventre, les chaussures de sécurité, le casque intégral -, « Don't Need Lovin' Tonight » m'a pris par surprise et m'a scotché contre le mur. En plus, c'est vicieux : le break fait croire à un autre titre, un instrumental relativement plus calme - et tout aussi bon -, et puis "crack" ! Voilà t'y pas qu'il remet la rince ! Et « Catcher In The Rye » n'est guère plus fair-Play en ne me laissant reprendre mon souffle que l'instant du premier mouvement, juste avant d'envoyer à nouveau la purée. Certes les coups sont moins puissants, mais c'est pour mieux m'achever avec un solo destructeur à la wah-wah incendiaire. Crapule ! Et son acolyte, le batteur, est un vrai barbare ! Rob en lâche un rire sardonique de satisfaction. Et cette voix, celle d'un psychopathe, d'un serial-killer (riffer).

     Et cet instrumental démoniaque, « Casino Placebo », donnant le titre à la galette, c'est quoi ? La bande-son d'un James Bond déjanté, shooté aux amphétamines et à la wah-wah (un effet que le sir maîtrise et utilise à bon escient). Le matelas est désintégré, les coussins éventrés. Même pas la force d'atteindre la télécommande.


   Après la reprise des Beatles (composition de George Harrisson), « Something », accalmie au milieu de cet orage de décibels (plus rugueux que l'originale), Rob remet le couvert avec une pièce hésitant entre AC/DC et ZZ-Top, plus conventionnelle, mais « Tsunami » passe la cinquième, et le Turbo (Interceptor !). Entre Surf-guitar (!), Rock-garage (Detroit Cobras) et les Aztecs de Billy Thorpe. On danserait presque ! Rob est sur sa planche en adamantium, surfant sur une vague titanesque  arrivant à toute berzingue sur la côte ouest ; des "Great-White" fous tentent de le "quécro" (croc !) mais Rob les terrasse par des éclairs d'énergie pure générés par ses soli tendus. Une imagerie tout droit sortie de l'esprit des Simon Bisley, Rankerox, Bernie Wrightson, voilà ce qu'évoque cet enivrant "Tsunami".


     Hélas, Rob ne parvient pas à maintenir le niveau (parti trop vite, sans échauffement, la fatigue le gagne). En dépit d'une bonne rythmique typée Gallagher, « Stolen Heart » s'enlise. « The Last Kiss » emprunte le chemin des ballades blues en mode mineur qu'affectionnait Jeff Healey, mais le timbre de Rob s'y prête moins. Retour au « Casino » (bis), cette fois-ci en mode psychédélique d'inspiration Cream et Hendrix, un brin ramollo. 
Et, enfin, retour aux temps forts avec « Hard Love ». Après deux faux départs - le second brouille les pistes avec ses fausses allures de Reggae - Rob redresse la barre et lâche les watts et montre les dents. Inmates meets ZZ-Top. C'est chaud, incandescent, les semelles fondent. « Je fonds, je fonds ! Oui... mais c'est tellement booonnn... » (citation du Baron Von Rotton).
« Relax » (?? Il a de l'humour le Rob) Un rythme binaire entre le Rap des Beasties Boys et AC/DC saupoudré d'une once de Funk à la Mother's Finest. Une recette sucrée-salée qui, ici, fonctionne à merveille.
« Vegemite » enfonce le clou en forçant le versant Rap (sic), par le chant scandé, cependant en parallèle le jeu est nerveux et serré. Le groupe finit son set sous l'influence d'un shoot d'une surdose d'un mélange à réveiller les plus moribond (amphés-caféine-guarana-ginseng-théine-). On songe aussi à l'humour décalé de Zappa.

      Souvent sous-estimé car trop Hard pour les Blueseux et trop Blues pour les Hardos, et surtout pas vraiment médiatisé, on a tendance à reléguer le pauvre Rob dans les besogneux. Pourtant, c'est un maître-riffeur. Un des rares a réussir à pondre des chorus assassins qui ne sentent ni la naphtaline ni le réchauffé. S'il ne répugne pas à piocher deci-delà dans sa discothèque (que l'on imagine très fournie), il est capable d'enfanter des riffs-killer originaux qui vous prennent par la peau du cou et vous secouent sans ménagement dans tous les sens. Le gaillard sait se montrer brutal, mais avec classe, talent et efficacité. Même s'il n'a pas le look (certains malheureusement y prêtent attention), il fait partie du cercle des Van Wilks, Gary Moore, Chris Duarte, Graig Erickson à savoir des guitaristes-chanteurs-compositeurs possédant une technique époustouflante, leur permettant de jouer ce que bon leur semble (ou presque), sans aller nécessairement dans la démonstration.
Ce qui est troublant, c'est que lorsque l'on l'interroge à propos de ses enregistrements, Tognoni dit ne pas faire plusieurs prises, se contentant généralement de la première (!?). Pourtant la mise en place au cordeau pourrait laisser croire le contraire. Toutefois, cela expliquerait la présence de certaines pièces de "seconde zone" des disques précédents.

     Rob encore moins que ces derniers, ne se cache pas derrière des tonnes de notes délivrées à toute berzingue. Cela doit toujours rester foncièrement soudé à la structure. En cela, par bien des côtés, il se placerait plutôt aux côtés d'un Rory Gallagher, ou d'un Gwyn Ashton, voire d'un Michael Katon (1). D'ailleurs, nombre de titres de ce dernier opus le rapprochent de ces trois bretteurs. On retrouve également un petit quelque chose, dans l'attaque (hors vibrato) notamment lorsque le jeu se fait sautillant et nerveux à la fois, du Ritchie Blackmore des 70's.

   Son son est puissant et défini, coincé entre la Stratocaster et la SG, crunchie sans être vraiment rugueux ou baveux. Plutôt couteau de boucher (modèle maosse costaud tout de même) que hache de bûcheron, et certainement pas tronçonneuse. Même dans les plus forts moments (et il y en a), les nuances restent parfaitement audibles. Pour y parvenir, Rob doit utiliser un fort tirant qui expliquerait aussi une sonorité relativement mate, évitant tout clinquant, qui allie puissance et définition. Amateur de micros simples et notamment de Stratocaster, Rob a depuis quelques temps craqué pour les guitares allemandes "SignGuitars", plus précisément pour le modèle Sixty4. Une belle publicité.

     Mention spéciale à Mirko Kirch qui tambourine comme un diable (de Tasmanie) et qui procure force, concision et enrichissement par ses patterns appuyés et « subtils ». Pas facile d'attirer l'attention à côté d'un phénomène tel que Tognoni, et pourtant Mirko y parvient. Et cela en étant toujours calé au tempo, sans jamais se la jouer solo. C'est une performance, et un régal pour les esgourdes. Au passage, la production lui rend hommage. Fait relativement rare, car dans une majorité de productions la batterie laisse à désirer, notamment parce que la captation de cet instrument tribal n'est pas aisé. 

Certainement un des meilleurs opus de Rob Tognoni.  




(1) Du moins, en ce qui concerne ce dernier, la période antérieure à 2006, car à partir du disque simplement baptisé "MK" - et même déjà un peu sur "Bad Machine" -, c'est nettement plus bourrin et dépourvu de finesse. 





Pas grand chose de récent à se mettre sous la dent. Ici, le son n'est vraiment pas terrible : un enregistrement d'amateur dans un lieu qui, apparemment, n'a pas été conçu pour l'acoustique.


Article paru initialement sur la revue BCR.

2 commentaires:

  1. gege_blues26/1/14 18:38

    Rob Tognoni ne m'a jamais déçu, j'adore son jeu de guitare puissant valorisé par un son bien gras qui, effectivement, évite le clinquant. Très belle analyse de son dernier opus, bravo Bruno !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci beaucoup GéGé.
      Rob est reconnu depuis longtemps en Australie (The Angels avait repris un de ses titres pour la face B de "Dogs are talking", et cela a dû aider), mais en Europe...
      C'est malheureusement le problème majeur des artistes australiens : l'éloignement et le coût qui en résulte. Ce qui réduit par conséquent considérablement la promotion par les concerts.

      Supprimer