vendredi 11 janvier 2013

CHUCK LEAVELL "BACK TO THE WOODS" (2012) par Luc B.



Le nom de Chuck Leavell doit apparaitre sur la moitié des albums rock-blues de ces 40 dernières années ! Grand connaisseur de la chose Blues, il rejoint les Allman’s Brothers, plus tard joue avec Gov’t Mule, et participe à l’aventure Sea Level, groupe jazz-blues progressif né des cendres des Allman’s, dont il est le principal compositeur. On le connait comme accompagnateur des Rolling Stones depuis les années 80, en studio et sur scène,  suppléant au décès de Ian Stewart, dit Stu, le pianiste historique du gang à Jagger. Et sur le Unplugged de Clapton, le somptueux chorus de piano sur « Bad Love » c’était lui… Malgré cet emploi du temps chargé, Chuck Leavell trouve le temps d’enregistrer pour son propre compte, et BACK TO THE WOODS est son cinquième album solo.

Le titre de l’album peut être compris à deux niveaux, retour au bois, à la matière brute, aux racines, mais aussi hommage à la grande passion de Chuck Leavell, la protection de la nature, des forêts en particulier. Car en parallèle de son métier de musicien, Chuck Leavell est aussi propriétaire d’arboretum, de plantation, sa femme et lui étant très actifs dans la défense de l’environnement depuis 30 ans.

Dans cet album, Chuck Leavell rend hommage aux grands pianistes de Blues, Leroy Carr, Ray Charles, Otis Spann… Ca ne s’est pas fait en trois jours, mais au long court, avec pas mal d’invités. Pourtant l’ambiance de l’album ressemble justement à une jam, comme si tout était improvisé, simple, facile… L’hommage est respectueux, sincère, l’ambiance très cosy ! Un disque à écouter dans un vieux fauteuil club en cuir râpé, un verre malté à la main, devant un bon feu de cheminée… J’ai horreur de cette expression, mais je n’en connais pas d’autres : BACK TO THE WOODS est un disque de blues qui peut plaire à ceux qui n’aiment pas le blues ! (sauf que... si on n’aime pas le blues, pourquoi acheter un disque pareil ?!). Pas de prise de risque, le confort de l’auditeur est la seule préoccupation de son auteur. Se faire plaisir, et par la même occasion, nous faire plaisir. C’est réussi. Même si au bout de 15 titres, on se dit que ça commence à ronronner un peu… 

Le premier titre donne le ton. « No special rider » évoque irrésistiblement le swing moite de Dr John, avec passage du tempo binaire au tertiaire toujours très efficace. On plie l’affaire en 2’50, et on enchaine sur un slow-blues « Evening train » (de Leroy Carr, connu aussi sous le titre « How long blues ») relevé d’une guitare acoustique. Et qui tricote sur ce manche ? Keith Richards… 

Chuck Leavell n’a pas la puissance vocale de Ray Charles, mais il fait une reprise de brother Ray avec "Losing hand", et subtilement souligné d’une section de cuivres. Quel touché de piano sur le solo ! Comment qualifier la voix de Chuck leavell ? Ben... Normale ! On ne peut pas dire qu'il fasse des étincelles, mais tout sonne juste, il y a le ton, et surtout l'envie de servir au mieux les textes qu'il chante. Le titre qui suit « Naptown » (Leroy Carr encore) blues chaloupé, nous renvoie vers la Louisiane de Professor Longhair, un p’tit côté Tipitina, avec lignes de scat. Le titre éponyme « Back to the woods » est une création de Charlie Spand, le morceau est joué en piano solo, avec un tuba en guise de basse. Le boogie n’est pas absent avec « I got to go blues », souligné cette fois d’un violon country. On retrouve Keith Richard sur le shuffle « Boots ans shoes » signé Otis Spann, avec John Mayer en renfort sur le second solo de guitare.

Sur « Mean Mistreater » (composé par Leroy Carr) un blues lent assez somptueux, Chuck leavell partage le micro avec la chanteuse Candi Staton, et c’est Randall Bramblett qui officie au saxophone ténor. Un « Memphis Town » enjoué avec chœurs, et on retrouve Candi Staton au chant solo sur « The blues is all wrong ». Chuck leavell conclut seul, chant et piano solo sur un titre de Little Brother Mongomery « Vicksburg blues », un tempo lent et mélancolique, une voix plus forte.

BACK TO THE WOODS, A TRIBUTE TO THE PIONNEERS OF BLUES PIANO est un album très agréable à écouter, une collection de vignettes aux couleurs différentes, qui raviront les adeptes du piano blues, mais qui peut à mon sens plaire bien au-delà.

"No Spécial Rider" en live



Article écrit conjointement pour la revue BCR.

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