samedi 3 novembre 2012

ROMÉO et JULIETTE ; leur histoire en musique… par Claude Toon


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- Bonjour M'sieur Claude, c'était du sérieux Bartók ! Vous nous parlez de quoi cette semaine, un sujet plus léger dirait-on ?
- Roméo et Juliette, ou plutôt les retombées de la pièce de Shakespeare dans la musique en tout genre…
- Il y a surement un ou deux opéras à mon avis…
- Oh là mon petit ! 24 paraît-il, un seul a surnagé et encore, celui de Gounod, les 23 autres, direction la corbeille. Ha ha, en classique aussi il y a un enfer…
- J'attends de lire et écouter, cette histoire d'amants maudits me fait toujours sangloter, sniffff… Moi qui cherche l'amoureux idéal… sniffff
- Tenez Sonia, un petit mouchoir, j'en ai prévu plusieurs paquets…

Quand l'idée m'est venue de consacrer une chronique (pas trop longue) sur les diverses mises en musique de la tragédie de Shakespeare, je suis tombé sur le cul (comme dirait Luc avec son franc-parler) ! C'est phénoménal le nombre d'opéras, ballets, chansons, morceaux de jazz ou de blues, films, que sais-je, qui ont été inspirés par les malheurs de nos tourtereaux maudits. J'ai donc fait une petite sélection, vous écouterez ce qui vous inspirera et fera plaisir. Tiens, on commence par le cinéma qui a transposé bien entendu maintes fois la pièce pour le grand écran.
- Hein ? Pardon ? Un problème Sonia ? Ah oui, certes, ce n'est pas de la musique mais pourquoi pas…


Cinéma (vite fait pour info)

La première adaptation cinématographique a été faite par Georges Meliès. C'est dire si le cinématographe n'a pas perdu de temps. (Film perdu.) Bien plus tard, dans une production pléthorique, deux films ont fait le plein au Box-Office.
En 1968, Franco Zeffirelli s'attache avec fidélité au texte, à la pureté des sentiments, à l'attirance amoureuse hors des contraintes sociales entre les deux adolescents et à l'authenticité historique (la Renaissance). Bien que réalisé pour un large public, dans ce beau film la sexualité est omniprésente. Le film suscita la controverse avec la scène où les deux jeunes gens (Leonard Whiting et Olivia Hussey, 17 & 15 ans, donc mineurs) apparaissent nus. Cette scène chaste, mais très osée en 1968, posa pas mal de problèmes d'autorisation au réalisateur. Ce n'est pas l'unique nouveauté de mise en scène du film, loin de là ! La musique est de Nino Rota, compositeur complice de Fellini.
En 1996, Baz Luhrmann, réalisateur du clinquant Moulin Rouge, propose sa vision qui fait un tabac avec une transposition de l'histoire originale dans des bandes mafieuses.  En Roméo, Léonardo di Caprio, pas encore formé à l'école Martin Scorsese, surfe platement sur son succès dans Titanic. On retrouve le goût du cinéaste pour le kitsch modernisé et une musique vaguement rock et criarde, plutôt insipide. Succès garanti auprès des Teenagers puisque les Yankees ont inscrit ce film dans la liste des 50 films à voir avant 14 ans. Je suis trop vieux… Bon laissons cela et voyons côté musique…
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Musique classique


Oui Sonia, il y a eu 24 opéras écrits à partir de la pièce depuis 1776 ! Seul celui de Gounod est encore joué. Peut-on considérer que la "Symphonie dramatique" d'Hector Berlioz (clic) est un opéra ? Non, mais pourtant, c'est une totale réussite. Berlioz invente pour la circonstance un genre nouveau, un oratorio ultra profane, bref une œuvre destinée au concert où les intermèdes purement symphoniques alternent avec des airs chantés par une mezzo-soprano, un ténor et un baryton. Hormis le frère Laurence, les rôles ne sont pas définis comme dans un opéra. Nous sommes plutôt face à des airs qui assurent la narration du drame. L'œuvre fut publiée comme un "kit" dans lequel les chefs piochent de quoi faire un tout… Pour cette musique géniale, déjà moderne et sans emphase théâtrale, John Eliot Gardiner avait enregistré une sélection cohérente plus tous les compléments, chez Philips en 1998. Je ne hurle plus sur Philips risquant l'extinction de voix à chaque article. Il y a des exemplaires d'occasion… Faisons une première petite pause et écoutons trois extraits dirigés par Riccardo Muti à Philadelphie : 1- Bataille rangée entre Montaigu et Capulet, le Prince pousse sa gueulante… 2 - Scène d'amour & 3 - Mort des deux jeunes amants...



Tchaïkovski, comme tous ses confrères du romantisme, a utilisé abondamment Shakespeare comme source d'inspiration : Hamlet, la Tempête et Roméo et Juliette. Ni opéra ni ballet, mais trois ouvertures-fantaisies d'une vingtaine de minutes chacune. Editée en 1869 mais révisée définitivement en 1880, il s'agit d'une composition assez libre où s'affrontent les thèmes évoquant la haine entre Montaigu et Capulet, tandis qu'une mélodie plus tendre rappelle les sentiments des jeunes gens. Cette œuvre courte bénéficie de cette orchestration riche et dramatique dont Tchaïkovski avait le secret. J'incite les amateurs à se procurer le coffret économique Dgg de 3CDs réunissant toutes les œuvres orchestrales (hors symphonies) enregistrées par l'orchestre National de Russie fondé et dirigé par Mikhaïl Pletnev. Il y a quelques rares nanars musicaux comme La Marche Slave ou l'Ouverture 1812, mais l'ensemble est assez remarquable, notamment la grande Symphonie Manfred sur des scènes de Byron. Prise de son éblouissante !
Herbert von Karajan était un adepte de cette musique et de cette ouverture. Roméo et Juliette et la Philharmonie de Berlin :

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Pour le ballet, c'est vers Prokofiev qu'il faut se tourner en priorité. Drôle d'histoire pour ce ballet composé en 1934 pour le Kirov qui… n'en veut pas, pas plus que le Bolchoï ! Motif : rythmique complexe, trop moderne, bref indansable. Ah, les russes, dès qu'on les prive du Lac de cygnes et de leurs tutus… Prokofiev sauve la mise en réunissant dans trois suites symphoniques cette merveilleuse musique. Elles sont souvent jouées en concert. Heureusement en 1940, le danseur et chorégraphe éclairé Léonide Lavrovski monte le ballet au Kirov et y triomphe ! Noureev créera sa propre chorégraphie à Paris en 1984, faisant entrer ainsi le ballet au répertoire officiel de l'Opéra Garnier.
La partition est d'une richesse mélodique et d'une invention orchestrale exceptionnelles pour un ballet, un genre souvent étriqué dans ses codes. Un disque Philips indispensable a survécu : celui de Valéry Gergiev avec l'orchestre du Kirov, une interprétation musclée de 1991, dynamisme qui est peu surprenant de la part de ce chef énergique (clic). La partition convient à merveille à cet artiste qui transcende ces affrontements symphoniques, reflets de la dramaturgie du sujet. Pour écouter quelques exemples dans une version correcte, l'orchestre de Monte Carlo propose : 1 - Le prince donne ses ordres (souvent en introduction des suites) ; 2 - Danse des chevaliers (entendu dans la pub ÉGOÏÏÏÏSTE) ;  3 - Roméo et Juliette…


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Jazz, blues, comédie musicale…


Bien entendu, l'histoire des amants de Vérone a inspiré bien d'autres artistes et créateurs que ceux étiquetés "Classique". En 1957, Peggy Lee revisite de manière jazzy le tube de Little Willie John "Fever" en y chantant "Romeo loved Julie". Bon, ça on le savait, mais le disque fait les beaux jours du hit-parade de l'époque…
L'un des chouchous de Rockin', Mark Knopfler (clic) du groupe Dire Straits, s'empare du sujet dans le titre "Romeo and Juliet" que l'on peut, entre autres, écouter dans l'album Private Investigations. Voici nos deux héros qui gagnent leur place dans l'univers blues-country-rock propre à ce groupe.


Impossible de passer sous silence West Side story,  transposition du mythe dans l'Amérique des années 50 par Leonard Bernstein et Jerome Robbins. Montaigu et Capulet sont remplacés par les Jets et les Sharks, deux bandes rivales qui représentent les affrontements ethniques dans la Grosse Pomme (porto-ricains contre blancs de souche). Tony et Maria s'aiment d'amour tendre comme chantait Juliette Gréco. Mais ils n'appartiennent pas à la même bande, d'où problème ! Je ne m'étends pas sur ce légendaire et génial spectacle de Broadway créé en 1957, très populaire grâce à la réalisation du long métrage de Robert Wise avec Nathalie Woods et Richard Beymer dans les rôles principaux. J'avoue mon faible pour le CD de la bande originale du spectacle de Broadway moins apprêtée que la B.O. du film, simple histoire de goût.
Allez, on s'écoute les grands classiques : 1 - Maria ; 2 - Tonight & 3 - America


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3 commentaires:

  1. Il existe aussi un disque "bizarre" d'Elvis Costello d'il y a une vingtaine d'années ("The Juliet Letters"), basé sur des lettres apocryphes de Juliette, enregistré avec un quatuor à cordes, le Brodsky Quartet ... un disque détesté (à mon avis à juste titre) par les tenants du "rock" et aussi ceux du "classique" ...

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  2. Merci Lester pour cette suggestion. J'ai trouvé "la chose" sur Youtube : http://www.youtube.com/watch?v=IQGWiM0JVdk
    Mon avis rejoint le votre !
    Coté quatuor qui est plutôt mon rayon, c'est le vide sidéral en terme d'inspiration ! Le staccato obsessionnel des cordes ne convient guère à ce que j'ai compris du texte chanté par Costello.
    A son sujet, il "chante" (oui on va dire comme cela) tellement faux qu'il semble avoir passé une très mauvaise nuit.... Je connais peu cet artiste au style marginal hormis par sa participation dans la B.O. de The Big Lebowski.....

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  3. Pour compléter ce remarquable article:
    un opéra de BELLINI (Vincenzo, le copain de Chopin, pas Giovanni ni Gentile, les peintres):

    I CAPULETTI e i MONTECCHI (les Capulets et les Montaigu)

    toujours d'après la pièce de Shakespeare)
    un incontournable chef d’œuvre du bel canto (créé en 1830 à la Fenice à Venise)
    dont il existe beaucoup d version au disque et en DVD.
    Pour ceux qui veulent découvrir le "beau chant" et les mélodies de Bellini
    plusieurs video et extraits su you tube
    à écouter : Anna Netebko et Joyce Di Donato

    Un admirateur anonyme (74), perdu dans les neiges du Chablais

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