mardi 21 avril 2026

LOVEBITES : ”Electric Pentagram“ (2020) - par Pat Slade


Terminé le vieux power métal des années 2000, le monde a évolué.



Le Métal du soleil levant




Il faut se faire une raison, les japonais sont bons dans tous les domaines ou presque … et particulièrement dans celui de la musique. Avec 124 millions d’habitants le nombre de groupes y est impressionnant, et pas seulement dans la J-pop. Depuis quelques années des groupes d’heavy et de power métal fleurissent au Japon comme les Sakuras (cerisiers) au printemps. Je ne parlerai pas de la niaiserie des Babymétal qui mélangent heavy et J-pop. 

Le power et l’heavy métal ont progressé avec le temps, fini les Manowar et autres Nightwish à l’époque de Tarja Turunen, les schredders sont féminines, ne s’habillent pas de cuir noir, elles sont gracieuses, élégantes, s’habillent de crinoline et sont redoutables pour ce qui est de tenir une guitare.

Mon goût pour le rock japonais débutera quand j’entendrais le Wagakki Band, un groupe qui mêle rock heavy, progressif, alternatif, folk et pop, le tout mélangé avec l'usage d’instruments traditionnels.

Les groupes féminins japonais ne sont plus des groupes d’idoles de girls-band en tenue d’écolière ou en jupe plissée faisant de la J-pop. Certaines filles vont mettre les doigts dans la prise de la fée électricité et vont implorer Apollon le dieu de la musique et du chant comme Band-Maid et Lovebites.

Lovebites ce n’est pas le titre du dernier film de Rocco Siffredi, on pourrait traduire leur nom par ”Morsure d’Amour“ et en ce qui concerne leur musique... ce n’est pas volé. Un nom tiré d’un titre du groupe américain de heavy Alestorm. Lovebites est un groupe de cinq femmes formé en 2016, une batteuse, une chanteuse à la voix pure et puissante, une bassiste émérite  jouant une a "cinq cordes" et deux guitaristes schredder. 

Elles n’ont que quatre albums à leurs actif, mais ça déchire grave ! Pourquoi ai-je pris ”Electric Pentagram“, le troisième album studio du groupe ? Parce que je trouve que c’est le plus représentatif de ce que peut dégager Lovebites en puissance. Je tenais à préciser qu’elle chante en anglais.

Des le premier titre, ”Thunder Vengeance“ tu es pris dans la tornade de leurs décibels et de la virtuosité des musiciennes. ”Holy War“, le morceau le plus connu qui rappelle les sonorités du groupe brésilien Angra. ”Golden Destination“, un son très hard british pas du Judas Priest mais presque… Les structures dans tous les titres restent les mêmes, une batterie double turbo, une basse qui passe du slapping au tapping, des rythmiques de guitares survitaminées avec des solos entrecroisés à rendre l’ouïe à un sourd profond. Sur les douze titres que comporte l’album il n’y aura qu’avec ”A Frozen Serenade“ où elles font une pause dans leur course folle au mur du son. Je voulais rajouter qu’une des guitaristes joue du clavier mais il n’est pas prédominant face aux autres instruments.

Personnellement, j’aime leurs sons parce qu’il n’est pas brouillon et les harmonies sont bonnes. Comme j’ai toujours tendance à faire des comparaisons, Lovebites c’est DragonForce en meilleur et en plus féminin. Ils sont forts ces japonais ! Heuuu ces japonaises...


lundi 20 avril 2026

DISQUES LÉGENDAIRES (9) - Martha ARGERICH - Riccardo CHAILLY / Kirill KONDRASHIN – Concertos : RACHMANINOV N°3 et TCHAIKOVSKY N°1 (Live Recording)



- La grande Martha Claude ! Et de plus dans les deux concertos sur les trois ou quatre les plus virtuoses et spectaculaires…

- Spectaculaires mais pas uniquement Sonia. Ces deux interprétations nous entraînent dans des voyages pianistiques qui montrent qu'au-delà des difficultés techniques inouïes, les deux compositeurs russes tourmentés avaient bien des émotions à partager…

- Je n'avais jamais entendu le concerto de Tchaïkovski avec autant de plaisir… On l'entend peut-être trop souvent ?

- Bonne question, ces hit des concerts auxquels les artistes semblent être obligés de s'affronter pour un public friand de performances ne sont pas toujours joués avec un tel souci d'expressivité et rarement couplés au disque.

- Deux chefs connus quels sont les orchestres ? De quand datent ces concerts. Il me semble que Kirill Kondrachine nous a quittés il y a un moment déjà…

- Riccardo Chailly dirige l'orchestre de la Radio de Berlin dans Rachmaninov en 1982 et Kirill Kondrachine l'orchestre de la Radiodiffusion bavaroise en 1980 pour le concerto de Tchaïkovski… un an avant une mort prématurée. Cette compilation a été publiée en 1995 !

Après cet entretien matinal avec Sonia pour préparer un article, je me demande ce que je vais bien pourvoir raconter à propos des ouvrages de ce disque d'exception… Cela dit "raconter" est-il bien choisi ? Tant les deux concertos que les trois artistes ont déjà été au cœur de plusieurs billets. Quant à paraphraser pour ne pas dire soliloquer à propos de deux gravures dont l'exceptionnelle qualité prend tout son simplement en écoutant… Que dire

Bon Ok, j'utilise souvent la méthode labyrinthique des (Clic) pour naviguer d'articles en articles dans ces cas-là, mais entre Luc qui me gourmande pour mes développements analytiques longuets et mes lecteurs qui risque de voir pas le Blog comme un gymkhana culturel et numérique, j'adopte une solution vielle comme le monde : le copier-coller 😊.


Martha Argerich (extrait de l'article Franz Liszt de 2012 – sonate en si mineur) :

Enfant prodige, la pianiste argentine est née le 5 juin 1941 à Buenos Aires. "Enfant, elle a la capacité de jouer les octaves comme de simples notes" (Eugene List pianiste Yankee). Á 9 ans elle joue les concertos N°1 de Beethoven et N°20 de Mozart. En 1955, elle arrive en Europe où elle se perfectionne auprès des grands maîtres comme Friedrich Gulda ou Arturo Benedetti Michelangeli.

En 1965, elle remporte 3 prix au concours Chopin de Varsovie ! Sa carrière commence.

Martha est dotée d’un caractère farouche et indépendant. Elle joue ce qu’elle veut, où elle veut, quand elle veut, au grand dam des organisateurs de concerts, qui ne peuvent même pas la poursuivre pour des ruptures de contrats, puisqu’elle ne les signe jamais !

Sa vie amoureuse est digne de celle de Liszt. Elle pianote de mari en mari et a eu 3 enfants si je compte bien. Ex grande fumeuse, elle se bat depuis 1990 contre le cancer avec ténacité, on s’en serait douté. Après un traitement expérimental efficace, elle abandonne la clope et donne un récital à Carnegie Hall au bénéfice de l’équipe médicale, alors qu’elle se produit déjà rarement en scène.

Elle a soutenu les débuts de jeunes talents comme Hélène Grimaud, et a claqué la porte du jury du concours Chopin en 1980, quand Ivo Pogorelić fut injustement éliminé au second tour. Elle est l’amie de Nelson Freire (mort récemment) avec qui elle joue en duo. Un sacré tempérament qui éclate dans son jeu puissant et volcanique !

Son répertoire est très large et, au-delà des grands classiques de Bach à Liszt, elle maîtrise avec brio Rachmaninoff, Messiaen ou Prokofiev.

Nota : quinze ans ont passé depuis le billet Liszt. On ne dit pas l'âge des dames, mais Martha a atteint 84 ans. La maladie, a priori endormie, lui laisse poursuivre sa carrière avec des pauses, notamment en 2017 et lors de la saison des festival en 2021 et 2023. Son cœur a été fragilisé mais continuons d'admirer, même occasionnellement, l'une des plus grandes héroïnes du clavier. Elle doit jouer dans quelques jours à Leipzig puis à Bordeaux… puis Lyon, Genève, Paris, Lausanne… en récital, incroyable ! (si cela vous intéresse – Clic).


Riccardo Chailly


Edition originale

Riccardo Chailly ? Tout le monde a entendu la valse jazz de Chostakovitch immortalisée dans une pub CNP puis par les danseurs de salon… (Peut-être sans savoir que c'est lui qui dirige.)

Natif de Milan, Riccardo Chailly apprend la composition avec son père tout en suivant des études brillantes le conduisant à devenir en 1973, à seulement 20 ans, l'assistant de Claudio Abbado à la Scala de Milan

Après un début de carrière itinérant et international, première consécration comme directeur du Concertgebouw d'Amsterdam en 1988. Le premier chef non néerlandais depuis un siècle et notamment l'époque Mengelberg-Beinum-Haitink). (Un orchestre rival des philharmonies de Berlin et de Vienne.)

Il ouvre cet orchestre néerlandais d'exception à un répertoire plus moderne en signant des gravures consacrées à Olivier Messiaen et même une intégrale en 2 CDs des œuvres visionnaires (même encore de nos jours) d'Edgar Varèse (1883-1965). En parallèle de deux intégrales symphoniques de Bruckner et Mahler de belle facture, il s'intéresse à un pan mal connu du répertoire de Chostakovitch : les suites jazz et les musiques de films.

En 2005, il devient directeur et chef principal de l'Orchestre du Gewandhaus de Leipzig (fondé en 1743 !), encore un ensemble de prestige. Pour les enregistrements classiques, Chailly prend des libertés pour éviter la routine : l'orchestration de Mahler dans son intégrale des symphonies de Schumann, des éditions définitives ou originales peu connues pour le disque Mendelssohn chroniqué aujourd'hui.


Riccardo Chailly

En concert, le style Chailly repose sur un plaisir gourmand et communicatif de diriger ainsi qu'une fougue dans les accentuations qui vivifie les partitions qu'il aborde…

Extrait d'un article consacrée à Mendelssohn de 2014. Depuis son départ de Leipzig en 2015-2016, Chailly de directeur musical de l'Opéra La Scala de Milan.

Talentueux et éclectique, Riccardo Chailly a été écouté dans de nombreux articles :

 

BRAHMS Johannes

Sonates pour clarinette et piano

Transcription de L. Berio pour orchestre

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BRAHMS Johannes

Concerto pour piano n° 2 - Nelson Freire -Gewandhaus Leipzig

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BRUCKNER Anton

Symphonie N°0 – RSO Berlin (1989)

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MAHLER Gustav

Das Klagende Lied ("La complainte" /1880-89) (1991)

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MENDELSSOHN Felix

Symphonie n° 3 "Ecossaise" - Gewandhaus de Leipzig    

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VARÈSE Edgar

Amériques (1921 - version originale)

Concertgebouw d'Amsterdam (1996)

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Kirill Kondrachine (ou Kondrashin)
 

Kirill Kondrachine

Entrée au panthéon du Deblocnot du maestro Kirill Kondrashine grâce à une chronique consacrée à la 2ème symphonie de Borodine. Il a été mentionné dans diverses discographies alternatives notamment à propos de sa remarquable intégrale des symphonies de Chostakovitch (pour la 8ème symphonie, Rudolf Barchaï l'avait remplacé au pied levé, la vidéo YouTube ayant disparu juste avant la rédaction) ! Mention aussi pour Don Quichotte de Richard Strauss avec Mstislav Rostropovitch au violoncelle.

Kirill Kondrashine voit le jour à Moscou en 1914. Il est juste de l'inscrire dans la liste des chefs d'orchestre russes de premier plan au XXème siècle avec Evgeny Mravinsky, Evgeny Svetlanov et Guennadi Rojdestvenski. Il apprend le piano mais c'est l'orchestre qui va le fasciner et, dans un premier temps, la scène lyrique. De 1943 à 1956 il devient chef permanent du Théâtre Bolchoï à Moscou. En 1956, Staline prend un aller simple pour l'enfer. Kondrashine, encore jeune, démissionne avec fracas du Bolchoï, dépité par le conservatisme des lieux. Sous l'impulsion de son ami le violoniste David Oïstrakh, il commence une carrière plus symphonique et devient le premier chef à pouvoir diriger à travers le monde tout en ayant la charge de 1960 à 1975 de l'Orchestre de Moscou dont le niveau rivalisera à force de travail avec celui de Leningrad. Ses voyages à l'ouest finissent par irriter les autorités ; l'histoire se répétera avec son confrère Svetlanov. (Clic)


Non réédité à ce jour 😡

En 1975, il quitte (on le pousse ?) l'Orchestre de Moscou et part définitivement à l'ouest en 1978, à AmsterdamBernard Haitink lui propose un poste de codirecteur du Concertgebouw à ses côtés. En 1981, une crise cardiaque le terrasse après un concert à la NDR de Hambourg lors duquel il dirige la 1ère symphonie de Mahler, compositeur qu'il avait fait connaître dans sa patrie natale. Un concours Kondrashine a été créé à Amsterdam en 1984.

On associe souvent l'art de cet homme à la musique russe. C'est assez justifié mais limitatif. Kirill Kondrashine brillait dans un répertoire très large, de Mozart à tous les romantiques. À titre personnel, je n'ai jamais entendu une interprétation du concerto pour violon de Brahms plus habitée et électrisante que celle réunissant en 1967 ce chef et Leonid Kogan ! LP Label Chant du monde à l'origine bien difficile à trouver. Une écoute en aveugle à domicile et en famille de mélomanes de quatre grandes versions a confirmé sans appel cette opinion… Voir aussi l'article sur ce concerto dans l'interprétation d'Hilary Hahn. (Clic). Les articles avec le chef dirigeant ou accompagnant :

 

PROKOFIEV Serge

Concerto pour piano N° 3 - Byron Janis

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RACHMANINOV Serge

Concerto pour Piano N° 1 - Byron Janis

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BORODINE Alexandre

Symphonie N°2 (1876) – Concertgebouw (Live 1984)

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Concertos pour piano : N°3 de Rachmaninov  et N°1 de Tchaikovski

Comme déjà précisé, cette compilation de deux disques parus à deux ans d'intervalle (les labels son radins au début du numérique  😊) entre dans la légende à la fois par la rencontre de deux chefs de grands talents et encore plus de la "Lionne" réputée pour son jeu dynamique, clair et, si j'ose dire : viril ! Wikipédia a eu recours au dictionnaire des synonymes pour aboutir à un panégyrique presque dédaigneux vis à vis d'autres grands virtuoses aux tempéraments moins extravagants. La plus "grande pianiste de tous les temps" avec Horowitz côté masculin … Admettons ! Vous savez ce que je pense de ces excès verbaux. Je pense à Richter, Gillels, Arrau … chacun dans son répertoire… Côté fille, la prodige Yuja Wang semble une favorite de Martha pour assurer au pied levé son remplacement lors des annulations pour raison de santé… Entre pianistes aux frappés diaboliques… logique !

Incontestablement les deux concertos réunis conviennent parfaitement à la technique sans faille de Martha et à la puissance tellurique caractéristique de ses d'interprétations face à deux partitions qui trop souvent nous sont proposés comme des œuvres de pure virtuosité lorgnant vers un postromantisme pathétique.

Il suffit d'écouter les accords enchainés quasiment "pointés" du début du concerto de Tchaïkovski suivis du pointillisme percutant mais élégant de l'exposé lyrique de la thématique pour comprendre que l'on touche au génie d'un concerto trop souvent rabâché avec académisme.

Le concerto de Rachmaninov fut écrit bien après sa phase dépressive. (Oui il y en aura d'autres…) Martha à ce qu'on appelle "l'Everest du piano", préfère une montagne tout aussi majestueuse mais avec des alpages et des fleurs, une vitalité folle. On entend toutes les notes, tant à gauche qu'à droite (je parle des mains 😊). Pour un guide de découverte des deux ouvrages, tout est dit dans les chroniques précédentes… Martha semble, à mon avis, redonner les couleurs fantasques et un peu provocantes du géant russe. B**l, il faut un piano solide pour dynamiter de cette manière les solos et la cadence de dingue du 1er mouvement !

Assez bavarder, je publie deux vidéos : Le concerto de Tchaïkovski est une suite de trois vidéos, pas de problème de timing…

Pour celui de Rachmaninov, le découpage est le suivant : I. Allegro ma non tanto – [00:00] / II. Intermezzo (Adagio) – [15:33] / III. Finale (alla breve) – [26:32]


Écoute au casque ou avec des enceintes additionnelles plus que conseillée.

Le son des PC, sauf exception, est vraiment une injure à la musique…


INFO : Pour les vidéos ci-dessous, sous réserve d'une écoute directement sur la page web de la chronique… la lecture a lieu en continu sans publicité 😃 Cool. 




dimanche 19 avril 2026

LE BEST-OF : QUEL CHANTIER !


MARDI : il semblerait que Pat n’apprécie pas plus Téléphone que les Stones… Quand Jean Louis Aubert la joue solo non plus. Même si sur ce « Plâtre et ciment » il est accompagné par Richard Kolinka à la batterie, ça ne passe toujours pas, pas assez rock, trop calibré FM.

MERCREDI : Bruno et ses perles oubliées des 70’s, dans le genre un p’tit tour et puis s’en vont, place aux Peace & Quiet, groupe floridien aussi prometteur qu’éphémère, un seul disque au compteur, dans la lignée du heavy rock progressif très en vogue ces années là.


JEUDI : le 22, le 31, le 48… le Toon n’a pas joué au loto, mais nous a chroniqué « Six symphonies » de Jozef Haydn, dirigées par Neville Marriner. L'effectif reste léger mais coloré (16 instrumentistes 😯: 2 hautbois, 2 ou 4 cors et cordes - flûte et basson en option). Il s'agrandira à la fin de la carrière de Jozef. Elégance et beauté sonores sont aux rendez-vous…

VENDREDI : au cinéma, on a vu le récit (réel) de John Davidson, atteint du syndrome de la Tourette, « Plus fort que moi » de Kirk Jones, aurait pu tourner au mélo convenu, mais le sujet est traité en mode comédie, un film juste, drôle et touchant, porté par des comédiens formidables.

👉 La semaine prochaine, dès lundi, le Toon reçoit la pianiste Martha Argerich pour interpréter Rachmaninov et Tchaikovsky, Pat a invité les nippones de Lovebites, chez Bruno on écoutera le trio Rush, Benjamin a lu Bret Easton Ellis (un roman à ne pas mettre sous tous les yeux) et au cinéma Luc s’est replongé dans les 80’s avec Nakache et Toledano

Résumons : une argentine (et suisse), cinq japonaises, trois canadiens, un américain et deux français. On voyage avec le Déblocnot’ ! 


Et puis un dernier salut à Nadia Farès (58 ans) et Nathalie Baye (77 ans). La première avait joué d'abord à la télé, puis chez Kassovitz, Arcady, Lelouch, Balasko. La seconde, qui avait gardé cette intonation caractéristique des comédiens ayant tourné pour François Truffaut (3 films), s'est illustrée aussi chez Godard, Chabrol, Pialat, Tavernier, Blier, Cavalier. Du cinéma d'auteur, mais pas que, on l'a vue chez Elie Chouraqui, Labro, Leterrier, Granier-Deferre, même chez Philippe Lacheau, égérie de Xavier Beauvois, plus récemment de Xavier Dolan. Elle trustait les écrans dans les années 80 ("J'ai épousé une ombre", "La Balance", "Rive droite rive gauche", "Martin Guerre", "Une étrange affaire"). Une carrière exemplaire, et une certaine image du cinéma français (Deneuve et Huppert complètent le triptyque) qui plongeait vers les derniers feux de la Nouvelle Vague. C'est ce qui avait emmené Steven Spielberg à la choisir pour "Arrete-moi si tu peux", parce qu'elle avait débuté chez Truffaut, où interpréter une femme française dans "Downton Abbey".  

Bon dimanche. 

vendredi 17 avril 2026

PLUS FORT QUE MOI (I SWEAR) de Kirk Jones (2026) par Luc B.


Les films avec des personnages handicapés ou malades, depuis RAIN MAN, on en a vu passer, souvent un peu gênants de complaisance, on ne peut pas en dire du mal sans passer pour un cynique sans coeur. Mais comme j’ai du coeur à revendre, ce PLUS FORT QUE MOI j’vais en dire du bien. Le titre français est à comprendre par c'est plus fort que moi.

John Davidson est sapé comme un lord, en kilt, s’apprête à être décoré par la reine Elizabeth II. Le gars stresse un peu, rechigne à y aller. Il a peur de dire une connerie. On le rassure d'abord puis lui botte le cul, il obtempère, entre dans le salon (de Balmoral ?) où siège l’assemblée, et la Queen. Davidson s’approche et lance un magnifique : « Fuck the queen » !

Flash-back. John à 14 ans, ado lambda d’une petite ville écossaise, des parents, des frères et sœurs, et surtout du foot. Le gamin est bon, il est goal, fait la fierté de son paternel. Y’a même un recruteur qui doit passer le voir jouer. Il intègre son nouveau collège, mais est rapidement moqué par ses camarades. John développe des tics, et une tendance à injurier son monde. Surtout le proviseur. Comme John est bien élevé, il s’excuse à chaque fois : « ce n’est pas de ma faute, ça sort tout seul ». Mais qui va croire ça ? A la maison c’est pareil, hurlements intempestifs, crachats, jurons. Son père n’en peut plus de ce mariole, qui désormais prendra ses repas devant la cheminée, seul.

Scène très drôle, John invite une fille du collège au cinéma, qui débarque chaperonnée par sa mère, très inquiète par le programme indécent : un homme qui s’habille en femme (TOOTSIE de Sydney Pollack !). La mère, assise juste devant les ados, surveille le moindre geste déplacé, quand retentit un « suçe-moi la bite salope ! ».

Il faudra quelques années pour que John Davidson soit diagnostiqué du syndrome Gilles de la Tourette. Il ira vivre chez un copain (chez lui ce n’était plus possible) dont la mère Dottie est malade. Grâce à cette ex-infirmière en psychiatrie, il trouvera d'abord un foyer tolérant, puis un job de gardien d’école.

PLUS FORT QUE MOI s’inspire d’une histoire réelle. Un label dont il faut aussi se méfier... ce n’est pas parce qu’une histoire est vraie qu’elle est bonne. Ce qui aurait pu nous inonder de larmes et d’expertises scientifiques, est heureusement tourné vers la comédie. Comédie de prolos comme le cinéma anglais sait nous en trousser (Loach, Frears, Parker) qui dépeignent un milieu social, des situations, de vrais gens. Kirk Jones jusqu’à présent se fondait dans la masse (NANNY MCPHEE, EVERBODY’S FINE avec de Niro) cette fois il s'auto-produit et réussit son coup, exploiter le potentiel comique d’une telle maladie, en même temps qu'il nous en montre les aspects les plus dramatiques. Quand John traite dans la rue une jeune femme de salope, c’est cocasse (nous, on sait). Quand les potes de la fille en question le défigure à coup de pieds de biche, c’est moins drôle.

Ce qui énerve Dottie, ce ne sont pas les jurons, mais que John s’excuse à chaque fois ensuite. Elle connaît ce syndrome, comme Tommy Trotter (le patron de John, merveilleux Peter Mullan). Nouvelle configuration où le comique fonctionne aussi, car Trotter ne réagit pas aux insultes, ce qui donne des scènes dialoguées surréalistes (filmées en plan long) où le gars reste parfaitement zen face aux tonneaux d’injures qu’il se prend dans la gueule, comme aux coups qu’il se prend dans les couilles. Car John ne contrôle pas non plus ses gestes.

Très belle scène au tribunal, où rire et drame se confondent, et cette tirade de Trotter sur le thème : comment un homme pourrait simuler un tel syndrome ? Ou lorsque John accepte de parler avec une jeune fille atteinte aussi de la Tourette, tous les deux assis à l’arrière d’une voiture, un festival de saillies des plus salaces, devant les parents abasourdis. Mais où John trouvera sa raison d’être, le partage d’expérience auprès de parents démunis, puis, des interventions pour sensibiliser le public, les policiers, les enseignants, sur cette maladie. D'où l'hommage médaillée de la reine. 

Scène toute simple et magnifique, lorsque John entre dans un protocole médical, teste un bracelet à impulsion électrique (?) et qu’enfin il peut entrer dans un lieu jusque là interdit : une bibliothèque. On est autorisé à verser sa p'tite larme.

Sans doute, sur la fin, le réalisateur aurait pu couper un peu. Et puis ce procédé classique, diffuser au générique des images du vrai John Davidson. Détail amusant, on voit les archives de la cérémonie avec Elizabeth II, herself, alors que dans la scène reconstituée, des astuces de cadrages permettent de ne jamais la distinguer. Pas de bol pour la comédienne Christina Ashford, qui si elle inscrit sur son CV qu'elle a interprété la reine d'Angleterre au cinéma, ne pourra jamais le prouver par l'image ! 

Le film est bercé par une bande-son millésimée, New Order, Supergrass, Slade, Portishead, Oasis, la réalisation est tonique, sans chichi, les comédiens tous remarquables. Robert Aramayo en premier, loin du numéro d’acteur apprêté auquel on aurait pu s’attendre. Il a reçu le Bafta (les Oscars anglais) du meilleur comédien britannique, Peter Mullan celui du second rôle. 

A la cérémonie des Bafta, le vrai John Davidson était présent dans la salle. Qui a copieusement couvert d'injures racistes le malheureux Michael B. Jordan en lice pour SINNERS ! [clic vers SINNERS]. L'assemblée était prévenue, mais visiblement, la pilule est mal passée. 

N’hésitez pas à emmener vos gamins voir ce PLUS FORT QUE MOI (s’ils ont l’âge de comprendre : « - Une tasse de thé ? - Oui, avec un nuage de sperme ») un joli feel good movie, sans pathos ni complaisance, qui ne s’encombre d'aucune leçon de morale. 


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