mardi 6 janvier 2026

THE FAITH TONES - ”Jésus Use Me“ (1964) - par Pat Slade



Il y a peu de temps, j’avais parlé du plus mauvais groupe du monde, un trio féminin nommé The Shaggs. Aujourd’hui ce sera le tour de la pire pochette.


Choucroute Gospel


Avant de commencer cette chronique, je voulais faire une petite entrée en matière, un petit préambule. Trouver des informations sur The Faith Tones n’a pas été chose simple et pour ce qui est des illustrations autres que la pochette ça à été mission impossible ! Heureusement que la pochette a été détournée plusieurs fois au grand plaisir des collectionneurs. Aux États-Unis le gospel est avant tout l'apanage des chrétiens évangélistes.  Parmi les différentes obédiences évangéliques, les Baptistes sont aussi reconnus pour utiliser cette forme de chant, pourtant le gospel est avant tout et incontestablement une révolte musicale dans une Amérique raciste. A la fin des années 50 et au début des années 60 une multitude de duos et trios vocaux et de groupe chrétiens plus ou moins bons avec des noms et des pochettes ridicules feront des enregistrements de gospel plus ou moins approximatifs.  Des pochettes regorgeant de photos à l'air sérieux avec des motifs criards et des looks soigneusement coordonnés sont un thème récurrent. Les Winfield Gospelaires,  The Gospelaires, Les Messengers of Faith, the Simmons ou les  Holy Milk Men ne forment qu’un maigre exemple de la production évangélique de l’époque.

Pour le plaisir des lecteurs et surtout pour qu’ils ne souffrent pas, j’e me suis gavé comme une oie de noël de quelques-unes de ces galettes chrétiennes. Pour beaucoup la construction musicale est la même, un banjo, parfois une guitare quand ce n’est pas l’orgue ou l’harmonium de la paroisse. Sinon dans l’ensemble ça chante juste. Mais revenons au Faith Tones.

La pochette de l'album des Faith Tones a suscité de nombreux débats sur les forums musicaux. Quand l'album est-il sorti ? S'agit-il d'une vraie pochette ou d'un pastiche (ou un postiche ?) astucieux ? Les Faith Tones ont-ils vraiment existé ? Et si oui, étaient-ce même des femmes ? Plus on la regarde, plus on a l'impression qu'il s'agit juste de deux potes qui s'amusent… Le titre de l'album est lui aussi énigmatique. L'expression Jesus Use Me peut être interprétée de diverses manières, y compris de façon plutôt frivole. D'un côté, la photo associée au titre semble être une plaisanterie. De l'autre, on trouve en ligne des photos de la pochette et du disque lui-même qui paraissent tout à fait authentiques. Le label Angelus Records, auquel The Faith Tones était crédité, a également existé. Une pochette digne d’être accrochée dans un salon de coiffure de Jean-Louis David qui, rappelons le, fut le créateur de la coiffure dite ”choucroute“.

Ces trois charmante hyades viennent de Caroline du Nord et se prénomment Beverly Beecham, Vivian Wyler et Marie Samuels. Les pauvres femmes n’avaient pas un physique facile et le maquillage à la truelle à du être fastidieux. Pour le chant c’est dans l’ensemble correct mais en fait de gospel on est plus proche du folk country que d’autre chose. Les titres restes très proches d'une thématique religieuse : ”The Savior Is Waiting“, ”Lead Me, Guide Me“ ou ”Dear Jesus Abide With Me“ mais même si ”Jésus Use Me“ prêtait déjà à controverse que devrait-on dire de ”He Touched Me“  ? Soit les paroles sont biblique, soit j’ai les idées mal placées, mais je pencherais plutôt pour la deuxième option. Si je devais faire une comparaison comme j’ai l’habitude de le faire The Faith Tones serait une pâle copie des Chordettes qui enregistreront le hit ”Mr Sandman“ en 1964.

Alors The Faith Tones mythe ou réalité ? Vous pouvez toujours chercher à acquérir cette perle rare, sur discogs il est coté 297 €. 
Si vous aimez le petit coté vieillot des chants de l'Amérique profonde et puritaine, alors ce dsque est pour vous !     

Merci à Claude Toon pour la réalisation d'une playlist promotionnelle de trois titres, il sera sanctifié 😏😇. 

  1. Jesus Use Me The Faith Tones
  2. It's Different Now
  3. The Faith Tones God Bless America

dimanche 4 janvier 2026

ET DIEU CRÉA LE BEST-OF


LUNDI : une semaine qui a commencé au son du basson, Claude nous a proposé un programme de « Quatre concertos pour basson » d'époque "classique" composés par de nouveaux venus dans l’index classique, Bernhard Henrik Crusell, Édouard Du Puy, Franz Berwald et Eduard Brendler.

MARDI : Pat a rendu hommage au dessinateur Edika, le papa de Clark Gaybeul, de putes aux seins débordants, de nonnes en porte jarretelle, il nous laisse 37 albums aux éditions Fluide Glacial. Il a dû emmener là-haut crayons et carnet de croquis pour fêter ses retrouvailles avec l’ami Gotlib.

MERCREDI : un coup de rétroviseur avec Bruno et sa traditionnelle « Rétrospective des albums rock de l’année » (dernière), avec de vieux briscards comme Alice Cooper, le blues de Larry McCray, ou nos frenchies de Red Beans & Pepper Sauce.

JEUDI : Benjamin a entamé sa nouvelle année avec la suite de son feuilleton consacré au « Folk-rock », on y croisait The Byrds, Neil Young au volant d’un corbillard, Buffalo Springfield, qui imposèrent immédiatement leur nom au sommet de la pop mondiale.

VENDREDI : Luc a vu « L’Agent secret », un film du brésilien Kleber Mendonça Filho reparti encensé de Cannes, à la fois ample, solaire et oppressant, portrait d’un Brésil sous la dictature, qui toutefois ne répond pas à toutes les questions que se pose le spectateur.

👉  La semaine prochaine, Pat va nous proposer un truc totalement improbable, The Faith Tones (et sa super pochette), chez Claude l’orgue de Jean Seb Bach, Luc entamera l’année par un chef d’oeuvre du western signé Clint Eastwood. et Bruno rendra hommage à Mike Abrahams

Et un dernier salut (pas trop haut, le bras) à Brigitte Bardotqui depuis un moment était davantage du genre BB Fuck.


 

vendredi 2 janvier 2026

L'AGENT SECRET de Kleber Mendonça Filho (2025) par Luc B. comme Brésil


Ne vous fiez pas au titre, pas plus qu’à la bande annonce qui compile les dernières scènes d'action, il n’y a pas plus d’agent secret dans ce film que je m’appelle James Bond. Une manière de brouiller les pistes ? Comme le réalisateur se plaira à le faire durant toute sa foisonnante intrigue. Un film qu’on regarde à la fois fasciné par l’indéniable savoir-faire, et perplexe.

La superbe première séquence est amorcée par un ample mouvement de caméra à la grue qui embrasse tout un paysage ensoleillé pour redescendre au pied d’un cadavre putréfié. Marcelo arrive de Sao Paulo en voiture, s’arrête prendre de l’essence dans une station service perdue dans la pampa. Au sol, un cadavre recouvert d'un carton, de mouches, les chiens errants s’en lèchent les babines. Le pompiste explique qu’un mec s’est fait tué il y a quelques jours, comme il dirait qu'un client a oublié ses lunettes. Quand les flics débarquent enfin, ils se foutent royalement du cadavre, mais s’intéressent à Marcelo, fouillent sa voiture. Un zèle suspect. Ils lui demandent un bakchich. Il ne cédera que son paquet de clopes.

Nous sommes au Brésil, 1977, la dictature. Un temps où on ne s’étonne pas de voir des cadavres par terre, des flics plus racketteurs qu'enquêteurs, des gens qui vivent la trouille au ventre. Marcelo part pour Recife, où il prend une chambre dans une pension tenue par la vieille Dona Sebastiana, un sacré personnage, clope au bec, voix éraillée. Une dizaine de personnes y vivent, des réfugiés. Réfugiés de quoi ?

En parallèle et depuis Sao Paulo Henrique Ghirotti engage deux tueurs à gage et leur désigne Marcelo comme l’homme à abattre : « Faites-lui un gros trou dans la bouche ». Pourquoi ? 

Marcelo reconstruit un semblant de vie à Recife, trouve un job au service de l’état civil. On sent que son passé lui pèse. Il croise le commissaire local, Euclides (sublime gueule de salaud) et ses deux fils, qui enquêtent sur une jambe retrouvée dans l’estomac d’un requin…

L’AGENT SECRET est un film ample et solaire, par sa durée, sa palette de couleurs chaudes, le Brésil et ses plages, ses bikinis, la musique, le carnaval, et ses masques qui font peur. Reconstitution superbe, on est dans le jus. Mais derrière chaque scène on sent un malaise. Un sentiment d’insouciance surjouée. Comme si chacun faisait semblant. 

On comprend que Marcelo, sous pseudo, fuit un passé violent, tente de se forger une nouvelle vie, retrouver son fils Fernando élevé par son grand-père Alexandre, propriétaire d’une salle de cinéma. Bel hommage au cinéma, à la culture populaire disparue, à travers le personnage d’Alexandre dont la salle deviendra un centre médical. On y entrevoit à l'écran « Le Magnifique » avec Bébel, mais le film qui cartonne en ce moment c’est « Les Dents de la mer » de Spielberg (encore un requin). Fernando en fait des cauchemars depuis qu’il a vu l’affiche du film, il est trop jeune pour aller le voir. On apprendra beaucoup plus tard que les cauchemars cesseront dès qu’il aura vu le film. Superbe !

Film solaire, disais-je, mais en réalité oppressant. Kleber Mendonça Filho, lui-même inquiété sous la présidence de Bolsonaro, renoue avec ces thrillers paranos des 70’s. On nage en plein mystère, on attend des explications qui ne viendront pas. Le réalisateur joue aussi sur la temporalité. Qui sont ces jeunes filles, casques aux oreilles, qui retranscrivent des enregistrements ? Telle que la scène est intégrée, on pense qu’elles travaillent pour le flic Euclides. Mais ça ne colle pas. Pas de PC portable ou de logiciel Audacity en 1977. Alors quoi ? Ca rajoute encore à la parano ambiante. Et y’a des flash-back, cette scène au restau entre Marcelo, sa femme (depuis décédée) et Ghirotti. Une obscure histoire de brevet que le second veut racheter au premier. Est-ce le motif du contrat que Marcelo a au dessus de la tête ?

C’est un film foisonnant, beaucoup de personnages, d’intrigues secondaires, qui réclame de la concentration, pour capter les dits et surtout les non-dits. Avec une séquence surréaliste digne de Quentin Dupieux : la légende de la jambe poilue. Une expression qui désignait les flics véreux qui réprimaient tous comportements jugés déviants. Le réalisateur donne vie à cette jambe, littéralement, parabole du pouvoir militaire qui espionne et réprime, ici, des michetons dans un parc. Autre image malaisante, ce chat difforme à la pension, trois yeux, deux museaux…

On pense au (très beau) film de Walter Salles JE SUIS TOUJOURS LÀ, qui décrivait les débuts de la dictature. Ici, le réalisateur opte pour la parabole, l’oppression est présente mais impalpable, on ne voit jamais le pouvoir agir. Tout se niche dans les détails, les réactions apathiques. L’action proprement dite ne survient qu’au bout de deux bonnes heures quand les tueurs à gages se mettent au boulot. Kleber Mendonça Filho réalise alors une longue et superbe séquence sous tension, filature, poursuite, coups de flingue, cette fois la violence explose, et ça gicle.

Kleber Mendonça Filho a reçu la palme cannoise pour sa réalisation, et son acteur Wagner Moura celle de l’interprétation. C’est mérité, on ne peut pas nier le talent du réalisateur pour la construction de son scénario et de sa mise en scène, et le jeu toute en subtilité et profondeur de son acteur principal. Toute la distribution est impeccable. Mais le film élude beaucoup, volontairement : qui est Elsa, son réseau, que recherche Marcelo aux archives, qui sont ces gens à la pension, comment la femme de Marcelo est morte ? Un empilement de non-dits qui traduisent l’atmosphère mortifère et de suspicion de cette dictature.

C’est très intelligemment pensé, mais peut laisser le spectateur au bord du chemin. Dans les bouquins d'Agatha Christie, il y avait toujours ce chapitre final qui expliquait les aspects sombres de l'intrigue.   

Y’a des oeuvres dont on sait dès la première vision que ce sont de grands films. Sans pour autant comprendre pourquoi. Il faut du temps pour les assimiler. L’AGENT SECRET en fait à priori partie, qui a reçu des critiques dithyrambiques. Mais le spectateur, lui, n'a pas lu le dossier de presse ! 

Sans doute le dernier film où apparait Udo Kier, décédé il y a peu, dans le rôle d'un ex-nazi se faisant passé pour un juif, du moins je le suppose, car là encore, je n'ai pas trouvé les clés pour décoder le moment ! 


Couleur - 2h40 - format scope. 

jeudi 1 janvier 2026

LE FOLK ROCK - épisode 2, par Benjamin


Contrairement aux Beatles, les Byrds ne virent pas le rock’n’roll comme un moyen de s’extraire de la classe prolétarienne. Figures de proue du groupe, David Crosby et Jim McGuinn furent issus d’une bourgeoisie progressiste mère des plus lamentables résidus de la décadence soixante huitarde. Il fallait pour ces gens se libérer des devoirs comme de toutes autorités, vivre dans un monde où seul comptait le plaisir individuel. Les campements hippies poussant comme des champignons ne furent pas des communautés, mais des conglomérats d’égocentriques aliénés par la recherche obsessionnelle du plaisir futile. 

Sans doute les modernes vivent ils une vie trop stérile dans un décor trop gris, sans doute n’ont-ils pas le courage de laisser le destin les surprendre au bout d’une route tracée au milieu de nulle part. Les Byrds connurent la beauté nourrissante du voyage, nourrirent leur esprit en déclamant les vers dylaniens sur fond d’arpèges à la douceur émouvante. Les Beatles leur montrèrent néanmoins leur véritable voie, savoureux mélange de poésie libertaire et de chœurs romantiques. Signé par Columbia, le groupe brancha les guitares pour donner une nouvelle ampleur au « Mr Tambourine man » de Dylan

Placé dans le studio voisin, le Zim fut impressionné par ce que ces jeunots firent de son titre. Sentant se dessiner dans cette mélodie une nouvelle beauté dont il ne voulait pas se faire ravir la paternité, le grand Bob forma rapidement un groupe de session pour moderniser son standard folk.

Malheureusement pour le groupe de David Crosby [photo =>] Columbia ne crut pas à l’avenir de la poésie sentimentale des Byrds. Enregistré quelques semaines avant la réactualisation dylanienne, le « Mr tambourine man » des Byrds ne sortit que plusieurs mois plus tard.

Si le groupe vit presque comme un honneur le fait de se faire doubler par leur idole, il faut aujourd’hui avouer que ce furent bien les Byrds qui posèrent les bases du mouvement folk rock. De l’Angleterre, Dylan ne garda que l’audace, lui qui fut trop attaché aux traditions et trop mauvais chanteur pour s’approprier la douceur pop des chœurs du groupe de Paul McCartney. D’une légèreté enivrante, des tubes tels que « Turn ! turn ! turn ! », « American girl » et autres « Mr Tambourine man » diffusèrent aux quatre coins du monde une nouvelle douceur bucolique.


[ <= Jim McGuinn ] Cet état de grâce ne dura que le temps de deux albums, les relents planants de « Fifth dimension » faisant définitivement passer les Byrds dans le rang des suiveurs. Symbole funeste, David Crosby fut viré du groupe dès la fin des sessions d’enregistrement de cet anecdotique troisième album. L’égo du chanteur fut trop fort pour accepter une quelconque concurrence, il fut tel un Lennon qui n’aurait pu partager le haut de l’affiche avec Paul McCartney. Alors que son avenir s’assombrissait, il était loin de se douter que la seconde partie de sa carrière s’était jouée au milieu d’un banal embouteillage d’une route du Sunset Boulevard.

Ce jour là, les conducteurs multiplièrent les quolibets et les injures les plus rageuses. Dans nos sociétés modernes, l’embouteillage est vécu comme un supplice insupportable, un inadmissible coup d’arrêt porté à l’agitation quotidienne. Forcé à l’immobilisme, la plupart ne peuvent alors qu’attendre l’instant d’après avec une frustration de plus en plus belliqueuse. Sénèque intimait à Lucilus le conseil d’habiter l’instant présent, d’en savourer chaque minute avec autant d’avidité que de sérénité, sagesse dont l’homme de l’ère industrielle semble incapable. 

Au milieu de ce trouble agressif, un vieux corbillard attira les moqueries de bourgeois que seul la peur du pléonasme m’empêche de qualifier d’acéphales. A coté de tant de voitures rutilantes, un tel tas de ferraille affirmait la priorité de l’être sur le paraître, de la débrouille sur la rente, de la liberté sur la facilité et de l’utilité sur l’esthétisme. Neil Young paya ce véhicule avec les premiers maigres cachets de ses premiers groupes, y entassa le matériel de sa nouvelle formation, avant de quitter son Canada natal pour le pays du rock’n’roll. 

Fasciné par Elvis, il rêvait alors de gloire et de bâtir une œuvre immortelle. Il est vrai que son véhicule n’était pas le plus fiable du monde, ses multiples pannes ayant ralenti plus d’une fois sa glorieuse chevauchée. Cette vieille mécanique fut un peu comme lui, fragile mais combative. C’est que, d’une maigreur bien éloignée de la carrure de loubard endurci du King, le Loner faillit mourir de la polio à l’âge de huit ans.

De ce terrible épisode de sa vie, le jeune homme garda des crises d’épilepsie le persécutant jusque sur scène. L’affaiblissement lié à la lutte de son corps pour sa survie lui donna une voix d’une fragilité émouvante, parfait véhicule d’une mélodie d’une mélancolie enrobant son œuvre dans son poison fortifiant. Neil Young attendit patiemment dans son véhicule de fortune, essayant simplement de ne pas trop prêter attention aux grincements inquiétants de son moteur. Soudain, passant entre les voitures avec sa démarche spectrale de musicien torturé, Stephen Stills apparut devant lui tel un symbole du destin. 

Le guitariste fut l’incarnation presque caricaturale du style hippie, sa barbe mal taillée, sa maigreur et la longueur de sa chevelure lui donnant des airs de John Lennon fraîchement sorti de son bed-in. Le Loner avait déjà joué avec cet homme dans un groupe que l’histoire oublia, il connaissait la vivacité de ses chorus mélodieux.

Les deux hommes se réunirent dans le vieux corbillard et, lorsque la circulation reprit son cours normal, c’est la voie du succès qui sembla s’ouvrir à eux. Ainsi formèrent ils le Buffalo Springfield avec un batteur chérissant la douceur rythmique de la country. Le rythme est la force de la musique américaine, le moteur de son pouvoir de séduction, alors le batteur est sans doute l’élément le plus essentiel d’un groupe. Alors que Dylan lui-même n’était pas sorti de sa période électrique, le batteur du Buffalo Springfield posait les mélodies du groupe sur le sol inébranlable d’une tradition immortelle. Loin d’être rétrograde, un tel swing annonçait la sortie d’albums tels que « Nashville Skyline » ou « American beauty », classiques d’un rock revenu de ses errements planants.

Représentant à lui seul deux visions de l’avenir, le Buffalo Springfield produisait une musique où la rusticité de sa rythmique s’harmonisait étrangement bien avec la moderne douceur de ses chœurs. Obtenant un succès fulgurant, le groupe annonça l’avènement du son californien en effectuant la première partie de Byrds en pleine ascension. Lors de ce concert, l’écho des chœurs folk de Neil Young forma avec les bluettes des Byrds la peinture sonore d’une nouvelle génération. Plus nonchalant que la formation de David Crosby, le Buffalo Springfield ressemblait à l’incarnation musicale de l’onirisme d’une génération bienheureuse. Inutile de s’attarder ici sur leurs deux albums qui, malgré leurs importances historiques, ont très mal vieilli. Il faut dire que, comme les Byrds, le Buffalo Springfield fut un groupe dont chaque membre chercha à écrire sa propre légende. 

Donnant l’illusion de la cohérence, le premier album du groupe n’en est pas moins plombé par une douceur d’une soporifique uniformité. Ces musiciens n’étaient pas encore mûrs, le sirop de leurs influences bucoliques dégoulinait de leurs mélodies avec une lourdeur écœurante. Vint ensuite « Buffalo Springfield again » (1967), grand délire d’américains ayant mal digéré l’influence du psychédélisme anglais, sorte de double blanc réduit à un seul disque assommant. A une époque où il fut à peine né, le Buffalo Springfield fut fasciné par les premiers relents du délire psychédélique anglais, dont il se mit en tête d’adapter les premières effluves avec le savoir faire d’un parfumeur au nez bouché.

De cette série d’expérimentations informes ressortit tout de même l’énergie stonienne de « Mr Soul ». Si le Buffalo Springfield fut un effet de mode comme le furent les Beatles à leur début, leurs mélodies maladroites conquirent les cœurs d’une jeunesse y voyant l’incarnation de ses rêveries et de sa joie de vivre. En signant un important contrat avec Atlantic, les musiciens imposèrent immédiatement leur nom au sommet de la pop mondiale. Pendant ce temps, le rêve que ces hommes incarnèrent s’éteignit aussi vite qu’il était né. 

Incapable de maintenir la cohésion d’un groupe dont les musiciens ne se supportaient plus, Paul McCartney annonça la fin brutale des Beatles en 1969. Les bons garçons de Liverpool n’existaient plus et, à peine les dernières notes du festival de Woodstock éteintes, leurs rivaux diaboliques se chargèrent d’achever l’innocence qu’ils représentaient sur les mornes plaines d’Altamont.

****  A suivre... **** 

Et retrouvez les chroniques de Benjamin dans son bouquin : Le Roman du Rock . 

Et puisqu'on me dit que nous sommes le premier jour de la nouvelle année...

(c'est sûr Sonia ? c'est checké, validé vérifié ?) 

... on vous souhaite que les trois cent soixante-quatre autres se passent pour le mieux.