MARDI :Fabuleuse pépite vintage et kitsch chez Pat, avec The Osmond Brothers, une fratrie qui lorgnait vers le succès des Jackson 5, futal patte
d’eph’ et costards à paillettes,
un redoutable sens du rythme, stars des charts dans les 70’s, ils avaient leur propre show
télé.
MERCREDI :Bruno nous a dégoté encore un fameux bretteur, Scott Henderson,
un
guitariste de jazz-fusion mondialement connu qui s'offre avec
« Tore down house »
une incursion
dans le Blues. Ca donne un superbe album constitué de pièces originales et explosives.
JEUDI : Benjamin poursuit son exploration de l’oeuvre de Maurice G. Dantecavec son troisième roman
« Babylon Babies », un récit apocalyptique qui verse un peu plus dans la SF et créé un monde dangereux dans lequel son héros erre avec son instinct de survie comme seule boussole.
VENDREDI :en ces temps de chienlit et jets de caillasse, Luc s’est replongé dans le septennat Giscard
et ses barbouzeries politiques avec « Blues, blancs, rouges »un polar tentaculaire de Benjamin Dierstein, écrit pieds au plancher, un tsunami narratif !
👉 La semaine prochaine, encore double dose de musique classique, avec l’audacieux et
puissant Hector Berliozchez Pat, et les œuvres symphoniques de Gabriel Dupontchez le Toon, du rock 70's avec Warhousechez Bruno, et au cinéma les derniers jours de Jean Moulin par László Nemes.
Le premier chapitre est écrit comme
on filmerait un plan séquence virtuose. 24 mai 1968 : le tout
frais brigadier de police Jean Louis Gourvennec est réquisitionné par l’inspecteur Daunat des RG pour localiser le meneur gauchiste Alain Petitjean, soupçonné de planquer des explosifs. Les deux flics traversent la capitale entre jets de
caillasses, barricades et grenades fumigènes. Dans ce chaos urbain, c’est par hasard que Gourv (comme surnommé ensuite) repère Petitjean en compagnie de Katharina Schwartzmann et Pierre
Goldman. Il localise aussi les explosifs, mais la
situation dégénère… BOUM !
[ Pierre Goldman ] 10 ans plus tard. Deux recrues de la police sorties major de
promo, Marco Paolini et Jacqueline Lienard découvrent leurs affectations. Lui choisit de
travailler à la BRI sous les ordres du fameux commissaire Broussard,
qui a Jacques Mesrine dans le viseur. Elle, atterrit aux RG pour endiguer la menace terroriste. Le baron
Empain vient d’être retrouvé un p’tit doigt en moins, et en
Italie on reste sans nouvelle d'Aldo Moro.
Et puis il y a Robert Vauthier,
mercenaire de la Françafrique, lassé des barbouzeries et des palais dorés d’Ali Bongo, qui pose ses valises à Paris et se rêve roi des
nuits parisiennes. Castel et Régine n’ont qu’à bien se tenir.
Il connaît du monde Vauthier, à commencer par Valéry Giscard d’Estaing qui l’invite
à ses parties de chasses. Proxénète sur les bords (faut diversifier les activités), son réseau de putes de luxe sert aussi à collecter des infos dans le plumard des personnalités politiques. Il fraye avec les frères Zemour, ou
Zampa, des gangsters qui tiennent les jeux, les filles, la dope. On va croiser aussi les membres du S.A.C. (service d'action civique) jamais bien loin des coups tordus,
Pierre Debizet, Foccart, Pasqua.
Le jeune flic Paolini en deviendra
membre, et trempera dans des affaires louches, comme celle du
ministre Robert Boulin. De son côté Jacquie Lienard traque les gauchistes, fera du brigadier Gourvennec
sa taupe au sein du mouvement de Petitjean, pour identifier le trafiquant d’armes Géronimo, proche du terroriste Carlos (pas le
senior météo). Vauthier, entre deux coupes de champ’ dans sa
boite de nuit qui fait fureur, devra mettre au pas quelques racketteurs, et reprendre du service
pour gérer la fin de règne de Bokassaet l'avènement d'un p'tit nouveau : Kadhafi.
Ouf !... Vous aurez compris que l’auteur Benjamin
Dierstein donne dans le polar mastoc, fleuve, chorale, tentaculaire, en retraçant la
fin des années Giscard. Et ce BLEUS BLANCS ROUGES de
quasiment un millier de pages n’est que le premier tome… L’auteur
cherche, selon ses dires, à traduire l’effervescence narrative de
« Les Affranchis » de Martin Scorsese, multipliant les
points de vues, sans jamais lever le pieds. Il est aussi obnubilé
par James Ellroy (auteur du « Quatuor de Los Angeles »,
entre autres) dont il reprend allégrement le style, des phrases
courtes, descriptives, percutantes, avec une grossièreté assumée
et un politiquement correct banni de son vocabulaire.
Il reprend aussi
le principe d'une intrigue s’inspirant de faits
réels, en mélangeant personnages fictifs et existants. Parfois sans
doute de manière un peu complaisante (défilé de stars en boite disco, Delon, Dewaere, Miou-Miou, Joe Dassin, généralement sous un jour peu flatteur) mais le tout est
minutieusement documenté. L'auteur cite ses sources en fin
d’ouvrage : bouquins, mémoires, presse, documentaires télé,
interviews. Autre idée piquée chez Ellroy, ces inter-chapitres
reproduisant rapports d’écoutes, de filatures, revues de presse, qui
permettent de resituer l’action dans l’actualité.
Benjamin
Dierstein maintient la tension et le suspens de ses multiples
intrigues, qui bien souvent s’entrecroisent, comme dans l'enlèvement d'un fils de bonne famille d'industriels par des factions d'ultra-gauche. Paolini et Lienard,
qui se détestent depuis l'école de police, enquêtent finalement sur les mêmes cibles, la
cloison est mince entre banditisme, terrorisme et affairisme politique. Dierstein réussit surtout un formidable flashback sur les années 78-79, une
longue madeleine de Proust, depuis les bombons Picorette aux R16, le
succès des « Bronzés » à la guéguerre Delon /
Belmondo. Il revient surtout sur les évènements politiques, la fin des idéaux de mai 68 - Alain
Krivine, Serge July - le début de la radicalité avec le romanesque
Pierre Goldman qui passent ses nuits à jouer du bongo (pas Ali) dans les boites caribéennes de la capitale, les prémices d’Action Directe, avec Jean-Marc Rouillan qui muscle à coups d'explosifs la contestation de l'autorité étatique.
[ le commissaire Broussard => ] L'auteur met en scène le bordel ambiant. Chez les groupuscules anars ou gauchistes aux multiples ramifications, toujours plus radicalisées, leurs pensés politiques et modes opératoires (on est au coeur du dispositif grâce
à l’infiltration de Gourvennec, séquences génialement tendues). Chez l'autre bord aussi, avecla
guerre des services de polices, Anti-gang, RG, ou ce nouveau GIGN du
commandant Prouteau. Ou ces réseaux qui se mettent en place pour soutenir une candidature Mitterrand.On suit aussi de près la traque de Mesrine jusqu'à la Porte de Clignancourt... On replonge dans une époque sans recherche ADN, portable, Internet ou réseaux sociaux. Donc cent fois dans le sommier on relit des pages de dossiers, on compare des photos floues, on tabasse les indics, on planque à proximité d'une cabine téléphonique.
Quelques réserves tout de même concernant l'équilibre des intrigues. JacquieLienard
disparaît du récit au moment où son indic touchait au but, c'est très frustrant (on le saura plus tard ?). Paolini
s'absente pour revenir en fanfare 200 pages plus loin. Pourquoi ? Dierstein s’égare aussi parfois dans des dialogues tarantinesques à propos de tel chanteur, acteur (mais en planque toute la nuit, faut bien passer le temps).
Il n'empêche, BLEUS BLANCS ROUGES est une lecture addictive, un tsunami narratif, non dénué d'humour et de satire, lorsqu'il regarde l'Histoire par le petit bout de la lorgnette, point de vue insolent et jouissif totalement assumé. Le savoir-faire est indéniable, notamment dans la manière de puiser dans le réel pour façonner une matière romanesque. En attendant la suite…
Globalement,
l’œuvre de Maurice G Dantec peut se scinder en trois grandes
parties. La première, symbolisée par « Les racines du mal »
et la « Sirène rouge » est la plus rationnelle. Vite
rangée sous l’étiquette de polar ou roman noir, elle nous
présente des héros aux prises avec la barbarie d’un monde en
perte de repère. S’il subsiste quelques traces de science fiction,
elles ne forment qu’une teinte originale dans un récit assez terre
à terre. Cette timidité vis-à-vis du futurisme mènerait presque à
se demander si, comme tant de littérateurs austères, Dantec ne
nourrirait pas un certain mépris pour l’univers science fictionnel
et la littérature d’anticipation.
C’est pourtant bien ce mépris
pour ce genre qui lui fit dire sur un ton agacé à un journaliste :
« Je ne comprends pas ce mépris pour la science fiction. Alors pour
vous monsieur Huxley, monsieur Dick et monsieur Orwell, c’était
des blaireaux ? ». C’est que, après le coup de maître de
« Les racines du mal », Dantec découvrit dans la science
fiction un nouvel horizon à explorer. Comme il y eut des free
jazzmen, l’homme fut un free writer. Il se jetait dans l’écriture
sans plan ni boussole, explorait ses mondes en même temps qu’il
les inventait. Par ce procédé, il poursuivit le défaut qui fut si
longtemps pointé par les détracteurs des écrivains futuristes et
fantastiques, prenant plus soin de décrire son univers que la
personnalité de ses personnages.
Ce reproche ne peut que faire
sourire les vrais amateurs de littérature, à moins que ceux-ci
soient capables de reprocher à Kafka de ne pas avoir détaillé la
personnalité de son fameux K. Comme l’auteur du procès,
les écrivains de science fiction voyaient d’abord leurs
personnages comme des moyens de souligner les tourments et les tares
de leurs mondes. « 1984 » aurait-il été meilleur si
Orwell s’était longuement attardé sur le passé de Winston ? K.
Dick aurait-il dû faire de son œuvre une version cosmique de la
comédie humaine de Balzac ? Bien sûr que non !
Le travail de ces
hommes fut davantage de restituer les peurs du présent en imaginant
l’avenir. Ainsi naquit donc « Babylon babies », grande
fresque cybernétique aux sous entendus résolument nietzscheen. Si «
Le dernier homme » est le titre d’un chapitre des « Racines
du mal », c’est bien « Babylon babies » qui nous
présente son monde crépusculaire.
Ayant perdu tout idéal, Hugo
Cornélius Toorop erre dans ce décor futuriste avec son instinct de
survie comme seule boussole. De puissantes mafias ont érigé leurs
grandeurs sur les décombres d’états en lambeaux, créant ainsi
une oppressante tyrannie anarchiste où la mort et le vice se
partagent les rues. Perdue dans cet univers sans idéal, une humanité
crépusculaire noie son angoisse dans les plaisirs narcotiques et
l’aliénation numérique. Fille de cette décadence futuriste, une
jeune femme se retrouve enceinte par la seule intervention de la
science. Pauvre madone schizophrène, elle abrite dans sa chair
malade deux jumeaux représentant l’avenir de l’humanité.
Ces
rejetons, dotés de capacités exceptionnelles et nés de la science
d’une sombre secte, sont destinés à représenter le prochain
stade de l’évolution humaine. Au fil du parcours, Toorop
découvrira que, s’ils venaient à naître, de tels jumeaux ne
manqueraient pas de déclencher la perte de l’humanité qui les a
précédé. Dotés d’un système immunitaire différent, de tels
surhommes ne manqueraient pas de diffuser chez les races devenues
caduques une épidémie mortelle, comme les troupes de Christophe
Colomb le firent auprès des tribus indiennes. Ne pouvant plus se
transcender que par une frénétique fuite en avant scientifique,
l’humanité semble ici courir à sa perte.
Le monde de « Babylon babies » est un monde où les décors d’un futurisme
spectaculaire semblent faits pour faire oublier la tristesse d’un
peuple sans âme ni lien collectif, c’est un nouvel âge féodal
sans foi ni loi.
Bandits de grands chemins de ces temps pas si
éloignés, les mafieux sont devenus les derniers hommes doués
d’ambitions. Les autres, enchaînant les plaisirs futiles et les
opiums toxiques, semblent aussi primaires que la technologie qui les
divertit est avancée. La science est le seul espoir de ce peuple
acéphale, la force divine lui faisant oublier la vacuité de son
existence pour qu’il continue de s’y noyer. Véritable Sainte
Vierge de ce peuple scientiste, le personnage de Marie Zorn pose par
son existence une question simple mais cruciale : le seul salut des
derniers hommes se trouvera t-il dans le sacrifice suprême au dieu
science ? Le devoir de l’humanité est-il de toujours évoluer
même si cette évolution menace son existence même ?
Il parait
difficile de considérer comme pleinement humains ces jumeaux nés
d’expériences scientifiques, à moins de penser que le
consommateur parfait représente l’avenir de l’humanité. L’homme
construit n’est pas fait que de chair et de sang, mais aussi
d’émotions et de pensées. Privés de la douceur du lien filial,
ces êtres ne se révéleraient-ils pas aussi diminués humainement
qu’ils ne sont augmentés physiquement ? Puis il y a la
schizophrénie de la mère, cette maladie que l’on pourrait presque
nommer "maladie du consommateur parfait". L’avenir de l’homme
pourrait donc être une horde d’êtres qui jouiraient d’une
carcasse surhumaine dirigée par un esprit à la merci de ses délires
et de ses pulsions.
Si Toorop pensait simplement gagner de l’argent
en protégeant la fille d’une secte d’illuminés, ses découvertes
le plongent dans ces réflexions vertigineuses, dilemmes nés des
angoisses fascinantes de Philip K Dick. Ces préoccupations ne sont
donc pas neuves, mais aussi vieilles que la science fiction. Notons
toutefois que, à travers sa grande odyssée futuriste, Maurice G. Dantec traite
son sujet avec suffisamment d’inventivité et d’enthousiasme pour
placer son œuvre dans la lignée des classiques du genre.
*****************
N.D.L.R : ce roman a été adapté au cinéma par Mathieu Kassovitz sous le titre « Babylon A.D. » (2008) avec Vin "Fast and Furious vroum vroum" Diesel dans le rôle de Toorop, mais aussi Michelle Yeoh, Charlotte Rampling, Gérard Depardieu, Lambert Wilson, Mélanie Thierry.
Quand
un guitariste, de jazz-fusion mondialement connu, s'offre
un bol d'air en s'immergeant dans le Blues, ça donne quoi ? Ça
donne un superbe album de Blues-rock - fusion - qui en a mis plus
d'un à genoux. L'album, c'est "Tore
Down House",
et le guitariste,Scott
Henderson.
Scott
Henderson, né le 26 août 1954 à West Palm Beach, en
Floride, se fait un nom en tant que guitariste de Jazz fusion au sein
de Tribal Tech. Un groupe qu'il a
fondé en 1983 avec le bassiste Gary Willis.
L'ascension est relativement ardue ; en effet, en évoluant dans le
club fermé - certains diront plutôt sélectif - des amateurs
de Jazz, il ne faut pas s'attendre à exploser les compteurs des
charts - encore moins ceux du Billboard, qui concernent généralement
plus le "grand public". Peu de musiciens évoluant - peu ou
prou - dans cet univers peuvent prétendre à se produire dans de
grandes salles à travers la planète ; encore moins dans des stades.
Quant aux radios et à la télévision, elles ne leurs ouvrent
habituellement les portes qu'à des heures tardives, dans des
émissions spécifiques. Toutefois, malgré tout, grâce à son
exigence et sa technicité, Tribal Tech
finit par traverser les frontières des préjugés. L'intérêt que
porte les revues dédiées à la guitare - à Henderson en
particulier, mais aussi au groupe -, contribue considérablement à
la notoriété croissante du groupe et de son guitariste.
Indirectement,
la vague du "Shred", générée par une multitude de
gratteux, traumatisés par les Malmsteen, Van Halen, Uli Jon Roth,
Randy Rhoads et Blackmore en outre, sont obnubilés par la
technique et la vitesse d'exécution. De
jeunes musiciens, majoritairement biberonnés au métôl, qui ne
tardent pas à être qualifiés de shredders, générant le
courant - controversé - "Shred". Parmi les plus célèbres,
on trouve Greg Howe, Tony McAlpine, Paul Gilbert, Jason Becker,
Marty Friedman, Vinnie Moore, Blues Saraceno. Dans leur
recherche d'exemples à suivre, de guitaristes plus rapide que leur
ombre, ces jeunes loups en viennent à laisser trainer leurs
esgourdes dans les terres du Jazz-rock et de la fusion. Ainsi, les
noms de John McLaughin, Allan Holdsworth ou Al Di Meola s'invitent dans
leurs références. Un peu plus tard, celui de Scott Henderson s'y
greffe. L'intérêt que lui portent les revues dédiées à la
six-cordes, participe à l'élargissement de son public. Tandis que
son intégration au The Zawinul Syndicate
conforte sa place dans le Jazz fusion. Entre une chose et l'autre, Tribal
Tech parvient à devenir dans les années 90 l'un des
groupes de fusion les plus vendeurs. L'album éponyme de 1991 et
"Illicit" sont des succès plébiscités.
C'est
peut être ce succès inattendu - qui reste tout de même
relativement modeste -, qui permet à Scott Henderson de relâcher un
peu la pression sur Tribal Tech et d'entamer parallèlement,
sereinement, une carrière solo. Ainsi, en 1994, il sort un premier
album, "Dog Party". Un
disque d'un doux dingue artificier, qui débute comme un hommage à
Stevie Ray Vaughan par un "Hole Diggin'
" survolté, avant de déballer une ribambelle de
blues tantôt habillé de funk, de country-blues ou de West
Side Sound, de Jazz, aussi - inévitablement. Mais ce qui est étonnant,
c'est que cet album ne reflète aucunement le musicien de Jazz qui
se frotterait au Blues, mais plutôt celui d'un Bluesman (moderne)
qui injecte à l'occasion du Rock et, moins souvent, du Jazz. C'est, qu'avant de se vouer totalement au Jazz - ou plutôt à la fusion -,
le monsieur a fait ses classes au son du Blues et même du
Heavy-rock. C'est même avec ces deux univers - pas si éloignés -
qu'il a appris à apprivoiser la scène. Ritchie Blackmore et Jimmy
Page sont deux de ses influences majeures, avec, évidemment, Jimi
Hendrix et Jeff Beck. D'ailleurs, bien des fois, l'ombre de ce
dernier ne manque pas de planer sur les morceaux lents de "Tore
Down House". En matière de Blues, étonnamment, il désigne
généralement Albert King, qui n'est ni le plus technique ni le plus
véloce. Loin de là.
Trois
ans plus tard, en 1997, Scott réitère son incursion en terre blues
et passe au niveau supérieur.
Déjà,
d'entrée, il dégaine un « Dolemite »
dantesque. Un instrumental du feu de dieu avec une solide section de
cuivres dans le style de Tower of Power, une basse énorme et l'orgue
alerte de Scott Kinsey (1). De son côté, Henderson n'en fait pas
des tonnes, laissant ses comparses s'exprimer. Mais dès qu'il retire
la muselière de sa Stratocaster, c'est le feu à tous les étages.
Deux géniaux instrumentaux égrènent l'album. « Continuum »
de Jaco Pastorius, ici revisité en greffant un Country-blues vaporeux aux lignes de basses
élastiques, et « Harpoon », où l'harmonica de Pat O'Brien (2) joute avec la gratte d'Henderson.
Contrairement
à quoi on pourrait s'attendre, ce n'est pas un album de guitare stricto sensu, mais bien un disque de Blues-rock. Certes pétaradant et plutôt moderne, parfois même d'apparence échevelé. Le son y est énorme et même aujourd'hui,
pratiquement trente ans plus tard, il surprend par sa puissance et sa
définition. Aucun instrument n'est négligé, Scott n'hésitant pas
à mettre parfois - à bon escient - sa guitare en retrait ou à la
museler. Par contre, si quelqu'un pourrait avoir un régime de faveur,
c'est peut être la chanteuse Thelma Houston. Célèbre
chanteuse de Soul et de Rhythm'n'blues (avec un passage, un fourvoiement disco...)
avec une puissance vocale qui pourrait bousculer quelques esgourdes
sensibles.
Occasionnellement, elle est secondée par Masta Edwards
– un chanteur de Soul et de Blues, également auteur-compositeur,
qui produira très peu pour lui-même, passant sa carrière souvent
dans l'ombre, travaillant essentiellement pour autrui. Thelma et
Masta se glissent judicieusement dans la peau d'un couple se
susurrant des mots d'amour sur le slow-blues « I
Hate You», qui débute sur un ton des plus mielleux (avec fleurs printanières et p'tites zoizieaux piaffant), avant de prendre un peu plus de corps et de gnaque après un premier solo tranchant. « Oh, tu
es un ange, un ange venu des enfers. Ta bouche est vulgaire, ton
odeur de cosmétiques bon marché... Espèce de petite catin bon
marché, tu te tires par la porte de derrière, tu sors avec
n'importe qui pour un sou... Oooh, tu n'es qu'un ivrogne affalé dans
le canapé à regarder du sport en buvant des Corona.Chéri,
j'arrêterai de boire si tu te rases les jambes. C'est dommage que ta
mère n'ait jamais pris la pilule - [et en chœur :] Chéri(e),
tu es un(e) raté(e), c'est toi que j'ai envie de tuer. Chéri(e), tu
as ruiné ma vie, alors je te hais et je te haïrai toujours ! ».
Jouant
avec nombre de clichés récurrents, chers au blues, tout au long de
l'album, Scott se plaît à les détourner avec humour tout le long
de l'album. Comme sur le shuffle « Gittar
School », chanté avec âpreté par Masta, où il semble ne pas penser grand bien du
grunge qui après avoir atteint son apogée commerciale, et en pleine dégringolade. « J'ai
perdu mon boulot chez XX, je n'arrêtais pas de faire tomber les burgers
par terre. Tout le monde sait que je suis un idiot... J'me suis acheté
une guitare électrique... l'école va m'apprendre à la brancher...
Je prends le bus pour Hollywood... Grandes piscines et stars. Je vais
bien m'amuser... Plus de temps pour les cours, j'ai appris quelques
accords et j'ai bronzé. Maintenant je pars pour Seattle. Je vais
jouer mes accords dans un gros groupe grunge ».
Si l'esprit du Blues est bien présent, Henderson ne peut s'empêcher d'exploser les carcans des douze mesures. « Mocha », second et dernier morceau chanté intégralement – et majestueusement - par Masta, est l'un des seuls morceaux le plus authentiquement blues ; même si, indéniablement, ce slow-blues, un peu sombre, est un hommage ouvert à Jimmy Page et Led Zeppelin. Le second est « Same As You », présenté pour un superbe final sur un slow-blues soul enlevé, illuminé par Thelma Louise à son zénith et une wah-wah maîtrisée de Scott - ou Jimmy Reed rencontre Hendrix.
En conséquence, "Tore Down House" a bien plus de chance d'intéresser un public friand des Jeff Beck, Larry Coryell et Roy Buchanan - voire de Blues Saraceno - que de pur Blues. D'autant qu'il y a dans l'attaque de Scott une certaine véhémence qui pourrait être appréhendée comme une agression pour des esgourdes délicates. Même sur le slow-blues éponyme, Scott, dans un esprit beckien, déchire l'espace de soli torturés comme autant de décharges électrostatiques de 3000 watts. Thelma n'a plus qu'à chanter à l'avenant, sous l'effet des décharges. Tandis que "You Get Off On Me" serait comme une immersion sous haute dose de caféine de Zappa dans le Blues-rock et "Meter Maid" s'abreuve aux standards de Bo Diddley pour en régurgiter une version granitique et cahoteuse.
Quand tellement d'autres musiciens, lorsqu'ils décident de sortir un disque de Blues - pour leur simple et sincère plaisir, ou dans l'espoir de récolter un peu de monnaie sans trop se fouler - se contentent de reprises resservies quasiment telles quelles (proches des originaux), Scott Henderson, lui, déboule tranquillement avec des pièces originales explosives. En toute intégrité, et tant pis si ça fait un flop, ça fait longtemps qu'il n'a plus rien à prouver. Même pas sûr que ce genre de considération lui traverse l'esprit.
P.S. : C'est bien sur une Fender Stratocaster (modèle réédition 1957), celle avec laquelle il se présente sur la pochette, que Scott joue sur l'album. Une Strato équipée de micros Suhr, qu'il branche dans un Fender Bassman et un Fender Supe Reverb. Il booste la saturation des amplis, déjà poussée au-delà de la moitié, avec une Ibanez TS9 (ou une Maxom).
Kinsey, également co-producteur avec Henderson, et claviériste depuis 92 de Tribal Tech.
Déjà présent sur « Dog Party », il sera aussi de la partie sur le troisième opus blues d'Henderson. Également chanteur et guitariste, il effectue aussi une carrière solo qui n'a jamais décollé. Toutefois, aux USA, il est réputé pour son talent et sa virtuosité en tant qu'harmoniciste. On le retrouve sur le « From The Cradle » de Clapton et le « Blues Summit » de BB King.