Qu’attendre aujourd’hui d’un
film de Jim Jarmusch, dont la dernière livraison qui m’avait
enthousiasmée date de 20 ans avec BROKEN FLOWERS ?
Alléché
par le casting et le retour de Tom Waits devant une
caméra, allons voir ce FATHER, MOTHER, SISTER BROTHER. Dont le titre
annonce la couleur. Il s’agit d’un film en trois chapitres
distincts mettant en scène des parents et des (grands) enfants.
Le
premier segment se passe dans une bicoque au bord d'un lac du New Jersey, Jeff (Adam
Driver) et sa sœur Emily (Mayim Bialik) y rendent visite à leur père
veuf, joué par Tom Waits. On passe ensuite à Dublin où Timothea
(Cate Blanchett) et sa sœur Lilith (Vicky Krieps) viennent pendre le
thé avec leur mère jouée par Charlotte Rampling. Enfin, à Paris,
Billy et Skye, frère et sœur jumeaux (Luka Sabbat et Indya Moore)
reviennent dans l’appartement parisien de leurs parents
décédés.
Qu’ont-ils à se dire ? Pas grand-chose. C’est
justement le thème du film, à total rebrousse poil des films
familiaux où généralement Thanksgiving est prétexte à de grandes
tablées qui s’engueulent et se rabibochent au son de violons
extatiques. Ici quasiment pas de musique, un vague thème composé
par Jarmusch lui-même, et la chanson « Spooky » de Dusty
Springfieldque les jumeaux écoutent en voiture.
En voiture… Oh putain ! Je
pense qu’un bon tiers du film tient dans les trajets en voiture, lieu
clos propice à la discussion. Mais quand on a rien à se dire, ce
sont des moments extrêmement gênants. Le dispositif est invariablement le même
pour les trois histoires : des panoramiques sur les bagnoles qui passent,
des travelings avant subjectifs sur les routes (on voit bien les travaux dans Paris !) et les
intérieurs filmés avec effet de transparence du plus mauvais…
effet.
A Dublin, Cate Blanchett
tombe en panne, et finalement non. Manière subliminale d'esquiver le rendez-vous avec sa mère ? Sinon pourquoi cette scène ?
Vicky Krieps se fait amener par une copine mais dit à sa mère
qu’elle est venue en Uber. Pourquoi ce mensonge ? Elle semble avoir des problèmes de fric. Dans les
trois histoires on croise des jeunes sur des skates filmés au
ralenti. Dans les trois histoires on s’assoie autour d’une table devant un verre d’eau, un thé, un café, et on se demande :
« Peut-on trinquer avec de l’eau / du thé / un café ? ».
Dans les trois histoires on se complimente sur la couleur d’un
pull, d’une écharpe. Dans les trois histoires il est question
d’une Rolex (le symbole de la réussite ?).
Et dans les trois histoires on ne se dit pas tout, mais pire, on se ment. Tom Waits, que son fils aide
financièrement (la soeur n'était pas au courant), prétend adorer sa vieille Chevrolet bonne pour la
casse, mais une fois le fiston parti, file en ville retrouvée sa
dulcinée en BMW. Les parents de Billy et Syke ont-ils caché à leurs enfants leurs réelles activités ? Lilith est-elle fauchée, à la rue ? Suppositions.
Jim Jarmusch filme à la japonaise (il avait fait
GHOST DOG, un très bon cru, en recyclant LE SAMOURAÏ de Melville) plans statiques, cadres zénithaux sur les tables où sont soigneusement disposés verres, assiettes ou tasses. Cérémonial, rituel, dans ce qu’il a de plus guindé et futile. La lumière est très belle,
notamment dans cet appartement parisien vidé de ses meubles. La
concierge est jouée par Françoise Lebrun,
actrice notamment de LA MAMAN ET LA PUTAIN. Un choix très
référencé. Mais qui sonne aussi faux que les transparences en
voiture, un champ / contre champ visiblement tourné à trois semaines d'intervalle, gros malaise à l'écran.
Le dernier plan est signifiant. Skye
et Billy roulent vers un garage où sont entreposées les
affaires de leurs parents. Une vie empilée dans 6 mètres carré. Une vie dont on ne saura pas grand chose, les différentes cartes d'identité retrouvées laissent supposer un passé de clandestins ou d'activistes. Je ne sais pas ce que Jim Jarmusch a voulu dire, mais c’est peut être ça : la futilité
de l’existence qui finit en carton, et qu'importe le modèle de voiture, de montre de luxe, l'alignement des tasses à thé et la couleur des fleurs. Mouais, c'est un peu court, Jarmusch...
On choisit ses amis mais pas sa
famille. Les relations restent au stade de la politesse, du rituel obligé, du respect contractuel pour ses géniteurs. Mais chacun mène sa
vie, aucun n’a de compte à rendre à l’autre. Des séquences malaisantes, des silences lourds, des non-dits, pas
une once d’honnêteté, des sentiments qu’on refreine. Les
comédiens semblent s’emmerder, une absence de jeu que j'imagine volontaire, imaginez les tablées généreusement filmées chez Chabrol ou Sautet dirigées par Robert
Bresson…
Le rythme est lent mais ça passe vite. C’est
chiant mais on ne s’ennuie pas. Ce qui serait vraiment intéressant, c’est que Jarmusch
reprenne chaque segment pour les développer en long métrage, et nous
raconter ce qu’il s’est passé avant, et après.
A la question, qu'attendre de Jim Jarmusch aujourd'hui, je répondrai sans détour, franchement, sans me défausser et avec certitude : je n'sais pas.
Vu
comme le dernier possible sauveur d’une certaine douceur utopique,
Dylan envoya paître ses admirateurs en produisant l’immonde « Self
portrait ». Tous les yeux se tournèrent alors vers le soleil
californien,
avec l’espoir que le fameux titre des Mama’s and the Papa’s
exprimait plus qu’un attendrissement nostalgique face à une
douceur condamnée. Revenant d’un court voyage en Angleterre, David
Crosby et Stephen Stills s’apprêtaient alors à former un des
groupes les plus vénérés de l’histoire de la musique populaire.
Le temps pressait et, rejoint par Graham Nash, le groupe chercha à
offrir à la somptueuse tendresse du rock sixties le requiem qu’il
méritait.
Nous étions alors en 1969 et, porté par le succès du
groupe au festival de Woodstock, le premier album du trio se vendit
formidablement bien. Les musiciens ne furent pourtant pas satisfaits
de la banalité de ces ballades folk, exercice de style un peu fade
sur lequel la jeunesse se jeta avec l’avidité de ceux qui sentent
que l’objet de leur admiration s’apprête à disparaître. Il
manquait au groupe une voix pour se montrer à la hauteur des grandes
chorales des temps passés, un musicien dont la plume et la voix
offrirait à leur musique ce supplément d’âme caractérisant les
grandes œuvres. Stephen Stills se souvint alors du jeune solitaire
tourmenté avec qui il vécut l’aventure du Buffalo Springfield.
Ainsi fut enregistré « Déjà vu », disque que le label
Atlantic ne prit même pas la peine d’écouter avant de le
publier.
Dès l’annonce de la sortie prochaine d’un album
regroupant Neil Young, David Crosby et Stephen Stills, les
précommandes battirent tous les records. Nostalgique d’une époque
qu’il sentait s’éteindre sous le poids des désillusions et de
la violence musicale qu’elle engendrait, une génération voulant
encore rêver se jeta sur cet oasis de finesse mélodique. Sonnant
comme le cri désespéré d’une beauté refusant de disparaître,
« Carry on » ressemble à un rite Voodoo ouvrant la voie
à une folk mystique. S’émancipant de ses vieilles croyances,
l’occident mit dans sa musique une ferveur transcendante qui
culmina lors du festival de Woodstock. C’est cette ferveur que
« Déjà vu » convoque, cherchant par la splendeur de ses
mélodies à faire du rock un moyen d’élever les âmes. N’allez
pourtant pas croire qu’une telle grand messe se passe de
défoulement orgiaque, les guitares se déchaînent
joyeusement le temps d’un « Woodstock » électrisant.
Réconcilier
les élans du corps et ceux de l’esprit, donner de la grâce à la
simplicité et de la simplicité à la grâce, voilà le génie que
Crosby, Stills and Nash se proposa de célébrer. Il se dégage de
chœurs tels que ceux de « Our house » une sérénité
que le rock ne connaîtra plus. Ne voyant plus les grands espaces que
dans les films, le cerveau empoisonné par une musique de plus en
plus agressive et des écrans de plus en plus envahissants, l’homme
moderne semble de moins en moins fait pour apprécier une telle
harmonie méditative. La douceur de la folk et la nonchalance de la
country s’allient sur « Déjà vu » pour l’inciter à
stopper le train infernal de ses distractions, le portent vers une
sérénité l’éloignant des démons du désir et de
l’angoisse.
Vient également la poésie de Neil Young, breuvage doux
amer passant du spleen Dylanien de « Helpless » à la
somptueuse messe country rock de « Country girl ».
Exprimant des doutes angoissés face à une paix fragile, doutant de
l’existence d’un amour idéalisé et d’une vie débarrassée de
tout conflit, « Déjà vu » ne s’en affirme pas moins
comme le plus formidable message d’espoir de l’histoire du rock.
«
On ne comprend rien à l’époque moderne si on ne comprend pas
qu’elle est une lutte acharnée contre toute forme de spiritualité
»Georges Bernanos : La France contre les robots
Chaque mélodie de
« Déjà vu » sonne comme une révolte contre ce constat
péremptoire, formant ainsi le symbole d’une musique refusant
d’abandonner son âme dans un nihiliste concours de violence
sonore. Aussi célébré que fut cet album, l’association de tels
égos ne put tenir bien longtemps. Alors que s’achevait un concert
de leur dernière tournée, Neil Young se voyait déjà électriser
les foules en compagnie de son groupe d’émissaires. Les grandes
rencontres sont souvent le fruit du hasard le plus banal, l’inattendu
émergeant dans nos vies avec la soudaineté de Moby Dick émergeant
des mers calmes traversées par le fier navire nommé Pequod.
Ce fut
alors dans un petit bar de Californie, le genre de lieux où
s’écrivaient les premières pages de légendes musicales et
mourraient
tragiquement les plus belles illusions. Lorsqu’ils commencèrent à
jouer, les Rockets
semblaient bien incapables d’émerveiller une génération qui
enfanta tant de virtuoses pop. C’est oublier que les sixties
étaient repus de merveilles mélodiques tels que « Pet sound »
ou « Odessey and oracle », « Sergent Pepper »
et autres « Forever changes », son estomac dilaté
réclamait une nourriture plus légère. Une critique snob eut beau
tenté de la ramener sur les rivages de son rock mature, l’année
1969 célébra la puissance orgiaque du heavy blues et du proto punk
stoogien avec un plaisir décomplexé.
Neil Young appréciait également ce genre de simplicité rageuse, elle lui
rappelait ce rockabilly qui fit naître sa vocation musicale. Les
Rockets jouèrent ce soir là un boogie binaire semblant nettoyer le
rock de ses prétentions, une force primaire dans laquelle Neil Young aperçut son avenir. Puisque le producteur iconique du raffinement
planant, Jack Nietzsche, ne sut donner à son premier disque une
forme satisfaisante, le Loner gagnera son indépendance en se jetant
corps et âme dans le bain de l’agressivité de cette nouvelle
époque.
Ainsi naquit « Everybody know this is nowhere »,
modèle de folk rock sauvage nourrissant une tension dramatique d’une
troublante intensité. Avec « Cinamon girl », le groupe
n’a besoin que de deux notes pour évoquer la splendeur des grands
espaces américains, les guitares galopant avec l’énergie
euphorique de cœurs enfin touchés par un amour éternel. Les
mélodies sont toujours majestueuses, mais désormais portées par
une intensité électrique d’une rare violence et portées par un
dépouillement tranchant radicalement avec l’héritage Byrdsien.
Nombreux sont aujourd’hui ceux voyant dans cette simplicité et la
puissance rageuse de ces guitares une prédiction de la future crise
de nerf grunge. Signalons toutefois que la déprime musicale
engendrée par Kurt Cobain n’atteignit jamais ce niveau de grâce
onirique, qui est la marque des musiciens restés fidèles à la
poésie autrefois portée par la folk. Il est vrai que le Loner
est avant tout un poète musical écartelé entre une noirceur digne
de Dylan Thomas et des rêveries à la douceur Rimbaldienne.
Solitaire défendant rageusement sa liberté de création, il s’exila
déjà sur des terres plus apaisées lorsque l’album « Everybody
know this is nowhere » conquit le grand public.
Les années
suivantes, Neil Youngenchaîna
les albums célébrés ou honnis de la critique, offrit aux gardiens
de la bienséance musicale ce qu’ils voulaient avant de repartir
dans les chevauchées sanguinaires de son cheval fou. Lui-même
partisan d’une certaine finesse mélodique issue des sixties, il la
prolongea sur la lumineuse nostalgie folk de « After the
goldrush ». Lorsque sonna pour les hippies l’heure du retour
à la terre, Neil Young conquit le monde en propulsant le country
rock au sommet des ventes avec l’album « Harvest ». En
même temps Docteur Jekyll et Mister
Hyde du folk rock, le Neil Youngfut
un des rares musiciens capables
d’honorer aussi bien la finesse des sixties et la puissance
rugueuse des seventies.
A suivre...
Et retrouvez les chroniques de Benjamin dans son bouquin : Le Roman du Rock .
Et si, Trapeze n'était pas tout simplement l'un des meilleurs groupes de heavy-rock anglais des années 70 ? Un de ces groupes injustement oubliés, ignorés, ou au mieux relégués comme tremplin pour des musiciens compétents. Certes, le Royaume-Uni était alors une véritable et inépuisable matrice qui, dès les années soixante, n'a pas cessé de mettre au monde des groupes plus talentueux les uns que les autres, de sorte qu'il est particulièrement difficile de tous les connaître. À moins d'être un passionné, un fondu du genre. Et puis, malheureusement, la tendance à faire des classements, à prétendre que l'un est meilleur que l'autre (ce que l'on fait tous), ne fait que desservir la musique au sens large. Et aussi d'occulter tant de groupes et de musiciens souvent tout aussi méritants. Certains se disant : pourquoi prêter une esgourde ailleurs quand j'ai déjà le "meilleur" qui me décrasse périodiquement les cages à miel ? On en arrive parfois à des aberrations comme lorsqu'on accuse Free d'avoir plagié AC/DC (du vécu 😉), ou que Uriah Heep a pompé Queen (toujours du vécu), on encore quand, lors de l'annonce du décès d'Ozzy, on entend un gus clamer fort et fièrement que lui, il ne s'intéresse plus aux autres depuis longtemps parce que AC/DC (encore eux) sont les meilleurs.
Bref... Trapeze, donc, aurait pu être un groupe essentiel des 70's. Ce n'est pas sans raison que John Bonham, dès qu'il en avait l'occasion, s'incrustait sur scène pour jammer avec le groupe. Ou encore que sir Ritchie Blackmore est venu démarcher Glenn Hughes. Un débauchage qui permis de lancer la belle carrière du bassiste-chanteur et compositeur mais qui freina l'élan du trio.
Toutefois, la carrière de Trapeze aurait pu être des plus courtes, et son histoire oubliée même des plus éminents musico-archéologues, si, et seulement si, la formation, évoluant initialement en quintet, n'avait pas explosé quelques temps après l'édition de leur premier et éponyme album en mai 1969. Un album qui n'a absolument rien à voir avec le futur proche du groupe, et qui ne mérite aucun intérêt autre que celui de la curiosité. En d'autres termes, celui d'écouter les débuts maladroits de futurs rock-stars.
Pourtant ce premier essai, qui s'ébroue dans une forme de pop-rock aux velléités psychédéliques sonnant un peu datées, a toujours quelques défenseurs, et à l'époque il est plutôt bien accueilli par la presse tandis que certaines chansons passent régulièrement à la radio. Quoi qu'il en soit, il y a une sévère scission entre les membres. Un trio se forme autour des Dave Holland, Mel Galley et Glenn Hughes qui veulent opérer un changement de direction radicale. Campés sur leurs positions, les deux autres préfèrent plier bagage et les laisser se ramasser... Evidemment, il en sera tout autre. Ainsi, un peu plus d'un an après la sortie de la première galette, en novembre 1970, surgit dans les bacs "Medusa". Une bombe.
Certes, aujourd'hui, blasé ou saturé par l'abondance desservie par internet (pas nécessairement dans de bonnes conditions d'écoute), on pourrait y trouver à redire mais - crénom ! -, cet album définit à lui seul de nouveaux codes, abat des murailles pour laisser s'enlacer et communier deux mondes finalement pas si éloignés. En 1970, sans aucune ostentation ni aucune esbrouffe, avec une certaine crudité, Trapeze pose les bases d'un Funk-rock d'obédience heavy. Ce qu'on pourrait décrire comme la fusion de The Meters avec Free ; voire avec AC/DC. C'est d'autant plus remarquable que ça semble avoir été enregistré quasiment live - à ce titre, parfois, la guitare rythmique s'éclipse pour entamer un solo. Il est bien probable que Free ait eu une forte influence sur Trapeze, notamment pour la temporisation de la guitare et de la gestion des silences, voire dans l'approche de la rythmique dans les mid-tempo. Cependant, Trapeze a réussi à obtenir une réelle et alors singulière personnalité. Ce qui ne peut être que le fait de grands musiciens. Pas nécessairement des virtuoses, mais simplement des musiciens qui savent donner du sens et de la densité à la musique. Qui savent lui donner du corps et de la vie.
D'entrée, avec "Black Cloud" - probablement le morceau le plus proche de Free -, on est frappé par le dépouillement du morceau et son déroulement, progressant avec nonchalance et assurance. Mel alterne entre riffs "kossoffiens" et arpèges délicats, soutenus par de discrètes notes de piano tenu par Glenn. Glenn qui hurle avec rage sur les riffs et se fait de velours sur les arpèges. Glenn qui, dès ce titre, s'affirme comme un des archétypes (talentueux) du chanteur de heavy-rock. De ceux autant apte à s'égosiller - comme électrocutés - qu'à susurrer - comme un chérubin vous chuchotant à l'oreille -, s'inscrivant comme une fusion des Paul Rodgers, Gillan et Plant. Cela, même si à quelques rares occasions, Glenn peine à trouver sa voix, sa voie (il n'a que 19 ans à la sortie de l'album). Comme sur les mouvements enlevés de "Jury".
Avec "Your Love Is Alright", le trio embraye et passe la cinquième pour un hard-funk de toute beauté, doté d'un groove qui va inspirer Jimmy Page. Même Dave Holland qui sera plus connu pour ses heures au sein de Judas Priest (dans les années 80) se fait funky en diable (même si ses cymbales sont écrasées par le mixage). Dans le genre, "Touch My Life" fait plus fort. Une pièce magistrale, armée d'un superbe riff en arpège brûlant, et d'un Hughes qui prend ses marques. Une pièce qui irradie d'une énergie solaire, tout comme le sujet de la chanson, l'Amour qui étreint les cœurs et les âmes. On ne le dira jamais assez, mais Mel Galley était un maître ès-riff. Un haut mage du riff.
La production de John Lodge, bassiste des Moody Blues (1), est un peu légère sur la batterie qui peut sonner un peu limite sur "Black Cloud" et "Jury" où la grosse claire semble étouffée et la caisse claire trop sèche et sans relief. Un bémol regrettable, d'autant plus que depuis quelque temps, en Albion, de jeunes pousses tels que Paice, Kirke, Lee, Newman, Hartley et Bonham avaient montré l'exemple en faisant la différence. Toutefois, Hughes et Galley sont mieux servis, avec une captation sans filtre qui procure à cet opus une crudité qui ferait presque passer les productions de Grand Funk d'alors pour du proto-Rock FM ( en exagérant un tout petit peu ... ).
Sur "Makes You Wanna Cry", c'est Mel qui s'offre le plaisir de chanter. Voix fragile, faillible, instable, à la justesse capricieuse (2), qui bride l'élan de cette chanson qui préfigure Whitesnake (dans lequel se retrouvera Mel courant 1982... et justement, comment ne pas croire que Trapeze ait eu une influence sur Coverdale).
Plus étonnamment, l'ombre d'un Black Sabbath semble peser sur les deux pièces parmi les plus longues. À commencer par "Jury" où il ne manquerait plus qu'une Dallas Rangemaster, un jeu de cordes (customisé) extra-light et des Laney Supergroup pour retrouver la pesanteur singulière et novatrice de Tony Iommi. Ainsi que sur la chanson éponyme "Medusa" - une composition de G. Hughes, qui, des années plus tard, va retrouver Iommi et enregistrer avec lui. Toutefois, dans une moindre mesure, puisqu'elle semble également témoigner d'un certain intérêt pour le rock progressif. Intérêt plus franchement marqué, bien qu'aussi trempé d'un blues tragique, pour le délicat mais sombre "Seafull". Ce dernier est censé parler d'amour, mais résonne comme s'il était perdu à jamais. Pratiquement comme s'il avait connu une fin déchirante.
de G à D : D. Holland, M. Galley et G. Hughes
Une franche réussite. La restructuration de Trapeze a été des plus salutaires. Même s'il ne rencontre pas, injustement, autant de succès que celui de ses compatriotes (en même temps, l'année 1970 déborde de toutes parts de chef-d 'œuvres - de quoi en faire une petit encyclopédie millésimée), il permet au groupe de se produire aux USA où il rencontre un franc succès - du moins dans nombre d'états du sud. Même la presse, qui en général n'est pas spécialement tendre avec tous ceux qui ont l'outrecuidance de durcir le son, admet les qualités de l'album, prédisant même parfois un avenir prometteur au trio.
L'album suivant, l'immense, l'incontournable, le magistral "You are the Music... We 're Just the Band", va encore mieux faire. Un troisième opus qui laisse à croire qu'en toute logique, le trio va confortablement s'installer dans le cénacle des poids-lourds du genre. Sauf que Glenn Hughes, lui, ne résiste pas à l'appel de Blackmore qui l'invite à rejoindre Deep Purple. Et en 1973, intégrer ce dernier, c'est l'assurance de retombées financières bien conséquentes doublées d'une exposition internationale. Inespéré pour un jeune gars issu de la "black country" anglaise.
Mel Galley et Dave Holland vont continuer l'aventure jusqu'en 1982 - Holland part avant rejoindre des gars issu comme lui de la Black Country, de Birmingham : Judas Priest. Trois albums vont suivre. Tous fortement recommandables, même si aucun n'égale "You are the Music... We 're Just the Band", même si on regrette l'absence de la voix de Glenn Hughes.
"L'inconvénient, avec certains albums de Trapeze, c'est surtout pour le proche voisinage : on a tendance à monter continuellement le son." Confucius
No.
Titre
1.
"Black Cloud"
Mel Galley, Tom Galley
6:13
2.
"Jury"
Mel Galley, Tom Galley
8:10
3.
"Your Love Is Alright"
M. Galley, Hughes, Holland
4:54
4.
"Touch My Life"
Mel Galley, Tom Galley
4:06
5.
"Seafull"
Hughes
6:34
6.
"Makes You Wanna Cry"
M. Galley, T. Galley
4:41
7.
"Medusa"
Hughes
5:40
(1) Les Moody Blues ont créé l'année précédente, en 1969, la société Threshold, qui a signé la même année Trapeze. Le premier groupe, après les Moody Blues, à intégrer ce nouveau label indépendant. Après le départ de Glenn Hughes, le trio quitte Threshold pour Warner Bros, qu'il espère plus entreprenant.
(2) Elle prendra de l'assurance plus tard, lorsqu'il fallut bien compenser la démission de Glenn.
Parler d’un album de Georges Brassens consiste en premier lieu à
farfouiller dans son énorme discographie.
Brassens, le Poète à la Mauvaise Réputation
Il fallait trouver l’album qui alliait grivoiserie et poésie, et son
treizième album sera, à mes yeux, celui qui fera idéalement
l’association des deux. J’entends déjà des esprits chafouins se
révolter à cause du titre de l’album qui sera d'ailleurs la chanson
d’introduction. ”Fernande“ Une chanson grivoise et gauloise dans lequel tout le monde y trouve
son compte, le militaire dans sa guérite, le gardien de phare, le
séminariste après la prière du soir, le soldat inconnu et il conclut
jusqu’à vouloir en faire un hymne national. Un thème érectile, tumescent et turgescent
quetout le monde connait. Un joyeux refrain et qui enrichira le
répertoire des corps de garde. ”Stances à un cambrioleur“ : une histoire véritable quand la maison de
Brassens sera cambriolée, il chante
pour son monte en l’air en le remerciant pur certaines choses qu’il n’a
pas prises. Malheureusement, le malfrat est revenu plusieurs fois.
Brassens déménagera.
”La Ballade des gens qui sont nés quelque part“ Georges Brassens se moque des chauvins, de tous
les horizons qui tirent orgueil et vanité du lieu de leur naissance,
des gens du terroir (?), des
porteurs de cocardes, des enfants de la mère patrie qui selon lui gâchent le
paysage. Pierre Desproges qui était un grand
admirateur de Brassens évoquera la
chanson dans son sketch du ”Tribunal des flagrants délires“ durant la diffusion de l'émission dont l'invité était
Jean-Marie Le Pen. “La Princesse et le croque-notes“ Un croque-notes est un musicien sans talent, la cour des miracles et un
détournement de mineur. En lisant bien les paroles ont peut conclure que
le croque-notes n’est que
Brassens lui-même. ”Sauf le respect que je vous dois“ : Chanson au sujet des femmes qui prennent plaisir à détruire leurs
amants
”Parlez-moi d'amour et j'vous fous mon poing sur la gueuleSauf le respect que je vous dois“.
”Le Blason“ : sorte de poème court datant du XVIe siècle décrivant
élogieusement ou satiriquement quelqu'un ou quelque chose. Brassens prendra exemple sur Clément Marot
un poète français du XVe siècle qui écrira un ouvrage ”Les Blasons Anatomiques Du Corps Féminin“. Un hommage au sexe féminin. ”Mourir pour des idées“ : est une réponse à sa chanson ”Les deux oncles“ qui a été vivement critiquée en 1964. La chanson traite de l'absurdité du fanatisme sur un ton
désinvolte. Le profil d’un Brassens
anarchiste et antimilitariste éclate au grand jour sa défiance envers toute idéologie
son refus de suivre aveuglément un drapeau. ”Quatre-vingt-quinze pour cent“ : messieurs il faut bien lire entre les lignes de cette chanson,
ne croyez pas que vous êtes des Casanova dans les bras de votre bien
aimée car ”Quatre-vingt-quinze fois sur cent, La femme s'emmerde en baisant“ : les coqs de basse-cour repartiront la queue basse en rangeant
leur fierté de mâle dans leurs poches et en y mettant leurs
mouchoirs dessus.”Les passantes“ Une de ses plus
belle chanson, un véritable poème à toutes les femmes que l’ont a pas pus
retenir. ”Le
roi“ ”Il y a peu de
chances qu'on détrône le roi des cons“ vous en avez surement croisé un ou alors dans votre entourage il ne doit
être pas loin. ”À l'ombre des maris“ Le cocu a toujours été un
thème récurrent chezBrassens, il
apparait souvent dans ses textes, une chanson vaudevillesque.
Ses compagnons d’accompagnement reste les mêmes, Pierre Nicolas
à la contrebasse et Joël Favreau
à la seconde guitare. L’album ressortira en 1975
sous le titre ”Volume 11“. Il sera certifié disque d’or en 1976
et platine en 1980
pour 400.000 exemplaires vendus. 45 ans après sa mort Brassens
”Bande“ encore ! Et moi, je soutiens Georges à pleine poitrine
!