vendredi 27 mars 2026

SINNERS de Ryan Coogler (2025) par Luc B.


Ryan Coogler commence a pesé dans le business. Premier gros succès avec CREED (2015) une resucée de la franchise ROCKY BALBOA, avec Michael B. Jordan et un Stallone vieillissant. Le réalisateur ne sera pas aux commandes de la ribambelle de suites, mais Jordan oui. Entre l’acteur et le réal débute une collaboration avec BLACK PANTHER (2018) salué comme le premier film de superhéros noir - un Marvel comme les autres ni plus ni moins, surtout moins - et ce SINNERS. Coogler revisite le cinéma de genre pour l’adapter à sa communauté, le film de boxe, de super héros, ou de vampire.

C'est l'actu du moment (d'où l'article) Michael B. Jordan a reçu l’Oscar cette année. Etait-ce mérité ? Mouais… Non pas que l’acteur démérite, mais les prestations de Di Caprio chez PTA (surtout) ou Chalamet chez Safdie étaient d’un autre calibre. Sauf que dans SINNERS, le comédien joue deux rôles, deux frères jumeaux, le genre d’acrobatie qu’on aime bien récompenser (j'ai tout de même l'impression qu'il joue les deux partitions de la même manière, à part la couleur des chapeaux c'est quoi la différence ? On est loin du Jeremy Irons de FAUX SEMBLANTS, ou même de Laurent Laffitte dans le récent et rigolo ALTER EGO)

A savoir les frangins Smoke et Stack Moore, qui ont fait fortune à Chicago dans trafic d’alcool, de retour dans leur bled de Clarksdale, Mississippi, pour y ouvrir un juke joint. Une vieille grange aménagée pour y jouer le blues, boire du vrai whisky et de la bière irlandaise. Ca tombe bien, leur jeune cousin Sammie joue merveilleusement bien de la guitare et possède un joli brin de voix (Miles Caton, musicien, dont c'est le premier rôle). L’action se déroule en 1932.

Clarksdale n’est une bourgade prise en hasard dans le bottin. C’est un des hauts lieux du blues, y sont nés ou passés des gars comme Son House, Charley Patton, Muddy Waters, John Lee Hooker, on raconte que c’est là que Robert Johnson a pactisé avec le diable. Sammie épate en jouant une chanson, son cousin reste bouche bée devant un talent si précoce. Allusion surement à la légende Johnson. Le gamin croit que sa guitare a appartenu à Charley Patton, qui lui en aurait appris les rudiments.

Toute la première partie du film concerne l’installation du bouge, l’achat de la grange à un gros blanc trop honnête pour l’être réellement, les retrouvailles avec les petites amies, la blanche Mary pour Stack, la noire Annie pour Smoke, et les amis chinois Grace et Bo Chow. Ce qui domine est l'idée de communauté, l’entraide, un élan commun, centré sur une population exclue, les noirs, les chinois. Les blancs sont immédiatement suspectés d’être du KKK. Scène fameuse où Smoke pète les genoux à coups de flingues à deux types qui regardaient de trop près son camion (les moeurs à Chicago sans doute). Coogler s’offre un beau plan séquence reliant deux magasins de la rue, mise en scène très fluide, rythmée juste ce qu’il faut, de la tchatche dans les dialogues, un peu de frime aussi.

A noter deux formats différents d’images, le classique 1:1.85, et du scope 1:2.76 / 70 mn, ultra large, celui utilisé par Tarantino dans LES HUIT SALOPARDS. J’avoue n’avoir pas compris pourquoi. On va être amené à reparler de Tarantino ou de Robert Rodriguez assez souvent, le film lorgne tout de même du côté de DJANGO UNCHAINED et UNE NUIT EN ENFER. L’image est assez sombre, la photo contrastée, on sent que l'esthétique compte, mais certaines scènes sont limite lisibles.

Jusqu'à présent on donnait dans le bucolique testostéroné. Et puis cette scène en pleine cambrousse. Un gars, Remmick, fait le coup du « j’ai eu un accident, est-ce que vous pouvez m’aider » à un couple de jeunes fermiers. Une petite brise nauséabonde commence à souffler. Puis déboulent une bande d’indiens Choctaws, armés jusqu’aux dents, à la recherche de Remmick : « si vous le voyez, ne le faites pas entrer »… Trop tard. Les fermiers sont sauvagement trucidés par un Remmick l’écume aux lèvres, le regard aux reflets rouge.

Quand à la tombée de la nuit la fête bat son plein dans le juke joint, Remmick et les fermiers (bien vivants) s'invitent pour faire le bœuf, et se lancent dans une interprétation sautillante d'un morceau country. La scène est troublante, par les attitudes, les politesses suspectes, les mauvaises ondes qui planent. Impression confirmée lorsque Cornbread, qui fait office de videur, sort pisser, puis revient... changé, différent. Est-ce le même ? Le fait-on entrer ? Dialogue tarantinesque, en tension, le calme avant la tempête. Voyez comme la caméra est judicieusement placée à l’extérieur, de profil à la baraque, délimitant l'espace intérieur (rassurant) et extérieur (hostile). 

Autre grand moment de mise en scène, lorsque Sammie joue un blues, la caméra virevolte en plan séquence parmi les danseurs, soudain un guitariste s’invite dans le cadre, une Gibson flying V en bandoulière, sapé funky comme un Bootsy Collins, le son devient rock, et apparait un DJ qui fait scratcher ses platines, puis des percussionnistes africains traversent l’image. En un seul plan virtuose, Ryan Coogler résume tout ce que la musique noire doit au blues, et ce que le blues doit à l’Afrique. Chapeau bas.

Ce qu’on subodore se confirme. Le film verse alors dans le cinéma d’horreur, mix de vaudou, vampires, zombies, salement sanglant, situation classique de la maison assiégée, une NUIT DES MORTS-VIVANTS de George A. Romero épicée de sauce Tarantino/Rodriguez, l’humour potache et le second degré en moins. Fallait-il faire durer les hostilités ? Pas sûr. Comme dans le blues, less is more.  

SINNERS se veut une allégorie de ce qu’on appelle l’appropriation culturelle. Remmick est irlandais, donc issu aussi d’une communauté qui a lutté pour s’intégrer (voir GANGS OF N.Y. de Scorsese). La figure du vampire s’approprie les âmes, fait siennes ses victimes. Remmick, cherche-t-il à se venger, à gommer les cultures pour n’en faire qu’une ? Identité culturelle que les frères Moore cherchent à sauvegarder, en se préservant de mixité ? Est-ce ce que Smoke entend lorsqu’il interdit l’entrée à Remmick : « Ta musique n’a pas sa place ici ». Le propos politique sous jacent n'est pas toujours clair. Et musicalement, ce serait un petit ripolinage historique puisque country et blues faisaient bon ménage, la ségrégation musicale n’est venue que plus tard.

Par contre, ne partez pas au générique de fin. Le meilleur est à venir, une scène dans un club de blues, en 1992, mettant en scène Buddy Guy himself, qui reçoit la visite de deux fantômes surgis du passé, son passé, il y est encore question de pacte diabolique…

SINNERS a cumulé un nombre impressionnant de récompenses à travers le monde, scénario, musique, interprétation. Ryan Coogler ose et réussit un joli mélange de genres, une histoire originale, un scénario solide, une belle direction artistique, dommage ne de pas avoir retenu les chevaux dans la dernière partie, y’avait plus subtil à proposer.


couleur  -  2h15  -  format Imax 70mn 1:1.85 et 1:2.76   

Bande annonce aussi tonitruante qu'exaspérante, des effets en veux-tu en voilà, qui donnent envie de fuir. Le film et sa musique valent mieux que ça.  

jeudi 26 mars 2026

ANDRÉ LA POISSE de Andreï Siniavski (1981) par Benjamin


Nous sommes au beau milieu du 19e siècle et, tremblant comme un marmot qui apprend à nager, l’humanité s’apprête à une bouée qu’elle tenait depuis des siècles. L’aristocratie a ainsi changé, le héros de l’époque n’est plus le guerrier ou le curé, mais le bourgeois. Rapidement, la société s’adapte à la plus grande valeur de ce nouveau héros moderne, le matérialisme. Puisque les hommes sont enfin libres et égaux (beaucoup oublient la précision « en droit » suivant cette affirmation) puisque la morale traditionnelle a volé en éclat après la chute du pouvoir religieux, la valeur de l’homme sera désormais résumée à sa capacité à amasser. 

Le drame du genre humain réside pourtant dans le fait qu’il ne sait se contenter du réel, qu’il est sans cesse troublé par des désirs et peines que la raison seule ne saurait expliquer. Les stoïciens l’avaient déjà compris, eux qui affirmaient laconiquement que nous souffrions plus en imagination qu’en réalité. Précisons d’ailleurs que le stoïcisme n’a jamais prêché pour museler toutes les passions humaines, une telle entreprise ne pouvant que créer une humanité de psychopathes. Cette philosophie prônait plutôt le calme face au torrent de ses passions, incitant ainsi à discerner ce qui n’était plus en notre pouvoir pour mieux concentrer nos efforts sur ce que nous pouvions changer. 

Au fond, à travers eux, le passé offrait à l’homme qui ne croit plus en rien un premier remède contre l’hystérie consumériste initiée et développée par la bourgeoisie triomphante. Le 19ème, ensuite, connut différentes réactions d’apparences opposées. Il y eut d’abord la hargne réactionnaire symbolisée par Léon Bloy et, de manière plus modérée, par Huysmans. A ce titre, des livres tels que « Le désespéré » et « A rebours » sont les réactions à la même peine, celle d’un dogme déchu se cachant pour hurler sa douleur. Bloy le fit par haine de son époque, Huysmans par désespoir, tous deux furent pourtant convaincus que l’humanité finirait par regretter ce qu’ils jugeaient comme une erreur. 

Le matérialisme et la froideur scientifique qui l’accompagne ne suffirait pas à soulager ses peurs irrationnelles, l’humanité fraîchement libérée ne manquerait pas de revenir au bercail la queue entre les jambes. Si l’on en juge par les témoignages des ecclésiastiques de notre époque, ce triste retour s’impose aujourd’hui comme une réalité, même si le bond de la ferveur catholique n’est pas spectaculaire au point de parler d’un « retour aux sources ».

Ceux qui, comme votre serviteur, ne furent jamais attirés par les bénitiers et les messes, pourront tout de même savourer « Le désespéré » et « A rebours » comme deux brûlants manifestes d’insoumissions. Le premier devoir de celui qui écrit devrait toujours être d’affirmer sa révolte contre son époque et, dans ce domaine, Bloy et Huysmans comptent parmi les plus grands trésors de notre littérature. Nietzsche décrit la souffrance comme le moyen essentiel d’accéder à la transcendance, affirmant ainsi que ce qui ne tue pas fortifie. Le but n’est pas tant, comme les pénitents d’autrefois, de rechercher cette souffrance dans l’espoir de se purifier, mais de ne pas la fuir afin de mieux apprendre à la surmonter. Ainsi encourageait-il à dépasser ce qui reste la plus grande peur des sociétés matérialistes, la douleur était pour lui le mal nécessaire à celui cherchant à sortir de l’égout dans lequel croupissait « Le dernier homme »

Le dernier homme, c’est celui qui a abandonné toute volonté de puissance, toute discipline transcendante, il erre dans la liberté d’un monde sans dieu telle une méduse ballottée par les flots. Aussi amorale soit elle, la religion du surhomme n’en est pas moins une religion, le nom Zarathoustra évoquant après tout celui d’un gourou au sommet de sa montagne. Et, comme toute religion, nombre de brebis galeuses et basses du front prirent ce qui était d’abord un anti dogme pour une incitation à écraser son prochain pour accéder aux jouissances les plus raffinées. Résumer Nietzsche à ce genre de discours arriviste et faussement guerrier, c’est le vider de sa mystique pour en tirer un guide de vie aussi simpliste que stupide.

C’est surtout se servir d’un écrit foncièrement anti conformiste pour imposer l’arrivisme sacralisé de notre triste modernité. A une époque où la masse partage largement ce genre d’idée, la philosophie de Nietzsche semblent rire de ceux qui tenteraient de faire de sa pensée une morale de cadre par cette phrase : « Tu veux une vie facile ? Suis le troupeau et oublie toi en lui ». Le nietzschéisme, lorsqu’il encourage à « regarder dans les abysses » est d’abord un individualisme poussant chaque homme à identifier ses désirs de puissance afin de s’y consacrer totalement. Ce désir peut être conforme aux idées de la société ou non, choisir la résistance à l’époque comme la conformité vis-à-vis d’elle. Selon Nietzsche, tout effort doit avant tout servir nos propres souhaits, l’individu roi laissé à lui-même doit prendre possession de ses pouvoirs. En bout de chaîne, débarrassé de son obsession pour la transcendance mais pas de sa profondeur philosophique, un tel raisonnement donnera naissance à l’absurdisme. 

L’absurdisme, c’est la philosophie résumée par Albert Camus dans « Le mythe de Sisyphe », une incitation à aimer l’absence de sens de l’existence humaine. Ainsi naquit un Caligula ne sachant pourquoi il ne pouvait s’empêcher de faire le mal, accomplissant ainsi les pires horreurs dans la plus pure innocence. Cette innocence inhumaine culmine bien sûr chez l’étranger, homme si insensible aux émotions que la mort de sa mère ne déclenche chez lui aucun émoi. L’absurdisme fut également annoncé par Kafka, dont le procès et le château expriment l’angoisse que l’auteur ressent face à un conformisme paraissant sans limite et devant la bêtise d’une administration folle. Vient également bien sûr sa fameuse métamorphose, grand livre se lamentant sur la violence du rejet humain. 

Chez ces auteurs, les héros sont toujours les victimes de leur irrationalité ou de celle des autres, comme si l’humanité livrée à elle-même ne pouvait que mesurer l’ampleur de sa folie. N’hésitant pas à aller explorer les tréfonds de la conscience humaine, Dostoïevski allait plus loin en présentant des hommes victimes de leurs ambitions démesurées et autres aliénations volontaires. Ainsi naquirent Raskolnikov et l’exilé du « sous sol », symbole de cette adage stoïcien affirmant que l’imagination est la première cause de souffrance de l’homme. Car le malheur, les héros précédemment cités s’y précipitent sans aucune coercition et l’entretienne avec un zèle tragique.

ANDRÉ LA POISSE raconte une histoire semblable, celle d’un homme ayant trouvé un nouveau dieu, la malchance, force sadique qu’il juge responsable de tous ses maux. Loin de nous apitoyer, les malheurs créés par cette force obscure sont si spectaculaires, qu’il n’est pas rare qu’ils provoquent le rire. ANDRÉ LA POISSE est aussi tragi-comique qu’un homme qui, sur un dès à 20 faces, ne parviendrait qu’à obtenir le chiffre 1 à chaque lancer. Il continue pourtant, incarnant ainsi cette phrase de Churchill voulant que « le succès consiste à aller d’échec en échec sans perdre l’enthousiasme ». Tel semble être, au bout du compte, la mission de l’homme privé de toute assistance divine. Ce courage sauvera-t-il le pauvre André de son enfer absurde ? Vous le saurez en lisant cet ANDRÉ LA POISSE qui s’impose comme l’un des plus grands livres de l’absurdisme moderne. 

mercredi 25 mars 2026

KOMODOR " Time & Space " (2026), by Bruno



     Ils sont toujours là, ces infatigables et irréductibles Bretons, arpentant les routes d'Europe et squattant les festivals, en solo ou avec leurs potes de Moundrag, sous l'appellation Komodrag & The Mounodor. En aparté, ces derniers, la fusion des deux groupes, ont enregistré il y a quelques mois une excellente chanson qui a aussi fait office d'un clip bien sympathique (comme tous ceux du groupe d'ailleurs). Nombreux sont ceux qui abdiquent au bout d'une petite poignée d'années, particulièrement ceux qui s'obstinent contre vents et marées à garder leur indépendance. Difficulté d'autant plus accrue lorsque ces derniers s'obstinent à ne se plier à aucun diktat, à aucune pression mercantile qui pourrait impacter leur musique. Si les gars de Komodor - de même que les frangins de Moundrag - font de la musique, - leur musique -, ce n'est pas pour faire du pognon facile, ou dans l'espoir d'être intronisés dans le club des artistes médiatisés. Ceux qu'on invite avec déférence dans des émissions pompeuses où on se passe de la pommade pour parler de futilités - et, accessoirement, un peu de musique.


   Ces deux groupes bretons se foutent même carrément de la mode vestimentaire, alors celle de la musique... Un état d'esprit qui est loin d'être isolé - qui paraît même prendre une relative ampleur -. On la retrouve d'ailleurs chez l'un des meilleurs combos européens ; en l'occurrence chez le talentueux DeWolff. Tous ont pour point commun de se concentrer bien plus sur leur musique que sur les paillettes - pour l'instant, ils n'ont pas succombé au miroir aux alouettes. 

     Depuis 2017, la troupe de bardes bretons (originaires du Finistère, de la petite ville de Douarnenez - ancien haut lieu de la pêche et de la sardine) continuent sans faillir leur quête. Celle consistant à pérenniser une musique que certains pourraient considérer comme dépassée, comme démodée (?). Mais, est-ce qu'une musique authentique, provenant de l'âme ou des tripes, plutôt qu'un cahier des charges, pourrait être considérée comme "démodée". Des considérations absurdes ? L'oreille humaine aurait tant changé ? En suivant ce genre de raisonnement, devrait-on alors régresser en continuant à consommer des mets dont la recette se perd au fond des âges ? Et pourquoi donc continuer à s'extasier sur des œuvres de peintres disparus depuis des lustres ? Devrait-on, également changer régulièrement d'amis, de compagnons ? Bon... on s'égare... revenons à nos moutons... à nos bretons.

     En ce début d'année, Komodor fait enfin son retour discographique. Un bel album avec une pochette attrayante, à la trompeuse couleur "rock-progressif ". En effet, le quintet est plutôt du genre énervé, résonnant comme une entité de rock-garage biberonnée aux Deep-Purple, Steppenwolf, Blue Öyster Cult (ère N/B) et à la furia du rock de Detroit rock (celui des temps héroïques). En fait, non... Si, mais pas que... D'autant plus que certains morceaux brouillent les pistes. Comme "Once Upon a Time", qui semble faire fusionner le glam rock de Ziggy avec la rudesse du Ian Gillan Band, perturbé au micro par ce qui paraît être un diablotin taquin. 

   Sur le triste "Burning Land", les climats changent régulièrement, entre atmosphère psychée - avec une guitare nimbée d'un beau et large phaser typé "Gilmour" et une voix noyée par un effet de tremolo -, échos revendicatifs fortement soutenus par une chorale de lutte ouvrière, et un passage aux airs de reggae blanc. La chanson évoque le terrible incendie de 2022 qui avait détruit plus de 2000 hectares de végétation dans le Finistère. Un fait nouveau et traumatisant pour les Bretons qui n'ont pas l'habitude d'être confrontés à ce genre de malheur. "Mountains are now crying. The sun is changing, the lands are burning !! Wide black smoke is coming ! People are moving, they are falling"

     Des cuivres sont conviés à festoyer sur l'énergique "Bliss & Joy", dans une ambiance propre à l'Alice Cooper Band des années 71-72. Avec un gros jeu de basse de Goudzou - à la Denis Dunaway -. Il y a un peu du Alice aussi dans le surprenant "Fall Guy", mais, avec cet effet de synthé tournant en boucle, il se révèle plutôt comme une fusion bricolée avec les Who. Sur les derniers instants, ça glisse vers le Cheap Trick de "Surrender". Evidemment, la musique de Komodor avec ses trois guitaristes est nettement plus rugueuse que celle de l'entité Komodrag & The Mounodor, sans Camille Goellaën-Duvivier et son orgue Hammond pour tempérer.

     Plus direct, "Hard to Deal" démarre l'album en fanfare, avec un hard-rock enlevé, déchiré par des chœurs haut perchés, dans l'optique d'un The Darkness revisité à la sauce "70's". Et "Soul Tricker", avec sa fuzz survoltée, épaisse et baveuse, emboîte le pas à Blues Pills.

     Pour "Raise Your Hands", la troupe a carrément, - et tranquillement -, puisé dans le terreau du MC5 (de "High Time') - un groupe particulièrement apprécié par la troupe. Même si le riff principal semble avoir ressorti son petit lexique sur Steppenwolf. Aux guitares, on pourrait croire à une jam entre Glen Buxton, Wayne Kramer et Michael Monarch. "Madness" porte bien son nom avec son rock offensif, serré et nerveux, mettant en musique une incursion d'irréductibles (et irascibles) Gaulois résistant à l'envahisseur dans un camp fortifié, pour une leçon de distribution de mandales en bonne et due forme. Dans le genre nerveux, "Ravish Holy Land" se présente comme un rock'n'roll prolétaire halluciné faisant resurgir le souffle toxique d'un Hanoï Rocks "Levez les yeux et découvrez cet incroyable flux... Sentez le regard venu de bien loin au-dessus, des Divas déjantées vous observent. Des formes inattendues, des bulles partout ! Entendez-vous ce cri primal ?" (une pièce inspirée par la singulière Ravish Sitar d'Electro Harmonix ?)


 

     En bout de piste, pour "Top of the Bock", le quintet met les bouchées doubles pour un high-octane rock'n'roll, où les New-York Dolls sont invités par le docteur Frank N. Furter à se joindre à son show. Pour clore le chapitre, les Bretons semblent avoir mis la main sur le même brass-band qui finissait en fanfare le "Sister Ann" du Five. Un hommage évident ou bien une étonnante coïncidence ?

     Un disque qui s'écoute fort, et qui se dévoile progressivement - avec pas mal de détails, parfois un peu occultés par l'enthousiasme difficilement tempéré des collègues - ça sonne live et foncièrement analogique. La connotation "70's" est évidente et cultivée, les références musicales fusent (fuzzent) de part et d'autre, sans jamais s'abaisser au plagiat. Malgré le nombre de gratteux au mètre carré (), ça ne s'étale jamais dans des joutes de six-cordes (affutées ou non), encore moins dans des envolées solitaires. Même si elle est plutôt douée en la matière, la troupe réserve ça pour la scène. Là, pour l'album, pour plus d'efficacité elle a fait le choix de morceaux concis allant à l'essentiel.  

     Une musique qui, en dépit d'un terreau millésimé, n'a rien de particulièrement nostalgique et a su se forger sa propre identité. Au contraire, il s'agit bien d'un groupe débordant d'énergie, de jeunesse. Du matériel de musicos pyromanes, apte à enflammer les scènes d'Europe et d'ailleurs. Ça risque de chauffer 🔥


NoTitre
1.Hard To Deal2:40
2.Soul Tricker3:47
3.Ladies4:36
4.Once Upon A Time3:39
5.Burning Land3:53
6.Bliss & Joy2:33
7.Raise Your Hands3:25
8.Fall Guy3:23
9.Madness2:45
10.Ravish Holy Land3:12
11.Top Of The Bock4:36
38:34


 
 🎶⏰
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💢 Mounodor & Komodrag 👉 " Green Fields of Armorica " (2023)

mardi 24 mars 2026

SLADE "You Boyz Make Big Noize“ (1987) - par Pat Slade





Les Garçons Font Du Gros Bruit




Depuis quelques années, Slade faisait un rock beaucoup plus charnu, beaucoup plus hard rock. Des albums comme ”We’ll Bring the House Down“ et ”Till Deaf Do Us Part“ en 1981, The Amazing Kamikaze Syndrom“ en 1983, et ”Rogues Gallery“ en 1985 nous font comprendre que l’époque du glam rock était révolue, les bottes en cuir ont remplacé les platform-boots. You Boyz Make Big Noizesera le dernier album studio du groupe avec sa formation originelle, avant la séparation en 1992. Slade était en pré-retraite après Rogues Gallery“. Ils avaient fait leurs adieux à la scène. Avant de s’éteindre définitivement, ils pondront cinq compilations dont le “Wall if Hits” en 1991 qui comprenait les deux derniers singles enregistrés par le groupe “Radio the Wall Of Sound” et “Universe“. Leur toute dernière trace musicale sera “All the World is a Stage” en 2022, une très bonne compilation live regroupant plusieurs performances en plus de celles déjà sorties dans le commerce. 

You Boyz Make Big Noize“  : le titre de l'album a été choisi après que Betty, une serveuse des studios ait dit au groupe : “Vous faites du bruit, les gars !”.Love Is Like a Rock“ : même si tout les titres sont écrits par Noddy Holder et Jim Lea, au cours de leur existence ils feront quelques reprises comme ”Move Over“ de Janis Joplin ou ”Born to be Wild“ de Steppenwolf, et pour leur dernier album, ils reprennent un titre du chanteur américain Donnie Iris. ”That's What Friends Are For“ est du pur Slade dans ses harmonies et son orchestration, rien à voir avec la version de Dionne Warwick du même nom. ”Still the Same“ : Slade a toujours écrit des titres ou un chœur intervient comme dans ”My Oh My“. Ils récidivent sur ce titre un peu mou. Sur ”Fools Go CraztNoddy déverrouille enfin ses cordes vocales mais sur un titre sans surprise. Avec ”She's Heavy“, enfin la machine Slade se met en marche avec un morceau musclé avec un riff de basse qui donne le tempo.
We Won't Give In est écrite et enregistrée pour la bande originale d’un film dramatique britannique, un titre festif et rock que le groupe voulait sortir pendant la période de Noël. ”Won't You Rock with Me“ est un gros rock bien lourd avec un gros riff de guitare à l’intro et pendant le refrain. Sur ”Ooh La La in L.A“, les paroles écrites par Holder relatent les expériences du groupe aux États-Unis… je déteste ce morceau 😫. ”Me and the Boys“ est un bon titre qui sonne très british. 

Avec ”Sing Shout (Knock Yourself Out)Slade semble s'être perdu dans un rock FM avec synthés et tout ce qui s’en suit. ”The Roaring Silence“ ressemble à un chant de supporter de football. ”It’s Hard Having Fun Nowaday“ est encore du gros son bien lourd, on aurait aimé qu’il y en ait plus. 

A l’époque j’avais acheté le pressage américain ou apparaissait le titre ”You Boyz Make Big Noize“ qui est un morceau très rock, et il y a un clin d’oeil dans les dernières paroles quand Noddy chante : ”Mama, mama, mama, mama, mama weer all crazee now
“.
 

La boucle est bouclée, les garçons peuvent prendre leur retraite. Ce You Boyz Make Big Noize“ n’est pas le meilleur album, ”Rogue Gallery“ lui était supérieur. Est-ce la fin de Slade ? Même si Holder et Lea ont quitté le navire, Dave Hill et Don Powell décident de continuer à jouer ensemble avec d'autres musiciens sous le nom de Slade II et feront l'album ”Keep on Rockin!“ en 1994, avant de reprendre le nom de Slade en 1997. Aujourd'hui le groupe tourne encore, mais sans la saveur glamrock des années 70.