mercredi 18 février 2026

OMAR and the HOWLERS " Wall Of Pride " (1988), by Bruno



     Omar m'a tué... C'était il y a bien longtemps... À une époque où la majorité de la musique populaire semblait avoir pris une direction dangereuse, en s'enfermant dans des carcans. Ce qui incitait certains à se tourner vers des musiques extrêmes quand d'autres revenaient vers les fondamentaux. Principalement le Blues qui fit un retour en force. Une vague qui va prendre suffisamment d'ampleur pour déferler sur la décennie suivante. Celle des années 90.  

     Encore une fois, le Texas se distingue en matière de Blues et de Rock. Le nombre de groupes et de musiciens talentueux issus de cet état plus grand que la France est assez incroyable. Et ça ne date pas d'hier puisque des bluesmen tels que Blind Lemon Jefferson, Texas Alexander, Henry Thomas, Blind Willie Johnson, œuvraient déjà dans les années 20, et T-Bone Walker, Lightning Hopkins, Frankie Lee Slim, Pee Wee Crayton, la décennie suivante. Indéniablement, il n'y a pas qu'à Clarksdale, au Mississippi, ou à New Orleans que ça se passe. Là, en l'occurrence, il s'agit de Darryl Kent Dykes, rebaptisé Omar Kent Dykes. Probablement qu'il devait considérer que Darryl ("être cher") ne faisait pas très blues.


   Si Omar est bien né à McComb, Mississippi, où il a passé son enfance, c'est bien au Texas, à Austin, qu'il débute sérieusement une carrière professionnelle. C'est au Lone Star State qu'il se forge à la dure réalité des concerts lorsqu'on doit encore se faire un nom. Avec des cachets modestes, des contrats foireux, des loges exiguës, suintantes et humidites, sans rien à boire (sinon au comptoir et sans remises) ou à grignoter, un public exigeant et sans pitié, parfois blasé et irrespectueux. Il faut faire preuve d'une certaine force, d'un réel engagement et d'une grande pugnacité pour tenir des années, essayer de s'imposer, de faire son trou. Et Omar, lui, a tout ça, car cela fait des années qu'il bourlingue. Il a commencé à McComb avant de partir s'installer à Austin, en 1976. Avec ses nombreux clubs prévus pour accueillir des groupes, la grande ville offre plus de possibilités pour jouer. Mais au bout d'un an, lassé des jours de vache maigre, le groupe craque et rentre à McComb. Seul Omar reste et persiste - et garde pour lui seul le nom du groupe.

     Il s'immerge dans la scène Blues locale, et, progressivement, le rhythm'n'blues et le rock'n'roll de ses débuts s'imprègnent des douze mesures. Finalement, à force de persévérance, et probablement d'affûtage, Omar est adopté par le public qui le considère comme l'un des siens - comme un Texan. Il parvient à sortir un premier disque en 1980, sur un petit label indépendant du coin, assez bien accueilli... localement. Néanmoins, il lui faut attendre quatre ans pour en réaliser un second. Toujours sur un label aux moyens trop dérisoires pour prétendre sortir du comté.

     Et puis, enfin, la chance vient taper à la porte d'Omar Dykes. Des cadres de CBS, après l'avoir vu, lui et son groupe, à l'émission télévisée "Austin City Limits", se pressent pour assister en personne à l'un de leurs concerts. Alors en tournée en Louisiane, ce sera au Tipitina's de la Nouvelle-Orléans (la salle de concert existe toujours, au 501 av. Napoléon. Véritable institution de Nola, où plusieurs albums live ont été enregistrés). Depuis que, contre tout pronostic, Epic a rempli ses caisses en signant Stevie Ray Vaughan, les majors "concurrentes" sont à l'affût. Convaincu du potentiel (commercial) du groupe, CBS s'empresse de faire signer Omar et son groupe, les Howlers, et de racheter les bandes des sessions déjà enregistrées au micro label, Austin Records. 


   Peu regardant, impatient d'avoir un retour sur investissement, Columbia s'applique au pressage du disque et de la promo dès les bandes récupérées. Cependant, ces dernières ne sont pas totalement finalisées ; le mastering n'ayant pas encore été commencé. Apparemment, ça convenait au label - même si cela a ulcéré Omar. Ce troisième album, "Hard Times in the Land of Plenty", séduit autant la presse spécialisée que celle de masse. Et le simple du même nom grimpe jusqu'à la dix-neuvième place du billboard (dans la catégorie "Mainstream"), et se voit offrir une place dans une B.O. (aux côtés de The Fabulous Thunderbirds, Aerosmith, Autograph, Ramones, Mötley Crüe). Tardivement, à 37 ans, Omar Ken Dykes accède à un succès auquel il n'était pas préparé. 

     Amplement satisfait par les résultats de ce premier coup d'essai (sous une major), CBS-Columbia débloque suffisamment de flouze à son nouveau poulain pour que ce dernier s'installe à Memphis, avec appartement et voiture loués sur place, pendant quatre mois. Terry Manning, producteur en odeur de sainteté depuis le carton intersidéral de ZZ-Top, est dépêché pour produire et aider Omar à peaufiner quelques chansons (trois seront coécrites), et Jimi Jamison, chanteur de Survivor, est convié à assurer les chœurs. En bonus, par l'intermédiaire de Manning, Omar accède à une partie du matos de Billy Gibbons - et en profite pour se faire plaisir.

     "Wall of Pride" est probablement leur album le plus foncièrement rock, du début à la fin. Ça râle, ça rugit, ça rue dans les brancards, ça grogne. Mais toujours avec une certaine contenance, sans jamais déraper dans des longueurs démonstratives ou dans des excès de vitesse. Omar et ses hurleurs recherchent avant tout l'efficacité, l'accroche. Ainsi, dans le même esprit que les potos des Fabulous Thunderbirds, sur disque, Omar mesure ses interventions solistes, préférant un break collectif à un long solo. Il ne joue pas au virtuose (peut-être aussi que les nombreuses premières parties pour Stevie Ray Vaughan l'ont un peu refroidi...). Ça solote bien de droite à gauche, à bon escient, mais toujours avec le souci évident de ne pas casser le rythme et l'atmosphère des morceaux. 

     Dans l'ensemble, cet album semble plus porter le poids de Creedence Clearwater Revival que celui des bluesmen texans. En l'occurrence, la musique d'Omar and The Howlers pourrait être désignée comme la résurrection de celle de John Fogerty, avec une empreinte nettement plus marquée par le Blues avec une approche plus brute, râpeuse. Une référence d'autant plus évidente que sa voix forte et éraillée évoque immanquablement celle de Fogerty (Omar ne cache pas qu'il a été un fanatique de Creedence, et que forcément, ça a laissé des traces). Même si, en l'écoutant attentivement, on pourrait aussi légitimement citer Lee Brilleau. D'autant que bien des morceaux d'Omar & the Howlers pourraient être tout aussi bien affiliés à la veine pub-rock ; plus précisément à celle du Dr Feelgood - et même dès l'année suivante, à celle des Inmates avec l'opus "Monkey Land". Quelques similitudes assez troublantes... Evidemment, les couleurs du Texas ne cessent de surgir, des Fabulous Thunderbirds à ZZ-Top (post-Eliminator), mais le Mississippi a laissé des traces. Et notamment celles des bluesmen du Delta auprès desquels, dès son adolescence, Omar s'est instruit. 


Le terreux et primitif "Down in Mississippi" laboure 
d'un pas lourd et imposant les champ du country-blues (du Delta), jusqu'à entrer dans les terres de Howlin' Wolf. À l'origine une pièce de Jimmy Reed, une influence majeure pour Omar, qui en 2007, en partenariat avec Jimmy Vaughan, réalise un disque bien sympathique en hommage à ce grand bluesman du Mississippi, "On The Jimmy Highway" (sur Ruf) (1). Un héritage pas toujours flagrant, simplement parce qu'Omar a l'habitude de plomber son propos. Plus tard, c'est à Howlin' Wolf qu'il rend hommage, avec l'album "Runnin' With the Wolf".

     Souvent, Omar préfère la sensation des accords de puissance qui s'accommodent mieux à la saturation que les accords ouverts ou relativement complexes. Certes, pas de grosse disto, loin de là - c'est plutôt de l'ordre de l'overdrive granuleuse (Blues Driver, TS808 ?) -, mais ça bourrinasse suffisamment pour irriter les puristes. Ces derniers peuvent également être froissés par une batterie un poil métronomique, avec notamment une grosse caisse claire boostée (amplifiée) jugée trop en avant - fait plus attribué à la présence de Terry Manning qu'à Omar.

     Omar & the Howlers, c'est aussi du boogie nourri à l'huile de vidange, du boogie-hot-rod qui bine le bitume, mais qui demeure dansant en dépit de sa rudesse. Comme "Rattlesnake Shake", "Don't Lead Me On", "Rock It While You Can" ou le "très Creedence" "Meet Me Down at the River" qui ne s'embarrassent pas à dépoussiérer quoi que ce soit, se contentant de suivre une route bien tracée... au volant d'un hot-rod bariolé et pétaradant. (L'album de 2003 se nomme "Boogie Man"). Du boogie dont les racines puisent à la source de McComb ; celle de Bo Diddley. Celui-là même qui, dès qu'il entendit pour la première fois sa musique en 1960, lui donna envie de jouer de la guitare. Plus tard, avec les Howlers, il aura l'occasion de partager la scène avec lui. Un moment particulièrement fort et émouvant pour Omar. Outre Eddie Taylor et Lonnie Mack, Omar revendique aussi l'héritage de Roy Buchanan, dont il aurait aussi souhaité suivre ses pas. Cependant, de son propre aveu, c'était pour lui impossible. 

     Les puristes ont dénigré cet album qu'ils considéraient franchement trop rock, voire bourrin, quasiment une injure au Blues, tandis que ceux qui n'ont développé aucune allergie ou intolérance au rock, ont adoré. Aujourd'hui encore, il demeure l'un des favoris d'une copieuse discographie (2). Si le précédent avait déjà réussi à franchir les frontières, c'est celui-ci qui marque franchement l'Europe. Hélas, Columbia Records étant en cours de rachat par Sony, sa diffusion et sa promotion n'ont pas été suivies ; et au bout de quelques mois, le disque fut difficile à dénicher. Ce qui amena, deux ans plus tard, Omar a s'engager avec Provogue Records, le label Hollandais fondé en 1991, qui va sérieusement œuvrer pour la pérennité et l'expansion du Blues-rock. Un véritable refuge pour des Américains désireux d'être soutenus par des cadres impliqués et respectueux.

     Bien que né à McComb, Omar Kent Dykes a été assez vite adopté par le Texas, et plus particulièrement Austin qui l'a intronisé à son Music Hall of Fame, l'érigeant comme l'un des éléments cruciaux du Blues de la ville. La capitale administrative du Texas lui a aussi décerné un "Lifetime Achievement Award" pour l'ensemble de sa carrière, englobant la qualité de ses prestations, sa copieuse discographie et l'impact qu'il a eu sur la scène locale. Au Texas, il est considéré, par sa fusion du rock au blues du Delta, comme un acteur primordial dans l'évolution du Blues Texan moderne. 


A1Wall Of Pride                                 -  3:16
A2Rattlesnake Shake                        -  3:38
A3Don't Lead Me On                         -  3:44
A4Rock It While You Can                  -  4:14
A5Down In Mississippi                      -  4:33
B1Movin'                                           -  4:32
B2We Gotta Get Out Of This Place   -  3:50
B3Bad Seed                                      -  3:13
B4Kings Ransom                              -  
B5Dimestore Hoo Doo                      -
B6Meet Me Down At The River        -



(1) Omar va poussé l'hommage jusqu'à acquérir une réplique(peut-être une commande) de l'emblématique Kay Thin Twin K-161 prisée par Jimmy Reed.

(2) Si aucun album ne fait totalement l'unanimité, ceux qui sont généralement le plus appréciés, en plus de celui-ci, sont "Hard Times in the Land of Plenty", "Monkey Land", "Courts of Lulu", "Live at Paradiso" et "Southern Style".


🎼🍤
Articles / groupes (plus ou moins) dans le genre ...
💢 Dr FEELGOOD  👉  " Stupidity " (1976
💢  The INMATES  👉  " Fast Foward " (1989)

mardi 17 février 2026

MURRAY HEAD - ”Blues & Beyond“ (2010) - par Pat Slade



Il est dommage que dans nos colonnes nous n’ayons pas parlé plus souvent du plus français des folkeux anglais.



Say it ain’t so ?




Say it ain’t so (Dis-moi que ce n’est pas vrai ?) Eh bien si ! Une seule fois son nom est apparu dans une chronique dans laquelle je parlais de lui et aussi de Graeme Allwright et de Dick Annegarn. Trois pays, trois artistes, trois styles. Murray Head, ce n’est pas seulement ”Say it ain’t so Joe“ sur l’album du même nom sorti en 1975. Personnellement, même si l’original est superbe, j’aime mieux la version de Roger Daltrey en 1977 que l’on trouve sur son album solo “One of the Boys”. Murray Head ce n’est pas aussi ”One Night in Bangkokune chanson extraite et de la comédie musicale ”Chess“, Il a aussi fait de très beaux albums plus méconnus.  

Quinze albums, trois live et plusieurs compilations, et un qui n’apparait pratiquement nulle part :”Blues & Beyond“ un petit live très intimiste. Ça ne sent pas la grande salle, mais un public bien sage venu écouter un artiste qui vient dans les provinces reculées pour porter la bonne parole du folk.  ”How Can A Poor Man“ Tout commence par un morceau folk song américain des années 20 que Ry Cooder remettra au goût du jour en 1970, et plus tard Springsteen et sa voix rocailleuse en fera une belle version. ”Lost My Baby Toninht“ : du Murray Head dans son style si reconnaissable. ”Indian Song“ : une très belle chanson en français qui à l’origine a été chantée par Jeanne Moreau et qui servira de BO pour le film du même nom réalisé par Marguerite Duras en 1975. ”Dearest Anne“ : on reste dans le cinéma qui prendra une grande part dans sa carrière, que ce soit comme compositeur ou comme acteur. ”Dearest Anne“ est la chanson qui apparait dans le film ”Cocktail Molotov“ de Diane Kurys en 1980

Hesitation Blues“ : une chanson populaire écrite vers 1914 et qui aura une multitude de reprises comme celle de Janis Joplin ou le Grateful Dead par exemple. ”Darling 1944“ : jolie chanson entre le français et l’anglais. ”Cocktail Molotov“ : tout est dans le titre, encore un morceau composé pour le film. Une BO écrite avec Yves Simon. ”Prison Wall Blues“ : une reprise un vieux folk song des années 30. Motherless Chrildren“ : un morceau d’Éric Clapton que l’on peut trouver sur l’album “461 Océan Boulevard” en 1974 mais l’original a été composé par Willie Johnson en 1927. “Cathy's Clown“ : un titre des Everly Brothers où Murray Head, encore une, fois ajoutera la langue de Molière à celle de Shakespeare dans un couplet.
Une toute petite chronique pour un tout petit, mais bien agréable album. Le plus béarnais des anglais (ou anglais des béarnais… au choix !) qui fêtera ses quatre vingt printemps en mars prochain a un peu disparu du circuit, son dernier album studio date de 2012 et il était surtout composé de reprises (celle de ”Won't Get Fooled Again“ des Who est magnifique !). S'il n’enregistre plus, je suppose qu’il est toujours sur la route.  


dimanche 15 février 2026

EN LISANT LE BEST-OF, ON VOUS PROMET RÉUSSITE, RICHESSE ET AMOUR.


LUNDI : Nema nous a proposé deux romans italiens, « Que justice soit rendue » et « Mort d’un homme heureux » de Giorgio Fontana, intéressants par leurs intrigues et sur le plan historique, une découverte de l’Italie sans complaisance mais non sans délicatesse.

MARDI : Pat reste dans la veine teutonne avec « Fire wind » de Uli Von Roth & Electric Sun, l’ex-ferrailleur de Scorpions peut enfin donner libre cours à son amour d’Hendrix, du métal néo-classqiue, virtuose, mais ça vieillit mal…

MERCREDI : Bruno, qui aime dénicher des perles, nous a sorti de son coffre « Tasty », second album du groupe The Good Rats, une musique foutraque qui s’amuse à puiser un peu partout, une énergie euphorisante, bref, un joyau méconnu du rock.


JEUDI : Benjamin a mis un point final à son feuilleton sur le « Folk Rock », en nous racontant les débuts de Bruce Springsteen, longtemps considéré comme le nouveau Dylan, avant d’enrichir sa musique de Soul et de Rhythm’n’blues.

VENDREDI : Luc n’est pas totalement ressorti hypnotisé par « Gourou », le film de Yann Gozlan sur un coach en développement manipulateur et manipulé, mais cela se regarde très bien grâce à un scénario riche en rebondissements.

👉 La semaine prochaine, on ne se prendra pas la tête avec Murray Head, on recevra Giovanni Sammartini l’inventeur de la symphonie (a-t-il pensé à déposer le brevet ?), la recette des carottes râpées par Bruno, et au cinéma on fêtera un bon anniversaire à Saddam Hussein. 

vendredi 13 février 2026

GOUROU de Yann Gozlan (2026) par Luc B.


GOUROU est la troisième collaboration entre Pierre Niney (producteur et à l’origine de l’histoire) et Yann Gozlan, après UN HOMME IDÉAL (2015) et BOITE NOIRE (2021). A noter qu’à chaque film le personnage joué par Niney s’appelle Mathieu Vasseur, proche cousin de François Perrin chez Francis Veber ?

Coach Matt pour ses adeptes. Car Matt Vasseur est coach en développement personnel, qui donne dans le raout à l’américaine, inspiré et parrainé par son mentor Peter Conrad. On pourrait dire aussi très inspiré du personnage joué par Tom Cruise dans MAGNOLIA de Paul Thomas Anderson, j’dis ça j’dis rien… Forcément, on y pense, comme on se souvient du merveilleux ELMER GANTRY LE CHARLATAN (1960) de Richard Brooks avec Burt Lancaster.

Le film ne perd son temps en exposition, qui entre illico dans le vif du sujet, en développant trois intrigues parallèles qui vont irriguer le récit. Un bon point.

La première scène pose le personnage idolâtré par son public. Un Matt Vasseur aux canines blanchies qui se jette dans l’arène, galvanise les foules sur fond du « Sirius » d’Alan Parsons Project (j’avais pas entendu ça depuis 30 ans !). Son truc, c’est isoler un spectateur, cerner son problème, faire communion, lui donner les pistes pour réussir. Ce jour-là, il choisit le brave Julien (joué par l’excellent Antony Bajon). Et il n’aurait sans doute pas dû…

Julien va vite devenir un boulet encombrant dont il va falloir se débarrasser. Autre souci, cette enquête sénatoriale qui vise à réguler la profession de coach. Vasseur se rend à la convocation sûr de son bagou, il va vite déchanter. En parallèle il renoue avec son frère Christophe, pensant s’en faire un allié, mais le frangin a visiblement un sérieux contentieux à régler. La relation fraternelle va tourner au règlement de compte. Et derrière tout cela, il y a une entreprise à faire tourner, avec sa femme Adèle (Marion Barbeau, vue dans EN CORPS de Cédric Klapisch), des employés dévoués, du fric facile, et la promesse d’ouvrir à Las Vegas le prochain show de Peter Conrad. Une proposition qu’on ne peut pas refuser…

Le scénario est bien foutu, égraine des petits cailloux qui vont se coincer dans la chaussure du gourou et freiner sa réussite. Comme dans UN HOMME IDÉAL et BOITE NOIRE, le héros est pris dans une spirale incontrôlable, prend conscience de sa vulnérabilité, cerné par des ennemis invisibles, des proches à double visage. Matt Vasseur pourrait compter sur son assistant-chauffeur dévoué et bas du front, Rudy, exécuteur des basses œuvres. Sauf que le Rudy sous ses airs connards se verrait bien calife à la place du calife (belle scène tendue à l’aéroport). Là aussi les éléments se mettent en place insidieusement. Le film dissèque le phénomène d'emprise, dont les premières victimes sont les plus faibles psychiquement (scène du gars sommé de démissionner) et met en scène un manipulateur manipulé à l’insu de son plein gré, comme dirait l’autre. 

Côté mise en scène, Yann Gozlan n’y va pas avec le dos de la cuillère. Comme d’hab, je reproche ce format scope mal exploité, trop de gros plans, des champs contre champs faciles, usants. Réalisation clinquante et flashy, des effets en veux-tu en voilà (scènes à Vegas) à l’image de son héros.

Mais qui sait aussi se poser pour instiller le suspens. Comme dans la séquence où Vasseur démasque une journaliste infiltrée, le gourou en roue libre, contraint de sortir de ses scripts millimétrés. Ou lorsque Vasseur se rend chez Julien qu’il soupçonne de le troller sur la toile, scène prenante qui doit beaucoup à Antony Bajon. Mais une fois encore, pourquoi morceler la scène en champs contre champs et ne pas avoir misé sur la tension du plan séquence ? Joli aussi ce face à face avec Rudy à propos de la supposée trahison du frère, tout dans le jeu de regards. 

Le film multiplie les fausses pistes, quitte à s’égarer parfois. Car des moments sonnent artificiels, sans enjeux, comme la perte d’un téléphone en forêt qui n’aboutit à rien. Il aurait fallu élaguer un peu dans ces deux heures et quelques. C’est dans les rapports entre les personnages que le film est le plus intéressant. L’épouse qui perd confiance, le chauffeur qui en gagne trop. Comme dans BOITE NOIRE, la paranoïa s’immisce. Le gourou de pacotille perd pied. On adore détester les héros qui dévissent, et en même temps, on a presque de la peine pour lui, comme ces moments très gênants avant sa prestation à Las Vegas. La conclusion ouvre a différentes interprétations.

GOUROU se regarde bien, Gozlan tient le spectateur, avec quelques trous d’air ou redondances ensuite. Un film calibré, où Pierre Niney fait le job (dans les limites de ses possibilités comme on dit...) souvent dépassé par les seconds rôles.

Lien vers Elmer Gantry ; lien vers Boite noire



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