vendredi 4 avril 2025

LA CACHE de Lionel Baier (2025) par Luc B.


Le même réalisateur suisse Lionel Baier avait réalisé LES GRANDES ONDES, en 2013, une comédie réjouissante et délicieusement libertaire, sur une équipe de bras cassés de la télé suisse en goguette au Portugal, qui se retrouvait en pleine révolution des Œillets. De révolution il y est encore question dans LA CACHE, celle de 1968, les zévènements de mai.

Où comment une famille de confession juive (ashkénaze) est contrainte de se terrer dans leur appartement de la rue de Grenelle, pour échapper à la chienlit, aux barricades, aux lacrymogènes. Le scénario est adapté du récit autobiographique du journaliste écrivain Christophe Boltanski

On est frappé d’abord par une mise en abime, dès le générique. Une voix (celle du réalisateur / narrateur) explique le pourquoi de cette adaptation, on voit à l’écran le bouquin de Boltanski, annoté, des passages surlignés. C’est original, ça rappelle un peu les génériques de Sacha Guitry, mais on craint aussi de se retrouver dans une démarche intellectuelle. Ce que ne démentira pas la suite.

L’histoire est racontée du point de vue du gamin. Il a neuf ans, ses parents participent aux manifs, et l'ont confié aux grands parents, qui vivent aussi avec deux oncles et l’arrière-grand-mère. Une smala soudée, intellectuelle, engagée dans le combat, vivant encore sous le spectre de l’Occupation. Quand le gamin se plaque à la poitrine une étoile jaune en guise d’étoile de shérif, ça fait un peu tiquer le grand père. On va suivre le Grand-Père médecin (les personnages n’ont pas de nom) qui tente de se présenter à la présidence de l’Académie, ou Grand-Mère, revêche, à la patte folle, parcourir la ville en Ami 6, pour interviewer les ouvriers sur leurs conditions de travail. Ou Grand-Oncle, linguiste qui épate par son art de la rhétorique, et Petit-Oncle, artiste, lors de sa première exposition de toiles.

La cache du titre ne serait donc pas l’appartement, puisque les protagonistes en sortent régulièrement. C’est pas le Journal d’Anne Franck… Alors quoi, on nous aurait trompé ? Il faut attendre la fin pour le savoir, une cache y’en a bien une dans l’appartement, celle où Grand-Père a passé des années à se planquer de la gestapo pendant la guerre (c'est l'histoire vraie d'Alexandre Boltanski), et qui sera l’objet du twist final, à propos duquel je reste dubitatif, même si l'idée est amusante.    

On doit les bons moments à Grand-Mère, jouée par l’excellente Dominique Reymond, éclopée dure à cuire mais pleine de tendresse pour son mari, un angoissé maladif interprété par Michel Blanc, tout en fragilité, dont LA CACHE est le dernier rôle. L’arrière-grand-mère est jouée par Liliane Rovère, dans un registre vieille ronchon anar, qui carbure à la vodka et propose des clopes au gamin, qui refuse poliment. 

La mise en scène réserve de bonnes surprises, des cadres et une palette de couleur étudiés, un format scope bien utilisé, des cadres larges, un univers aussi de bric et de broc proche de Jacques Tati (l'Ami 6 parcourant la banlieue bétonnée rappelle MON ONCLE). La plupart des trajets en voiture sont filmés en transparence (sur un fond vert) qui permet au réalisateur de changer l’arrière-plan en fonction des dialogues, étonnant. Il utilise aussi l’écran multiple, un format en scope recoupé en deux, petite coquetterie. Le souci vient des extérieurs, comme figés, avec des figurants qui ressemblent à des mannequins sortis du musée Grévin, engoncés dans des fringues trop propres, dans un décor qui sent la reconstitution au rabais. 

Le problème, c'est que je me suis ennuyé (le film est pourtant court), cette mise en scène rigide semble étouffer les personnages. Ca parle de quoi ? De mai 68 et des antagonismes sociaux ? Même pas, dans le genre bourgeois effrayés fuyants la capitale, on reverra le jubilatoire MILOU EN MAI de Louis Malle, ou même LA CARAPATE de Gérard Oury. Un film sur l’antisémitisme larvé ? Le voisin catho ultra réac et délateur est tellement caricatural (et mal joué par Baier lui-même) que l'intention tombe à plat. Le traumatisme encore vivace de la guerre, symbolisé par cette cache ? On voit dans une scène Grand-Père tétanisé par l'arrestation d'un manifestant, dans un restau, faisant ressurgir l'époque de l'Occupation... Reste une chronique familiale, tendre, poétique, mais qui manque cruellement de développement, si ce n'est le pèlerinage de Grand-Père et du petit fils, vers Odessa. Pèlerinage circonscrit à trois plans filmé sur une départementale...   

Lionel Baier hésite sur le ton, la direction à prendre, s’embourbe dans des effets parfois maniérés. On voit bien qu'il veut peindre par petites touches, mais quand on recule, on ne voit pas le tableau ! Un film finalement très lisse et sans malice, aux antipodes des comédies poil à gratter de Jean Yanne, dont on entend l’« Alléluia » sur une séquence.


couleur  -  1H25  -  scope 1:2.39      

jeudi 3 avril 2025

ROY HARGROVE (1969 - 2018) par Benjamin


La nuit tomba lentement, l’orchestre prépara sa symphonie crépusculaire. Devant lui, une foule enthousiaste est venue célébrer sa jeunesse insouciante sur ses harmonies « jungle ». Sous ce drôle de terme se cachait un son unique, un swing où chaque instrument crépitait comme le membre imprévisible d’une faune inconnue. Le Duke prit place, sa stature noble annonçait déjà toute la grandeur de son génie. Il y eut bien, au fil des ans, quelques ambitieux cherchant à lui voler son titre, mais aucun ne sut faire oublier la profondeur de ses ballades et la vivacité de ses harmonies. 

Les meilleurs ne surent qu’évoluer en des domaines différents, univers parallèles qui firent écho à l’œuvre du maître sans rivaliser avec elle. Résultat, lorsque la CIA voulut diffuser la culture américaine à Cuba, ce fut le grand Duke qu’elle fit décoller vers l’enfer communiste. Tout cela se déroula à une autre époque, lorsque les petites formations n’avaient pas rendu les big band trop coûteux. En s’embarquant dans ses virevoltants chorus, Louis Armstrong brisa la cohésion des jazzmen, dont l’égo supporta de moins en moins les contraintes imposées par les grandes formations. Ce soir-là à Newport, l’orchestre du Duke joua le jeu de sa vie, le chant du cygne des big band. L’histoire du jazz fut rarement écrite à l’avance, elle s’inventait dans ces salles où une scène pouvait devenir le théâtre de nouveaux miracles.

Ce récit pourrait être raconté comme la ballade d’un promeneur solitaire, bienheureux badaud découvrant un nouveau morceau d’histoire dès qu’il  ouvrait une porte. Ainsi, poussé vers l’entrée par le froid humide d’une pluie battante, il pourrait entrer dans le repère du plus grand aigle du bop. Fier de sa grâce solitaire, Coleman Hawkins déploya alors toute la puissance de son jeu puissant. Ce fut une grâce brute, une beauté énergique et menaçante, parfois violente et toujours agile. Cet aigle avait la force des grands fauves, une force virulente que seul le baron Mingus égala à sa façon. Soudain, la porte s’ouvrit, un courant d’air froid incitant les spectateurs à se tourner vers le nouveau venu. Cachant sa maigreur sous un manteau trop grand pour lui, l’homme leur offrit une image parfaitement contraire à ce qu’ils venaient d’entendre. La grâce de Lester Young était nonchalante, il semblait ralentir pour éviter de se briser. 

Quand il monta sur scène et emboucha son saxophone, nombreux furent ceux qui se demandèrent comment un être aussi chétif pouvait défier un colosse tel qu’Hawkins. C’est que Lester Young n’évoluait pas dans le même domaine, son jeu fut onirique alors que celui de Coleman fut orgiaque. Ce que nombre d’observateurs prirent pour une joute fut en réalité une collaboration, Young fournissait les mélodies nuageuses auxquels les vols planés d’Hawkins donnèrent de fascinantes formes. Force est pourtant de constater que ce duel marqua le début du mandat du président Young, dont la douceur nuageuse se perpétua de la naissance du cool aux grandes heures du jazz modal, en passant par les grands rêveurs du bop. De Hank Mobley à Freddie Hubbard, en passant par Miles Davis et Lee Morgan, les cuivres les plus tendres du jazz doivent tous quelque chose à ce musicien à l’allure fantomatique.

Les meilleurs musiciens sont sans doute ceux qui, oubliant les emballements de leur égo, ralentissent le rythme de leur souffle pour en faire une présence chaleureuse et fantomatique. Même le nerveux John Coltrane s’astreignit à cette gracieuse tendresse, produisant ainsi un de ses plus grands disques. Puis il y eut bien Miles Davis, dont la sobriété lumineuse atteignit des sommets sur « Autumn leave » et l’album « Kind of blue ». Le temps passa, les structures se démodèrent, le free mena le jazz à une impasse qui eut la peau de sa modernité. 

Libéré de toute structure, le free eut également la prétention de ne plus chercher la mélodie. Conglomérat d’égos boursouflés, le mouvement ne se souciait plus du beau, la technique avait pris le pas sur la grâce. Successions de concepts alambiqués et de transes plus ou moins abstraites, le mouvement parvint parfois à atteindre le sublime sans le vouloir. Cela ne l’empêcha pas d’achever le travail de sape que la popularité du rock avait bien entamé. Devenu une obscure musique pour mélomane, réfugié dans les souterrains culturels où croupissent les arts impopulaires, le jazz n’en continua pas moins de diffuser le souvenir de ses beautés passées. 

L’histoire des grands artistes de notre temps commence donc souvent par la découverte de la beauté issue des temps anciens. Roy Hargrove ne détestait pas l’énergie froide de la musique urbaine, elle imbibait son esprit autant que celui de ses contemporains. Il n’y trouvait toutefois pas la même profondeur que dans les chorus de Freddie Hubbard et autres boopers.

Roy Hargrove fut fasciné par le jeu de ces hommes, dont la virtuosité avait la douceur d’une brise printanière. A force de travail, il parvint à la maîtriser, il ne lui restait plus qu’à se l’approprier en visitant l’underground jazz. Vite repéré par quelques gloires de cette piteuse fin des eighties, Roy Hargrove quitta vite le lycée pour participer à la tournée européenne de Clifford Jordan. L’Europe fut toujours une terre accueillante pour les musiciens jazz, qui apprécièrent surtout l’ouverture d’esprit et la beauté de la France. Aujourd’hui encore, plus d’un demi siècle après les grandes heures de Lester Young, Thelonious Monk et autres boppers, les derniers géants du jazz viennent swinguer gaiement lors du festival de Juan Les Pins. Inscrivant ses pas dans ceux des géants du bop, Hargrove intégra ensuite le quintet de Sonny Rollins lors de son passage au légendaire Village Vanguard. A cet endroit, où Coltrane célébra autrefois la grandeur de son plus fabuleux orchestre, Rollins regarda le jeune trompettiste jouer avec une certaine nostalgie. 

Cette trompette, légère comme une corne de brume et aussi gracieuse que l’envol de l’aigle, était la digne fille de celle du roi Davis. Le roi était mort quelques jours plus tôt, la presse saluant sa mémoire d’un « vive le roi » unanime. Hargrove devint vite le dernier espoir d’un jazz rêvant encore de grands succès. Conscient de l’importance de sa mission, il fit l’inventaire de son patrimoine, rendant hommage à la grandeur des big band sur « Emergence », avant de ressusciter l’énergie bop sur « Earfood ». Mais l’homme ne fut pas un simple gardien d’une tradition perdue, les gloussements de la musique urbaine influencèrent autant sa musique que ces beautés des temps anciens.

Reprenant les choses là où Miles les avait laissé avec « Doo-bop », il créa un groupe dédié à la fusion du swing cuivré et électronique, une machine à accoupler le passé et le présent. Ainsi naquit RH Factor, cinquième élément musical nourri par le swing du jazz, le groove du funk et la puissance du rhythm’n’blues. Ce chemin prometteur, le trompettiste l’aurait poursuivi avec brio s’il n’avait été emporté par un arrêt cardiaque en 2018. Donnant de la profondeur à la modernité et de la légèreté à son héritage, Roy Hargrove poursuivit cette voie futuro-réactionnaire imaginée par Miles. Refusant d’entrer dans le rang d’un purisme stoïque autant que dans celui d’une modernité sans filiation, Hargrove produisit une œuvre à laquelle la sortie récente de « Grande Terre » mit un brillant point final.

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mercredi 2 avril 2025

Jeff HEALEY " See The Light " (1988), by Bruno

 


     Aaahhh... encore un qui semble avoir injustement fini aux oubliettes. Pourtant, celui-ci avait eu son heure de gloire. Un vif succès dès le premier essai, qui avait sans problème traversé montagnes, mers et océans. Hélas, entre un changement radical de direction musicale, action totalement anti-commerciale, et son décès le 2 mars 2008, le souvenir de ce talentueux et humble Canadien a tôt fait de s'estomper. 

     La vie n'a pas été facile pour cet homme, la poisse revenant régulièrement lui pourrir l'existence. Une déveine qui commence tôt avec un abandon à sa naissance, puis, à l'âge d'un an, un cancer rare de la rétine qui se déclare. Aucun traitement ne fonctionnant, on doit lui retirer les globes oculaires pour le sauver. Plongé dans le noir total, il se réfugie dans la musique. En particulier dans le Jazz et le Blues. Immergé dans la musique, il souhaite apprendre à en jouer. Et quand on lui met une guitare entre les mains, après l'avoir auscultée, il la pose sur ses genoux ; à la manière d'un joueur de lap-steel guitar. N'ayant jamais pu voir un musicien en jouer, il lui semble logique de jouer ainsi. D'autant que de cette façon, ce sont les cinq doigts de sa main gauche qui sont sollicités. De plus, le pouce n'ayant plus la contrainte de placement derrière le manche, ça lui permet d'aborder aisément des accords et des positions normalement inaccessibles. La rumeur d'un guitariste-chanteur Canadien aveugle faisant des étincelles sur une simple Squier (1) enfle au point où des musiciens de renom passant par Toronto, font le déplacement dans le club où il se produit. Et quand Albert Collins et Stevie Ray Vaughan ne cachent pas leur admiration pour le phénomène, parlant de lui dans la presse avant qu'il ne réalise son premier opus, forcément, si de tels cadors en parlent avec tant d'enthousiasme, ce n'est pas sans raison. Vaughan le présente même comme un guitariste qui va révolutionner la façon de jouer de la guitare. De quoi déplacer les foules et éveiller la curiosité (cupidité ?) des maisons de disques. Un peu plus tard, B.B. King lui prédit même que s'il continuait ainsi, il serait aussi grand que Stanley Jordan, SRV et lui-même réunis. 


   La légende raconte également que c'est en le voyant jouer que Joe Rockman et Tom Stephen, les futurs comparses, totalement séduits, finissent par l'accoster à la fin d'une de ses prestations pour lui proposer leurs services. Le courant passe. Les deux loustics connaissent leurs classiques et comprennent d'instinct la musique de Blind Jeffrey, le suivant sans accrocs, sans hésitations, dans ses moindres détours et "sautes d'humeurs". Pour compléter le récit - ou la fable marketing -, après quelques mois, persuadés que Jeff allait, sinon conquérir le monde, au moins l'Amérique du Nord, Joe Rockman et Tom Stephen auraient fini par quitter leur confortable emploi pour avoir tout le loisir d'accompagner Jeff librement, sans autre contrainte que les centaines de kilomètres à parcourir. Franchement et sincèrement attachés à Jeffrey, Joe et Tom - dont la ressemblance les ferait presque passer pour des frères - l'encadrent, veillent sur lui. Joe faisait même office d'agent.

     A vingt et un an, Jeffrey signe son premier contrat, et sort dans la foulée son premier album qui fait l'effet d'une petite bombe. Aujourd'hui, on ne pourrait rien y trouver de particulièrement original, mais à cette époque, où le Rock en général semblait s'essouffler, trop souvent ankylosé par des productions inutilement boursouflées, parfois ridiculisé par des clips stupides envahis de poseurs narcissiques et attifés comme des as de pique, ce "See the Light" fit l'effet d'une bouffée d'oxygène. Quasiment inconnu hors de son Ontario natal (où il est déjà considéré comme un grand guitariste), Jeff Healey devient en quelques mois un objet de fascination et d'admiration. Son succès fait le tour de la planète, rivalisant avec la réussite commerciale de "Texas Flood", le premier album de Stevie Ray Vaughan - sauf aux USA, évidemment. 

     Cependant, il convient de préciser que ce succès quasi fulgurant a été amplifié par deux facteurs de poids. Le premier est le single "Angels Eyes", soutenu par un clip vidéo diffusé régulièrement sur MTV - et d'autres émissions musicales extra-Amérique du Nord -. Une ballade de John Hiatt magnifiée - et un brin blue-eyed soulifiée - par Healey (5ème place au billboard). Car si Jeff n'est pas à proprement parler un grand chanteur, il sait poser sa voix pour donner du sens aux mots et leur insuffler suffisamment de cœur pour émouvoir les âmes sensibles.  "Qu'est-ce tu fais avec un gars comme moi. C'est sûrement l'un des petits mystères de la vie. Alors, ce soir, je demanderai aux étoiles de là-haut, comment ai-je pu gagner ton amour. Qu'ai-je fait ? Qu'ai-je dit ? Pour tourner tes yeux d'ange vers moi ? Je suis même le gars qui n'a jamais appris à danser... Si c'est de l'Amour, alors pourquoi cela me fait-il si peur ?...". La seconde, et non des moindres, est l'inclusion du groupe dans "Road House" - célèbre film de baston avec Patrick Swayze en videur zen, fondu de philosophie, pacifiant à coup de tatanes -, généralement descendu par la presse mais gros succès en salle et en vidéo. Une belle publicité, avec quatre morceaux inclus dans la B.O. et deux ou trois interprétations live dans le film. 

     Parallèlement, entre sa technique singulière et son handicap, il a involontairement profité de l'effet "phénomène de foire", sans lequel, peut-être, les émissions télévisées ne se le seraient jamais arraché. Toutefois, cet engouement n'aurait été guère possible sans son indéniable talent, celui de son groupe, et la qualité de leur musique.

      En matière de Blues, à l'exception de l'instrumental "Nice Problem to Have" (co-écrit avec Robbie Blunt, ex-bronco, Silverhead, Broken Glass, Stan Webb, Robert Plant), plutôt traditionnel, enfin traditional-modern-blues, et de la reprise de "Blue Jean Blues", slow-blues de ZZ-Top somme toute assez classique, celui du Jeff Healey Band est dans l'ensemble bien chargé en "rock". Majoritairement plutôt Rock-blues que Blues-rock. Même le fabuleux "Hideaway" de Freddie King (que certains pontes du Blues dénoncèrent comme une fusion du Blues et de la Surf-music), dérape par quelques soli fumants, vers de brûlantes terres heavy. 


     L'album oscille indifféremment entre des Blues-rock peu ou prou éruptifs, légèrement teintés de l'effervescence des Cream et Experience, des Rock (bluesy) marqués par une batterie (Stephen aime bien alourdir sa frappe) et des instants plus intimes. La sensibilité musicale de Jeff se dévoile totalement sur ce terrain glissant, où on a vite fait de s'embourber dans le mielleux, le poncif larmoyant, l'affecté. Il en fera l'une de ses marques de fabrique, et certains musiciens-compositeurs useront, pour décrire une de leurs pièces du style slow-blues ou ballade, du terme "à la Jeff Healey" - "Jeff Healey like".

     Son interprétation d' "Angels" donc, mais aussi du "Blue Jeans Blues" sont remarquables (malgré un solo un poil étiré pour ce dernier), et il y aura par la suite d'autres morceaux qui vont assoir sa réputation. De sa plume, et un peu plus relevé, peut-être plus proche de l'Americana, "That's What They Say" démontre qu'il est aussi un bon compositeur, sachant jouer avec les retenues, les climats.

     Bizarrement, la pièce la plus torride et la plus piquante de l'album, celle qui a les attributs pour contenter tous les amateurs de blues-rock fiévreux - de Robin Trower à Stevie Ray -, est placée en fin d'album. D'autant plus étonnant que c'est la chanson éponyme, celle qui a donc donné son nom à l'album ; on pouvait légitimement estimer qu'elle a une importance particulière, sinon capitale, pour Jeffrey. "I See The Light", comme un mauvais trait d'humour noir, Heavy-blues trépidant, mariant dans un maelstrom de wah-wah corrosive et d'avalanches de toms, Hendrix, Stevie Ray et Cream. Magnifique. C'est ce qu'on nomme un final en apothéose. Cependant... cette dernière cartouche peut faire regretter qu'il n'y en ait pas eu d'autres du même acabit. Avec une telle gargousse, ainsi que celles des "My Little Girl", "That's What They Say" et "Don't Let Your Chance Go By", dans une moindre mesure le claptonien "I Need to Be Loved", il paraît étonnant que Jeff ait toujours manqué de confiance en lui pour composer. Estimant qu'il était un peu laborieux en la matière, et qu'il serait prétentieux de penser qu'il pouvait faire aussi bien que les autres. 

     Curieusement, alors que l'album suivant, l'excellent "Hell to Play", marche plus fort encore (un peu moins aux USA), l'intérêt pour le Jeff Healey Band décline rapidement avec la troisième fournée, "Feel This". Suivent des années où sa quasi absence sur la scène favorise le désintérêt du public, jusqu'à la sortie en 2000 de " Get Me Some " qui n'est pas loin de faire un flop (même si certains n'avaient pas hésité à le mettre sur un piédestal). Même au Canada. Un prétexte pour se lancer dans le jazz, celui des années 20 à 40, - le jazz traditionnel -, qui le passionne depuis des lustres (avec une incroyable collection de 78 tours), et l'occasion de se mettre à la trompette. Les solid-bodys sont mises au rencard pour se focaliser sur une Gibson L-12 des années 40 (sur laquelle il fait monter un micro - pour la scène). Sa connaissance encyclopédique du Jazz dit "classique" lui vaut une licence honorifique du Conservatoire Royal de musique (de Toronto), et un doctorat (honorifique) de l'Université McMaster (Hamilton, Ontario). 


     Sans la maladie, sans le cancer qui revint, Norman Jeffrey Healey aurait eu cinquante-neuf ans le 25 mars dernier. Après quelques années passées à se battre contre la maladie, il décède à 41 ans, le 8 mars 2008. quelques semaines avant la sortie d'un dernier album, "Mess of Blues", pour un retour au Blues qui ne l'a jamais quitté. 


(1) Les micros d'origine ont été remplacé par des Evans plus puissants. Les micros rouges qui dénotaient sur le corps noir. Probablement des Eliminator. Des micros canadiens, conçus à Victoria, par un certain Rod Evans. Aucun lien avec Deep Purple. 


🎶😎

mardi 1 avril 2025

PINK FLOYD ”Solar System“ (1974) - par Pat Slade

 

POISSON D'AVRIL

Qui connait ce rare album du Pink Floyd ? Un bootleg ramené de Chine en 1985...




MARS…. ET ÇA REPART !





Comme beaucoup de groupes au monde, ils ont été piratés et énormément de bootleg (Enregistrement en live depuis le public ou enregistrement dérobé en studio) existent sur le marché. Il faut savoir où les trouver ! Pendant mes longues pérégrinations à l'étranger j’ai trouvé beaucoup de ces albums qui n’existent que dans de lointaine contrées. En 1985 alors que je chinais sur un marché chinois, je tombe en arrêt sur une échoppe spécialisée en disques vinyles. Étant un amoureux de la rondelle de polychlorure, je ferais une razzia (pas sur la chnouf !) sur les trésors qui se présentaient devant mes yeux de collectionneur.


 Entre un Led ZeppelinV“ de 1972, un Frank ZappaVegetable Aunt“ et un Deep PurpleMade in Taïwan“, je dépenserais la somme faramineuse de 80 yuan soit 10 euros. Et pour la douane, pas de problème, ce n’est pas considéré comme de la contrebande. Je ne me suis pas contenté d’acheter que quatre albums, mais la limite de poids en bagage (20 kg), m’a donné beaucoup de regrets. Je ne vais pas chroniquer tout les albums que j’ai ramenés, je commenterais uniquement la pièce que je trouve la plus rare et la plus intrigante.


Pink Floyd
Subway From Earth
Solar System“ ? Je n’ai jamais entendu parler de cet album et après maintes et maintes recherches sur internet, je n’ai jamais trouvé la moindre trace de cette galette. Sortie un an après ”The Dark Side of the Moon“ et un an avant ”Wish You Were Here“, l’équilibre entre les deux ne pouvait qu’être bon. ”Subway from earth“ une entame l’album comme ”Shine On You Crazy Diamond (part I)“...  ça commence très cool avec la guitare de David Gilmour. ”Walk on Mars“ On reste dans un long morceau psychédélique ou Rick Wright nous rappelle qu’il était un des meilleurs claviers du genre. ”Mao at my House“, un délire de Waters qui mélange du prog avec de la musique asiatique traditionnelle ; bizarre à écouter mais pas désagréable.
  

Return to Earth

Diving Board for Infinity“, le morceau jumeau de ”Welcome to the Machine“ Surement un premier jet de Waters avant sa version définitive sur ”Wish You Were Here“. Entre des morceaux comme ”The Rings of Saturn“, ”Chrome Mercury“, ”Pluto’s Hell“ et ”Uranus Asshole“, on préférera le dernier titre qui occupe pratiquement toute la face B ”Return to Earth“ une longue suite construite comme une symphonie en plusieurs parties comme sur la face A d’”Atom Heart Mother“. Même si c’est une pièce de collection pour les fans, il n’y a pas trop de surprise, c’est du Pink Floyd pur et dur avec ses envolées lyriques et ses longs morceaux planant. Il reste quand même un très bon album même (c’est un bootleg ne l’oublions pas !) la prise de son laisse donc à désirer.

Vous pouvez toujours essayer de le chercher pour en faire l’acquisition mais cela sera un véritable chemin de croix. Je sais par expérience que pour atteindre le graal, il faut parfois une toute une vie.



PS : NOUS SOMMES LE 1er AVRIL ! TOUT CECI N’ETAIT QU’UN POISSON D’AVRIL ! ”SOLAR SYSTEM“ N’EXISTE PAS, DÉSOLÉ !!!