Ne vous fiez pas au titre, pas plus
qu’à la bande annonce qui compile les dernières scènes d'action, il n’y a pas plus d’agent secret dans
ce film que je m’appelle James Bond. Une manière de
brouiller les pistes ? Comme le réalisateur se plaira à le faire
durant toute sa foisonnante intrigue. Un film qu’on regarde à la
fois fasciné par l’indéniable savoir-faire, et perplexe.
La
superbe première séquence est amorcée par un ample mouvement de
caméra à la grue qui embrasse tout un paysage ensoleillé pour redescendre au
pied d’un cadavre putréfié. Marcelo arrive de Sao Paulo en
voiture, s’arrête prendre de l’essence dans une station service
perdue dans la pampa. Au sol, un cadavre recouvert d'un carton, de mouches, les
chiens errants s’en lèchent les babines. Le pompiste explique qu’un mec s’est fait tué il y a quelques jours, comme il dirait qu'un client a oublié ses lunettes. Quand les flics débarquent enfin, ils se foutent
royalement du cadavre, mais s’intéressent à Marcelo, fouillent sa
voiture. Un zèle suspect. Ils lui demandent un bakchich. Il ne
cédera que son paquet de clopes.
Nous sommes au Brésil, 1977, la
dictature. Un temps où on ne s’étonne pas de voir des cadavres par
terre, des flics plus racketteurs qu'enquêteurs, des
gens qui vivent la trouille au ventre. Marcelo part pour Recife, où il prend une chambre dans une pension tenue par la vieille Dona
Sebastiana, un sacré personnage, clope au bec, voix éraillée. Une dizaine de personnes y vivent,
des réfugiés. Réfugiés de quoi ?
En parallèle et depuis Sao Paulo Henrique
Ghirotti engage deux tueurs à gage et leur désigne Marcelo comme
l’homme à abattre : « Faites-lui un gros trou dans la
bouche ». Pourquoi ?
Marcelo reconstruit un
semblant de vie à Recife, trouve un job au service de l’état
civil. On sent que son passé lui pèse. Il croise le commissaire
local, Euclides (sublime gueule de salaud) et ses deux fils, qui
enquêtent sur une jambe retrouvée dans l’estomac d’un
requin…
L’AGENT SECRET est un film ample et solaire, par sa durée, sa
palette de couleurs chaudes, le Brésil et ses plages, ses bikinis,
la musique, le carnaval, et ses masques qui font peur. Reconstitution superbe, on est dans le jus.
Mais derrière chaque scène on sent un malaise. Un sentiment
d’insouciance surjouée. Comme si chacun faisait semblant.
On comprend que Marcelo,
sous pseudo, fuit un passé violent, tente de se forger une nouvelle vie, retrouver son fils
Fernando élevé par son grand-père Alexandre, propriétaire d’une
salle de cinéma. Bel hommage au cinéma, à la culture populaire
disparue, à travers le personnage d’Alexandre dont la salle
deviendra un centre médical. On y entrevoit à l'écran « Le Magnifique » avec Bébel, mais le film qui cartonne en ce moment c’est
« Les Dents de la mer » de Spielberg (encore un requin).
Fernando en fait des cauchemars depuis qu’il a vu l’affiche du
film, il est trop jeune pour aller le voir. On apprendra beaucoup
plus tard que les cauchemars cesseront dès qu’il aura vu le film.
Superbe !
Film solaire, disais-je, mais en réalité oppressant.
Kleber Mendonça Filho, lui-même inquiété sous la présidence de
Bolsonaro, renoue avec ces thrillers paranos des 70’s. On nage en
plein mystère, on attend des explications qui ne viendront pas. Le
réalisateur joue aussi sur la temporalité. Qui sont ces jeunes
filles, casques aux oreilles, qui retranscrivent des
enregistrements ? Telle que la scène est intégrée, on pense
qu’elles travaillent pour le flic Euclides. Mais ça ne colle pas.
Pas de PC portable ou de logiciel Audacity en 1977. Alors quoi ?
Ca rajoute encore à la parano ambiante. Et y’a des flash-back,
cette scène au restau entre Marcelo, sa femme (depuis décédée) et Ghirotti. Une obscure histoire de brevet que le second veut racheter
au premier. Est-ce le motif du contrat que Marcelo a au dessus de la
tête ?
C’est un film foisonnant, beaucoup de personnages,
d’intrigues secondaires, qui réclame de la concentration, pour capter les dits et surtout les non-dits. Avec une séquence
surréaliste digne de Quentin Dupieux : la légende de la jambe
poilue. Une expression qui désignait les flics véreux qui réprimaient tous comportements jugés déviants. Le réalisateur donne vie à cette jambe, littéralement, parabole du pouvoir militaire qui
espionne et réprime, ici, des michetons dans un parc. Autre
image malaisante, ce chat difforme à la pension, trois yeux, deux
museaux…
On pense au (très beau) film de Walter SallesJE SUIS
TOUJOURS LÀ, qui décrivait les débuts de la dictature. Ici, le
réalisateur opte pour la parabole, l’oppression est présente mais
impalpable, on ne voit jamais le pouvoir agir. Tout se niche dans les
détails, les réactions apathiques. L’action proprement dite ne
survient qu’au bout de deux bonnes heures quand les tueurs à
gages se mettent au boulot. Kleber Mendonça Filho réalise alors une
longue et superbe séquence sous tension, filature, poursuite, coups
de flingue, cette fois la violence explose, et ça gicle.
Kleber
Mendonça Filho a reçu la palme cannoise pour sa réalisation, et
son acteur Wagner Moura celle de l’interprétation. C’est mérité, on ne peut pas nier le talent du réalisateur pour la construction de son scénario et de sa mise en scène, et le jeu toute en subtilité et profondeur de son acteur principal. Toute la distribution est impeccable. Mais le film élude
beaucoup, volontairement : qui est Elsa, son réseau, que recherche Marcelo
aux archives, qui sont ces gens à la pension, comment la femme de
Marcelo est morte ? Un empilement de non-dits qui traduisent l’atmosphère
mortifère et de suspicion de cette dictature.
C’est très
intelligemment pensé, mais peut laisser le spectateur au
bord du chemin. Dans les bouquins d'Agatha Christie, il y avait toujours ce chapitre final qui expliquait les aspects sombres de l'intrigue.
Y’a des oeuvres dont on sait dès la première vision que ce sont de
grands films. Sans pour autant comprendre pourquoi. Il faut du temps pour les assimiler. L’AGENT
SECRET en fait à priori partie, qui a reçu des critiques dithyrambiques. Mais le spectateur, lui, n'a pas lu le dossier de presse !
Sans doute le dernier film où apparait Udo Kier, décédé il y a peu, dans le rôle d'un ex-nazi se faisant passé pour un juif, du moins je le suppose, car là encore, je n'ai pas trouvé les clés pour décoder le moment !
Contrairement
aux Beatles, les Byrds ne virent pas le rock’n’roll comme un
moyen de s’extraire de la classe prolétarienne. Figures de proue
du groupe, David Crosby et Jim McGuinn
furent issus d’une bourgeoisie progressiste mère des plus
lamentables résidus de la décadence soixante huitarde. Il fallait
pour ces gens se libérer des devoirs comme de toutes autorités,
vivre dans un monde où seul comptait le plaisir individuel. Les
campements hippies poussant comme des champignons ne furent pas des
communautés, mais des conglomérats d’égocentriques aliénés par
la recherche obsessionnelle du plaisir futile.
Sans doute les
modernes vivent ils une vie trop stérile dans un décor trop gris,
sans doute n’ont-ils pas le courage de laisser le destin les
surprendre au bout d’une route tracée au milieu de nulle part. Les
Byrds connurent la beauté nourrissante du voyage, nourrirent leur
esprit en déclamant les vers dylaniens
sur fond d’arpèges à la douceur émouvante. Les Beatles leur
montrèrent néanmoins leur véritable voie, savoureux mélange de
poésie libertaire et de chœurs romantiques. Signé par Columbia, le
groupe brancha les guitares pour donner une nouvelle ampleur au « Mr
Tambourine man » de Dylan.
Placé dans le studio voisin, le Zim
fut impressionné par ce que ces jeunots firent de son titre. Sentant
se dessiner dans cette mélodie une nouvelle beauté dont il ne
voulait pas se faire ravir la paternité, le grand Bob forma
rapidement un groupe de session pour moderniser son standard folk.
Malheureusement pour le groupe de David Crosby[photo =>] Columbia ne crut pas
à l’avenir de la poésie sentimentale des Byrds. Enregistré
quelques semaines avant la réactualisation dylanienne,
le « Mr tambourine man » des Byrds ne sortit que
plusieurs mois plus tard.
Si le groupe vit presque comme un honneur le
fait de se faire doubler par leur
idole, il faut aujourd’hui avouer que ce furent bien les Byrds qui
posèrent les bases du mouvement folk rock. De l’Angleterre, Dylan
ne garda que l’audace, lui qui fut trop attaché aux traditions et
trop mauvais chanteur pour s’approprier la douceur pop des chœurs
du groupe de Paul McCartney. D’une légèreté enivrante, des tubes
tels que « Turn ! turn ! turn ! », « American
girl » et autres « Mr Tambourine man » diffusèrent
aux quatre coins du monde une nouvelle douceur bucolique.
[ <= Jim McGuinn ] Cet état
de grâce ne dura que le temps de deux albums, les relents planants
de « Fifth dimension » faisant définitivement passer les
Byrds dans le rang des suiveurs. Symbole funeste, David Crosby fut
viré du groupe dès la fin des sessions d’enregistrement de cet
anecdotique troisième album. L’égo du chanteur fut trop fort pour
accepter une quelconque concurrence, il fut tel un Lennon qui
n’aurait pu partager le haut de l’affiche avec Paul McCartney.
Alors que son avenir s’assombrissait, il était loin de se douter
que la seconde partie de sa carrière s’était jouée au milieu
d’un banal embouteillage d’une route du Sunset Boulevard.
Ce jour
là, les conducteurs multiplièrent les quolibets et les injures les
plus rageuses. Dans nos sociétés modernes, l’embouteillage est
vécu comme un supplice insupportable, un inadmissible coup d’arrêt
porté à l’agitation quotidienne. Forcé à l’immobilisme, la
plupart ne peuvent alors qu’attendre l’instant d’après avec
une frustration de plus en plus belliqueuse. Sénèque intimait à
Lucilus le conseil d’habiter l’instant présent, d’en savourer
chaque minute avec autant d’avidité que de sérénité, sagesse
dont l’homme de l’ère industrielle semble incapable.
Au milieu de ce trouble agressif, un vieux
corbillard attira les moqueries de bourgeois que seul la peur du
pléonasme m’empêche de qualifier d’acéphales. A coté de tant
de voitures rutilantes, un tel tas de ferraille affirmait la priorité
de l’être sur le paraître, de la débrouille sur la rente, de la
liberté sur la facilité et de l’utilité sur l’esthétisme.
Neil Young paya ce véhicule avec les premiers maigres cachets de ses
premiers groupes, y entassa le matériel de sa nouvelle formation,
avant de quitter son Canada natal pour le pays du rock’n’roll.
Fasciné par Elvis, il rêvait alors de gloire et de bâtir une œuvre
immortelle. Il est vrai que son véhicule n’était pas le plus
fiable du monde, ses multiples pannes ayant ralenti plus d’une fois
sa glorieuse chevauchée. Cette vieille mécanique fut un peu comme
lui, fragile mais combative. C’est que, d’une maigreur bien
éloignée de la carrure de loubard endurci du King,
le Loner
faillit mourir de la polio à l’âge de huit ans.
De ce terrible
épisode de sa vie, le jeune homme garda des crises d’épilepsie le
persécutant jusque sur scène. L’affaiblissement lié à la lutte
de son corps pour sa survie lui donna une voix d’une fragilité
émouvante, parfait véhicule d’une mélodie d’une mélancolie
enrobant son œuvre dans son poison fortifiant. Neil Youngattendit
patiemment dans son véhicule de fortune, essayant simplement de ne
pas trop prêter attention aux grincements inquiétants de son
moteur. Soudain, passant entre les voitures avec sa démarche
spectrale de musicien torturé, Stephen Stills apparut devant lui tel
un symbole du destin.
Le guitariste fut l’incarnation presque
caricaturale du style hippie, sa barbe mal taillée, sa maigreur et
la longueur de sa chevelure lui donnant des airs de John Lennon
fraîchement sorti de son bed-in. Le Loner
avait déjà joué avec cet homme dans un groupe que l’histoire
oublia, il connaissait la vivacité de ses chorus mélodieux.
Les deux
hommes se réunirent dans le vieux corbillard et, lorsque la
circulation reprit son cours normal, c’est la voie du succès qui
sembla s’ouvrir à eux. Ainsi formèrent ils le Buffalo Springfield
avec un batteur chérissant la douceur rythmique de la country. Le
rythme est la force de la musique américaine, le moteur de son
pouvoir de séduction, alors le batteur est sans doute l’élément
le plus essentiel d’un groupe. Alors que Dylan lui-même n’était
pas sorti de sa période électrique, le batteur du Buffalo
Springfield posait les mélodies du groupe sur le sol inébranlable
d’une tradition immortelle. Loin d’être rétrograde, un tel
swing annonçait la sortie d’albums tels que « Nashville
Skyline » ou « American beauty », classiques d’un
rock revenu de ses errements planants.
Représentant à lui seul deux
visions de l’avenir, le Buffalo Springfield produisait une musique
où la rusticité de sa rythmique s’harmonisait étrangement bien
avec la moderne douceur de ses chœurs. Obtenant un succès
fulgurant, le groupe annonça l’avènement du son californien en
effectuant la première partie de Byrds en pleine ascension. Lors de
ce concert, l’écho des chœurs folk de Neil Young forma avec les
bluettes des Byrds la peinture sonore d’une nouvelle génération.
Plus nonchalant que la formation de David Crosby, le Buffalo
Springfield ressemblait à l’incarnation musicale de l’onirisme
d’une génération bienheureuse. Inutile de s’attarder ici sur
leurs deux albums qui, malgré leurs importances historiques, ont
très mal vieilli. Il faut dire que, comme les Byrds, le Buffalo
Springfield fut un groupe dont chaque membre chercha à écrire sa
propre légende.
Donnant l’illusion de la cohérence, le premier
album du groupe n’en est pas moins plombé par une douceur d’une
soporifique uniformité. Ces musiciens n’étaient pas encore mûrs,
le sirop de leurs influences bucoliques dégoulinait de leurs
mélodies avec une lourdeur écœurante. Vint ensuite « Buffalo
Springfield again »(1967),
grand délire d’américains ayant mal digéré l’influence du
psychédélisme anglais, sorte de double blanc réduit à un seul
disque assommant. A une époque où il fut à peine né, le Buffalo
Springfield fut fasciné par les premiers relents du délire
psychédélique anglais, dont il se mit en tête d’adapter les
premières effluves avec le savoir faire d’un parfumeur au nez
bouché.
De
cette série d’expérimentations informes ressortit tout de même
l’énergie stonienne de « Mr Soul ». Si le Buffalo
Springfield fut un effet de mode comme le furent les Beatles à leur
début, leurs mélodies maladroites conquirent les cœurs d’une
jeunesse y voyant l’incarnation de ses rêveries et de sa joie de
vivre. En signant un important contrat avec Atlantic, les musiciens
imposèrent immédiatement leur nom au sommet de la pop mondiale.
Pendant ce temps, le rêve que ces hommes incarnèrent s’éteignit
aussi vite qu’il était né.
Incapable de maintenir la cohésion
d’un groupe dont les musiciens ne se supportaient plus, Paul
McCartney annonça la fin brutale des Beatles en 1969. Les bons
garçons de Liverpool n’existaient plus et, à peine les dernières
notes du festival de Woodstock éteintes, leurs rivaux diaboliques se
chargèrent d’achever l’innocence qu’ils représentaient sur
les mornes plaines d’Altamont.
**** A suivre... ****
Et retrouvez les chroniques de Benjamin dans son bouquin : Le Roman du Rock .
Et puisqu'on me dit que nous sommes le premier jour de la nouvelle année...
(c'est sûr Sonia ? c'est checké, validé vérifié ?)
... on vous souhaite que les trois cent soixante-quatre autres se passent pour le mieux.
Même si Ganafoul n'est plus le cri cathartique d'une jeunesse prolétarienne désabusée, il a encore de beaux atours. Certes, c'est nettement plus maîtrisé, contrôlé qu'auparavant, le boogie corrosif a été délaissé et, forcément, la voix de Bon est un peu usée accusant les coups - une patine qui se marie plutôt bien avec la tonalité bitumeuse de l'ensemble. Désormais, Ganafoul privilégie les cadences tempérées et les soli concis, mais adopte au passage un son plus mat et ramassé. Jamais jusqu'à présent Ganafoul n'avait réalisé un disque aussi carré, dense, percutant et graisseux. Cet album inespéré de Ganafoul n'a absolument rien d'un truc de vieux musicos fatigués sur le retour, plus vraiment maîtres de leur art ou de leur instrument. Si évidemment le timbre de Jack peut quelques fois légitimement trahir le poids des ans, la musique de ce Ganafoul 2025 assure plus que suffisamment pour prétendre à un nouvel essor. Pour partir à la conquête des salles, en tenant la dragée haute aux petits jeunes ; pour leur donner une vraie leçon de rock'n'roll, sans avoir besoin de gesticuler dans tous les sens comme une danseuse déjantée et de s'attifer comme un mutant de Marvel. La chanson de clôture, qui renoue avec le rock'n'roll du premier Ganafoul, "Saturday Night", est une profession de foi de monsieur Jack Bon. De cet homme qui en dépit des aléas, des difficultés, d'un pays pas spécialement connu pour être ouvert au rock, a voué sa vie à la musique. Un disque bien sympathique, qui ne comporte aucun temps mort, aucun déchet, aucun remplissage. Ganafoul oublié, rejeté, moqué, et pourtant bien vivant et pertinent. Bien plus que beaucoup de groupes franchouillards ou Angliches également sur le retour, bien que plus jeunes. Jack Bon n'a jamais sorti de mauvais disque, et ce n'est pas le retour des vieux potos pour la résurrection de Ganafoul qui va contredire la règle. Au contraire.
"Sympa et efficace, effectivement. Comme Stocks, par exemple, Ganafoul a été éclipsé par le succès de Téléphone. En contre-exemple, Little Bob Story a passé le barrage, tout en chantant en anglais. Mais c'était moins blues rock. Dans la scène lyonnaise, "on" (la critique, surtout) parlait plus de Starshooter." le mot de Shuffle
Depuis ses débuts, Whiskey Myers fait des ravages avec des albums organiques qui prennent aux tripes. Pas toujours exempts de défauts, ils font néanmoins preuve d'une évidente liberté. Bien que foncièrement attaché à ce que l'on nomme communément « southern rock » (rock sudiste), il ne semble pas s'imposer d'infranchissables barrières. Raison pour laquelle ils ont monté leur propre label. Même la pochette de ce dernier album sort totalement des clichés inhérent au genre ; on dirait un disque de rock alternatif ou de grunge. Ainsi, Whiskey Myers réussit à ne pas reproduire stricto sensu le précédent album, à évoluer, ou plutôt à ne pas suivre un chemin tout tracé. À partir sans boussole ni carte, pour suivre son instinct, son inspiration, et découvrir ainsi d'autres lieux. Evidemment, comme Cody Cannon est le principal compositeur - et pas qu'un peu puisque pour ce dernier album, il est le seul ! -, il y a des intonations et des tonalités qui reviennent forcément. Impression accentuée depuis qu'il est aussi devenu l'unique chanteur. Probablement la raison qui incite la troupe à s'enrichir de choristes, et Cannon à trafiquer occasionnellement sa voix - comme s'il utilisait alors un antique micro -. Bien que les deux premières cartouches soient particulièrement accrocheuses, on peut ne pas rentrer immédiatement dans cet album qui alterne les climats. D'ailleurs, les avis divergent sérieusement, allant de la déception à l'emballement sans mesure. Peut-être pas le meilleur des Texans (mais quelle importance ?) mais indéniablement une très bonne cuvée qui a le don de réchauffer les esgourdes. Et elles en redemandent.
"Inutile de preciser que ce dernier Whiskey Myers tourne sur ma platine depuis sa sortie ! Ce groupe n"a jamais sorti de mauvais disque et puis le temps n'est plus à l'abondance pour l"amateur de Southern Rock , Blackberry Smoke tournant en roue libre comme tu le signales si justement !" dixie JP Guillet
""Rowdy days"... j'ai cru que c'était du Bob Seger ! Bon album en tous cas." remarque de Luc
La catégorisation "Blues" de ce dernier album pourrait le desservir en décevant les amateurs du genre qui s'attendraient à autre chose (de plus classique ?), tandis que d'autres, peu sensibles au style, pourraient s'en détourner. Or, encore une fois, Joanne Shaw Taylor fait preuve de son talent de compositrice et d'interprète. Avec pour témoignage une flopée de chansons qui, si elle n'ont plus grand rapport avec le Blues (ou alors bien peu) n'en sont pas moins d'une belle teneur émotionnelle. Bien que ce dixième opus de Joanne contient encore son lot d'ingrédients "blues-rock", il voguerait plutôt dans des eaux propres à l'Americana. Voire même parfois, quand l'insouciance et le contentement exultent, dans une branche "West Coast" - sans pourtant tomber dans un met soporifique. Et bien qu'elle sache encore faire parler la poudre ("Hell of a Good Time"), il semblerait que c'est avec ces chansons plus mesurées, entre un americana mélancolique et un country-rock enrobé de pop, qu'elle se révèle sous son meilleur jour. Peut-être son meilleur depuis "Reckless Heart" de 2019.
Voilà maintenant quinze ans que le groupe biterrois opère, et il n'a pas chômé. Même si dès le premier disque, "Le Guardien" en 2010, il reçut un bon accueil du public et de la presse - et du web -, il semblerait que jamais il ne se reposa sur ses lauriers, en se contentant de ressortir un disque dans la droite ligne du précédent. Lorsque le groupe n'est pas sur la route ou en studio, il n'a de cesse de travailler pour s'améliorer, s'affiner, s'affûter. Un travail payant avec des albums de qualité croissante.
La dernière cuvée, sortie en début d'année, ne déroge pas à la règle. Ainsi, les Occitans ont franchi un nouveau palier. Visiblement décomplexés, - désinhibés ? -, ils déboulent fièrement en 2025 avec un bel album chaud-patate. Toujours ancrés dans le heavy-rock, avec une prédominance pour celui des 70's, copieusement imbibé de soul sensuelle et de funk bouillant. Pour un album généreux et chaleureux, pérennisant un heavy-rock abreuvé de soul et de funk. Un album où Deep-Purple Mark III et Mark IV, Atlantis, Mother's Finest, Stevie Salas, Aerosmith, Lucky Peterson (90's), Trapeze, Rare Earth, Bernard Allison, Fastway, Glenn Hughes, s'enlacent, fusionnent.
Surtout, plus que jamais, le groupe, soudé, semble marcher comme une seule et même personne. C'est solidement compact, tout en restant groovy. Les Red Beans & Pepper Sauce ne sont pas là pour rigoler. Après deux années de silence discographique, ils débarquent conquérants, avec un album de Heavy-soul-rock incandescent, chaud bouillant, probablement leur meilleur. Un album qui a les épaules suffisammentlarges pour faire de l'ombre à toute la scène hexagonale, voire européenne. Du lourd. A écouter au casque pour une totale immersion - et profiter des petits détails, ne pas en perdre un miette -, ou à fond la caisse
"Un peu trop "lourd" pour mes fragiles feuilles, mais très bien fait. Et pour avoir vu quelques vidéos de concert, le batteur est effectivement très "dynamique". Pas le genre de type à qui j'achèterais des cymbales..." Shuffle
Un album varié mais cohérent et solide, et qui, en dépit de sujet courants principalement sur la rupture, les conflits émotionnels survenant après une séparation, est l'un des plus lumineux de Bonamassa. Des dix pièces présentées, seule « Life After Dark » s'embourbe un peu dans le redondant. même si l'ombre de l'idiome aux douze mesures est omniprésente, « Breakthrough » est assez éloigné des disques de Blues et de Blues-rock stricto sensu. Disons qu'avant tout, c'est simplement du Bonamassa. Mais déjà d'enthousiastes voix s'élèvent, clamant haut et fort que ce dernier disque est probablement le plus accompli de sa carrière solo. Pourtant, malgré l'indéniable qualité de la première fournée, de la première face, ça paraît par la suite un peu s'essouffler ; même si ça reste au dessus du lot.
"Bonamassa, je ne le supporte pas. C'est bourrinasse à souhait sur la plupart des morceaux et sur les morceaux lents, le pathos, l'empathique, l'ampoulé sont servis à la louche. Et puis ces costards en tergal bien luisant, c'est pas possible" dixit Shuffle Master
"Il n'est pas mal du tout cet album, carré, classique (y'a pas franchement un titre qui se distingue par son originalité, sa prise de risque) et, justement, pas si bourrinasse. Ouaté d'orgue hammond, comme j'aime, et c'est vrai que les chœurs ajoutent une jolie couleur. Côté chant, il commence à avoir une belle patine. Le « Pain's on Me » en clôture n'atteint même pas les 6 minutes, ça va, c'est raisonnable..." dixit Luc
"...je m'abstiendrais de donner mon avis sur ce dernier Bonamassa , qui est en tête de ma play-list depuis plusieurs semaines en compagnie du Larry McCray , Devon Allman (sur lequel on trouve un certain Jimmy Hall ex Wet Willie!) , Samantha Fish et le dernier Poppa Chubby que Shuffle doit pas aimer.." dixit JP Guillet
Dixième album, vraisemblablement le plus personnel. C'est d'ailleurs elle-même qui le dit. Possible que ce dernier opus se place parmi les meilleurs de la dame. Et puis, lorsqu'un album finit par tourner en boucle maintes fois dans la journée, et ce depuis plusieurs jours, devenant presque addictif, c'est qu'il doit avoir certaines qualités. Des qualités pas nécessairement quantifiables ou explicables, mais simplement ayant cette particularité insondable de toucher une corde sensible. Plus en adéquation avec l'instinct, l'inconscient. Parce qu'elle avait annoncé qu'elle avait laissé libre cours à sa guitare, lui laissant plus de place qu'auparavant, on craignait un disque écrasé par des soli étirés, démonstratifs, or il n'en est rien. Si effectivement, elle a lâché la bride à ses instruments, pas une seule fois elle ne saoûle, gave ou ennuie. A l'exception de quelques soli bien trempés, ce sont plus généralement des interventions, des chorus qui répondent au chant et qui se noient dans l'ensemble. Ou du moins, qui ont la délicatesse de ne pas monter le volume pour écraser les collègues. Un très bon album de Rock, qui transpire copieusement le Blues, ou l'inverse.
"vue au Trianon avant-hier et Samantha, dans son ensemble blanc de toute beauté, confirme qu'elle est une des plus grandes artistes féminines actuelles. Elle a envoyé du bois comme on dit ce qui a pu désarçonné ses admirateurs du début, mais qu'est-ce que c'était bon pour mes vieilles esgourdes...." Dixit anonyme
On ne peut nier que bien des fantômes surgissent de la musique de Gyasi, mais ça semble réalisé avec tant de sincérité et de passion qu'on se laisse happer par ce vortex temporel. Tout au long de cette œuvre, recouvrant treize morceaux, jamais l'ennui n'étreint l'auditeur. La raison étant sa synthèse, sa concision et ses arrangements au cordeau. Malgré l'ouvrage parfois relativement complexifié par des changements de rythme et quelques breaks, ça va à l'essentiel. Les soli sont à cet effet concis ou noyés dans la masse. C'est d'ailleurs parfois une frustration, certains morceaux, notamment les plus apaisés, auraient probablement gagné à être un peu plus développés. Mais c'est un choix assumé de l'artiste. Pas de remplissage, on va à l'essentiel. Pour l'heure, les étirements, divagations, et autres échappées solitaires, sont réservées à la scène. Et encore, ça reste mesuré. (le live présente un "Teacher" de près de six minutes et "All Messed Up" les dépasse. En live, Gyasi retire la muselière aux grattes et ne se prive pas pour quelques joutes)
Ce n'est pas sans raison qu'un vieux routard comme Alice Cooper, qui en plus de cinquante ans a travaillé avec bien des musiciens, a fait appel à Gyasi Heus pour participer à l'album du retour du Alice Cooper Band, et à la tournée qui suit.
"À rapprocher des frangins d'Addario (The Lemon Twigs) adeptes du look et de la musique glam à leurs débuts, ultra référencé aussi, sans doute moins hard et plus pop chez Lemon Twigs." paroles de Luc
C'est un des évènements musicaux de l'année. Des décennies que les fans de la troisième planète après le Soleil espéraient que l'Alice Cooper Band ressuscite dans sa version originale. Soit, celle qui de 1968 à 1975, s'était fait fort d'écumer tous les clubs États-uniens jusqu'à conquérir les festivals, les stades et enfin l'Europe. Celle aussi qui choqua - avec un malin plaisir - une partie de l'Amérique puritaine ; l'Europe n'étant pas en reste non plus. Un espoir encouragé par les albums post-73 qui, en dépit de leurs qualités, ne parvenaient pas à renouer avec la magie d'antan. L'espoir du retour des desperados, espoir qui au fil des ans, finit par se déliter. L'anéantir même après l'annonce du décès de Glen Buxton en 1997. En dépit d'un départ en demi-teinte, ce "The Revenge of Alice Cooper (The Return Album the World Was Afraid Of)" se révèle être un bien bon disque. Imparfait, mais une bonne cuvée qui semble se révéler au fil des écoutes. Evidemment, le soliste attitré d'origine n'étant plus de ce monde, l'absence a été comblée par le jeune Gyasi ; nouveau phénomène du glam-rock, fortement traumatisé par la scène glam anglaise des 70's, et qui aurait probablement aimé être Mick Ronson à la place de Mick Ronson. Ou Ziggy, ou Bolan, ou Ian Hunter, ou tous à la fois. Un blondin décoloré et talentueux bien habile pour trousser des soli courts et accrocheurs - et sans esbrouffe ou propos déplacés. Un échalas qui semble parfois avoir étudié et adopté quelques gestuels propres au Alice Vincent Cooper d'antan. Et si un certain Rick Tedesco (plus connu pour sa collection de grattes et pour avoir fondé la boutique spécialisée Guitar Hangar) apporte également sa contribution en matière de lead, c'est bien Gyasi qui prendra sur scène la place du défunt Glen Buxton.
Après l'excellent "Horizon" de 2023, le duo Landais revient dans l'actualité discographique avec un dixième opus : "Less Is More". Soit onze morceaux balèzes, dont une reprise de choix, et rien à jeter. Accaparés par le travail quotidien de leur exploitation fermière, ils ont été à deux doigts de mettre leurs pérégrinations musicales en sommeil. Cependant, bien qu'incessamment tiraillés entre leurs deux passions, l'une étant toujours au détriment de l'autre, la soif de se produire devant un public réceptif et communicatif, et, évidemment, de graver pour la postérité leurs chansons, ne s'est pas tarie. Le producteur, Vance Powell, célèbre pour ses diverses collaborations avec Jack White, les aurait également fortement encouragés pour qu'ils gravent leurs chansons et, dans la foulée, reprennent la route. Dans l'ensemble, la Gibson SG de Laurent est nettement plus boueuse, avec une tonalité coincée entre un proto-stoner 70's et un Desert-rock/power-pop. D'épaisses fuzz dégoulinantes, mélasse d'humbuckers moites et crasseux, partis en croisade contre les fréquences aigües. Parfois, c'est carrément la "Old Black" de Neil Young qui paraît faire une petite incursion. Tandis que Mathieu ne s'est jamais autant dévoilé alerte et volubile, au point qu'à certains passages enlevés, c'est carrément Keith Moon qui est invoqué. Vrai ! De toute façon, c'est le "little band from Landes", "dans son intégralité", qui fait preuve d'une séduisante maturité. Ainsi, si avec les albums précédents, TIC est déjà parti à la conquête du monde, traversant mers et océans, avec celui-ci, il peut partir à la conquête de l'espace.
"La ferme est à 15 bornes d'ici et on peut voir les deux loustics au marché de Mont-de-Marsan le samedi matin , où ils ont un étal. Démarche éminemment sympathique et "responsable", mais je n'ai jamais accroché ni à la musique, ni au côté ostensiblement "terroir" qui laisse de côté certains sujets, comme la chasse où la maïsiculture. Il y a quelques années, on était concurrents avec le batteur pour une vieille Ludwig que vendait une connaissance. Comme elle était un poil fatiguée et que je suis maniaque, c'est Mathieu Jourdain qui est parti avec. Et honnêtement, la version de Cut my hair...." humeur de Shuffle
Eric Gales a voulu rendre un juste hommage à ce frère qu'il a toujours admiré : Manuel Gales alias Little Jimmy King. Répétant régulièrement qu'il aurait dû être reconnu comme l'un des meilleurs de son temps. Ainsi, profitant de sa nouvelle exposition internationale, Eric Gales espère le réhabiliter avec un disque à son hommage, entièrement dédié à son répertoire. On pouvait craindre un album sans grand relief, or, c'est une franche réussite. Peut-être même un grand disque de Blues. Il semblerait bien que jamais jusqu'alors, Eric n'avait mis autant d'émotion dans ses soli. On retrouve là un Blues fringuant, débordant d'énergie solaire, parfois à la frontière du rock, tiraillé entre une certaine "tradition" et une envie de toucher une modernité teintée de funk volcanique avec une tonalité inspirée du rock. Un chemin en partie déblayé pour le grand public par feu-Stevie Ray Vaughan (3), et élargi dans les années 90 par de jeunes loups tels que Larry McCray, Lucky Peterson, et Carl Weathersby. Avec cet album, Eric Gales pourrait bien atteindre la notoriété que lui et ses frères ont toujours aspiré - sans toutefois que ce ne soit jamais une priorité. Un des meilleurs albums de Blues de l'année
"tout à fait d'accord avec toi en ce qui concerne ce disque ; Il traîne tout près de ma platine depuis sa sortie. J"ai eu un peu de mal avec les disques d'Eric Gales ces dernières années , mais la sortie en 2022 de "Crown" m'a rapproché de l'artiste , disque produit aussi par Bonamassa. Et pour l'avoir vu sur scène la première fois avec Anna Popovic et ensuite avec Bonamassa (souvenir impérissable!) il faut reconnaitre que l'homme impressionne !" commentaire de JP Guillet
Emerald Moon ? ... Quelque chose de familier, déjà par la présence des musiciens qui composent ce groupe, des noms connus de certains comme le guitariste Fabrice Dutourqui a sévi au sein des groupes Back Roads et Identity, où l’on trouvera la chanteuse Vanessa Di Mauro ainsi que le bassiste François C. Delacoudre. Rajoutons un deuxième guitariste en la personne de Michaal Benjelloun - qui a longtemps soutnu Gaelle Buswell -, et le batteur Laurent Falso qui lui aussi a un très beau CV. Tout ce petit monde réuni ne devrait nous donner que de la bonne musique. Deux très bons guitaristes, une superbe chanteuse, soutenue par une très belle rythmique… que dire d’autre ? Qu’il y a longtemps que je n’avais pas entendu une musique qui ne se fait plus de nos jours. Ce n’est pasEmerald Moon mais Emerald Sun (ou Diamond Moon), ça rayonne avec cinq hummingbird qui savent tout faire. En conclusion, je n’ai pas aimé, j’ai adoré cet album qui redonne du blason à un rock’n’roll qui de nos jours est bien malade. Si tous les jeunes groupes produisaient ce son et ce genre de galette, la musique dite ”rock“ prendrait un coup de jeune. Mais il ne faut pas ranger Emerald Moon dans le style ”Rock Garage“ (chose que font les critiques qui n'ont pas l’esprit ouvert !), ils ont su trouver une étiquette musicale bien à eux.
"Merci pour la découverte Par, je vais suivre ce groupe bien prometteur à la saveur musicale Thin Lizziesque 😎" passage de monsieur Elie Köpter
Led Zeppelin - film - docu. " Becoming Led Zeppelin " by Luc
Ce film de Bernard MacMahon a été salué comme le premier documentaire officiel depuis le crash du dirigeable, il y a 45 ans, imputable à un trop plein de vodka dans les soutes. on n’assiste qu’à la première année du groupe, les archives live seront plus nombreuses ensuite, et de meilleure qualité. Mais on a l’impression queBernard MacMahonfait ce qu’il peut avec ce qu’il a sous la main, autrement dit, pas grand-chose. D’où ma première question : pourquoi n’avoir pas étendu le film au moins jusqu’au quatrième album, sorti fin 71 ?
Dans le registre ripolinage de l’Histoire, voilà quatre gars qui expliquent que la vie de musicien n’est pas facile, car loin de femmes et enfants. Un thème qui revient souvent. Robert Plant, plus proche de Bonham, parle des remords de son batteur à quitter le domicile pour une énième tournée, on sait que le gars était du genre casanier, que tout ce barnum lui pesait, il s'en soulageait en plongeant toujours plus au fond de la bouteille. Bref, quatre petits anges... Sauf que Led Zep est aussi célèbre pour sa musique que pour ses frasques, des groupies prépubères à la consommation immodérée de plein de produits divers et variés. Page plongera dans l’héro un peu plus tard, mais reléguer sous le tapis cet aspect des choses, la gestion de la célébrité sur des gars de 20 ou 22 ans, ne me semble pas d’une grande honnêteté rédactionnelle.
Mais je l’ai dit au début, ce BECOMING LED ZEPPELIN est le premier documentaire officiel sur le groupe, qui a reçu la bénédiction des trois musiciens. Donc qui brosse sérieusement dans le sens du poil. Aucune fausse note ni de divergence. A tel point que même ce voyou notoire de Peter Grant, qui a fait pour beaucoup dans l’ascension du groupe, est à peine évoqué.
"Dans les coulisses du groupe légendaire"annonce l'affiche du film. Mouais, la porte s'entrouvre mais on reste sur le palier.
"Ce genre de films, c'est une équation insoluble. Soit tu bosses sans avoir recours aux intéressés, et c'est pas crédible, soit tu bosses avec eux et ça devient une pub évitant tout ce qui peut fâcher ou nuire à l'image. Et toujours ce grand blanc officiel concernant leurs "emprunts". Même s'il y a eu quelques arrangements juridiques, on comprend qu'ils préfèrent zapper le sujet (surtout Page qui était quand même beaucoup plus qu'un quart du Zep). Bizarrement, quand ils peuvent pas faire autrement (leur dernier concert pour l'hommage à Ahmet Ertegun), Plant se fend d'introductions alambiquées (notamment sur Travelling riverside blues) citant les auteurs-inspirateurs des titres (Robert Johnson en l'occurrence)" L'avis de Lester Gangbangs
"Leur notion de ce qui est promotionnel est complètement déplacée, je ne crois pas qu'une heure et demi d'autocongratulations soit encore vendeur. La valeur technique des musiciens, le génie des compositeurs, la folie des batteurs, tous ces arguments sont dorénavant faisandés. La vieille garde n'en peut plus de les entendre, tandis que les nouvelles générations voient ce cirque comme venant d'un siècle de débiles mentaux. Il serait plus intéressant d'élargir le spectre et de présenter les groupes dans leur contexte environnemental et social, tout en pointant une loupe sur ce qui les différenciait de la norme en tant qu'individus. Le tout argumenté par les commentaires de ceux qui ont connu cette même période, tant qu'ils sont encore là. Peu importe qu'ils soient flatteurs ou qu'ils exposent des dissensions tant qu'ils sont imprégnés de vérité. J'ai bien peur hélas que jamais la rock music ne soit archivée comme elle le mérite et qu'au fil du temps elle apparaisse de plus en plus comme une ère balourde et dépassée durant laquelle seul l'égocentrisme a régné." jugement de RanxZeVox
**** complément / sorties actuellement injustement non commentées ici ****
- Cheap Trick " All Washed Up "
Avec une moyenne de plus de 75 ans - Rick Nielsen affiche 77 ans au compteur depuis le 22 décembre -, on aurait pu légitimement croire que ces quatre gus de Rockford profitaient tranquillement d'une retraite bien méritée. Mais non, comme tant d'autres du métiers, ils ne sont pas là pour la monnaie et il est probable qu'ils continueront tant que l'arthrite ou l'arthrose ne les empêcheront pas d'empoigner leurs instruments. En plus, ces "old timers" ne veulent pas déroger à leur heavy-rock, leur power-rock mâtiné de pop. Pas question de tomber dans le syndrome de l'ex-rocker reconverti en crooner qui se contente de reprendre des classiques - en général mollassons, voire soporifiques. Ainsi, ça attaque sec avec trois obus à tête explosive, avant de se fendre de pièces plus sereines dont Cheap Trick a le secret. Soit des ballades alliant robustesse et mélodie imparable, sur un lit de grattes bien saturées et de basse vrombissante (des monstres de huit à douze cordes), et sur lesquelles Zander fait encore des merveilles. "The Best Thing" et "Twelve Gates" est une splendide doublette. Encore une fois, une règle depuis que le groupe est indépendant, Cheap Trick réalise un excellent album. Toutefois, étonnamment, le résultat est grevé par une production "étouffée", abrasant quelque peu les relief. C'est pourtant encore Julian Raymond (avec le groupe), adopté depuis 2005, qui est aux manettes. Serait-ce une stratégie pour s'accommoder au mieux avec la voix vieillissante de Robin Zander ? (73 balais le 23 janvier prochain)
Alors qu'apparemment, du moins dans l'hexagone, on continue à idolâtrer invariablement les vieilles gloires, ou au contraire, à régulièrement affubler (en y croyant dur comme fer) un combo de gamins comme le "nouveau futur", ou les nouveaux j'sais pas quoi, on snobe convenablement The Darkness. Probablement l'un des meilleurs groupes de heavy-rock du Royaume-Uni. Royaume qui en est bien conscient puisque, inlassablement depuis la première salve, "Permission to Land", il le hisse à la première place des ventes "rock" (seul le passable "One Way Ticket to Hell... " échappe à la règle) -. Même les chauvins ricains plient souvent le genoux devant leurs skeuds épiques. Pour ce quartet joue souvent avec le feu, s'autorisant la parodie et l'humour, jouant parfois avec les clichés pour mieux les détourner. Un peu d'ailleurs comme Cheap Trick, bien que plus franchement heavy. Et justement, "The Longest Kiss" n'est rien d'autre qu'une pièce à la Cheap-Trick, ... quelque peu agrémentée de condiments "made in Queen". Bien que sincèrement ancré dans le heavy-rock, le groupe n'a que faire des codes. Bien que les maitrisant parfaitement, pondant régulièrement des titres carrés et fédérateurs mettant tout le monde d'accord ("Mortal Dread"), The Darkness se plait à goûter à diverses saveurs, les mélangeant sans a priori à sa musique. Ainsi, ici, "The Battle for Gadget Land" est punkoïde tandis que "Cold Hearted Woman" embrasse la country, avec crincrin de rigueur. Tout comme "Hot on my Trail" (ça sent le roussi 😂). Mieux (ou pire pour les plus radicaux), la troupe conclut cette fournée par un étonnant "Weekend In Rome". Une gentille ballade acoustique épurée, avec un coda où l'on sort l'orchestre symphonique, qui pourrait très bien avoir été subtilisée à une comédie romantique, voire ... un Disney ! Ouch ! Et pourtant ça le fait. Simplement parce que Justin Hawkins est un formidable et authentique chanteur.
- John Fogerty " Legacy - The Creedence Clearwater Revival Years "
Assurément, le retour discographique cet été de John Fogerty est déjà un évènement en soi. Toutefois, sachant que ce disque inattendu ne présente que du matériel archi-connu, en l'occurrence vingt-et-un morceau de Creedence Clearwater Revival. Et rien d'autre. 21 pièces rejouées à l'identique, avec les mêmes effets (que John et l'orchestre ont parfois eu bien du mal à reproduire). Alors pourquoi ne pas avoir (encore) sorti une compilation ? Simplement parce que le boss voulait jouer ses chansons. Lui, à qui, pendant fort longtemps, on a injustement interdit d'interpréter ses propres chansons. Incroyable ! Une hérésie ! Le parfait et terrible exemple démontrant comment la justice peut être parfois, malheureusement, effectivement aveugle, et en dehors de la raison humaine. La jalousie et la bêtise crasse ont écarté l'un des grands nom de la musique populaire. Stoppant ainsi un groupe majeur, Creedence Clearwater Revival. C'est aussi ce qui a constitué sa légende, et évité qu'il ne s'étiole avec de possibles oeuvres passables, sans saveurs. Le dernier, "Mardi Gras", où John plie sous la pression de ses amis, les laissant placer leurs compositions, est médiocre. Et signe la mort du groupe. Aujourd'hui encore, rares sont ceux qui y ont prêté une oreille (jamais deux). En récupérant enfin ses droits, John a voulu savourer sa revanche, et interpréter à nouveaux le fruit de son travail, de son succès passé. Des chansons maintes fois reprises, incorporées dans tous les genres - du Blues au Hard-rock, en passant par la country et la soul -, avec plus ou moins de bonheur. Condamné à ne pas jouer ses chansons, une large frange du public a fini par croire que les interprètes - comme par exemple pour Ike & Tina Turner - en étaient les auteurs. Ainsi, John Fogerty, en famille, remet les pendules à l'heure, et démontre qui est le vrai patron. La plupart de ses oeuvres devraient légitimement être considéré comme un patrimoine mondial - protégée par l'UNESCO.
- The Southern River Band " Easier Said Than Done "
A près un très bon " D. I. Y. " en 2024 qui avait mis pas mal de monde d'accord, le sympathique quatuor australien de Thornlie profite que les braises soient encore chaude pour revenir cette année avec un nouvel opus. Moins percutant que son prédécesseur, d'une certaine façon plus accès chanson avec des refrains flirtant avec la pop, ce "Easier Said Than Done" n'en finit pas moins pas s'imposer dans le lot des bons albums de rock'n'roll millésime 2025. L'influence revendiqué de Status Quo se fait ainsi plus évidente, non pas dans le déferlement de boogie (d'un temps passé...) mais dans l'insertion de tonalités pops. Du Pop-rock donc ? Pas vraiment. Parce que déjà, apparemment, ces lascars semblent s'en battre franchement le flanc d'hypothétiques retombées commerciales - vu le peu d'intérêt qu'ils portent à leurs tenues, à leur apparence, ce serait étonnant. Parce que aussi, ils semblent tout simplement attaché à la musique, au rock'n'roll. Et qu'importe où ça les mènent tant que leur cheminement est sincère.
Toujours soutenu par le duo Josh Smith - Jo Bonamassa qui l'a relancé en 2022 avec l'admirable et inespéré "Blues Without You", Larry McCray revient cette année avec une nouvelle galette. Bien que pas aussi bonne que le précédente, ça demeure du high level survolant une bonne part de la production Blues actuelle. McCray continue à développer son Blues enrichi de soul, multipliant les rythmes lents et coulant (coolant ?), comme s'il s'évertuait à défricher les terres autrefois labourées par messieurs Albert King et BB King. Toutefois, lorsque le rock - soit la somme de toutes les années passées dédiées au blues-rock - resurgit, ça fait toujours des étincelles. Comme avec le flamboyant "Everything Falls On Me" qui pourrait être un retraitement blues du classique "Mickey's Monkey" de Mother's Finest. Ou encore comme le robuste et un brin rustique "Keep On Loving My Baby", résonnant tel un classique du Chicago-blues supportant le poids de l'influence de Muddy Waters ; avec justement Kirk Fletcher, guitariste des Mannish Boys, et soutient de Bonamassa pour son hommage à Muddy et Howlin' Wolf. Du coup, on peut regretter que la balance entre morceaux de cet acabit et les slow-blues-soul ne soit pas plus équilibrée. Avec, en sus de Josh White et Bonamassa aux six-cordes, l'infatigable Reese Wynans aux claviers.
*** Bonus - Séances de rattrapage / sorties 2024 ***
The BellRays " Ready Steady Go ! "
The BellRays are not dead ! L'orientation générale de ce dernier ouvrage se place dans une forme garage-rock heavy et low-fi. Un low-fi surprenant après la série d'albums dotée d'une production au cordeau qui faisait honneur à l'énergie et la musicalité du combo. Alors que là, on pourrait croire à un budget restreint impliquant un enregistrement dans l'urgence et forçant l'économie sur le mixage. C'est comme si la production suffoquait sous une chaleur des plus torrides, croulait sous une chappe de plomb. Dommage. Néanmoins, malgré tout, cette cylindrée parvient rapidement à se révéler addictive. A n'en pas douter, ce dernier album donnera de l'eau au moulin des détracteurs, des sempiternels insatisfaits, des grincheux qui trouvent toujours à redire ; qui se lamentent devant une absence de nouveauté, de créativité, et qui sont souvent les premiers à dégainer la sulfateuse dès qu'on sort des clous. Oui, car depuis des années les BellRays essuient les plâtres. "Pas - ou plus - assez punks", "trop hard-rock", "des sauvages osant incorporer la sacro-sainte Soul à du rock - pire, du heavy-rock",... Mais Lisa Kekaula et Bob Vennum n'en ont cure, ils s'en battent le flanc et se marrent. Pour eux, il n'y a pas de frontières. Juste des nuances, des inflexions, des personnalités différentes. Le reste, c'est du marketing. Ils continueront à faire leur truc, contre vents et marées.
"ça , c'est une année 2025 qui commence bien. Un nouveau Bellrays inespéré ! Que demander de mieux si, en plus, au vu de sa pochette, il vrombit comme d'habitude... Ah, si , je sais ce que je pourrais demander en plus, un nouveau Kitty Daisy & Lewis et un nouveau Southern Avenue" dixit LTH
"Un bon disque, bien agréable, carré, sans chichi, comme on aime. Sur "Down on my Knees" je retrouve dans l'intonation du chant un je ne sais quoi du Rod Stewart de la grande époque (le timbre enroué y est aussi pour quelque chose), voire Tina Turner quand elle reprenait du... CCR. Quelle voix !" l'intervention de sir Luc
En voilà encore un qu'on pensait ne jamais revoir. Pensez donc. Voilà déjà quarante ans que ce groupe a pris naissance, quelque part à Londres, dans cette capitale presque sempiternellement sous une certaine effervescence musicale. La route fut longue et douloureuse. Après avoir été dégagé sans ménagement de son propre groupe en 2022, après le décès de son vieux pote en 2023, le guitariste et compositeur Guy Bailey, Spike retourne sur les planches et en studio avec un Quireboys avec une énième mouture - qui n'est en fait qu'un cénacle de vieux potes - engendrant de nouvelles compositions. Le groupe trouve une nouvelle jeunesse, renoue avec l'inspiration, reprend la route avec un nouvel arrivant en la personne de Luke Morley, le guitariste et compositeur de Thunder. Une présence pour le moins déroutante ; cependant, bien que participant à un peu plus de la moitié des chansons, produisant l'album et évidemment y jouant et chantant (les chœurs), rien ici n'évoque la grosse machine anglaise de heavy-classic-rock qu'est Thunder. Luke fait humblement corps avec le caractère des Quireboys. Sans les égaler, cet énième mouture de Quireboys renouerait presque avec celle des deux premiers et meilleurs opus.
"Ces types, qui n'ont pas inventé la poudre, ont tout compris au rock, tous les plans y sont, chant, guitare, batterie, un vrai catalogue, que ce soit pour les trucs bien gras ou les ballades, comme tu le dis. De l'IA avant l'IA. Equivalent briton des Georgia Satellites ou de Dan Baird and Homemade Sin." c'est Shuffle qui l'avance
Un nouvel album des Australiens de Melbourne reste un petit évènement. Et si en Europe, le quintet n'a plus la côte qu'il avait dans les années 80, dans le top trois (ou cinq) des groupes aussies, il demeure chez lui, en Australie, un incontournable poids lourd. Un groupe majeur soudé à l'histoire de la musique du pays, dont on salue toutes les manifestations. C'est que cela fait tout de même un demi-siècle que le groupe officie, et les frères Brewster ont tous deux déjà dépassé les soixante-dix ans. 75 même pour John, depuis le 9 novembre 2024. En 2024, ils ont effectué une tournée baptisée "On Tour 50", pour célébrer les cinquante années d'existence du groupe. 50 ans pendant lesquels le groupe goûta aux doutes, aux petits clubs miteux quasiment déserts, à la disette, au succès international, aux foules à perte de vue, aux joies, aux afflictions et déceptions et à la peine. La peine causée par le départ de compagnons de route, d'amis ; l'abattement, avec la maladie, puis le décès de l'irremplaçable "Doc" Neeson, et quelques mois avant, celui de Chris Bailey, alors qu'il avait bien entamé l'enregistrement du treizième opus.
C'est désormais Nick Norton, batteur du groupe depuis 2011, qui occupe le difficile poste de chanteur des Angels. Pour le reste, cette nouvelle mouture a la particularité de comporter un fort pourcentage de "Brewster" au m² (80 %). En effet, outre les deux originaux, les vétérans John et Rick, on retrouve encore Sam Brewster à la basse (dans la troupe depuis 2013), le fils de John, ainsi que Tom Brewster, frère de Sam, enrôlé pour récupérer la place de batteur.
L'album démarre par une rafale de pièces des plus convaincantes. Cependant, après ces belles gargousses, ça rétrograde sec pour épouser un régime de confort qui évite de monter dans les tours, jusqu'à parfois tourner le dos à ce qu'on pourrait considérer comme des critères inhérents au heavy-rock. Ainsi, en dépit de beaux sursauts, la dernière fournée de The Angels ne parvient pas avec renouer avec la teneur de leurs meilleurs albums. Cependant, cette mouture a réalisé un bon disque où les chansons qui, de prime abord, peuvent se révéler surprenantes, frustrantes ou faibles, se découvrent au fil des écoutes. Quoi qu'il en soit, comme tous les albums des kangourous de The Angels - mis à part le premier jet -, c'est un bon album. Et qui tient la dragée haute à bon nombre de réalisations de jeunes et fringantes formations encensées par la presse spécialisée.
"c'est un peu Dr Feelgood sans Lee Brilleaux ou Thin Lizzy sans Phil Lynott, je passe." Le sentiment de RanxZeVox
"Je ne suis pas un fin connaisseur de The Angels, donc je ne peux comparer avec leur gloire d'antan, mais franchement, il n'est pas mal du tout cet album ! Ca s'écoute très bien, les petits grains de "pop" n'ont pas de quoi faire hurler." celui de Luc
"effectivement, the Angels (ou Angel City) sont pour moi un des meilleurs groupes de hard en provenance des Antipodes avec AC/DC et Rose Tattoo. Juste derrière ce trio de tête, je trouve les Casanovas, Wolfmother, Airbourne et Cold Chisel." l'intervention de Anonyme
Ce dixième album est la réalisation d'un vieux rêve que les frangins Van De Poel et le claviériste Robin Piso auraient cru, quelques années en arrière encore, irréalisable. A savoir traverser l'océan Atlantique pour aller enregistrer en Alabama, dans les fameux studios historiques "Fame" et "Muscle Shoals". Lieu quasi mythique où sont passés Aretha Franklin, Etta James, Little Richard, Otis Redding, les Staples Singers, Waylon Jennings, Lynyrd Skynyrd, Wilson Pickett, Cher, Willie Nelson, John Hiatt, Bobby Womack, Betty Lavette, les Rolling Stones, Leon Russell, Duane Allman, Lowell Fulson, Wet Willie, Minelli, et bien d'autres. Pas mal de grands succès sont sortis de ces deux studios, partie intégrante de la légende de la musique populaire des USA.
Ainsi, le trio était là-bas comme des gamins dans l'usine à jouets du père Noël. Ravis de retrouver là le piano à queue utilisé jadis par Leon Russell, ou encore le Wurlitzer qu'on peut entendre sur "I Never Loved a Man" d'Aretha. Ce little Band from Holland n'a pas caché qu'enregistrer là, dans ces espaces chargés de tant d'histoire musicale, et non des moindres, a lourdement pesé sur leur inspiration. Ainsi, plus encore que précédemment, la soul imprègne la musique de DeWolff.
La production elle-même semble avoir subi l'influence des lieux, avec cette patine qui renvoie directement à la première moitié des années 70, avec notamment la particularité de résonner comme un pur et total enregistrement analogique ; avec cette sensation propre aux enregistrements sur bandes. Ainsi, les fréquences aigues sont poussiéreuses, relativement compressées, perdant en définition ce qu'elles gagnent en confort, tandis que les basses sont rondes et chaleureuses.
Dans les grandes lignes donc, c'est de la Soul (rock) millésimée. Toutefois, dès le premier mouvement, les premières notes, la patte de DeWolff est aisément identifiable. Pour être critique, on pourrait reprocher que tout ne soit pas du même tonneau, que certains morceaux auraient probablement gagné à être mis de côté. Car parfois, on a la sensation que les gars, selon toute vraisemblance, sont sur un nuage, dans une euphorie engendrée par les lieux et leur histoire. Perdant alors tout esprit critique. Ce qui est évidemment bien relatif, car le talent évident de ces Bataves fait que chez eux, il n'y a pas de mauvaises pièces - au moins depuis "Rou-Ga-Roux" ? -, juste quelques unes souffrant de la comparaison avec les meilleures. Même si on pourrait regretter un certain retrait de l'essence Heavy-rock des albums précédents, ce "Muscle Shoals" finit par s'imposer comme une réussite - encore une -, confirmant le statut du groupe de ces Hollandais (volants) : celui d'un des groupes européens parmi les plus intéressants.
Oui, l'enregistrement de date pas d'aujourd'hui, mais c'est l'édition, elle, date bien de 2024. il y avait le live réalisé au Carnegie Hall de 1971, il y aura dorénavant celui enregistré la même année au Center John F Kennedy de Washington. La différence entre les deux ? Le premier est la somme du meilleur d'une semaine de concerts, tandis que le second est l'intégralité d'un seul. Un unique concert donné le 16 septembre 1971, présentant ce que pouvait alors donner sur les planches le septuor Chicago. Une représentation sans filet, sans overdubs, sinon un juste travail de restauration, et de mixage des bandes. Le résultat est à la hauteur des attentes. Suffisamment pour menacer d'enterrer le " Live at Carnegie Hall - (Chicago IV)", dont certains musiciens de la troupe déploraient le rendu sonore, estimant que le Carnegie était inadéquat pour la musique amplifiée.
Menace pesant aussi sur le second live, le "Live in Japan" de 1975. Une somme de trois concerts donnés à Osaka en juin 1972, et (double-)album généralement mieux apprécié car profitant d'un enregistrement (de deux huit pistes reliés) de meilleure qualité.
Une fois de plus, les Angelins de Rhino on fait du bon boulot, et sont allés chercher une prestation inédite. L'intégralité d'un excellent concert démontrant que Chicago était alors un sacré groupe de scène. Et non une grosse machine à guimauve et autres sucreries, comme il le deviendra plus tard, en studio. Probablement l'un des meilleurs groupes comportant une division de cuivres, car au contraire d'une majorité, il ne s'agit pas d'une section rapportée, mais bien une partie intégrante du groupe. D'autant que Lee Loughnane, trompettiste, choriste, percussionniste et accessoirement guitariste, est un membre fondateur du groupe. Tandis que James Pankow, tromboniste, percussionniste et choriste, a une part active dans la composition. Cet indéfectible trio est l'un des rares groupements de cuivres à être aussi impliqué et soudé à la musique de son groupe. Il procure avec une rare élégance, du corps et de l'ardeur, avec un sens de l'harmonie qui l'amène parfois à se mêler aux voix, presque comme un énième chanteur. Loin d'être cantonné à un simple rôle d'accompagnateur, d'enjoliveur, ce commando de cuivres et bois se présente parfois comme l'épine dorsale des morceaux.
Certes, les éditeurs auraient pu faire l'impasse sur une bonne partie du troisième CD et se limiter aux deux premiers disques, ce qui en aurait probablement fait l'un des meilleurs exposés live de 1971 - et plus. Mais c'est le parti pris, celui de présenter un témoignage sans retouche d'un concert intégral de Chicago. Cela n'en demeure pas moins une réjouissante surprise. Quand, actuellement, tant d'enregistrements live aux qualités douteuses, médiocres, sortent et ternissent l'image de groupes et d'artistes, il est des plus agréable de tomber sur un document de cette qualité. Suffisamment pour s'insérer parmi les meilleures pièces du septuor.
"On ne peut pas nier une chose : ça joue, et ça joue bien ! Roboratif. J'avoue avoir un faible pour cette musique "de musiciens", musique collective, c'est vrai que les cuivres sont bien placés, pas que des back, mais intègrent l'ensemble. Le CD 3 ne m'a pas scandalisé plus que ça (mais je ne connaissais pas les originaux), c'est juste que ça devient un peu longuet, on a du mal parfois à voir la différence entre deux titres, le paysage musical ne varie pas tant que ça (ou plutôt la configuration dans laquelle les morceaux sont joués)." mister Luc