Il y a peu de temps, j’avais parlé du plus mauvais groupe du monde, un
trio féminin nommé The Shaggs. Aujourd’hui ce sera le tour de la pire
pochette.
Choucroute Gospel
Avant de commencer cette chronique, je voulais faire une petite entrée
en matière, un petit préambule. Trouver des informations sur
The Faith Tones n’a pas été chose
simple et pour ce qui est des illustrations autres que la pochette ça à
été mission impossible ! Heureusement que la pochette a été
détournée plusieurs fois au grand plaisir des
collectionneurs. Aux États-Unis le gospel est avant tout l'apanage des chrétiens évangélistes. Parmi les différentes obédiences évangéliques, les Baptistes sont
aussi reconnus pour utiliser cette forme de chant, pourtant
le gospel est avant tout et incontestablement une révolte musicale
dans une Amérique raciste. A la fin des années 50 et au début des années 60 une multitude de
duos et trios vocaux et de groupe chrétiens plus ou moins bons avec des
noms et des pochettes ridicules feront des enregistrements de gospel
plus ou moins approximatifs. Des pochettes regorgeant de photos à l'air sérieux avec des motifs criards et des looks soigneusement coordonnés sont un
thème récurrent.
Les Winfield Gospelaires, The Gospelaires, Les
Messengers of Faith,
the Simmons ou les Holy Milk Men ne forment qu’un maigre exemple de la production évangélique de
l’époque.
Pour le plaisir des lecteurs et surtout pour qu’ils ne souffrent pas, j’e
me suis gavé comme une oie de noël de quelques-unes de ces galettes
chrétiennes. Pour beaucoup la construction musicale est la même, un banjo,
parfois une guitare quand ce n’est pas l’orgue ou l’harmonium de la
paroisse. Sinon dans l’ensemble ça chante juste. Mais revenons au
Faith Tones.
La pochette de l'album des
Faith Tonesa suscité de nombreux débats sur les forums musicaux. Quand l'album
est-il sorti ? S'agit-il d'une vraie pochette ou d'un pastiche
(ou un postiche ?) astucieux ? Les Faith Tones ont-ils vraiment existé ? Et si oui, étaient-ce même des
femmes ? Plus on la regarde, plus on a l'impression qu'il s'agit
juste de deux potes qui s'amusent…
Le titre de l'album est lui aussi énigmatique. L'expression ”Jesus Use Me“ peut être interprétée de diverses manières, y compris de façon
plutôt frivole. D'un côté, la photo associée au titre semble être une
plaisanterie. De l'autre, on trouve en ligne des photos de la pochette
et du disque lui-même qui paraissent tout à fait authentiques. Le
label Angelus Records, auquelThe Faith Tones était crédité, a également existé. Une pochette digne d’être accrochée dans un salon
de coiffure de Jean-Louis David
qui, rappelons le, fut le créateur de la coiffure dite ”choucroute“.
Ces trois charmante hyades viennent de Caroline du Nord et se
prénomment Beverly Beecham, Vivian Wyler et
Marie Samuels.Les pauvres femmes n’avaient pas un physique facile et le maquillage à
la truelle à du être fastidieux. Pour le chant c’est dans l’ensemble
correct mais en fait de gospel on est plus proche du folk country que
d’autre chose. Les titres restes très proches d'une thématique
religieuse : ”The Savior Is Waiting“, ”Lead Me, Guide Me“ ou ”Dear Jesus Abide With Me“ mais même si ”Jésus Use Me“ prêtait déjà à controverse que devrait-on dire de ”He Touched Me“ ? Soit les paroles sont biblique, soit j’ai les idées mal
placées, mais je pencherais plutôt pour la deuxième option. Si je devais
faire une comparaison comme j’ai l’habitude de le faire
The Faith Tones serait une pâle copie
des Chordettes qui enregistreront le
hit ”Mr Sandman“ en 1964.
Alors The Faith Tones
mythe ou réalité ? Vous pouvez toujours chercher à acquérir cette
perle rare, sur discogs il est coté 297 €.
Si vous aimez le petit coté vieillot des chants de l'Amérique profonde
et puritaine, alors ce dsque est pour vous !
Merci à Claude Toon pour la réalisation d'une playlist promotionnelle de
trois titres, il sera sanctifié
😏😇.
LUNDI :une semaine qui a commencé au son du basson, Claude nous a proposé un
programme de
« Quatre concertos pour basson » d'époque "classique" composés par de nouveaux venus dans l’index classique,
Bernhard HenrikCrusell, Édouard Du Puy,
Franz Berwald et Eduard Brendler.
MARDI :Pat arendu hommage au dessinateur Edika, le papa de Clark Gaybeul, de
putes aux seins débordants, de nonnes en porte jarretelle, il nous laisse
37 albums aux éditions Fluide Glacial. Il a dû emmener
là-haut crayons et carnet de croquis pour fêter ses retrouvailles
avec l’ami Gotlib.
MERCREDI :un coup de rétroviseur avec Bruno et sa traditionnelle
« Rétrospective des albums rock de l’année »
(dernière), avec de vieux briscards comme Alice Cooper, le blues de
Larry McCray, ou nos frenchies de
Red Beans & Pepper Sauce.
JEUDI :Benjamin a entamé sa nouvelle année avec la suite de son feuilleton
consacré au
« Folk-rock », on y croisait The Byrds, Neil Young au volant d’un
corbillard, Buffalo Springfield, qui imposèrent immédiatement
leur nom au sommet de la pop mondiale.
VENDREDI :Luc a vu
« L’Agent secret », un film du brésilien
Kleber Mendonça Filhoreparti encensé de Cannes, à la fois
ample, solaire et oppressant, portrait d’un Brésil sous la dictature,
qui toutefois ne répond pas à toutes les questions que se pose le
spectateur.
👉 La semaine prochaine, Pat va nous proposer un truc totalement improbable,
The Faith Tones(et sa super pochette), chez Claude l’orgue de Jean Seb Bach, Luc entamera l’année par un chef d’oeuvre du western signé Clint Eastwood. et Bruno rendra hommage à Mike Abrahams.
Et un dernier salut (pas trop haut, le bras) à Brigitte Bardot, qui depuis un moment était davantage du genre BB Fuck.
Ne vous fiez pas au titre, pas plus
qu’à la bande annonce qui compile les dernières scènes d'action, il n’y a pas plus d’agent secret dans
ce film que je m’appelle James Bond. Une manière de
brouiller les pistes ? Comme le réalisateur se plaira à le faire
durant toute sa foisonnante intrigue. Un film qu’on regarde à la
fois fasciné par l’indéniable savoir-faire, et perplexe.
La
superbe première séquence est amorcée par un ample mouvement de
caméra à la grue qui embrasse tout un paysage ensoleillé pour redescendre au
pied d’un cadavre putréfié. Marcelo arrive de Sao Paulo en
voiture, s’arrête prendre de l’essence dans une station service
perdue dans la pampa. Au sol, un cadavre recouvert d'un carton, de mouches, les
chiens errants s’en lèchent les babines. Le pompiste explique qu’un mec s’est fait tué il y a quelques jours, comme il dirait qu'un client a oublié ses lunettes. Quand les flics débarquent enfin, ils se foutent
royalement du cadavre, mais s’intéressent à Marcelo, fouillent sa
voiture. Un zèle suspect. Ils lui demandent un bakchich. Il ne
cédera que son paquet de clopes.
Nous sommes au Brésil, 1977, la
dictature. Un temps où on ne s’étonne pas de voir des cadavres par
terre, des flics plus racketteurs qu'enquêteurs, des
gens qui vivent la trouille au ventre. Marcelo part pour Recife, où il prend une chambre dans une pension tenue par la vieille Dona
Sebastiana, un sacré personnage, clope au bec, voix éraillée. Une dizaine de personnes y vivent,
des réfugiés. Réfugiés de quoi ?
En parallèle et depuis Sao Paulo Henrique
Ghirotti engage deux tueurs à gage et leur désigne Marcelo comme
l’homme à abattre : « Faites-lui un gros trou dans la
bouche ». Pourquoi ?
Marcelo reconstruit un
semblant de vie à Recife, trouve un job au service de l’état
civil. On sent que son passé lui pèse. Il croise le commissaire
local, Euclides (sublime gueule de salaud) et ses deux fils, qui
enquêtent sur une jambe retrouvée dans l’estomac d’un
requin…
L’AGENT SECRET est un film ample et solaire, par sa durée, sa
palette de couleurs chaudes, le Brésil et ses plages, ses bikinis,
la musique, le carnaval, et ses masques qui font peur. Reconstitution superbe, on est dans le jus.
Mais derrière chaque scène on sent un malaise. Un sentiment
d’insouciance surjouée. Comme si chacun faisait semblant.
On comprend que Marcelo,
sous pseudo, fuit un passé violent, tente de se forger une nouvelle vie, retrouver son fils
Fernando élevé par son grand-père Alexandre, propriétaire d’une
salle de cinéma. Bel hommage au cinéma, à la culture populaire
disparue, à travers le personnage d’Alexandre dont la salle
deviendra un centre médical. On y entrevoit à l'écran « Le Magnifique » avec Bébel, mais le film qui cartonne en ce moment c’est
« Les Dents de la mer » de Spielberg (encore un requin).
Fernando en fait des cauchemars depuis qu’il a vu l’affiche du
film, il est trop jeune pour aller le voir. On apprendra beaucoup
plus tard que les cauchemars cesseront dès qu’il aura vu le film.
Superbe !
Film solaire, disais-je, mais en réalité oppressant.
Kleber Mendonça Filho, lui-même inquiété sous la présidence de
Bolsonaro, renoue avec ces thrillers paranos des 70’s. On nage en
plein mystère, on attend des explications qui ne viendront pas. Le
réalisateur joue aussi sur la temporalité. Qui sont ces jeunes
filles, casques aux oreilles, qui retranscrivent des
enregistrements ? Telle que la scène est intégrée, on pense
qu’elles travaillent pour le flic Euclides. Mais ça ne colle pas.
Pas de PC portable ou de logiciel Audacity en 1977. Alors quoi ?
Ca rajoute encore à la parano ambiante. Et y’a des flash-back,
cette scène au restau entre Marcelo, sa femme (depuis décédée) et Ghirotti. Une obscure histoire de brevet que le second veut racheter
au premier. Est-ce le motif du contrat que Marcelo a au dessus de la
tête ?
C’est un film foisonnant, beaucoup de personnages,
d’intrigues secondaires, qui réclame de la concentration, pour capter les dits et surtout les non-dits. Avec une séquence
surréaliste digne de Quentin Dupieux : la légende de la jambe
poilue. Une expression qui désignait les flics véreux qui réprimaient tous comportements jugés déviants. Le réalisateur donne vie à cette jambe, littéralement, parabole du pouvoir militaire qui
espionne et réprime, ici, des michetons dans un parc. Autre
image malaisante, ce chat difforme à la pension, trois yeux, deux
museaux…
On pense au (très beau) film de Walter SallesJE SUIS
TOUJOURS LÀ, qui décrivait les débuts de la dictature. Ici, le
réalisateur opte pour la parabole, l’oppression est présente mais
impalpable, on ne voit jamais le pouvoir agir. Tout se niche dans les
détails, les réactions apathiques. L’action proprement dite ne
survient qu’au bout de deux bonnes heures quand les tueurs à
gages se mettent au boulot. Kleber Mendonça Filho réalise alors une
longue et superbe séquence sous tension, filature, poursuite, coups
de flingue, cette fois la violence explose, et ça gicle.
Kleber
Mendonça Filho a reçu la palme cannoise pour sa réalisation, et
son acteur Wagner Moura celle de l’interprétation. C’est mérité, on ne peut pas nier le talent du réalisateur pour la construction de son scénario et de sa mise en scène, et le jeu toute en subtilité et profondeur de son acteur principal. Toute la distribution est impeccable. Mais le film élude
beaucoup, volontairement : qui est Elsa, son réseau, que recherche Marcelo
aux archives, qui sont ces gens à la pension, comment la femme de
Marcelo est morte ? Un empilement de non-dits qui traduisent l’atmosphère
mortifère et de suspicion de cette dictature.
C’est très
intelligemment pensé, mais peut laisser le spectateur au
bord du chemin. Dans les bouquins d'Agatha Christie, il y avait toujours ce chapitre final qui expliquait les aspects sombres de l'intrigue.
Y’a des oeuvres dont on sait dès la première vision que ce sont de
grands films. Sans pour autant comprendre pourquoi. Il faut du temps pour les assimiler. L’AGENT
SECRET en fait à priori partie, qui a reçu des critiques dithyrambiques. Mais le spectateur, lui, n'a pas lu le dossier de presse !
Sans doute le dernier film où apparait Udo Kier, décédé il y a peu, dans le rôle d'un ex-nazi se faisant passé pour un juif, du moins je le suppose, car là encore, je n'ai pas trouvé les clés pour décoder le moment !
Contrairement
aux Beatles, les Byrds ne virent pas le rock’n’roll comme un
moyen de s’extraire de la classe prolétarienne. Figures de proue
du groupe, David Crosby et Jim McGuinn
furent issus d’une bourgeoisie progressiste mère des plus
lamentables résidus de la décadence soixante huitarde. Il fallait
pour ces gens se libérer des devoirs comme de toutes autorités,
vivre dans un monde où seul comptait le plaisir individuel. Les
campements hippies poussant comme des champignons ne furent pas des
communautés, mais des conglomérats d’égocentriques aliénés par
la recherche obsessionnelle du plaisir futile.
Sans doute les
modernes vivent ils une vie trop stérile dans un décor trop gris,
sans doute n’ont-ils pas le courage de laisser le destin les
surprendre au bout d’une route tracée au milieu de nulle part. Les
Byrds connurent la beauté nourrissante du voyage, nourrirent leur
esprit en déclamant les vers dylaniens
sur fond d’arpèges à la douceur émouvante. Les Beatles leur
montrèrent néanmoins leur véritable voie, savoureux mélange de
poésie libertaire et de chœurs romantiques. Signé par Columbia, le
groupe brancha les guitares pour donner une nouvelle ampleur au « Mr
Tambourine man » de Dylan.
Placé dans le studio voisin, le Zim
fut impressionné par ce que ces jeunots firent de son titre. Sentant
se dessiner dans cette mélodie une nouvelle beauté dont il ne
voulait pas se faire ravir la paternité, le grand Bob forma
rapidement un groupe de session pour moderniser son standard folk.
Malheureusement pour le groupe de David Crosby[photo =>] Columbia ne crut pas
à l’avenir de la poésie sentimentale des Byrds. Enregistré
quelques semaines avant la réactualisation dylanienne,
le « Mr tambourine man » des Byrds ne sortit que
plusieurs mois plus tard.
Si le groupe vit presque comme un honneur le
fait de se faire doubler par leur
idole, il faut aujourd’hui avouer que ce furent bien les Byrds qui
posèrent les bases du mouvement folk rock. De l’Angleterre, Dylan
ne garda que l’audace, lui qui fut trop attaché aux traditions et
trop mauvais chanteur pour s’approprier la douceur pop des chœurs
du groupe de Paul McCartney. D’une légèreté enivrante, des tubes
tels que « Turn ! turn ! turn ! », « American
girl » et autres « Mr Tambourine man » diffusèrent
aux quatre coins du monde une nouvelle douceur bucolique.
[ <= Jim McGuinn ] Cet état
de grâce ne dura que le temps de deux albums, les relents planants
de « Fifth dimension » faisant définitivement passer les
Byrds dans le rang des suiveurs. Symbole funeste, David Crosby fut
viré du groupe dès la fin des sessions d’enregistrement de cet
anecdotique troisième album. L’égo du chanteur fut trop fort pour
accepter une quelconque concurrence, il fut tel un Lennon qui
n’aurait pu partager le haut de l’affiche avec Paul McCartney.
Alors que son avenir s’assombrissait, il était loin de se douter
que la seconde partie de sa carrière s’était jouée au milieu
d’un banal embouteillage d’une route du Sunset Boulevard.
Ce jour
là, les conducteurs multiplièrent les quolibets et les injures les
plus rageuses. Dans nos sociétés modernes, l’embouteillage est
vécu comme un supplice insupportable, un inadmissible coup d’arrêt
porté à l’agitation quotidienne. Forcé à l’immobilisme, la
plupart ne peuvent alors qu’attendre l’instant d’après avec
une frustration de plus en plus belliqueuse. Sénèque intimait à
Lucilus le conseil d’habiter l’instant présent, d’en savourer
chaque minute avec autant d’avidité que de sérénité, sagesse
dont l’homme de l’ère industrielle semble incapable.
Au milieu de ce trouble agressif, un vieux
corbillard attira les moqueries de bourgeois que seul la peur du
pléonasme m’empêche de qualifier d’acéphales. A coté de tant
de voitures rutilantes, un tel tas de ferraille affirmait la priorité
de l’être sur le paraître, de la débrouille sur la rente, de la
liberté sur la facilité et de l’utilité sur l’esthétisme.
Neil Young paya ce véhicule avec les premiers maigres cachets de ses
premiers groupes, y entassa le matériel de sa nouvelle formation,
avant de quitter son Canada natal pour le pays du rock’n’roll.
Fasciné par Elvis, il rêvait alors de gloire et de bâtir une œuvre
immortelle. Il est vrai que son véhicule n’était pas le plus
fiable du monde, ses multiples pannes ayant ralenti plus d’une fois
sa glorieuse chevauchée. Cette vieille mécanique fut un peu comme
lui, fragile mais combative. C’est que, d’une maigreur bien
éloignée de la carrure de loubard endurci du King,
le Loner
faillit mourir de la polio à l’âge de huit ans.
De ce terrible
épisode de sa vie, le jeune homme garda des crises d’épilepsie le
persécutant jusque sur scène. L’affaiblissement lié à la lutte
de son corps pour sa survie lui donna une voix d’une fragilité
émouvante, parfait véhicule d’une mélodie d’une mélancolie
enrobant son œuvre dans son poison fortifiant. Neil Youngattendit
patiemment dans son véhicule de fortune, essayant simplement de ne
pas trop prêter attention aux grincements inquiétants de son
moteur. Soudain, passant entre les voitures avec sa démarche
spectrale de musicien torturé, Stephen Stills apparut devant lui tel
un symbole du destin.
Le guitariste fut l’incarnation presque
caricaturale du style hippie, sa barbe mal taillée, sa maigreur et
la longueur de sa chevelure lui donnant des airs de John Lennon
fraîchement sorti de son bed-in. Le Loner
avait déjà joué avec cet homme dans un groupe que l’histoire
oublia, il connaissait la vivacité de ses chorus mélodieux.
Les deux
hommes se réunirent dans le vieux corbillard et, lorsque la
circulation reprit son cours normal, c’est la voie du succès qui
sembla s’ouvrir à eux. Ainsi formèrent ils le Buffalo Springfield
avec un batteur chérissant la douceur rythmique de la country. Le
rythme est la force de la musique américaine, le moteur de son
pouvoir de séduction, alors le batteur est sans doute l’élément
le plus essentiel d’un groupe. Alors que Dylan lui-même n’était
pas sorti de sa période électrique, le batteur du Buffalo
Springfield posait les mélodies du groupe sur le sol inébranlable
d’une tradition immortelle. Loin d’être rétrograde, un tel
swing annonçait la sortie d’albums tels que « Nashville
Skyline » ou « American beauty », classiques d’un
rock revenu de ses errements planants.
Représentant à lui seul deux
visions de l’avenir, le Buffalo Springfield produisait une musique
où la rusticité de sa rythmique s’harmonisait étrangement bien
avec la moderne douceur de ses chœurs. Obtenant un succès
fulgurant, le groupe annonça l’avènement du son californien en
effectuant la première partie de Byrds en pleine ascension. Lors de
ce concert, l’écho des chœurs folk de Neil Young forma avec les
bluettes des Byrds la peinture sonore d’une nouvelle génération.
Plus nonchalant que la formation de David Crosby, le Buffalo
Springfield ressemblait à l’incarnation musicale de l’onirisme
d’une génération bienheureuse. Inutile de s’attarder ici sur
leurs deux albums qui, malgré leurs importances historiques, ont
très mal vieilli. Il faut dire que, comme les Byrds, le Buffalo
Springfield fut un groupe dont chaque membre chercha à écrire sa
propre légende.
Donnant l’illusion de la cohérence, le premier
album du groupe n’en est pas moins plombé par une douceur d’une
soporifique uniformité. Ces musiciens n’étaient pas encore mûrs,
le sirop de leurs influences bucoliques dégoulinait de leurs
mélodies avec une lourdeur écœurante. Vint ensuite « Buffalo
Springfield again »(1967),
grand délire d’américains ayant mal digéré l’influence du
psychédélisme anglais, sorte de double blanc réduit à un seul
disque assommant. A une époque où il fut à peine né, le Buffalo
Springfield fut fasciné par les premiers relents du délire
psychédélique anglais, dont il se mit en tête d’adapter les
premières effluves avec le savoir faire d’un parfumeur au nez
bouché.
De
cette série d’expérimentations informes ressortit tout de même
l’énergie stonienne de « Mr Soul ». Si le Buffalo
Springfield fut un effet de mode comme le furent les Beatles à leur
début, leurs mélodies maladroites conquirent les cœurs d’une
jeunesse y voyant l’incarnation de ses rêveries et de sa joie de
vivre. En signant un important contrat avec Atlantic, les musiciens
imposèrent immédiatement leur nom au sommet de la pop mondiale.
Pendant ce temps, le rêve que ces hommes incarnèrent s’éteignit
aussi vite qu’il était né.
Incapable de maintenir la cohésion
d’un groupe dont les musiciens ne se supportaient plus, Paul
McCartney annonça la fin brutale des Beatles en 1969. Les bons
garçons de Liverpool n’existaient plus et, à peine les dernières
notes du festival de Woodstock éteintes, leurs rivaux diaboliques se
chargèrent d’achever l’innocence qu’ils représentaient sur
les mornes plaines d’Altamont.
**** A suivre... ****
Et retrouvez les chroniques de Benjamin dans son bouquin : Le Roman du Rock .
Et puisqu'on me dit que nous sommes le premier jour de la nouvelle année...
(c'est sûr Sonia ? c'est checké, validé vérifié ?)
... on vous souhaite que les trois cent soixante-quatre autres se passent pour le mieux.