Terminé le vieux power métal des années 2000, le monde a évolué.
Le Métal du soleil levant
Il faut se faire une raison, les japonais sont bons dans tous les
domaines ou presque … et particulièrement dans celui de la musique.
Avec 124 millions d’habitants le nombre de groupes y est
impressionnant, et pas seulement dans la J-pop. Depuis quelques années
des groupes d’heavy et de power métal fleurissent au Japon comme les
Sakuras (cerisiers) au printemps. Je ne parlerai pas de la niaiserie
des Babymétal
qui mélangent heavy et J-pop.
Le power et l’heavy métal ont progressé avec le temps, fini les Manowar et autres Nightwish à l’époque de Tarja Turunen, les schredders sont féminines, ne s’habillent pas de cuir noir,
elles sont gracieuses, élégantes, s’habillent de crinoline et sont
redoutables pour ce qui est de tenir une guitare.
Mon goût pour le rock japonais débutera quand j’entendrais leWagakki Band, un groupe qui mêle rock heavy, progressif, alternatif, folk et
pop, le tout mélangé avec l'usage d’instruments traditionnels.
Les groupes féminins japonais ne sont plus des groupes d’idoles de
girls-band en tenue d’écolière ou en jupe plissée faisant de la J-pop.
Certaines filles vont mettre les doigts dans la prise de la fée
électricité et vont implorer Apollon le dieu de la musique et du chant
comme Band-Maid et
Lovebites.
Lovebites
ce n’est pas le titre du dernier film de
Rocco Siffredi, on pourrait
traduire leur nom par ”Morsure d’Amour“ et en ce qui concerne
leur musique... ce n’est pas volé. Un nom tiré d’un titre du groupe
américain de heavy
Alestorm. Lovebites est un groupe de cinq femmes formé en
2016, une batteuse, une chanteuse à la voix pure et
puissante, une bassiste émérite jouant une a "cinq cordes" et deux guitaristes
schredder.
Elles n’ont que quatre albums à leurs actif, mais ça déchire
grave ! Pourquoi ai-je pris ”Electric Pentagram“, le troisième album studio du groupe ? Parce que je
trouve que c’est le plus représentatif de ce que peut dégager
Lovebites en puissance. Je tenais
à préciser qu’elle chante en anglais.
Des le premier titre, ”Thunder Vengeance“ tu es pris dans la tornade de leurs décibels et de la
virtuosité des musiciennes. ”Holy War“, le morceau le plus connu qui rappelle les sonorités du groupe
brésilien Angra. ”Golden Destination“, un son très hard british pas du
Judas Priest mais presque… Les
structures dans tous les titres restent les mêmes, une batterie
double turbo, une basse qui passe du slapping au tapping, des
rythmiques de guitares survitaminées avec des solos entrecroisés à
rendre l’ouïe à un sourd profond. Sur les douze titres que
comporte l’album il n’y aura qu’avec ”A Frozen Serenade“ où elles font une pause dans leur course folle au mur du son. Je voulais
rajouter qu’une des guitaristes joue du clavier mais il n’est pas
prédominant face aux autres instruments.
Personnellement, j’aime leurs sons parce qu’il n’est pas
brouillon et les harmonies sont bonnes. Comme j’ai toujours
tendance à faire des comparaisons, Lovebites c’est DragonForce en meilleur et en plus féminin. Ils sont forts ces
japonais ! Heuuu ces japonaises...
- La grande Martha Claude ! Et de plus dans les deux concertos sur les
trois ou quatre les plus virtuoses et spectaculaires…
- Spectaculaires mais pas uniquement Sonia. Ces deux interprétations nous
entraînent dans des voyages pianistiques qui montrent qu'au-delà des
difficultés techniques inouïes, les deux compositeurs russes tourmentés
avaient bien des émotions à partager…
- Je n'avais jamais entendu le concerto de Tchaïkovski avec autant de
plaisir… On l'entend peut-être trop souvent ?
- Bonne question, ces hit des concerts auxquels les artistes semblent
être obligés de s'affronter pour un public friand de performances ne sont
pas toujours joués avec un tel souci d'expressivité et rarement couplés au
disque.
- Deux chefs connus quels sont les orchestres ? De quand datent ces
concerts. Il me semble que Kirill Kondrachine nous a quittés il y a un
moment déjà…
- Riccardo Chailly dirige l'orchestre de la Radio de Berlin dans
Rachmaninov en 1982 et Kirill Kondrachine l'orchestre de la Radiodiffusion
bavaroise en 1980 pour le concerto de Tchaïkovski… un an avant une mort
prématurée. Cette compilation a été publiée en 1995 !
Après cet entretien matinal avec Sonia pour préparer un article, je me
demande ce que je vais bien pourvoir raconter à propos des ouvrages de ce
disque d'exception… Cela dit "raconter" est-il bien choisi ? Tant les deux
concertos que les trois artistes ont déjà été au cœur de plusieurs billets.
Quant à paraphraser pour ne pas dire soliloquer à propos de deux gravures
dont l'exceptionnelle qualité prend tout son simplement en écoutant… Que
dire
Bon Ok, j'utilise souvent la méthode labyrinthique des
(Clic) pour naviguer d'articles en
articles dans ces cas-là, mais entre Luc qui me gourmande pour mes
développements analytiques longuets et mes lecteurs qui risque de voir pas
le Blog comme un gymkhana culturel et numérique, j'adopte une solution
vielle comme le monde : le copier-coller 😊.
Martha Argerich (extrait de l'article Franz Liszt
de 2012
– sonate en si mineur) :
Enfant prodige, la pianiste argentine est née le 5 juin 1941 à
Buenos Aires. "Enfant, elle a la capacité de jouer les octaves comme de simples
notes" (Eugene List
pianiste Yankee). Á 9 ans elle joue les concertos
N°1 de
Beethoven et
N°20
de
Mozart. En 1955, elle arrive en Europe où elle se perfectionne auprès des
grands maîtres comme
Friedrich Gulda
ou
Arturo BenedettiMichelangeli.
En 1965, elle remporte 3 prix au concours Chopin de Varsovie
! Sa carrière commence.
Martha
est dotée d’un caractère farouche et indépendant. Elle joue ce qu’elle veut,
où elle veut, quand elle veut, au grand dam des organisateurs de concerts,
qui ne peuvent même pas la poursuivre pour des ruptures de contrats,
puisqu’elle ne les signe jamais !
Sa vie amoureuse est digne de celle de
Liszt. Elle pianote de mari en mari et a eu 3 enfants si je compte bien. Ex
grande fumeuse, elle se bat depuis 1990 contre le cancer avec
ténacité, on s’en serait douté. Après un traitement expérimental efficace,
elle abandonne la clope et donne un récital à Carnegie Hall au bénéfice de
l’équipe médicale, alors qu’elle se produit déjà rarement en scène.
Elle a soutenu les débuts de jeunes talents comme
Hélène Grimaud, et a claqué la porte du jury du concours Chopin en 1980, quand
Ivo Pogorelić
fut injustement éliminé au second tour. Elle est l’amie de
Nelson Freire
(mort récemment) avec qui elle joue en duo. Un sacré tempérament qui éclate
dans son jeu puissant et volcanique !
Son répertoire est très large et, au-delà des grands classiques de
Bach
à
Liszt, elle maîtrise avec brio
Rachmaninoff,
Messiaen
ou
Prokofiev.
Nota : quinze ans ont passé depuis le billet
Liszt. On ne dit pas l'âge des dames, mais
Martha
a atteint 84 ans. La maladie, a priori endormie, lui laisse poursuivre sa
carrière avec des pauses, notamment en 2017 et lors de la saison des
festival en 2021 et 2023. Son cœur a été fragilisé mais
continuons d'admirer, même occasionnellement, l'une des plus grandes
héroïnes du clavier. Elle doit jouer dans quelques jours à
Leipzig puis à
Bordeaux… puis
Lyon,
Genève,
Paris,
Lausanne… en récital, incroyable ! (si
cela vous intéresse –
Clic).
Riccardo Chailly
Edition originale
Riccardo Chailly
? Tout le monde a entendu la valse jazz de
Chostakovitch immortalisée dans une pub CNP puis par les
danseurs de salon… (Peut-être sans savoir que c'est lui qui dirige.)
Natif de Milan,Riccardo Chailly
apprend la composition avec son père tout en suivant des études brillantes
le conduisant à devenir en 1973, à seulement 20 ans, l'assistant de
Claudio Abbado
à la
Scala de Milan.
Après un début de carrière itinérant et international, première
consécration comme directeur du
Concertgebouw d'Amsterdamen 1988. Le premier chef non néerlandais depuis un siècle et
notamment l'époque
Mengelberg-Beinum-Haitink). (Un orchestre rival des
philharmonies de Berlin
et de
Vienne.)
Il ouvre cet orchestre néerlandais d'exception à un répertoire plus moderne
en signant des gravures consacrées à Olivier Messiaen et même
une intégrale en 2 CDs des œuvres visionnaires (même encore de nos jours)
d'Edgar Varèse (1883-1965). En parallèle de deux intégrales symphoniques de
Bruckner
et
Mahler
de belle facture, il s'intéresse à un pan mal connu du répertoire de
Chostakovitch
: les suites jazz et les musiques de films.
En 2005, il devient directeur et chef principal de l'Orchestre du
Gewandhaus de Leipzig
(fondé en 1743 !), encore un ensemble de prestige. Pour les
enregistrements classiques,
Chailly
prend des libertés pour éviter la routine : l'orchestration de
Mahler
dans son intégrale des symphonies de
Schumann, des éditions définitives ou originales peu connues pour le disque
Mendelssohn
chroniqué aujourd'hui.
Riccardo Chailly
En concert, le style Chailly repose sur un plaisir gourmand et communicatif de diriger ainsi
qu'une fougue dans les accentuations qui vivifie les partitions qu'il
aborde…
Extrait d'un article consacrée à Mendelssohn de 2014. Depuis son
départ de
Leipzig
en 2015-2016,
Chailly de directeur musical de l'Opéra La Scala de Milan.
Talentueux et éclectique, Riccardo
Chailly a été écouté dans de nombreux articles :
Entrée au panthéon du Deblocnot du maestro
Kirill Kondrashine
grâce à une chronique consacrée à la
2ème symphonie
de
Borodine. Il a été mentionné dans diverses discographies alternatives notamment à
propos de sa remarquable intégrale des symphonies de
Chostakovitch
(pour la
8ème symphonie,
Rudolf Barchaï
l'avait remplacé au pied levé, la vidéo YouTube ayant disparu juste avant la
rédaction) ! Mention aussi pour
Don Quichotte
de
Richard Strauss
avec
Mstislav Rostropovitch
au violoncelle.
KirillKondrashine
voit le jour à Moscou en 1914. Il est juste de l'inscrire dans la
liste des chefs d'orchestre russes de premier plan au XXème siècle avec
Evgeny Mravinsky,
Evgeny Svetlanov
et
Guennadi Rojdestvenski. Il apprend le piano mais c'est l'orchestre qui va le fasciner et, dans un
premier temps, la scène lyrique. De 1943 à 1956 il devient
chef permanent du
Théâtre Bolchoï
à Moscou. En 1956, Staline prend un aller simple pour l'enfer.
Kondrashine, encore jeune, démissionne avec fracas du Bolchoï, dépité par le
conservatisme des lieux. Sous l'impulsion de son ami le violoniste
David Oïstrakh, il commence une carrière plus symphonique et devient le premier chef à
pouvoir diriger à travers le monde tout en ayant la charge de 1960 à
1975 de l'Orchestre de Moscou dont le niveau rivalisera à force de travail avec celui de
Leningrad. Ses voyages à l'ouest finissent par irriter les autorités ; l'histoire se
répétera avec son confrère
Svetlanov.
(Clic)
Non réédité à ce jour
😡
En 1975, il quitte (on le pousse ?) l'Orchestre de Moscou et part définitivement à l'ouest en 1978, à
Amsterdam
où
Bernard Haitink
lui propose un poste de codirecteur du
Concertgebouw
à ses côtés. En 1981, une crise cardiaque le terrasse après un
concert à la
NDR de Hambourg
lors duquel il dirige la
1ère symphonie
de
Mahler, compositeur qu'il avait fait connaître dans sa patrie natale. Un
concours
Kondrashine
a été créé à
Amsterdam
en 1984.
On associe souvent l'art de cet homme à la musique russe. C'est assez
justifié mais limitatif.
Kirill Kondrashine
brillait dans un répertoire très large, de
Mozart
à tous les romantiques. À titre personnel, je n'ai jamais entendu une
interprétation du
concerto pour
violon de
Brahms
plus habitée et électrisante que celle réunissant en 1967 ce chef
et
Leonid Kogan
! LP Label Chant du monde à l'origine bien difficile à trouver. Une
écoute en aveugle à domicile et en famille de mélomanes de quatre grandes
versions a confirmé sans appel cette opinion… Voir aussi l'article sur ce
concerto dans l'interprétation d'Hilary Hahn.(Clic). Les articles avec le chef dirigeant ou accompagnant :
Concertos pour piano : N°3 de Rachmaninov et N°1 de Tchaikovski
Comme déjà précisé, cette compilation de deux disques parus à deux ans
d'intervalle (les labels son radins au début du numérique 😊) entre
dans la légende à la fois par la rencontre de deux chefs de grands talents
et encore plus de la "Lionne" réputée pour son jeu dynamique, clair et, si
j'ose dire : viril ! Wikipédia a eu recours au dictionnaire des synonymes
pour aboutir à un panégyrique presque dédaigneux vis à vis d'autres grands
virtuoses aux tempéraments moins extravagants. La plus "grande pianiste de tous les temps" avec
Horowitz
côté masculin … Admettons ! Vous savez ce que je pense de ces excès verbaux.
Je pense à
Richter,
Gillels, Arrau
… chacun dans son répertoire… Côté fille, la prodige
Yuja Wang
semble une favorite de
Martha
pour assurer au pied levé son remplacement lors des annulations pour raison
de santé… Entre pianistes aux frappés diaboliques… logique !
Incontestablement les deux concertos réunis conviennent parfaitement à la
technique sans faille de
Martha
et à la puissance tellurique caractéristique de ses d'interprétations face à
deux partitions qui trop souvent nous sont proposés comme des œuvres de pure
virtuosité lorgnant vers un postromantisme pathétique.
Il suffit d'écouter les accords enchainés quasiment "pointés" du début du
concerto
de
Tchaïkovski
suivis du pointillisme percutant mais élégant de l'exposé lyrique de la
thématique pour comprendre que l'on touche au génie d'un concerto trop
souvent rabâché avec académisme.
Le
concerto
de
Rachmaninov
fut écrit bien après sa phase dépressive. (Oui il y en aura d'autres…)
Martha
à ce qu'on appelle "l'Everest du piano", préfère une montagne tout aussi
majestueuse mais avec des alpages et des fleurs, une vitalité folle. On
entend toutes les notes, tant à gauche qu'à droite (je parle des mains 😊).
Pour un guide de découverte des deux ouvrages, tout est dit dans les
chroniques précédentes…
Martha
semble, à mon avis, redonner les couleurs fantasques et un peu provocantes
du géant russe. B**l, il faut un piano solide pour dynamiter de cette
manière les solos et la cadence de dingue du 1er mouvement !
Assez bavarder, je publie deux vidéos : Le concerto de
Tchaïkovski
est une suite de trois vidéos, pas de problème de timing…
Pour celui de
Rachmaninov, le découpage est le suivant : I.
Allegro ma non tanto
– [00:00] / II.
Intermezzo (Adagio)
– [15:33] / III. Finale (alla breve)
– [26:32]
Écoute au casque ou avec des enceintes additionnelles plus que
conseillée.
Le son des PC, sauf exception, est vraiment une injure à la
musique…
INFO : Pour les vidéos ci-dessous, sous réserve d'une écoute directement sur la page web de la chronique… la lecture a lieu en continu sans publicité 😃 Cool.
MARDI :il
semblerait que Pat n’apprécie pas plus Téléphone que les Stones…
Quand Jean Louis Aubert la joue solo non plus. Même si sur ce
« Plâtre et ciment » il est accompagné par Richard
Kolinka à la batterie, ça ne passe toujours pas, pas assez rock,
trop
calibré FM.
MERCREDI :Bruno
et
ses perles oubliées des 70’s, dans le genre un p’tit tour et
puis s’en vont, place aux Peace & Quiet, groupe floridien aussi
prometteur qu’éphémère, un seul disque au compteur, dans la
lignée du heavy rock progressif très en vogue ces années
là.
JEUDI :le
22, le 31, le 48… le Toon n’a pas joué au loto, mais nous a
chroniqué « Six symphonies » de Jozef Haydn,
dirigées par Neville
Marriner. L'effectif reste léger mais coloré (16 instrumentistes 😯: 2 hautbois, 2 ou 4 cors et cordes - flûte et basson en option). Il s'agrandira à la fin de la carrière de Jozef. Elégance et beauté sonores sont aux
rendez-vous…
VENDREDI :au
cinéma, on a vu le
récit (réel) de John Davidson, atteint du syndrome de la Tourette,
« Plus
fort que moi » de Kirk Jones, aurait
pu tourner
au mélo convenu, mais le sujet est traité en mode comédie, un
film juste, drôle et touchant, porté par des comédiens
formidables.
👉 La
semaine prochaine,
dès
lundi, le Toon reçoit la pianiste Martha Argerich pour interpréter
Rachmaninov et Tchaikovsky, Pat a invité les nippones de
Lovebites, chez Bruno on écoutera le trio Rush, Benjamin a lu Bret
Easton Ellis (un roman à ne pas mettre sous tous les yeux) et au
cinéma Luc s’est replongé dans les 80’s avec Nakache et
Toledano.
Résumons : une argentine (et suisse), cinq japonaises, trois canadiens, un
américain et deux français. On voyage avec le Déblocnot’ !
Et puis un dernier salut à Nadia Farès (58 ans) et Nathalie Baye (77 ans). La première avait joué d'abord à la télé, puis chez Kassovitz, Arcady, Lelouch, Balasko. La seconde, qui avait gardé cette intonation caractéristique des comédiens ayant tourné pour François Truffaut (3 films), s'est illustrée aussi chez Godard, Chabrol, Pialat, Tavernier, Blier, Cavalier. Du cinéma d'auteur, mais pas que, on l'a vue chez Elie Chouraqui, Labro, Leterrier, Granier-Deferre, même chez Philippe Lacheau, égérie de Xavier Beauvois, plus récemment de Xavier Dolan. Elle trustait les écrans dans les années 80 ("J'ai épousé une ombre", "La Balance", "Rive droite rive gauche", "Martin Guerre", "Une étrange affaire"). Une carrière exemplaire, et une certaine image du cinéma français (Deneuve et Huppert complètent le triptyque) qui plongeait vers les derniers feux de la Nouvelle Vague. C'est ce qui avait emmené Steven Spielberg à la choisir pour "Arrete-moi si tu peux", parce qu'elle avait débuté chez Truffaut, où interpréter une femme française dans "Downton Abbey".
Les films avec des personnages
handicapés ou malades, depuis RAIN MAN, on en a vu passer, souvent un peu gênants de complaisance, on ne peut pas en dire du mal
sans passer pour un cynique sans coeur. Mais comme j’ai du coeur à
revendre, ce PLUS FORT QUE MOI j’vais en dire du bien. Le titre français est à comprendre par c'est plus fort que moi.
John Davidson
est sapé comme un lord, en kilt, s’apprête à être décoré par
la reine Elizabeth II. Le gars stresse un peu, rechigne à y aller.
Il a peur de dire une connerie. On le rassure d'abord puis lui botte le cul, il obtempère, entre
dans le salon (de Balmoral ?) où siège l’assemblée, et la Queen.
Davidson s’approche et lance un magnifique : « Fuck the
queen » !
Flash-back. John à 14 ans, ado lambda d’une
petite ville écossaise, des parents, des frères et sœurs, et
surtout du foot. Le gamin est bon, il est goal, fait la fierté de
son paternel. Y’a même un recruteur qui doit passer le voir jouer.
Il intègre son nouveau collège, mais est rapidement moqué
par ses camarades. John développe des tics, et une tendance à
injurier son monde. Surtout le proviseur. Comme John est bien élevé,
il s’excuse à chaque fois : « ce n’est pas de ma
faute, ça sort tout seul ». Mais qui va croire ça ? A la maison c’est pareil, hurlements intempestifs, crachats, jurons. Son père n’en peut plus de ce mariole,
qui désormais prendra ses repas devant la cheminée, seul.
Scène très drôle, John
invite une fille du collège au cinéma, qui débarque chaperonnée par sa mère,
très inquiète par le programme indécent : un homme qui s’habille en femme (TOOTSIE de Sydney Pollack !). La mère, assise juste devant les ados, surveille le moindre geste déplacé,
quand retentit un « suçe-moi la bite salope ! ».
Il
faudra quelques années pour que John Davidson soit diagnostiqué du
syndrome Gilles de la Tourette. Il ira vivre chez un copain
(chez lui ce n’était plus possible) dont la mère Dottie est
malade. Grâce à cette ex-infirmière en psychiatrie, il trouvera d'abord un
foyer tolérant, puis un job de gardien d’école.
PLUS FORT QUE MOI s’inspire
d’une histoire réelle. Un label dont il faut aussi se méfier... ce n’est pas parce qu’une histoire est vraie qu’elle est bonne. Ce qui aurait pu nous inonder de larmes et
d’expertises scientifiques, est heureusement tourné vers la
comédie. Comédie de prolos comme le cinéma anglais sait nous en trousser (Loach,Frears, Parker) qui dépeignent un milieu social, des situations, de vrais
gens. Kirk Jones jusqu’à présent se fondait dans la
masse (NANNY MCPHEE, EVERBODY’S FINE avec de Niro) cette fois il s'auto-produit et réussit son
coup, exploiter le potentiel comique d’une telle
maladie, en même temps qu'il nous en montre les aspects les plus
dramatiques. Quand John traite dans la rue une jeune femme de salope, c’est
cocasse (nous, on sait). Quand les potes de la fille en question le
défigure à coup de pieds de biche, c’est moins drôle.
Ce qui énerve Dottie, ce ne sont pas les jurons, mais que John s’excuse à chaque fois ensuite. Elle connaît ce syndrome, comme Tommy Trotter (le patron de John, merveilleux Peter Mullan). Nouvelle configuration où le
comique fonctionne aussi, car Trotter ne réagit pas aux insultes, ce qui donne des scènes dialoguées
surréalistes (filmées en plan long) où le gars reste parfaitement zen face aux tonneaux
d’injures qu’il se prend dans la gueule, comme aux coups qu’il se
prend dans les couilles. Car John ne contrôle pas non plus ses
gestes.
Très belle scène au tribunal, où rire et drame se
confondent, et cette tirade de Trotter sur le thème : comment un homme pourrait simuler un tel syndrome ? Ou lorsque John accepte de parler avec une jeune fille
atteinte aussi de la Tourette, tous les deux assis à l’arrière d’une
voiture, un festival de saillies des plus salaces, devant les parents abasourdis. Mais où John
trouvera sa raison d’être, le partage d’expérience
auprès de parents démunis, puis, des interventions pour
sensibiliser le public, les policiers, les enseignants, sur cette
maladie. D'où l'hommage médaillée de la reine.
Scène toute simple et magnifique, lorsque John entre dans un
protocole médical, teste un bracelet à impulsion électrique (?) et
qu’enfin il peut entrer dans un lieu jusque là interdit : une
bibliothèque. On est autorisé à verser sa p'tite larme.
Sans doute,
sur la fin, le réalisateur aurait pu couper un peu. Et puis ce
procédé classique, diffuser au générique des images du vrai John
Davidson. Détail amusant, on voit les archives de la cérémonie
avec Elizabeth II, herself, alors que dans la scène reconstituée,
des astuces de cadrages permettent de ne jamais la distinguer. Pas de bol pour la comédienne Christina Ashford, qui si elle inscrit sur son CV qu'elle a interprété la reine d'Angleterre au cinéma, ne pourra jamais le prouver par l'image !
Le film est
bercé par une bande-son millésimée, New Order, Supergrass, Slade,
Portishead, Oasis, la réalisation est tonique, sans chichi, les
comédiens tous remarquables. Robert Aramayo en premier, loin du
numéro d’acteur apprêté auquel on aurait pu s’attendre. Il a
reçu le Bafta (les Oscars anglais) du meilleur comédien
britannique, Peter Mullan celui du second rôle.
A la cérémonie des Bafta, le
vrai John Davidson était présent dans la salle. Qui a copieusement couvert d'injures racistes le malheureux Michael
B. Jordan en lice pour SINNERS ! [clic vers SINNERS]. L'assemblée était prévenue, mais visiblement, la pilule est mal passée.
N’hésitez pas à emmener
vos gamins voir ce PLUS FORT QUE MOI (s’ils ont l’âge de
comprendre : « - Une tasse de thé ? - Oui, avec un nuage
de sperme ») un joli feel good movie, sans pathos ni
complaisance, qui ne s’encombre d'aucune leçon de morale.