En 2025, elle fait son retour discographique avec un album orienté "guitare", "Tales of a Guitar Woman". Un titre qui pourrait être trompeur pour les amateurs d'instrumentaux et de guitares échevelées, car si les morceaux présentés semblent bien essentiellement reposer sur la six-cordes, ce n'est pas à proprement parler un "album de guitare". Nina se garde bien d'en faire des tonnes, et c'est même parfois assez sobre. Et si, depuis ses concerts à succès avec le "Electric Ladyland", certains pourraient assimiler Nina Attal à une "Hendrix-woman", on pense bien plus aisément à John Mayer qu'au légendaire gaucher de Seattle. Sinon, c'est probablement son album le plus franchement appuyé sur le travail des guitares. Des compositions relativement ouvragées, qui prennent leur temps pour développer leur douce atmosphère, où divers parfums s'entrechoquent. Senteurs fleuries de pop, de soft-rock, de modern-blues et de folk. Occasionnellement de heavy-rock sulfureux.
Aux premières notes, Nina plonge l'auditeur dans une sphère de rock brut et mélodique, hésitant entre heavy-rock et power-pop ; "Backdoor" résonne comme un Yardbirds mis au goût du jour, et, d'entrée, met les points sur les "i". À savoir qu'elle ne s'affiche pas avec une guitare pour faire joli. Excellente musicienne, elle produit toujours des étincelles dans ses soli, sachant faire parler la poudre avec une aisance et une fluidité pouvant faire souvent défaut à bon nombre de crâneurs. Tous les soli de l'album - quand il y en a, sont systématiquement savoureux. Incontestablement, elle sait tricoter... de la guitare. Et pas qu'un peu.
Des pièces plus sobres et acoustiques, entre folk et americana (européena ??), permettent de mettre en avant la belle voix claire de Nina, dévoilant alors une fragilité chargée d'émotion, affirmant sans peur sa féminité. Trois titres chantés en français, "L'Hiver", "Jimmy" et "Pas la Peine" sont deux morceaux courts où Nina va à l'essentiel, de crainte de briser le climat intimiste, confident.
"I Dance Through the Night" est une déflagration de rock lourd fuzzy, débridé, un heavy clair et obscur, un brin zeppelien, où Nina lâche les chiens. Ou plutôt les watts, faisant rugir une gratte avide de mordre. Là, par contre, on sent le poids des heures dédiées à la musique d'Hendrix. On regrette que l'instant ne se prolonge pas, ou qu'il ne soit pas renouvelé. Avec la ballade "Her Shadow", c'est l'ombre d'un Prince qui s'étire timidement, évitant toute emphase, tout éclat superfétatoire.
Un peu perdu au milieu de tout ça, une pop mainstream (pléonasme ?) tente une percée avec "Missed Something" et surtout "One Way", qui paraît rechercher les faveurs des programmateurs de radio.
Une femme de tête, qui mène sa carrière comme elle l'entend, suivant ses envies, ses aspirations. Avec cette dernière réalisation, plutôt que de se plier à un cahier des charges imposé par un label, de perdre sa liberté artistique, elle a fait le choix risqué de s'auto-financer (avec l'aide d'un financement participatif) et d'enregistrer pour un petit et obscur label indépendant (LVCO, label de Mathieu Gramoli, par ailleurs batteur et producteur de l'album). Le résultat en valait la peine, avec un album qui s'avère déjà comme le meilleur de sa carrière. Certainement le plus sincère, le plus authentique. Nina a mûri et cela lui va parfaitement.
🔅 Le coin matos : 🔅
Nina Attal reste fidèle à ses guitares, à savoir ses deux Stratocasters custom de chez Guitare Garage (avec un petit "Nina" à la place du logo Fender) montées en micro Hepcat (une équipée en micros 69' et l'autre en 59'), et sa Gibson ES-335 (celle exhibée sur l'album "Yellow 6/17", offerte par le paternel pour ses quinze ans). Le tout branché dans un vieux Fender Deluxe Reverb Custom (des 70's - avec le panneau chromé et le lettrage bleu) et dans un Magnatone. Les deux boostés par un petit lot de pédales, avec notamment la BB Preamp de Xotic, la Riot Reloaded de Suhr, la Tre-Verb de Fender, la Mel-9 d'electro-Harmonix (simulateur de Mellotron pour gratte), la Richochet Whammy de Digitech, la Flashback de TC-Electronic, la Spark de Tc Electronic (mini boost), une Ventilator II de WEO (émulation pointue de cabine Leslie) et une Wah-Xah Vox. Et en acoustique, Martin, Yamaha et un Dobro (voir pochette). Pour les prestations dédiées à Prince ou à Hendrix, Nina sort de sa besace un assortiment de petites boîtes de chez Doc Music Station (boîte française d'"effets boutique" fondée en 2012 par un prof de guitare qui s'est rapidement fait un nom avec la Lucy's Drive, un clone de la Klon Centaur).

















