mercredi 16 septembre 2026

BROWNSVILLE STATION " School Punks " (1974), by Bruno

 


     Originaire d'Ann Arbor, comme le MC5 et les Stooges, Brownsville Station prend forme en 1969, et plonge rapidement dans le circuit des clubs du Michigan, se forgeant à la dure - sur les planches des clubs du Michigan, devant un public pouvant se montrer intransigeant. Loin du vacarme et de l'agressivité des voisins susnommés, plutôt dans la mouvance des Californiens des Flamin' Groovies, le credo des gus de Brownsville est la survivance du rock'n'roll des pionniers. Pas dans sa forme la plus pure, mais avec une certaine rugosité, une âpreté due au temps, et probablement aussi due à l'atmosphère ambiante de la scène de Detroit.  

     Brownsville Station, c'est initialement le fruit d'une rencontre, dans un magasin de disques, de Michael John Uszniewiez, alias Cub Koda, et de Michael Lutz, tous deux guitaristes et chanteurs. Une rencontre fortuite de deux musiciens qui se découvrent des goûts musicaux similaires, donnant naissance à une nouvelle amitié et s'accordant un nouveau départ dans une aventure musicale. Koda, du "haut" de ses 21 ans, est déjà alors quasiment un vétéran, avec un cursus remontant à 1963. Avec un trio, The Del-Tinos, il écume les salles d'établissements scolaires du sud des états du Michigan et de l'Ohio, en essayant d'intégrer à quelques reprises (obligatoires) un répertoire d'originaux. Une politique qui ne plait pas à tout le monde, et l'écarte du circuit rémunérateur des concerts pour événements familiaux - mariages, anniversaires, baptêmes, etc - à la recherche de simples formations vouées aux reprises de succès.  "Ce qui nous manquait en maturité et en technique, nous le compensions par le volume, l'énergie et un engagement total envers le rock'n'roll... nous abordions chaque concert comme si c'était le dernier". D'abord fortement motivé par le rock'n'roll, progressivement, le trio se tourne également vers le Blues, qu'il n'hésite pas à marier à sa musique. De leurs trois singles, seul le dernier a droit à un petit succès local. Toutefois, en 2016, la chaîne HBO utilise "Nightlife", une composition originale du trio sortie en 1965 en face B, pour l'inclure à sa série "Vinyl" (1). Puis, avec diverses formations sans lendemains, quelques intégrations éphémères de groupes locaux, des prestations en solo, et même DJ pour des bals. 

   C'est sur son lieu de travail que Koda lie connaissance avec Lutz. Le magasin de musique d'Ann Arbor, tenu par un certain Al Nalli. Ce dernier prend en sympathie les deux jeunes gens et devient leur manager. Il participe également au ralliement d'autres éléments locaux. Tous possédant déjà une certaine expérience des clubs et du public. C'est bien le même Al Nalli qui, en 1978, va se faire remarquer au-delà de l'Atlantique, en manageant et produisant Blackfoot.

     Quand sort en 1970 la première galette de Brownsville Station, "No BS", entre les reprises d' "antiques" rock'n'roll et des originaux très typés - perclus de références évidentes - , le groupe se présentait assez comme un anachronisme perdu au milieu des douceurs de la Motown et des sauvageons du Detroit Rock Sound. Ce qui n'empêche pas les premiers singles d'obtenir un honorable succès régional. Rien de renversant, et à ce petit jeu, on préféra les Flamin' Groovies, ou mieux, le MC5 et son admirable "Back in the USA". Deux ans plus tard, avec "A Night on the Town", Brownsville se présente déjà plus solide et consistant. Le succès commence à poindre le bout de son nez et les salles se remplissent. Mais c'est lent, trop lent pour le bassiste qui rend son tablier. Le groupe continue alors en trio, Lutz passant à la basse. Réduite à l'état de trio, la troupe se doit d'aller à l'essentiel, se détournant des quelques ballades et écarts vers la Soul ou la Country du second album, pour s'offrir pleinement au rock'n'roll. Il en résulte une troisième galette franche du collier, quasi séminale, sobrement baptisée "Yeah !". 

Certes, les loustics n'ont pas pris de risque en chargeant leur album de reprises bien choisies, dont une majorité de garage-rock peu ou prou obscurs, avec, judicieusement glissée au milieu du disque, une excellente version du "Sweet Jane" du Velvet Underground - surclassant peut-être même l'originale. Toutefois, la pièce de choix, celle qui va booster les ventes de l'album pour en faire leur bestseller, est une composition originale de dernière minute. Initialement, un bouche-trou pour combler un album jugé trop court ; une chanson composée sur place, en studio, d'après un titre lancé par le producteur sur le ton de la plaisanterie. "Smokin' in the Boys Room" est un succès inattendu, culminant à la 3ème place des charts US. Douze ans plus tard, un groupe d'Angelins dépenaillés aux cheveux en pétard, s'évertuant à développer un Glam US tapageur (pléonasme ?), aura le nez creux en le ressortant (2), et en en faisant son premier grand succès en single - mais sans vraiment percer en Europe, pour l'instant. En 2009, "Smokin' in the Boys Room" est élu Chanson Légendaire du Michigan.

     Encouragés par cet imprévisible succès, le trio souffle sur les braises et s'empresse de réaliser un nouvel album en poursuivant leur credo d'un rock'n'roll festif, à la gloire de l'hédonisme et de l'insouciance, hors de tout tracas sociétal. Les musiciens sont encore bien jeunes, n'approchant que le quart de siècle au moment de l'enregistrement, et leurs soucis et motivations sont encore généralement marqués par une psychologie troublée par la testostérone. D'où la présentation et le nom de ce quatrième disque : "School Punks".

   "Kings of the Party" entame les festivités de la même façon qu'on l'aurait fait pour un concert, haranguant la foule, l'invitant à se désinhiber, à se laisser emporter par la fièvre "rock'n'roll".  Sur un air soutenu de boogie-rock, les gars, sûrs d'eux et avec humour, règlent leurs comptes en faisant leur propre publicité (tant qu'à faire) : "...À chaque vendredi, il y a un concert en ville. Tu sais, ils se réunissent et sont prêts à faire la fête. Le "vieux" Brownsville Station les ridiculise vraiment parce qu'ils s'éclatent. ... Les filles deviennent folles... et les gars font un tel vacarme que ça fait fuir les flics... Nous sommes les rois de la fête ! Nous sommes les plus badass !". Preuve d'autodérision ou d'arrogance ? Peut-être un peu des deux... Cependant, depuis leurs débuts, la presse nationale est unanime pour dire que le groupe sait tenir une scène, et que c'est là qu'il est le meilleur. La suite ne dépareille pas tant que ça du précédent essai, si ce n'est que le son s'est encore un peu plus durci - que les grattes sont un brin plus rugueuses et que David Henry Weck cogne un peu plus fort sur ses peaux. Sans faire de l'ombre à la puissance de John Bonham, son surnom de "H-Bomb" n'est pas (totalement) usurpé. Toutefois, c'est en live qu'il prend toute sa dimension, gagnant son grade de "H-Bomb". 

     Sur "Mama Don't Allow No Parkin' ", la structure est d'apparence assez simple et aérée, permettant à l'harmonica de Cub de gazouiller tel un lutin espiègle "Mama n'autorise pas qu'on se gare sur la banquette arrière. Si je l'avais écoutée, je ne serais pas dans le pétrin... Ha ! La fille était furieuse ! Et son père aussi ! Et ma vie sociale était morte ! ... ma mère a dit : "tu es pire que ton père !!" .. No comment ?. Une orchestration relativement épurée mais pas moins robuste, dorénavant souvent proche d'un proto-hard, mais dénuée de fuzz crépitantes et de hurlements de berserkers ou de vierges effarouchées. Comme pour le solide "Meet Me on the Fourth Floor", ou encore "I Got It Bad For You", qui est carrément du 100% hymne à la Kiss (avant l'heure ?...). Et d'ailleurs, à bien regarder, il semblerait que Peter Criss ait beaucoup appris - et pris - auprès de Henry Wreck. Jusqu'à la composition de la batterie, l'accoutrement scénique, et même la coupe de cheveux. Avant le "chatounet" de Kiss, Wreck se présentait déjà sur scène avec moults chaînes et accessoires vestimentaires cloutés. Et, exceptionnellement, s'offrait le plaisir de chanter une chanson. Ici, sur une reprise d'un vieux hit de 1959 basé sur le "Bo Diddley Beat", "Hey Little Girl" (3) - probablement le maillon faible de l'album. 

     Au contraire de ses congénères de l'époque, même sur les titres les plus "heavy" ou bluesy, Brownsville ne s'embarrasse pas de longs soli - quand il y en a, ça tourne généralement entre 20/30 secondes max. Ça reste du concis. Efficacité avant tout ; les débordements éventuels sont réservés pour la scène. La voix de corbeau de Cub Koda est bien proche de celle d'Alice Cooper, jusqu'à parfois ses intonations - et son accent ? -, et là encore, on peut se demander qui a influencé qui, sachant que tous deux ont fréquenté les mêmes salles et ont quasiment le même âge (moins de huit mois de différence). Évidemment le premier est plus dans le rhythm'n'blues et le glam, tandis que le second a un pied dans la théâtralité (et le "Grand Guignol") et le Hard-rock. Et puis, l'omniprésence du compère Mike Lutz, assurant couplets et chœurs, brouille les pistes. 

   Le trio tâte aussi avec habilité le format pop, notamment avec le léger "Fast Phyllis" au sujet d'une gourgandine... Et avec "Ostrich", aux condiments tirés de la Country. Bien entendu, même si c'est le premier opus où le groupe compose autant, il ne résiste pas au plaisir de reprendre à son compte une poignée de chansons. Outre le "Hey Little Girl", la troupe interprète dans une version proche de l'original le proto-Heavy funk "I Get So Excited" de The Equals - le premier groupe européen multiracial à avoir du succès. Un groupe assez novateur, et injustement oublié. Elle remet à l'honneur le défunt Slim Harpo, qui eut une influence sur ses pairs du Blues et sur le British blues, avec un medley de "I've Got Love If You Want It" et de "I'm a King Bee" sur une pulsation jungle de Bo Diddley. Et puis le "I'm The Leader of the Gang" de Gary Glitter, auquel la troupe donne un petit coup de fouet, et qui, au passage, sorti en single, lui fournit un nouveau petit succès. C'est par cette version que les Américains font la connaissance de tube de glam-rock, et non par celle de Gary Glitter qui ne parvint jamais à percer sur le continent américain.

     Brownsville Station va poursuivre sa carrière en revenant au format de quatuor, avec un guitariste complémentaire. Le ton continue à s'étoffer, à se durcir. Toutefois, alors qu'avec l'arrivée d'un quatrième larron, Brownsville Station aurait dû s'envoler, bien au contraire, il entame sa chute. L'album suivant, "Motor City Connection", est pourtant très bon, mais il est, étonnamment, le premier depuis 1972, a ne pas placer un seul single dans les charts. Paradoxalement, au contraire du suivant, album éponyme, qui lui, se vautre par contre sur les ventes d'albums. En 1978, la troupe avec "Air Special", a bien un beau sursaut d'orgueil, mais le public semble être passé à autre chose. Le groupe raccroche l'année suivante, en 1979.

     Plus tard, après la dissolution du groupe, Cub Koda sera également reconnu et respecté comme auteur de chroniques musicales et de quelques articles et bouquins sur l'histoire de la musique populaire (dont trois volumes pour la série "Blues Masters" et un "Blues pour les Nuls" - for dummies ). On retrouve également son nom sur de nombreux livrets de rééditions CD. Il est considéré comme une sommité en la matière. Parallèlement, il continue à se produire sur scène , en groupe, comme simple accompagnateur (dont Hound Dog Taylor) ou en solo. Souffrant déjà d'une maladie rénale l'obligeant à être régulièrement dyalisé, il décède à 51 ans, le 1er juillet 2000. En 2016, il est intronisé au Michigan Rock and Roll Legends Hall of Fame. Le groupe, Brownsville Station, l'a été en 2008.

     Mike Lutz, lui, se lance dans la production et tourne un temps avec le "compatriote" Ted Nugent (il produit aussi son passable "Spirit of the Wild"), avant de continuer tranquillement sa vie en enseignant la guitare et la basse.

     Le batteur Henry Weck se lance aussi dans la production, en débutant par une collaboration avec Al Nalli, sur les albums de Blackfoot. (Et qui joue de l'harmonica sur le fougueux "Train, Train" ? Mister Cub Koda !


1.«Kings of the Party»
  • Lutz, 
  • Weck, 
  • Koda
4:12
2.«Mama Don't Allow No Parkin'»Koda, Lutz3:05
3.«Meet Me on the Fourth Floor»Koda, Lutz2:54
4.«Fast Phyllis»
  • Lutz
  • , Doug Morris, 
  • Koda
2:35
5.«I Get So Excited»
  • Eddy Grant, Derv Gordon
2:54


1.«Ostrich»Koda, Lutz2:52
2.«I Got It Bad for You»Koda, Lutz2:35
3.«Hey Little Girl»
  • Bobby Stevenson
  • , Otis Blackwell
2:05
4.«I've Got Love If You Want It / I'm a King Bee»James Moore4:14
5.«I'm the Leader of the Gang»
  • Gary Glitter Mike Leander
3:33


(1) L'histoire se situe aux débuts des années 70, dans le milieu d'une industrie musicale un peu sclérosée qui peine à prendre conscience du foisonnement des changements musicaux émergeant de quartiers populaires New-Yorkais.

(2) Paradoxalement, alors que dans les années 80 les revues affirmaient mordicus que les dinosaures de des décennies précédentes étaient dépassés, obsolètes, tout comme leur musique (de has-been), on remarque que pas mal de cartons des 80's sont en fait des reprises - ou des détournements - de cette époque. Et ça démarre même un peu plus tôt avec "You Really Got Me" par Van Halen. Suivent "Oh Pretty Woman", "Peter Gunn", "Cum'on Feel the Noize", "I Love Rock'n'Roll", "Bette Davis Eyes", "California Girls", "Dear Prudence", "Mama All Crazee Now", "La Bamba", "Venus", "Walk This Way", "Spirit in the Sky", "Tainted Love", "Unchain My Heart", "Sweet Jane", "Harlem Shuffle", "I'm Free", "Your Mama Don't Dance", "Higher Ground", "I Do Every Thing for You", "Wild World", "Lean on Me" (massacré), "Always on my Mind", "You Can't Leave Your Hat On", "Don't Leave Me This Way", "The Greatest Love of All", "China Girl", "Baby I Love Your Way / Freebird" (sic), 

(3) Chanson que Quentin Tarantino a exhumé pour son film "Once upon a time... in Hollywood".



🎼🎶🚃

mardi 15 septembre 2026

”Catalogue d’objet introuvables“ de Jacques Carelman (1969) - par Pat Slade


Jacques Carelman ou Pierre Dac par l’image, la loufoquerie par l’absurde.




Un Catalogue de Manufrance Farfelu




Mais qui était Jacques Carelman ? Vous avez tous vu au moins une de ses œuvres. Ce dentiste de formation deviendra un illustrateur reconnu, on lui doit des décorations théâtrales, des illustrations de livres, des peintures et des sculptures. Il adaptera en bande dessinée ”Zazie dans le métro“ de Raymond Queneau. Il fera quelques affiches pendant mai 68, la plus connue restera la silhouette noire d’un CRS brandissant une matraque. Le ”Catalogue d’objets introuvables“ sera son œuvre majeure. Il fera aussi un ”Catalogue de timbres-poste introuvables“. 

Le Porte Enclume
Le ”Catalogue d’objet introuvable“… n’est ni un catalogue de soldes chez Castorama, ni une liste de courses oubliée sur un coin de table. Non, c’est l’œuvre joyeusement farfelue de Jacques Carelman, l’inventeur des inventions qu’on ne trouvera jamais en magasin et c’est tant mieux ! 

Parce que franchement, qui aurait envie d’un parapluie inversé qui vous mouille au lieu de vous protéger ? Ou d’une fourchette à spaghetti qui vous catapulte les pâtes à la figure ? 

Dès les premières pages, on comprend que l’on est dans un univers où le bon sens a pris des vacances prolongées, où l’imagination a sauté dans un manège fou et où l’humour pince-sans-rire fait figure de guide touristique. Carelman, c’est un peu le MacGyver du gadget inutile, le Picasso de l’objet absurde, le Jerry Lewis de la dérision pratique.

toilette pour berger landais
Prenons par exemple sa fameuse ”pompe à vélo pour crevaison“. Oui, vous avez bien lu. Un appareil qui, au lieu de gonfler votre pneu, le creuse davantage. Pratique si vous voulez faire un tour en tricycle vintage, mais plutôt gênant pour une balade dominicale en VTT. Mais là où Carelman brille, c’est dans le détail: chaque objet est accompagné d’un dessin précis, parfaitement sérieux, comme s’il s’agissait vraiment de produits révolutionnaires. On croit d’abord à un manuel d’utilisation, puis on éclate de rire aux larmes. 

Ce qui rend ce catalogue irrésistible, c’est qu’il joue avec nos attentes. L’homme moderne est bombardé d’objets prétendument utiles, de gadgets high-tech à démonstration intégrée, et souvent on se retrouve avec plus de questions que de réponses sur leur fonctionnement réel. Carelman, lui, nous renvoie à cette absurdité, si c’est déjà compliqué quand tout est censé servir, imaginez quand rien ne sert à rien !

Parmi mes préférés, il y a le ”couteau suisse pour gauchers maniaques“, qui propose un assortiment d’outils inutiles comme un tire-bouchon qui ouvre uniquement les bouteilles déjà ouvertes (merci du scoop), “La cafetière pour masochisteet son bec verseur inversé, formidablement efficace pour se bruler la main, ça n’existe pas (du moins à ma connaissance) ou encore ”les toilettes pour berger landais“.

À travers ces pages, on sent aussi un amour sincère pour ces bidules bricolés dans les garages, ces inventions loufoques faites à la hâte, avec trois bouts de ficelle et beaucoup d’espoir. Parce que l’inventeur, au fond, est un éternel optimiste, prêt à tout pour améliorer le quotidien, même si c’est souvent une idée saugrenue. Jamais un de ces objets ne se présentera au concours Lépine.

Bref, le ”Catalogue de l’objet introuvable“ est un délicieux antidote contre la morosité. Il nous rappelle que parfois, le meilleur accessoire, c’est un bon fou rire devant l’absurde. Et ça, ça ne se trouve pas en rayon, même chez les meilleurs vendeurs.

Alors, si vous cherchez un livre qui décoiffe, qui fait cogiter en rigolant, et qui vous donne envie de regarder vos propres objets du quotidien sous un angle complètement déjanté, foncez chez votre libraire. Et surtout, ne cherchez pas à commander les objets présentés : ils sont, par définition, introuvables. Mais ça ne nous empêche pas de rêver de la fourchette à spaghetti explosive ou du sèche-cheveux qui fait pousser les cheveux… Malheureusement Jacques Carelman ne nous fera pas de suite, ce dernier est décédé en 2012, il n’existe que deux tomes, mais ce catalogue restera dans les mémoires avec ses inventions délirantes ! 

Mais il n'est pas interdit d'en inventer soit même comme : la lime à épaissir, les sacs de bulles à niveau ou la calculatrice à compter les moutons pour insomniaques fainéants.

dimanche 13 septembre 2026

LE BEST-OF À L’ÈRE DU MÉSOZOÏQUE


MARDI :
Pat a rendu un hommage mérité à l’acteur britannique Tim Curry, que tout le monde a vu en porte jarretelles dans « The rocky horror… », mais ce comédien très polyvalent jouait aussi les méchants, les excentriques, les comiques, les vulnérables, et les clowns démoniaques.

MERCREDI : dans la série quand ça veut pas, Bruno nous a déniché une rareté, le groupe Bull Angus, très prometteur à l’écoute de la première galette, du proto-métal proche d’Uriah Heep, basé sur une doublette de guitaristes. Hélas ils n’ont pu rééditer l’exploit.


JEUDI : les « Quatre chant sérieux / opus 121 » sera l’ultime chef d'œuvre de Johannes Brahms, c’est ce que nous apprend le Toon dans son billet, d’autant que la version choisie affiche la bouleversante contralto anglaise Kathleen Ferrier accompagnée au piano par le québécois John Newmark. Une gravure légendaire de 1950 de bonne facture…

VENDREDI : quelques frissons cinématographiques avec ces bons vieux T-Rex lâchés dans un quartier paisible, « La fin d’Oak street » de David Robert Mitchell ne manque pas d’évoquer tonton Spielberg, en plus modeste, un aimable divertissement sacrément tiré par les cheveux sur la fin.

👉 La semaine prochaine, voyage en Absurdie avec les drôles objets de Jacques Carelman, le rock de Brownsville Station, le jazz de Jan Garbarek, et du très très sanglant avec un énième Evil Dead. 

vendredi 11 septembre 2026

LA FIN D'OAK STREET de David Robert Mitchell (2026) par Luc B (comme brontosaure)


La bande annonce fleure bon le blockbuster fantastique comme il en sort tous les trois quatre matins. Mais ce qui interroge, est que celui-ci est écrit produit et réalisé David Robert Mitchell. Ah tiens ? Le gars est plutôt qualifié d’auteur, qui reçoit les éloges de la critique pour IT FOLLOWS (2014) et confirme avec UNDER THE SILVER LAKE (2018) féroce satire foutraque qui m’avait fortement impressionnée (lien en fin d'article).

Le réalisateur allait-il marquer de son empreinte un genre remis à l’honneur par Spielberg avec JURASSIC PARK ? Presque oui et… non ! Dès les premières scènes, on plonge dans l’univers de Spielberg, (JJ Abrams, autre héritier, est co-producteur) banlieue populaire, quartier aux pelouses bien taillées, fête des voisins, barbecue, gamins à vélo, parents Greg et Denise Platt au bord du divorce, ados chamboulés, tout ça rappelle bougrement E.T. ou RENCONTRE DU TROISIÈME TYPE. L’action se situe en 1982 (photo du film, décors et vêtements ad hoc) année de sortie de E.T. est-ce un hasard ? Quelques mouvements de caméra à la grue découvrant la rue principale, et plus tard ces étranges phénomènes nocturnes, bourrasques et flashs lumineux, renforcent furieusement cette impression.

Rires d'enfants, odeurs de viandes grillées, bières fraiches, couleurs acidulées, un monde tranquille, serein. Et puis la vieille et charmante Mme Huddleston découvre dans son jardin une plante énorme qui semble avoir poussée en une nuit. Et puis le chien de la famille, le brave Starbuck, aboie contre une menace invisible. Et puis le voisin hargneux découvre une tonne de merde odorante sur sa pelouse. Et puis un matin, plus d’eau courante, plus d’électricité, dehors une chaleur étouffante et un silence de plomb…

Il s'est visiblement passé un truc pas net pendant la nuit. Des bestioles à priori disparues de la surface terrestre depuis 60 millions d’années arpentent les rues. Le quartier d'Oak Street, isolé du reste du monde, est revenu au temps de la préhistoire !

Là où David Robert Mitchell réussit son coup dans un premier temps, c’est dans cette ambiance familiale tendue, ces petits dérèglements. La présence des dinosaures est fugace, une crête qui passe derrière un toit à l’arrière-plan, une queue qui se faufile, une ombre sur une cabane. Le réalisateur privilégie les plans larges, les habitants sont comme des petits pions sur son échiquier, confrontés à une situation qui les dépasse.

On se doute que l’angoisse montera crescendo (on est venu pour ça) et les morceaux de bravoure avec. On ne sera pas déçus. Après quelques amuses bouches avec les phorusrhacos (des grosses poules d'eau carnivores), les T-Rex s’invitent à la fête, que l’on combat avec ce qu’on a sous la main, marteau, tournevis, batte de baseball. Heureusement, en Amérique, on a aussi dans ses placards une winchester. Cela nous vaut de bonnes séquences rigolotes comme tout, quand Denise-mère courage et ses mômes sont encerclés par des crocodiles chez la bibliothécaire, ou ce titanoboa géant qui serpente silencieusement la maison, terrassé à coups de couteau de cuisine.

David Robert Mitchell ose sacrifier des personnages en cours d’intrigue, on se dit alors que le film va évoluer dans un sens inédit, que la patte de l’auteur va (enfin) débroussailler un récit d’épouvante convenu. Mais non. Un tour de passe-passe scénaristique remettra tout cela sur les bons rails.

Car si le film se suit avec plaisir, comme on regarde en souriant ces séries B des années 50 où les fournis géantes envahissaient la terre, on est frappé par le conservatisme des situations. Voilà un quartier en pleine fête des voisins, donc des centaines de gens, et quand les dinos débarquent, y’a plus personne ! Chacun pour sa gueule. On célèbre les valeurs familiales, mais les amis, les voisins, la communauté on s’en branle ! Ah si, la jeune voisine Jeannette dont le papa a été croqué sera accueillie par les Platt.

On peut rester dubitatif devant deux scènes zizi-caca, celle donc des étrons géants (un T-Rex qui défèque fait des dégâts) et celle où Denise Platt prend une photo de son mari posant fièrement devant un diplodocus en rut, qui enfile sa femelle. A noter tout de même que les effets spéciaux sont bien foutus, utilisés avec parcimonie, les bestioles sont très réalistes. Par contre, Mitchell abuse de la fameuse double-lentille (dont je vous avais expliqué le principe, fallait prendre des notes…) qui permet dans un même plan une netteté tout devant et tout au fond. Autant pour déceler des trucs chelous qui se passent loin dans le jardin à travers une fenêtre, ça le fait, autant l’utiliser pour filmer quatre acteurs dans une pièce de 20 mètres carrés, c’est assez moche.

J’avoue une tendresse particulière pour LE PIC DE DANTE, dont je ne me lasse pas, film catastrophe hyper codifié mais tellement drôle au second degré. Notamment avec le chien et la grand-mère-courage (bis) lorsqu’elle se sacrifie en plongeant dans le lac acide. Grande scène. Et bien LA FIN D'OAK STREET nous resserre la même soupe réchauffée (idem pour TWISTER et autres trucs du même genre), le brave Starbuck wouaf wouaf qui réapparaît sauver le gamin, et le sacrifice de la vieille bibliothécaire. On ne sait plus s’il faut frémir ou rire. J’ai ri.

L’épilogue triture les neurones, source de débat. Avec ce tour de passe-passe dont je parlais, que même les acteurs, en interview, ont trouvé étonnant : le coup de faille spatio-temporelle. Une fin énigmatique (dernier plan à la SHINING avec la photo du père au mur) avec cette famille réunie autour d’un barbecue où l'on croit voir deux Jeannette, donc issues de deux temporalités… Cartésiens s'abstenir. Si vous avez vu NIMITZ avec Kirk Douglas, vous comprendrez de quoi je cause…

La sortie de LA FIN D'OAK STREET a été repoussée plusieurs fois, ce n’est jamais bon signe. Est-ce le nanar de l’année, une comédie horrifique à prendre au trente-sixième degré, ou un projet personnel raté (dédié au père du réalisateur) que les studios ont reformaté en blockbuster estival ? Anne Hathaway et Ewan McGregor assurent le job, le rythme est soutenu, la mise en scène évite le grandiloquent, on reste dans le modeste, le divertissant, donc ne boudons pas notre plaisir.

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lien vers : UNDER THE SILVER LAKE



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