mercredi 7 août 2019

B.B.M. "Around The Next Dream" (1994), by Bruno



     Dans la catégorie des supers groupes : B.B.M. Un trio constitué de deux tiers du premier des power-trio et du premier super groupe. Injustement oublié à cause d'une discographie réduite au minimum avec un seul disque à son actif, même pas suivi d'un témoignage en public, et d'une durée de vie des plus courtes, avec à peine un peu plus d'une année.

     Il serait presque inutile de le citer tant l'affiliation est flagrante dès l'entame. En effet, dès les premières mesures, de "Waiting in the Wings", c'est une immersion dans un Cream régénéré et mis au goût du jour. Soit, nettement plus Heavyyy !! C'est même bien proche de ... "White Room". Carrément ! Et "City Of Gold", bien qu'excellent, frôle le simple plagiat de "Crossroads; ça semble être les mêmes notes jouées quelque peu différemment. Ils ont osé, et donne le bâton pour se faire battre.
   On ne sait pas si Clapton y a prêté attention et, auquel cas, s'il a souri ... Mais bon, il n'est pas le seul dépositaire du son et du caractère de Cream. Et les deux autres responsables sont justement les deux autres "B" du patronyme.
Soit Jack Bruce et Ginger Baker ; soit - pour les amnésiques et les nouveaux nés - respectivement le bassiste-chanteur et le batteur du mythique power-trio. Alors on ne se pose plus de question et on comprend l'héritage. Cependant, bien que ces deux morceaux sus-cités soit de haute tenue, on pourrait légitimement reprocher aux musiciens de ne pas s'être vraiment foulés.

   Toutefois, et fort heureusement, il en est autrement par la suite. A commencer par le très beau et poétique "Where In The World", jolie et délicate balade douce amère, chantée en duo par Moore et Bruce. dont l'atmosphère séraphique justifie presque les ailes que l'on a attribuées au pourtant irritable et colérique Ginger Baker.

   A la limite, on pourrait rattacher "Can't Fool The Blues" à la sphère Creamienne, cependant, cet Heavy blues-rock élevé au grain "Willie Dixon", est plus à mettre au crédit de la période 90% Blues-rock de Gary Moore. Par ailleurs, une période qui va plus tard être un 
inépuisable terreau pour un certain Bonamassa.



    Certaines chansons, ou plutôt quelques mouvements épars nous rappellent aussi fortement Mountain. Ce qui n'est pas une coïncidence puisque, rappelons-le, le bassiste, chanteur et compositeur Felix Pappalardi fut le producteur de Creamà partir de "Disreali Gears". Et que donc ce même Felix rapporta avec lui un peu de cette essence folle de Blues, de Jazz, de Rock et d'une envie de dévorer le monde "larger than life" qui fit de Cream ce qu'il était. Sur "Why Does Love », on pourrait croire que c'est carrément Leslie West qui est venu apporter son concours avec un gros son de Gibson, gras et baveux. La trompette d'introduction - et du pont - de "Glory Days

   On note aussi qu'Albert King est à l'honneur avec deux de ses chansons, "High Coast Of Loving" (écrit par Alan Jones et Sherwin Hamlett) et "I Wonder Why ?". Même si cette dernière sonne bien plus comme une torride session entre Moore et Stevie Ray Vaughan.


   L'influence de Gary Moore (le « M ») sans être prépondérante, est présente, mais ce dernier n'en fait pas des tonnes, et son jeu est dans la continuité de ses précédents opus blues, avec néanmoins une attaque un peu plus durcie pour l'occasion. Notamment sur « Glory Days », où son solo nous renvoie aux chaudes heures de Thin Lizzy. Tel un caméléon talentueux, il s'est fondu dans la couleur musicale d'un Hard-blues millésimé 68-74. Pas vraiment une performance, puisque pour lui, ce n'était qu'un simple et fulgurant retour en arrière, du temps de Skid Row (premier du nom), autre power trio dans lequel il a officié de 1968 à 1971 et enregistré deux albums. (Groupe par ailleurs très influencé par Cream. On tourne en rond).

Avec "Naked Flame", Moore offre une ballade dont il a le secret, dans le genre qui va égrener toute sa discographie des années 90 et au-delà. Coincé entre le slow-blues meurtri et la douce ballade Soulful interprétée avec un cœur de (hard-)rocker.

     Evidemment, on retrouve le jeu alambiqué et puissant de Ginger Baker, ainsi que l'expressivité et l'élasticité de la basse de Jack Bruce. Tout comme la voix lyrique de ce dernier qui s'épanouit dans ce cocon de Blues-rock heavy et vigoureux, qui parfois pencherait presque vers le rock-progressif (et non plus psychédélique).


     Paradoxalement, le succès ne fut pas à la hauteur de l'attrayante affiche et du succès des précédentes productions de Gary Moore. Pourtant, l'indéniable qualité de ce disque n'est pas à mettre en cause. Est-ce parce que l'on n'y retrouvait pas vraiment l'essence de Cream (à l'exception des deux premiers morceaux), ni le Gary Moore qui avait réussi à séduire les radios avec son Blues-rock chromé ?  Encore moins celui des années 80, insaisissable et teigneux guitariste pourvoyeur d'un Hard-rock tranchant et puissant ? Ou simplement que le calendrier n'était pas favorable à cette réunion d'icônes ?

     Dommage que l'expérience n'ait pas été renouvelée (bien que le disque ait réussi à s'installer à la neuvième place des charts anglais en 1994, il n'a pas fait d'étincelles outre-Atlantique) car la voix de Jack Bruce se marie à merveille avec celle de Moore. En fait, tout semble avoir été fait dans le respect du jeu de ces trois incontestables talents, et malgré le patronyme du groupe, personne n'essaye de tirer la couverture à soi, chacun laissant son ego de côté. Fait plutôt rare en ce qui concerne ces trois lascars. Même Gary se montre assez réservé en solo ; ce qui ne fut pas le cas en concert.

    1. Waiting In the Wings      (Gary Moore / Jack Bruce)      –      3:42
    2. City Of Gold      (G. Moore / J. Bruce / Kip Hanrahan)      –      3:57
    3. Where In The World      (Gary Moore / Jack Bruce)      –      5:23
    4. Can't Fool The Blues    (G. Moore / J. Bruce / Kip Hanrahan)      –      5:15
    5. High Cost Of Loving    (Alan Jones / Sherwin Hamlett)      –      5:14
    6. Glory Days      (Gary Moore / Ginger Baker / Jack Bruce)      –      4:23
    7. Why Does Love (Have to Go Wrong)?    (Gary Moore / Ginger Baker / Jack Bruce)      –      8:47
    8. Naked Flame      (Gary Moore)      –      6:06
    9. I Wonder Why (Are You So Mean to Me?)      (Albert King)      –      5:00
    10. Wrong Side of Town      (G. Moore)      –      4:00

  •      P.S. :  A ce jour, dès bien qu'il soit le plus âgé des trois, 80 balais le 19 août prochain, et souffrant de séquelles d'années d'un tabagisme forcené, Ginger Baker est le seul survivant.


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