mercredi 8 février 2012

GARY MOORE - SCARS "Scars" - 2002 - (By Bibi)



Moore revisite Hendrix à la mode Heavy-Nü-Metal.

     En 2002, après son incartade réussie dans une Soul-Pop élégante, puis une techno-rock rutilante, suivie de près par un rapide retour au Blues-rock, Robert Williams Gary Moore, un peu las de sa carrière solo, et aussi à cause de son caractère fantasque, décide encore une fois de changer de direction et de monter un nouveau groupe.
Enfin, nouvelle direction, pas totalement. On garde un pied dans le Blues mais aussi dans le Hard-Rock avec une vision vers des horizons plus modernes.
de G à D, Darrin, Gary et Cass

     Pour cela, il demande conseil à son actuel batteur, Darrin Mooney (Primal Scream, Queen Of The Stone Age, Martin Barre), qui joue avec lui depuis l'année précédente. Tout deux sont enthousiasmés par le travail du bassiste de Skunk Anansie, et tombent d'accord pour embaucher Cass Lewis. Le groupe s'arrête donc sur la formule tant éculée, depuis Cream et le Jimi Hendrix Experience, celui du power-trio (à laquelle Moore avait déjà tâtée dès Skid Row). Déjà quelques années auparavant, Moore s'était, à une certaine échelle, immergé dans un univers faisant logiquement référence à Cream en s'associant avec les icônes Jack Bruce & Ginger Baker, qui réalisèrent ensemble, sous le patronyme B.B.M., un très bon opus.

     Avec « Scars », les renvois à Jimi Hendrix sont nombreux, jusqu'à parfois délivrer des plans intégraux en courts extraits. Nullement par manque d'inspiration, mais en hommage sincère à cette autorité, parmi d'autres, de l'Irlandais. Même si les influences sont parfois très évidentes, on est très loin d'un plagiat, ou d'un quelconque revival réchauffé.
Rappelons que Gary n'a jamais caché ses influences ou ses admirations ; parfois formalisées sur disque, comme sa formidable reprise du « Whishing Well » (qu'il a longtemps hésité à chanter), le « Shape of Things » des Yardbirds, le maestrial instrumental de Roy Buchanan, « When the Messiah will come », et l'album intégralement conçu en l'honneur de Peter Green (ce dernier lui avait offert sa fameuse Gibson Les Paul flammée), « Blues for Greeny ».

     Cette fois-ci donc, c'est le gaucher mythique qui est revendiqué et mis à l'honneur. Gary a même ressorti du placard sa vieille Strato Fiesta Red, celle qu'il utilisait à l'époque de « Corridor of Power », « Victims of the Future » et « Rockin' Every Night », pour enregistrer les lignes les plus Hendrixiennes. Lors de sa tournée précédente, celle de « Back to the Blues », il a semblé à Gary qu'avec son groupe il jouait dans un style ancré dans les années 70. Et comme pour lui ces années là portent le poids de l'héritage d'Hendrix, il décide de s'y plonger et d'enregistrer un album en jouant à la manière de Jimi. Mais avec une approche résolument moderne d'un point de vue acoustique et une attaque sonique redoutable.
Pour cela, une autre raison : son fils. Ce dernier lui a fait écouter System Of A Down, et, la surprise passée, séduit par la puissance et la pêche du groupe (et ses pointes d'humour également), il souhaite alors injecter une dose d'agressivité supplémentaire (comme jamais auparavant) à son disque.
Gary avec sa vieille Fiesta Red

     Le son est donc totalement moderne, proche d'un Nü-Metal et on frôle à maintes reprises l'agression sonore. Cela sent la Strato gonflée, overboostée, les cordes mises à rude épreuve, et les amplis à donf, à la limite de la rupture. La guitare hurle, gémit, vocifère, et se sert de la Wah-wah (une Vox Reissue), entre autres effets, tel les héros irlandais de Kaledvwlch (dure-entaille). Pas de quartier, on tranche. La Stratocaster est à la fois dirty, cinglante et puissante. A la fois ciselée et brutale. C'est évident, Gary joue fort. Et Il n'a pas chanté aussi agressif depuis 15 ans, sa voix défaillant parfois sous la tension et la fureur. 
Cass Lewis contribue à cette approche grâce à une basse présente et volontaire, n'hésitant pas à se parer de divers effets (spéciaux), allant jusqu'à donner l'impression d'utilisation de samples, notamment sur «Wasn't born in Chicago » (« I wasn't born in Chicago, but I can play the Blues, I wasn't part of no union, But I paid my dues... »). Quelque fois même de synthés. Gary fera taire Cass au sujet de ses secrets (Cass est carrément équipé d'un pedal-board très fourni). 

D'après Cass, lorsque Gary proposait des plans proches du Blues, il s'arrangeait pour qu'ils finissent par sonner résolument Hard.
La batterie se montre combattive et nerveuse. Sur l'assommant « World of Confusion », il ferait passer Mich Mittchell pour Phil Rudd.
Trois barbares esthètes brutalisant avec méthode et joie les sens des auditeurs.
Les quatre premiers missiles représentent un véritable abordage de flibustiers soniques et belliqueux. C'est énergique, tranchant, compulsif, mordant, et malgré tout, pourvu d'un certain groove. Gary s'est abreuvé à la fontaine de jouvence, et balaye d'un revers de manche de guitare (PAF !), en seulement quatre pièces, tous les soit-disant métallurgistes (grimaçants) de la décennie. Du Hard/Heavy-blues pugnace au son Nü-Metal percutant. Une accalmie avec le slow-blues « Just can't let you go » ; blues néanmoins entre-coupé de salves de mitrailles électriques ! Puis cela repart avec un shuffle typé Stevie Ray Vaughan, enchaîné à un triptyque où s'impose l'aura d'Hendrix. Soit un Heavy-Blues-rock psychédélique, un blues binaire évoquant « Catfish » (très bon titre qui aurait mérité un solo écourté, dont la longueur déséquilibre la bonne tenue du disque), et un ardent Heavy-Funky-blues évoquant plus ou moins Foxy Lady, Machine Gun et Purple Haze en mode « potards sur onze ». Comme le dit Cass Lewis, à propos de leur disque : « une musique d'homme ».
Final sur une ballade bluesy entre Peter Green et Stevie Ray Vaughan. Un baume apaisant et réconfortant pour soigner les plaies occasionnées par les jeux brutaux précédents.

     Ce disque est un peu oublié, tout comme celui de B.B.M d'ailleurs, entre les albums typés Blues-Rock et ceux Hard-Rock des 80's plus médiatisés. Pourtant « Scars » demeure encore à ce jour un formidable brûlot de Heavy-Blues-Metal-Rock, vindicatif mais qui n'omet pas les plages d'une sensibilité à fleur de peau.
La rencontre de l'ère « Corridors of Power », du Jimi Hendrix Experience, du « Back to the Blues » précédent, et du Néo-Metal des 90's.
Un indispensable de l'irlandais.

     Scars était un groupe à part entière. Chacun apportait sa contribution à l'édifice. Malheureusement, bien que destiné initialement à faire carrière, chaque musiciens avaient ses projets annexes parallèles, qui allaient obliger la mise en sommeil, même temporaire, du trio. Finalement, après 2003, le groupe se séparera et l'expérience ne se renouvellera pas.

     Le live « Live At Monster of Rock », sorti sans l'autorisation de Moore, bien qu'enregistré avec Lewis et Mooney (le 21 mai 2003), paraîtra sous le seul nom de Gary Moore. Néanmoins, au recto, libellé en petit caractère, il est mentionné « with Cass Lewis et Darren Mooney ».
Au sujet de cet album, Gary concèdera que ce n'était qu'un concert à part, reflétant une époque révolue et non la tournée en-cours. De plus, il trouvait la prise de son passable, et s'y trouvait finalement plutôt ringard.


Darrin Mooney restera avec Gary jusqu'en 2006 (il joue sur les albums "Power of the Blues" et "Old News Ballad Blues"). Il sera de retour en 2010 ; on le retrouve sur le "Live at Montreux 2010".

En hommage à Gary Moore, décédé l'année dernière, le 6 février 2011, à 58 ans seulement. 


  1. "When the Sun Goes Down" – 4:19 (Moore, Lewis, Darrin Mooney)
  2. "Rectify" – 4:21 (Moore, Lewis, Mooney)
  3. "Wasn't Born in Chicago" – 4:35 (Moore)
  4. "Stand Up" – 4:11 (Moore, Lewis, Mooney)
  5. "Just Can't Let You Go" – 7:40 (Moore)
  6. "My Baby (She's So Good to Me)" – 3:26 (Moore)
  7. "World of Confusion" – 4:22 (Moore)
  8. "Ball and Chain" – 12:53 (Moore, Lewis, Mooney)
  9. "World Keep Turnin' Round" – 4:15 (Moore)
  10. "Who Knows (What Tomorrow May Bring)?" – 9:48 (Moore)












Autres articles sur l'irlandais de Belfast (liens) : Dark Days in Paradise (1997), et Gary MOORE 1952-2011 R.I.P.

3 commentaires:

  1. A l'issue de la vidéo "Stand up", plusieurs autres choix sont proposés, dont la reprise de "Fire" d'Hendrix par Gary Moore et sa Strato rouge... A faire passer la version de Poppa Chubby pour de la musique d'ascenseur chez Monoprix !

    RépondreSupprimer
  2. Tout-à'F, Luc.
    Une anecdote : un poto présent, et en première ligne, à un de ses concerts parisiens, époque "Scars" donc, se souvient qu'une jeune femme, enceinte, se trouvait justement vraiment près de la scène. Le service d'ordre se présente et lui demande, avec tact et délicatesse, de bien vouloir s'éloigner de la scène et de la sono (et de préférence à une distance conséquente), l'avertissant d'un volume sonore important.
    "Merci, mais ne vous inquiétez pas, j'ai l'habitude", leur rétorque gentiment la personne.
    "Oui, mais monsieur Gary Moore joue vraiment fort... très fort", le service d'ordre.
    "Oui, mais j'ai payé et bla, bla, bla et bla-bla-bla", la dame bientôt maman.
    "Nous sommes sincèrement désolés et nous comprenons, mais vu le volume sonore de monsieur Gary Moore, et votre état (avancé ?...ndr) nous ne pouvons prendre de risque. Nous sommes dans l'obligation de vous demander de vous éloigner le plus possible de la scène. En cas de refus, nous serons contrait de vous prier de quitter la salle."

    Le poto, Pierre, habitué aux concerts du genre (et pas des moindres) et si possible aux premiers rangs, me confirma : C'était fort, vraiment fort ! Pas seulement Gary, mais le groupe entier.
    Ce qui n'a pas empêché le son d'être excellent. C'était du costaud.

    RépondreSupprimer
  3. Je ne sais pas comment vous faites pour pondre ces excellents posts !
    Sincèrement vous me trouez le cul !

    RépondreSupprimer