mardi 30 novembre 2010

Justin ADAMS & Juldeth CAMARA - "Tell No Lies" (2009) par Rockin-jl



C’est notre cher Luc qui m’a donné l’envie de ressortir ce disque et de vous en parler, après qu’il nous eut parlé de leur première partie de Robert Plant au Palais des Sports. Et au passage quand je dis notre "cher" Luc, c’est le mot, si vous saviez ce qu’il nous coûte en notes de frais… Tenez ce concert du beau Robert, faut qu’on lui rembourse sa place, le taxi pour y aller, car Môssieur depuis qu’il est chroniqueur vedette au Deblocnot’ ne veut plus prendre les transports en commun, et comme si ça ne suffisait pas son entrée ensuite au Lido et les consos, soit disant pour interviewer Robert si jamais il s’était trouvé là... Mais le summum c’est cette note de frais de 80 Euros avec une certaine Madame Ginette, rue Saint Denis, une informatrice qui aurait connu Robert jeune parait il ; mouai, n’empêche que j’ai un doute là….

Mais revenons à nos moutons ou plutôt nos chameaux avec ce disque anglo-gambien que j’avais glissé avec circonspection dans ma platine, n'appréciant que très modérément tout ce qu'on balance sous l'étiquette "World Musique ", d’ailleurs c’est quoi de la World Musique, quel terme idiot, toutes les musiques sont à part égales des musiques du monde, non ? Ou alors certaines sont plus égales que d’autres, comme disait Coluche… Le petit coté ethnique, un rien condescendant de ce terme m’énerve quelque peu...



Cet album, enregistré dans les studios de Peter Gabriel, est la seconde collaboration après Soul Science de 2007 entre Justin Adams - guitariste anglais, et passionné de musiques africaines, qui produit les albums de Tinariwen, les bluesmen touareg. Fils de diplomate il a vécu au Moyen Orient et s'est imprégné de cette culture, il accompagne aussi régulièrement un certain Robert Plant, ex pilote de Zeppelin - et Judeh Camara, gambien installé à Londres depuis 2003, issu d'une famille de griots, chanteur et joueur de ritti, sorte de violon peul à 1 corde, dont il tire des sons incroyables. Ils sont accompagnés du percussionniste Sahah Dawson Miller, qui lui puise son inspiration dans les musiques brésiliennes, cubaines et du Maghreb.
Disons le tout net, l'alchimie opère et la rencontre du rock, du blues et des sons du désert et des Caraïbes est hautement réussie,vous serez transportés des berges du Mississippi au massif du Hogar, des bas fonds de Chicago aux regs du Ténéré. Rythmes arabisants, orientaux et afro-américains s'entremêlent, on reconnaîtra une adaptation libre du Hoochie Coochie Man de Muddy Waters, standard du blues s'il en est, la plus étonnante version qu'il m'ait été donné d'entendre et aussi Kélé Kélé, et ses forts relents de Hey Bo Diddley, plus de superbes titres comme Sahara qui nous transporte littéralement dans le désert ou Gainako, sur l'importance des racines africaines.

Ce disque est envoûtant, je l'écoute là en vous écrivant et je vois le soleil qui se couche sur les dunes du Sahara, une caravane passe au loin, un chien aboie, le vent apporte les senteurs épicées du désert, à coté de moi un chameau boit dans l'oasis et une jolie touareg juste vêtue d'un boubou aux milles couleurs m'invite à prendre le thé à la menthe sous sa tente, voila qui promet !

Mais que se passe-t-il, le disque est fini, tout cela n'était qu'un mirage... Il flotte, ça sent le lisier, je ne vois par ma fenêtre que la lande désolée, un chien galeux hurle à la mort, et en fait de jolie touareg, c'est ma vilaine factrice, qui sanglée dans sa veste PTT, vient m'apporter le dernier pli de mon trésor (public) qui me rappelle que je n’ai toujours pas payé ma TRS (taxe sur les rapports sexuels-je sais ça n’existe pas encore mais ça ne saurait tarder)... Je remets le disque…










"Sahara"

L'AVIS DE LUC B. :

Voilà comment on remercie un Déblocnoteur, certes zélé, mais dévoué à son blog ! Ce que vous ne savez pas, c'est que je m'étais glissé dans le coffre de la limousine de Robert Plant, qui en sortant du Lido, fonça vers son hôtel, le George V. Je n'avais toujours pas mon interview, et tentai une dernière ruse. Las, au parking de l'hôtel, le chauffeur a fait descendre Monsieur Robert, puis a verrouillé portières et coffre. Je ne suis ressorti qu'au petit matin. Savez-vous combien coûte une nuit au George V, même sans petit déjeuner et dans un coffre de Bentley, au second sous-sol ? Hein ? Non ?


Je confirme ce qui vient d'être dit. Pas ces allégations fumeuses, mais les propos se rapportant au duo Justin Adams et Camara. Ils ont fait la première partie du concert de Robert Plant à Paris, ce 24 octobre dernier. Quelle prestation ! Le premier titre était acoustique, Camara au ritti, et Adams jouant d'une espèce de petite mandoline. Chanson africaine, enjouée, accompagné par le batteur qui frappait la caisse en bois sur laquelle il était assis. Puis Justin Adams, dans un excellent français, nous a raconté son amour de l'Afrique et de ses rythmes, ses sonorités, et sa rencontre avec Camara. Un simple coup de téléphone. Appelle ce type, lui dit une connaissance... Adams appelle, et Camara joue de son ritti, de l'autre côté de la ligne. Adams en aime le son, et immédiatement, les deux musiciens s'accordent pour enregistrer ensemble. Lorsque Justin Adams prend sa guitare électrique, c'est le mariage du blues, du punk rock, avec le sable chaud du Sahara. De longs morceaux hypnotiques, sur des bases boogie, qui fleurent de John Lee Hooker à plein nez. Adams ne tient pas en place, sautille, shoote dans des ballons imaginaires, danse, délaisse sa guitare pour des percussions, alors que Juldeth Camara, stoïque, chante le blues dans sa langue, et joue du ritti, avec une dextérité incroyable, hendrixienne ! A l'arrière, le duo basse/batterie assure une base rythmique sans faille, toujours à l'écoute, prêt à rebondir sur un appel des solistes. Il y a de la spontanéité dans cette musique, on se laisse porter, on s'élève, on décolle !

Ils ont reçu une véritable ovation, et ce n'est pas faire injure à Robert Plant, de dire que ce soir-là, sa première partie lui a presque volé la vedette..

(à lire sur le concert de Robert Plant au Palais des Sports: http://ledeblocnot.blogspot.com/2010/11/robert-plant-en-concert-par-luc-b.html)

lundi 29 novembre 2010

FLEETWOOD MAC - "Rumours" (1977) par Philou




Rumeurs,Succès et Règlements de comptes...

Suite à l'excellente chronique de notre brillant collaborateur Luc.B, "FLEETWOOD MAC" Live In Boston (1970), le service courrier du Déblocnot a reçu des centaines de lettres suppliant votre humble serviteur Philou de faire un petit papier sur le Fleetwood Mac américain.
Je ne pouvais donc pas manquer l'occasion de vous parler d'un de mes disques préférés,
une pépite douce et savoureuse
que j'écoute régulièrement et ce, depuis plus de 30 années maintenant, j'ai nommé le fabuleux "Rumours".

Fleetwood Mac a toujours été un groupe vomi par les critiques rock et détesté par les keupons de l'époque!!! Vous pensez, un groupe de blues qui a viré sa cuti et s'est orienté vers une musique plus commerciale qui passe en boucle sur les radios FM américaines... ouuuu...la honte !
"Rumours" fait pourtant partie de la liste des albums les plus vendus de tous les temps avec plus de trente millions de copies écoulées depuis sa sortie !!!
Je vous l'avoue aujourd'hui et je pèse mes mots, "Rumours" est un disque vraiment génial, riche, complexe, mélodiquement lumineux et d'une rare inventivité musicale, en effet, on y trouve une sorte de mixture parfaite entre l'ancien style "British Blues" des rescapés du groupe et le nouveau courant "California Folk/Pop" apporté par les nouveaux arrivants.

Après un parcours chaotique, le formation anglaise formée dans les années 60 par Mick Fleetwood, John Mc Vie et Peter Green,
décide de traverser l'Atlantique pour se retrouver à Los Angeles au milieu des seventies et essayer de se refaire une santé musicale.
Les anciens fans du groupe huent le trio Mick Feetwood + Mr et Mrs Mc Vie, qui n'ont pas trouvé mieux que d'embaucher un duo d'amoureux californien, le ténébreux Lindsey Buckingham et la superbe Stevie Nicks qui, entre autres défauts, présentait celui d'être un extraordinaire chanteur/guitariste inventif et original pour le premier et une chanteuse à la voix unique et envoutante pour la seconde
.
Le groupe fait donc son come back en 1975 avec l'album Fleetwood Mac qui connaitra un succès mémorable avec les singles "Rhiannon", "Say You Love Me" et "Over My Head".


En février 1976, le groupe retourne en studio
pour le second album avec les valises remplies de cocaïne et utilise les mêmes recettes que pour l'album précédent : harmonies vocales imparables, production minutieuse, arrangements somptueux, pop folk magique....




L'album sort le 4 février 1977 et
les tubes défilent et s'enchainent comme des perles précieuses,"Second Hand News", "Dreams", "Don't Stop", "Go Your Own Way", "You Make Loving Fun" , sans oublier "Gold Dust Woman" une chanson d'une rare intensité dans laquelle Stevie Nicks expose ses problèmes d'addiction, "Oh Daddy" le slow incontournable et que dire de "Songbird" avec Christine Mac Vie toute seule au piano, même le plus cruel des Waffen-SS ne pourrait s'empêcher de laisser échapper un larme en écoutant cette bouleversante chanson.
Le travail collectif du groupe fait mouche sur le monstrueux "The Chain", un morceau d'anthologie, carré et agressif, la batterie de Mick Fleetwood et la guitare de Lindsay
Buckingham se déchainent sur l'énorme ligne de basse de John Mc Vie.
En écoutant "
Never Going Back Again", Lindsay Buckingham nous prouve qu'avec une simple guitare acoustique et sa voix, on peut créer un petit chef d'œuvre, le tout en 2 minutes et 15 secondes.
L'album a squatté les charts et les radios du monde entier et restera classé 31 semaines en tête du Billboard......


Malgré son succès phénoménal, "Rumours" est avant tout le testament douloureux d'une époque sombre pour le groupe. Christine McVie et Stevie Nicks voient leurs compagnons respectifs s'enfoncer petit à petit dans la drogue et l'alcool, condamnant ainsi leurs relations. L'excitation joyeuse et motivante des premières séances d'enregistrement sera vite remplacer par une période réellement tragique et trouble avec un Mick Fleetwood un peu paumé au milieu de tout ça, qui tentera avec toute son énergie de recoller les morceaux, sans oublier de s'en mettre lui-même plein les narines.



A consommer sans modération ( l'album !!! pas le contenu de la valise...)


(à lire sur le Fleetwood Mac "anglais" :http://ledeblocnot.blogspot.com/2010/11/fleetwood-mac-live-in-boston-1970-par.html)






"Go Your Own Way" Live 77

dimanche 28 novembre 2010

CHICAGO BLUES A LIVING HISTORY , live à QUEVEN (56) ,le 26/11/10 par Rockin-jl

Trois semaine après le mémorable concert de Moriarty , me voici de nouveau dans cette sympathique salle des Arcs à Quéven (56), cette fois pour " Chicago Blues a Living History ", la revue qui fait suite au double cd à succès dont je vous ai déjà parlé dans ces colonnes. Fait frisquet en Bretagne en Novembre mais comme d’hab la salle est chaleureuse, environ 800 personnes , un public plutôt connaisseur ( mon voisin a fait 120 kms pour venir) majoritairement dans la tranche d’age 35-50ans (même remarque que pour Moriarty : mais y sont où les 20-30ans ? en boite ? dans les bars ? devant la télé ? devant l’ordi ? sur Facebook ? En tout cas pas aux concerts où je vais…).



Mais les lumières s’éteignent et voici Matthew Skoller (çi-contre), le maître d’œuvre du projet qui arrive et nous présente dans un français parfait l’esprit et le déroulement de la soirée, hommage aux géants du Chicago blues, mais aussi au présent de cette musique . En tout ce sont 9 musiciens qui défilerons sur la scène et les 2 premier seront Johnny Iguana et Kenny Smith sur "Chicago Breakdown" du pianiste Big Macéo (1905-1953), un instrumental dans l’esprit de "Jukes " , la pièce qui ouvrait les concerts de Little Walter. Je vais m’attarder un peu sur ces 2 musiciens qui ne sont pas les têtes d’affiche du concert mais en sont pourtant des rouages essentiels.
Rigolard, casquette vissé sur la tête , Kenny " Beedy Eyes " Smith est un vrai "fils du blues " puisqu’il n’est autre que le fils du légendaire Willy " Big Eyes " Smith, 74 ans, batteur du Muddy Waters Band durant des décennies, mais aussi pour Holwin’ Wolf ou Buddy Guy, et un des maîtres des fûts Chicagoens , peut être le plus grand avec Fred Below. Kenny est à son tour devenu un des batteurs les plus demandés du blues et a déjà joué avec la crème de la scène actuelle . Il ne ménage pas son énergie, par moments j’ai même cru qu’un octopuss avait prit place derrière les caisses…

Quand à Johnny Iguana, c’est un drôle de zèbre, costard jaune et coiffé avec un pétard , barbe de 3 jours, un petit coté Gustave de Kervern pour ceux qui regardent Groland.., mais surtout un sacré pianiste qui a joué pour Junior Wells, Eddie Shaw, Otis Rush, Koko Taylor, Carey Bell entre autres.


Après cette entrée en matière , les choses sérieuses commencent avec la première vedette de la soirée : Billy Boy Arnold , 75 ans et visiblement en pleine forme. J’avoue un moment d’émotion de voir de si prés ce vétéran de Chicago, qui a apprit l’harmonica avec John Lee " Sonny Boy" Williamson (autrement dit Sonny Boy Williamson 1) et débuté à 15 ans dans les rues de Chicago avec un certain Bo Diddley.
Il va nous jouer un titre de Tampa Red, un de Big Bill Broonzy puis son fameux "I Wish You Would" , et son rythme caractéristique , morceau que j’entendis pour la première fois sur un disque des Yardbirds .
Un petit mot aussi sur le bassiste ,Felton Crews , la discrétion même , relégué dans son coin, entre le batteur et la sortie de secours (quel métier à la con bassiste …je leur tire mon chapeau ), une pointure pourtant qui a joué avec Miles Davis, Otis Rush, Junior Wells ou Charlie Musselwhite ; et je n’oublie pas le second guitariste présent tout au long du show et lui aussi loin des sunlights Billy Flynn , lui aussi sideman réputé (Kim Wilson, Luther Allison, Jimmy Dawkins...)




Seconde tête d'affiche de la soirée voici le guitariste chanteur John Primer , 64 ans, né dans le Mississippi, monté à Chicago et compagnon de route de Muddy Waters, Willie Dixon ou Magic Slim. Comme sur le CD pour ceux qui le possèdent , on continue chronologiquement avec des titres de Jimmy Reed puis Muddy Waters , sur la reprise de ce dernier Primer nous gratifie d’un long passage au bottleneck où il fait littéralement pleurer sa guitare, le premier temps fort du concert. Matthew Skoller l’a rejoint a l’harmonica et n’usurpe pas son surnom d’ "Harmonica Wizard" , je vous recommande d'ailleurs les CD du Matthew Skoller Band. Quand il ne joue pas Skoller se charge de tout, des boissons, de rebrancher les fils, etc, sans doute fait il le ménage et la vaisselle après..






Mais c’est l’invité suivant Billy Branch qui fait décoller la salle. A 59 ans, Billy est un des derniers géants de l’harmonica encore en vie (avec James Cotton et Charlie Musselwhite) et le digne successeur des Junior Wells, Carey Bell, Walter Horton, Little Walter , Sonny Boy I et II ou Georges Smith . Showman accompli , Branch descend dans la salle, s’amuse avec le public mais surtout c’est un chanteur puissant et un vrai virtuose de l’harmo , dont il explore les sons qu’il peut en sortir au cours de plusieurs solos ; lors de reprises de ses maîtres, amis et professeurs James Cotton et Junior Wells , notamment un énorme " Hoodoo Man Blues " de ce dernier.





La dernière star de la revue est Lurrie Bell, le cadet de la bande (52 ans) , lui aussi un " fils de " , en l’occurrence de l’harmoniciste Carey Bell (1936-2007) qui va me laisser une impression mitigée. On n’est pas à Ici-Pourri ou Voila et je n’évoquerai pas la vie privée de Lurrie, sachez simplement qu’il revient de l’enfer (drogues, maladie, pertes de proches...), et semble un peu "ailleurs ". Aucun contact avec le public dont une partie sembla un peu déçue de sa prestation. Pour ma part je suis heureux qu’il puisse s’exprimer sur une scène et lui souhaite de retrouver vite moral et santé. Son set comprends 3 titres , un d’ Elmore James (I Believe) , un blues lent de Willie Dixon " My Love Will Never Die" , et "Damn Right I’Ve Got The Blues " de Buddy Guy. Lurrie est un monstre de la guitare, sans soute parmi les plus doués de sa génération, dans la veine West Side Sound (Otis Rush, Buddy Guy, Magic Sam) et balance quelques solos de derrière les fagots dont les notes allongées s’élevèrent longtemps dans le ciel Morbihannais.

C’est fini. Déjà ? J’ai l’impression que ça vient de commencer, pourtant cela fait 2 heures qu’on est là. La salle est debout et réclame un rappel , nous aurons droit à un bœuf final (Blues Has A Baby And They Called It Rock' n' Roll) avec les 9 musiciens, où chacun ira de son petit solo.

Ce qui est sympa dans ce genre de salles c’est la proximité avec les musicos. Pendant que sur scène Primer et le batteur distribuent baguettes et médiators , Billy Branch et Billy Boy viennent signer des autographes et discuter avec le public . J’en profite pour me faire dédicacer par Billy Branch mes CD des Sons of blues et "Harp Attack" avant de prendre le chemin du retour ,des notes plein les oreilles, et le plein de blues pour l'hiver.

Sur la route j'allume mon autoradio et tombe sur …Florent Pagny , autoradio que je balance aussitôt par la fenêtre sur un coup de tête.. ce que je regrette un peu car c’était un Pioneer presque neuf …amis bretons si vous le retrouvez au bord de la 4 voies entre Lorient et Quimper , merci de le ramener au Deblocnot’…..

à lire sur le cd "Chicago Blues a Living History":http://ledeblocnot.blogspot.com/2010/07/chicago-blues-living-history-2009-par.html



le final, de g. à d. :BB Arnold, M.Skoller,J.Primer,L.Bell, F.Crews (en blanc au 2d plan), B.Branch (en noir chapeau blanc), B.Flynn (hors champ J.Iguana et K.Smith) ; filmé à Antwerp. "Blues has a baby and they called it Rock'n'roll"

samedi 27 novembre 2010

LE FANFARON, un film de Dino Risi (1962) par Freddiejazz.






Classique de la comédie italienne , le Fanfaron (Il Sorpasso) fut redécouvert et réévalué dans les années 80, alors qu'il fut plutôt boudé par la critique et le public lors de sa sortie en salles (1962), ce film de Dino Risi a vraiment tout pour plaire. Il ravira aussi bien l'amateur que le plus exigeant des cinéphiles. Basé sur un scénario d'Ettore Scola et de Dino Risi, Le Fanfaron est peut-être bien le premier road-movie de l'histoire du cinéma. Une bande son remarquable, des acteurs qui prennent leur pied, et un voyage en Italie comme on en a rarement vu. Le sentiment aussi que nous tenons là un chef-d'œuvre de la comédie italienne avec un aspect documentaire non négligeable puisque cette histoire à la fois rocambolesque et tragique témoigne de cette Italie du début des années 60, alors en plein boom économique.

Le réalisateur Dino Risi.

Mais c'est aussi une satire à l'encontre de la société toute entière (l'enrichissement des classes moyennes, les plaisirs hédonistes, la découverte du capitalisme...). La critique à cet égard est bien féroce mais justifiée, et l'on comprendra que cette comédie est finalement une fable douce-amère. Alors, bien sûr, dès le début de ce long-métrage, Dino Risi utilise toutes les ressources de la comédie, et l'on ne manquera pas de rire aux éclats, tant sont jubilatoires les dialogues et les frasques des personnages. Mais Risi en profite pour explorer l'évolution des mentalités de son époque. Et plus le film avance et plus l'on perçoit le désir du cinéaste de montrer un certain désenchantement... Non pas que c'était mieux avant, mais sa foi en l'homme est sans appel... En effet, "Il Sorpasso" est un miroir parfaitement lucide de cette époque, des hommes mais aussi des femmes (l'automobile, véritable objet de culte, la frime, le fric, la disparition de la modestie et de la courtoisie, et la vulgarité qui commence à s'afficher sans vergogne ni pudeur, etc...).


Jean Louis Trintignant et Vittorio Gassman


Le film met en scène un personnage célibataire, Bruno Cortona, la quarantaine bien entamée (Vittorio Gassman, impressionnant), beau gosse, plein de fougue et de panache, déconneur, ne songeant qu'à une chose: profiter de tout, "vite et maintenant" (la scène du restaurent, ou celle au cours de laquelle on le voit danser et dialoguer avec la femme de son patron, ne manquent pas de piquant, mais c'est surtout dans sa façon de conduire son coupé sport que l'on cerne le personnage..). Et quand c'est jour férié en Italie (un 15 août), qu'il fait beau et que tout Rome est fermé, et même déserté (impossible d'acheter des clopes en pareille journée..), il est un peu désespéré le Bruno. Alors, forcément, il cherche à voir ses amis, mais en vain... Et c'est à toute vitesse, dans les rues de la capitale, qu'il lance sa Lancia. On l'aura compris, Il Sorpasso est aussi un film sur les frustrations de la solitude. Très vite, il interpelle un jeune étudiant en droit, perché à sa fenêtre (Jean-Louis Trintignant au jeu sobre et tout en retenue). Démarre alors pour ces deux hommes qui ne se connaissent pas une aventure folle de deux jours.. Elle sera forcément inoubliable, pour l'un comme pour l'autre... L'intérêt du film réside aussi, on l'aura compris, dans l'opposition entre les deux protagonistes (Bruno/Gassman opportuniste, sans gêne, et carrément extraverti, Roberto/Trintignant, timide, malléable, introverti...). La voix off de Roberto traduit d'ailleurs ses pensées les plus profondes en contradiction avec ses actes... Si l'un dit tout haut ce qu'il pense, l'autre, au contraire, est plus réservé, du moins au début... Mais au contact du premier, le second va découvrir une autre façon de vivre, et ouvrir peu à peu les yeux sur le monde qui l'entoure...

Catherine Spaak et Vittorio Gassman

La liberté des acteurs, et donc, leur sens de l'improvisation, sont ici remarquables. Gassman et Trintigant dépassent tous deux la représentation simpliste et caricaturale des comédies dites "classiques". Le premier (dont on apprend, dans les bonus, que ce film est de loin son préféré) associe son portrait et ses joutes verbales à des moments mémorables de rire libérateur, il vit si bien son personnage que jamais dans une comédie, en tout cas de mémoire de cinéphile, un être ne m'était apparus aussi authentique... Dans Le Fanfaron, le spectateur ne sera pas au bout de ses surprises. Improvisation, donc, comme ce thème de jazz endiablé qui ouvre le film. Aussi, Gassman ne s'en cache pas: il s'attribue quelques trouvailles pour les dialogues. Le rythme s'en trouve d'autant plus vertigineux que rien ne l'arrête. Ce type n'a peur de rien. Alors bien sûr, des scénaristes comme Ettore Scola ont tenu un rôle non négligeable, mais j'ai eu le net sentiment que ce sont les acteurs qui portaient vraiment ce film. Comédie jubilatoire, donc, film désenchanté, plans-séquence de toute beauté, regard sur l'évolution des mœurs italienne des années 60, fable douce-amère, Il Sorpasso est tout cela à la fois. Et voir Gassman disséquer les mécanismes de pensée de tel et tel personnage, ça ne manque pas de saveur... Dans l'évolution des mentalités, l'on sent pointer, durant tout le film, une critique acerbe (contre les préjugés -sur les paysans, notamment, qui réclameraient toujours plus d'argent-, contre l'impolitesse et la disparition de la courtoisie...). C'est une description incisive que celle proposé par Dino Risi, son effort pour donner un portrait synthétique des travers, des malaises et des aberrations de la société italienne font mouche. C'est du très grand art. Et Vittorio Gassman en parfait hâbleur, n'en est pas moins vif et lucide. Enfin, une réflexion vient se greffer sur le bonheur éphémère, celui de toute une jeunesse... Voici donc un film complet qui témoigne d'une éclatante vitalité et n'a pas pris une ride plus de cinquante après sa réalisation: un pur divertissement doublé d'une réflexion sociale acérée.

Un pur chef-d'œuvre de la comédie italienne. A ne manquer sous aucun prétexte.

Dans les suppléments de cette édition dvd : trois interviews fort intéressantes de Dino Risi, Vittorio Gassman, et d'Annette Strayberg. Langues : français et italien (avec sous-titres français).









LE FANFARON (1962)
Titre original : Il Sorpasso (Le dépassement)
Réalisation : Dino Risi
Scénario : Dino Risi, Ettore Scola et Ruggero Maccari
Musique : Riz Ortolani
Montage : Maurizio Lucidi
Avec : Vittorio Gassman, Jean-Louis Trintignant, Catherine Spaak, Claudio Gora, Luciana Angiolillo, Linda Sini, Luigi Zerbinati…
N&B – 105 minutes

vendredi 26 novembre 2010

DEEP PURPLE - "Fireball" (1971), par Luc b.



FIREBALL est le sixième album de DEEP PURPLE, et le deuxième de la fameuse tétralogie du Mark II, réunissant Ian Gillan (chant, harmonica), Ian Paice (batterie), Jon Lord (claviers), Roger Glover (basse) et Ritchie Blackmore (guitare).

Les musiciens entrent en studio en septembre 1970, par intermittence entre deux concerts européens (158 concerts entre juillet 70 et octobre 71), soit à peine cinq mois après la sortie de IN ROCK. A cette époque, pas question de laisser trois ou quatre ans entre deux albums, la concurrence est rude. Les prétendants au trône nombreux. Il n'était pas rare pour ces groupes de sortir deux albums dans une même année, ce qui serait inconcevable aujourd'hui. Donc sitôt les ventes de IN ROCK épuisée, un nouvel opus se devait de le remplacer dans les rayonnages des disquaires, sur les ondes radios, et dans le coeur des fans. Et puis le groupe manquait de titre à jouer sur scène, le répertoire du Mark I n’étant pas exploité, à l’exception de « Kentuky woman » (reprise de Neil Diamond) et « Wring that neck » tirés de BOOK OF TALIESUM (1968) ou « Mandrake Roots » issu de SHADES OF DEEP PURPLE (1968). Le groupe alternera les périodes de studio (De Lane Lea à Kingsway, où IN ROCK s’était terminé) avec des séances d’écriture et de jam dans un manoir du Devonshire. Les premiers titres à voir le jour seront « Anyone’s daughter » et «The Mule », autrement dit, les plus décalés, les plus éloignés du style de DEEP PURPLE. Les membres du groupe pensent en avoir jusqu’en février, mais cela est sans compter une panne d’inspiration, et des relations de plus en plus conflictuelles entre Gillan et Blackmore. Le premier calmant ses nerfs en bibinant sacrément, ce qui n’arrange rien. Quels souvenirs Ian Gillan garde-t-il de cet enregistrement ? Aucun. Juste un gros trou noir de plusieurs mois dans sa vie !



Pour rassurer le staff, le groupe sort un single, à l’instar de « Black night » pour IN ROCK. Ce sera : « Strange kind of woman », d’abord intitulé « The Prostitute », un mid-tempo bluezy né d’une longue jam entre les musiciens, et qui aujourd’hui fait figure de classique incontournable, repris systématique sur scène, et prétexte à un duel voix-guitare entre Gillan et Blackmore, le premier reproduisant au micro ce que le second joue sur son manche de Stratocaster. La version entendue sur MADE IN JAPAN étant définitive.




Après le beau succès de IN ROCK, et la déflagration qu’il provoqua par son style novateur (un des deux ou trois piliers de ce qu’on nommera plus tard le Heavy Metal), mais qui n’impose pas encore DEEP PURPLE au sommet en termes de vente et d’aura médiatique, la sortie de FIREBALL était attendue au tournant. Le groupe, qui aurait pu lui donner une suite tout aussi bruitiste et énervée, opère pourtant un changement de cap. C’est ambitieux, mais l’album semble du coup moins cohérent, se dispersant dans différents styles. Mais surtout, l’ensemble est beaucoup moins agressif. Ce qui faisait la spécificité de IN ROCK, ce son métallique, la vitesse d’exécution, la virtuosité des solistes, les acrobaties vocales, ont disparu au profit d’une ambiance nettement plus blues-rock. L’album a bénéficié d’une production plus étudiée (Martin Birch est toujours aux manettes), avec des chansons montées de toutes pièces, piquant des idées et des motifs, çà et là dans les kilomètres de bandes disponibles. On pourra regretter ce manque de spontanéité (de sauvagerie ?) qui faisait la marque de l’opus précédent. Pendant cette même période, les nouveaux titres sont souvent rôdés sur scène, même à l’état d’ébauche, pour tester leur efficacité, et retravailler certains passages. C’est d’ailleurs aussi à cette époque que deux titres circulent en concert « Highway Star » et « Lazy », qui ne seront enregistrés que l’année suivante. Cela dit, une fois ses réserves formulées, passons par le menu ces sept plats savamment mitonnés…


Le morceau « Fireball » ouvre le bal d’une manière grandiose, titre qui aurait pu faire partie de IN ROCK, et qui fait donc figure de transition entre les deux albums. On entend d’abord un bruit de cabine d’ascenseur qui se met en branle (c’est en réalité l’air conditionné du studio, enregistré par Martin Birch !), puis Ian Paice déboule à toute berzingue, avec une clave bossa passée à la moulinette heavy (double grosse caisse pour l’occasion). Morceau ultra rapide, court, avec pont à la basse, et petit chorus d’orgue. Dans le jargon, on appelle cela une tuerie !

« No no no » commence par un motif plutôt funky, une partie chantée assez agressive, mais en retrait par rapport aux instruments, des fins de couplet en suspension, aériennes, tremplin pour le chorus de guitare, planant d’abord, piqué ensuite. Le chorus de Lord à l’orgue est de toute beauté, dépouillé, clair, jazzy. Le procédé sera repris pour « Fools », le groupe semblant rompre avec les solos virtuoses à la « Child in time ».

« Demon’s eyes » est un bon titre bluezy, à défaut d’être une brillante création, finalement incorporé à l’album a la dernière minute, et qui supplanta « Strange kind of woman » sur le pressage européen. C’est une bonne base, sur laquelle j’aurais aimé que le groupe se décarcasse un peu plus…

« Anyone’s daughter » est beaucoup intéressant, car aux antipodes du style Purple. Le morceau né d’un motif de guitare joué par Blackmore pour passer le temps, et sur lequel les autres ont finalement posé leurs propres parties. Une perle country-folk, rafraîchissante, avec Lord au piano, une grosse caisse et un tambourin pour le tempo, un texte savamment écrit, soignant les allitérations. Gillan a estimé après coup que ce morceau était une « erreur de casting », responsable sans doute du demi-échec de l’album.

« The Mule » est le titre le plus étrange du disque, un texte court, anxiogène, et un long développement instrumental au clavier, psychédélique, sur des breaks sur toms de Ian Paice. Une rupture syncopée, puis Blackmore fait son petit tour, avec écho, avant le retour au thème. Ce morceau est surtout célèbre, sur scène, pour inclure le splendide solo de batterie, dans une version beaucoup rock et serrée. Le thème de « The Mule » sera repris souvent sur scène, comme à la fin de « You fool no one » en 1974, sur l’album LIVE IN LONDON.

« Fools » Ou comment passer à deux doigts d’un chef d’œuvre. Longue et douce intro, plaqués d’orgue Hammond, explosion du thème, rock garage, un Gillan énervé, une scansion travaillée, articulée à l’excès, narrant les réflexions désabusées d’un mort devant la folie des hommes. Le tempo n’est pas spécialement rapide, mais une grande intensité se dégage de l’ensemble. Blackmore enquille ensuite sur un très long chorus, seulement accompagné par Ian Paice à la batterie. Des motifs simples, qui tiennent presque plus du violoncelle, soutenus par de très légers plaqués d’orgue, dont il se dégage une tristesse et une mélancolie profonde. Ce chorus de guitare est issu de motifs généralement interprétés sur scène lors des impros (« Mandrake Root »), et que le groupe pensait intéressant d’intégrer à un titre studio. Très grande création, mais là encore, on prend d’auditeur à contre-pied.

« No one came » est aussi une réussite, un de mes morceaux préférés, quoique basique, rock. J’aime particulièrement les parties chantées, un Gillan encore très inspiré, (« Man, your music is really… funky ! ») une énorme basse, deux longs chorus guitare/orgue très classiques, du pur Purple donc.

En fait, c'est sur tout l'album que Gillan fait des merveilles, dans sa manière d'interpréter les titres, d'articuler clairement, de poser les mots, de mettre le ton juste, laissant pour un temps de côté la virtuosité qui avait fait sa réputation. Son approche est plus fine.



Enregistré en 1972 un "Fireball" ultra-speed, seul véritable titre estampillé "hard-rock" de l'album. Un rodie installe la deuxième grosse caisse. Le démarrage de Ian Paice à la batterie relève d'une expérience extra-terrestre... Les aliens lui ont greffé quatre bras de plus. Je crains qu'il y ait un léger décalage du son par rapport à l'image.


Sur la version anniversaire de FIREBALL, on retrouve trois autres titres non inclus au LP d’origine. Dommage, car deux d’entre eux sont excellents. En retirant « The Mule » et en les casant, là mes amis, on frôlait la perfection ! « I’m alone » est une face B très sixties et sympathique. Mais « Freedom » est un pur rock’n’ roll, avec piano, le dernier couplet étant hurlé par un Gillan survolté, faisant d’un coup le pont entre le rock et le heavy métal. « Slow train » est une perle, speedée, déjantée, euphorique, avec petits dérapages d’Hammond.

L’album FIREBALL sort entre juillet et septembre 1971 (USA puis Europe). Il reste peu de temps n° 1 des charts, puis sera vite oublié. L’album ne contient pas de gros tube ni de chef d’œuvre intemporel. Pourquoi n’avoir inclus « Strange kind of woman » que dans l’édition américaine, et mis « Slow train » de côté ? Mis à part « Strange kind of woman » et le solo de batterie sur « The mule », peu de morceau de FIREBALL seront repris en concert. Il faudra attendre les tournées de 1993-1996 pour réentendre « Fools » « No one came » ou « Anyone’s daughter » en concert. Il semblerait que FIREBALL doive beaucoup à Roger Glover, le bassiste, qui enregistrait toutes les séances, très présent, alors que Gillan était plus en retrait cette fois-là. FIREBALL n’est évidemment pas un mauvais album, loin de là, mais la sélection des titres à de quoi surprendre, quand on entend tout le matériel disponible. On peut dire de plusieurs titres qu’ils pouvaient encore évoluer, comme « Demon’s eyes », dont les musiciens ne tirent pas tout le potentiel, au contraire de « Flight of the rat » ou de futur « Lazy » qui apparaissent quasi-parfaits.

Après la période Nick Semper/Rod Evans (première formule du groupe, dite Mark I), puis l’épisode symphonique « Concerto for group », puis le boulet rouge de IN ROCK, c’est trois styles différents de musique, pour le même groupe, en moins de deux ans. Le public ne s’y retrouve pas. DEEP PURPLE, malgré leur réputation sur scène, et la qualité intrinsèque de ses membres, semble se chercher encore. Contrairement à Led Zeppelin qui bâtit une œuvre logique, cohérente, avec un Jimmy Page producteur qui savait exactement où il voulait aller (et en adéquation avec les trois autres membres du groupe), DEEP PURPLE semble encore s’éparpiller entre les désirs de ces cinq musiciens (car chacun écrit et compose chez DP) sans véritable esprit de groupe, et pas mal d’animosité envers le ronchon Blackmore. D’où le parcours chaotique de ce groupe durant des années, qui n’a jamais réellement pris son boulot au sérieux ! Et moins de six mois plus tard, en décembre 1971, les revoilà en encore en studio ! A Montreux. Espérons que cette fois-ci sera la bonne !



(affaire à suivre donc…)



Un "No no no" plombé à souhait, avec des chorus assez différents que la version studio. (clip HD : laissez-le se charger avant écoute)

PS : Tony Edwards, manager historique de DEEP PURPLE est décédé le 14 novembre dernier, à 78 ans.







DEEP PURPLE "FIREBALL" (1971) Harvest/Warner, édition européenne.
1."Fireball"– 3:25
2."No No No"– 6:54
3."Demon's Eye"– 5:19
4."Anyone's Daughter"– 4:43
5."The Mule"– 5:23
6."Fools"– 8:21
7."No One Came" – 6:28

+ Edition anniversaire : 78 minutes, avec titres bonus, jam, remix...

Autres articles consacrés à Deep Purple :
L'album IN ROCK http://ledeblocnot.blogspot.com/2010/09/deep-purple-in-rock-1970-par-luc-b.html
L'album DAYS MAY COMES AND DAYS MAY GO http://ledeblocnot.blogspot.com/2010/10/deep-purple-days-may-come-days-may-go.html

L'album MACHINE HEAD : http://ledeblocnot.blogspot.com/2011/02/deep-purple-machine-head-1972-par-luc-b.html

jeudi 25 novembre 2010

EXTREME - " Take Us Alive " DVD (2010) par Vincent Le Caméléon

ça bastonne in Boston.

Ratt, Accept, Y&T, Pretty Maids, etc... Retour en grâce pour des re-formations souvent inopinées (pas de gros mots SVP), on peut dire que l'année 2010 nous aura apporté son lot de surprises, à nous les quadras Hard Rockeux.

Son "Come Back", Extreme l'a fait un peu plus tôt, en 2008. Ce DVD est donc le témoignage sincère de leur retour illustrant la tournée de promotion du dernier album en date, le mitigé (ce n'est que mon avis) Saudades de Rock. Captée dans sa ville natale, Boston, la prestation du groupe est tout bonnement excellente. Nuno Bettencourt n'a définitivement rien perdu sa superbe. Quel Guitariste et musicien incroyable il est !!! Nouveau venu dans l'écurie Extreme, Kevin Figueiredo fait corps avec la basse du toujours très talentueux Pat Badger. Le binôme nous ramène aussitôt à nos meilleurs souvenirs de cette formidable et impeccable section rythmique, du temps ou Paul Geary (désormais manager du groupe) y tenait les baguettes. Aaaah ! Pornograffitti...
Gary Cherone, après le Split d'Extreme et son intégration raté au sein d'un Van Halen alors en pleine déconfiture, avait finit par me détourner de l'intérêt que je lui avais porté jusque là. L'éphémère et plus que décevant Tribe of Judah n'aura fait que renforcer cette cruelle désillusion et ce n'est certainement pas ses performances sur Saudades de Rock (pardon d'insister) qui allaient me faire changer d'avis.
Pourtant ! Dès l'entame de son morceau d'ouverture, et tel un diablotin jaillissant de sa boite, j'ai compris presque instantanément que Gary en avait encore dans le ventre. Oh bien sûr, il y a bien, de ci de là, quelques approximations (difficultés) sur un titre tel que le délicat (techniquement) "Rest In Peace", mais l'énergie que déploie le chanteur sur scène est telle, qu'elle parvient aisément à gommer ses quelques petites et rares imperfections. Sa performance est tout bonnement remarquable, tant vocalement que visuellement. Le chanteur se dépense sans compter.

Gary Cherone donne de la voix !!!!!

Alors que le guitariste nous avait promis quelque chose de "Something Very Special" pour cette dernière soirée, je dois reconnaître que la set list proposée ce soir là fut tout ce qu'il y a de plus conventionnelle. Pas de morceaux inédits, pas de reprises ou d'invité surprise comme ce fut parfois le cas, notamment avec la toujours très talentueuse et ô combien sexy percussionniste Sheila.E. Qu'importe finalement, car en 17 morceaux, Extreme ratisse suffisamment large en allant piocher dans chacun de ses cinq albums studio. La part belle étant évidemment faite à Pornograffitti.

Pat Badger (basse) et Nuno Bettencourt (Guitares, Clavier): Haut les Choeurs !!!

Au regard de ce beau témoigne Live, je me dis aussi que le groupe a vraiment tout compris. Pas de surenchère visuelle. Un simple Back Drop à l'effigie du dernière album en fond de scène. Nul pétards et autres fumigènes. Pas de poses inutiles de leur part non plus. Leurs talents respectifs se suffisent amplement à eux mêmes. Pointilleux comme je le suis parfois, je regrette quand même un son manquant un peu de puissance et de brillance. Le rendu lumières est aussi un peu timide. Il a le mérite de rendre l'ensemble assez intimiste cependant.
La cohésion des quatre musiciens, l'énergie que tous déploient en commun sur scène, font tout de même de ce moment un pur plaisir. De ceux que l'on aime voir et revoir inlassablement. Pardon d'y revenir, mais Nuno Bettencourt est absolument fabuleux. Tant à la guitare, qu'aux chœurs ou devant un piano.

Kevin Figueiredo, le nouveau batteur de la formation.

Les Bonus offrent 4 Clips (faits maison) originaux, tous extraits de Saudades de Rock. Régalez vous !
Nota: Sur sa version CD, Nuno se fend d'un joli pamphlet juste avant de jouer l'instrumental "Midnight Express" (à voir en vidéo ci dessous), s'insurgeant contre cette "Bull Sh** Of PlasticToy" qu'est Guitar Hero. Curieusement, cette séquence à été supprimé de sur le DVD. Censuré dites vous ?!

SET LIST
  1. Decadence Dance
  2. Comfortably Dumb
  3. Rest In Peace
  4. It ("s a monster)
  5. Star
  6. Tell Me Something I Don't Know
  7. Medley: Kid Ego / Little Girls / Teachers Pet
  8. Play With Me
  9. Midnight Express (instrumental)
  10. More than Words
  11. Ghost
  12. Cupid's Dead
  13. Take Us Alive
  14. Flight Of The Wounded Bumblebee (instrumental)
  15. Get The Funk Out
  16. Am I Ever gonna Change
  17. Hole Hearted
Albums
- Extreme
- Pornograffitti
- 3 Sides To Every Story
- Waiting For The Punchline
- Saudades De Rock






mercredi 24 novembre 2010

KENNY WAYNE SHEPHERD - "Live ! In Chicago" (2010), par Bruno


Blues-rock Texan & Chicago-Blues

     Kenny Wayne Shepherd est ce jeune blondinet de Louisiane qui avait surpris tout le monde avec la sortie en 1995, de son premier disque, (à l'âge de 18 ans seulement), irradiant un Blues-rock dru, racé et mature, intitulé « Ledbetter Heights ». Contre toute attente, ce 1er essai n'avait rien de l'album fourre tout, démonstratif et maladroit, ou péremptoire, et finalement avec peu d'originalité comme le sont trop souvent ceux des personnes de son âge, (et même des moins jeunes). Non, Kenny affichait déjà un talent évident de compositeur et d'interprète, une maîtrise hors-norme de la guitare blues-rock incendiaire, héritage de Stevie Ray Vaughan, avec un son plus sale, plus distordu, plus rock faisant parfois les yeux doux à un Heavy-Rock, bluesy of course, grâce à un débordement d'énergie.

Avec sa Stratocaster "Jimi Hendrix Montery Pop" du Fender Custom Shop, offerte par son père.

     Kenny a une vision très large du Blues, démontrant une vaste culture dans le domaine qui va du Blues traditionnel du Delta à celui de la scène florissante de la 2sd moitié des 80's, notamment texane, en passant par le British-blues. Ses superbes reprises que sont « Aberdeen » de Bukka White, « I'm Leaving You » de Howlin' Wolf, « Every thing is broken » de Dylan, « I don't live today » d'Hendrix, « Oh Well » de Fleetwood Mac (Peter Green), « Them Changes » de Buddy Miles (Band of Gypsies), en attesteront (sur les trois 1ers opus).

     C'est que cet échalas commença à jouer de la gratte à 7 ans, monta sur les planches à treize ans devant un public, invité par un autre Louisianais (d'adoption), Bryan Lee (on le retrouvera d'ailleurs sur les 2 « live at the Old Absinthe House » de l'aveugle à la Telecaster), et sa carrière professionnel débuta à 16 ans, dès lors qu'un label (Giant) lui fit signer un contrat, après avoir visionné une séquence vidéo montrant le jeune homme dans ses oeuvres. Le succès de cette 1ère galette fut fulgurant (disque de platine aux USA), et les deux qui suivront, « Trouble is... » et « Live on » (qui n'est pas un live), confirmerons en faisant encore mieux en terme de ventes. Shepherd réussit même à faire, avec seulement 3 disques, dix simples pour les radios, et à obtenir plusieurs récompenses. Il jouera également avec le G3 de Satriani & Vaï.

On remarque qu'au niveau composition Kenny aime bien (ou est-ce une nécessité ?) se faire seconder. A cet effet, on retrouve, sur ces trois disques, deux noms récurrents : ceux du couple Mark Selby & Tia Sellers. Ce même Mark Selby qui débuta une carrière solo en 2000 avec l'excellent « More storm comin' ». Du Blues-rock brut de décoffrage.

     Après un silence discographique de 5 ans, K.W.S refait surface avec un album, qui sans être mauvais, perdait en fraîcheur et en éclat en délivrant un Rock US mainstream sans grande saveur. Une autre facette de K.W.S qui n'est pas exempt de qualité, mais qui n'a peut être pas été mis correctement en valeur. Par faute d'une production « gros rock policé », mais aussi la voix de Kenny. Il s'était alors octroyé la place de chanteur, or si Kenny chante bien, il n'égale pas la présence de Noah Hunt, son chanteur depuis 97. Le genre de disque sympa mais qui s'oublie vite. La participation de Marti Frederiksen en tant que producteur, co-compositeur, bassiste, clavièriste et guitariste, n'y ait certainement pas étrangère. Assez bon, mais ne tient pas la comparaison avec les réalisations précédentes. On l'a cru perdu, happé par le show-business.

Kenny, un de ses modèles signature en main, et Noah Hunt

     Et puis, voilà qu'en 2007, il prend un virage à 180° en revennant au blues d'une façon original. Par un parcours de 10 jours, accompagné du fameux « Double Trouble » (Chris Layton & Tommy Shannon) et de Noah Hunt, de matériel d'enregistrement, de cameramen, Kenny part à la rencontre de divers bluesmen, plutôt « roost ». Bryan Lee faisant ici figure, en comparaison, d'un véritable outlaw, de Hard-Rocker. Un véritable album hommage, où il s'efface avec respect pour laisser le champ à des bluesmen, dont la plupart sont inconnus ou oubliés. Ainsi, il présente avec humilité et plaisir, Jerry McCain, Cootie Stark, Neal Patiman, Buddy Flett, B.B King (un jeune espoir), Clarence Gatemouth Brown (certainement son dernier enregistrement), Bryan Lee, John Dee Holeman, l'étonnante et attachante Etta Baker (qui doit vivre dans un 10 m² et affiche un sourire chaleureux et non feint, et qui aurait donné des cours de fingerpicking à un certain Robert Zimmerman), Neal Pattman, Henry Gray, Hubert Sumlin, George Butler et Pinetop Perkins. Différentes personnalités qui ont chacune une approche et une histoire particulière envers la musique du Diable. Kenny est là pour avoir le plaisir de les accompagner, et/ou les écouter, et surtout les enregistrer pour, via un double support, CD et un DVD, faire découvrir une partie de la riche palette de cette musique. Une des raisons pour laquelle on présente le plus illustre au même titre que l'inconnu. "10 days out : Blues from the Backroads" est indispensable, même si c'est inégal, pour tous les amoureux de la blue note. Extrait du DVD Et maintenant, en cette fin d'année 2010, déboule sans crier gare ce « Live ! In Chicago » qui s'annonce comme un futur classique, un grand enregistrement en public.

En guest, Hubert Sumlin, Bryan Lee, Willie « Big Eyes » Smith et Buddy Flett, dont chacun, preuve de réel respect, et non juste plan publicitaire, a une page de présentation biographique dans le livret.

Kenny se montre impérial et ses soli coincés entre Stevie Ray Vaughan, Gallagher et Bryan Lee, sont lumineux et inspirés.

     L'album a été enregistré lors d'un concert au House of Blues de Chicago durant le la tournée « Blues from the Backroads ». La structure de la formation est identique à celle de « Live On », c'est-à-dire, avec claviers, mais sans 2sd guitariste. Le son et la tonalité se rapprochent plus de l'album "Trouble is...". Outre Kenny et les invités, on retrouve le chanteur Nora Hunt (qui joue en principe aussi de la guitare folk, bien que non mentionné dans le livret), Chris Layton (de Double Trouble, bien sûr), Scott Nelson à la basse (Lou Ann Barton, Doyle Bramhall II, Cetan Clawson, Keller Brothers Band) et Riley Osbourn (Jeff Walker, Doyle Bramhall) aux claviers. Tommy Shannon, dont il y a pourtant une photo, semble avoir pris du repos (bien mérité) depuis peu.

     Le répertoire personnel se limite principalement au matériel de « Trouble is... », avec quatre titres, et un de « Ledbetter Heights ». Le restant, soit 9 chansons, est composé de reprises où participent les invités. Un petit regret : Pourquoi donc Bryan Lee n'interprète t'il pas une de ses compositions, alors qu'il en a une flopée d'excellentes ?

     Brillant ! Avec ce live, Kenny Wayne Shepherd est définitivement revenu sur le devant de la scène Blues-Rock. L'album est resté plus de 4 semaines n°1 des albums Blues du Billboards.

     Un regret néanmoins : un double CD, dont un réservé au Kenny Wayne Shepherd Band et leurs propres compositions, et le second dédié aux prestations des invités, aurait été (à mon avis) plus judicieux, d'autant plus qu'apparemment, ces représentations dépassaient allègrement les 1 h 30. Kenny est un Fender man (hormis sa vieille Yamaha de son enfance, aucune infidélité déclarée en solid-body), guitares et amplis ; même s'il tâte du Marshall, ses préférés demeurent les Fender Blackface et Vibroverb, deux amplis vintages. Sa sonorité semble indiquer qu'il joue avec un fort tirant, comme Stevie Ray. Bien qu'il ait, certes depuis peu, un modèle signature, de Fender (décliné en trois finitions différentes), et qu'il ait acquis une petite collection de Stratos, vintages, Relic, Custom Shop, l'élue de son cœur demeure un modèle 61 d'origine bien élimé (ci-contre), baptisée amoureusement "The One", au look rappellant la fidèle de Rory Gallagher (on remarque que les pontets ne sont pas d'origines). Elle a œuvré sur tous ses albums, et pas mal de concerts. C'est le modèle que l'on voit sur ce « Live in Chicago », et les versos des disques « Trouble is... » et « Live on ». Au niveau des effets, actuellement Kenny utilise la classique Tube Screamer TS9 d'Ibanez, ainsi qu'une TS-808 (la réédition de la TS-9), une Octavia Roger Mayer, un Delay de Line6, un Chorus Analogman, un Univibe Dunlop, et une Wah-Wah (à un moment c'était une Real McCoy). Son set a été quelque peu allégé.

  1. Somehow, Somewhere, Someway - 4:37
  2. King's Highway - 7:02
  3. True Lies - 5:54
  4. Deja Voodoo - 7:03
  5. Sell my Monkey - 4:18 - (Riley B. King)
  6. Dance for Me Girl - 5:09 - (Buddy Flett)
  7. Baby, Don't Say That No More - 6:00 - (Jimmy Reed)
  8. Eye to Eye - 6:18 - (Willie "Big Eyes" Smith)
  9. How Many More Years - 4:32 - (Chester Burnett)
  10. Sick And Tired - 5:16 - (Dave Bartholonew ; Christopher Kenner)
  11. Feed Me - 4:47 - (Hubert Sumlin)
  12. Rocking Daddy - 3:54 - (Chester Burnett)
  13. Blue On Black - 5:32
  14. I'm a King Bee - 4:53 - (James H. Moore)