mardi 31 août 2010

UN PISTOLET POUR RINGO & LE RETOUR DE RINGO de Ducio Tessari (1965) par Rockin-jl

Pour l’amateur de westerns italiens , le genre ne se résume pas aux archi connus et multi diffusés films de Sergio Léone. On peut même dire qu’ils constituent l’arbre qui cachent la forêt, vu qu’il fut tourné en Europe, principalement à Cinecitta et Almeria, plus de 600 westerns depuis 1964 , l’age d’or se situant entre 1964 et 1973. Dans cette production pléthorique le meilleur côtoie l’indigent, la série Z, le chef d’œuvre, le tout formant un genre à part entière, souvent d’ailleurs décrié, par ceux qui n’ont pas prit la peine de s’y pencher sérieusement.
Si les Léone sont effectivement sur le dessus du panier, il ne faut pas négliger pour autant les deux autres Sergio , Corbucci (Django ; Le grand silence..) et Sollima ( Le dernier face à face ; Colorado..) , mais j’aurai l’occasion d’y revenir dans ces pages.
Les deux " Ringo " dont il est question ici ont valeur historique, en effet, ils marquent les premières apparitions dans le western d’un des acteurs emblématiques du genre et surtout sa première star italienne, j'ai nommé Giulianno Gemma . Il est amusant de noter que sur ces deux films de 1965, Gemma se faisait appeler Montgomery Wood, pour passer pour un acteur américain, le western étant encore jusque là associé à Hollywood . Grande année 1965 pour Gemma d'ailleurs puisque outre ces 2 Ringo il jouera aussi de la gâchette dans "Adios Gringo " et "Le Dollar Troué".

" Un pistolet pour Ringo " est un des premiers westerns italiens , signé Duccio Tessari (1926-1994), qui a participé en tant que scénariste au premier western de Léone " Pour une poignée de dollars " (1964), ainsi qu'à des péplums ( "Le colosse de Rhodes", de Léone toujours, "Les derniers jours de Pompei","Carthage en flammes"..) et a déjà collaboré avec Gemma sur " Les titans " , son premier film en tant que réalisateur où il engagea Gemma pour ses qualités de gymnaste et de cascadeur accompli . Auparavant Gemma avait tenu des petits rôles dans des grosses productions comme "Ben Hur "ou "Le Guépard" et plus surprenant dans "Angélique Marquise des Anges".
Gemma et Tessari tourneront régulièrement ensemble jusqu'en 1985.
Dans ce film inspiré de " La Maison des otages " (film américain de 1955 avec H. Bogart), le western rencontre la commedia dell arte et n'est qu'un support pour l'humour des situations, la violence passe ici au second plan et en est désamorcée.

Un bandit mexicain et sa bande, suite à un hold up, prennent en otage une riche famille dans leur hacienda . Ringo, pistolero en prison, est libéré et envoyé par le shérif pour les délivrer contre une part du butin dérobé. Gemma, qui était surnommé Angel Face " (visage d'ange), incarne un héros décontracté et bondissant, vif d'esprit et souriant, aux antipodes du froid homme sans nom de chez Léone incarné par Clint Eastwood. Ce personnage de Ringo donnera lieu à de multiples imitations plus ou moins réussies, de Sabata à Trinita, en passant par Django ou Sartana. Ce film impose Gemma comme une des vedettes du western italien avec Thomas Milian, Franco Nero, Gian Maria Volonté et les ricains, Lee Van Cleef et Clint Eastwood .

Tessari disait " surtout je ne veux pas me prendre au sérieux quand je tourne un western ", et de fait dès le premier plan le ton est donné : deux cow-boys se croisent dans la rue, s'arrêtent face a face, se regardent en chien de faïence ...avant de se souhaiter un joyeux Noël..



Fernando Sancho , une vraie "gueule " et un vrai méchant...

Dans le rôle du bandit, on retrouve Fernando Sancho (acteur espagnol 1916-1990), LE méchant truculent bandit mexicain , que l'on retrouvera dans ce rôle dans une bonne part des westerns tournés à en Italie . Tessari -Gemma-Sancho, ces trois copains s'entendaient comme larrons en foire et cette complicité rejaillit sur les films qu'ils ont tourné ensemble.

Ce film divertissant est loin d'être parfait, pas toujours très bien filmé, et une bonne partie se passe en huis clos dans l'hacienda, donc il manque parfois un peu d’action mais un film à replacer dans ce contexte des premiers westerns européens, avec de bons acteurs -Gemma bien sur, mais également des seconds rôles intéressants, sans oublier la BO signée du maître Ennio Morricone.


Le succès de ce film appellera une suite , la même année, " Le retour de Ringo ", qui est en fait une fausse suite, car rien dans le scénario ne le rattache au premier, si ce n’est le même réalisateur, la musique de Morriconne et la distribution, Gemma et Sancho en tête mais aussi Georges Martin, Nieves Navarro ou Lorella de Luca.
Exit le ton ironique du premier, ce second opus revisite le drame antique, le mythe d’Ulysse plus précisément, transposé dans l’Ouest américain. Comme Ulysse , Ringo rentre chez lui, de retour de la guerre de Sécession . Il apprend qu’en son absence des bandit mexicain, les frères Fuentes, ( F. Sancho et Georges Martin ) ont prit le contrôle du village, squattant même la demeure familiale, et que Paco Fuentes projette même d’épouser sa fiancée. Leur bande fait régner la terreur par des méthodes carrément sadiques, de vrais méchants de chez méchants. Déguisé en péon, Ringo trouve refuge chez son ami, un fleuriste loufoque, Myosotis, et va durant la première partie du film sombrer dans la déprime et noyer son impuissance dans le whisky.


La belle Lorella de Luca, épouse de Ducio Tessari, baptisée au générique Hally Hammond

Quand les bandits organisent les fausses funérailles de Ringo pour que Paco puisse épouser Hélène, la fiancée de celui-ci, jouée par la craquante Lorella de Luca, c'en est trop pour notre héros qui va reprendre les armes et la suite , vous l’imaginez , se terminera dans un bain de sang..

Le faux enterrement de Ringo.


Ce film a de cotés noirs, mélo et flirte même avec le fantastique comme pas mal de westerns italiens (" Tires encore si tu peux" ou " Et le vent apporta la violence") .
Les acteurs principaux sont excellents , appuyés par une galerie de second rôles hauts en couleurs (le shérif alcoolique, le fleuriste, la voyante..) , et celui-ci est beaucoup mieux filmé et mis en scène que le premier .

Avec Giulianno Gemma , ça va fumer....

Sans atteindre le niveau des Léone , ce très honnête western se classe dans le Top 20 des westerns italiens , alors que le premier est plus à réserver aux aficionados du genre, (tous les autres films avec "Ringo" dans le titre sont de pâles copies à éviter en revanche)



Un pistolet pour Ringo

Le retour de Ringo

lundi 30 août 2010

EAGLES - " One Of These Nights " (1975) par Philou




Les Aigles décrochent le Jackpot !!!

Chris Hillman disait en 1998 : "Les Byrds ont été les pionniers du country rock, Gram Parsons et moi l'avons défini et les Eagles sont passés à la caisse". C'est pas faux!!!!
"One Of These Nights" produit par Bill Szymczyk, sort le 10 juin 1975, c'est le premier album des Eagles à atteindre la 1ère place des charts et à les faire connaitre dans le monde entier.
Bizarrement, ce n'est pas le meilleur ou en tout cas le moins consistant. En effet, Bernie Leadon signe étrangement trois morceaux, peut-être une concession des deux leaders Glenn Frey et Don Henley pour éviter son départ ?


De G à D : Randy Meisner, Bernie Leadon, Glenn Frey, Don Felder & Don Henley



Toujours est-il que "Too Many Hands" est pas mal, sans plus, le morceau suivant "Hollywood Waltz" n'est pas très convaincant, sauvé de justesse par la voix magique de Don Henley. Le long instrumental "Journey Of The Sorcerer" est un peu trop long, pompeux et plus ambitieux que réellement réussi. La ballade "I Wish You Peace" (chantée par Bernie Leadon) est carrément banale et on se demande vu le talent de compositeur des gaillards, ce qu'elle fout dans l'album. Quelques années plus tard, Don Henley ne se privera pas de la dénigrer et de balancer quelques petites crottes de nez sur le gars Bernie.

Les deux titres "Visions" et "After The Thrill Is Gone" ne relèvent pas vraiment le niveau et font plus office de remplissage qu'autre chose...
Eh ben, vous vous demandez alors pourquoi ce disque vaut quand même le détour ???
En fait la force de l'album et la clé de son énorme succès réside en trois morceaux, mais quels morceaux !!!
Le 1er, "One Of These Nights" : après une intro d'anthologie à la basse de Randy Meisner, on se laisse entrainer par le swing irrésistible de la mélodie et la voix merveilleuse de Don Henley aidée par des chœurs très soul, un monument !!! 
Le 2ème, "Lyin' Eyes" : C'est Glenn Frey qui chante avec une délicatesse infinie cette superbe ballade, qui représente l'alchimie parfaite entre l'inspiration et l'interprétation. 
On peut affirmer, sans outrepasser les limites de la niaiserie, que le talent de songwriter du tandem Henley/Frey est réellement à son apogée sur cette chanson et cela s'entend, une vraie merveille !!!
Le 3ème, "Take It To The Limit" : là, c'est Randy Meisner qui s'y colle, il chante extrêmement haut sur une mélodie difficile accompagné d'un orchestre symphonique, certainement le tour de force de la carrière du bassiste originaire du Nebraska !!!
 


The Eagles Live 1975

L'album sera disque d'or et relancera par la même occasion la vente des autres disques, mais Bernie Leadon quittera les Eagles quelques mois après la sortie de "One Of These Nights" et déclarera : "Après l'arrivée de Don Felder, je suis resté et resté et resté. Il m'a fallu deux ans pour partir, il ne semblait pas avoir de moyen pour arrêter les tournées. Les tensions entre Frey et Henley et moi n'étaient pas nécessaires. Mais tout le monde était devenu tellement riche que plus le moindre compromis n'était possible. Et puis au début il y avait moins de drogues...
"Dur, dur, d'être une Rock Star... 


"One Of These Nights" Live 1977

dimanche 29 août 2010

THE ROCK'N'ROLL CIRCUS (1968), par Luc B.


A l'origine, cette émission de la BBC voulue par Mick Jagger, devait être diffusée pour les fêtes de Noël 1968. Tout ce que le Swinging London comportait de stars, se devait d’être présent. Mais déjà le père Jagger digérait ces premières leçons de marketing-image, et peu satisfait du résultat artistique des prestations, il remisa l’enregistrement dans un tiroir, pendant 25 ans. De plus, Jagger devait être échaudé par sa récente expérience avec Jean Luc Godard, qui avait mixé l’enregistrement de la chanson « Sympathy for the Devil » avec un manifeste marxiste dans le film ONE + ONE !

Disons-le, tout n'est pas réussi dans ce show. D'abord, la réalisation est plutôt coincée, manque cruellement de folie, d'inspiration. On reste dans le même registre que Maritie et Gilbert Carpentier filmant Carlos, Sylvie Vartan, Joe Dassin et Henri Salvador faisant les zouaves pour le réveillon ! Ensuite, on peut regretter que les musiciens présents ne se mélangent pas (ce qui était au moins le cas chez les Carpentier, où Cloclo pouvait chanter du Michèle Torr). The Who nous balancant un "Satisfaction" ça aurait eu de la gueule, non ? Surtout quand on compare les jeux aux baguettes de Charile Watts et Keith Moon ! Mais non, chacun joue ses titres dans son coin, et si on espérait une jam finale d'anthologie, elle n'a pas eu lieu, ou alors hors caméra. Mick Jagger souhaitait être certain que les Stones fussent les seules vedettes ce soir-là...

Jethro Tull




Par contre quelle affiche ! A faire pâlir les Drucker et autres Nagui ! Ce même Nagui qui réclame des standing-ovations ostentatoires à son public de moutons pour une minette québéquoise qui n’a pondu que trois chansons dans sa vie. Au Rock’n’roll Circus, il serait devenu dingue. Sous un chapiteau de cirque, dont le public est affublé de ponchos jaune et rouge et de chapeaux ridicules, défilent The Who, Jethro Tull, Taj Mahal, et cet obscur groupe de blues, les Dirty Mac. Les Dirty quoi ? C’est qui ça ? Et bien c’est John Lennon chant/guitare, Eric Clapton à la guitare, Mitch Mitchell à la batterie et Keith Richards à la basse, pour un « Yer blues » tout à fait convaincant. Suivi d’une impro improbable avec un violoniste qui se demande ce qui l’a poussé à venir là, un peu paumé au milieu de ces hippies, et qui jette des coups d’œil inquiets alentours pour savoir quand le morceau s'arrêtera ! Arrive là-dessus la très énervante Yoko Ono, qui pleurniche et hulule dans le micro, dans une de ses prestations "arty" comme seule La Veuve Pipo en avait le secret ! (et je me souviens d’une autre de ces prestations, en concert, avec un Clapton hilare devant les gesticulations vocales de Yoko, se planquant derrière les amplis pour réprimer son fou-rire).



The Who

La palme revient donc aux Dirty Mac, et aux Who, qui enchaînent quelques titres rageurs à souhait. Les Stones concluent le spectacle avec 5 ou 6 titres, dont le magnifique "No expectation", et « Sympathy » où Jagger exhibe ses tatouages au feutre ! Sur le morceau final, « Salt of the earth » chanté assis dans le public, il faut être attentif : regardez comme Mick Jagger ne semble par apprécier du tout les frasques de Pete Townsend (comme déguisé en évêque !) et de Keith Moon, complètement barrés, avec la complicité de Marianne Faithfull... Un régal ! Le vrai moment de folie de cette émission.



THE BEATLES + THE ROLLING STONES + CREAM + JIMI HENDRIX EXPERIENCE... pour le prix d'un : THE DIRTY MAC. Et en plus, ils jouent un blues...

Ce ROLLING STONES ROCK’N’ROLL CIRCUS, à défaut d'être musicalement au top niveau, restera un moment d'anthologie, valant pour le rassemblement de musiciens exceptionnels, et l'occasion de voir Brian Jones encore de ce monde, pour sa dernière apparition publique. Dans six mois, la première tête pensante des Stones plongera une dernière fois dans sa piscine. Et à la voir, sa tête, il fallait sans doute mieux, hélas, que tout cela s'arrête...

Brian Jones (1942-1969) membre du club des "27" : Hendrix, Joplin, Morisson, et Cobain.







DOYLE BRAMHALL II & SMOKESTACK "Welcome" (2001) par Bruno



Doyle Bramhall II, est maintenant reconnu comme étant le talentueux guitariste qui accompagne Eric Clapton (ce dernier ne s'est jamais adjoint les services d'un manchot pour flatter son égo) depuis quelques années, en concert et sur disque ; reconnu également pour avoir été embauché pars Roger Waters pour l'accompagner en tournée. Certains se souviennent de lui comme membre d'Arc Angels, combo qui réunissait Charlie Sexton et la fameuse section rythmique Double Trouble ; surtout aux USA, où ils se produisent encore de temps à autres pour quelques concerts. 
D'autres encore feront la liaison avec l'homonyme, Doyle Bramhall, ami et compositeur de Stevie Ray Vaughan, qui n'est autre que son père. Ou encore, qu'il fut, à seize ans seulement, le guitariste d'accompagnement des Fabulous Thunderbird en tournée. 
Mais se souvient-on encore de cet unique opus de Doyle Bramhall & Smokestack, « Welcome » (en fait son troisième, mais les précédents, dotés d'ingrédients Pop, étaient sans les Smokestack) .

Pourtant ce disque n'est point dénué de qualités et d'intérêts, bien au contraire. Doyle Bramhall II (unique compositeur, avec l'aide de son épouse qui en co-signe un peu plus de la moitié) délivre un blues-rock racé, profondément vivace, positif, exsudant de parfums Soul (notamment par sa voix), gorgé jusqu'à la gueule de guitares Hendrixiennes dotées d'un feeling monstrueux. Des guitares extraverties criant leur soif de vie, leurs joies, leurs craintes et leurs espoirs, sachant autant chuchoter que rugir. Un Blues-Rock intemporel (même si l'inspiration vient majoritairement des 60's et 70's), faisant fit des frontières, aucunement académique encore moins conventionnel, toutefois sans être iconoclaste. Avec quelques émanations "Flower Power".

Au niveau son, évidemment, on nage en plein vintage, toutefois avec une dynamique (la production) actuelle, qui évite soigneusement d'être ampoulée.


Doyle est un guitariste gaucher qui a la particularité de jouer avec des instruments pour gaucher, mais avec les cordes inversées (comme Albert King et Otis Rush), ce qui forcément lui procure un diapason inversé (la corde de mi grave étant normalement plus que celle de mi aigüe). 
À l'instar d'Hendrix - dont il possède l'attirail complet, à savoir wah-wah, fuzz, Univibe, octavia, réverbe de rigueur, plus du matos plus récent comme chorus et effet leslie (Rotosphere) et les Line6 - Doyle utilise principalement des Fender Stratocaster (particulièrement des Custom & Relicet des amplis Marshall (son préféré, un Super Bass 67')
Cependant, il ne dédaigne pas une bonne Gibson (LesPaul double cutaway & SG) ou une Telecaster (modèles gaucher). 
Sa tonalité est entre grave et médium. Il utilise autant le jeu aux doigts que celui avec médiator.
Au retrouve aux chœurs Susannah Melvoin (ex-Prince, The Revolution & The Family, en 85-86, sœur de Wendy, elle collabora en tant que choriste pour Roger Waters, Clapton, Wendy & Lisa et Mike Oldfield, et composa pour Madonna), épouse de Doyle, qui participe à plus de la moitié des compositions.


     A la basse Chris Bruce (Wendy & Lisa, Seal, Me'Shell), gros travail, il insuffle avec l'aide de son acolyte J.J. Johnson (John Mayer) à la batterie, un groove puissant.

Pour prêter main-forte, deux musiciens de renom, Graig Ross (le guitariste de Lenny Kravitz) pour « others guitars », ainsi que Benmont Tench (Heartbreaker de Tom Petty) qui apporte son soutien à la production (avec Jim Scott) et aux claviers.


On sent bien que Doyle y a mit tout son cœur, et c'est comme si, en un seul album, il avait donné le travail, l'inspiration de toute une vie tant la qualité intrinsèque est indubitable. C'est de l'huile essentiel de Bramhall II.

Pour essayer de cibler la chose, on peut mentionner pêle-mêle, Kenny Wayne Shepherd, Ian Moore, Donny Hathaway, Sunset Heights, les Stones, The Hoax, Albert King, Stevie Ray Vaughan, The Road, Curtis Mayfield, Eric Gales, Nitro Junction (de Billy Cox), Sly Stone, Parish Hall, Kotzen, Arc Angels, Hendrix.
Comme le bon vin, cet enregistrement semble s'être bonifié avec le temps.


  1. "Green Light Girl"
  2. "Problem Child"
  3. "So You Want It to Rain"
  4. "Life"
  5. "Helpless Man"
  6. "Soul Shaker"
  7. "Send Some Love"
  8. "Smokestack"
  9. "Last Night"
  10. "Blame"
  11. "Thin Dream"
  12. "Cry"
12 titres, 68 min 27



FRANK CONROY "Corps et âme" (1993) par Foxy Lady


" Musique, pour un temps, apaise nos tourments… "(citation extraite du roman)


"Body and soul" (" Corps et âme" ) est le récit hors du commun d’un jeune garçon que rien, à priori, ne prédestinait à un destin exceptionnel, et qui, grâce à son don pour la musique, va voir son existence évoluer de manière radicale ; un livre de Frank Conroy, ecrivain américain (1936-2005) et lui même pianiste de jazz réputé.
Un petit garçon de rien, un cœur solitaire au fond de sa chambre, qui ne sait rien de ses origines, dont la mère chauffeur de taxi aux activités communistes s’absente souvent pour le laisser livrer à lui-même, et qui deviendra, grâce à son talent, un des plus grand pianiste de son époque : le destin d’un enfant prodige devenu un virtuose dans son domaine. Cette ascension fulgurante sera également synonyme de sacrifice : la musique est un don de soi, et Claude en fera le sacrifice.

Cette belle histoire avait tout pour me séduire : le récit d’une passion, des personnages attachants, authentiques, hauts en couleur et généreux, mais surtout une grande fresque sur la musique et sur le New York des années 40 en pleine évolution.

Ce roman c’est l’histoire de Claude Rawlings, pianiste concertiste et compositeur. Son parcours sera jalonné de rencontres étonnantes ou gratifiantes : Al, concierge noir qui lui donnera son premier petit travail et qui deviendra le compagnon de sa mère, Aaron Weisfeld, son maître et père spirituel qui l’initiera au solfège, Fredericks, un de ses premiers professeur de piano qui le mènera sur de grandes scènes, Frescobaldi, violoncelliste virtuose qui l’accompagnera à Carnegie Hall, Catherine, son amour de jeunesse ou Lord Lightening, musicien noir homosexuel, rencontré fortuitement dans un pub londonien…. Mais chut, je n’en dirais pas plus, pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte…

Ce livre est d’une incroyable richesse tant musicalement (nombreuses références aux grands noms de la musique classique et jazz-blues) que d’un point de vue littéraire. Certains lui reprocheront peur-être certaines longueurs, pour ma part, cela ne m’a nullement gêné.

A noter, cette phrase qui résume parfaitement ce roman à la croisée de la litterature et de la musique que je recommande aux amateurs de beaux livres : " La musique était là, depuis toujours, elle serait toujours là ! Elle était tellement plus vaste que la vie, tellement plus forte, tellement irrésistible, elle révélait si puissamment l’existence d’une sorte de paradis sur Terre, qu’elle balaya tout, devant elle."



Un livre qui s'écoute autant qu'il se lit , avec un disque de jazz en fond sonore c'est parfait, un Erroll Garner par exemple.


samedi 28 août 2010

"LETTRE D'UNE INCONNUE" de Max Ophüls (N&B -1948),par Foxy Lady


"Letter from an unkown woman " (Lettre d’une inconnue), est un film de Max Ophüls, sorti en 1948. Exilé à Hollywood pendant la guerre, Ophüls, à qui l’on doit notamment « Les désemparés », « Madame de… » ou encore « Lola Montes », s’empare de la nouvelle éponyme de Stephen Zweig, et nous livre un pur bijou de cinéma.

L’histoire du film : un soir, alors qu’il rentre chez lui, Stefen Brand (Louis Jourdan), pianiste de renom, reçoit la lettre d’une inconnue. Il s’agit de son ancienne voisine, Lisa Berndle (Joan Fontaine), qui lui déclare l’amour qu’elle lui à voué toute sa vie, amour proche de la vénération, secret et absolu. Le film nous retrace donc le parcours de cette femme douce, qui a consacré sa vie à cet homme frivole qui a, quant à lui, été totalement aveugle à cette passion dévorante. Ils se croiseront de manière furtive puis se rencontreront 2 fois : la première, ils passeront la nuit ensemble, la seconde, elle viendra lui avouer la vérité sur son fils et il ne la reconnaîtra même pas… Drame cruel d’une rare intensité, j’ai été, de bout en bout, subjuguée par cet histoire d’amour hors du commun. Drame cruel parce que cet amour est à sens unique et que celle qui le ressent vit toute sa vie dans l’ombre d’un homme qui connaît à peine son existence. Peut-on faire pire en matière de passion bafouée ? J’avoue que la scène ou Lisa se rend au domicile de Stefen, avec l’intention de lui révéler la vérité sur leur fils, est d’une incroyable cruauté : elle espère qu’il va la reconnaître mais il n’en est rien, il se contente de lui proposer un verre croyant avoir affaire à une de ses nombreuses aventures sans lendemains…



Pour incarner ses personnages, Ophüls fait appel à deux acteurs remarquables : Joan Fontaine (la sœur fâchée de Olivia de Havilland), qui s’était illustrée dans « Soupçons » et « Rebecca » et Louis Jourdan, magnifique dans « Madame Bovary » que j’ai trouvé (pauvre mortelle que je suis !), d’une beauté renversante, en plus du charisme qui émane de sa personne. Joan Fontaine représente d’abord une jeune fille impressionnable et pure, puis se transforme sous nos yeux en héroïne romantique au destin tragique, qui ne peut vivre que pour et à travers l’autre dans la totale abnégation de sa personne. Louis Jourdan incarne ce pianiste frivole, entouré de divines créatures qu’il ramène chez lui, en quête de quelque chose qu’il n’a pas et qui est pourtant juste sous ses yeux. Je me suis interrogée sur la volonté d’Ophüls de mettre en évidence cet aspect du personnage de Stefen, qui, lorsqu’il voit Lisa, lui demande s’il l’a déjà vu sans savoir ou… car en réalité peut-on passer à côté du bonheur alors qu’il est à porté de main ? Comment d’ailleurs peut-on passer à côté de l’amour sans le reconnaître ?

« Lettre d’une inconnue » fait partie de ces films qui me font dire : « voilà pourquoi… »
Voilà pourquoi j’aime le cinéma de cette époque : parce que, pendant un court instant, calée sur un fauteuil, dans une salle obscure, je suis transportée dans un temps révolu… je perds toute notion du moment présent et de l’espace. Je redeviens une petite fille, les yeux écarquillé, subjuguée par la beauté des acteurs, des décors et des costumes et que, contrairement à une majorité de gens, le noir et blanc a un charme absolu et inégalable à mes yeux.

Loin du tapage et de la vulgarité auquel on nous habitue de plus en plus, cette œuvre tragique et subtile est comme la caresse du vent, on s’attache aux personnages, on les suit et on perçoit même derrière l’écran les battements de leur cœur (à moins que ce soit notre cœur que l’on entend… comment savoir ?)

Vous l’aurez compris, ce film m’a envoûté de bout en bout. En le voyant j’ai pensé à « Waterloo Bridge » (qui est une de mes références) dans l’idée d’une héroïne idéaliste au destin tragique, mais également dans l’ambiance générale qui se dégageait du film. On peut également souligner la reconstitution de la Vienne impériale qui est somptueuse et les morceaux de musique classiques (Wagner, Mozart, Liszt) qui bercent cette histoire d’amour contrariée.
Un chef d’œuvre absolu du 7ème art que je recommande à tous les fieffés romantique mais également aux autres qui, sans nul doute, en ressortiront bouleversés…



vendredi 27 août 2010

BILL DERAIME - "En Concert À L'Olympia" (1983) par Luc B.


Il y a eu les pro-Beatles contre les pro-Stones, ceux qui glorifiaient Led Zep contre ceux qui préféraient Deep Purple… Plus tard, il y a eu Michael l’immaculée confection contre Le Petit Prince, puis Oasis vs Blur, Britney Spears face à Christina Aguillera. Enfin, concernant ce dernier exemple, l’issue était simple : zéro partout, tout le monde au vestiaire !

Je dois confesser avoir fait, par le passé, un choix crucial, et certainement stupide. Suivre corps et âme Paul Personne et laisser Bill Deraime sur le bord de la route. Remarquez que laisser un bluesman au bord de la route, ne relève pas vraiment de l’abandon… il y a des chances qu’il en fasse quelques bons morceaux. Il y avait à mes yeux chez Paulo une énergie, un feeling, une authenticité que je ne trouvais pas chez Bill. Des textes forts, décalés, imagés, qui me parlaient directement. Et puis le Paulo, à la guitare, c’était quelqu’un. Certes, Bill Deraime, lui, avait réussi à placer des tubes en radio, « Faut que j’me tire ailleurs » et « Babylone », quand Paul Personne n’existait que par des mini-trente trois tours six titres auto-produits, qu’un disquaire de la rue Colbert tenait à ma disposition dans son magasin. Des tubes en radio, pour un bluesman, ce n’est pas rien. Mais les errances jamaïquaines, et petits détours variétoches de Bill, avaient refroidi mon cœur d’héritier en ligne direct des ramasseurs de coton (je suis né à Saint Symphorien, Mississippi, en 1966, mais personne n'est vraiment sûr de la date, mes parents ne savaient pas écrire).

Aussi, en ressortant ce vinyle de 1983, et m’apercevant au passage que je n’en trouvais pas d’édition en CD, je me suis dis qu’il était temps de redonner une chance Alain Deraime (de son vrai prénom). Le gars était monté à Paris vers 1968, avait formé un groupe plutôt folkeux tendance baba, rejoint par un certain Jean Jacques Milteau à l’harmonica. Premier album en 1979, et très vite le succès. Il a même écrit pour Johnny ! Mais sa maison de disque lui demande des tubes, des trucs calibrés, et Bill en a marre de courir après le succès. Coup de frein, repos, avant de repartir discrètement…

Cet album enregistré les 20 et 22 avril 1983 à l’Olympia aligne douze titres, chantés en français (à part un gospel du révérend Davis). Ca commence blues mid-tempo avec « Sur ma chaine bon marché » puis un rock enjoué et rigolo « L’occase » (une veille bagnole, pour emmener sa Géraldine, personnage récurrent de ses chansons), avant de replonger dans le blues pleurnichard « Je m’sentais mal », long morceau, avec chorus de guitare (Lionel Gaillardin) de sax puis de piano. Les titres qui suivent ne me transcendent pas plus que cela, « Qu’est ce que tu vas faire », « Cargo »… des tempos funky ou reggae. Arrive « Le chanteur maudit » plutôt rock, sur les chanteurs qui font la manche, texte vécu et drôle, et encore un beau et long chorus de piano (titre que l'on retrouvera 27 ans plus tard sur le disque QUELQUE PART). On enchaine avec « C’est dur boogie » où les deux sax (René Morizur et Alain Hatot) s’en donneront à cœur joie, dans un duel survolté, avec en prime solo de basse (Gilles Douïeb) et de batterie (Charlie Guedj). La suite est de toute beauté, dans le genre classique et efficace « Bye bye Mister blues », suivi du joli « Un dernier blues » (« un dernier blues avant d’partir, un dernier blues pour s’faire plaisir » hommage à son public, évocation de fin de spectacle, et Morizur au sax). En rappel, Deraime interprète « Géraldine » avec l’aide du public.

Bill Deraime, à l'écoute de ce disque, est plus auteur que performer. Les musiciens sont excellents, les morceaux s'étirent sur de bons chorus, mais il n'y a pas la nervosité, l'urgence, le feeling que l'on pourrait attendre d'une prestation blues. Le chanteur jette un regard attendri, inquiet, revendicatif sur le monde, les braves types, ceux qui ne prennent pas le bon chemin (il s’occupe d’associations de désintox), ceux qui n’ont pas de chance, et puis des histoires de petits bonheurs ou de petites tristesses de petites vies, avec des textes souvent tendres et ironiques. Un peu naïf parfois, un peu poncif, diront certains, mais tout cela part d’un bon sentiment. Et des sentiments, de l’humanité, assurément, l’homme n’en manque pas.
 



Extrait plus récent d'une prestation de l'ami Bill, qui se paye de luxe d'adapter Otis Redding.




Bill Deraime, Olympia 1983 (double vinyle), 12 titres, 76 minutes

jeudi 26 août 2010

MELIDIAN - "Lost In The Wild " (1989) par Philou


Métal de la 4 ème Dimension ...

Dans les 80's les groupes de Hard US faisaient encore la loi sur les charts américains et les "Bon Jovi", "Poison", "Mötley Crüe", "Van Halen", "Ratt", "Warrant", "Dokken", "Foreigner", "Journey", "Skid Row" et autres "Guns N' Roses" remplissaient les stades et ramassaient les dollars à la pelle.
De nombreux groupes sont donc apparus brièvement et ont disparus aussi vite sans laisser de trace, Melidian fait partie de ceux là, qui se souvient en effet de ce quintet de Spring Valley (Etat de New York) ?
Melidian a été formé par Chris Cade (Chant) et entouré de Jayson lane (Guitare), de Dave Clark Howell (basse), de Eddie Wohl (Claviers) et de Pete Greene (Batterie) ils sortent en 1989, à ma connaissance, leur seul et unique album "Lost In The Wild".


Musicalement, c'est du Hard Mélodique, gros son 100 % garanti, avec riffs de guitares appuyés et rythmique plombée, style Dokken, Icon ou Winger, avec une énergie qui nous rappelle le premier album de Ratt avec des claviers en plus.
Les titres comme "Ready To Rock" ou "Livin' Under The Gun" sont très puissants et mélodieux et le guitariste Jason Layne, dans ses interventions, fait preuve d'une virtuosité qui nous fait penser un peu à George Lynch.
Les autres morceaux "Fire Up The Heart", "Hands Off" et "Overheated" sont exécutés efficacement et devraient ravir les amateurs de "Big Rock US" classieux.
Évidemment, on n'échappe pas aux ballades de rigueur, "Sleepless Night" et "Broken Toys", rien d'exceptionnel, sympa sans plus.
Au vu de la concurrence qui sévissait dans ces années là, et certainement, à mon humble avis, à cause du manque d'originalité du groupe, Melidian disparaitra sans laisser de traces, malgré les critiques assez élogieuses parues à la sortie de l'album..






mercredi 25 août 2010

HOGJAW " Ironwood " (2010), par Bruno


 

Le chaînon manquant entre le Southern-Rock et un Classic-Rock tendance Heavy


     Assurément, les membres de Hogjaw paraissent peu fréquentables (du moins pour les non-américains ne faisant pas partie de la N.R.A.), avec leurs mines patibulaires et leur look 100 % campagnard. Au moins, on ne pourra pas leur reprocher leur manque de naturel : aucune étude de marketing. Ce qui intéressent ces gars-là, c'est pêcher, tirer au fusil, vider quelques bonnes bières, écouter et jouer de la bonne musique. Le reste, qu'importe... Et pourtant, ces gars là balancent un Heavy-Rock, tendance Southern, terrible, dans une optique bien lourde et grasse, sévèrement burné, pas toujours finaud (quoique, il y a des surprises) ; un des plus brutal du genre, après Rebel Train (qui eux, sont bien plus proche du Heavy-Metal).


   Hogjaw fait donc parti de cette vague de Southern-Rock où les racines country sans être omises, sont néanmoins bien plus en retrait, laissant plus de champs au Blues. Un Blues passé à la moulinette Heavy-Rock. Là où, auparavant, on retrouvait des entrelacs de guitares fines, élégantes, nous avons maintenant de bonnes grosses grattes tranchant dans le lard. Actuellement d'ailleurs, dans ce style, les Gibsons sont actuellement largement majoritaires. Certainement par souci de recherche d'un son plein et puissant ; pour être assuré de riffer lourd. Malgré son goût prononcé pour « le pêchu », Hogjaw ne manque pas de faire preuve de bon goût. Déjà, en évitant d'être bavard ou grandiloquent, mais également par l'intronisation occasionnelle d'une guitare lap-steel, d'un clavier, ou d'une choriste, pour enrichir à bon escient quelques compositions. Et puis, il y a ces breaks, ces changements de rythme, ou encore les envolées propres au Southern-Rock, qui épicent la sauce.

     Sous leur air bourru et renfrogné, se cachent de bons musiciens. Un DD Elvis qui fait gronder sa basse, un Kwall qui martèle ses fûts tel feu-Jackson Spires, et une paire de gratteux qui savent choruser, toujours avec pertinence. Avec un Jonboat Jones chantant comme s'il était le fils improbable de Ronnie Van Zant et James Hetfield (!?), avec un semblant d'ours fatigué, ayant du mal à se remettre d'une biture de la veille. Quoique limité, notamment sur les tempo rapide, son timbre passe très bien et se fond parfaitement avec le son général. De façon un peu surprenante, sa voix passe se marie avec bonheur sur les mid-tempo et les ballades - « Blacktop », « County Line » et « Walkin ».
 

   Même si l'affiliation avec la famille du Southern-Rock reste acquise (probablement pas pour tout le monde), ne serait-ce que rapport à des titres tels que "Blacktop", "The Hog", "This Whiskey" ou "County Line", et le terreau dans lequel Hogjaw puise une partie de son inspiration, l'approche de son spectre sonore le lie plus à un gros Classic-Rock, voire d'une forme de Hard-Blues. Donc, à déconseiller à ceux qui ne supportent pas Blackfoot ou Gov't Mule. Cependant, ces lascars se plaisent, de tant à autre, à brouiller les pistes en balançant un break purement Country-rock sur un titre bien lourd, ou au contraire, finir en apothéose électrique ce qui semblait être une ballade ou un rock-sudiste nonchalant.

     Pour faire un parallèle afin d'essayer de mieux situer ce groupe, on peut mentionner White Cowbell Oklahoma, Blackfoot, Pride & Glory (de Zakk Wylde), Blackberry Smoke, ZZ-Top (des deux premiers opus), Mountain, Catawonpus, une once de Point-Blank (des années 76-77), une autre de Molly Hatchet (ère 70's, of course), et une infime pincée de Stoner.

     A noter deux curiosités, dispensables, « Two Guns », qui pourrait évoquer une sorte de « Raw Hide » Heavy-rock (BO d'une série TV où jouait un jeune Clint Eastwood), et « Hornswogglin », presque amorphe, enregistré live (sous un platane à l'heure de l'apéro ?).

49 mn 56 – 10 titres









HOGJAW

mardi 24 août 2010

THE MARVELETTES - "The Marvelettes Forever" coffret 3 cd (2009) par Rockin-jl


Le temps des "Girls Groups"


D'abord, une fois n'est pas coutume, signalons que dans le cas présent l'industrie du disque (quelle vilaine expression) ne nous prend pas juste pour des cochons de payants, en effet Motown Records a édité là un bien bel objet, coffret digipack 3 CDs, reprenant les 5 premiers albums des Marvelettes de 1961 à 1963 + tout un paquet de raretés, avec un livret reproduisant les jaquettes et notes de pochettes d'époque : en tout 87 titres et 3h45 de musique. En détail cela donne CD1 : les 3 albums " Please Mr Postman "," The Marvelettes ing " et "Playboy" »" / CD2 : les albums " The Marvelous Marvelettes" , leLive " On stage : Recorded Live " + 10 bonus tracks dont certains rares enregistrés sous le nom des Darnells / CD 3 : 12 titres "Greatest Hits - stereo version" + 16 singles ou B-sides.

Voila pour l'aspect formel , mais revenons sur l’aspect musical :
Les Marvelettes ont été un de ces "girls group" qui ont fleuri les sixties, un des tout premiers mêmes, citons aussi les Suprêmes de Diana Ross , les Shangri-las , Martha & the Vandellas , les Shirelles ,les Crystals, les Ronettes , les Ikettes ,les Velvelettes , les Raylettes, les Savonnettes...
Plus de 750 girls groups ont eu un titre classés dans les charts anglais ou américains entre 1960 et 1966 ! (source le site www.girl-groups.com/) .


Les Marvelettes auront historiquement rapporté leur premier Numéro 1 à l'écurie Motown ( "Please Mr Postman") et montré qu'un groupe de filles pouvait cartonner , alignant les hits durant presque une décennie. Leur musique oscillait entre soul ,Rythm & Blues endiablé et pop plus légère avec superbes harmonies vocales et partitions signées souvent du maître Smokey Robinson (des Miracles) ,ou des sorciers Holland-Dozier-Holland , sans oublier Berry Gordy le fondateur du label, ou encore Marvin Gaye .








Elles sont un bon témoignage historique de cette époque musicalement exubérante et la bonne humeur qui émane de leurs titres- certes naïfs- parfois, épousait le besoin de danse des jeunes américains des sixties. Y replonger aujourd'hui est un petit voyage dans le temps et l'espace, on y découvre aussi que musique de masse et de danse pouvait être de qualité, temps bien révolus…
Elles furent découvertes en Août 1961 à l'occasion d'une audition chez Motown par Bateman, pas la chauve souris, Robert Bateman, un ponte de la Motown , elles étaient 5 au départ , Gladys Horton, Katherine Anderson, Juanita Cowart, Georgeanna Dobbins, Wanda Young. Gladys et Wanda se partageant le leadership, mais Juanita les quitta après le 1er album ne se faisant pas à la vie en tournée et Georgeanna en 1962 pour raison de santé, à noter que celle-ci se reconvertit en secrétaire pour la Motown. Une certaine JO-Ann Blackwell ( sœur cadette de la célébrissime Liza Blackwell , égérie de Saint Germain des Prés, dont Luc B et moi-même vous parlerons un de ces jours) fit brièvement partie du groupe de Mars à Juin 1964 mais fut renvoyée pour ses frasques nocturnes que je n'évoquerai pas ici, en effet , cela ne nous regarde pas....
Elles furent longtemps les parents pauvres chez Motown au milieu des Suprêmes, Temptations, Miracles, Marvin Gaye and Co, selon certains car Berry Gordy, comptant fleurette à Diana Ross mettait les Supremes en avant, ou parce qu'elles eurent un mauvais flair en refusant le titre "Where Did Your Love Go" (Holland-Dozier-Holland) qui leur fut initialement proposé et devint le super hit que l'on sait, chanté par les Suprêmes.
A ceux qui voudraient les (re) découvrir , ce coffret est une parfaite occasion de le faire et de plonger dans un vrai bain de jouvence et de légèreté.








Please Mr Postman

lundi 23 août 2010

16 HORSEPOWER - " Sackcloth ' n ' Ashes " (1996) par Philou


Déconseillé aux déprimés ...

16 Horsepower est un groupe franco-américain fondé en 1992 à Los Angeles (California, U.S.A) par le charismatique américain David Eugene Edwards (chant, banjo, guitare, bandonéon) et les deux français Jean-Yves Tola (batterie) et Pascal Humbert (basse).
De retour au Colorado après le départ de Pascal Humbert, D.E.E. fait appel à Keven Soll pour remplacer le bassiste français.
A
près un mini-album sorti en 1995 (sur Ricochet Records), le groupe signe sur A & M Records et publie son véritable premier album "Sackcloth'n'Ashes", l'année suivante en 1996.

David Eugene Edwards revendique tout au long de ce disque sombre comme le trou du cul de la poule sur la pochette, l'héritage de Jeffrey Lee Pierce et des deux joyeux drilles, Nick Cave et Ian Curtis, sans oublier Gordon Gano, le leader du légendaire trio folk-country-punk Violent Femmes.


De G à D : Jean Yves Tola, David Eugene Edwards & Keven Soll

David Eugene Edwards, qui est le petit-fils d'un prédicateur itinérant Nazaréen, nous raconte des histoires de péchés et de rédemption en direct de l'Amérique profonde, et nous propose tout au long cet album, un éprouvant voyage au fin fond des marécages d'un country-blues-bluegrass complétement halluciné.
Dès l'introduction de "I Seen What I Saw", le bottleneck transperce la moiteur de la chanson comme les éclairs dans "La nuit du chasseur" et le chant désespéré du prêcheur D.E.E s'élève au dessus du bayou. C'est le banjo qui mène la danse sur le rapide "Black Soul Choir" et la frappe sèche de Jean Yves Tola donne le tempo, David Eugene Edwards trimbalant son spleen au fil de paroles résignées et émouvantes.
Ce n'est pas avec le très tendu "Haw" que la tension va retomber, au contraire, D.E.E chante comme un névrosé et les accords de la guitare électrique nous transpercent le corps de part en part.
La complainte "Scrawled In Sap" semble enfin pouvoir nous apaiser, au contraire le trio y tisse une toile d'une profondeur bouleversante et le titre suivant "Horse Head" avec la voix déformée de D.E.E est encore plus effrayant.
Un peu plus loin, Gordon Gano, en invité surprise, attaque la femme Louise violemment à coups d'archet sur "Ruthie Lingle".
La valse funèbre "Harm's Way" et son accordéon entêtant côtoie le rodéo country "Black Bush" tandis que les paroles de "Heel On The Shovel" (je te creuse une tombe peu profonde pour que tu vois le soleil se lever....) vous glace le sang.
Si vous n'avez pas avalé toute la boite de Prozac, vous pouvez essayer d'écouter la fin de l'album, notamment "American Wheeze", fortement déconseillé aux claustrophobes ou alors repérez la sortie de secours la plus proche...
Help..., Yé n'en pé plou, je remet vite mon Stetson et j'écoute enfin un morceau joyeux : l'improbable et jouissif "Red Neck Reel", une espèce d'hymne country survolté aux paroles complétement décalées.
L'album se poursuit dans la noirceur avec le vénéneux "Prison Shoe Romp", suivit de "Neck On The New Blade" et ses élans de tango saccadé, emmené par le souffle d'un accordéon cafardeux.
Pour le dernier titre, on se dit que David Eugene Edwards va conclure tranquillement accompagné seulement de sa guitare sur "Strong Man", que nenni !!! après 3 minutes de calme, la batterie de Jean Yves Tola nous fait sursauter et D.E.E. se met à hurler comme un dératé et nous laisse là, complétement exténué et vidé, avec un album qui n'est pas prêt de cesser de venir nous hanter.

ATTENTION : à ne pas mettre entre toutes les oreilles........