Dans les années 80, en Australie, quel était le groupe le plus connu du pays mais ignoré au-delà de ses frontières ? … ? À gagner, une visite guidé des locaux du Déblocnot', avec à la sortie les baguettes dédicacées de Luc, une guitare rafistolée de Pat, un récital en si septième bémol de Claude et un essai sociétal-philosophique de Benjamin. Non ? Personne ?
C'est pourtant simple : The Party Boys !
Qui connaît, ou se souvient de cet obscur combo ? Déjà, si par hasard on tombe sur l'album, il faut faire l'effort d'y prêter une timide esgourde. Entre cette pochette digne d'une compilation de chansons paillardes pour mariages au camping des « Pins Verts » - à la lisière de la décharge éco-responsable de Fleaufétide -, et ce patronyme peu engageant, « Les Garçons de la Fête » (sic), il faut avoir une bonne raison ; ou alors un goût prononcé du risque.
La bonne raison, c'est que sur la pochette, on reconnaît Alan Lancaster, le bassiste originel de Status Quo, hilare et visiblement heureux d'être de la fête. Ainsi que, derrière, John Brewster, auteur-compositeur, guitariste rythmique, harmoniciste et choriste de The Angels (aka Angel City). Là, forcément, ça éveille la curiosité. Ensuite, une fois la pochette en main, on remarque un titre. Un titre qui éblouit, comme un flash de 2000 watts dans la nuit noire : « He's Gonna Step on You Again ». Haaaaa.... Rien que pour ça...
- "Ça !? T'es sûr ?? C'est une blague ? Tu te fous de moi ?" ose incrédule, l'impudent dj. (c'est vrai que la majorité des gus sur la pochette, affichent une tronche de cake. Surtout l'un des batteurs, Richard Harvey, qui a tout de l'oisillon ensommeillé tombé du nid)
- "Sûr... Grrrr.... T'as vu qui y a sur la pochette ??? Grrr... Et ce titre là, "He's Gonna Step...", c'est d'la bombe ! Grrr... Vite, set down the galette on the platine"
Mais késako The Party Boys ? C'est un groupe australien à géométrie variable. Une sorte de super groupe aussie en fluctuation quasi permanente par lequel ont transité un bon nombre de sommités nationales du Rock. Dont Robin Riley et Angry Anderson des Rose Tattoo, Graham "Buzz" Bistrup, Doc Neeson, Bob Spencer et John Brewster de The Angels, Mark Evans ex-AC/DC, Mark Gable et Brad Carr des Choirboys, James Reyne des Australian Crawl, Gil Matthews des Aztecs, Shirley Strachan et Bob Spencer des Shyhooks, Stuart Fraser des Noiseworks et bien d'autres encore. On a même vu pas moins que Joe Walsh, Eric Burdon et Graham Bonnet, qui n'ont pas résisté à faire une tournée avec les joyeux drilles. Un groupe pour la déconne, pour décompresser en se faisant plaisir. Un collectif accueillant divers musiciens qui, pendant une pause, ou même suite à la défection d'un groupe précédent, cherchent simplement à se faire plaisir en montant sur scène sans la pression d'un label ou d'un management. Sans plan de carrière, sans se soucier d'une quelconque rentabilité ou de la pérennisation d'un groupe. Comme un retour en arrière, à leurs débuts scéniques où, en toute innocence, ils se forgeaient à la scène en interprétant des reprises.
Ainsi donc, c'est la présence de divers noms connus de l'univers musical australien, la plupart directement lié à l'histoire du Rock Aussie, qui a élevé la notoriété du collectif à un niveau national. Un collectif qui s'est donné pour mission, à travers des morceaux qui ont fait date, de créer une fête à la gloire du Rock. D'où le patronyme sans équivoque du collectif. Et ça marche suffisamment - il y a un public demandeur - pour que pendant une dizaine d'années, il se produise régulièrement sur tout le territoire - et parfois au-delà. Suffisamment pour que des enregistrements live soient mis sur le marché. Il y en aura quatre. Et sur le dernier, édité le 11 novembre 1985, on y retrouve Joe Walsh en lieutenant de vaisseau.
Toutefois, la mouture de 1987 voit les choses autrement. Certes, on ne se prive pas de la simple joie d'interpréter des reprises bien choisies - c'est à l'origine, la raison d'être du groupe, et c'est ce que le public attend -, mais, pourquoi ne pas inclure quelques pièces originales ? Et c'est effectivement ce que fait le millésime 1987, qui correspond à l'arrivée de John Swan en remplacement d'Angry Anderson au chant (1).
Dans la troupe de cette variante de The Party Boys, figurent aussi Alan Charles Lancaster - qui avait déjà élu domicile en Australie avant de quitter définitivement Status Quo - toujours à la basse et aux chœurs, et John Carrington Brewster, le guitariste rythmique de The Angels. Ainsi que les batteurs Richard Harvey (ex-Divinyls) et Paul Christie (ex-Mondo Rock - groupe terriblement soft). Et pour finir, le guitariste Néo-Zélandais Kevin Borich (ex- The La De Da's). Inconnu en Europe (mais peut-être pas totalement aux USA où il a tourné grâce à AC/DC, qui l'avait embarqué à sa suite), chanteur moyen et excellent guitariste qui a remporté à deux reprises le titre de meilleur guitariste australien, Kevin s'est confortablement établi sur la scène avec son Kevin Borich Express d'où jaillit un Blues-rock bouillonnant aux éclats brûlants de Pat Travers, de ZZ Top et de Gallagher.
Conformément au pedigree des musiciens, la musique se situe dans un Classic-rock 70's – fin seventies. Et les originaux du groupe sont dans une veine assez proche de The Angels – Brewster oblige. Etonnamment, Kevin Borich est particulièrement discret, pour ne pas dire effacé, même sur sa propre composition, « Gonna See My Baby », un rock'n'roll somme toute assez basique – propice aux fêtes votives ou foraines – à des lieux de son heavy-blues de la décennie précédente.
Bien plus intéressants sont « Is This the Way to Say Goodbye », aux parfums Springteeniens, et le franchement typé The Angels, « Rising Star ». Le plus attrayant est certainement le félin et un brin libidineux « She's a Mystery ». Par contre, on oubliera la bluette "It Could've Been You" chantée par Lancaster. Il est loin le temps où il reprochait à Francis Rossi de faire tomber le Quo dans une fange Pop-FM...
- Sur son album "Yeah !", Def Leppard, avec ses grattes trop saturées et déchirantes, et le chant essoufflé de Joe Elliot, l'a un peu massacré. Tandis que la version foutraque et anémiée de Happy Mondays, rebaptisée "Step On", tombe dans le ridicule. Pourtant, injustement, ce sont ces deux dernières versions que l'Europe a gardées en mémoire...
Par contre, la reprise de "High Voltage" semble faire tache, gâchant une fête déjà érodée par la guimauve "It Could've Been You" de Lancaster.
Un album sans prétention, sans rien de révolutionnaire, si ce n'est que la production, signée Lancaster - Brewster, tranche radicalement avec celles de la période. Une production fermement ancrée dans les classiques du heavy-rock australien. Sans chichi, plutôt près de l'os, organique et boisée, quasiment dénuée d'effet (outre une saturation naturelle et occasionnellement un soupçon de wah-wah), mais puissante et d'un un beau relief. Dommage que ça s'essouffle sur la seconde face.
(1) Malheureusement, il n'existe aucun enregistrement - officiel - des Party Boys avec Angry Anderson.
🎶🐨




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