WHISHBONE ASH à la une, sous le soleil le Miami...
Enregistré pendant l'été 1977 aux Criteria Sound Studios à Miami, "Front Page News" est publié en octobre de la même année. C'est le 8ème album studio du groupe, mais le 4ème de leur "période américaine". En effet, Andy Powell (Guitares & Chant), Laurie Wisefield (Guitares & Chant), Steve Upton (Batterie) et Martin Turner (Basse & Chant) ont quitté leur Angleterre natale, ils vivent et enregistrent maintenant depuis trois ans aux States. Après le succès critique et commercial de "New England" sorti en 1976, l'équipe de production des frères Ron et Howie Albert a été une nouvelle fois retenue pour l'enregistrement de "Front Page News".
De g à d : Andy Powell, Laurie Wisefield, Steve Upton et Martin Turner
Cet album a été enregistré sous le soleil de Miami et cela se ressent, le rythme a un peu ralenti, la musique est devenue plus soft, plus cool et l'ensemble ressemble plus à du STEELY DAN ou voire à du EAGLES (d'ailleurs c'est Bill Scymcsik qui avait produit l'album "There's A Rub" sorti en 1974). WHISBONE ASH veut élargir ses horizons musicaux (veut passer à la radio...) avec cet album qui est peut-être l'un de leurs efforts le plus musicalement diversifié. Le groupe affiche tout au long des enregistrements, une aisance impressionnante à jouer dans un large éventail de styles très différents.
Le morceau "Front Page News" ouvre l'album, les guitares jumelles magiques de Andy Powell et de Laurie Wisefield sont toujours bien là et les harmonies vocales sur le refrain sont toujours aussi magistralement interprétées. La version de l'album a une sensation assez décontractée, sur scène, ce sera beaucoup plus impressionnant, la chanson gagnera en puissance et sera jouée à un tempo légèrement plus rapide. C'est Laurie Wisefield qui assure le chant sur "Goodbye Baby Hello Friend", c'est une magnifique ballade aérienne qui aurait du cartonner dans les charts US, malheureusement ce ne fut pas le cas .....c'est vrai qu'en écoutant les paroles, on se rend compte qu'elles sont très niaises !!! Sur le splendide et planant "Surface To Air"WHISBONE ASH nous rappelle que c'est quand même eux qui ont (inventé?) développé la technique des "Twin-Guitars", non mais !!! Après un instrumental "714", le groupe s'énerve un peu et durcit le ton sur "Come In From The Rain" et surtout sur "Right Or Wrong" avec au menu de superbes duels de guitares entre Andy Powell et Laurie Wisefield, du grand art, du très, très haut niveau. En écoutant "Heart-Beat", vous n'avez qu'a fermer les yeux et rêver, la mélodie moelleuse de cette chanson devrait vous emporter sans trop de difficultés. Martin Turner assure de très belles parties vocales sur la mélancolique et non moins somptueuse ballade "The Day I Found Your Love" et, grande nouveauté dans l'univers musical de WHISBONE ASH, on note l'apparition d'un saxophone. "Diamond Jack" clôture le disque de très belle façon, nerveusement, tout en finesse, rappelant un peu le style des premiers albums.
L'album ne rencontra qu'un succès mitigé à sa sortie, les fans regrettant le style (anglais) original du groupe et lui reprochant son côté trop américain, trop lisse, trop "West Coast".
Évidemment, on ne peut absolument pas comparer "Front Page News" aux autre monuments incontournables du groupe comme Argusou Pilgrimage, mais globalement, c'est pourtant un album qui tient bien la route, très mélodieux et très agréable à écouter, la bande son idéale pour une journée ensoleillée.
La jeune virtuose nous câline l’esprit avec des mélodies fantasques et
bucoliques…
Julia Fischer (née en 1983) / Handout Photo
- Dis donc Luc, t’as pas vu le nouveau poster dans le bureau du Toon,
juste à côté de celui d’Hilary Hahn ?
- He… Rockin !! T’as pas encore fouillé dans son bureau
j’espère ?
- Non non, la porte était ouverte…. Depuis le couloir, ben…. Ça se
remarque tout de suite…
- T’as vraiment des yeux à tentacules. Bon… oui et alors, un poster de
qui, de quoi ?
- Une beauté type nice girl avec un violon…. La collection
s’agrandit….pfff
- Waouuu le Toon fait dans l’infidélité au crin de queue de cheval (hi
hi, elle est fine celle-là)… Merci Rockin… je file lui dire un p’ti
bonjour, l’air de rien….
Photo : Decca/ Uwe Arens
Julia Fischer
Je n'avais encore jamais sérieusement écouté Julia Fischer, l’une
des valeurs montantes des jeunes violonistes féminines comme
Hilary Hahn ou Janine Jansen. Après une écoute à la radio,
j'ai été séduit par le programme tout à fait inattendu de l’album
Poème. Julia n'hésite pas à nous proposer une anthologie de quatre
pièces concertantes de compositeurs moins connus que les têtes d'affiches
habituelles de la littérature pour le violon.
Nous avons la chance de disposer d’une vidéo de l’interview de Julia donnée
sur Antenne 2. Elle parle très bien le français. En plus d’une pièce
virtuose d'Isaïe improvisée sur le plateau, on la voit aussi filmée
au piano… en concert, heuuu dans le concerto de Grieg. Car note jolie
et blondinette allemande est à la fois violoniste et pianiste
virtuose ! Bon reprenons au début...
Julia Fisher est née à Munich le 15 juin 1983. Sa mère étant
violoniste, elle peut commencer l’étude du violon à quatre ans. La fillette
bénéficiera d’un apprentissage basé sur la méthode Susuki. Cette
méthode a été imaginée en appliquant les mécanismes de l’acquisition de la
langue maternelle à celui de la musique. L’enfant doit être baignée dans une
ambiance musicale riche pour que celle-ci fasse partie intégrante de son
développement sensoriel. Le travail sur l’instrument se veut ludique par le
jeu de pièces courtes. Certes Susuki alimente le débat entre l’acquis et
l’inné, mais force est de constater que pour notre violoniste en herbe, la
technique a fait ses preuves.
À 12 ans, elle remporte le concours Yehudi Menuhin et à
15 ans sa carrière de concertiste commence en parallèle de la gravure
de ses premiers enregistrements. Julia apprend également le piano et
devient virtuose avec les deux instruments. Ce double talent, à ce niveau
superlatif, est extrêmement rare. Je citerai
Jean-Sébastien Bach
pour appuyer ma remarque.
Elle a abordé essentiellement la musique concertante pour son début de
carrière. Il y a tout lieu qu’elle abordera la musique de chambre dans les
années à venir, si on considère que, comme toutes ses copines et ainés, elle
a déjà enregistré les sonates et partitas de
Bach. Elle a également gravé les « Quatre saisons de
Vivaldi » avec l'orchestre de
l'Academy of St Martin in the Fields (Très belles vidéos disponibles
sur le web).
Julia joue sur un violon de GiovanniBattista Guadagnini de 1750, à la tonalité chaleureuse et
envoutante qui fait merveille dans le disque très original que j’ai choisi
de vous présenter.
Quatre compositeurs peu connus et… c’est fort dommage
"Poème" : le mot inspire la douceur, les grands espaces, des
partitions où la virtuosité seule ne suffit pas, où le discours devra se
faire délicat et pastoral. Ainsi, le programme nous fait sillonner l'Europe
: l'Italie d'Ottorino Respighi, la Bohème de Josef Suk, la
France d'Ernest Chausson, et enfin l'Angleterre de
Ralph Vaughan Williams.
1- Ottorino Respighi :Le compositeur italien est né à Bologne en 1879. Son père est
professeur de piano, le fils deviendra compositeur, chef d’orchestre et
musicologue. Il part en 1899 à Saint-Pétersbourg se perfectionner
auprès de Rimsky-Korsakov qui va influencer ses modes de composition.
Il deviendra professeur de composition.
L’homme voyage, notamment au Brésil qui lui inspirera les délicates
« Impressions brésiliennes ».
Respighi entretiendra des relations plus que distantes avec le Parti
Fasciste national de Benito Mussolini.
Ce compositeur mérite un article à lui tout seul (un projet…). Il est assez
connu néanmoins par son tryptique « les fontaines de Rome, les Pins de Rome et les fêtes romaines », partitions à l’orchestration luxuriante et contrastée qui font la
joie des chefs d’orchestre et du public, par la simplicité et la poésie
qu’elles distillent. Mais il existe un grand nombre de pages comme « Metamorphoseon »
ou « lesoiseaux », souvent jouées dans les pays
anglo-saxon mais peu en France, comme d’hab’ !
Respighi est mort en 1936 à Rome.
2- Josef Suk :
Le violoniste tchèque est né en 1874 à Krečovice en République
tchèque. Élève de Dvořák, dont il épousera la fille Otilie en
1898, il va choisir une carrière de violoniste et de compositeur mais
en s’écartant du style romantique de son maître au bénéfice d’un langage
plus moderne. Son inspiration prend ses racines, comme chez
Smetana (La Moldau) dans les mélodies populaires de son
pays.
Josef Suk est avant tout l’un des violonistes les plus talentueux du XXème
siècle. Je me dois de rappeler que son petit-fils (homonyme) Josef Suk
né en 1929 sera le partenaire de Julius Katchen et Janos Starker dans
les sonates et Trios de Brahms dans les années 60. Les trios de légende
auront aussi leur article, un jour.
Josef Suk est mort en 1935 à Benešov.
3- Ernest Chausson : Le compositeur Français est né
à Paris en 1855. Un stupide accident de vélo mettra fin à sa trop
courte vie à 44 ans. Issu d’une famille bourgeoise, il se destine à
la plaidoirie en devenant avocat. Ce n’est pas a priori un destin rêvé. Il
suit alors les cours de Jules Massenet et César Franck au
Conservatoire de Paris.
Il part en « pèlerinage » pour Bayreuth, temple de
l’univers Wagnérien, où il est subjugué lors de la création de
Parsifal. Chausson tourne alors le dos au classicisme un rien
académique en vogue dans la musique de la troisième République. Il se lie
avec les avant-gardistes comme Dukas et Debussy.
Son destin tragique nous laisse hélas peu d’œuvre. La symphonie, et
surtout « Le poème de l’amour et de la mer », sont des
modèles d’innovation qui influenceront Debussy et même
Mahler dans le dernier lied du « Chant de la Terre ».
4- Ralph Vaughan Williams : Il est difficile de résumer en
quelques lignes la vie et l’importance du compositeur anglais né en
1872. Sa longévité, il est mort en 1958, lui ont permis un
parcours étonnant de l’ère victorienne à l’ère moderne. Bien qu’issu d’un
milieu aisé, le jeune Ralph sera très tôt un militant pour un monde
démocratique et égalitaire.
Il devient violoniste. Il poursuit ses études d’histoire et de musique au
Trinity College à Cambridge où il rencontre les futurs philosophes
G. E. Moore et Bertrand Russell.
Son œuvre est immense. Très brièvement : on lui doit nombre d’opéras
fantasmagoriques et des concertos avec les instruments parfois insolites
(Tuba !). Il composera 9 symphonies, un legs sans égal au XXème siècle
par sa variété d’inspiration. On associe souvent Vaughan Williams à un
univers bucolique. Sa quatrième symphonie écrite en 1935, alors que
les bruits de bottes résonnent en Europe, montre le contraire à travers une
partition violente et angoissée que n’aurait pas reniée
Chostakovitch, même si la comparaison s’arrête à la finalité
émotionnelle de l’ouvrage. Il composera aussi de la musique de chambre, des
chœurs (Angleterre oblige). Il sera l’ami de Gustav Holst, le
compositeur des célèbres « Planètes ».
Le disque « Poème » (DECCA)
RESPIGHI : Poema autunnale : Le poème "automnale" de Respighi, qui n'a donc pas composé
que les "Pins et Fontaines de Rome", loin de là, se construit sur une belle
introduction concertante entre le violon et un orchestre aux accents
colorés, des lumières chaudes presque orientalisantes. La jeune artiste nous
fait partager par des lignes sensuelles ce paysage de mélodies nostalgiques
de l'été finissant. Le timbre sur les cordes graves est splendide.
Julia Fisher impose des traits de violons francs à son jeu. Comme
souvent avec Respighi, le discours prend de l'ampleur de mesures en mesures
vers un climat festif et enchanteur coloré par les notes de
célesta.
SUK : Fantaisie :
Avec ses 24 minutes, la Fantaisie de Suk s'énonce comme un concerto,
une vigoureuse introduction, reprise rapidement, donne la main au violon
solo dont le chant dialogue avec divers groupes instrumentaux. Le climat
oscille entre énergie et tendresse. On pourrait y retrouver des contrastes
chers à Dvořák, compositeur bohémien que je ne présente même pas. La
violoniste s'approprie cette œuvre assez joyeuse et bucolique. Comme
précédemment, le trait reste dru, sans ornementation hédoniste. La
violoniste donne la parole à la musique. Jamais sa virtuosité ne s'impose
inutilement ou de manière narcissique. Elle reste parfaitement dans le ton
juvénile et champêtre de l'œuvre, le compositeur n'avait-il pas l'âge de la
virtuose lors de la composition ? Complicité musicale au-delà des époques ?
Surement !
CHAUSSON : Poème : Le poème d'Ernest Chausson est plus connu et la discographie
regorge de belles gravures, comme celle de David Oïstrakh et de
l'orchestre de Bostondirigé par
CharlesMunch (1955). Quelques tenues sombres aux
cordes suivi d'accords des bois débutent cette œuvre. Julia Fischer nous
entraîne avec une facilité déconcertante dans le jeu solitaire du violon,
des aigus d'une force et d'une netteté inouïes. C'est poignant tout
simplement. Le noble thème en leitmotiv échappe à toute emphase. Les mots de
ce commentaire trouvent leur limite... Le final distille une émotion d'une
grande beauté à travers des trémolos précis et cristallins.
VAUGHAN WILLIAMS : The Lark ascending : (l'envol de l'alouette) a été souvent enregistré.
Hilary Hahn avait choisi cette pièce pour compléter son
enregistrement du concerto d'Elgar (Dgg). Très proche par son
ambiance pastorale de la symphonie n° 3, on y retrouve le style "verdure et
petits moutons anglais" comme ironise sans malice et avec justesse un
proche. Dans un tissu orchestral clair-obscur, le violon simule le chant de
l'oiseau. Une fois de plus Julia Fisher, avec précision et pudeur,
nous apporte une mélodie exquise et poétique. Poétique ? Ce ne serait pas
justement le thème de ce magnifique album ?
À la tête du ductile orchestre de Monte-Carlo,
Yakov Kreizberg accompagne tout en nuance et dynamisme la violoniste.
Julia consacre dans le livret (un peu fouillis) quelques lignes d'hommage à
ce chef disparu à 51 ans quelques mois après l'enregistrement. Il
était le frère de Semyon Bychkov, autre directeur d'orchestre de
talent. Wikipédia consacre plusieurs pages, en anglais, à ce chef
disparu précocement et 3 lignes en français ! On recherche d'urgence un
traducteur compétent...
Vidéos
L’interview de Julia Fischer qui interprète une pièce d'Eugène Isaïe
en direct….. Pui, le poème d'Ernest Chausson.
The lark ascending de Ralph Vaughan Williams. Pui,
Julia pianiste, dans le premier mouvement du concerto de
Grieg. La fantaisie de Suk, et enfin Le poème "automnale" de Respighi.
Si vous avez tous les albums studio du GUN CLUB et que vous voulez encore dénicher quelques perles ou autres raretés.....
In Exile (1992)
In Exile est une compilation des albums "Mother Juno" (1987), "Pastorial Hide & Seek" (1990) et du mini-album "Divinity" (1992) avec un inédit, le titre "Pastoral Hide & Seek", jamais sorti sur l'album du même nom. La formation du groupe à cette époque se stabilise (enfin !) autour de Kid Congo aux guitares, Romi Mori à la basse et Nick Sanderson à la batterie. En écoutant cet album on se rend compte des progrès de Jeffrey Lee Pierce à la guitare, en effet le jeu du leader charismatique du GUN CLUB gagne en précision et il se rapproche de plus en plus vers le blues, il sortira un album solo magnifique "Ramblin' Jeffrey Lee" en 1992 en hommage à ses idoles (Howlin' Wolf, Lightning Hopkins, JB Lenoir ...).
Death Party (1987)
Attention, malgré le titre cet album n'a rien à voir avec le EP (mini-album) "Death Party" sorti en 1983 entre le 2ème album "Miami" et "Las Vegas Story". En effet, il s'agit en réalité d'une compilation de titres live déjà sortis sur les semi-pirates "Sex Beat 81" et "Love Supreme". La plupart des morceaux ont été enregistrés à Los Angeles, le 20 janvier 1981 au Starwood et le 7 mars 1981 au Club 88. Le groupe comme d'habitude dégage une puissance phénoménale sur scène ("Bad Indian", "Rail Road Bill","Sex Beat", "Preachin' The Blues", "Lost Highway") mais le son est très médiocre et sur les derniers titres c'est carrément inaudible ! Réservé uniquement pour les "Gun Club Junkies", pour les autres je conseillerai plutôt l'excellent "Ahmed's Wild Dream" et le très bon "Larger Than Live !".
Dance Kalinda boom (1985)
Après la sortie en 1984 de "The Las Vegas Story", le batteur de l'époque Terry Graham laisse tomber le GUN CLUB à Paris lors de la tournée française, Jeffrey Lee Pierce doit trouver un batteur de remplacement ce qui rendra la première partie du voyage assez difficile. Le fameux Terry Graham a par la même occasion dérobé des bandes d'enregistrements studio, d'émissions de radio, de concerts et a fait mettre en place un disque live pirate "Love Suprême". C'est pour riposter à la mise sur le marché de ce disque et devant la recrudescence des bootlegs pirates que le GUN CLUB décide de sortir en 1985 son premier live officiel "Dance Kalinda Boom-Live In Pandora Box". Le concert est enregistré aux Pays Bas lors d'un festival le 22 septembre 1984, avec Kid Congo à la guitare et Patricia Morrison à la basse, le nom du batteur est soigneusement oublié. Le groupe joue très fort, et on prend en pleine gueule un "Stanger in Town" incendiaire, un "Sleeping In Blood City" d'une violence inouïe et surtout le medley "Gila Monster, New Mexico/Preaching The Blues"où Jeffrey Lee Pierce se déchaine comme un gourou possédé. Certes, on peut émettre des réserves sur le son qui aurait pu être un peu meilleur mais on ne va pas bouder notre plaisir, vu la difficulté à dénicher les disques du GUN CLUB.
Ahmed Wild's Dream (1992)
Cet album a été enregistré le 25 mars 1992 au club Tivoli à Utrecht (Pays Bas) et nous propose 78 minutes du GUN CLUB live avec un Jeffrey Lee Pierce déchainé accompagné du légendaire Kid Congo à la guitare, de Romi Mori à la basse et de Simon Fish à la batterie. Le son est énorme et le groupe revisite tous ses classiques de "Walking With The Beast" à "Black Hole" en passant par "Sex Beat" , "Go Tell to The Mountain"et même un reprise de "Little Wing" de Jimi Hendrix, son guitariste préféré. Sur le morceau "Goodbye Johnny", JLP s'arrache les cordes vocales et hurle tout son désespoir, agenouillé devant une centaine de personnes, il chante pour le monde entier.
Live in Europe (1992)
Cet album live enregistré le 25 mars 1992 au club Tivoli à Utrecht (Pays Bas) n'est rien de plus que l'édition sortie aux USA du disque "Ahmed's Wild Dream" (voir mon commentaire au dessus) leur meilleur live à mon avis, c'est en tout cas la dernière apparition de Kid Congo Powers avec le GUN CLUB.
Divinity (1991)
Cette compilation regoupe des morceaux issus des sessions de l'album "Pastoral Hide & Seek" avec 4 nouveaux titres : "Sorrow Knows", "Richard Speck", "Keys to the Kingdom" &"Black Hole", 1 remix de "St.John's Divine" et 4 morceaux live enregistrés à l'Élysée Montmarte en novembre 1990 : "Yellow Eyes", "Hearts", Cool Drink Of Water" & Fire Of Love". Jeffrey reprend le "Black Hole" des Urinals. La voix chaleureuse et envoutante de JLP sur "Sorrow Knows" se confronte au riff tranchant de la guitare et ce morceau nous rappelle que Jeffrey Lee Pierce a bien été à un moment de sa vie touché par la grâce avant de s'évanouir petit à petit dans l'oubli.
The Birth, The Death, The Ghost (1983)
Enregistré live à Los Angeles en1980, on découvre toute l'énergie et la puissance phénoménale du groupe sur scène juste avant l'enregistrement de leur premier album studio "Fire Of Love". Le guitariste Kid Congo n'est pas encore parti rejoindre les Cramps et le son et les références sont déjà là. Très rare...et à mon avis jamais réédité en CD. Tracks :
1. Bo Diddley's A Gunslinger 2. Railroad Bill 3. Seven Miles With The Devil 4. Preachin' Blues 5. Goodbye Johnny 6. Black Train 7. Walking With The Beast 8. Bad Mood
9. Not That Much 10. Going Down The Red River 11. Willie Brown 12. Field Holler
13. Sex Beat
Early Warning (1997)
Sur le 1er CD, on trouve des démos des premiers enregistrements studio du groupe avec notamment "Goodbye Johnny", "Preaching the Blues" et "The Fire Of Love", plus des versions live dont "I Hear Your Hear Singing" qui ne paraitra que 10 ans plus tard, sur l'album "Pastoral Hide & Seek" et sur le 2ème CD, des enregistrements de JLP tout seul à la guitare acoustique qui chante le blues et se rapproche encore plus de son idoleTommy Johnson dont il reprend le "Cool Drink of Water Blues".
Flamingo (1985)
Les albums solos de Jeffrey Lee Pierce reflètent ses influences et son goût profond pour le blues authentique Celui-ci, son premier, est en réalité un mini-LP. Il n'a jamais été publié en CD à ma connaissance. Il a été enregistré à Londres avec Nick Sanderson à la batterie et contient le single "Get Away", une reprise de "Fire" de Jimi Hendrix, un remix de "Love And Desperation" et 3 morceaux de musique expérimentale !
Amarillo Beach (1983)
Un Bootleg de très bonne qualité enregistré le 26 mars 1983 en Allemagne, à Hambourg, extrait d'une émission de radio et connu sous le nom de "Amarillo Beach Bootleg LP".
Le groupe joue fort, très fort et sa puissance de feu est impressionnante.
La set-list comprend :Strange Fruit/ Fire Of Love/ Run Through The Jungle/ John Hardy/ The Lie/ Black Train/ The House On Highland Ave/ Cool Drink Of Water/ Fire Spirit/ Death Party/ Sex Beat/ Goodbye Johnny/ Texas Serenade/ Heebie-Jeebies/ Medley Disco Inferno.
ATTENTION !!! Tous ces produits sont terriblement toxiques et une dangereuse remontée aux confins des marécages du blues et du punk s’imposera à quiconque osera s'aventurer au cœur des disques de Jeffrey Lee Pierce et de son Gun Club....
Double séance cinéma, avec deux films d'actrices/réalisatrices françaises originales.
Pour son troisième long métrage, Maïwenn Le Besco nous fait suivre le quotidien d’une Brigade de Protection des mineurs, à Paris. Il n’y a pas de scénario au sens « romanesque » du terme, mais une succession d’épisodes, de situations vécues, un style reportage, liée aux affaires traitées et à la vie privée des protagonistes. Les deux aspects étant intimement liés, puisque le groupe constitué d’une dizaine de policiers passent leur temps ensemble. Ils travaillent, mangent, sortent, voire couchent ensemble. Cette construction me semble intéressante mais rapidement limitée. Intéressante, car on voit la difficulté pour ces flics à mener de telles enquêtes, se charger de dossiers sordides, de devoir s’immiscer dans la vie des gens qu’ils interrogent, alors qu’eux même sont proches du chaos affectif. La limite c'est que le film est sans cesse dans l'excessif.
La brigade réunissant pas mal de personnages, et comme il faut les traiter tous au même niveau (film choral oblige), on arrive très vite sur des cas extrêmes, des stéréotypes : la divorcée, l’alcoolique, le benêt intello, le banlieusard, le franchouillard, celle qui s’occupe d’enfant maltraités sans pouvoir en avoir elle-même, la beurette… qui forcément aura face à elle un musulman accusé de vouloir marier sa fille de force. Et puis il y a ce personnage de Melissa (interprété judicieusement par la réalisatrice) photographe en reportage, qui suit la brigade. Elle pouvait être le regard extérieur, le repère, mais non seulement son profil n’échappe pas à la règle (vie privée en friche) mais son apport à l'intrigue est assez restreint, pour ne pas dire nul. Elle tombe amoureuse d’un des flics (Joey Star) ça, on s’en doutait, mais n’apporte pas grand-chose à l’ensemble en terme de rééquilibre.
Par contre, ce choix scénaristique, très documentaire, d’explorer plein de cas davantage qu’une seule longue enquête, permet de se rendre compte du quotidien de ces policiers,et des répercussions sur leur vie privée. On ne sait pas ce que deviennent les gamins, les suspects, les familles, tout va très vite, et accentue cette impression de malaise, de gâchis, de répétitions. D’un côté, ces flics cherchent à redonner une dignité aux victimes, et d’un autre côté, pas le temps de s’appesantir, qu’un autre cas se présente. Maïwenn le Besco prend d’ailleurs bien soin de diversifier le profil des pédophiles, du papy inconscient, du prof désarmé et plein de remords, au bourgeois cynique et odieux. Ce parti pris est vrai aussi pour les scènes privées, il faut reconstituer les choses, prendre un bout ici, un bout là-bas, pour tenter cerner les personnages, leurs vies, leurs motivations. Là encore, cela ne va pas sans certains raccourcis, comme dans l'épilogue (que je tairais) qui nous arrive en pleine gueule. Personnellement, je l’avais pressenti deux secondes avant, mais je me demande encore si cette scène a réellement un sens, ou si c’est juste pour nous asséner un dernier coup de poing. Les personnages nous semblent survolés, traités à gros traits, comme s'il nous manquait une pièce du puzzle bien comprendre. Alors que je me souviens d’une réelle humanité et profondeur des personnages du film L627 de Bertrand Tavernier, film sur le quotidien de la bridage des stups, auquel on ne peut s’empêcher de penser.
image du tournage
La réalisatrice a choisi de filmer proche des tripes, caméra épaule, et plusieurs scènes sont réellement chargées de tension. Elle réussit vers la fin sur scène brillante en termes de suspens, dans un centre commercial. La descente de police au petit matin chez les Roms, et la scène qui suit dans le bus où sont emmenés les enfants est très bien vue, passant de l'action, aux cris, à la peur, à un moment étrangement poétique, où les enfants reprennent leurs droits, celui de rire et s'amuser. La scène de Joey Star rassurant un gamin hurlant dans ses bras retiendra particulièrement l’attention, mais là encore, n’est-on pas à la limite du procédé ? Depuis THE KID de Chaplin, et la scène du gamin qu’on lui arrache pour le mettre à l’orphelinat, on sait que c’est un peu « facile » de tirer les larmes des spectateurs avec un enfant… Mais n’oublions pas les scènes de Sandrine Kirberlain, ou d’Audrey Lamy, qui avec un naturel désarmant admet branler ses petits garçons pour qu’ils s’endorment mieux… Ces moments de tension n’empêchent pas le rire de filtrer, rire jaune, comme avec cette gamine qui avoue avoir sucé ses potes pour qu’on lui redonne son téléphone portable. A la question : mais tu rends-tu compte de ce qu’ils t’obligent à faire ? Elle répond : bah ouais, mais… c’était un chouette portable !
Un mot sur les acteurs, très bons, Joey Star en tête, mais aussi Marina Foïs, Karine Viard, Nicolas Duvauchelle, et Vladimir Yordanoff (je l’adore celui-là !), Audrey Lamy, Frédéric Pierrot… Là encore, je vais râler un peu… On n’évite pas les petits numéros personnels, chacun ayant droit à sa scène d’hystérie, de dispute, de pétage de plomb (vaguement improvisé à la manière de Lelouch, mais pas à la manière de Maurice Pialat ou Jacques Doillon, hélas…). Frédéric Pierrot à la sienne qui arrive comme un cheveux sur la soupe (il joue le commandant), et la dernière dispute entre Marina Foïs et Karine Viard m’a semblé un peu too much, et proche du numéro d’acteur. Numéro personnel dont les acteurs bien sûr se défendent (préférant parler d’équipe soudée) même s’ils savent pertinemment au fond d’eux-mêmes que ce genre d'exercice flatte leur talent, et peut leur amener une petite statuette à la fin de l’année !
En tout cas, POLISSE ne laisse pas indifférent, à commencer par Robert de Niro qui lui a décerné un prix du Jury au dernier festival de Cannes (tu m'étonnes Bob, des films comme celui-là, aux States, ça court pas les rues !). Un film comme on en voit peu, d’une réalisatrice viscérale, engagée, réunissant autour d’elle une troupe talentueuse. Un sujet difficile, traité de front, sans fausse pudeur, mais sans voyeurisme ou misérabilisme. Mais aussi avec cette petite impression, cet arrière goût, de se dire que cette représentation "naturelle" et sans chi-chi, tient au contraire du procédé très réfléchi, bref, que ce "naturel" est rudement bien "fabriqué" !
POLISSE (2011) de Maïwenn
scénario et dialogues : Maïwenn le Besco et Emmanuelle Bercot
Juste un petit mot sur ce film (j'ai déjà pris beaucoup de place...) dont la réalisatrice, Julie Delpy, tient elle aussi une place à part dans le cinéma français. Elle a travaillé 10 ans aux USA, avant de revenir réaliser des films en France. Son thème de prédilection, c'est la famille, le couple, les enfants, les différentes générations. Des préoccupations proches de celles de Maïwenn, mais un regard radicalement opposé. Pour LE SKYLAB, Julie Delpy a réuni une sacrée troupe de comédiens formidables, qui interprètent les membres d'une même famille se retrouvant pour un week end en Bretagne. Nous sommes en 1979, musique, accessoires et costumes ad-hoc ! Trois générations sont présentes, interprêtées par Albert Delpy (le papa de Julie), Emmanuelle Riva et Bernadette Lafont. On ne peut rêver mieux ! Julie Delpy, Eric Elmosnino (vu dans GAINSBOURG), Sophie Quinton, Valérie Bonneton (toujours aussi folle et fabuleuse !), Aure Atika complètent la distribution, avec une ribambelle de gamins. Le film tourne essentiellement autour de trois longues scènes de repas, et une ballade à la plage.
Des film comme celui-ci, on en a vu pas mal, des films de familles, de souvenirs, de nostalgie. Celui-ci est placé sous le signe de la comédie loufoque, à la fois légère et plus grave. Ceux d'entre vous qui sont issus de familles nombreuses, s'y retrouveront, au travers milles répliques, ou situations, ou éléments de décors. C'est drôle, ça sonne vrai, ça touche juste. Mais paradoxalement, malgré un rythme bien soutenu, cela manque de mouvement. Il s'agit essentiellement de tablées qui parlent, rient, s'engueulent. Rien d'original en soi, rien de particulièrement pertinent, mais un regard juste, tendre, un ton, et une galerie de personnages attachants, mais pas stéréotypés malgré des profils bien définis : le couple bourgeois, les soixante-huitards, le tonton qui perd la boule, l'ancien para ou membre de l'OAS. Et pourtant, ces personnages vivent vraiment (au contraire de POLISSE), s'affrontent sur divers sujets, se fissurent ou se bâtissent. Les dialogues sont drôles, servis par une troupe qui semble s'amuser follement, à nous faire revivre des bons souvenirs. Un autre film chorale, mais beaucoup plus léger, fin, assez touchant, une antithèse de POLISSE, voire un antidote !
PS : Ah oui... le Skylab, c'est le nom d'un satellite dont on annonçait à l'époque qu'il allait s'écraser sur l'ouest de la France, le personnage de Julie Delpy étant bien sûr persuadée que l'engin lui tombera sur les pompes !
PS bis : et comme dans POLISSE, on y croise Karine Viard !
A l’heure actuelle, Marc Ribot est certainement le guitariste le plus déjanté de la planète. Ce type sait tout faire, et il se trouve toujours là où on ne l’attend pas. Entreprenant d’enregistrer les expériences les plus folles, du rock au jazz en passant par le punk, le noise, le psychédélique, l’électro, la musique latine, la soul et l’avant-garde, il est, avec Marc Ducret, le guitariste du moment, se situant résolument dans l’expérimental. Ainsi, amis de Prince, Miles Davis, Tom Waits, John Zorn, Xiu Xiu, Lounge Lizards, ou encore de Trevor Dunn, foncez, cet album est un pur ravissement pour nos papilles auditives. Un ravissement pour nos esgourdes.
PARTY INTELLECTUALS est le premier enregistrement d’un collectif monté par le guitariste qui, comme il le rappelle dans quelques interviews glanées ici et là, n’avait pas enregistré d’album punk-rock depuis ses années lycée. Si pour quelques uns, il s’agit d’un essai plutôt brouillon, pour un chroniqueur de Deblocnot’, c’est une totale réussite. Car cette musique évite le pastiche et tous les clichés propres à ce genre d’entreprise. PARTY INTELLECTUALS s’inscrit résolument dans le XXIème siècle. Cette musique nous parle, fait écho dans notre âme et notre esprit. A la fois léger et profond, d’une fraîcheur inouïe (un côté adolescent non négligeable), les idées ne manquent pas.
guitare / basse / batterie...
Il s’agit là d’un groupe combinant trois musiciens : Marc Ribot à la guitare et chant, Shahzad Ismaily (à la basse éléctrique) et Ches Smith (à la batterie). Au final, un bouillon de culture inouï, avec des idées plein la tête. Toutes les énergies des deux maîtres de la scène underground de New-York sont gravées dans cet enregistrement: Marc Ribot, donc et le bassiste Shahzad Ismaily (celui-ci joue régulièrement avec Laurie Anderson, Will Oldham, Jolie Holland, Secret Chiefs 3 ou encore le Trevor Dunn’s Trio Convulsant). Encore une fois, le résultat est vraiment ahurissant, tant les références musicales sont nombreuses (Miles Davis, The Doors, Prince, pour ne citer qu’eux…). Et le répertoire, varié et hétéroclite, sorte de post-everything expérimental, vous fout une de ces pêches! On baigne en pleine réalité urbaine, globale et électronique, des images défilent à quatre cent à l’heure. PARTY INTELLECTUALS est à la musique ce qu’INCEPTION est au cinéma : une expérience inoubliable. Du post-punk dès le premier thème (Break On Through, le thème des Doors…) au punk-latin (Bateau), avec des réminiscences classiques (l’on songe forcément au Concerto d'Aranjuez de Miles Davis avec Gil Evans), les trois musiciens nous proposent des paysages sonores d’une beauté étincelante.
C’est donc bel et bien la trame de cet album sorti en 2008 chez Pi recordings. L’on trouvera du Punk-Latin, du Punk-Jazz, du Punk-Albert Ayler, du Punk-Rock. Le second thème "Party Intellectuals" emprunte au Miles électrique, du moins tout au début, pour s’en détourner, prendre une tout autre direction, carrément electro-punk, avec un batteur complètement acquis à la cause de Ribot, qui pour le coup se transforme en chien de faïence, comme l’indique le nom de son groupe. Bref, on l’aura compris, dans cet album plus rock et punk que jazz, il y a des moments d’extase carrément hypnotiques, de la violence, de la bêtise, de l’humour et de la beauté. A ne pas manquer !
Extrait : "Break on through", une composition de The Doors.
Avertissement : la direction du Déblocnot décline toute responsabilité sur les velléités punk hardcore de son chroniqueur Jazz... (il va beaucoup mieux, et se repose en Suisse..)
Après maintes petites formations locales, l'aventure des deux copains d'enfance, Rick Nielsen et Tom Petersson, démarra sérieusement en 67 avec le groupe Fuse(quelque part entre les Yardbirds, Grand Funk et Vanilla Fudge, quelques crans en-dessous bien sûr). Rick y jouait de la guitare rythmique, de l'orgue et du Melotron, et Tom, afin de rejoindre son pote, abandonna la six-cordes pour prendre la basse. De ce groupe, un seul album vit le jour en 1968. Il contient quelques bonnes choses qui auraient cependant mérité d'être peaufinées. Dans l'ensemble assez sauvage et débridé. Toutefois, Rick et Tom rejettent en bloc cet opus trouvant le chanteur à chier et le batteur limité. Fuse s'enlisa dans des conflits d'égo, notamment du chanteur, qui entrainèrent sa dissolution.
Rick déçu, raccrocha sa guitare, et partit en Europe, sans renier sa passion de la musique. D'ailleurs, pendant cette période sabbatique pendant laquelle il se maria, il partit en voyage de noces à Londres... pour profiter de la scène musicale. Il y travailla un temps (il aurait également travaillé dans un magasin d'instruments de musique en France) avant de retraverser l'Atlantique retrouver son ami Tom Petersson afin de remonter un groupe ensemble. Ils retrouvèrent Bun E. Carlos (alors appelé Brad Carlson), qui avait déjà rejoint Fuse lors de sa dernière année d'existence. Un collègue originaire du même patelin, Rockford (Illinois). Le choix du chanteur fut plus difficile. Ce fut d'abord l'ancien chanteur de Nazz, (le groupe de Todd Rundgren), Stewkey, qui ne parvint ni à tenir la cadence infernale des concerts (jusqu'à 6 par semaines, et parfois plusieurs sets par soir), à s'adapter à la musique particulière du groupe (ou ne fit pas d'effort en ce sens) ; en l’occurrence sur les compositions en marge du rythme. Pourtant Nielsen avait bien été averti par Rundgren, rencontré lors d'un concert, qui lui avait fortement déconseillé son ancien chanteur.
D'ailleurs, Stewkey ne s'éternisa pas. Toutefois, Rick, Tom et Bun.E., pas rancuniers, participèrent à son premier effort solo. En 1973, ce fut Randy « Xeno » Hogan (Bad Boys), mais lui non plus ne convint pas. Enfin, Bun.E. Carlos présenta Robin Zander. Ce dernier qui gagnait tranquillement sa vie en jouant dans un groupe de covers, craignait de lâcher la proie pour l'ombre, et dédaignât maintes fois l'offre. L'insistance et la foi des trois loustics, doublées de l'opportunité de tenter sa chance, d'interpréter quelque chose d'original, finit par convaincre Zander. Ainsi, courant 74, Cheap-Trick était né. Une mouture qui perdurera dans sa formation définitive jusqu'à aujourd'hui ; malgré une parenthèse de six ans pendant laquelle Jon Brant prit la place laissée vacante par le départ de Petersson.
Leur pugnacité finit par payer. Ce serait Jack Douglas (1) qui, convaincu de leur potentiel après avoir assisté à un de leurs concerts, aurait insisté auprès d'Epic pour qu'il leur propose un contrat.
Ainsi, dans la même année, sortait le premier album éponyme du quatuor, produit donc par Douglas. Ce dernier qui connaissait déjà le groupe par ses prestations scénique avait bien cerné leur personnalité, et retranscrit ainsi, autant se faire se peut, ce qu'ils étaient capable de développer sur les planches.
Ce premier jet offre de purs titres de Heavy-rock débordant d'énergie, côtoyant des Pop-song rugueuses, le tout sur une production puissante et près de l'os. Toutefois rien n'est vraiment clair dans le jeu de Cheap-Trick. Leurs Pop-songs dévient parfois vers des structures débridées (qui rappellent l'approche des Small-Faces en concert), et leur Heavy-Rock comporte parfois une trame mélodique qui s'apparente à la Brit-Pop. Principalement celle des Beatles. Le tout avec des guitares bien saturées, parfois primaires, mais jamais stridentes bien que parfois malmenées, une basse claquante plus medium que grave, une batterie présente, ronflante, polyrythmique, mais non tapageuse ou débridée et un chanteur qui a plusieurs visages.
D'un côté, des chansons « bourre-pif », tels que Hot Love, He's a Whore, The Ballad of TV Violence. De l'autre, des chansons caramélisées (Taxman, Mr Thief ; Oh Candy ; Mandocello) dépouillées de tout accompagnement superflu (ni synthés, ni violons) ; un peu comme si les Beatles avait retrouvé la scène en intégrant des groupes comme Montrose ou Aerosmith. Avec au milieu des trucs inclassables. Hard-Rock ? Heavy-Rock ? Oui, certainement ! Metal ? Aucunement. Pop ? Y'a de ça... avec un petit côté décalé cultivé. Punk ?? Et bien, des journalistes ont parfois estimé que certaines de leurs compositions sonnaient Punk-Rock (bien avant Green Day et autres Blink 182). Blues ? Non... quoique Cry, Cry pourrait être une sorte de création Hard-Blues-Pop... (dans les dernières secondes, dans le fade, Zander se prête à une imitation de Plant lorsqu'il poussent ses cris plaintif sur "You Shook Me" - un petit clin d'oeil ?).
Dans ce melting-pot de Rock-songs crues, une reprise de Terry Reid (2). Un hommage à un artiste complexe que l'on a un peu trop vite oublié, et dont une facette de la musique (la plus rock) semble avoir marqué celle d'un Cheap-Trick en devenir. D'ailleurs, Speak Now or Forever Hold your Peace, puisqu'il s'agit de celle-ci, se fond totalement dans l'album ; l'orgue présent sur la version originale a été substitué au profit de riffs charnus.
Finalement, à quoi se réfère la musique de Cheap-Trick ? A tout et à rien. Cheap-Trick fait parti de ces groupes qui joue avant tout du Rock sans se soucier si ce dernier est Heavy, Hard, Metal, Pop, Punk ou autre chose. Leur seul souci, faire de bonnes chansons, originales qui tiennent la route, et qu'ils aient plaisir à jouer. Même s'ils se considèrent avant tout comme un groupe de Heavy-Rock, ils n'appliquent aucune recette pour sonner impérativement comme tel.
Pour ce premier opus, on pourrait citer pêle-mêle Aerosmith, Small-Faces, Yardbirds, Beatles, Alice Cooper ère 71-74, Montrose, MC5, Marc Bolan, Move, AC/DC d'autres encore et aucun d'eux. En fait, Cheap-Trick fait du Cheap-Trick, mélangeant sans complexe des mélodies Pop à des riffs tranchants, des rythmiques passablement Heavy à des sucreries, sans être sirupeux (pour l'instant). Cheap-Trick aime prendre l'auditeur par surprise, à contre-pied. Chose qui déroutera longtemps une presse réfractaire à un groupe qu'elle ne comprendra pas, notamment parce qu'elle ne pourra le classer dans un quelconque compartiment bien défini.
Estimant qu'il n'y avait pas un titre plus fort que les autres et ne voulant pas privilégié une face (4), le groupe souhaita qu'il n'y ait pas de distinctions entre les deux côtés. En définitive, pour contrecarrer le veto du label, il y eu une face « A » et une face « 1 ».
Pour ma part, j'ai toujours commencé par celle qui démarrait avec « Hot Love », une composition Heavy-punk-rock ébouriffante : du Marc Bolan qui se prendrait une décharge de 2 000 volts. Le cheminement me paraissant plus logique avec cette entrée en matière explosive, et un final plus nuancé, alliant une trame mélodique pop à un son et une assise franchement Heavy. La réunion du meilleur dispensé tout le long du disque.
Maintenant, le CD a éliminé cette particularité, et désormais, pour tout le monde cela débute par « Elo Kiddies ». Bien moins énergique, moins définitif, moins direct, moins évident.
La version remasterisée offre cinq bonus, cinq compositions provenant des session de ce premier opus, dont le hit « I Want You To Want Me» et « You're talks» dans des versions plus Rock que celles que l'on retrouvera sur "In Color" (Haaaa... mais pourquoi ne pas avoir garder Jack Douglas à la production ?) ; "Lookout", une face B qui sera incluse sur le "Live At Budokan" ; "Lovin' Money", aussi énergique qu'une limace ; "I Dig Go-Go Girls", abominable, chanté par Nielsen.
Un des trois meilleurs albums de Cheap-Trick et un des meilleurs de 1977. De l'avis même de Nielsen et Petersson. Un premier essai qui, malgré quelques refrains « pop », fait figure de coup de poing.
Verso In Color
Malheureusement, à peine quelques mois plus tard, Epic imposa un producteur-maison, Tom Werman, qui gomma toutes les aspérités jusqu'à muer Cheap-Trick en groupe Pop-rock sans aucun mordant. Il en résulta un «In Color... », sortit la même année, bien mièvre, sabordant ainsi le groupe. Bien plus tard, grâce au coffret «Sex America» et les divers bonus agrémentant les rééditions, on pu découvrir des premières versions autrement plus velues que celles gardées par Tom Werman. Ironie du sort, la chanson la plus niaise de « In Color... », et aucunement représentative du groupe, devint un hit. «I Want You To Want Me » séduisit toute une flopée de midinettes à peine pubères qui propulsèrent la chanson à la première place en Allemagne et surtout au Japon.
Somme toute, cela leur permit de se produire au Pays du Soleil Levant à guichets fermés et d'être filmé pour une retransmission télévisée. Cet enregistrement fut récupéré pour un live, le fameux « Live At Budokan ». Dénué de toute sophistication, bien plus proche de leur premier essai, assez brutal (et encore, les titres sélectionnés sont les plus sages), il resta 53 semaines dans les charts américains. Une belle revanche.
Elo Kiddies - 3:41
Daddy Should Have Stayed To High School - 4:44
Taxman, Mr. Thief - 4:14
Cry, Cry - 4:22
Oh, Candy - 3:07
Hot Love - 2:30
Speak Now Or Forever Hold Your Peace - 4:35
He's A Whore - 2:43
Mandocello - 4:47
The Ballad Of TV Violence (I'm Not The Only Boy) - 5:15
Bonus Tracks
Lovin' Money - 4:09 (outtake)
I Want You To Want Me - 2:43 (early version)
Lookout - 3:30 (previously unreleased studio version)
You're All Talk - 3:31 (previously unreleased studio version)
I dig Go-Go Girls - 3:06 (previously unreleased)
(1) Jack Douglas producteur, également dénicheur de talent, ira jusqu'à créer son propre label (Link Records) afin d'avoir toute liberté pour produire et promouvoir ses coups de cœur (Michael Katon, Gypsies Queen). Jack Douglas qui débuta comme personnel de maintenance au studio Record Plant, devint rapidement un des producteurs les plus demandés, notamment grâce à son travail sur les albums d'Aerosmith (de Get Yours Wings à Draw the Line et Rock in a Hard Place), et également "Double Fantasy" de Lennon.
(2) Parce qu'il était pris par des engagements pour deux tournées consécutives, Terry Reid dût refuser une place de chanteur-guitariste au sein des New-Yardbirds. Puis plus tard, alors qu'il était en pleine ascension, il refusa celle proposée par Deep Purple en remplacement de Rod Evans.
(3) Rappelons aux plus jeunes, qu'il fut un temps ou les disques s'achetaient chez un disquaire, et que ce dernier, à la demande, faisait écouter l'objet toujours en commençant par la 1ère face – oui les vinyls avaient deux faces gravées – c'est pour cela qu'il arrivait qu'il y ait une première face dantesque et une seconde bien mièvre