S'il y a bien un groupe qui n'a jamais rencontré le moindre succès en France, c'est bien Journey, véritable institution aux U.S.A. où il s'est imposé comme le roi du Hard FM racé et mélodieux, parfois mélo, mais jamais odieux.Fondé en 1973, à San Francisco par deux ex-Santana, Neal Schon (guitare) et Gregg Rolie, le groupe se stabilise avec l'arrivée du talentueux batteur Aynsley Dunbar (John Mayall, Zappa, Lou Reed, David Bowie...) et du bassiste Ross Valory (Steve Miller Band). Le Journey des trois premiers albums nous propose un mélange assez curieux entre hard-rock bien carré et jazz-rock pas trop démonstratif, laissant enfin éclater le talent du jeune guitariste virtuose Neal Schon, souvent frustré au sein du Santana Band. En 1978, le groupe change d'orientation musicale avec l'arrivée de Steve "The Voice" Perry au chant qui consacre tout son talent pour l'écriture des albums suivants, "Infinty", "Evolution" et "Departure". "Captured" est donc le premier live de Journey enregistré pendant le Departure Tour du 26 mars au 13 octobre1980 à Montréal, Tokyo et Detroit. Produit par Kevin Elson, il sera publié en février 1981 et sera le dernier album pour Gregg Rolie qui rejoindra Santana brièvement, avant de fonder son propre projet le "Gregg Rolie Band".
Le groupe se la joue beaucoup plus "hard" sur scène et les versions studio sont dynamitées par la puissance de feu du groupe vraiment très impressionnante en ce début des années 80. L'instrumental "Majectic" ouvre le concert juste avant que Steve Perry hurle aux 9300 fans déchainés un " Bonsoir Montréal ! " d'anthologie, Steve "Machine Gun" Smith ( qui a remplacé Aynsley Dunbar) explose les peaux de sa batterie, le son est énorme et Neal Schon envoie des riffs d'enfer sur un "Where Were You" qui vous scotche littéralement sur le canapé de votre salon. Gregg Rolie prend le relais au chant avec "Just The Same Way", un classique du groupe, sur lequel le chanteur de "Black Magic Woman" essaye de pousser Steve Perry dans ses derniers retranchements. La tension ne faiblit pas d'un iota et Neal Schon est éblouissant sur le speedé "Line Of Fire"avec ses solos incandescents qui fusent de partout. Ensuite le groupe enchaine plus calmement avec un somptueux medley "Lights / Stay Awhile" avant que Steve Perry , annonce à la foule déjà aux anges que le concert va être enregistré !!! Les titres s'enchainent, "Too Late", "Dixie Highway", avec un phénoménal Steve "The Voice" Perry qui fait le spectacle en faisant participer la foule. Gregg Rolie s'associe à Steve sur un autre medley "Feeling That Way" / "Anytime" où les deux chanteurs nous proposent une succession d’harmonies stellaires de toute beauté.
Ross Valory donne le groove sur le mélancolique et mélodique "Do You Recall " tandis que Steve Perry ne ménage pas ses cordes vocales en montant haut, haut, très haut.... "Do Want To Hear Some Blues " ? demande Steve Perry en annonçant le morceau suivant "WalkLike A Lady"un brulot bluesy de 7 minutes avec un duel mémorable entre - "Mr. Gregg Rolie on his Hammond B3 and Mr. Neal Schon on his Stratocaster Fleet" - "La Do Da" est un titre rapide où les membres du groupe y vont de leurs solos respectifs.... eh les gars, on est dans les années 80, à cette époque ça se faisait et on était content, non ???? Le public en veut encore et Journey va le combler avec le puissant "Lovin', Touchin', Squeezin'" et l' imparable classique en acier chromé "Wheel In The Sky". Le concert se termine de façon spectaculaire avec une version sous stéroïdes anabolisants de "Any Way You Want It" qui achèvent les fans complétement ébahis, conquis et heureux.
- Allez, c'est dimanche, une petite chronique légère... - Mouais, un truc au rabais, en quelques sorte... - Mais pô du tout, mais c'est que... j'ai pondu plus que mon quota de mots vendredi dernier, et je me suis dit que faire plus court ne serait pas une mauvaise idée... Bon et pis je n'étais pas censé être de garde ce week end, alors je fais ce que je peux, hein ?
Luke Steele, la tête pensante des SLEEPY JACKSON.
Il y a des disques, dont on se dit que leur créateur ont été comme touchés par la grâce. On achète (après une promo télé me semble-il...) on écoute, et vlan ! On s'en reçoit une caisse en plaine face ! Une caisse de quoi ? De talent, d'inspiration. C'est bien le cas de ce premier opus de THE SLEEPY JACKSON, groupe australien, formé autour de son leader/compositeur Luke Steele. "LOVERS" est une pépite pop dont aucun titre ne semble plus faible qu'un autre.
Dès le premier, « Good dancers », boucle aérienne autour de trois phrases chantées en voix de tête, la magie opère. Il ne s’y passe pas grand-chose, me diriez-vous, sans doute, mais l’alchimie fonctionne, ça dure 4 minutes, mais on en reprendrait volontiers 15 de plus... Le second titre sonne plus punk/rock, tempo rapide et phrasé à la Johnny Rotten, mais c'est le son pop qui domine cet album, à l'instar de cette merveille « This day », où ressurgit le fantôme de Brian Wilson (The Beach Boys). Elégance des arrangements, des choeurs, velouté des guitares acoustiques, petites touches de piano... Chaque chanson a son petit riff vocal... nan nan nan nan, ou la la la la... que l'on imprime dès la première écoute, et qui ne vous quitte plus. Habile. Avec cette impression que pour Luke Steele et sa bande, tout semble facile, comme s'ils étaient tombés dedans en étant petits. Tantôt saupoudré de quelques gimmick électroniques, mais généralement acoustiques, les chansons s'enchaînent, parfois entrecoupés d'interludes courts, étranges, sur fond de piano bastringue et de voix d’outre tombe. « Come to this » sonne Beatles, voire même George Harrison, avec une guitare très « « gently weeps », une merveille absolue, et « Miniskirt », impeccable aussi avec ses accents country, comme le « Old dirt farmer » avec petit violon en prime.
La voix de Luke Steele est certainement un des principaux atouts de ce disque - il assure tous les choeurs - avec cette petite pointe nasillarde un peu maniérée. La richesse des mélodies, la limpidité des arrangements, des harmonies, font le reste. Comparés à Beck, sans doute pour cette manière de s'approprier le passé pour en faire du contemporain, THE SLEEPY JACKSON ont réalisé un premier album quasi parfait, qui force le respect. Entre pop aérienne, électro et résurgence psychédélique, «LOVERS» est un disque qui adhère immédiatement aux tympans. Brillant. Addictif. Une petite perle.
Un second album « Personality » est sorti en 2006. Depuis, Luke Steele semble avoir mis THE SLEEPY JACKSON entre parenthèse, se consacrant à son autre groupe EMPIRE OF THE SUN.
L'aérien, planant, psychédélique, hypnotique "Good Dancers"... (le clip, quasiment un plan séquence, n'est pas mal non plus)
... Et la pop-song impeccable "Come to this", carrée, parfaite, un modèle du genre, sans bavure.
THE SLEEPY JACKSON : "LOVERS" (2003) 44 minutes Luke Steele : chant, guitares
Jonathan Burnside : guitares
Malcolm Clarke, Jacob Cook : batterie
Rod Aravena, John Maddox : basse
Justin Burford, Paul Searles : claviers
Naomi Radom : violon et beaucoup d'autres...
Rialzu, "Renaissance" en corse, est un groupe dont la musique aurait pu ne jamais parvenir à nos oreilles . C’est grâce au travail d’Alain Lebon et de son label "musique Zeuhl" qu’il nous est donné aujourd’hui le privilège de découvrir ce disque unique en son genre. Unique parce que c’est le seul album gravé par Rialzu, unique aussi par son choix musical. A savoir associer une musique d’inspiration " Zeuhl " ( pour les caves* qui n’auraient pas suivi, le terme " Zeuhl" désigne une musique inspirée par celle du groupe "Magma" ) aux chants traditionnels corses.
Rialzu est né en 1972. Ses géniteurs sont le guitariste Gilles Renne et l’organiste Christophe Mac Daniel. Comme leurs noms ne l’indique pas, ils sont corses et bien décidés à participer à la renaissance des cultures régionales qui se développent. Au duo s’ajoutent François Mac Daniel, à la batterie et Patrick Bataille à la basse. Les jeunes gens étudiants sur le continent et éloignés les uns des autres ne peuvent jouer de la musique que pendant les vacances sur l’ile de beauté, où ils se retrouvent. Au début leur répertoire est constitué de reprises de Santana, Chicago, Pink Floyd ; tel des dizaines d’autres groupes de l’hexagone. Puis ils commencent à s’intéresser à des musiques plus complexes émanant de Genesis , Yes, King Crimson et surtout Magma qui deviendra leur influence majeure.
L’histoire de Rialzu débute vraiment en 1976. Christophe Mac Daniel et Gilles Renne décident de composer leur propre musique. Un jour Christophe arrive chez Gilles avec des compositions sur lesquelles il est prévu de chanter en corse. Le duo, avec désormais Olivier Renne, le frère de Gilles, à la batterie, se met au travail. Les 1ers concerts , ainsi qu’un enregistrement pour France Culture ont lieu dans la foulée. Dominique Gallet, un cousin des Mac Daniel, entre dans le groupe. Il est violoniste. La formation se complète avec l’arrivée de deux chanteuses, Patrizia Poli et et Patrizia Gattacecca, que l’ont retrouvera quelques années plus tard au sein des fameuses " nouvelles polyphonies corses" . Les deux chanteuses quitteront rapidement le groupe.
Rialzu est remarqué par le groupe "Canta u Populu Corsu " , avec lequel il joue sur scène. Lorsque Rialzu aura cessé d’exister deux de ses membres, D. Gallet et C.Mac Daniel, rejoindront Canta u Populu Corsu . En mai 1978, après deux ans d’existence effective, Rialzu réalise le rêve de tout groupe ; enregistrer un album. Celui-ci sera réalisé au studio Ricordu, qui coproduira le disque. Pour renforcer le côté voix, Rialzu se renforce de deux nouveaux membres : Jean Philippe Gallet, le frére de Dominique et Françoise Auger, une amie des Mac Daniel.
Comme tout groupe n’ayant jamais mis les pieds dans un studio , les musiciens sont totalement inconscients des difficultés auxquelles ils vont être confrontés. Difficultés accentuées par le fait qu’ils n’ont qu’une journée pour enregistrer et mixer l’album. Le magnéto n’est qu’un 8 pistes tombant souvent en panne, ce qui limite forcément la portée de la musique. Enfin, comme si ça ne suffisait pas François Mac Daniel s’ouvre un doigt en ouvrant une boite de conserve. Il ne peut donc faire toutes les parties de basse. Il est supplée par son frère Christophe. Quelques heures plus tard, à la tombée de la nuit, l’affaire est dans le sac. La musique de Rialzu s’est matérialisée. Chacun rentre chez lui, satisfait et fier du travail accompli. Personne ne le sait mais ce coup d’essai marque la fin du groupe ; comme si le fait d’enregistrer un album était un aboutissement définitif à la vie d’une formation. " U Rigiru " ("le cercle") sort quelques mois plus tard. Il est pressé à 1000 exemplaires et uniquement distribué en Corse, ce qui explique que Rialzu soit resté un parfait inconnu des amateurs de musiques "zeuhl " durant 30ans et avant la réédition de l’album par le label "Soleil Zeuhl"s . A ce propos, saluons le courage et l’abnégation de ce label dirigé par Alain Lebon, sans qui des musiques seraient perdues pour toujours. J’en profite au passage pour rendre hommage à : Muséa, Dixie Frog, Spalax, Magic Records et d’autres qui font ce même travail d’archéologie musicale et grâce à qui des œuvres extraordinaires ont repris vie. Le contenu du disque maintenant. "U Rigiru" , le morceau est une longue suite de 16mn. Dès l’entame je sursaute. Me serai je trompé de disque ? En effet ce que j’entends est un parfait copier-coller de l’intro de "Kohntarkosz" de Magma. Clin d’œil du groupe à son influence majeure. Puis la musique se développe avec une rare énergie. Claviers et guitares se livrent un duel acharné. La tempête avant le calme. Dominique Gallet pince les cordes de son violon, accompagné des cymbales d’Olivier Renne. Sérénité. Intervient alors le chant , en Corse. Petit à petit nous sommes transportés dans une autre dimension. Crescendo, la musique se développe jusqu’à atteindre une rare intensité. 16mn de bonheur. U Rigiru est presque un chef d’œuvre. Presque, parce qu’hélas, autour de 11mn de grâce nous devons subir un (trop) long solo de batterie qui casse l’ambiance. Le second morceau "I Lagramanti" débute par des chœurs a capella, et se poursuit par un solo de guitare dantesque de Gilles Renne. Il est évident que Gilles est un disciple du grand Allan Holdsworth, l’influence du groupe Hatfield and the North est également palpable. Si U Rigiru marquait par sa sérénité, I Lagramanti est âpre, tendu. Le chant est plus "dur" . Je regrette de ne pas comprendre les paroles. Le disque se termine par "A Muba", un court titre à l’accent assez jazz rock qui nous rappelle les lyonnais de Sphéroe .
En bonus nous avons droit à deux titres live. Le premier "U Sterpamondu " est une variante de "I Lagramanti". On se rend cependant vite compte que les musiciens de Rialzu ne sont pas des manchots et qu’ils maitrisent parfaitement leurs instruments. Le second morceau live est : "A Man di Diu" , assez planant mais néanmoins magnifique. Un duo chœurs /claviers à l’accent mystérieux. Voilà, le disque se termine. Rialzu disparait dans la nature. Les notes de pochette ne nous expliquent pas les raisons de la séparation. C’est dommage parce que ce groupe avait le potentiel pour faire une belle carrière. Est il apparut trop tard ? Possible. En attendant il nous reste ce témoignage unique qu’est "U Rigiru", c’est déjà bien. Personnel:
Chistophe Mac Daniel : Claviers, chant
Dominique Gallet : Violon, chant
Gilles Renne : Guitares
François Mac Daniel : Basse, chœurs
Olivier Renne : Batterie, percussions
Jean Philippe Gallet : Chœurs
Françoise Auger : Chœurs
U Rigiru ( C.mc Daniel/ D.A. Geromini) 15’ 59 ‘’
I Lagramanti : (C mc Daniel/G.Thiers) 11’ 03’’
A Mubba : (G.Renne) 3’17’’
U Sterpamondu ( C.mac Daniel/ G.Thiers) 13’42’’ (live)
A Man di Diu ( C. mc Daniel/ A.S.Tristan) 5’05’’ (live)
Durée totale 49’ 02’’
* "Cave" : terme argotique employé par le milieu Montmartrois pour désigner les non affranchis, les civils, les boulets etc… (voir le film : "le cave se rebiffe" )
Le blues. Vaste programme, pour cette musique dont Willie Dixon disait : « le blues, c’est les racines, tout le reste, ce sont les fleurs », et dont le musicologue belge JP Smet disait : "toute la musique qu'on aime, elle vient de là..."
Les livres consacrés à la musique Blues se comptent en wagons entier. LE PEUPLE DU BLUES de LeRoi Jones, publié en 1963, reste à ce jour un des ouvrages de référence sur le genre. Ouvrage hautement recommandable, s'il n'est déjà lu ! Mais sans doute les béotiens le trouveront-ils moins abordable que ce livre-là, un ouvrage collectif, supervisé par Peter Guralnick, historien de la musique, qui a publié le passionnant SWEET SOUL MUSIC chez ALLIA, A LA RECHERCHE DE ROBERT JONSHON, ou d’autres écrits sur Elvis Presley et les pionniers du rock.
A l’origine de ce livre, une série de sept longs métrages produite par Martin Scorsese, et réalisés entre autre par lui-même, Clint Eastwood, Wim Wenders, Charles Burnett, Mike Figgis… Une œuvre autant inédite que colossale, qui a germé dans l’esprit de ce passionné de Scorsese, qui avait proposé à des metteurs en scène de réaliser chacun un documentaire sur un aspect de la musique blues. Ce livre reprend donc les sept thèmes, préfacés par les dits réalisateurs, mais surtout, le bouquin propose une iconographie soignée, et des témoignages et documents à la pelle. Contrairement donc à beaucoup de livres, celui-ci retrace l'histoire de la musique Blues en compilant un patchwork d'interventions, généralement issues de souvenirs directs ou rapportés, d'écrits, de ceux qui ont fait cette musique.
A noter que Martin Scorsese n'en est pas à son premier coup d'essai. La musique rock et blues parsème les BO de ses films. Il a aussi filmé des concerts (THE BAND, ROLLING STONES) et réalisé le documentaire définitif sur Bob Dylan, dont nous avions déjà parlé sur ce blog :
Ce même Bob Dylan qui a totalement intégré la musique Blues à son répertoire, et qui s'est même fendu de quelques classiques du genre, un des rares musiciens blancs dont les artistes noirs reconnaissent s'être inspirés.
Faut-il revenir sur la genèse de cette musique, dont le DEBLOCNOT’ se fait écho régulièrement ? C’est une si belle histoire, et puis, certains ne la connaissent sans doute pas encore… En résumé :
Le Blues fut importé bien malgré eux par les esclaves africains que les négriers déversaient par bateau entier dans ce qui deviendra les Etats-Unis. La musique Blues se développe essentiellement dans les états du sud-est, le delta du Mississippi, pour des raisons « climatiques ». Région chaude, irriguée, elle convient à la culture du coton, matière première de l’industrie textile alors en plein essor. Les Etats Unis sont une terre d’immigration, la population augmente, qu’il faut vêtir, et la guerre de Sécession demandera aussi un gros approvisionnement d’uniformes. C’est donc là que se concentreront les plantations. Plus tard, au XXème siècle, une migration se fera vers l’ouest et la Californie (culture des fruits), où se développera une scène musicale, mais de moindre importance (avant l’explosion du Be Bop, et du revival blues dans les années 1960), et vers la ville de Chicago (émigration économique) qui là aussi donnera naissance à un nouveau style.
Un Juke Joint, comme il en fleurissait sur les rives du Mississippi.
Les esclaves chantent pour ne pas oublier leur culture, et la transmettre de générations en générations. Et puis pour se donner du courage, et supporter les longues journées de travail. Des chansons de travail, des Work Song (comme le thème du jazzman Cannonball Adderley, immense tube, dont on connaît l’adaptation française de Claude Nougaro, sous le titre « Sing sing »). Le chant permet aussi aux esclaves de s’exprimer, de crier leur souffrance, leur espoir, et de railler les Blancs. Parmi les ressentiments des esclaves, un thème récurrent sera d’imaginer la femme blanche du propriétaire culbutée par des Noirs bien membrés, en l’absence du mari. Et se venger ainsi des mauvais traitements, et viols à répétition subis par les femmes et filles d’esclaves. La dimension sexuelle dans le blues n'est pas à négliger, beaucoup de textes s'y réfèrent, plus ou moins explicitement, et à la différence du Gospel, entièrement dédié à Dieu. Par peur des débordements, de nombreux propriétaires de plantations interdisaient aux Noirs de s’exprimer, mais certains, plus cléments, permettaient qu’ils se réunissent, chantent, et même, participent aux offices religieux. Et très exceptionnellement, d’autres encourageaient les Noirs à chanter, fournissant même des instruments de musique. Une manière aussi de les tenir, de les « civiliser » et d’éviter toutes rébellions. De même que la présence des chorales Noires dans les églises blanches, allait dans le sens de l’évangélisation, de la christianisation des ces sauvages impies. Sans le vouloir, les hommes d’Eglise ont donc permis la diffusion de la musique du Diable !
L'orchestre de WC Handy.
Nous voilà donc avec les Work Songs, les Negro Spirituals, le Gospel, et il faut ajouter aussi les Minstrel, ces chansons interprétées par des blancs grimés en noir, pas toujours du meilleur goût, mais dont le succès populaire contribua aussi à la diffusion du Blues. Autre source d’influence, les fanfares militaires, d’origine européennes, avec trombones, saxophones, grosses caisses, qui vont avec leur nouveau son, leur nouveau rythme, venir nourrir cette musique (plus tard les String Band, les Marching band), qui jusque là était jouée principalement sur des guitares, ou des harmonicas. Je le disais, les esclaves qui en avaient le droit, se réunissaient le soir pour chanter. Le chanteur improvisait généralement les paroles, inspirées de sa vie, de sa journée, de faits divers. Il lançait une phrase, que le public ou ses acolytes répétaient, laissant au chanteur le temps de trouver la suite de l’histoire. Ainsi est née cette forme très particulière et typique du Blues : AAB.
Feelin’ tomorow like I feel today (A) Feelin’ tomorow like I feel today (reprise A) I’ll pack my grip and make my gateaway (B) (St Louis Blues par WC Handy)
Mama Smith sort en 1920, ce qui est considéré comme le premier disque de Blues "Crazy blues".
Autre innovation majeure, la fameuse « note bleue », cette manière de diminuer légèrement le ton d’une note, pour que l’instrument retrouve les accents plaintifs de la voix humaine. C’est là la contribution majeure que l’on doit depuis plus d’un siècle à cette musique, une nouveauté radicale par rapport aux gammes "classiques" européennes, et ce qui donne son feeling, son swing, cette fameuse « gamme blues ». Mais cette musique était purement de transmission orale, et il a bien fallu inscrire toutes ces innovations dans le marbre. Ceci sera l’œuvre du trompettiste WC Handy, jeune musicien Noir, instruit, qui coucha sur le papier ce qu’il entendait chanter çà et là. Il va théoriser le Blues. Et en 1909, il écrit « The Memphis Blues » considéré comme la première chanson de blues, écrite, texte et partition. Autant vous dire qu’il ne s’arrêta pas là, et que droit d’auteur aidant, Handy devint rapidement riche comme Crésus ! En 1920, Mamie Smith enregistre le premier disque de blues : « Crazy Blues ».
Son House (1902-1988) grande figure du Delta Blues, tiraillé entre foi et musique du Diable, il serait à l'origine de l'histoire du pacte de Robert Johnson avec le Diable, qui expliquait les progrès saisissants de Johnson comme musicien.
Et l’aventure peut commencer, avec les Jug Band (objets détournés en instruments), les Juke Joint (débit de boisson où les musiciens itinérants venaient chanter, aux grès des migrations de population, ou tout simplement là où ils pouvaient avoir leur jarre de whisky frelaté contre une soirée à beugler), les grandes figures du Blues-Country, ou delta-Blues (Blind Blake, Charlie Patton, Blind Lemmon Jefferson, Son House…), et puis le boogie-woogie (blues sur tempo rapide, joué au piano), le ragtime, le jazz, la country, et ensuite la migration vers les villes industrielles vers 1940, et la naissance d’un nouveau style, plus sec, électrique, urbain, avec le Chicago Blues, et les maisons de production, les directeurs artistiques qui sillonnent les états à la recherche de nouveaux artistes à enregistrer, puis dans les années 50 la naissance des petits cousins, le rock’n’roll de Chuck Berry et le rythm’n’blues de Ray Charles, puis dix ans plus tard le Blues-revival des groupes hippies en californie (Greatful Dead, Jefferson Airplay, Janis Joplin, Canned Heat), et en Angleterre, l’explosion de British Blues, où des John Mayall, des Chris Barber, des Clapton, des Keith Richards, des Rod Stewart, firent de Howlin’ Wolf, Muddy Waters ou Big Bill Bronzy leurs idoles, puis encore dans les années 80 quand le texan Stevie Ray Vaughan reprend le flambeau, comme le newyorkais Poppa Chubby dix ans plus tard, jusqu’à Joe Bonamassa aujourd’hui…
Ouf ! J’avais dit en résumé… mais l’essentiel y est, je crois !
Stevie Ray Vaughan (1954-1990) qui repopularisera la musique Blues au début des années 80, et dont le décès dans un accident d'hélicoptère ébranla toute la profession.
Mais cela, c’est la grande histoire. Le tout premier intérêt de ce livre, VOYAGE A LA SOURCE DU BLUES, ce sont les petites histoires. Un grand nombre de documents, de témoignages, qui replacent tous ces héros dans leurs contextes de vie. Car toutes ces grandes figures, étaient des types qui vadrouillaient sans le sou, édentés, les godasses trouées, passages en prison, et qui arrivaient à sortir des sons incroyables sur des guitares dont il manquait trois cordes !
Sonny Boy Williamson II.
Témoignages de musiciens, d’écrivains, ou de passionnés, qui un jour ont croisés un vieil homme qui jouait le Blues, assis sur les marches d’une cabane décrépie, et qui lui même va raconter son histoire, et les gens qu’il a fréquentés, qui lui ont appris à jouer. Les témoignages de BB King, Buddy Guy, Willie Dixon (compositeur, directeur artistique chez Chess Record, à qui on demandait tout de même de passer la serpillère et faire les carreaux !) qui y vont de leurs souvenirs, de leurs anecdotes, sur leurs maîtres. Il y a aussi les témoignages de jeunes musiciens de rock, comme Peter Wolf (futur J. Geils Band), qui s’est improvisé intendant de Muddy Waters, qu’il installait dans sa piaule minable, où Waters cuisinait pour son groupe, avant les concerts, dormait, buvait et jouait aux cartes. A chaque fois, l’histoire se répète. Des jeunes blancs, admiratifs, qui trainent aux basques de musiciens noirs, prêtant une chambre, une camionnette, négociant des concerts dans les universités, dans les festivals (le festival de Newport dans les années 60 a permis la resurgence d'artistes totalement oubliés à qui le jeune public fera un triomphe, voyant dans ces vieux Noirs les précursseurs des folk-singer) organisant des tournées européennes (voir le livre WHITE BICYCLES de Joe Boyd, chez Allia). Il y a le guitariste Michael Bloomflied qui rencontre Big Joe Williams, apprendra à ses côtés autant qu’il le relèvera du caniveau. Ou Paul Butterfield qui fouille dans les affaires de James Cotton, pour percer le secret du son de son harmonica… Tous un tas d'extraits de livres, d’articles, des textes de chansons (traduits en français) qui font revivre les premières années du Blues, montrent le quotidien des artistes. Mais il ne faut pas croire que le Blues n’est qu’une longue plainte de ramasseurs de coton, c’est aussi une musique festive, beaucoup de textes tournent en dérision le mode de vie des Blancs, d’autres seront franchement grivois voire salaces, et enfin, c’est une musique aussi revendicative, et politique (comme chez JB Lenoir). On y croise aussi les mythes et légendes qui circulent autour de ces musiciens, comme ce fameux pacte avec le diable de Robert Johnson. Et sans oublier les grandes impératrices comme Ma Rainey, Bessie Smith, Billie Holiday.
A l'intérieur d'un juke joint, ou barrelhouse.
(photo de Bill Steber)
Un livre parmi d’autres, sans doute, mais celui-ci est particulièrement attachant, et particulièrement documenté. C’est un bouquin qui peut se feuilleter, au gré des thèmes abordés. Et c’est assurément un merveilleux voyage, riches en péripéties, en découvertes, en personnages haut en couleur, buveurs, hurleurs, bagarreurs, queutards, poètes, inventeurs, passeurs d’histoires, témoins de leurs temps. Des hommes et des femmes qui, sans le savoir, sans le vouloir, ont marqué de façon indélébile la musique du vingtième siècle. Et je ne me lasse pas de relire leur histoire.
Pink Floyd en 1967, avec Syd Barrett. Le nom du groupe vient de deux bluesmen : Pink Anderson et Floyd Council. Désolé pour ceux qui pensaient que cela voulait dire Flamand Rose...
Tout cela paraît si proche, et si éloigné à la fois. Lorsqu’un BB King, dans un costard à paillettes, vous raconte qu’il ramassait du coton quand il était petit, au lieu d’aller à l’école, cela semble nous renvoyer au Far West, alors qu’il s’agissait des années trente… Lorsqu’on sait qu’il n’y aurait sans doute pas eu les Rolling Stones, Chuck Berry, Led Zep, Hendrix, Elvis Presley ou Pink Flyod, sans ces musiciens du Delta, qui n’ont jamais joui d’aucun statut de star en leur temps, et qui pour la plupart, vivaient de rien, et dans l’indifférence totale de l’industrie du disque… Leur répertoire a été pillé sans vergogne (même si entre eux, déjà, ils se repiquaient des chansons en changeant trois mots du texte, comme la chanson "Sweet home Chicago" qui existe en autant de version qu'il y a de villes en Amérique !) et pourtant, grâce à une autre génération de musiciens, cette musique est venue jusqu’à nous. Le blues est trop ancré dans les musiques pop actuelles, et dans le jazz, qu’il ne pourra pas disparaître (comme on annonce régulièrement la mort du rock'n'roll, pffff, laissez-moi rire). Il y aura toujours des musiciens pour l’interpréter, sous une forme ou une autre, à travers le jazz ou le rock, ou sa forme originale. C’est une musique qui fait appel aux oreilles et au cœur, à la sensibilité, une musique qui ne triche pas, qui n’est pas basée sur la virtuosité, qui n'est pas intellectuelle, comme a pu l'être le jazz dans certains de ces courants. Raison pour laquelle, le Blues touche tout le monde, si on se donne la peine de prendre son temps pour l’écouter, et se laisser porter par sa mélancolie, ou son énergie.
Blind Willie McTell (1898-1959) et sa femme Kate. Le préfixe "blind" signifie "aveugle" que l'on retrouve accolé à de nombreux noms de musiciens blues. Bob Dylan lui a dédié une de ses chansons.
Et voici maintenant le moment tant redouté. Illustrer ces propos avec une chanson... J'vous dis pas le mal au crâne, pour choisir, et les documents vidéo, par miracle, existent, grâce à ceux qui ont parcouru le pays, caméras et micros en main, pour recueillir toute cette manne, avant que les intéressés ne cassent leur pipe. Il était intéressant de prendre un morceau original et sa reprise. Mon choix s'est porté sur "I'm so glad"de Skip James (1902-1969), enregistré en 1931, et repris par le groupe Cream (Eric Clapton, Jack Bruce, Ginger Baker) en 1967. Un an plus tard, Deep Purple en a gravé aussi une version ! Cette chanson était elle même une vague reprise de "So tired" enregistré en 1928 par Lonnie Johnson. En termes de Blues, rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme ! Vous noterez que "I'm so glad" n'est pas construit sur la structure AAB... Preuve qu'à toutes régles, il y a ses execptions ! Ecoutez le motif de guitare, vers la fin, sur le refrain, qui servira de base à l'adaptation par Cream
On raconte qu'un jour où il était au Etats-Unis, Eric Clapton frappa à la porte d'une bicoque. Un vieux Noir, malade, lui ouvre : "Ouais, qu'est ce c'est ?". "Bonjour, je m'appelle Eric Clapton, je suis guitariste, et j'ai repris une de vos chansons, I'm so glad, qui m'a fait gagner beaucoup d'argent. Voici, vos royalties...". Clapton tend une valise contenant des milliers de dollars au vieil homme, qui était... Skip James ! De nombreux autres british bluesmen n'auront pas ce genre d'attention...
La semaine prochaine, je vous propose le premier épisode d'une longue série sur la bourrée auvergnate, qui n'est pas non plus dénuée d'intérêt.
LE BLUES : VOYAGE A LA SOURCE (édition Naïve, 2004) 280 pages, 30 euros. Textes et documents réunis par Peter Guralnick, Robert Santelli, Holly George-Warren, Christopher Joh Farley, d'après la série de films produite par Martin Scorsese.
Accept... Un nom qui, après 14 années de silence (une éternité), ressuscite et résonne à nouveau à mes oreilles comme autant de souvenir liés à l'excellence de certains de ses albums, aux premier rangs desquels je vous citerai instantanément, Restless and Wild, Balls to the Wall et Metal Heart. Ajoutons à cette triade indéfectible, LE Live d' Accept, Staying A Life. Sans doute l'un des plus grand Live de ces vingt dernières années que la confrérie métallique ait enfantée.
Éminente formation de Heavy Metal des années 80, les Germains d' Accept, sous l'impulsion du petit blond en treillis à la voix d'écorchée, publieront également deux autres très bons albums : Russian Roulette (celui de la séparation avec son Chanteur Udo en 1986), et Objection Overruled (celui de la reformation de 1993).
Plus tard, en 1996, les deux aventureux (curieux) derniers albums du groupe auront finalement eu raison de cette première reformation du groupe. Udoen profite aussitôt pour réactiver sa carrière solo, tandis que Wolf Hoffman entame sa reconversion professionnelle, dans le domaine de la photographie, aux États Unis. On aura remarqué qu'avant même le split du groupe, Stephan Kauffman avait déjà rangé ses baguettes depuis quelques années (à cause de ses problèmes de dos), ce qui ne l'empêchera pas de revenir plus tard dans les girons d'Udo (U.D.O) en tant que guitariste cette fois. Quant à Peter Baltes, le bassiste, il émigra comme Wolf aux USA. Pour y faire quoi ? Je l'ignore.
Enfin voilà, tout ça c'est de histoire... Histoire de remettre en perspective le pourquoi du comment d'un tel come-back, et que personne n'aurait osez imaginer quelques quinze ans plus tard ("Putain quinze ans !!" comme disait l'autre).
Wolf Hoffman... Heureux d'être content.
J'ai la guitaaare qui me démange, alors je gratte un p'tit peu !"
Voilà sans doute ce qui aura incité le chauve guitariste a réveiller le monstre, dans sa presque formation d'origine, lors de quelques festivals estivaux. Face au réel engouement du public, il n'y avait alors plus qu'un tout petit pas à faire pour redonner l'envie à Wolf d'officialiser, sous forme d'un nouvel album, le retour du géant métallique Teuton.
En 2010, ils sont venus, ils sont tous là... Même Herman Franck !... Tous non, car un irréductible, et pas des moindres, a finalement décliné l'invitation. Accept 2010 ne se fera donc pas au côté de son emblématique Chanteur Udo (il est fou cet homme là !!). Coup dur se dit-on alors. Sauf que voilà, Wolf Hoffman a eu du flair en dégotant l'Américain de l'obscur groupe TT Quick (...), Mark Tornillo.
Le but avoué du Guitariste étant clairement de renouer avec le glorieux passé musical du groupe, on ne s'étonnera pas des évidentes références dont a de suite fait l'objet Blood of the Nations lors de sa sortie en bacs: Riffs acérés sur fond de Flying V hurlantes, alternances de tempos lourds et speeds, chœurs massifs, pochette clin d'œil au "Show me the sign of Victory" qu'éructait alors Udo en concert... Bref, tout dans la forme semble irrémédiablement nous conduire à toutes les références que je vous mentionnais un peu plus haut. Quant à la voix de ce nouveau Chanteur, la ressemblance, le mimétisme d'avec Udo étant ce qu'ils sont, on ne devrait en rien s'en offusquer, puisque collant parfaitement à l'imagerie guerrière et rentre dedans, qui fit jadis la singularité, l'originalité du géant Germanique.
Peter, Mark et Wolf: Living for tonight !!!
Écoutes après écoutes, après écoutes, après écoutes, il me faut me rendre à l'évidence: Blood Of The Nations est en effet plein de bonnes choses. Le son, la cohésion des musiciens, la diversité des morceaux, etc... Une chose essentiel lui manque néanmoins : Une écriture qui aurait pu être bien supérieure à ce qu'elle est, c'est à dire plus directe et simple. A vouloir en faire trop dans ses solis de guitares, Hoffman perd ainsi beaucoup de son feeling premier, tandis que le duo des guitares ne se distingue plus assez l'un de l'autre... Ce qui était jadis l'une de ses marques de fabrique, et qui faisait aussi le charme, l'identité si forte du groupe.
Le plus fâcheux revient surtout au manque cruel d'efficacité d'une bonne moitié des refrains (le gros point faible de l'album en définitive).
Ce manque d'accroche revient aussi peut être, au fait d'avoir voulu en faire un peu trop, et plus que de raison. Il en résulte nombre de morceaux qui auraient gagné en efficacité en étant plus courts. 10 morceaux, sur les 13 que compte l'édition Bonus, dépassent allégrement les 5 minutes, quand ils ne flirtent pas avec les 6 ou 7.
L'autre point critique émane de Mark Tornillo lui même. Excellent chanteur au demeurant, pourquoi ne module -t- il pas d'avantage sa voix au cours d'un seul et même morceau ? Son timbre en voix claire est admirable, pourtant il s'évertue à systématiquement pousser celle ci dans ses derniers retranchements sans y apporter suffisamment de nuances. L'ensemble en devient linéaire. Et puis trop de chants, tue le chant.
Un dernier point. La production, confié à Andy Sneap, puissante, est d'un remarquable équilibre. Il n'empêche que...
Heureux qu'Accept sonne comme du Accept, mais à la différence de tous ces grands producteurs de l'époque (Martin Birch, Dieter Dierks, Andy Johns, Robert "Mutt" Lange, Chris Tsangarides et consort), tous ces nouveaux grands manitous des studios (?) d'enregistrements, élevés comme ils le sont au numérique et à Pro Tool, finissent par uniformiser le son de tous les groupes qui passent entre leurs mains. Du coup Accept perd également un peu de sa personnalité, de sa fraicheur et/ou de sa naïveté première, même si cela ne vous sautera pas aux oreilles de prime abord. Mais à un vieux brisc'Hard comme moi...
Au premier plan Mark Tornillo, puis Wolf Hoffman, Peter Baltes et Herman Franck
Reste que quelques morceaux (une bonne moitié) retiennent tout de même mon attention sur leur durée, à l'instar du titre éponyme, du malsain "Shades of Death", de la ballade "Kill the pain" (dommage que son solo final, lui aussi s'éternise), des classiques (mais efficaces) "Time Machine" (en bonus track), "Pandemic" et "New World Comin'", "No Shelter" et sa basse galopante, ou encore de "Teutonic Terror"... Même dans son foisonnement de clichés.Notez que l'album, malgré mes réserves, a reçu un accueil plutôt favorable (très favorable même) de la part des "Die Hard" du groupe. Pour ma part, Blood Of The Nations n'arrivera pas à me convaincre qu'il est de la trempe des 6 albums (Live compris) énumérés plus haut, loin s'en faut, quand bien même il en aurait de nombreux ingrédients.
J'avoue tout de même que le retour d'Accept au sein de la famille Metal, constitue tout de même pour moi une vraie réjouissance. Parce que Le Hard sans lui, après toutes ces années, c'est comme si les Scorpions nous annonçaient soudain leurs retraits du circuit... C'est inimaginable !
Balls To The Wall Men.
* ( Petit clin d'œil à "Too High To Get It Right" du cultissime Metal Heart)..
Après donc un premier album encourageant, très prometteur, Uriah-Heep remet rapidement le couvert. Dès le début de l'année suivante, en 1971, un nouvel album débarque (enregistré en octobre et novembre 1970), et fait déjà preuve d'une belle maturité. Alors, que précédemment, il semblait hésiter entre plusieurs genres, avec Salisbury il s'affirme avec un disque plus concret, donnant presque l'impression d'un concept album. Rappelons que, pour le précédent, certains titres avaient été initialement composés pour un quatuor. Ils avaient donc dû être adapté pour la recrue de dernière minute ; en l'occurrence Ken Hensley, claviériste, guitariste et chanteur. Ce dernier s'est dorénavant totalement intégré au groupe, et sa contribution est déjà prépondérante. Il commence même à s'imposer comme le pilier du groupe, à la place de Mick Box(le guitariste). Ainsi, excepté le titre d'ouverture, Hensley, participe à la composition de deux autres titres, et a écrit seul les trois autres pièces ; plus une réservée initialement au pressage Nord-Américain, et qui par la suite fut utilisée pour une face B d'un 45 tours.
Ken Hensley (ci-dessus) semble s'être si bien intégré, que le Heep donne foncièrement une impression d'équilibre, de maîtrise, oscillant harmonieusement entre Heavy-rock, ballades folk et Progressif, dans une sorte de progression logique, qui finit en apothéose avec « Salisbury ».
C'est que Uriah Heep n'a pas quitté la route, et des liens se sont soudés. La cohésion entre les musiciens est totale. Entre temps, c'est Keith Baker qui pris la place de batteur (il jouait auparavant avec Bakerloo, bon groupe de British-blues où officiait Clem Clempson)
Avec Salisbury, Uriah-Heep est sur la corde raide ; il prend des risques en étant parfois proche de tomber dans le grandiloquent avec des chœurs prégnants, le pompeux avec l'orchestration symphonique sur la chanson-titre, la ballade folk stéréotypée « baba-cool », mais à chaque fois, certainement grâce une sincère conviction, l'amour du travail bien fait, d'un certain perfectionnisme, Uriah-Heep s'en sort haut-la-main, avec les honneurs, magistralement.
L'album débute sur «Bird of Prey » qui a dû en surprendre plus d'un par sa rythmique soutenue tendance plus Metal (pour 71) que Hard-blues ou Heavy-rock,qui est coupée au bout de 20 secondes par des chœurs qui ont certainement marqués à jamais un certain Farrokh Bulsara. Le chant est un funambule évoluant entre un chant Gillanien moins virile et un chanteur Pop 60's maniéré. Avec un nombre innombrable d'autres chanteurs, cela aurait été un massacre, toutefois, David Byron, tel un magicien, s'en tire avec les honneurs. On peut dire, qu'il fallait oser. Les claviers sont en fond sonore, à peine perceptibles, c'est la guitare vorace de Mick Box qui accapare l'attention. La dernière mesure change de mouvement en ralentissant le tempo pour baigner dans un Hard-blues plus en phase avec son époque, faisant retomber l'agressivité.
de G à D : M. Box, K. Hensley, D. Byron, P. Newton et K. Baker
Peut-être une stratégie pour mieux amener la pièce suivante : « The Park » (premier titre d'Hensley). Douce ballade folk épurée, feutrée, recueillement d'orgue Hammond d'église, arpège de guitare acoustique, et chant aérien de Byron qui démontre là, encore une fois, qu'il ne peut être cantonné dans la catégorie "gueulard de Rock lourd". Intermède jazzy avec fond sonore d'un parc d'enfant, orgue et guitare chorusant à l'unisson, sur une pseudo-improvisation.
« Time to Live » revient à la charge en remontant le son. Retour à l'électricité. Pour le coup, Box sort la Wah-wah entre ses riffs « coup-de-butoirs » en power-chords. L'orgue sature, la rythmique réussit, malgré sa simplicité évidente, à être efficace, tendue, et pourvue d'un certain lyrisme. La pression redescend à nouveau, brusquement, avec «Lady in Black ». Une ballade folk aux paroles poétiques et à l'air facilement mémorisable, chantée par Hensley, qui deviendra un classique du groupe, encore interprétée aujourd'hui sur scène (la chanson retrouva même une seconde jeunesse en ressortant en 45 t en 77, et bénéficiant d'un beau succès en Allemagne, où elle fut même utilisée en classe pour apprendre l'anglais). La première face s'achève sur ces notes « Summer of Love ».
La galette retournée, on retourne pratiquement à la case de départ avec le tonitruant « High Prietess» qui évolue dans une sphère identique à « Bird of Prey », si ce n'est que là les guitares sont prédominantes ; Hensley juxtapose riff rock'n'rollien, chorus à l'unisson, slide baveuse, à la Wah-wah nerveuse de Box. Sur cette furia de six-cordes, Byron surnage avec son chant théâtralo-progressivo-pop-rock (!).
Puis, la pièce maîtresse, « Salisbury», qui œuvre dans un Heavy-progressif assumé. Entrée grandiloquent au possible, incursion d'un orchestre symphonique (syndrome du Concerto for Orchestra de Jon Lord , ou/et le fameux "April" du Deep-Purple Mark I ?), montée en puissance de l'orgue. La pièce principalement instrumentale, se développe en plusieurs mouvements. Longue introduction de 3 minutes, Heavy-jazz-rock, B.O de films d'actions US, orchestre symphonique tantôt mâtiné de Wah-wah, tantôt agressé, chœurs lyriques, chant plaintif. Malgré une vague impression de tourner un peu en rond, cette longue pièce s'écoute néanmoins sans mal et clôture magistralement l'album.
On ne peut omettre l'importance de la production de Gerry Bron, (futur fondateur du label Bronze qui accueilli Manfrend Mann's Earth Band, Motörhead, Juicy Lucy, Colosseum, The Damned, Osibida, Paladin, Girlschool, Bronz, Hawkwind) qui confère à l'ensemble un bel équilibre en respectant tous les instruments, et donne à la fois un son Heavy tout et feutré.
L'édition remasterisée offre le faiblard « Simon the Bullet freak », qui étonnamment avait remplacé "Bird of Prey" sur le pressage US, et « Here I am », chanson nettement d'obédience progressive, assez soporifique jusqu'au break électrique des deux guitares qui ont ici puisé leur inspiration dans « Dazed & Confused » (de Led Zep). Les bonus suivants sont des enregistrements alternatifs des chansons de l'opus. Ce qui, en fait de compte n'apporte pas grand chose, sinon de nous empêcher de se replonger illico dans le monde du Salisbury originel.
Bird of Prey - 4:14
The Park - 5:44
Time to Live - 4:03
Lady in Black - 4:42
High Prietess - 3:41
Salisbury - 16:17
Bonus
Simon the Bullet Freak - 3:27
Here I Am - 7:50
Lady in Black - 3:33 (prise alternative non retenue)
High Prietess - 3:38(version 45 t.)
Salisbury - 4:21 (théoriquement, une version 45 t. réservée aux USA mais jamais exploitée - ce que l'on comprend aisément car tronquée des 3/4 , elle n'est plus qu'un reflet flou de l'original)
The Park - 5:18
Time to Live - 4:18 (version remixée pour le marché US - 45 t.)
P.S.: Salisbury est le nom d'une plaine, située près de Stonehenge, qui servait de terrain d'entraînement à l'armée.
P.S. : C'est un char Chieftain qui est présenté au recto de la pochette, alors qu'initialement ce devait être un Gatefold, l'énorme char anglais de la 1ère guerre mondiale. Cette image, jugée trop sombre, (trop subversive), a été reléguée pour la pochette intérieure (la pochette du 33 t s'ouvrait en deux - ci-contre -). Pour le pressage US, en pleine mélasse du conflit du Viêt-Nam, on avait jugé bon d'éviter les engins de guerre. En remplacement, on a affublé "Salisbury" d'une pochette affligeante (une vague ébauche d'un croquis d'un dos de démon, ou quelque chose d'approchant).
C’est avec la même émotion que Howard Carter narrant la découverte du tombeau de Toutankhamon devant le tout Londres par un soir de fog de Mars 1923 que j’écris ces lignes, qui constituent d’ailleurs à ma connaissance la seule chronique disponible sur le net sur ce trésor oublié qu’est cet enregistrement de C.K. Strong, que même Bruno y connaît pas, c’est pour dire le degré de rareté de la chose…
Mais je vous entends vous impatienter.. Doctor Rockin’ dites nous vite, cékoidonc C.K. Strong ?
Patience j’y arrive… mais avant je vous parlerai un peu de…Ouh Non !! Remboursez ! Imposteur ! Sortez le ! CK Strong ! CK Strong ! OUh ! PLoutch (bruit de tomate pourrie s’écrasant aux pieds de votre serviteur). Intervention de la sécurité, retour au calme….
Merci, ça fait plaisir d‘avoir un public aussi passionné…Bon, C. K. Strong est le premier groupe et premier disque enregistré par la belle, la magnifique, la sublime Lynn Carey, très recherché des collectionneurs et absolument introuvable ..
Donc ton disque là, on peut pas le trouver ? tu te fiches de notre g***** Rockin’ ?
Du calme les amis, si j’en cause ici aujourd’hui c’est qu’il vient d’être réédité en CD, je vous dirais où le trouver à la fin.
Au fait my Lord, c’est qui Lynn Carey ?
Ah voila une question pertinente (pour une fois) , Lynn Carey est une chanteuse californienne née en 1946 à L.A., elle grandit dans un univers artistique, son père étant l’acteur et poète Edward Macdonald Carey ( 1913-1994) , elle fait la American Academy of Dramatic Arts, décroche quelques rôles dans des films et séries (Wild Wild West , Run For Your Life, Lassie ( !)..) . Elle se fait également remarquer pour sa beauté et pose comme top model, mais son truc c’est la musique , le jazz , le blues, la pop, le rock, ses idoles se nomment Ella, Billie, Miles, Coltrane, mais aussi la "British Invasion" (Stones, Beatles). Elle se rend vite compte de la puissance et de la souplesse hors du commun de sa voix. Avec le guitariste Jefferson Kewley , elle fonde C.K. Strong (C. pour Carey, K. pour Kewley, "La Force Carey-Kewley" quoi..) . Avec différentes sections rythmiques ils se produisent dans les bars et festivals, devenant une légende locale et partageant des affiches avec des pointures comme Canned Heat ou Creedence Clearwater Revival. Kewley lui a joué derrière le "White James Brown" Wayne Cochran et ses CC Riders, c’est un excellent guitariste influencé par le blues particulièrement Buddy Guy et Freddie King. C’est après un de leur concert qu’un critique réputé écrit un papier élogieux, subjugué par Lynn, dont il fait l’égal de Janis Joplin, et cette comparaison -évidente- suivra Lynn toute sa carrière.
La B.O. de "Beyond The Valley Of The Dolls", "La vallée des plaisirs" en français de Russ Meyer, écrite par Lynn et Stu Philllips (faudra que je le chronique un de ces 4 celui là, ce sera l'occasion de faire quelques "plans nichons" pour faire grimper l'audimat.)
Ce papier leur ouvre les portes d’Epic qui les signe pour cet album qui sort en 1969. Ce sera hélas leur seul, Lynn participera ensuite à plusieurs projets avec le bassiste Neil Merryweather ("Ivar Avenue Reunion "1970, "Vacuum Cleaner" 1971) , signera et chantera sur la B.O. du mythique "Beyond The Valley Of The Dolls " de Russ Meyer, et en Décembre 1972 elle est la vedette du mois de Penthouse. C’est en 72-73 qu’on la retrouve dans Mama Lion qui sortira 2 disques dont celui avec la fameuse pochette où elle donne le sein à un (veinard de) lionceau (ci dessous). Cette pochette pourtant bien innocente fit scandale et fut carrément interdite dans de nombreux pays, d’autres imposèrent un sticker cachant l’objet du délit. (Dire que maintenant des lady caca nous montre leur c** dans chaque clip le Mercredi aprem, avec cette vulgarité qui leur tient lieu de talent, enfin, passons).
Ce Mama Lion, drivé par Neil Merryweather et centré sur le chant de Lynn jouait un heavy rock seventies avec passages soul/blues rock et acid rock à la Big Brother/ Jefferson Airplane / Mad River / Moby Grape et une Lynn qui rugissait comme une lionne affamée. Par la suite Lynn participera à beaucoup de sessions avec notamment BB King,Eric Burdon, Patti Smith, Barbara Streisand ou Charlie Mussselwhite, à un projet jazz aussi "L.A. jazz choir" (1987) ,ou collabore avec le pianiste russe Fyodor Ivanov… Après s'être éloignée un temps de la musique elle y revint en 2001 avec "Mama Lion Roars back" qui comprenait de nouvelles chansons mais aussi des inédits de Mama Lion .
Et C.K. Strong dans tout ça, votre Glandeur ?
Grandeur, et bien disons que C.K Strong porte les germes de ce que sera Mama Lion en jouant un rock carré, imprégné de blues mais aussi de senteurs psyché californiennes et surtout porté par l’ouragan Lynn Carey; soutenue par son groupe, une sorte de Big Brother période Janis, en moins , comment dire,...moins bordélique . Sa fougue ravageuse, la puissance et l’intensité de son chant la placent –à mon humble avis- au panthéon des voies rock féminines avec Janis, Maggie (Bell, de Stone the Crows), Genya (Ravan ,de Ten Wheel Drive) et une petite poignée d’autres (Lydia Pense de Cold Blood , Rosemary Butler de Birtha..? ) . A noter la place importante du second guitariste Geoff Westen qui chante sur les 3 titres qu’il a composé, celui-ci joue aussi du piano, comme sur le honky tonk "Been So Long" . Lynn a écrit les autres chansons ( elle fait de la poésie depuis toute petite) , et s’impose aussi bien sur les blues lents " Baby Let Me Out " et "Mean Hearted Man" -qui m’évoquent respectivement les versions de "Ball & Chain" et “I Need A Man To Love” de qui vous savez - que sur les titres plus rock comme le premier "Stormbird" .
Exclusif : pour vous chers lecteurs, la "une" de Penthouse de Décembre 1972, retrouvée dans l'imposante collection de Luc B. !! Merci Luc B.!! Comment? Merci Luc B.! Comment ? Non, rien Luc, rien.....
Après cet album, Lynn quitte le groupe sous la pression des producteurs (comme Janis quitta Big Brother) peu avant que ne débute l’enregistrement du suivant, kewley jouera ensuite derrière Alice Cooper ou Jerry Garcia, Westen deviendra un producteur réputé (Bowie, Iggy, Dr John..).
Et on le trouve où ce disque, Ducon ?
Duc; il vient d’être réédité par le label allemand"World In Sound" , on peut le trouver sur leur site (worldinsound.com) ou chez lpcdreissues (voir notre onglet " liens") . Amateurs de Janis et de rock bluesy des 70's, vous ne devriez pas être déçus.
NB-ne pas confondre Lynn Carey avec la chanteuse guitariste Lynn Carey Saylor(ci contre), malgré quelques points communs, de sacrés poumons par exemple..
(bien illustré cet article, vous ne trouvez pas?..)