Nous avions déjà évoqué l’écrivain suédois Henning Mankell, avec Nema [clic ici] et mézigue (re-clic), mais comme je me suis plongé dans les enquêtes de Kurt Wallander, je vous en propose une autre aventure. Et puis ce qui est pratique, c’est que le personnage est le même, le décor aussi, donc je peux recycler l’iconographie du précédent article ! Rien ne se créé, tout se transforme !
J’aurais pu vous parler de
MEURTRIERS SANS VISAGE (le
premier écrit par l’auteur en 1991), un bon cru, mais celui-ci est encore
meilleur :
L’HOMME QUI SOURIAIT. Pourquoi j’aime bien la lecture des enquêtes de
Wallander ? Parce que ce sont vraiment des enquêtes ! Ce n’est pas du
roman noir, ni du thriller, mais du roman policier au sens strict du terme.
Le lecteur suit une enquête en mettant ses pas dans ceux de l’inspecteur,
c’est son seul point de vue qui est exposé.
Kurt Wallander va mal, en congé maladie depuis plus d’un an, noyant sa dépression dans l’alcool et les longues balades sur les plages danoises de Skagen. Il pense démissionner de la police, mais un évènement va l’en dissuader. Un vieil ami, Sten Torstensson, on ne sait comment, parvient à le trouver dans sa retraite, lui demande d’enquêter sur la mort de son père, victime d’un accident de voiture une semaine plus tôt.
C’est la scène d’ouverture du roman,
Gustav Torstensson, avocat, rentre chez lui, de nuit, en voiture, après avoir vu un de ses
clients. Il y a du brouillard sur la route,
Gustav Torstensson est stressé,
inquiet. Ses phares accrochent, au milieu de nulle part, une chaise posée en
travers de la route, un mannequin assis dessus. Il s’arrête, sort du
véhicule, et… La voiture sera retrouvée le lendemain par un agriculteur dans
son champ, sur le toit, cabossée, le vieux
Torstensson mort à l’intérieur.
Sten Torstensson ne croit pas à l’accident, il est lui aussi avocat, les deux parents travaillent ensemble. Kurt Wallander décline la demande de son ami, objectant que si les policiers ont conclu à l’accident, c’est qu’ils avaient une bonne raison. Sauf que Sten Torstensson est assassiné de trois balles quelques jours plus tard. Et que Mme Dunér, leur secrétaire, va retrouver une mine anti-personnel enterré dans son petit jardin. Ca s’fait pas, et ça commence à faire beaucoup. Wallander reprend du service…
Comme toujours, on entre dans l’enquête par la petite porte, des petites
choses bizarres, des détails, que l’intuition de l’inspecteur transforment
en indices, et en pistes à suivre.
Wallander se rend sur les lieux
de l’accident, déniche un morceau de bois cassé (à la campagne quoi de plus
naturel), mais c’est en observant plus tard la carcasse de la voiture
accidentée à la fourrière qu’il a la révélation. Dans le coffre verrouillé,
il trouve les débris d’une chaise. Bingo ! Car le bout de bois trouvé
la veille est un morceau de la même chaise. Ca ne peut pas être une
coïncidence, et le fait que le coffre était verrouillé indique la présence
d’une tierce personne sur les lieux de l’accident, qui du coup n’en est plus
un. Mais un meurtre. La solution de l’énigme est donc à trouver dans les
dossiers clients du cabinet
Torstensson.
On retrouve la même équipe au commissariat d’Ystad, le chef Björk, l’inspecteur Martinsson, le gars de la scientifique Sven Nyberg, avec une nouvelle venue fraîchement débarquée, Ann-Britt Höglund, des diplômes plein les poches, un peu regardée de travers par les vieux mâles. L’enquête est minutieuse, mais piétine. On cherche à relier les indices, les témoignages, à donner une direction à l’enquête qui semble vaguement menait vers un magna de la finance, Alfred Harderberg, un homme puissant. On retrouve des lettres de menace au cabinet Torstensson, mais c’est un cul de sac, l’auteur Everett Borrman est mort, suicidé. Il bossait comme auditeur auprès des services financiers de la région, un fonctionnaire au-dessus de tous soupçon.
Pour remettre de l’ordre dans leurs idées, le groupe d’enquêteurs se réunit régulièrement, ce qui permet à Mankell de faire le point aussi à l’attention de ses lecteurs, c’est pratique. Car le lecteur est dans la même mélasse, et si on subodore d’où viennent les coups bas, les meurtres, les tentatives d’intimidation, il faut surtout comprendre pourquoi, et en avoir la preuve.
Ce L’HOMME QUI SOURIAIT se lit comme du petit lait, c’est très joliment écrit, Wallander est toujours cette même tête de con qui semble ne faire confiance qu’à son intuition, qui n’en finit pas de creuser les pistes, analyser chaque détail, chercher à visualiser le tableau d’ensemble, changer son point de vue sur les évènements.
Du très bon polar.
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Autre enquête de Wallander chroniquée : La Muraille invisible & un roman indépendant : Comedia infantil
Edition Poche / Points - 420 pages
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