samedi 9 février 2019

VAUGHAN-WILLIAMS – Concerto pour hautbois – N. BLACK & D. BARENBOÏM – par Claude Toon



- Ah ah M'sieur Claude, retour de Vaughan Williams et de l'un de ses concertos… Encore une peinture des petits moutons du Kent ? hi hi
- Oui Sonia, bien vu ! Après des œuvres puissantes surtout de type symphonique en janvier, un joli divertissement bucolique dont le compositeur anglais a le secret.
- C'est un enregistrement récent ? Qui sont les artistes ?
- Non, des rééditions d'un vinyle DG des années 70 réalisé par Daniel Barenboïm avec lequel j'ai découvert divers concertos de Vaughan Williams. Au hautbois : Neil Black.
- Hormis le hautbois, je n'entends que des cordes dans l'orchestre…
- Vaughan Williams songe à l'évidence aux temps anciens du concerto grosso baroque. Donc oui Sonia, juste un accompagnement de cordes seules, une grande légèreté…


Neil Black en Masterclass
Sixième article consacré au compositeur anglais Ralph Vaughan Williams ! Cela paraîtra beaucoup pour l'une des personnalités musicales les plus adulées dans son pays et quasiment inconnue du grand public dans l'Hexagone. Malgré une carrière longue et un catalogue important, un cycle de symphonies parmi les plus remarquables du XXème siècle dont le nombre d'intégrales par les maestros les plus renommés ne se compte plus, rien n'y fait !
Je ne désarme pas et continue d'explorer un univers musical d'une grande variété de styles. La biographie la plus complète des chroniques précédentes est à lire dans celle dédiée à la 3ème symphonie "pastorale". Pastorale ? Bucolique de par la succession de mouvements plutôt sereins ? Pas évident, l'amertume de Ralph Vaughan Williams qui a vécu l'enfer des tranchées en France laisse poindre son inquiétude sur l'avenir de l'humanité au milieu de l'évocation des campagnes verdoyantes. Une œuvre dans laquelle lesdites campagnes sont à voir comme des refuges face à la barbarie. Avec sa 4ème symphonie brutale et féroce datant des années 30, l'homme s'interroge à juste titre si une nouvelle apocalypse se dessine dans cet entredeux guerres troublé par la montée des nationalismes belliqueux. Nous sommes en 1934, Hitler obtiendra les pleins pouvoirs. Vaughan Williams est un visionnaire. (Index)
Un homme inquiet mais un anglais doté d'un humour bon-enfant et un adepte de la féérie, deux traits de caractères que l'on retrouve à la fois dans ses opéras fantasques comme The Poison Kiss et justement ses concertos. Nous avons écouté cet été un pittoresque et poilant concerto pour tuba où l'instrument semble jouer les Falstaff de l'orchestre (Clic).
Humour mais aussi poésie comme The Lark ascending pour violon et orchestre (l'envol de l'alouette), plus un poème symphonique de forme rapsodique qu'un concerto au sens premier du terme. Nouveau type d'inspiration avec le concerto pour hautbois qui comme je le disais plus haut renoue avec l'élégance des concertos grosso de l'époque baroque et classique.
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Paysage anglais - Thomas J. Watson (1847-1912)
1943-1944 : depuis quatre ans l'Angleterre résiste à la folie nazie, aux bombardements de ses villes (elle en fera autant…). Vaughan Williams ne vit pas en reclus, planqué pour échapper à la guerre totale. Achevée en 1943, sa 5ème symphonie a retrouvé un climat plus méditatif très opposé à la 4ème terriblement prophétique. Le compositeur semble vouloir proposer des ouvrages à ses compatriotes pour les aider à supporter cet enfer. En 1946-1947, la 6ème symphonie retrouvera des accents plus angoissés, peut-être liés à la monstruosité nucléaire récemment utilisée pensent certains commentateurs. Nous verrons cela en temps voulu.
Le concerto pour hautbois date de la même époque. Il conjugue un désir évident de divertir mais aussi d'offrir à cet instrument une œuvre de virtuosité un peu folle dans un répertoire un peu maigre car délaissé pendant la période romantique. À ce sujet, rappelons que Vaughan Williams reste un héritier de la musique tonale et ne s'est jamais tourné même à la fin de sa longue vie (1872-1958) vers les expériences sérielles de l'école de Vienne. Richard Strauss, autre postromantique de sa génération écrira lui aussi un charmant concerto pour hautbois et petit orchestre en 1945 pour un soliste américain. En février, les américains sont déjà en Bavière… (Une idée sympa pour les brèves de l'été.)
Le concerto est composé à l'intention du hautboïste parmi les plus talentueux de son temps : Léon Goossens (1897-1988). Ce virtuose sera choisi par Sir Thomas Beecham comme soliste lors de la création du futur Philharmonique de Londres. Un vrai jeu des sept familles les Goossens ! Le père Eugène Goossens, violoniste et chef s'orchestre toujours présent grâce aux disques. Le frangin Eugene Aynsley Goossens, compositeur et, comme papa maestro et enfin la frangine Sidonie Goossens qui, comme il se doit dans une famille chic british, était harpiste de son état 😃. Le virtuose créera 16 ouvrages originaux pour son instrument écrits de la plume de compositeurs anglais comme Malcolm Arnold, Edward Elgar ou Benjamin Britten. L'Angleterre, la patrie du hautbois…
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Ralph Vaughan Williams vers 1940
Neil Black (1932-2016) fut une légende du hautbois du XXème siècle. En dehors de sa carrière de soliste, il sera le premier hautbois d'orchestres anglais prestigieux : Le philharmonique de Londres, L'English chamber orchestra, l'Academy of St Martin in the Fields et the London Mozart Players. Un rôle important, égal à celui du premier violon. C'est le hautbois qui donne le la quand l'orchestre s'accorde. Une question du chien Snoopy entre deux petites siestes sur sa niche : "Mais pourquoi les premiers hautbois sont mieux payés que les autres musiciens". Je n'ai pas la réponse😁.
Quant à Daniel Barenboïm, on ne présente plus le pianiste et chef, grand habitué de l'English chamber orchestra (il le conduisait du clavier lors de sa première intégrale des concertos pour piano de Mozart). Ce disque original des années 70 réunissant des concertos était un bel hommage aux œuvres concertantes au compositeur anglais ; la discographie de ce répertoire concertant parvenait enfin à séduire le grand label DG de Hambourg à l'étiquette jaune. Notons néanmoins que le vinyle n'existait que dans l'édition germanique… (Clic)
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Le concerto fait de l'œil à l'époque baroque et classique, et comporte trois mouvements aux titres pittoresques et aux indications de tempo très précises. Il se termine de manière insolite par un scherzo ! (Partition)

1 - Rondo Pastorale (Allegro moderato) : Pastoral ; le mot est fort bien choisi. Une mesure en tutti des cordes à l'unisson et déjà le hautbois chante son premier thème léger et bucolique. La tonalité d'introduction est la mineur, la plus adaptée pour évoquer un soleil un peu brumeux, les ombres sur les champs, le chant des oiseaux, une tonalité naturellement intimiste. Dans l'histoire des arts, on pourrait rapprocher le style de Ralph Vaughan Williams dans ces œuvres pour petits orchestres des couleurs du pastel ou des aquarelles d'un Turner… La forme est très libre. En témoigne une cadence dès la 10ème mesure. Un solo du hautbois excentrique, une kyrielle de doubles croches [V1 - 0:37]. Une thématique guillerette et virtuose, le hautbois agreste de Neil Black n'étant soutenu que par un alto et un violoncelle. Quiétude et réjouissance sont les clés du mouvement. [V1-2:04] Une nouvelle section très lyrique avec un thème plus scandé intervient pour animer la mélodie. Le dialogue du développement entremêle les deux grands thèmes conducteurs.
Le compositeur se fait paysagiste, comme souvent. Une mélopée simple, sans métaphysique, une étonnante poésie se dégage du flot musical. La coda achève cette promenade tout en douceur.

2 - Minuet and Musette (Allegro moderato) : le second mouvement n'est pas lent, Vaughan Williams se fiche des obligations dans l'écriture d'un concerto, fusse-t-elle inspirée comme ici des temps anciens. Un menuet de cours mené allégrement par le hautbois. [V2-0:51] Par musette, il faut comprendre une forme de bignou en usage au moyen-Âge, d'où ces tenues de notes longues dans le grave du hautbois qui joue le rôle du bourdon.

3 - Scherzo (Presto - Doppio più lento - Lento - Presto) : En un mot, le final se révèle rieur, on pouvait s'en douter, et même un tantinet farfelu. Les ruptures de rythme et l'inventivité thématique sont constantes. Laissons-nous entraîner par cette vivacité teintée par moment de quelques traits nostalgiques. À écouter avec le cœur…

Il existe de nombreux enregistrements, bien entendu dans des programmes d'albums divers consacrés soit au talent d'un hautboïste soit au compositeur.
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