samedi 17 août 2013

STRAUSS et SCHOENBERG par l'Orchestre à cordes "LES DISSONANCES" – par Claude Toon



- Des cordes M'sieur Claude ? Je connais une Mme Cat qui devrait être contente…
- Oui Sonia, en dénichant cet album pour le concert de cette chronique estivale, je pensais justement à notre amie…
- Schoenberg ! Houlà, ce n'est pas de la musique moderne un peu intello là ?
- Non Sonia, la Nuit Transfigurée a été composée bien avant la période dodécaphonique et l'École de Vienne. Elle date de l'époque romantique…
- Et les Métamorphoses de Strauss, ce sont des valses ?
- Non, absolument aucun rapport. Richard Strauss est bavarois, le nom est juste un homonyme, c'est le dernier compositeur romantique. Metamorphosen, une œuvre magnifique mais qui peut donner le blues par la nostalgie qui s'en dégage…
- Ah ça, Mme Cat, le Blues, elle connaît… hi hi hi…

D'abord quelques mots sur cet orchestre français les dissonances sans doute pas très connu. Cet orchestre est né de la volonté du violoniste David Grimal d'élargir son univers artistique. Cet artiste, qui vient de fêter ses jeunes 40 ans, a été un élève de Régis Pasquier et a reçu des conseils, pour son art et sa carrière, des plus grands comme Isaac Stern ou Shlomo Mintz. Il crée Les Dissonances en 2004 pour étendre ses activités de soliste international.
Les enregistrements de David Grimal avec son ensemble ne sont pas légions mais remarquables. Et ce très beau disque, qui réunit deux œuvres essentielles de la littérature musicale pour cordes, est une aubaine par sa cohérence pour un article estival, article où je souhaite limiter mon texte au bénéfice de la musique. À noter que ses disques reçoivent systématiquement des récompenses de la critique spécialisée. David Grimal a donné des concerts au bénéfice des sans abris… Un grand artiste et un type bien ! Il ne dirige pas, il est le premier violon. Pas de chef !
Et puis petit secret personnel, sur l'album Deezer, les deux ouvrages sont proposés en une seule plage chacun. Ce qui permet de les écouter dans leur continuité. La Nuit Transfigurée découpée en 6 plages de 5', ce n'est pas cool à suivre…
Écrite initialement pour sextuor à cordes, la Nuit transfigurée (Verklärte Nacht dans la langue de Goethe) a été déclinée pour orchestre de chambre et grand orchestre. C'est, comme je le disais à Sonia, une œuvre de jeunesse de Arnold Schönberg, au style romantique. Elle voit le jour en 3 semaines en 1899. Schönberg (clic) s'inspire d'un poème tiré du recueil La Femme et le monde du poète Richard Dehmel. En un mot : Lors d'une promenade nocturne, une jeune femme bouleversée avoue à son fiancé qu'elle attend un enfant d'un autre homme. Le jeune homme lui pardonne et la rassure en disant que la vie à une grande importance, et qu'il acceptera cet enfant à naître comme le sien… Vous savez quoi ? Le sujet fit un scandale lors de la création en 1902 ! Tu m'étonnes... Et puis son écriture, même d'écoute aisée, préfigure les audaces à venir du futur inventeur du sérialisme et du dodécaphonisme. Ici le classicisme est encore de mise. L'ouvrage fait la part belle à des passages contrastés, violents ou sensuels qui évoquent les affres des deux jeunes gens. Nous l'écoutons par David Grimal et des membres de Les Dissonances en version sextuor, une interprétation enflammée :

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Je n'ai encore jamais consacré une chronique spécifique à Richard Strauss (1864-1949), le dernier des géants de l'époque romantique et postromantique. C'est prévu, au moins pour son Don Quichotte pour violoncelle et orchestre (Rostropovitch-Karajan) et son opéra Salomé sur un livret d'Oscar Wilde. Car même si Strauss n'a jamais suivi l'avant-gardisme de l'École de Vienne (Schoenberg), il s'est bien éloigné de l'écriture en vogue au XIXème siècle.  Au fait, le générique de 2001 Odysée de l'espace… ça vous dit quelque chose ? Et bien c'est le début de son poème symphonique Ainsi parla Zarathoustra
On a reproché à Richard Strauss son silence pendant la tragédie nazie. L'homme, déjà très âgé, est un compositeur adulé qui continue son travail de musicien… Il enverra pourtant ch**er Goebbels quand celui-ci lui demandera de retirer des affiches des opéras le nom de Hugo von Hofmannsthal, son librettiste génial d'origine juive… "Dans ce cas, on annule la représentation". 13 Février 1945 : 3 raids meurtriers des alliés transforment la ville non stratégique de Dresde en enfer de feu. Les partitions originales du maître partent en fumée. Et surtout… 135 000 morts. Strauss prend enfin la mesure de la folie qui ravage son pays et, plus encore, de la disparition de toute une culture qui fit la grandeur de l'Allemagne et de l'Autriche. Un champ de ruines intellectuelles et de pierres calcinées.
C'est pendant cette apocalypse du IIIème Reich agonisant qu'il compose, à la demande du chef d'orchestre et mécène suisse Paul Sacher (clic) les métamorphoses pour 23 cordes, un long adagio monolithique avec un développement central plus offensif. Ce n'est pas une œuvre triste, un requiem orchestral, une lamentation comme les ouvrages qui fleuriront dans les années de reconstruction (Penderecki, Gorecki…). Strauss écrit un songe nostalgique, une errance qui le replonge dans son pays dont la musique a baigné sa jeunesse en citant Beethoven (la symphonie héroïque), ou Wagner (Tristan). La pensée de Goethe est omniprésente : la réflexion et la recherche de la sagesse comme bouclier contre la barbarie…
Ce sont plutôt les tonalités et l'harmonie qui se transforment sans cesse qui donnent à ce chef-d'œuvre son style fluide, sans thème précis, facile à écouter. Une vague nostalgique nous porte vers les souvenirs d'un passé heureux… In memoriam écrit Strauss sur la dernière page.
Il existe un nombre important de grandes versions (Klemperer, Barbirolli). Ici, David Grimal avec les dissonances propose moins de gravité et plus d'intimité et de fougue… Oui, Strauss avait le blues, mais gardait l'espoir d'une renaissance… Désolé, avec le temps, l'album n'est plus disponible sur Deezer. Cela dit restons dans le très haut de gamme avec l'interprétation de Giuseppe Sinopoli à la tête de l'orchestre de la Staaskapelle de Dresde, justement... (Mise à jour de 2017)


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En complément de programme et avant de se quitter : une vidéo présentant l'orchestre Les Dissonances. Bon, pour Schoenberg : Pierre Boulez dans une version pour orchestre de la Nuit transfigurée...


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