The Ruts est un groupe londonien constitué en 77, autour de de Paul Fox (guitare), et Dave Ruffy (basse, puis batterie), qui recrutèrent Malcom Owen au chant (un forcené dont les centres d'intérêts musicaux s'étendaient au delà du Punk), et John Jennings à la basse. La formation se stabilisa en août 77.
Paul Fox, au début des 70's, alors dans une communauté hippie de l'île de Angelsey, (au Nord du pays de Galles), avait fondé un groupe de Rock-progressif, Aslan, avec, déjà, Malcom Owen (ancien camarade de classe) au chant. Après le split du groupe en 75, il rejoignit un groupe de Funk-rock, Hit & Run. Ce parcours explique le bagage et la polyvalence qu'affichait Fox. Chose relativement rare à l 'époque, dans le milieu Punk.
Ainsi The Ruts, après quelques singles qui marchèrent assez bien, pondirent cette œuvre, qui sans être vraiment iconoclaste, se démarquait néanmoins des canons de la production Punk de l'époque. Ainsi, si l'on devait les rapprocher des plus illustres, il conviendrait de mentionner pêle-mêle The Jam, The Damned, The Clash, Black Flag, Sham 69, The Saints, Iggy, mais également Police, avec parfois une sensibilité Heavy-rock (le son de la guitare notamment, certains riffs – certains ont avancé le nom de Thin Lizzy), mais en évitant tout solo à rallonge. D'ailleurs, beaucoup proclamaient à l'époque qu'avec ce disque, The Ruts se plaçait bien au-dessus des Clash.
D'entrée, on est interpellé par la mise en place impeccable, et la production ad hoc en conséquence. Si le format, la structure, et le rythme sont irrémédiablement Punk, le son et la maîtrise sont inhérents au Rock. Rien n'est effectué, ou laissé, au hasard. Pour ainsi dire, Paul Fox (Gibson SG et LesPaul) a réussi à délivrer un jeu coincé entre le Punk et un Rock dur, typiquement british, sans ne jamais être ostentatoire ; en privilégiant l'urgence en évitant soigneusement le déluge de notes qui entraîne trop souvent l'approximatif, le vulgaire ; en cultivant les silences autant que les sustains, les résonances, parfois travaillés de divers effets adéquates (qui peuvent parfois évoquer un Andy Summers plus heavy). La basse est également très présente, assurant la rythmique lorsque la guitare se fait plus discrète. Une basse sèche, claquante, équilibrée entre les fréquences basses et medium (Fender bass Precision), poussée en avant. La batterie également bien définie, sachant se montrer énergique, faussement débridée, aussi bien que mesurée. Et puis il y a cette voix, celle Malcom Owen. Comme une gorge enfumée gardant néanmoins toute la vitalité et l'insolence inhérente à la jeunesse, à peine grave et sourde, sobrement éraillée.
Babylon's Burning déboule sans crier gare, introduit par l'alarme et les sirènes de pompiers de Londres. Un titre Punk qui frappe par une interprétation structurée. Rien n'est accidentel, The Ruts savent ce qu'ils veulent et où ils vont. Immédiatement suivit Dope for Guns, dans la même veine.
Cet opus, malgré la trentaine bien passée, n'a pas pris une ride. Un disque qui devraient en toute logique plaire autant aux amateurs de Punk, qu'à ceux de Rock dur. Un disque qui (avec d'autres) prouve qu'il n'est point besoin de balancer des tonnes de notes sur-saturés pour sonner agressif.
P.S. : la pochette (évidemment qui en jetait bien plus en 33t), présentée comme un tableau de peinture, avec, au verso, l'envers de la toile griffonné de crayon stipulant les divers crédits, était un concept du groupe. La scène présentant un apéritif mondain, où on y retrouve, outre les membres du groupe au milieu sur le canapé, en autres, Captain Sensible, Rat Scabies, Hendrix.
































