dimanche 31 octobre 2010

The RUTS "The Crack" (1978) ,par Bruno


Le meilleur disque de Punk-Rock ?


     The Ruts est un groupe londonien constitué en 77, autour de de Paul Fox (guitare), et Dave Ruffy (basse, puis batterie), qui recrutèrent Malcom Owen au chant (un forcené dont les centres d'intérêts musicaux s'étendaient au delà du Punk), et John Jennings à la basse. La formation se stabilisa en août 77.
Paul Fox, au début des 70's, alors dans une communauté hippie de l'île de Angelsey, (au Nord du pays de Galles), avait fondé un groupe de Rock-progressif, Aslan, avec, déjà, Malcom Owen (ancien camarade de classe) au chant. Après le split du groupe en 75, il rejoignit un groupe de Funk-rock, Hit & Run. Ce parcours explique le bagage et la polyvalence qu'affichait Fox. Chose relativement rare à l 'époque, dans le milieu Punk.



     Ainsi The Ruts, après quelques singles qui marchèrent assez bien, pondirent cette œuvre, qui sans être vraiment iconoclaste, se démarquait néanmoins des canons de la production Punk de l'époque. Ainsi, si l'on devait les rapprocher des plus illustres, il conviendrait de mentionner pêle-mêle The Jam, The Damned, The Clash, Black Flag, Sham 69, The Saints, Iggy, mais également Police, avec parfois une sensibilité Heavy-rock (le son de la guitare notamment, certains riffs – certains ont avancé le nom de Thin Lizzy), mais en évitant tout solo à rallonge. D'ailleurs, beaucoup proclamaient à l'époque qu'avec ce disque, The Ruts se plaçait bien au-dessus des Clash.

     D'entrée, on est interpellé par la mise en place impeccable, et la production ad hoc en conséquence. Si le format, la structure, et le rythme sont irrémédiablement Punk, le son et la maîtrise sont inhérents au Rock. Rien n'est effectué, ou laissé, au hasard. Pour ainsi dire, Paul Fox (Gibson SG et LesPaul) a réussi à délivrer un jeu coincé entre le Punk et un Rock dur, typiquement british, sans ne jamais être ostentatoire ; en privilégiant l'urgence en évitant soigneusement le déluge de notes qui entraîne trop souvent l'approximatif, le vulgaire ; en cultivant les silences autant que les sustains, les résonances, parfois travaillés de divers effets adéquates (qui peuvent parfois évoquer un Andy Summers plus heavy). La basse est également très présente, assurant la rythmique lorsque la guitare se fait plus discrète. Une basse sèche, claquante, équilibrée entre les fréquences basses et medium (Fender bass Precision), poussée en avant. La batterie également bien définie, sachant se montrer énergique, faussement débridée, aussi bien que mesurée. Et puis il y a cette voix, celle Malcom Owen. Comme une gorge enfumée gardant néanmoins toute la vitalité et l'insolence inhérente à la jeunesse, à peine grave et sourde, sobrement éraillée.

     Ces quatre là ont su insuffler à leur Punk une présence, une tension, un climat (plutôt ombrageux), créant ainsi une personnalité quelque peu à part à l'époque.


   Babylon's Burning
déboule sans crier gare, introduit par l'alarme et les sirènes de pompiers de Londres. Un titre Punk qui frappe par une interprétation structurée. Rien n'est accidentel, The Ruts savent ce qu'ils veulent et où ils vont. Immédiatement suivit Dope for Guns, dans la même veine.
   S.U.S marque sa différence, moins direct, plus sournois, menaçant, il alterne entre batterie monolithique, basse en avant, guitare discrète, et pont heavy-punk-reggae. Une composition fustigeant la loi anglaise qui permettait aux policiers d'arrêter des personnes dans la rue, juste sur des suppositions (Vagrancy Act).
Something that I said, format plus Rock, guitare libre, sortant du carcan rythmique-solo, ni l'un ni l'autre, un héritage heavy-rock en filigrane (aurait pu faire partie du répertoire des 1ers Angels City).
   You're a just a..., replonge sans retenue dans un registre Punk
   It was cold, un titre presque planant, du Progressif-punk, pas loin du Police de Regatta de Blanc, en nettement plus ombrageux, voire d'un Alice Cooper version 70's.
   Savage Circle, roulement de toms-basses à faire pâlir Philty Taylor de jalousie , guitare hargneuse, basse épileptique, chant possédé, break jazz-punk.
   Jah War, un grand titre de Reggae blanc ; pas un d'occase, de seconde main, à 2 balles, non, loin de là ; c'est plutôt du haut-de-gamme, avec basse ronflante et groovy, une batterie qui claque à travers un écho naturel, une guitare tranchante et un chant juste et tempéré, tout en gardant une certaine morgue. Deux très bons soli de grattes. Quelques cuivres discrets faisant quelques apparitions sporadiques.
Après l'accalmie, la hargne punk revient à vive allure avec un rouleau compresseur, Criminal Mind.
   Backbiter, sur une base rock'n'roll (Pub-Rock) jouée par la basse, s'établit un Punk-rock mid-tempo
   Out of Order, véritable défouloir punk.
   Pour finir, un extrait live démontrant ainsi l'énergie déployé sur scène, avec une version d'un précédent simple, In a Rut, remanié en un Human Punk sentant le pogo, le slam et le moshing. A faire pâlir d'envie tous les Steve Jones et les John Rotten Lydon de la terre.
 

   Cet opus, malgré la trentaine bien passée, n'a pas pris une ride. Un disque qui devraient en toute logique plaire autant aux amateurs de Punk, qu'à ceux de Rock dur. Un disque qui (avec d'autres) prouve qu'
il n'est point besoin de balancer des tonnes de notes sur-saturés pour sonner agressif.
   Brisé par un mariage raté, Malcom Owen prit une pause pour se ressourcer dans la maison familiale. Hélas, il plongea (plus profondément ?) dans l'héroïne. On le retrouva mort, par overdose, dans la baignoire le 14 juillet 1980. Le groupe ne s'en remettra jamais.

    Après le décès d'Owen, le groupe se rebaptisa Ruts DC (Fox assurant le chant), et s'intéressa de plus en plus au Reggae et au Dub, avant d'éclater au début des 80's.
Un second album regroupant des 45 tours, dont le premier single de 1978 (In a rut ; H-Eyes), et des enregistrements publics (qui pourraient provenir de ceux de l'émission d'Antoine De Caunes, Chorus), vit le jour en 1980. Emprunts d'un certain classicisme et pourvu d'une production plus touffue, l'ensemble présente bien moins d'intérêts, et ne peut suivre la comparaison avec "The Crack". Toutefois, ici encore, les titres live démontrent qu'ils savaient assurer sur scène. Uniquement pour les inconditionnels.
     Paul Fox décéda d'un cancer le 21 octobre 2007. Quelques temps auparavant, le 16 juillet 2007, il avait fait un concert avec une reformation de The Ruts, avec Henry Rollins (grand fan du groupe) en remplacement d'Owen.


P.S. : la pochette (évidemment qui en jetait bien plus en 33t), présentée comme un tableau de peinture, avec, au verso, l'envers de la toile griffonné de crayon stipulant les divers crédits, était un concept du groupe. La scène présentant un apéritif mondain, où on y retrouve, outre les membres du groupe au milieu sur le canapé, en autres, Captain Sensible, Rat Scabies, Hendrix.





samedi 30 octobre 2010

EAGLES - "Long Road Out Of Eden" ( 2007 ) par Philou




Le faux grand retour des Aigles

Après leur séparation en 1982, leur vrai-faux retour en 1994, le procès Eagles-Don Felder, nos rock stars à la (pré) retraite nous offrent une résurrection que l'on attendait plus, à l'occasion de la sortie de ce (double) album "Long Road Out Of Eden" le 30 octobre 2007, soit 28 ans après "The Long Run"!!!!
Mais trois ans jour pour jour après la sortie de ce disque et une fois passé la surprise et la curiosité, que reste t'il vraiment de cet album ?
La réponse est : pas grand chose, les chansons passent et trépassent. On ne garde pas de souvenirs impérissables de ces deux galettes, d'ailleurs les Eagles s'en sont-ils un peu rendu compte puisqu'ils ont aussi annoncé qu'il n'y aurait certainement pas d'autre nouvel album du groupe dans le futur ???

Mais où est donc passé Don Felder ?


Pourtant l'album commence bien avec le sublime "No More Walks In The Wood", un morceau a capella avec son enchainement de voix à nous faire frissonner. Le single "How Long" (vieux titre écrit en 1972 par John David Souther !) tente de nous faire le coup de "Take It Easy" ou de "Already Gone", mais en beaucoup moins bien et puis le recyclage, c'est bien mais faut pas exagérer quand même !
"Busy Being Fabulous" est un bon morceau, signé Henley/Frey, comme à la grande époque, nappe d'orgue, refrain accrocheur idéalement calibré pour les radios US.
Ensuite ça se gate sérieusement avec les très mièvreux "What Do I Do With My Heart","I Don't Want To Hear Any More" & "Do Something", de la variété pur jus, ça continue avec les très ordinaires "Guilty Of Crime" & "Fast Company".
Heureusement Don Henley se rattrape avec "Waiting In The Weeds" et le 1er CD s'achève par "You Are Not Alone" qui arrive à nous séduire avec ses élans folk et nous amène 30 ans en arrière, au bon vieux temps des intros de guitare en "Finger Picking".
Le second CD commence plutôt bien avec "Long Road Out Of Eden" qui est certainement le meilleur titre de l'album : intro arabisante, solos de guitare inspirés et la voix magnifique de Don Henley qui se pose sur des arrangements de toute beauté...
Les volatiles enchainent ensuite pèle-mêle un instrumental très Knoppflerien "I Dreamed There Was No War", un morceau bien rock "Somebody", un titre semblant sortir d'un Best Of de Santana "Last Good Time In Town", puis "Business As Usual" et "Fail Grasp On The Big Picture" qui ne sont pas très inspirés et sont plombés par une longueur excessive et une lassitude difficilement supportable.
Glenn Frey nous sort tranquillement et sans forcer, une petite ballade "I Love To Watch A Woman Dance", aux légers parfums irlandais, sympa mais pas inoubliable.
Ce 2ème CD s'achève avec "It's Your World Now", pimenté à la (mauvaise) sauce Chicanos, le titre le plus faible de l'album qui sombre allègrement dans la variétoche de bas étage.

Au final, cet album est un faux grand retour des Eagles, il aurait déjà gagné à être simple au lieu d'être double, et me fait plus penser à une commande lucrative de leur manager Irving Azoff et de Universal Music, qu'à un réel besoin artistique de s'exprimer.

 



A lire également                      
"Hotel California" (1976) par Philou





Article initialement paru sur le http://www.legrigriinternational.com/ le 02/10/20009 rédigé par Philou

vendredi 29 octobre 2010

ROBERT PLANT EN CONCERT, par Luc B.

BAND OF JOY, Paris, palais des Sports, 24/10/10



Le palais des Sports de Paris était plein pour écouter Robert Plant et son Band of Joy. Je ne parlerais pas d’ovation, mais d’un chaleureux accueil, lorsque les cinq musiciens entrent en scène, à 21h15. Plant ne se présente pas en premier, ni après les autres. Le groupe fait corps. Plant domine par sa stature (1,85m), avec ses éternels cheveux blonds, longs, bouclés. Tiags grises, jean clair et chemise mauve délavée. Il attaque direct. Soulagement immédiat : la voix est là, reconnaissable entre mille, posée, juste, sans maniérisme. L’homme affiche une décontraction, une humilité quasi monacale. Une simplicité aussi, dans ses rapports avec le public. Il parle, plaisante, explique, en anglais, mais aussi en français (« merci les potes » !), s’exclamant à plusieurs reprises « sacrebleu » ! Il pourrait se la jouer, le Robert, et honnêtement, qui lui en voudrait. Mais non. Lorsqu’au bout d’une demi-heure il présente ceux qui l’accompagnent, il se met en retrait, à gauche de la batterie, harmonica au bec, pour laisser Buddy Miller (guitare électrique, qui avait piqué les cheveux gris et le chapeau de Peter Green) chanter un titre. Il fera de même pour Darrell Scott (guitare, banjo, mandoline, pedal steel, extraordinaire musicien, imposant) et pour Patty Griffin (chant, guitare). Pendant 10 minutes, la vedette était donc reléguée en simple accompagnateur. Duo improbable avec Griffin, toute menue, brune, petite robe noire pailletée, et qui arrive péniblement à 1,52m (talons de bottes de 15 cm compris).

Les titres de son dernier album représentaient le plus gros du show, « Angel dance », le ténébreux « Silver Rider », ou encore « Monkey » sur laquelle Buddy Miller bidouillait je ne sais quel boitier de distorsion. Ce même Miller qui je crois n’a pas joué un seul titre avec la même guitare ! Le son était très travaillé (comme sur l’album) parfaitement rendu par l’acoustique irréprochable des lieux. Les versions présentées étaient assez conformes aux créations studios, à l’exception (et c’est tant mieux) de « You can’t buy my love », plus pêchue, avec deux chorus en plus. Après la pause, Robert Plant ré attaquera avec la très belle « Harm’s swift way ». D’autres titres venaient d’un répertoire folk-country, voire gospel. Mais sans que cela fasse réunion de vieux baba autour du feu de camp. Je crois que le duo Byron House (basse, contrebasse) Marco Giovino (batterie) ont joué chez Massive Attack et Portishead. Giovino jouait le plus souvent avec des maillets ou des sticks, et beaucoup de percussions. Les titres ne s’éternisaient pas, on était loin des envolées psychédéliques du Band of Joy version 1968.


Darell Scott.

Evidemment, ce que le public attendait aussi, c’était le répertoire de Led Zeppelin. D’abord « Misty mountain top » (une de mes préférées, tirée du IV) et qui valut au chanteur une ovation. Le public se lève et converge vers la scène. Ce qui fera dire à Plant, ironiquement : « Jusqu’à présent, il n’y avait qu’une japonaise debout, devant moi, et maintenant, y’a 300 français… vous faisiez quoi pendant les trois premières chansons ? ». C’était presque gênant. Voilà un type qui reforme un groupe, ne va pas au plus facile (McCartney fait des beatles son fond de commerce, Plant pourrait faire pareil avec Led Zep), et le public semble lui dire, tes nouvelles chansons on s’en fout ! Sauf que même pour les reprises, Plant prend le contre-pied. L’instrumentation de « Misty mountain Top » était quasiment méconnaissable, seule la scansion des couplets a été conservée. Il l’a présentée avec (me semble-t-il) un brin de nostalgie dans la voix, disant que cela venait d’une époque ni pire ni meilleure, mais… différente. Il y a eu aussi « Gallow’s pole » et « Tangerine » tirées du troisième album du Dirigeable, chansons d’inspiration folk qui s’accordaient parfaitement avec l’ambiance de la soirée. Là encore, saluées comme il se doit. Mais rien en comparaison de l’accueil dantesque fait à « Rock’n’roll », dans une version assez fidèle à l’original, seul morceau où Plant a forcé la voix, retrouvant les accents d’antan. Sauf les « Ouh yé, ouh yé » qui venaient de la salle. Il a en encore sous le pied, le bougre, sacrebleu ! Et le célébrissime gimmick de batterie qui ouvre le titre était joué… à la fin !


(Robert Plant, aujourd'hui... la classe tout de même, non ? )

C’était bon, mais ce fut court… Vraiment trop court, limite frustrant. A bout d’une heure et quart, une petite pause. Robert Plant revient, une Pelfort brune à la main, et envoie donc « Harm’s swift » et « Rock’n’roll » puis le groupe interprète a cappella un air gospel qui portait bien son nom : « Good night ». Fin des hostilités. Merci, boanne souarée, bye bye. Durée du concert : 1h25.



On retiendra donc un show sans doute trop huilé, sans réelle surprise (j'attendais surtout quelques reprises roots, rockabilly, soul, blues...) mais un groupe de vieux briscards sacrément doué, pro, un peu trop sérieux. Robert Plant, lui, semblait le plus décontracté, heureux, souriant, avec comme on dit de beaux restes. Un déhanchement quand il faut, le pied de micro jeté d’un pied, rattrapé de l’autre, se concentrant sur ce qu’il sait faire de mieux : chanter. Il en impose. Quand on a à 12 mètres devant soi LE Robert Plant, ben, ça le fait !


"Satan your kingdom must come down". Les vidéos disponibles sont toutes issues de prises pirates de mauvaise qualité. Celle-ci fait exception. Et donne une idée assez juste de l'ambiance musicale du spectacle 2010.


La première partie était assurée par le britannique Justin Adams (qui jouait au côté de Robert Plant sur "Mighty ReArranger» en 2005) et du griot gambien Juldeh Camara. Ou la rencontre de la guitare punk-blues de Adams, et du ritti (violon ancestral à une corde). La claque ! Un bassiste fabuleux et un batteur les accompagnaient. Trois titres incisifs, le premier acoustique, tribal, les suivants électriques. Et puis, une intro blues, lourde, épaisse, à la John Lee Hoocker. Les poils qui se dressent. C’est Camara qui chante, en gambien. Mais ça colle. Le ritti fait office d’harmonica, et ça passe encore. Et le morceau se prolonge, s’étire, on n’en croit pas ses propres oreilles ! Ca vire au boogie, riff à la Bo Diddley, puis les musiciens prennent des percussions, et la tension ne fait que monter. Quelle claque ! En plus, Adams parle très bien français, nous a raconté plein de choses, c’est un passionné, la classe, en veston, mais on sent que la folie n’est pas loin. Ils ont reçu une véritable ovation à la fin du set. Et ils ont démonté leur matos eux-mêmes, aidés de quelques roadies de Plant pour aller plus vite ! On en reparlera ici, je crois savoir que notre ami Rockin’ apprécie les deux artistes.

ROBERT PLANT & BAND OF JOY (2010) par Luc B.


Désolé de faire référence, une fois de plus, à nos réunions préparatoires, mais, lorsque j’ai demandé à la cantonade, l’autre jour, qui serait intéressé par chroniquer cet album de Robert Plant, une voix a répondu, avec un naturel désarmant : vas-y, cela me donnera l’occasion de savoir qui est ce monsieur Robert ***

On m’a raconté plus tard que les médecins avaient mis trois jours à me ranimer. Je ne garderai pas de séquelles, ont-ils dit, après ce choc psychologique, et la chute du 14ème étage qui a suivi. Cela m’apprendra à m’asseoir sur les bords de fenêtre. A l’attention, donc, de cette personne, qui ne sera pas nommée (moins par discrétion, que pour sauvegarder la légitimité de ce blog), et de ceux qui ne vécurent pas sur cette terre ces trente dernières années, petit rappel des faits. Les autres, peuvent sauter directement au troisième paragraphe.
*** anecdote, pour une fois véridique...



Robert Plant, le blondinet au centre, et au premier plan le moustachu John Bonham. Et visez-moi ce peignoir satin à l'arrière !



Robert Anthony Plant est né à Birmingham en 1948. Bercé par la musique Blues qui envahit l’Angleterre dans les années 60, attiré par les chanteurs de rock’n’roll (E. Cochran, G.Vincent, E. Presley), il chante dans d’innombrables formations, écumant les clubs, et les sessions studios. Vers 1967, il se rapproche de Chris Brown, Vernon Pereira, pour chanter au sein du BAND OF JOY. Le batteur est un certain John Bonham. Plant et Bonham seront tous les deux recrutés par un guitariste déjà célèbre, Jimmy Page, qui souhaite corser la musique de son groupe, les Yardbirds. Rejoint par John Paul Jones à la basse (et aux claviers) le groupe se rebaptise LED ZEPPELIN. Et c’est parti pour 10 ans de folie, 10 ans de règne sans partage, Led Zep faisant vaciller le trône des Rolling Stones, portant haut la couronne de plus grand groupe de rock. Les albums sont des triomphes, les tournées remplissent les stades, les valises se remplissent de dollars, les narines se remplissent de poudre, et les chambres d’hôtel se délestent des postes de télévision. Attaqué de front par les punks, le Dirigeable tient le cap, dévaste tout, Jimmy Page peaufine avec une maniaquerie extrême des disques où se mêlent blues, folk, hard, musique indienne, africaine, de somptueux édifices dédiés à la guitare électrique, boostés par une batterie énôôôrme, et érotisés par la voix de l’ange blond, toutes bouclettes dehors, déhanchements libidineux, feulements de tigre en rut, spasmes orgasmiques. On n’a pas fini, encore aujourd’hui, de mesurer l’influence de Led Zep sur la musique rock. Les frasques du quatuor sont l’exact application du programme Sex, Drug & Rock’n’roll. En 1980, le batteur John Bonham meurt, coma éthylique. Le groupe se sépare. Jimmy Page sombre sérieusement dans la dope, il travaille parfois encore avec Robert Plant, et tout le monde rêve d’une reformation. Le groupe rejouera ensemble, le fils de Bonham à la batterie, pour un concert caritatif en 2007. Les ponts d’or offerts à Robert Plant n’y font rien. Il préfère désormais travailler de son côté, avec différentes formations, chanter dans de petites salles, se préparer dans de petites loges. Beau succès de MIGHTY REARRANGER en 2005, très gros succès de RAISING SAND en 2007, disque en collaboration avec le chanteuse country Allison Krauss, et Buddy Miller. Et cette année, sortie du disque BAND OF JOY.

BAND OF JOY était donc le nom du groupe dans lequel officiait Plant et Bonham en 1968. Défini comme tel par son chanteur : « un groupe psychédélique, aux racines bluezy, dans lequel tout le monde faisait des solos en même temps ». Pour ce nouvel opus, Robert Plant s’entoure une nouvelle fois du guitariste producteur Buddy Miller. L’idée de donner une suite à RAISING SAND tourne court, et Plant trouve la démarche trop facile. Il veut changer de registre. Mais les nouvelles sessions ne donnent pas grand-chose, il manque un élément. Ce sera la chanteuse Patty Griffin, invitée sur plusieurs titres, et qui redonne du pep à l’équipe. Dans ce disque, il n’y a que des reprises. Des classiques folk (« Cindy I’ll marry you some day » déjà interprétée par Elvis, Johnny Cash) ou du contemporain (« Harm’s swift way » de Townes van Zandt »). Ou encore « You can’t buy my love » de Barbara Lynn (écrite en réponse au « Can’t buy me love » des Beatles) la chanson la plus rythmée de l’album, avec une sonorité très sixties. Car il faut le dire, ce BAND OF JOY aurait gagné à bouger un peu plus. La production est impeccable, presque trop. Si le répertoire est ancien, le son est actuel. Autant Springsteen avec les PETE SEEGER’S SESSIONS avait joué la carte de l’authenticité (enregistré en direct, en trois jours) autant ici Buddy Miller et Robert Plant ont ciselé leur matériaux avec un soin infini. C’est très beau, rien à redire. Guitares, banjo, mandoline, mais rien de rustique pour autant. Et puis la voix. Là encore, impeccable, contrôlée, susurrée, loin des hurlements d’antan. Folk psychédélique, soit, mais à la sauce 2010. En studio, pas de jam interminable. « Silver Rider » est le titre le plus long (6’05) et laisse le temps d’installer une belle ambiance, lourde et planante. « Falling in love again » donne dans le country-slow pur et dur, avec chœurs et pedal steel. « The only sound of matters » est d’une rare limpidité, le départ me rappelant le Jagger de « Shine a light » ou de « Sweet Virginia », suivi d’un « Monkey » très sombre, basse vrombissante, et volutes de voix entre Plant et Patty Griffin. L’album se clôt sur un « Even this shall pass away » à la sonorité très trip-hop 90’s.

Un bel album, assurément, qui fait le pont entre deux époques, un répertoire ancien pour une réalisation résolument contemporaine. Robert Plant ne se morfond pas dans ses souvenirs, sa jeunesse, mais interprète de manière contemporaine une musique sans âge. Reste qu'à mon sens, le résultat peut paraître trop contrôlé, un peu froid, auquel il manque de la spontanéité. Le passage à la scène devrait y remédier.
Compte rendu du concert de Robert Plant au Palais des Sports de Paris le 24/10/2010, dans la rubrique "ACTU DERNIERE MINUTE"



BAND OF JOY (2010) 12 titres, 48 minutes

jeudi 28 octobre 2010

SCORPIONS- "Blackout" (1982) , par Vincent Le Caméléon

(Au début des années 80', quand Number of the beast n'était pas sec, c'est ce T-Shirt là que le "Hardos" mettait sous son perf'... Et inversement ! )

No One Like Them

Quand on évoque le Blackout des Scorpions, les qualificatifs élogieux le concernant viennent forcément à la pelle. Car comment parler de Blackout sans affirmer de suite que cette album est le plus "rentre dedans" de la discographie de nos cousins Germains.



En cette année 82, Scorpions c'est la puissance destructrice de nos précieux tympans, alliée à ce savoir-faire unique en matière de mélodies irrésistibles. Si l'on veut chipoter, on pourra toujours dire que "China White" et "When The Smoke Is Going Down" ne concluent pas cette album comme il aurait pu l'être. Ce doublé final est certes un poil pachydermique, mais pour le reste ...

"Blackout", "No One Like You", la fulgurance de "Dynamite", la sauvagerie de "Now"! ou le bien nommé "You Give Me All I Need", font de ce disque une pépite Hard Rock dont seul Scorpions détient encore les clés.


L'une d'entre elle est forcément à mettre sur le compte de Rudolf Schenker (ci dessus , en 2010). Ce Guitariste possède la science ultime du riff. A lui tout seul, il imprime la couleur d'un morceau en 4 petites notes seulement. D'évidence, le roi de la Guitare rythmique ... C'est LUI !!!





L'autre clé du succès, l'identité du groupe, revient inévitablement à Matthias Jabs (ci contre , en plein solo d'la mort!). Le fin guitariste à la tenue raillée noir et jaune nous y assène une avalanche de solos dont les piqures de guêpe me laisseront des traces à vie (et oui ! Quand j'étais "Djeun" je voulais être Matthias Jabs).





Quand on sait également, que, sujet à un grave problème aux cordes vocales (d'où le titre de l'album), Klaus Meine fut à deux doigts de céder sa place à un certain Don Dokken, on se réjouissait de l'entendre à nouveau à un tel niveau, et dans une forme que plus jamais il n'égalera.


De gauche à droite: Francis Buccholz (Basse), Herman "ze german" Rarebell (Batterie), Klaus Meine (Chant), Mathias Jabs (Lead Guitare), Rudolph Schenker (guitare rythmique)


Tout ça pour dire que vous pouvez me bâillonner, me ceinturer, me planter des fourchettes ou vous le voulez, rien ne me fera dévier d'un poil quant à l'amour que je porte à ce disque "cultissime". C'est comme ça !! Il y a des choses auxquelles on ne touche pas, quelques soient les années passées. Parole de Fan.







no one like you

mercredi 27 octobre 2010

Black Country Communion " Black County " (2010), par Bruno



Sentiments mitigés

     Dernier super-groupe en date, avec annonce publicitaire et création de leur site bien avant la parution de l'objet, histoire de nouer les nerfs, de créer une impatience, de créer un buzz dans le milieu, afin d'inciter à se jeter dessus dès sa sortie (et même avant). Cela sent le marketing à plein nez. Mais qu'importe si le résultat est à la hauteur des espérances. Car, forcément, une réunion de ce genre, cela fait travailler l'imagination et on espère y retrouver un digne représentant, un successeur, des monstres sacrés du Heavy-Rock. Entre l'excellent Glenn Hughes (bassiste, chanteur, ayant officié - faut-il le rappeler ?- au sein de Trapeze pour son âge d'or, de Deep-Purple Mark III, de l'unique et splendide « Hughes & Thrall », de Black Sabbath pour l'énorme Seventh Star, du Phenomena de Mel Galley, sans omettre sa longue et riche carrière solo), Joe Bonamassa, (le guitariste-chanteur du Nü-Blues-Rock, le protégé de Kevin Shirley), Jason Bonham, (qui, au fil du temps a réussi, malgré l'énorme pression que représentait celui de son père, à se faire un (pré)nom, avec une carrière de 26 ans avec Airrace, Virginia Wolf, Jimmy Page, Paul Rodgers, Little Steven, UFO, Foreigner, « Supergroup », Joe Bonamassa, et Bonham), et Derek Sherinan, (l'ex-clavièriste de Dream Theater), on est en droit d'attendre quelque de fort, si ce n'est d'extraordinaire. Une formation alléchante et pleine de promesses.

     Et à l'écoute, les musiciens ne sont pas là pour rigoler, cela envoie sec. Glenn Hughes se montre dans une forme phénoménale, jouant de façon percutante de sa Precision Bass, et chantant de façon étonnante, surtout en regard de son âge (58 ans cet été), n'hésitant pas à se montrer agressif, vindicatif, et ce, sans jamais perdre en chaleur et en justesse. Il est est le maître des lieux, sa voix a encore et toujours une présence phénoménale. Jason a une frappe d'une précision, d'une assurance phénoménale, doublée d'une bonne puissance. Le pauvre Derek est produit très en retrait, une écoute au casque est souvent nécessaire pour l'entendre et l'apprécier. C'est assez regrettable, car il opère souvent dans une optique très 70's (Jon Lord, Ken Hensley), avec son de Hammond à l'appui. Un choix du groupe (ou plutôt des leaders) délibéré, ou le fait du producteur Kevin Shirley. Pour le coup, on a dans l'ensemble plus l'impression d'avoir affaire à un trio qui s'offre sporadiquement quelques enrichissement de claviers. Quant à Joe Bonamassa, il a mué de blues-rocker épanoui en guitar-hero 70's. Même si on peut lui porter des griefs, il convient de saluer le travail qui a opéré en essayant, avec plus ou moins de bonheur de sortir du cadre de ses précédentes réalisations (déjà que ces dernières, que l'on aime ou pas, faisaient déjà preuve d'un souci d'évolution).

Joe, Glenn, Jason, Derek

   Black Country Communion délivre un Heavy-rock puissant, bien dans l'esprit 70's (on à parfois l'impression que le groupe est allé faire ses emplettes chez Led-Zep, Trapeze, Who, Free, Bad Co, Black Sabbath, Uriah-Heep), en y incorporant du sang neuf, un nouveau souffle, qui peut évoquer Mr Big, Kotzen, Wolfmother. La colorisation du son à la marque de Kevin "Caveman" Shirley : Entre les 2 derniers Bonamassa , "By your Side" des Crowes, et "Bones & Skins" des Angels.


     Seulement, voilà, s'il est indéniable qu'ils sont d'excellents musiciens, la sauce ne prend pas toujours, et parfois cela donne l'impression d'un gros bombardier (dirigeable ?) qui ne parvient pas à prendre son envol. Tantôt c'est Bonamassa qui n'est pas en adéquation avec une poignée de soli à l'emporte pièce (comme s'il suffisait de balancer un chorus avec un paquet de notes pour sonner Heavy), et quelques chorus et breaks tombant à plat. Tantôt c'est la composition elle-même qui a le goût amer de l'inachevé, du trop vite en besogne, emballé c'est pesé. A l'évidence, B.C.C aurait gagné à effectuer quelques concerts pour éprouver, aiguiser leurs chansons. Était-il bien nécessaire de bourrer jusqu'à la gueule un CD, pour l'amener à une durée de 72 minutes ?

     A mon sens il y a bien un quart d'heure de trop si ce n'est plus. Comme si certaines compositions avaient été finalisé dans l'urgence, que l'on n'avait pas pris la peine, le temps, de prendre du recul sur du matériel neuf. Pressé par l'imposition d'un planning ? Comme par exemple « No Time » qui, alors qu'il comporte un excellent riff en béton, doublé par la basse, un chant très bien en place, est gâché par des ponts moyens, approximatifs et un break pseudo-oriental hors-sujet (pour faire genre-style comme...). Comme si l'on avait voulu étirer ce titre mais en ayant perdu l'inspiration pour son développement.
Pourtant les bons titres ne manquent pas :

     Après l'entrée en matière "coup-de-poing" avec "Black Country" (pratiquement Heavy-Metal, penchant vers Iron-Maiden, voire d'autres combos typés NWOBHM), One Last Soul, du Police en filigrane, un chant au petit oignon, une frappe énergique, même le solo passable de Joe n'entame pas la bonne teneur générale de ce Heavy-Rock classieux et tempéré (qui aurait pu être interprété par les groupes de Hard FM de haute-tenue lorsqu'ils durcissaient leurs propos)

The Great Divide, (voir et écouter la séquence vidéo)

Beggarman, au chorus rappelant Gary Moore dans l'éphémère Scars.

Song for Yesterday, chanté par Joe, marche sur les plates bandes de Free avec ses arpèges sombres et mélancoliques et son riff moite, reptilien. Un peu longuet, quelques violons synthétisés relativement gâcheurs, mais qui ne parviennent pas heureusement à entacher la bonne tenue ; et un excellent break généré par une petite montée en intensité juste grâce au fredonnement de l'air par Sir Hughes [qui est indentique à celui de Rod Stewart sur sa version de (I Know) I'm Losing You], avant le coda.

Medusa (de Hughes époque Trapeze) dans une version plus Heavy, avec là, un grand solo de Joe.

Stand, entre du pur Hughes et quelque chose de plus lourd et monolithique comme Black Sab ou Budgie. Avec un 1er solo d'orgue rappelant irrémédiablement Hensley, le 2sd, Lord.

Sister Jane est une ode au Heavy-rock 70's (ou un hold-up ?) en piochant ouvertement deci delà dans ce patrimoine ; notamment celui des Who, break-solo foncièrement Creamien (trop évident pour que cela ne soit pas en hommage – ou alors ils nous prennent pour des imbéciles), et intro « AC/DCienne ». Jason y est époustouflant.

Rien qu'avec ces pièces, on cumule grosso modo un total de plus de 42 minutes.

Tiens, le dernier titre, Too late for the Sun, sonne comme du Gov't Mule. Bon mais en rien transcendant.

     Au final, un sentiment incertain, mitigé, le bon côtoyant le passable (mais rien de médiocre). Ce qui confirme que l'œuvre aurait gagné à être dégrossie, d'évacuer quelques compositions faibles, pour en extraire le meilleur. D'autant plus que cet album, dans son ensemble, se place en deçà des dernières réalisations personnels de Hughes, et de Bonamassa (surtout par rapport à Sloe Gin).

     Néanmoins, on sent de très grosses possibilités (le contraire aurait été étonnant), et il serait dommage que l'expérience ne soit pas renouvelée, car il serait étonnant (navrant ?) qu'en accumulant de l'expérience en jouer ensemble (et non chacun dans son coin, cela doit être un travail d'équipe), ces lascars ne pondent pas quelque chose de nettement plus consistant. Toutefois, les concerts promettent quelques chaudes heures.


  1. Black Country (3:14)
  2. One last Soul (3:52)
  3. The Great Divide (4:45)
  4. Down Again (5:46)
  5. Beggarman (4:51)
  6. Song of Yesterday (8:33)
  7. No Time (4:13)
  8. Medusa (6:57)
  9. The Revolution in me (4:59)
  10. Stand (at the burning tree) (7:02)
  11. Sister Jane (6:55)
  12. Too late for the Sun (11:10)

P.S. : il convient de préciser que l'on peut trouver à droite et à gauche des commentaires bien plus élogieux (dithyrambiques ?) que celui-ci.

P.S. bis : Le patronyme provient du lieu de naissance de Hughes et Bonhman, qui a longtemps été un haut lieu de l'industrie anglaise pour l'exploitation du charbon, mais aussi du fer. La genèse de cette exploitation remonte au XVIème siècle.






mardi 26 octobre 2010

DR JOHN - "Tribal" (2010) par Rockin-jl


Un petit coup de froid ? L’arrivée de l’automne vous déprime ? Vous avez reçu votre taxe d’habitation ?
Une petite consultation chez le Docteur s’impose. Si le médecin traitant de Luc B est le Dr Feelgood, le mien est Dr John depuis un paquet d’années et tant qu’il n’aura pas prit sa retraite je n’en changerai pas.
Ce " Tribal " doit être le 25ème album de Malcom Rebennack (plus une poignée de lives) et fait suite à " The City That Care Forgot " consacré à l’ouragan Katrina (2008) et qui reçut un très bon accueil. Au fait saviez vous que Dr John prit ce surnom en référence à un magicien vaudou du 19ème siècle très populaire à la Nouvelle Orléans, au même titre que Marie Laveau, la " Voodoo Queen " ?



Dr John , 70 ans à ce jour, débuta en tant que musicien de Studio piano, guitare, basse dans les années 60, il jouera ainsi derrière Franck Zappa, Iron Butterfly, Buffalo Springfield, Lovin’ Spoonful, Sony & Cher, Canned Heat ou les Stones , avant de se lancer en solo avec son fameux album " Gris-Gris " (1968), imposant d'entrée sa patte inimitable, savant dosage entre Jazz New Orleans, Rhythm & Blues, rock psyché, sons funkys et musiques traditionnelles créoles. Pour rendre à César ce qui appartient à César, la première grande figure de cette musique et grande inspiration du Docteur fut le Louisianais Professor Longhair (1918-1980) , jetez une oreille sur son album " Rock’n roll Gumbo " (1974, avec Clarence Gatemouth Brown) et vous comprendrez. Transformant ses concerts en cérémonie vaudou, coiffes et décors à l’appui , un peu à la manière d’un Screamin Jay Hawkins, Dr John est devenu le personnage incontournable de la Nouvelle Orléans .

Sur ce bien nommé " Tribal " il retrouve Herman ErnestIII aux drums, David Barard à la basse, John Fohl a la guitare, et le percussionniste Kenneth " afro " Williams qui est pour beaucoup dans le climat de cet album. Beaucoup de titres sont enrichis de chœurs féminins, de la section de cuivre emmenée par Alonzo Bowens ; sur" Lissen at your prayer" on a même droit à section de cordes et sur le bluesy " Manoovas " à la slide de Dereck Trucks (Allman Brothers) .


Bon autant le dire de suite, cet album est énorme, dans les meilleurs de sa discographie, on y retrouve toute la magie du Dr, son jeu de piano, sa voix traînante immédiatement reconnaissable qui se traîne comme un poisson chat swampant (*) dans le bayou, les musiques s’insinuent dans votre cerveau jusqu’à vous rendre possédé. Ca commence très fort avec "Feel good music", qui nous plonge d’emblée dans l’ambiance, percus, piano sautillant, irrésistible ! Des temps forts il y en aura d’autres comme " Change of heart " , les poisseux " jinky jix " et " them " ; " music came " chanté par John Fohl , et bien sur "Tribal" , le morceau titre. Fermez les yeux en l'écoutant et vous verrez des hordes de zombies pieds nus dans les marécages se trémousser dans un halo brumeux au son des tambours et des chants ; approchez vous encore et vous les verrez se débattre , englués dans le pétrole de la marée noire et maudire Total, vision d’apocalypse...

(*) NDLR « rampant » , allusion au swamp blues louisianais, de Lazy Lester, Frank Frost ou Slim Harpo


Bien sur comme sur "The city that care forgot", le "Night Tripper" n’oublie pas non plus de dégommer les gouvernants de son pays et le sort qui s’acharne sur sa Louisiane maudite ("Only in America").

Chapeau bas au Dr capable à 70 ans de pondre des albums d’un tel niveau après 40 ans de carrière, c’est toute la différence entre les génies et les tacherons , n'est ce pas XX (pour ne froisser personne je laisse le lecteur compléter cette phrase avec le nom de son choix...).




Whut's Wit Dat

lundi 25 octobre 2010

L.D FUSION - " Premonition " ( 2010 ) par Philou


La Fusion de la Passion et du Talent

LD FUSION, c'est la réunion de deux musiciens français talentueux et inspirés : Bruno Levesque et Eric Dupré.
Eric Dupré est un autodidacte surprenant, il a commencé la guitare à l'age de 13 ans, en se passant en boucle le "Harvest" de Neil Young et en se faisant les doigts sur "Heart Of Gold". Puis Jimmi Hendrix, Johnny Winter, Stevie Ray Vaughan, Ritchie Blackmore, Jimmy Page deviennent ses maitres à jouer, jusqu'au jour où il entend Eddie Van Halen lui balancer en pleine face son "Eruption" !!! Quelques temps plus tard, deux nouvelles émotions électriques le submergent : le professeur Joe Satriani en train de voler dans un rêve bleu et son élève Steve Vai débordant de feeling et de créativité sur son chef d'oeuvre "Passion & Warfare".
Il découvre ensuite Eric Johnson,
le voyageur Neal Schon, Larry Carlton, Steve Lukather, Andy Timmons et le furieux Greg Howe qui lui ouvrent d'autres horizons tirants vers le style jazz rock fusion.
Bruno Levesque est un multi-instrumentiste qui a grandit entre un piano et une batterie. Il fonde son premier groupe en 1982 comme guitariste, influencé par les groupes de Hard anglais (Def Leppard, Saxon, Iron Maiden, Tygers of Pan Tang.... etc).... Remember the NWOBHM.
Après avoir écumé les scènes locales au sein de plusieurs groupes, il part au Canada tenter sa chance en 1993. De retour en France en 1996, il fonde son propre projet Silence (un must du Hard F.M) qui ne cessera d'évoluer au fil des années. Il a même participé à l'album d'AOR "Journey To L.A" avec des musiciens prestigieux comme Tommy Denander, Steve Overland, Fergie Frederiksen, Bill Champlin, Steve Lukather... Excusez du peu !!!

Eric Dupré & Bruno Levesque

La rencontre des deux compères a lieu à la porte du troisième millénaire et de discussions en discussions, de cordes en médiator, leur projet prend forme petit à petit.... et en 2010, le disque est enfin disponible.
Sur cet album entièrement instrumental, le duo nous propose dix morceaux, dix voyages à travers des horizons musicaux différents, remplis de mélodies raffinées et d'arrangements extrêmement soignés. La marque de fabrique des deux guitaristes et vous l'avez bien compris, c'est la fusion de styles, le "Crossover" comme on dit aux States, un univers où plusieurs types musicaux se mélangent harmonieusement. Eh bien là, vous allez être servis....
En effet difficile de faire plus diversifié, l'imagination et le talent des créateurs sont à leur summum sur les 10 titres de cet album qui commence sur les chapeaux de roues avec le magistral "Premonition" où les envolées de guitares atteignent des sommet de pureté et d'émotion.

Les guitaristes touchent à tous les styles et revisitent leurs influences majeures, le West Coast Sound sur "Pacific Breeze" & "Vertigo",
Joe Satriani dans "In My Head" & " Remembering You", Neal Schon (période Bad English) sur "Nostalgic Thoughts", le Heavy Metal avec le puissant "High Pressure" la rythmique est en ébullition dès la mise à feu, le Hard Progressif à la Dream Theater sur "Oriental Dream" et même la Country sur "Dusty Road" avec sa pedal steel guitar, son harmonica et son festival de solos à n'en plus finir à la fin du morceau, grandiose !
Toutes ces chansons n'auraient pas la même saveur
sans l'apport des claviers qui contribuent à affiner le coté mélodique du duo.

En écoutant ces dix morceaux, on est emporté par l’énergie et la finesse de la musique qui sert de rampe de lancement aux superbes interventions des deux guitaristes. Leur talent éclate tout au long de cet album, arrangé, mixé et produit avec brio par Bruno Levesque.
Bien plus qu'un simple déballage de technique en tout genre, la musique de L.D Fusion invite au voyage et procure un plaisir qui ne devrait que grandir au fil des écoutes.


Leur myspace: http://www.myspace.com/ldfuz
Album disponible sur :http://silenceprod.free.fr/








dimanche 24 octobre 2010

LUKE LA MAIN FROIDE, un film de Stuart Rosenberg (1967) par Foxy Lady




" Cool Hand Luke " ("Luke la main froide"), est un film de Stuart Rosenberg ( Brubaker, Amityville) sorti en 1967.
Le film ne repose pas seulement sur l’interprétation impeccable de Paul Newman et de George Kennedy, qui reçu l’Oscar du meilleur second rôle, mais aussi sur l’excellent scénario signé Frank Pierson et inspiré du roman éponyme de Donn Pearce.






L’histoire du film : Pour s’être livré à des actes de vandalisme sur des parcmètres, Luke est condamné à 2 ans d’emprisonnement dans un camp de travail. Dans un premier temps, il est assez discret et observe les autres avec amusement, puis, à la suite d’une mémorable scène de match de boxe, il se lie d’amitié avec Dragline (George Kennedy) et devient populaire auprés des autres détenus. A la mort de sa mère, il se rebelle contre l’ordre établi et décide de s’évader. Outre les numéros d'acteurs ce film présente une peinture de l'univers carcéral , dans toute sa brutalité, et une galerie de portraits de la faune qu'on peut y retrouver, que ce soit du coté de l'ordre ("les matons") ou des prisonniers , c'est certainement un des tout meilleurs "films de prison" jamais tourné. Un prison typique du Sud profond des Etats- Unis fut d'ailleurs reconstituée pour l'occassion à Stockton, Californie. Seul point qui m'a paru un peu edulcoré : la bonne ambiance entre les prisonniers, plus proche de celle bon enfant d'une colonie de vacances que de celle qu'on pourrait attendre de tels durs à cuire..

Mais, soyons clair, ce film est un chef d'oeuvre , pour Newman qui porte le film sur ses épaules et dont le personnage restera un symbole de la "cool attitude" et du refus de l'autorité ; et pour ses scènes inoubliables, comme celle où Luke fait le pari d’avaler 50 œufs ou encore les évasions successives qui, même quand elles échouent, n’en demeurent pas moins du grand art. Culte également la scène où Joy Harmon vient laver sa voiture sous le regard des forçats avec un erotisme pour le moins torride (extrait à la fin...Hé! Revenez! Finissez au moins de me lire!!)






Obstiné, audacieux, impertinent et farceur, c’est sans doute un des rôles les plus marquants dans la carrière de Paul Newman, avec d'autres monuments comme " Marqué par la haine ", " l’Arnaqueur " ou plus récemment " Les sentiers de la perdition ". On peut noter également la présence de l’acteur Dennis Hopper, qui, même s’il a un petit rôle, ne passe pas inaperçu.
Pour la petite histoire, le numéro de prisonnier de Luke (37) est une référence à la Bible : " Car rien n’est impossible à Dieu " (Evangile selon saint Luc B: chapitre 1, verset 37). J’ai adoré la scène finale ou Luke interpelle un certain vieillard (que j’ai mentionné dans la ligne précédente), dans une chapelle désaffectée : Newman y est sensationnel.

Le tout porté par la musique de Lalo Schifrin.