Adolph
Johannes Brand naquit en Afrique du sud, région alors déchirée par
une obsession absurde de la séparation des races. L’apartheid ne
fut d’ailleurs pas tant une histoire de race, à moins de
considérer qu’une simple apparence physique suffise à la définir.
En réalité, la race désigne l’union du culturel et du
biologique, de l’innée et de la tradition. Dans ce cadre, les
races furent bien plus menacées par les sous cultures commerciales
que par la folie inhumaine qui s’empara de l’Afrique du sud. La folie
de cette région colla sur le visage de Brand l’étiquette de
métis, c’est-à-dire un homme jugé sans couleur mais pas sans
race.
Voilà pourquoi le parcours de nombre
d'artistes, et plus spécifiquement de musiciens, commença dans les
églises, ces grandes mères de vieilles cultures. Après sa première
révélation cléricale, Adolph Johannes Brand prit ses premiers
cours de piano, avant que l’écoute du jazz ne lui montre sa
véritable voie.
C’est grâce à cette découverte que l’homme
honora pleinement cette étiquette de métis qui lui fut donnée à
la naissance. Le métissage n’est pas, comme voudraient le faire
croire certains, un
assemblage hétéroclite de cultures mal définies. Un mélange de
vacuité ne pouvant engendrer que le néant, seules les cultures
fortes et fières peuvent grandir au contact de beautés étrangères.
Le métissage est un ajout de nuance plus qu’un bouillon de
culture, ses composantes ne mutent pas mais se complètent dans une
nouvelle harmonie. Ce principe, Duke Ellington sut l’honorer en
composant son fameux « Black, brown and beige ». Le jazz
est autant un renouveau du classicisme occidental par la magie de la
rugueuse gaieté africaine, qu’un adoucissement de la tradition
africaine par la grâce de la musique européenne.
Galvanisé par
cette force enjouée, Adolph Johannes Brand forma ses premiers
orchestres avant d’enregistrer ses premiers disques pour la
compagnie sud africaine Continentale. Menacé par les autorités
ségrégationnistes, le pianiste trouva refuge à Zurich, où un
certain Duke Ellington assista à un de ses concerts. Le Duke eut
alors l’impression de vivre la naissance de son art, tout ce qui
faisait la beauté de sa musique s’exprimant ici avec une
spontanéité éblouissante. Le pianiste Brand semblait avoir fait
sienne cette citation de Joseph Delteil : « Dans tous les
domaines de la vie, dans les arts comme dans la vie, qu’il s’agisse
des fondements de la métaphysique ou des ennuis quotidiens du pot au
feu, homme, soit gai et hardi ! La haine est mauvaise, les
turpitudes des plaisirs sont tristes, et les ivresses de la
civilisation conduisent à l’hébétude. Soit simple, soit gai et
hardi, là est la joie, la large joie de l’esprit et des sens. »
Véritable chef d’orchestre, Adolph Johannes Brand soulignait d’une
percussion virile les virages harmoniques de son orchestre. Il y
avait du Thélonious Monk chez cet homme qui, de la façon la plus
innocente, donnait aux cassures rythmiques les plus inattendues
l’apparence de l’évidence. « Le talent c’est de donner
aux choses complexes l’apparence de la simplicité » disait
Charles Mingus. Enregistré à l’époque où notre pianiste se
faisait encore surnommer Dollard Brand, l’album « African
piano » (1969) rappelle au jazz ce qu’il perdit en passant
des big band à la complexité bebop. Le piano de cet homme bâtit
une symphonie à lui tout seul, donne l’impression d’entendre une
grâce digne du « Köln concert » de Keith Jarrett dopée
par l’énergie légère des brass band louisiannais. Invité au
festival de Newport, Dollard Brand profita de son séjour américain
pour entrer dans la grande histoire du jazz.
Cette célébration
commença par attiser les dernières braises de la mélodicité
modale et bop en compagnie d’Elvin Jones et John Coltrane. Nous
étions alors au milieu des sixties, époque où de nouveaux jazzmen
perpétraient ce que beaucoup considéraient comme un crime. En se
lançant dans de grandes improvisations sans filets, les free jazzmen
ressemblaient parfois à une assemblée de fous furieux nombrilistes.
S’il joua bien avec le fiévreux Ornette Coleman et le tonitruant
Don Cherry, Dollard Brand ne tomba jamais dans ce travers bruitiste
né du chaos de l’album free jazz. Subsistait toujours dans la
musique de cet homme une grâce mystique, une profondeur spirituelle
fanatiquement vouée au culte de la belle mélodie. Il faut avoir
écouté l’album « Confluence » enregistré en 1970,
pour saisir toute la splendeur que cette âme paisible sut donner aux
expérimentations les plus folles.
Grâce à lui, les envolées
fiévreuses de Gato Barbieri se parent d’un lyrisme transcendant
digne des plus belles chorales gospels. Mais notre pianiste était
aussi un homme enraciné et nourri par ses multiples retours au pays,
le cri de son peuple résonnait dans son esprit avec une intensité
douloureuse. Si cette nostalgie incita le musicien à ce convertir à
l’Islam, l’homme sembla voir cette religion avec le même
détachement que les adeptes du Soufisme.
Sorti durant cette période
sous le nom de Abdullah Ibrahim, l’album « African
marketplace » (1979) et surtout son morceau titre, restitue
avec une irrésistible gaieté cette nostalgie de la terre natale.
Les cuivres y sifflent avec l’enthousiasme communicatif d’une
légion de rossignols euphoriques, la jungle harmonique inventée par
Duke Ellington devient une lumineuse forêt aussi paisible qu’un
paradis perdu.
Gai et hardi, Abdullah Ibrahim le fut au point de
s’empresser de venir jouer en Afrique du sud alors que le cadavre
du régime ségrégationniste était encore chaud. S’il continuera
ensuite de voyager, le pianiste s’obstina à concentrer la majeure
partie de son activité dans son pays qui lui manqua tant. Sorti il y
a déjà plus de vingt ans, l’album « A Celebration »
restera à jamais sa grande œuvre, celle où son génie harmonique
passe sans faillir de la vieille Europe à l’Afrique de shamans, de
la beauté spirituelle des temples d’antan à l’agitation des
métropoles urbaines. Rares sont les hommes qui, comme lui, surent
insuffler une âme à la musique urbaine et donner une énergie
sensuelle à la mélancolie occidentale.
Amoureux des beautés
d’Afrique et d’Occident, inventeur d’une transcendance musicale
à mi chemin entre la spiritualité catholique et soufi, l’homme
incarnait tout ce que nous risquons de perdre dans la médiocrité
moderne d’une culture de plus en plus commerciale. Réécouter
Abdhullah Ibrahim (décédé le 15 juin dernier), c’est se rappeler que tout art n’est grand que
lorsqu’il naît d’un effort obstiné nourri par des cultures
fortes.
Dans
les années 80, en Australie, quel était le groupe le plus connu du
pays mais ignoré au-delà de ses frontières ? … ? À gagner, une
visite guidé des locaux du Déblocnot', avec à la sortie les
baguettes dédicacées de Luc, une guitare rafistolée de Pat, un
récital en si septième bémol de Claude et un essai
sociétal-philosophique de Benjamin. Non ? Personne ?
C'est
pourtant simple :The Party Boys!
Qui
connaît, ou se souvient de cet obscur combo ? Déjà, si par hasard
on tombe sur l'album, il faut faire l'effort d'y prêter une timide
esgourde. Entre cette pochette digne d'une compilation de chansons
paillardes pour mariages au camping des « Pins Verts » - à la lisière de la
décharge éco-responsable de Fleaufétide -, et ce patronyme peu engageant, « Les
Garçons de la Fête » (sic), il faut avoir une bonne raison ; ou
alors un goûtprononcé du risque.
La
bonne raison, c'est que sur la pochette, on reconnaît Alan
Lancaster,
le bassiste originel de Status
Quo,
hilare et visiblement heureux d'être de la fête. Ainsi que,
derrière, John
Brewster, auteur-compositeur, guitariste rythmique, harmoniciste et choriste
de The
Angels (aka
Angel City). Là, forcément, ça éveille la curiosité. Ensuite,
une fois la pochette en main, on remarque un titre. Un titre qui
éblouit, comme un flash de 2000 watts dans la nuit noire : « He's
Gonna Step on You Again ».
Haaaaa.... Rien que pour ça...
C'est alors qu'une main ferme et
décidée s'empare de la galette, et la tend avec autorité au dj.
Une voix de concassage de caillasse - mix
délicat de Batman-Punisher-Rambo-Ben Grimm-Lemmy-Conan -
se fait entendre : "Passe-moi, ça".
- "Ça
!? T'es sûr ?? C'est une blague ? Tu te fous de moi ?" ose incrédule,
l'impudent dj. (c'est vrai que la majorité
des gus sur la pochette, affichent une tronche de cake. Surtout l'un
des batteurs, Richard Harvey, qui a tout de l'oisillon ensommeillé
tombé du nid)
-
"Sûr... Grrrr.... T'as vu qui y a sur la pochette ???
Grrr... Et ce titre là, "He's Gonna Step...", c'est d'la
bombe ! Grrr... Vite, set down the galette on the platine"
Mais
késako The Party Boys ? C'est un groupe australien à géométrie
variable. Une sorte de super groupe aussie en fluctuation quasi
permanente par lequel ont transité un bon nombre de sommités
nationales du Rock. Dont Robin Riley et Angry Anderson des Rose
Tattoo, Graham "Buzz" Bistrup, Doc Neeson, Bob Spencer et
John Brewster de The Angels, Mark Evans ex-AC/DC, Mark Gable et Brad
Carr des Choirboys, James Reyne des Australian Crawl, Gil
Matthews des Aztecs, Shirley Strachan et Bob Spencer des Shyhooks,
Stuart Fraser des Noiseworks et bien d'autres encore. On a même vu
pas moins que Joe Walsh, Eric Burdon et Graham Bonnet, qui n'ont pas
résisté à faire une tournée avec les joyeux drilles. Un groupe
pour la déconne, pour décompresser en se faisant plaisir. Un
collectif accueillant divers musiciens qui, pendant une pause, ou
même suite à la défection d'un groupe précédent, cherchent
simplement à se faire plaisir en montant sur scène sans la pression
d'un label ou d'un management. Sans plan de carrière, sans se
soucier d'une quelconque rentabilité ou de la pérennisation d'un groupe.
Comme un retour en arrière, à leurs débuts scéniques où, en
toute innocence, ils se forgeaient à la scène en interprétant des
reprises.
Ainsi
donc, c'est la présence de divers noms connus de l'univers musical
australien, la plupart directement lié à l'histoire du Rock Aussie,
qui a élevé la notoriété du collectif à un niveau national. Un collectif qui s'est donné pour mission, à travers des morceaux qui ont fait date, de créer une fête à la gloire du Rock.D'où le patronyme
sans équivoque du collectif. Et ça marche suffisamment - il y a un public demandeur - pour que
pendant une dizaine d'années, il se produise régulièrement sur
tout le territoire - et parfois au-delà. Suffisamment pour que des
enregistrements live soient mis sur le marché. Il y en aura quatre.
Et sur le dernier, édité le 11 novembre 1985, on y retrouve Joe
Walsh en lieutenant de vaisseau.
Toutefois,
la mouture de 1987 voit les choses autrement. Certes, on ne se prive
pas de la simple joie d'interpréter des reprises bien choisies -
c'est à l'origine, la raison d'être du groupe, et c'est ce que le
public attend -, mais, pourquoi ne pas inclure quelques pièces
originales ? Et c'est effectivement ce que fait le millésime 1987, qui correspond à l'arrivée de John Swan en remplacement d'Angry
Anderson au chant (1).
John Swan est le frère aîné de Jimmy
Barnes. Jimmy considère son frère comme un modèle et dira que, sans lui, il
aurait été tué (interview Rolling Stone
Australia, 12.2024). John, bien qu'ayant quitté très
tôt - à treize ans - le domicile familial, pour fuir un père alcoolique et particulièrement violent, est le seul de la fratrie
à avoir garder le nom du paternel. Livré à lui même, dès ses quatorze ans il tente une carrière musicale en débutant par la batterie. Cependant, prenant conscience de son addiction à l'alcool, craignant de reproduire les mêmes vices que son père honni, il s'engage à 17 ans dans l'armée, dans l'espoir d'acquérir une certaine rigueur et hygiène de vie. Après deux ans, de retour dans la
musique et toujours derrière ses fûts, il commence à assurer les
chœurs. Jusqu'au jour, où, par nécessité, il est placé pour la première fois, avec
Fraternity (après le départ de Ronald
Scott, et certainement après le bref passage de son frère Jimmy) au devant de la scène, au chant lead.
Puis avec Feather (ex-Blackfeather),
et ensuite en solo sous le nom de Swanee – carrière solo qui prend un petit essor dans les années 80, jouissant d'un honnête petit succès, mais sans aucune mesure avec celui du frangin, Jimmy.
Dans
la troupe de cette variante de The Party Boys, figurent aussi Alan Charles Lancaster -
qui avait déjà élu domicile en Australie avant de quitter
définitivement Status Quo - toujours à la basse et aux chœurs, et John
Carrington Brewster, le guitariste rythmique de The Angels. Ainsi que les batteurs Richard Harvey (ex-Divinyls) et Paul Christie (ex-Mondo Rock - groupe terriblement soft). Et pour finir, le guitariste Néo-Zélandais Kevin Borich (ex- The La De Da's).
Inconnu en Europe (mais peut-être pas totalement aux USA où il a tourné grâce à AC/DC, qui l'avait embarqué à sa suite), chanteur
moyen et excellent guitariste qui a remporté à deux reprises le
titre de meilleur guitariste australien, Kevin s'est
confortablement établi sur la scène avec son Kevin Borich Express
d'où jaillit un Blues-rock bouillonnant aux éclats brûlants de Pat Travers, de ZZ Top
et de Gallagher.
Conformément
au pedigree des musiciens, la musique se situe dans un Classic-rock
70's – fin seventies. Et les originaux du groupe sont dans une
veine assez proche de The Angels – Brewster oblige. Etonnamment, Kevin
Borich est particulièrement discret, pour ne pas dire effacé, même sur sa propre
composition, « Gonna See My Baby », un rock'n'roll somme
toute assez basique – propice aux fêtes votives ou foraines
– à des lieux de son heavy-blues de la décennie précédente.
Bien
plus intéressants sont « Is This the Way to Say Goodbye »,
aux parfums Springteeniens, et le franchement typé The Angels, « Rising Star ». Le plus attrayant est certainement le félin et un brin
libidineux « She's a Mystery ». Par contre, on oubliera la bluette "It Could've Been You" chantée par Lancaster. Il est loin le temps où il reprochait à Francis Rossi de faire tomber le Quo dans une fange Pop-FM...
Brewster profite de son émancipation - libéré de l'influence du frérot Rick et du Doc -, pour donner sa vision de "Small Talk". Une pièce un peu pâlotte, au goût d'inachevé, de l'album "Night Attack" des Angels, qui prend ici un peu de gras et un beau relief. Un pied de nez aux copains, qui semblent désormais fragilisés avec un album inégal, "Howling", qui divise et qui peine à trouver des distributeurs extérieurs. Dans le genre "rénovation et lustrage", ces Aussies osent s'attaquer au formidable "Gloria" des Them pour en donner, peut être, l'une des meilleures et des plus respectueuses versions jamais données. Ce qui est aussi le cas avec "Hold Your Head Up" du groupe Argent (album "All Together Now" de 1972). Mais c'est surtout la reprise du gigantesque "He's Gonna Step on You Again", le hit de l'oublié Sud-Africain John Kongos, qui franchit les frontières pour faire un carton quasi planétaire, gagnant même la France (et ses "boîtes de nuit"). L'original, avec ces percussions tribales, est déjà excellent et particulièrement addictif, et The Party Boys n'a eu alors qu'à se caler au plus proche de l'authentique pour en faire un succès au pays et en Nouvelle Zélande.
- Sur son album "Yeah !", Def Leppard, avec ses grattes trop saturées et déchirantes, et le chant essoufflé de Joe Elliot, l'a un peu massacré. Tandis que la version foutraque et anémiée deHappy Mondays, rebaptisée "Step On", tombe dans le ridicule. Pourtant, injustement, ce sont ces deux dernières versions que l'Europe a gardées en mémoire...
Par contre, la reprise de "High Voltage" semble faire tache, gâchant une fête déjà érodée par la guimauve "It Could've Been You" de Lancaster.
Un album sans prétention, sans rien de révolutionnaire, si ce n'est que la production, signée Lancaster - Brewster, tranche radicalement avec celles de la période. Une production fermement ancrée dans les classiques du heavy-rock australien. Sans chichi, plutôt près de l'os, organique et boisée, quasiment dénuée d'effet (outre une saturation naturelle et occasionnellement un soupçon de wah-wah), mais puissante et d'un un beau relief. Dommage que ça s'essouffle sur la seconde face.
(1) Malheureusement, il n'existe aucun enregistrement - officiel - des Party Boys avec Angry Anderson.
”Énergie positive“ est dans mon top 5 des albums de Bill
Deraime
Bill Deraime a changé de quai.
Avant toute chose, un point important à souligner, ne cherchez pas le CD de
cet album, il n’existe qu’en pressage vinyle.
Sorti en 1985, l’album ”Énergie Positive“ marque une étape importante dans la carrière de Bill Deraime, artiste français reconnu pour sa fusion singulière de blues et de rock.
Cet opus traduit parfaitement l’engagement musical et personnel de
l’artiste, tout en offrant une expérience auditive à la fois riche et
stimulante. Dans cette chronique, je vais explorer les divers aspects de
cet album emblématique, de sa composition à son impact, en passant par
l’interprétation et la production qui en font une œuvre
intemporelle.
Au milieu des années 80, la scène musicale française est en pleine
effervescence, oscillant entre nouvelles influences anglo-saxonnes et
recherche d’une identité propre. Bill Deraime, déjà ancré dans le blues et le rock, parvient avec ”Énergie Positive“ à insuffler une dynamique nouvelle à ces genres souvent perçus comme
traditionnels. L’album reflète une volonté de s’adresser à un large
public, tout en conservant une authenticité artistique sans
compromis.
“Énergie Positive” réunit des compositions soigneusement travaillées, des morceaux où
chaque note semble parfaitement placée pour servir l’émotion et le
message. L’album mêle passages électriques et moments plus intimistes,
donnant ainsi une respiration naturelle à l’ensemble. La signature
musicale de Bill Deraime
est aisément reconnaissable : riffs puissants, textures bluesy,
rythmes entraînants, mais aussi des instants de douceur et de
réflexion.
Les textes, écrits avec soin, abordent des thématiques universelles
comme l’espoir, la fraternité, ce qui confère à l’album une portée
presque intemporelle. On sent également l’influence de l’époque, avec
un regard lucide sur les mutations sociales et culturelles.
La voix de Bill Deraime, chaude et expressive, constitue le pilier central de l’album. Elle
véhicule une émotion palpable, oscillant entre force et vulnérabilité,
ce qui permet d’instaurer un véritable dialogue avec l’auditeur. Son
jeu de guitare, fluide et précis, illustre son engagement profond pour
le blues et sa compréhension intime du genre.
Chaque titre bénéficie d’un traitement vocal adapté, capable de
souligner tour à tour l’urgence, la tendresse ou la détermination.
Cette variété dans l’interprétation évite toute monotonie et invite
à une écoute attentive et renouvelée.
Techniquement la production est au service de l’énergie, et celle de ”Énergie Positive“ est remarquable pour son équilibre. Au lieu de privilégier
une surenchère sonore typique des années 80, elle mise sur la
clarté et la chaleur. Les instruments sont distincts, la
batterie d’Umberto Pagnini dynamique sans être envahissante, la basse ronde de Gilles Doueib
soutient harmonieusement les mélodies et la guitare de Mauro Serri
est irréprochable.
Ce choix de production sert parfaitement le concept même de
l’album, à savoir transmettre une énergie positive, vivante et
sincère. Le mixage valorise la spontanéité des musiciens, ce qui
donne l’impression d’assister à une performance presque live.
Parmi les titres marquants, on peut citer la chanson éponyme
”Énergie Positive“, véritable hymne à l’optimisme malgré les difficultés, avec un
refrain accrocheur et un solo de guitare vibrant. Chaque morceau
apporte sa couleur et son ambiance, renforçant la cohérence globale
de l’album sans jamais tomber dans la répétition. ”Un Jour Tu Trouves“ est une longue et jolie ballade que l’on peut retrouver
réorchestrée sur l’album ”Brailleur de Fond“ en 2010, ”Rien D'nouveau“
qui connaitra aussi une seconde vie avec un rythme reggae sur
l’album ”Nouvel Horizon“ en 2018. Des morceaux comme “Si Tu Voulais Tu Pourrais“ ou ”L’Ascenseur“ sont dans le sens de tout ce qu’il avait composé précédemment. Le
dernier titre ”Changer de Quai“
est un boogie rock furieux et réjouissant.
Si ”Énergie Positive” n’a pas forcément rencontré un succès commercial massif dès sa
sortie, il a en revanche profondément marqué les amateurs de blues
français et contribué à populariser ce genre souvent marginalisé.
L’album incarne une forme d’authenticité rare, mêlant engagement
personnel et musicalité de haut niveau.
Il a également influencé une génération d’artistes cherchant à
conjuguer rigueur musicale et sincérité émotionnelle. Aujourd’hui
encore, cet album peut être considéré
comme une référence pour comprendre l’évolution du blues et du rock
français dans les années 80.
”Énergie Positive“ de Bill Deraime
est bien plus qu’un simple album, c’est une déclaration d’intention,
une invitation à voir le monde avec optimisme et à puiser dans la
musique une source inépuisable de force. En alliant des compositions
réfléchies, une interprétation vibrante et une production soignée, Bill Deraime
offre une œuvre cohérente et attachante, capable de traverser les
décennies sans perdre de sa puissance.
Pour les amateurs de blues et de rock, ou simplement pour ceux qui
cherchent une musique sincère et énergisante, ”Énergie Positive“ s’impose donc comme un incontournable à (re)découvrir avec
attention.
Dolly
Parton était ni plus ni moins qu'une
légende, une icone américaine. Je ne sais pas s'il y a des équivalents ailleurs. On pouvait
sourire depuis chez nous de ses accoutrements flashy et ses perruques
peroxydées
XXL, un p'tit côté Jayne Mansfield y compris dans ses mensurations flatteuses. Dans une archive vidéo, on la découvre au naturel, brune, sacrément jolie, j’ai cru voir Joan Baez. Alors, vulgaire la
Dolly ?
Ben justement, elle
racontait que petite elle regardait fascinée ces drôles de femmes qui arpentaient la rue – qui faisaient le tapin – outrageusement maquillées
et fringuées. Sa mère l’avait mise
en garde : regarde ailleurs, ce sont des femmes de mauvaise vie, des
femmes vulgaires. La gamine venait de découvrir sa vocation : « Et bien
quand je serai grande, je serai une femme vulgaire » !
Dolly
Parton c’est un parcours incroyable - à l'instar d'un BB King qui ramassait le coton, gamin, sur une plantation du Mississippi - depuis la cabane en bois dans
laquelle elle a grandi au fin fond du Tennessee, à Knoxville, entouré de onze frères et soeurs. Le médecin qui a
accouché sa mère avait été payé en sacs de maïs, c’est dire…
Évidemment, comme beaucoup de consœurs de la soul music, elle découvre sa vocation en chantant à l’église. C'est son oncle qui repère son talent précoce, lui offre une guitare et lui apprend la composition.
Première apparition dans un show télé lorsqu’elle a 10 ans, et
premier enregistrement 3 ans plus tard. A la fin de ses études, en 1964, direction Nashville, managée par celui qui a lancé Roy Orbinson. Mais le succès discographique se
fait attendre, elle bosse comme serveuse, essaie de refourguer ses chansons ici et là. Et elle en place quelques unes, car au départ, c’est
moins comme interprète que comme
auteur-compositrice qu’elle
se fait un nom.
Puis en 1973 déboule le joyau « Jolene »et
l’année
d’après la superbe « I will always love you », dont la reprise de
Whitney Huston (pour l'horrible BODYGUARD)la rendra... très riche. Une chanson qu'Elvis Presley aurait bien mise à son répertoire, mais Dolly a dit non ! La dame avait son caractère, la queen de la country a dit non au king du rock'n'roll.
C'était aussi une rude femme d’affaires, qui a su se faire une place dans une industrie musicale très testostéronée. Elle vire son manager et reprend son
indépendance financière. Un parcours que la jeune Madonna a dû zyeuter... Car Dolly Partondétient les droits d’édition de ses chansons, et en a écrit près d’un millier. Son
argent est investi dans des fondations caritatives notamment pour lutter
contre l’illettrisme
dans les campagnes. Elle
a même ouvert un parc d’attraction Dollywood, rien qu’çà !
Dans les années 80 elle s'essaie au cinéma, avec succès, notamment dans la comédie COMMENT SE DEBARRASSER DE SON PATRON avec Jane Fonda, elle compose pour l'occasion la chanson « 9 to 5 » furieusement addictive. Elle tourne même avec Stallone, le transformant en star de la country à franges dans LE VAINQUEUR.
Elle jouait de son image de poupée Barbie décervelée aux décolletés généreux
(« je peux difficilement les laisser à la maison quand je
sors » disait elle !), une bonne cliente comme on dit à la télé, ce qui rendait plus piquantes encore certaines de ses répliques en interview, car la dame cultivait aussi l'autodérision et un certain franc parler.
Si certaines de ses chansons évoquaient, non sans misérabilisme, son enfance pauvre et les quolibets de ses camarades à propos de ses vêtements rapiécés (« Coat of many colors »)d'autres tranchaient radicalement dans les thèmes qu’elle
abordait. Dolly Parton est une des premières à raconter l’intimité des femmes, abordant des
sujets à l'époque tabous, comme le sexe avant mariage,
l’avortement, les filles-mères, les épouses abandonnées, les violences conjugales, l’adultère, l’homosexualité. Une grande défenseuse de la cause LGBT avant l'heure : « Si
j’avais été un homme, je serais une drag-queen ! ».
[ avec Merle Haggard ]
Elle était aussi l'épouse d’un seul mari, défendait un modèle familial
assez conservateur. Ne jamais prendre parti pour une cause politique,
les
femmes ne doivent pas se mêler de ça, rester
neutre, car disait-elle, « prendre parti c’est se couper de
la moitié de son public ». Pas folle la guêpe ! « Ce
que je pense, je l’écris dans mes chansons » disait elle en assumant parfaitement son rôle d'entertainment woman au sourire ultra brite.
Le
succès et l’aura de Dolly Parton dépasse largement la country
music, en
en faisant l’égal d’un Merle Haggard, avec qui elle a souvent partagé la scène, comme avec Emmylou Harris ou Linda Ronstadt. Elle a su diversifier son répertoire pour élargir son audience, bien que revenant régulièrement à la source country, est parvenue à atteindre tous les publics, se produisant dans des stades combles, des festivals (à Glastonbury) aux quatre coins du globe.
D’ailleurs
ce
couillon de Trump s’est
fendu
d’un hommage sans grossièreté, c’est dire ! Un mot de travers et c'était la destitution immédiate. Pour l'anecdote, la première brebis clonée en 1996 avait été baptisée Dolly, en hommage à... Et c'est vrai que parfois, la chanteuse y allait un peu fort sur les perruques bouclées, donnant l'impression qu'elle se coiffait avec un mouton sur la tête. Pour illustrer son immense popularité et le respect de ses pairs, jetez
un œil sur le casting de « Rock Star » un de ses derniers
enregistrements en 2023 de reprises rock : Aerosmith,
McCartney, Stevie Nicks, Kid Rock, Peter Frampton, Rob Halford
(Judas Priest), Pat
Benatar,
John Fogerty, Mick
Fleetwoodou
les mecs de Lynyrd Skynyrd.
Évidemment, Elton John traînait aussi dans le coin, fut
un temps ils devaient avoir le même costumier !