mardi 4 août 2026

Marie-Paule Belle - ”Marie-Paule Belle chante Barbara“ (2001) - par Pat Slade



Elle est partie rejoindre toutes celles qu’elle a aimées, au lieu e faire un banal RIP, je vais faire une bafouille sur un de ses albums


La Parisienne a quittée la Scène



  Quand on site Marie-Paule Belle, la première chose qui vient à l’esprit c’est sa chanson ”La Parisienne“ qui aura son petit succès en 1976. Elle a été une artiste de l’ombre très discrète dans les médias (Même si elle n’a jamais cachée son homosexualité, elle a vécu une longue et importante histoire d'amour avec une femme, la célèbre romancière Françoise Mallet-Joris). Sa carrière n’a jamais eu d’éclipse, toujours sur les routes ou en studio. Entre 1973 et 2023 ce seront quinze albums et  trois live. Voila pour cette courte nécro. C’est maintenant un secret de polichinelle, mais tout le monde sait que j’aime Barbara et comme Marie-Paule Belle a fait un spectacle ”De Belle à Barbara en hommage à la dame en noir et enregistré un album, je me devais ‘écouter cette galette.

Marie-Paule Belle chante Barbara“ ; un hommage poétique et profond. Marie-Paule Belle offre au public un cadeau précieux et profondément respectueux de l’œuvre d’une des plus grandes figures de la chanson française : Barbara. Ce recueil musical, sobrement intitulé *Marie-Paule Belle chante Barbara*, représente bien plus qu’un simple album de reprises, c’est un hommage vibrant empreint de délicatesse, une passerelle entre deux voix féminines qui, chacune à leur manière, ont marqué l’histoire de la musique francophone.
Barbara, de son vrai nom Monique Serf, était une artiste dont le nom évoque immédiatement la poésie, la sensibilité exacerbée et une capacité singulière à transcrire les émotions les plus intimes avec une intensité rare. Son œuvre, gravée dans la mémoire collective, traverse les décennies en parlant aux âmes que l’on croit secrètes. C’est cette force que Marie-Paule Belle choisit de mettre en lumière, en revisitant avec mesure et respect des titres emblématiques qui ont jalonné le parcours de la dame en noir.

L’interprétation de Marie-Paule Belle, qui possède elle-même une tessiture chaude et expressive, sublime chaque texte sans jamais chercher à imiter l’ombre imposante de Barbara. Son chant se veut humble et sincère, fidèle à l’esprit original, tout en apportant une coloration nouvelle, intacte et personnelle. Au fil des chansons, elle déploie une palette émotionnelle riche, où la douceur côtoie parfois une douleur contenue, mais toujours empreinte de vérité.
Le choix du répertoire reflète la variété et la profondeur de l’univers de Barbara : des ballades nostalgiques aux mélodies plus rythmées, chaque morceau est une histoire à part entière, une confession qui trouve en Marie-Paule Belle une interprète à la hauteur. La poésie, souvent mélancolique et grave chez Barbara, se mue ici en un hommage vivant, une reconnaissance que la musique, plus que toute autre forme d’art, est capable de transcender le temps et les générations.

Ce projet s’inscrit également dans une démarche de transmission culturelle. En 2001, à une époque où les supports musicaux et les modes évoluent rapidement, Marie-Paule Belle rappelle l’importance de garder vivantes les œuvres qui ont forgé notre patrimoine artistique. Elle invite ainsi les auditeurs, qu’ils soient fidèles admirateurs ou nouvelles générations, à redécouvrir la richesse d’une écriture unique, à ressentir la puissance des mots et la beauté des compositions.
Plus encore, *Marie-Paule Belle chante Barbara* est une rencontre entre deux âmes féminines, solitaires et passionnées, qui ont su livrer leurs fragilités et leurs forces à travers la musique. Ce dialogue silencieux, que l’on perçoit dans chaque note et chaque silence, souligne la continuité d’un art engagé, la quête de soi et l’expression d’émotions universelles.

En somme, l’album est une pépite poétique, une déclaration d’amour discrète mais profonde à une artiste incomparable. La voix de Marie-Paule Belle, fluide et respectueuse, fait rayonner la lumière créée par Barbara, offrant un refuge à ceux qui cherchent dans la chanson la consolation, la beauté et la vérité. Cet hommage musical, d’une délicatesse infinie, demeure un précieux lien entre hier et aujourd’hui, un témoignage vibrant de la puissance intemporelle de la chanson française. Vingt et une reprises parmi les plus célèbres ; de ”Drouot“, ”Au Bois De St Amand“, ”Nantes“, ”La Solitude “, ”Madame“, ”Petite Cantate“, ”Le Mal De Vivre“, ”Mourir Pour Mourir“, “Le Mal De Vivre“, ”Göttingen“, “Dis Quand Reviendras-Tu ?“ pour donner quelques exemples. Aucun des morceaux est dénaturé, ils sont même sublimés. ”Marie-Paule Belle chante Barbaran’est pas un simple album de reprises c’est un chef-d’œuvre. j‘ai écouté, j’ai adoré !!   

dimanche 2 août 2026

BEST-OF DU DEBLOCNOT THERMODYNAMIQUE*

(*) Ça ne veut rien dire mais ça fait style genre, dans l'air du temps… (comprendre : "le Deblocnot est un blog chaleureux et plein d'entrain 😊".

MARDI : Qui pourrait encore douter que Pat Slade n'est pas un fan de la première heure du groupe "Supertramp" ? Retour en 1979 avec l'album ”Breakfast in America“, sans doute l’album du groupe britannique qui a le mieux su mêler rock progressif et pop avec une finesse rare.

MERCREDI : Bruno témoigne du risque pris par les groupes de rock qui veulent innover. Ici le groupe "The Outlaws" et son album de 1986 : "Soldiers of Fortune", paru après quelques années d'absence du groupe et mal accueilli à sa sortie. Pourtant il se distingue par une production particulièrement travaillée - en avance sur son temps, où paraît cohabiter chaque instrument dans un équilibre quasi parfait, où chaque intervention semble être mise en valeur.


 

JEUDI : Benjamin a lu "La Légende" de "Boualem Sansal" de 2026, le témoignage des souffrances endurées par l'auteur dans les griffes des islamistes radicaux. Il rend hommage à la résilience de cet homme, ce récit qui fait écho à ceux d'un Soljenitsyne. Certes l'auteur est devenu une proie facile pour les pisse-copies et opportunistes politiques qui confondent islamisme de la terreur dans le monde et la culture musulmane sincère en France.

VENDREDI : Luc apprécie le format court du film "De la comédie française" de Martin Darondeau et Bertrand Usclat (2026)". Le film célèbre le théâtre, l’esprit de troupe, un Molière un peu contrarié qu'on joue dans sa maison le vulgaire Shakespeare y fait même une apparition. C’est vif, burlesque, assez déjanté, on passe un bon moment.


👉 On se revoit mardi avec un hommage à Marie Paule Belle décédée et chante Barbara, un article de Bruno au sujet tenu secret, claude qui réjouie l'ambiance avec des concertos pour violoncelles de Haydn et enfin Luc qui clôt la semaine studieuse en critiquant Paresse pour tous d'Hadrien Klent….


vendredi 31 juillet 2026

DE LA COMEDIE FRANCAISE de Martin Darondeau et Bertrand Usclat (2026) par Luc B.


C’est ce qu’on appelle faire le grand écart, passer des 3h00 tonitruantes de L’ODYSSEE la semaine dernière, à l'1h15 de DE LA COMEDIE FRANCAISE ! Ce n'est pas en Imax, mais on y rigole beaucoup plus !

Le prétexte de cette comédie est tout bête : Nina Cardi (Pauline Clément) ajuste les réglages de sa première mise en scène de "Macbeth" à la Comédie Française, dont la première a lieu le soir même. Et comme disait Audiard, les emmerdes ça vole toujours en escadrille. L’actrice principale se retrouve coincée en province, partie tourner une série télé. Il faut annuler la représentation, ou improviser rapidement une solution de rechange…

C’est un huis-clos, tourné sur les lieux même, avec les sociétaires de la Comédie Française, dont pour certains on reconnait le visage pour les avoir vu au cinéma : Laurent Stocker, Marina Hands, Danièle Lebrun, Christian Hecq, Guillaume Gallienne, Benjamin Lavernhe. Denis Podalydès ne fait qu’une apparition sonore… le DJ de Radio Molière, qui ne programme que du Lully !

Raconté en quasi temps réel, on va suivre les déboires de la troupe, basés sur des incidents dont on se doute qu’ils proviennent de souvenirs bien réels. Ce qui aurait pu s’apparenter à une célébration pompeuse à la gloire du Français, donne une comédie débridée, souvent jubilatoire. Les comédiens y sont pour beaucoup, qui s’amusent comme des fous à se moquer d’eux-mêmes et dépoussiérer la noble institution. Le film distille plein de petites informations, détails, comme ces sociétaires contraints de cachetonner en douce dans des séries télé, les déboires techniques, ceux qui jouent cinq pièces en même temps et confondent textes et personnages (Feydeau et Shakespeare !), les superstitions « - mon costume est vert ! - non, moi je le vois plutôt bleu turquoise - moi j'suis daltonienne, je le vois orange », les histoires de cœur ou de cul, et bien sûr les égos parfois haut placés.

Christian Hecq (souvent vu chez Albert Dupontel) excelle en régisseur maniaque, féru d’explications techniques qui font chier tout le monde, Florence Viala en costumière qui remarque le moindre kilos en trop ou les premières varices, Guillaume Gallienne en gardien retors adepte du badge, Danièle Lebrun qui a forcé sur le pétard et erre hébétée dans les couloirs à la recherche de la scène, Séphora Pondi maquilleuse télé dénichée à la rescousse (pardon, « make-up artist » !) qui force sur le fond de teint orange, Laurent Stocker en star blasée et cocue. Et à la baguette, Pauline Clément (aussi co-scénariste du film) qui jongle avec tous ces emmerdements pour assurer le soir même la représentation, puisque qu’aucune n’a été annulée en plus de 350 ans, même sous les bombardements. D’autant que la ministre de la Culture est annoncée à la première…

Il ne faut pas s’attendre à des prouesses de cinéma, le réalisateur Bertrand Usclat a jusqu’ici produit des pastilles comiques de 2 minutes (« Broute », parodie du média Brut). Mais les contraintes du format court ont été un atout, puisque le film est tourné en seulement 15 jours, avec un plan de travail sans cesse réadapté, les sociétaires n’ayant que peu de temps à consacrer au film, puisque jouant en même temps sur scène, parfois deux fois par jour. L’interprétation est évidemment sans reproche, vu les cadors.

Rythmé par une musique funky et souvent par une batterie seule, le tempo ne faiblit pas. Bertrand Usclat suit souvent caméra épaule les protagonistes courir dans les couloirs, les escaliers, ce qui rappelle le film BIRDMAN de Alejandro Iñárritu. Et du coup, on se dit que l’exploit aurait été de réellement filmer l’ensemble en un seul plan séquence,  l’action ne que durant trois heures pour un film d’une heure et quart. On sent que l’intention n’était pas loin, quitte à tricher un peu dans les transitions (comme Iñárritu ou Cuaròn ne s’en privent pas), le numérique permet parfois de belles choses.

DE LA COMEDIE FRANCAISE célèbre le théâtre, l’esprit de troupe, un Molière un peu contrarié qu'on joue dans sa maison le vulgaire Shakespeare y fait même une apparition. C’est vif, burlesque, assez déjanté, on passe un bon moment.


couleur  -  1h15  -  format 1:1.85        

jeudi 30 juillet 2026

LA LÉGENDE de Boualem Sansal (2026) par Benjamin


Ce fut un séisme, un choc, une secousse. Depuis le temps que la littérature était devenue lisse, légère, insignifiante, nul n’aurait pu imaginer qu’elle puisse encore mener à la prison. « Pour écrire il faut mettre sa peau sur la table, il faut payer ». Les aptères virent dans cette citation de Céline un encouragement à exhiber leur narcissisme creux. Naturellement, ils vomirent tous la même bouillie victimaire et nihiliste, prenant leur vulgarité pour une réinvention du génie du cuirassé Destouches

A force d’entretenir un entre soi particulièrement sectaire, ces fonctionnaires qui se voulaient artistes purent devenir de lamentables rentiers de l’argent public. C’est ainsi que l’éternelle adolescente Virginie Despentes devint conseillère du directeur du théâtre du nord David Bobée, avec lequel elle ne ratera pas une occasion d’exprimer son mépris pour tout ce que son pays a créé de beau. Des « écrivains » aux « journalistes », de la gauche dure à la droite molle, des librairies dites indépendantes aux grandes surfaces, une morale absurde s’acharne aujourd’hui contre tout ce qui sort de son cadre. Le terme extrême droite est à ce milieu ce que le terme « ennemi du peuple » fut pour les dictatures communistes, une arme de censure massive. 

Nul ne sait véritablement définir de tels mots, tracer une frontière claire au-delà de laquelle l’imprudent tomberait dans cet abyme. Un petit milieu s’est en réalité, grâce à cette sentence, autoproclamée partie de la vérité et du bien. Quel ne fut pas l’étonnement de Boualem Sansal lorsque, après ses vives critiques sur l’islam, il se vit fermer les portes de nombre de médias dits publics. Lui qui vit les dégâts de l’islamisme en Algérie, qui vécut dans un pays où tant de têtes tombèrent sous les coups du front islamique du salut, on le bâillonnait par peur du scandale. Ce pays qu’il aimait et dont il avait si bien honoré la langue serait il donc devenu l’Abistan de son roman « 2084 » ? Il n’était pas si farfelu de le craindre.

Refusant de se taire, l’écrivain accepta donc les invitations de nombre de médias honnis. C’est dans l’un d’eux que, inconscient des conséquences de ses déclarations, il disserta librement sur l’histoire des frontières algériennes. Au fond, le président Tebboune se fichait bien d’entrer dans un débat intellectuel qui le dépassait, ce ne fut pour lui qu’un prétexte de plus, une nouvelle façon d’entretenir le feu d’un nationalisme revanchard. Véritables frères spirituels, ceux qui attaquaient Sansal en France et le président algérien avaient en commun une haine fanatique du pays de Hugo. En envoyant Boualem Sansal en prison, Tebboune accomplit l’acte dont rêvait une certaine caste médiatique sans oser le dire. Que n’a pas fait le camp du bien pour faire de cette prise d’otage de Tebboune une mise à mort médiatique et littéraire. Ses relais politiques votèrent contre l’aide de l’union européenne à sa libération, ses relais médiatiques le taxèrent de « mauvais écrivain », fustigèrent son rapprochement supposé à une extrême droite indéfinissable. 

Au fond, ces gens furent pareils à un des gardiens de prison décrit dans « La légende ». Totalement dénué d’idéal et d’autonomie, il se contentait de répéter une série de réflexes pavloviens. Comme le dit lui-même l’auteur, ce sont d’abord ces hommes serviles qui permettent à une tyrannie de prospérer. Certains moquèrent le passage de « La légende » où, subissant les souffrances physique liées à la maladie et la souffrance morale de l’isolement, l’auteur se comparait à Soljenitsyne. Comme lui pourtant, l’homme ne survécut que grâce au constat qu’il était devenu un symbole. Admirant sa résistance, des prisonniers commençaient à espérer que son courage viendrait à bout du régime.

Hors de ces murs, ceux qui militaient pour sa libération refaisaient de la littérature une force de résistance contre la tyrannie. « La légende » n’est pourtant pas, comme « L’archipel du goulag », une analyse minutieuse d’un système carcéral. Quitte à comparer ce livre à l’œuvre du grand Alexandre, on pensera plus volontiers au roman « Une journée d’Ivan Denisovitch ». Comme le héros de ce livre, Sansal dut subir des conditions de détentions indignes. « La légende » nous fait découvrir ses heures de souffrance au milieu des cafards, cette solitude terrible où seul l’espoir fait vivre. « La solitude est une patrie peuplée du souvenir des autres » écrivait Sylvain Tesson, le prisonnier Sansal n’aurait pas dit mieux. 

Ce qui le fit tenir, c’était le souvenir de ceux qui se battaient pour lui dehors. Contrairement à ce que semblent penser nos sociétés individualistes, la vie d’un homme ne lui appartient jamais totalement, elle appartient également à ceux qui l’aiment, admirent son œuvre, tous ceux pour qui son existence signifie quelques chose. Idéalisant sans doute une France qui n’était plus que l’ombre d’elle-même, ses codétenus imaginaient déjà que le pays de Voltaire se mobiliserait contre la tyrannie bigote qui enferma une de ses plus grandes plumes. Victime du même idéalisme, Sansal eut comme eux une admiration démesurée pour les rodomontades stériles de l’impuissant Bruno Retailleau. Bien conscient qu’il ne pourrait rien faire dans un tel gouvernement, le ministre profita du malheur de l’écrivain pour se lancer de façon tonitruante dans la course à la présidentielle. 

Idéaliste, Sansal l’est tout au long de ce livre, ce qui fut sa grande force relevant parfois d’une touchante candeur. Lorsqu’il rêve qu’un Zola vienne écrire pour lui le « J’accuse » moderne, ce n’est que pour constater à sa sortie de prison que précisément ceux qui se prenaient pour Zola le mirent au banc des accusés. Son « J’accuse », Sansal devra l’écrire lui-même, lorsque le temps lui aura donné une vision plus complète de l’épreuve qu’il vient de traverser. « La légende » ne répond pas encore à cet impératif, la grandeur de ce témoignage se situe ailleurs. 

C’est le cri de rage d’un homme qui, ayant su garder sa liberté de penser jusque dans les geôles les plus insalubres, hurle son désir de vengeance et sa haine de la tyrannie qui l’enferma. Il existe encore des hommes qui, plus attachés à leur honneur qu’à leur confort, osent affirmer que la réconciliation ne se fait pas à n’importe quel prix, que la sagesse se situe plus parfois dans la colère que dans la soumission. La féerie sera pour une autre fois mais, en attendant, Sansal témoigne ici d’un courage nous incitant à ne plus baisser les yeux.

Editions Grasset  -  252 pages