jeudi 23 juillet 2026

MOZART – Exultate Jubilate (Motet 1773) – Edith MATHIS (1979) vs Franco FAGIOLI (2003) – par Claude TOON


- Hou hou… Sonia ! Je te trouve bien guillerette ce matin… Tant mieux… une bonne nouvelle… t'as gagné au loto…

- Oh Claude, je n'ose pas annoncer deux nouvelles intimes… mais je ne pourrai pas cacher longtemps…

- Allez mon petit on se jette à l'eau… On se connait si bien depuis 15 ans…

- J'attends un bébé… si si pour janvier, février et je vais épouser Ferdinand… Je suis trop heureuse !!!!!

- Waouh… Exsultate Jubilate – Réjouissez-vous en latin, le titre du motet de Mozart du jour… Tu nous invites à la cérémonie ?

- Oui, oui… et même à la noce… Oh pas un truc de star, les parents de Ferdinand, quelques amis dont ceux du blog…

- Bon tu me diras quel ou quels cadeaux tu souhaites de la part du blog… On a un budget pour les évènements…

- Trop gentil, mais pas trop de dépense, Luc commandera un presse-purée chez Temu… hihi haha hihihi hahaha…  (3,31 € 😊)


Edith Mathis

Sonia, toute à ses chouettes projets, semble oublier que l'on doit écrire une chronique. Hasard de la programmation, j'avais prévu un billet sur un allègre motet de Mozart dont le titre en latin est Exsultate, Jubilate, soit deux expressions synonymes : réjouissez-vous ! Ce qui avouons-le est de circonstance suite à ces deux annonces… 😊

L'œuvre d'une douzaine de minutes ayant été écrite pour soprano ou castrat, j'ai facilement trouvé une interprétation féminine, il y en a des dizaines et l'élue sera Edith Mathis, célèbre chanteuse des années 70-80. Par contre une interprétation par un contreténor m'a posé bien des problèmes jusqu'à la découverte d'un chanteur idéal – est-ce le seul ? – l'argentin Franco Fagioli

Mozart ne fut guère passionné par la composition de musique sacrée sur commande, pour ne pas dire musique d'Église alimentaire. Le compositeur devenu adulte fréquentera les loges maçonniques. On lui doit une petite vingtaine d'œuvres religieuses mineures et divers chefs-d'œuvre. Les neufs messes brèves écrites à Salzbourg montrent à l'évidence une parenté avec les derniers soubresauts de l'époque baroque. Composées sans grande conviction pour les offices et d'une écriture précipitée, elles demeurent des curiosités académiques peu enregistrées. Parlons des exceptions :

La Messe de l'orphelinat en ut mineur, K. 139 écrite par un gamin surdoué de 12 ans, d'une durée de 45 minutes surprend par ses dimensions et son orchestration qui l'élève au rang de Missa Solemnis. Claudio Abbado en a gravé un enregistrement passionnant.

Moins ambitieuse, citons la Messe en ut majeur K. 167, celle en ut majeur K. 257, ou encore la Messe en ut majeur K. 262. Toutes sont datées de 1776 environ et sans doute commandées par le prince-archevêque Hieronymus von Colloredo, l'employeur de Mozart. Pour diverses raisons, on les considère plutôt comme des messes brèves que des Missa Solemnis. Mozart détestait autant le prélat que ces commandes pour lesquelles son génie permettait néanmoins de fournir des ouvrages de qualité, exemple :  Messe du Couronnement K 317 créée en 1779. Enfin pour Colloredo, Mozart livrera la partition d'une Messe en ut majeur K. 337 en 1781. Elle met fin à la collaboration orageuse entre les deux hommes.

Mozart part avec Constance pour Vienne en 1782 et s'empresse d'écrire avec son cœur une vraie messe à l'intention de son épouse, la Grande messe en ut mineur K427. L'ouvrage aux proportions proches de la Missa Solemnis de Beethoven restera hélas inachevée. Qualitativement cette messe n'a comme concurrente que le Requiem, ultime composition du maitre. Les deux œuvres ont été chroniquées. (Index)


Venanzio Rauzzini

Le catalogue de musique sacrée de Mozart comprend diverses pièces de circonstances. Les deux plus connues sont Ave verum corpus, KV. 618 et surtout le motet Exsultate, jubilate, KV. 165 composé en 1773 à Milan par un jeune Wolfgang de 17 ans. Il compose sous la coupe du prince-archevêque Hieronymus von Colloredo. Il voyage pour la troisième fois en Italie, à Milan, capitale de l'opéra. L'ambition de son père Leopold d'obtenir des postes à la cour des Habsbourg sera déçu… Les opéras séria de son fils n'obtenant qu'un demi succès. Parmi ces opéras toujours proposés sur les scènes lyriques, Lucio Silla, (un despote romain, Lucio Silla en pince pour Giunia, la fille de son rival politique Marius… Mais Giunia déteste Lucio Silla et aime un sénateur exilé, Cecilio. Et patati et patata, la thématique classique à l'époque : conflits sentimentaux, assassinats, tentative de suicide et tout est bien qui finit bien.)


Tout ça pour dire que le rôle de Cecilio était destiné au célèbre castrat Venanzio Rauzzini que Mozart admirait. Rauzzini (1746-1810) occupe une place importante dans le classicisme comme chanteur, compositeur et pédagogue, notamment en Angleterre… N'imaginons pas un eunuque qui gazouille telle une midinette mais un musicien majeur. À son intention, Mozart compose Exsultate, jubilate qui est créé par Venanzio Rauzzini le 17 janvier 1773. La pièce deviendra un hit des airs de concerts sacrés de Mozart.

Le motet est constitué de trois parties et d'un récitatif. L'alléluia conclusif se révèle d'une difficulté technique redoutable comparable à l'air de la Reine de la nuit de la flûte enchantée. De nos jours toutes les sopranos ou mezzos se confrontent à ce motet à l'écriture pétulante ne s'absolvant pas de spiritualité, de prière. Les textes latin-français suivent les vidéos. Rien à ajouter.


Bernhard Klee

J'ai écouté un casting de chanteuses de talent dans cet air jusqu'à la migraine 😊. Honnêtement, j'ai toujours adoré la voix d'Edith Mathis qui chante l'œuvre avec une rare religiosité, sans affectation. M'interrogeant sur la possibilité que la Tribune des disques ait confronté six sopranos, j'ai eu la surprise de constater que oui, chose rare pour une œuvre aussi courte. Edith Mathis fut classée seconde après Cecilia Bartolli, diva à la technique époustouflante mais justement un peu opératique à mon goût pour cette page sacrée… Bref, pour les deux artistes, du grand art.

Déjà présente dans l'enregistrement légendaire du Requiem dirigé par Karl Böhm en 1971 j'écrivais : "Edith Mathis déserte l'opéra pour nous inviter avec une voix d'ange à la méditation, aucune coquetterie sur le mot "Jerusalem". " (Clic)

D'origine suisse Edith Mathis (1938-2025 dans l'anonymat 😊) débute de 1959 à 1963 sur les scènes européennes : Cologne, Festival de Salzbourg, Festival de Glyndebourne, Hambourg, Munich où elle incarne une Mélisande hors du commun. Au Deutsche Oper BerlinKarl Böhm la repère et booste sa carrière : Metropolitan Opera de New York ou Covent Garden à Londres. Les très grands rôles sont désormais à sa portée : Pamina dans La Flûte enchantée, Annette dans Le Freischütz, (Voir la chronique sur le disque de Carlos Kleiber, un must), la douce Sophie dans Le Chevalier à la rose… mais aussi des cantates de Bach. Elle chante dans tous les registres et avec brio… Et bien sûr, ses master-class seront bondées !

 

Bernhard Klee (1936-2025) soit l'exact contemporain à un an près de la soprano Edith Mathis dont il fut le mari pendant un temps non précisé ! Ancien petit chanteur du Thomas-Chor de Leipzig, il a dirigé nombre d'orchestres germaniques. Le maestro se spécialisera dans l'interprétation d'opéras en mémorisant pas moins de 80 partitions. Il sera aussi proche des milieux modernistes de la seconde moitié du XXème siècle, créant par exemple des ouvrages de Hans Werner Henze, compositeur sérialiste dans sa jeunesse mais plus éclectique par la suite… Encore des sujets de chroniques. Notons une gravure originale du chef avec Edith Mathis et d'autres chanteurs connus : Der Wildschütz (le braconnier) un opéra-comique d'Albert Lortzing (1801-1851).

 

Pour le disque du jour comportant en complément de nombreux airs de Mozart, Bernhard Klee dirige l'orchestre de la Staatskapelle de Dresde, pas moins.


Franco Fagioli

Difficile d'achever cette chronique sans découvrir Exsultate, jubilate chanté comme à l'époque par un castrat. La modification génitale imposée n'étant plus à la mode (qui s'en plaindra  😊), La voix de contreténor a été redécouverte presque à l'identique par Alfred Deller au siècle dernier. Il semble que l'exigeant "chant de tête" caractérisant la tessiture de contre-ténor, appelé aussi falsettiste, haute-contre, etc., spécialité d'Andreas Scholl ou Philippe Jaroussky, s'exerce exclusivement dans le répertoire baroque… C'est assez logique car cet artifice "génital" qui peut nous choquer a disparu à la fin du XIXème siècle en Italie. Les gamins préados n'étaient ni consultés ni a fortiori consentants !!

Près de l'abandon (pas mon genre, mais bon…), Franco Fagioli m'a apporté une réponse grâce à son album Anime Immortali. Le chanteur d'origine argentine, que je découvre, âgé de 45 ans, propose dans son album des airs de Mozart dont le motet. Les spécialistes le classent comme contreténor voire comme soprano. Il a donné au Théâtre des Champs-Élysées en décembre 2023 un concert dans le répertoire mozartien peu visité. Un album miraculeux disponible sur YouTube. Il domine une tessiture d'une amplitude stupéfiante… Daniel Bard dirige l'orchestre de chambre de Bâle. Je reviendrai sur sa discographie riche de 27 albums seuls ou avec des comparses, notamment dans des airs de Haendel ou encore l'opéra Artaserse de Leonardo Vinci avec entre autres Philippe Jaroussky et Diego Fasolis à la direction…

Orchestration : 2 hautbois, 2 cors, cordes et orgue pour le continuo. Partition :

Plan :

Allegro, en fa majeur, 4/4.

Recitativo secco, en fa majeur, 4/4

Andante, en la majeur

Allegro, en fa majeur

 

Minutage : Edith Mathis : [00:00] - [5:01] - [5:58]  -[12:20]

Durées des plages : Franco Fagioli :[4:25] - [0:45] - [5:43]  - [2:31]

Écoute au casque ou avec des enceintes additionnelles plus que conseillée.

Le son des PC, sauf exception, est vraiment une injure à la musique…


INFO : Pour les vidéos ci-dessous, sous réserve d'une écoute directement sur la page web de la chronique… la lecture a lieu en continu sans publicité 😃 Cool. 

Exsultate, jubilate,

o vos animae beatae,

dulcia cantica canendo,

cantui vestro respondendo,

psallant aethera cum me.

 

Fulget amica dies, iam fugere et nubila et procellae;

exorta est justis inexspectata quies.

Undique obscura regnabat nox; surgite tandem laeti, qui timuistis adhuc,

et iucundi aurorae fortunatae

frondes dextera plena et lilia date.

 

Tu virginum corona,

tu nobis pacem dona,

tu consolare affectus,

unde suspirat cor.

 

Alleluia, alleluia

Réjouissez-vous, réjouissez-vous,

Ô âmes bénies,

Chantant de doux chants,

En réponse à votre chant,

Les cieux chantent avec moi.

 

Le jour bienveillant brille, les nuages ​​et les orages fuient ;

Un calme inattendu s'est levé pour les justes.

De toutes parts régnait la nuit obscure ; levez-vous enfin, joyeux, vous qui aviez encore peur,

Et offrez votre main droite pleine de feuilles et de lys à l'aube bienfaisante et heureuse.

 

Vous êtes la couronne des vierges,

Vous nous accordez la paix,

Vous consolez les cœurs,

D'où soupire le cœur.

 

Alléluia, alléluia



mercredi 22 juillet 2026

GRAND FUNK RAILROAD " Born to Die " (1976), by Bruno



                    D'où vient le Rock FM, AOR ? Jusqu'où remonte sa source ? Impossible à dire tant les affluents sont nombreux.

      On mentionne généralement le premier essai de Boston, disque de 1976 qui avait alors insolemment établi de nouveaux records de ventes. Toutefois, l'année précédente, un petit groupe originaire de Flint, proche banlieue de Detroit, enregistre un disque que certains "exégètes" considèrent carrément comme un élément fondateur du genre. La galette, elle, ne sort qu'en janvier 1976 - huit mois avant celle de Boston. Le groupe en question n'est autre que Grand Funk Railroad. En entendant ce nom, nombreux sont ceux à s'esclaffer... par méconnaissance. Ou en ne se référant qu'à certains écrits d'une presse particulièrement acrimonieuse, réductrice et moqueuse, peu au fait de l'évolution incessante du groupe (la presse française n'a jamais été tendre, c'est le moins qu'on puisse dire) qui resta sempiternellement sur une première impression et des idées préconçues (1). Car en effet, si à l'origine, le trio pouvait se monter particulièrement tapageur et bourrin, en particulier en concert - le "live Album" aurait fait saigner bien des oreilles - à côté de Blue Cheer, ils restaient un collectif de petits joueurs - et de meilleurs musiciens. S'obstiner à discréditer avec force ce groupe, répéter inlassablement pendant des lustres que ce n'était qu'une réunion de primaires sans aucune finesse et de piètres musiciens, c'est ignorer son inspiration Soul - la Motown a influencé plus d'un rocker du Michigan - et surtout sa constante évolution. Certes, certains morceaux sont plus dans le plaisir immédiat procuré par la débauche d'énergie, dans la recherche de l'excitation générée par la puissance et la rage inhérentes à une musique binaire et bruyante. Pour cette raison, le groupe a été victime d'avanies et de brocards en tout genre. Pourtant, bien des groupes pour lesquels c'était l'unique objectif - et tant pis pour l'approximation musicale - ont été encensés pour ce même trait de caractère.


   Bref, on retrouve donc chez Grand Funk le souci de ne pas se répéter, ou du moins, de ne pas refaire deux fois le même album. Il y a déjà quelques menues différences entre "On Time" et "Grand Funk" (le "Red Album"), deux galettes sorties la même année. Et plus encore entre "Closer To Home" et "Phoenix", qui n'ont que deux années d'écart. On remarque ainsi que dès que la formation est parvenue à briser les chaînes qui la liaient à leur manager-gourou-producteur, Terry Knight, elle a produit des disques en général plus travaillés. Ce manager despote ne voulait pas que ses "protégés" s'attardent en studio. Selon ses dires, c'était une démarche pour préserver la spontanéité du groupe, afin qu'il ne sortent pas des sillons creusés par leur proto-heavy-rock rugueux des débuts. Mais, on soupçonne que la motivation réelle de Terry Knight, était plutôt motivée par la possibilité de récupérer à son seul profit - en réduisant les frais de studio - une part des plus amples sur le budget alloué par la compagnie pour l'enregistrement d'un disque. À savoir que le coco avait négocié avec Capitol Records, un pourcentage sur les gains plus important pour lui-même que le total cumulé par les trois musiciens .

     Avec l'apport d'un quatrième membre en la personne de Graig Frost, pour assurer les claviers, c'est une nouvelle mue qui s'opère. Grand Funk change alors de peau pour se parer d'une nouvelle parure plus lustrée et rutilante. Bien sûr, les claviers ne sont pas nouveaux au sein de la formation, Mark Farner en jouant depuis le premier album. Et sans être un virtuose des touches d'ivoire, loin de là, il sait se montrer efficace. Mais, avec un claviériste en permanence, la tonalité du groupe change forcément. De plus, évidemment, Frost est nettement plus fin et compétent. Sa présence entraîne Grand Funk sur des rivages jusqu'alors à peine abordés.

     Initialement, Frost est sollicité pour donner un coup de main sur le bien nommé "Phoenix" (le premier album sans Terry Knight dans les pattes), avant de partir en tournée avec le groupe - pour soulager Farner qui devait parfois jongler entre sa guitare et les claviers -, et d'être ensuite titularisé. Contre l'avis de Farner qui craignait que le groupe - avec un claviériste permanent - ne perde sa facette brute et rock'n'roll. Paradoxalement, sachant que Frost était un ami de longue date (ils ont quasiment le même âge), c'est probablement Farner qui l'a convié à venir lui prêter main forte. La suite lui donnera raison. Initialement, c'était Peter Frampton qui était souhaité, mais ce dernier venant de signer un solide contrat avec A&M, n'était plus disponible. Pourtant, ce n'est pas pour autant que la troupe tombe dans la mièvrerie, l'insipide. Le caractère même du groupe n'est pas brisé. Mais, sans renier ses racines rock, le groupe s'imprègne de plus en plus de teintes Soul. Une soul musclée. Avec le soutien de Frost, le chant de Farner progresse, prend de l'assurance et de l'audace. Désormais, entre la présence de claviers tempérant l'ardeur des loustics et un chant qui prend ses aises, inspiré par la soul de la Motown, la musique prend des virages approximativement plus pop, voire mélodiques, Grand Funk troussent quelques chanson qui pourraient être les prémices d'un Rock FM. Ténues en 1972, avec "Phoenix", elles s'affirment progressivement, pour être outrageusement présentes en 1974 sur l'album "All The Girls in the World Beware!!!" - où l'on retrouve deux gros succès du groupe : la reprise "Some Kind of Wonderful" (qui relance au passage ce formidable morceau de 1967) et "Bad Time", d'inspiration Motown. Quelques mois auparavant, la structure même des chœurs et leur interaction avec le chant sur "Ain't Got Noboby" (sur l'album "We're An American Band") préfigure étonnamment Boston.


   En janvier 1976, Grand Funk Railroad enfonce le clou, allant plus loin dans son exploration d'un rock nettement plus chiadé et mélodique. La complémentarité des chœurs (avec le renfort notable de Graig Frost) est désormais totalement abouti et Mark Farner n'a jamais aussi bien chanté. Même Don Brewer sait - parfois - faire preuve de retenue pour mieux se glisser dans la peau d'un soulman de charme. En particulier avec "I Fell for Your Love", débordant de Soul où Brewer met dans sa poche son habituel machisme exacerbé (exagérément forcé ?) pour se morfondre de la perte de son amour- ou ne serait-ce pas plutôt la complainte de son ego, blessé d'avoir été rembarré ?.

     Mais avant, Farner lève le rideau sur la chanson éponyme. Élégie sur un tempo funeste en mémoire d'un proche cousin récemment décédé dans un accident de moto.   "Je pleure mon cousin , mort hier... Oooo-Oooo... Ils n'avaient pas roulé loin. Ils étaient sortis pour s'amuser sur une moto qu'ils avaient construite. Comment auraient-ils pu savoir, cette nuit-là, qu'il serait tué ?". Une solennité inattendue brisée par un refrain presque festif, comme une allégresse bridée par la douleur, célébrant le défunt "Il vivait sa vie en toute liberté, exactement comme il l'entendait. Mais il y a toujours cette chose qu'on n'attend jamais. Tu es né pour que ça t'arrive... Oooo-Oooo...". Une ouverture assez surprenante, mais qui ne manque pas de sel, augurant d'entrée un soin particulier apporté aux chansons. 

     Bien qu'un peu plus enlevé, un brin "funk vaseux", "Dues" garde un pied dans le cafardeux "Je crois que je fonce droit vers un terrible accident. J'ai fait plus de projet que quiconque n'a jamais payé son dû. Je ne suis pas stupide et j'ai peut-être trop d'orgueil. Le médecin a décidé que je ferai mieux de mourir. Jésus, regardes-tu ou es-tu devenu aveugle ? Les âmes damnées sont parmi nous et le temps nous est compté". Des chansons en accord avec la pochette morbide présentant les musiciens dans des cercueils (une séance photo qui n'avait pas été du goût des musiciens... superstition ?).

     Mais un soleil radieux chasse les épais et sombres nuages avec un "Sally" particulièrement solaire. Une superbe et radieuse chanson - entre Pop et rhythm'n'blues - illuminée par l'harmonica guilleret de Jimmy Hall de Wet Willie (un bon pote de Farner) et les chœurs fermes et enjoués de Donna Hall (une pote de Farner, et un peu plus, il y a quelque temps 😉). Jamais Farner n'avait autant rayonné de bonheur. Il semble avoir des ailes, sauter de nuage en nuage. Et pour cause, c'est une déclaration d'amour - sans pudeur - à Sally Kellerman (chanteuse et actrice ; que les cinéphiles connaissent sour le doux sobriquet de "Hot Lips").  Les paroles d'une rare platitude n'enlèvent rien à cette réussite, véritable pépite revigorante. "I Fell for Your Love" parle encore d'amour (perdu), avec donc un Brewer méconnaissable, presque crooner, et un Farner qui fait parler, ou plutôt pleurer, sa wah-wah. 


   
S
ur le mélancolique "Talk to the People", Jimmy Hall, à nouveau sollicité, livre quelques belles performances au saxophone. Farner finit par le rejoindre pour une série de savoureux échanges. Farner, qui commence sérieusement à laisser parler sa foi, est à deux doigts de tomber dans le prêche - enjoignant à écouter le Seigneur avant qu'il ... qu'il ne soit trop tard 😨. Heureusement, les paroles chez Grand Funk sont généralement réduites à leur plus simple expression (c'est d'ailleurs souvent confondant de naïveté), la musique, elle, reste maîtresse des lieux.

     Le vif et enflammé "Take Me" - où Brewer se laisse à nouveau griser par sa testostérone -, fonce tête baissée dans un rock ignescent - anticipant l'archétype de la pièce virulente placée dans les albums de Rock FM. Étonnamment, entre les chœurs touffus, les claviers expansifs et la guitare chargée d'un épais flanger, on croirait presque entendre une petite cohorte de cuivres. "Good Things" - en clôture - est un peu dans la même lignée 

     Indéniablement, "Born to Die" est l'un des albums les plus aboutis de Grand Funk Railroad, des plus travaillés et des plus diversifiés. Pourtant, commercialement, il marque une chute irréversible dont le groupe ne se relèvera jamais. Si les débuts de sa (relative) "sophistication" sont récompensés par des ventes records pour le groupe, avec notamment un album en tête des charts et plusieurs singles dans le top 5, à partir du double live "Caught in the Act", sorti en 1975, c'est la chute brutale. À force de tirer à boulets rouges dessus, la presse a fini par avoir raison du groupe de Flint. Si Grand Funk a bien réussi, à un moment donné, à élargir son auditoire, une partie des premiers "disciples" regrettent la perte de l'accessibilité, de la simplicité brutale, du son séminal (primal) habillé de fuzz et de grognements des premiers albums, et finissent par s'en détourner. Ainsi, pour une partie du public, l'âge d'or du groupe s'arrête en 1971, avec "E Pluribus Funk". L'évolution a pourtant été progressive et logique, naturelle. Et comme si cela ne suffisait pas, 1976 est l'année où Capitol Records se restructure cruellement en mettant à la porte - ou en ne renouvelant pas les contrats - des artistes qu'il estime dorénavant ne pas être assez "rentables". Alors que Grand Funk a été pendant 5 années pour la major, une véritable corne d'abondance (en plus d'impressionnants chiffres de ventes, un contrat particulièrement avantageux pour les finances de la boîte).  Ainsi, cette galette de 1976 n'a pas vraiment eu de promotion, et le groupe, empêtré dans des dettes avec le fisc (à cause d'une gestion arbitraire), ne peut partir sur la route le défendre. Même des années plus tard, ceux qui connaissaient cet album étaient peu nombreux ; et ce n'étaient pas les quelques rares articles qui le descendaient en flèche, qui donnaient envie de se donner la peine de le dénicher. C'est pourtant un très bon disque qui, avec le temps, a réussi à convaincre. Un disque qui, avec le précédent de 1974, "All The Girls in the World Beware!!!", voit une atténuation des ardeurs de leur heavy-rock et un mariage à la Soul et au Rhythm'n'blues (2) - au détriment du Blues -, ce qui pourrait bien avoir participé à poser des bases d'un rock FM / AOR. Avec une apparence encore crue, pas encore ampoulé et grevé d'un encombrant cahier de charges. 


Side one


Auteur/compositeurLead Vocals
1."Born to Die"FarnerFarner5:35
2."Dues"Brewer - FarnerBrewer5:36
3."Sally"FarnerFarner3:16
4."I Fell for Your Love"Brewer/FrostBrewer4:12
5."Talk to the People"Farner/FrostFarner5:33
Side two


Auteur/compositeurLead Vocals
6."Take Me"Brewer/FrostBrewer5:10
7."Genevieve"Farner/Brewer/Schacher/Frost0(y'en a pas)6:12
8."Love Is Dyin'"BrewerBrewer4:14
9."Politician"FarnerFarner3:54
10."Good Things"FarnerFarner4:35



(1) Frank Zappa dira même qu'il connaissait un gars qui avait fait la critique de "All the Girls in the World Beware !!!" juste en regardant la pochette, sans écouter le disque.

(2) La Motown avait bien nourri les esgourdes réceptives des musiciens 



🎼🎶🚃
Autres articles / Grand Funk Railroad (lien) : 👉   "Closer to Home" (1970)  👉  "Phoenix" (1972)  👉  " Shinin' On " (1974)

mardi 21 juillet 2026

THE BEATLES : ”Help !“ (1965) - par Pat Slade


Le cinquième album des Beatles et leur second film où ils semblent beaucoup s’amuser.



Ringo Starr The Lord of the Ring



Les Beatles ! Cette bande de copains de Liverpool qui ont révolutionné la musique pop mondiale au début des années 60. Aujourd’hui, on s’attaque à un de leurs albums culte, sorti en 1965Help!“. Un disque qui sonne comme un SOS musical à la fois génial, fun et un brin désespéré (mais personne ne l’a vraiment compris à l’époque). Alors, attachez vos ceintures pour un voyage dans le temps, au pays des mop-tops, des mélodies accrocheuses et des harmonies vocales imbattables.
Le  contexte quand les Beatles crient “Help!”.


Help!“ était à la fois un album studio et la bande originale du film éponyme des Fab Four. Oui, les quatre garçons avaient décidé de faire du cinéma en plus de la musique, et parce qu’ils n’aimaient pas faire les choses à moitié, ils ont concocté un disque qui résume parfaitement leur quête à ce moment précis, une sorte d'appel à l’aide subtil (ou pas) face à la folie de la Beatlemania. Car derrière leurs sourires et leurs chemises impeccables, ils se sentaient un peu noyés sous l’attention médiatique. Ce qui donne un album super énergique mais teinté d’une certaine vulnérabilité.

Côté musical, un savant mélange de pop, folk et… magie.

Dès la première écoute, ”Help!* vous attrape avec son titre phare, "Help!". Une chanson écrite par John Lennon qui, selon lui, était un cri sincère et personnel déguisé en tube pop joyeux. Imaginez  un gars qui joue à Superman tout en demandant secrètement un coup de main. Pas simple, mais grâce à une mélodie imparable et un refrain qui reste collé dans la tête plus longtemps qu’un chewing-gum sous une semelle, le message passe nickel.

L’album ne s’arrête pas là. Avec des titres comme "You’ve Got to Hide Your Love Away", on ressent une inspiration folk, presque un clin d’œil à Bob Dylan (que Paul McCartney et John Lennon admiraient beaucoup). La voix de John devient plus douce, presque fragile, accompagné d’un arrangement à la guitare acoustique qui transporte instantanément en plein Greenwich Village des sixties.

Ne vous méprenez pas, ”Help!“ n’est pas qu’une collection de ballades tristes ou de cris de détresse. les Beatles gardent leurs esprits malicieux et leur sens de l’humour légendaire. Le morceau "I’m Down" par exemple, c’est du rock’n’roll tout droit sorti d’une soirée endiablée à l’époque où ils jouaient encore dans les caves de Hambourg. Cette chanson est explosive, pleine d’énergie brute, avec Paul McCartney qui hurle presque sa joie (ou son humeur du moment). Et puis il y a "Another Girl" et "You’re Going To Lose That Girl", deux morceaux où les Beatles jons leur style pop. On sent la complicité entre les membres, leurs voix s’entremêlant avec une aisance magique, comme si chaque mot sortait naturellement.

Le producteur George Martin, souvent surnommé ”le cinquième Beatles“, a joué un rôle clé dans l’élaboration de ”Help!“. Il a su donner à l’album une sonorité plus mature et plus riche qu’auparavant. Les guitares sont parfois épurées, parfois électriques à souhait, les harmonies vocales parfaitement mixées donnent une profondeur impressionnante aux chansons.
On remarque aussi l’introduction d’instruments nouveaux pour le groupe, notamment le sitar dans "Norwegian Wood" (oui, celui-ci est en fait sur ”Rubber Soul“, mais vous voyez l’idée) c’est à partir de cette époque que les Beatles commencent à expérimenter plus sérieusement. Sur ”Help!“ justement, on sent déjà cette envie de sortir du cadre classique du rock’n’roll.   

Help!“ est cet album hybride où le fun des débuts rencontre la prise de conscience de la célébrité et des responsabilités artistiques. C’est un disque qui peut se savourer à plusieurs niveaux, pour danser sur les rythmes entraînants de "Ticket to Ride" ou pour s’émouvoir en écoutant les mots plus doux de "You’ve Got to Hide Your Love Away".
C’est aussi un témoignage d’une époque où la jeunesse commençait à bouleverser les codes. À travers des chansons simples mais puissantes, les Beatles ont réussi à capter les angoisses et les espoirs de toute une génération. Rien que ça ! En résumé, ”Help!“ n’est pas qu’un simple album dans la discographie des Beatles. C’est un disque où se mêlent humour, émotions véritables et premières tentatives d’innovation musicale. À travers ses chansons et ses souvenirs de tournage, il offre un regard intime sur un groupe en pleine transformation, capable d’allier légèreté et profondeur avec une aisance déconcertante. Pour tous ceux qui aiment les Beatles, plonger dans redécouvrir Help!“ est l'un de ces instants magiques où l’icône devient soudainement humaine

Enfin, une anecdote moins connue : la pochette de l’album. Les Beatles sont alignés avec leurs bras levés, une posture qui a intrigué les fans pendant des années. Certains y ont vu un code en sémaphore  (une forme de langage avec les bras), mais il s’est avéré que le choix final visait surtout à créer une image dynamique et attrayante, sans message codé. Cette simplicité apparente cache donc une démarche esthétique réfléchie.

Savez-vous que la chanson "Help!" a inspiré une myriade de reprises, dont celle de Tina Turner, prouvant que même après 60 ans, ce tube garde la pêche ? Alors, si vous cherchez un album qui mêle paroles intelligentes, mélodies entêtantes, humeur décontractée et juste ce qu’il faut de folie, ”Help!“ des Beatles est votre compagnon idéal. Que vous soyez fan ou simple curieux, mettre ce disque en fond sonore, c’est un peu comme prendre un billet pour un road trip vintage avec quatre potes qui ont changé la face du monde… tout en vous demandant si leur coiffure tiendra jusqu’à la fin du trajet.
Allez, à vos platines, et surtout… n’hésitez pas à crier ”Help!“ avec eux, c’est contagieux !

Le tournage du film du même nom, qui accompagna l’album, a également son lot d’histoires amusantes. L’équipe de production avait choisi les Bahamas pour plusieurs scènes, mais la météo capricieuse a causé plusieurs retards. On raconte que George Harrison, toujours taquin, profitait de ces moments d’attente pour se déguiser en marin, provoquant des éclats de rire parmi ses camarades. Ces petites pauses ont certainement contribué à l’atmosphère détendue, malgré la pression du tournage. Le film ”Help!“ contient une scène où Ringo Starr conduit une moto, ce qui était assez fou à l’époque, surtout qu’il n’était pas très branché motos, un peu l’équivalent moderne de faire un saut en parachute sans avoir jamais sauté avant.

Sorti en 1965, "Help!" est le second film des
Beatles , réalisé par Richard Lester, qui avait déjà dirigé leur premier succès "A Hard Day’s Night". Ce long-métrage atypique, à mi-chemin entre la comédie burlesque et le film d'espionnage, reste une pièce maîtresse de la culture pop des années 60, où l’univers loufoque des Fab Four s’exprime pleinement. Mais derrière la légèreté apparente de ce film, se cachent de nombreuses anecdotes croustillantes qui méritent d’être racontées.
À l'origine, "Help!" devait être un simple prolongement de l’esprit du premier film, avec des Beatles en pleine aventure musicale. Pourtant, le scénario prend dès le départ une tournure complètement déjantée : Ringo Starr se retrouve poursuivi par une secte hindoue qui veut lui arracher une bague maudite incrustée dans son doigt. Cette intrigue farfelue permet au groupe d’être embarqué dans une série de péripéties à travers l’Angleterre puis jusqu’aux Bahamas.

L’une des anecdotes les plus célèbres concerne justement cette fameuse bague. En réalité, Paul McCartney explique que l’objet symbolique a été imaginé par le scénariste Terry Southern pour ajouter un élément comique autour duquel les Beatles devraient évoluer. L’idée d’avoir une bague "maudite" était aussi un clin d’œil aux nombreuses superstitions qui entouraient parfois le groupe. Au final, cette bague n’a rien d’un simple accessoire : elle devient un véritable moteur narratif qui pousse l’intrigue vers des scènes de parodies burlesques inoubliables.

Un autre point marquant de "Help!" réside dans le tournage lui-même. La majorité des scènes ont été filmées à Londres (Les Beatles ont un appartement ou chacun a une porte pour rentrer au même endroit, suis-je assez clair ?), mais certaines parties sont tournées aux Bahamas, offrant ainsi un dépaysement visuel important pour les fans de l’époque. Le tournage sous le soleil des Caraïbes ne fut cependant pas exempt de complications. Par exemple, Ringo Starr se rappelle avoir eu du mal à tourner certaines scènes aquatiques à cause d’un fort courant qui compliquait la prise de vue. Mais ces difficultés techniques n'ont en rien entaché l’énergie joyeuse du film. Dans la scène ou les quatre garçons sont dans les cimes autrichienne, ils n’avaient aucune notion du ski (ils seront doublé pour l’occasion), et quand passe la chanson ”Ticket to Ride“, au final on les voit s’éloigner sur des genres de traineaux a neige, dans la réalité, ils vont vraiment s’absenter le temps d’aller fumer un joint ou deux, ils ne reviendront sur le plateau de tournage que bien plus tard. Il y a aussi un petit clin d’œil a leur premier film, dans  le restaurant indien l’orchestre local jouera "A Hard Day’s Night“ avec des instruments traditionnel indien.

La musique occupe évidemment une place centrale dans "Help!". C’est la première fois que la bande-son du film inclut non seulement la chanson titre très célèbre, mais aussi plusieurs autres morceaux phares comme "Ticket to Ride" ou "You’ve Got to Hide Your Love Away". Le film est d’ailleurs un spectacle musical avant tout, avec des performances scéniques filmées en plan-séquence qui capturent parfaitement l’essence des Beatles sur scène. Une anecdote à ce sujet : plusieurs prises musicales duraient parfois plus longtemps que nécessaire car les Beatles adoraient improviser et expérimenter en studio, obligeant l’équipe de tournage à s’adapter. Mais ce qui rend "Help!" si attachant, c’est aussi sa dimension humoristique : les quiproquos enchaînés, les accents exagérés des vilains, et surtout l’autodérision dont font preuve John, Paul, George et Ringo. Ce dernier, souvent considéré comme le plus comique du groupe, brille particulièrement dans ce film, avec des expressions faciales hilarantes qui ont fait rire des générations entières. Lors d’une scène mémorable, Ringo est contraint de subir une opération sous anesthésie locale tout en chantant, ce qui donne un résultat absurde et grotesque à souhait.

Enfin, "Help!" marque aussi une étape importante dans la carrière cinématographique des Beatles. Si leur premier film avait été une sorte de documentaire fictif sur leur vie de groupe, "Help!" plonge volontiers dans le fantastique et le surréaliste. Cela ouvre la porte à de futurs projets toujours plus créatifs. Richard Lester, le réalisateur, expliquait d’ailleurs que l’alchimie unique entre les Beatles et l’équipe de tournage a permis de créer un film qui demeure bien plus qu’une simple comédie musicale c’est un véritable instantané de la Beatlemania et un témoignage de l’esprit libre des années 60.

En résumé, "Help!" n’est pas qu’un film, c’est une capsule temporelle où se mêlent humour, musique et extravagance, portée par quatre musiciens devenus icônes mondiales. Les anecdotes de tournage et les petites histoires derrière la caméra nous rappellent que, même au sommet de leur gloire, les Beatles savaient garder l’humilité et le sourire, offrant à leurs fans une aventure cinématographique inoubliable. Pour tout amateur de culture pop et de cinéma, "Help!" reste aujourd’hui une référence incontournable, aussi charmante que décalée. 

P.S : Pour preuve que les Beatles ont de l’humour, au générique de fin le film est dédié à la mémoire d’Elias Howe pionnier de la machine à coudre en 1846