Jacques Carelman ou Pierre Dac par l’image, la loufoquerie par
l’absurde.
Un Catalogue de Manufrance Farfelu
Mais qui était Jacques Carelman ?
Vous avez tous vu au moins une de ses œuvres. Ce dentiste de
formation deviendra un illustrateur reconnu, on lui doit des décorations théâtrales, des illustrations de livres, des peintures
et des sculptures. Il adaptera en bande dessinée ”Zazie dans le métro“ de Raymond Queneau. Il fera quelques
affiches pendant mai 68, la plus connue restera la silhouette noire d’un CRS brandissant une
matraque. Le ”Catalogue d’objets introuvables“ sera son œuvre majeure. Il fera aussi un ”Catalogue de timbres-poste introuvables“.
Le Porte Enclume
Le ”Catalogue d’objet introuvable“… n’est ni un catalogue de soldes chez Castorama, ni une liste de
courses oubliée sur un coin de table. Non, c’est l’œuvre joyeusement
farfelue de Jacques Carelman,
l’inventeur des inventions qu’on ne trouvera jamais en magasin et c’est
tant mieux !
Parce que franchement, qui aurait envie d’un parapluie inversé qui vous
mouille au lieu de vous protéger ? Ou d’une fourchette à spaghetti qui
vous catapulte les pâtes à la figure ?
Dès les premières pages, on comprend que l’on est dans un univers où le
bon sens a pris des vacances prolongées, où l’imagination a sauté dans un
manège fou et où l’humour pince-sans-rire fait figure de guide
touristique. Carelman, c’est un peu le
MacGyver du gadget inutile, le Picasso de l’objet absurde, le Jerry Lewis
de la dérision pratique.
toilette pour berger landais
Prenons par exemple sa fameuse ”pompe à vélo pour crevaison“. Oui, vous avez bien lu. Un appareil qui, au lieu de gonfler votre
pneu, le creuse davantage. Pratique si vous voulez faire un tour en
tricycle vintage, mais plutôt gênant pour une balade dominicale en
VTT. Mais là où Carelman
brille, c’est dans le détail: chaque objet est accompagné d’un dessin
précis, parfaitement sérieux, comme s’il s’agissait vraiment de
produits révolutionnaires. On croit d’abord à un manuel d’utilisation,
puis on éclate de rire aux larmes.
Ce qui rend ce catalogue irrésistible, c’est qu’il joue avec nos
attentes. L’homme moderne est bombardé d’objets prétendument utiles, de
gadgets high-tech à démonstration intégrée, et souvent on se retrouve
avec plus de questions que de réponses sur leur fonctionnement réel. Carelman, lui, nous renvoie à cette absurdité, si c’est déjà compliqué quand
tout est censé servir, imaginez quand rien ne sert à rien !
Parmi mes préférés, il y a le ”couteau suisse pour gauchers maniaques“, qui propose un assortiment d’outils inutiles comme un tire-bouchon qui
ouvre uniquement les bouteilles déjà ouvertes (merci du scoop), “La cafetière pour masochiste“ et son bec verseur inversé, formidablement efficace pour se bruler la
main, ça n’existe pas (du moins à ma connaissance) ou encore ”les toilettes pour berger landais“.
À travers ces pages, on sent aussi un amour sincère pour ces bidules
bricolés dans les garages, ces inventions loufoques faites à la hâte,
avec trois bouts de ficelle et beaucoup d’espoir. Parce que
l’inventeur, au fond, est un éternel optimiste, prêt à tout pour
améliorer le quotidien, même si c’est souvent une idée
saugrenue.
Jamais un de ces objets ne se présentera au concours Lépine.
Bref, le ”Catalogue de l’objet introuvable“ est un délicieux antidote contre la morosité. Il nous rappelle que
parfois, le meilleur accessoire, c’est un bon fou rire devant
l’absurde. Et ça, ça ne se trouve pas en rayon, même chez les
meilleurs vendeurs.
Alors, si vous cherchez un livre qui décoiffe, qui fait cogiter en
rigolant, et qui vous donne envie de regarder vos propres objets du
quotidien sous un angle complètement déjanté, foncez chez votre
libraire. Et surtout, ne cherchez pas à commander les objets
présentés : ils sont, par définition, introuvables. Mais ça ne nous
empêche pas de rêver de la fourchette à spaghetti explosive ou du
sèche-cheveux qui fait pousser les cheveux… Malheureusement Jacques Carelman
ne nous fera pas de suite, ce dernier est décédé en 2012, il n’existe que deux tomes, mais ce catalogue restera dans les
mémoires avec ses inventions délirantes !
Mais il n'est pas interdit d'en inventer soit même comme : la lime à
épaissir, les sacs de bulles à niveau ou la calculatrice à compter les
moutons pour insomniaques fainéants.
MARDI :Pat
a rendu un hommage mérité à l’acteur britannique Tim Curry, que
tout le monde a vu en porte jarretelles dans « The rocky
horror… », mais ce comédien très polyvalent jouait aussi les
méchants, les excentriques, les comiques, les vulnérables, et les
clowns démoniaques.
MERCREDI :
dans
la série quand ça veut pas, Bruno nous a déniché une rareté, le
groupe Bull Angus, très prometteur à l’écoute de la première
galette, du proto-métal proche d’Uriah Heep, basé sur une
doublette de guitaristes. Hélas ils n’ont pu rééditer
l’exploit.
JEUDI :les
« Quatre
chant sérieux / opus 121 » sera l’ultime
chef d'œuvre de
Johannes Brahms, c’est ce que nous apprend le Toon dans son billet,
d’autant que la version choisie affiche la bouleversante contralto anglaise Kathleen Ferrier accompagnée au piano par le québécois John Newmark. Une gravure légendaire de 1950 de bonne facture…
VENDREDI :quelques
frissons cinématographiques avec ces bons vieux T-Rex lâchés dans
un
quartier paisible, « La
fin d’Oak street » deDavid
Robert Mitchellne
manque pas d’évoquer tonton Spielberg, en plus modeste, un aimable
divertissement sacrément
tiré par les cheveux sur la fin.
👉 La
semaine prochaine, voyage
en Absurdie avec les drôles objets de Jacques Carelman, le rock de
Brownsville Station, le jazz de Jan Garbarek, et du très très
sanglant avec un énième Evil Dead.
La
bande annonce fleure bon le blockbuster fantastique comme il en sort
tous les trois quatre matins. Mais ce qui interroge, est que celui-ci est écrit produit et
réalisé David Robert Mitchell. Ah tiens ? Le gars est
plutôt qualifié d’auteur, qui reçoit les éloges de la critique
pour IT FOLLOWS (2014) et confirme avec UNDER THE SILVER LAKE (2018)
féroce satire foutraque qui m’avait fortement impressionnée (lien en fin d'article).
Le réalisateur
allait-il marquer de son empreinte un genre remis à l’honneur par Spielberg
avec JURASSIC PARK ? Presque oui et… non ! Dès les premières
scènes, on plonge
dans
l’univers deSpielberg, (JJ Abrams, autre héritier, est co-producteur) banlieue populaire, quartier aux pelouses
bien taillées, fête des voisins, barbecue, gamins à vélo, parents
Greg et Denise Platt au bord du divorce, ados chamboulés, tout ça rappelle
bougrement E.T. ou RENCONTRE DU TROISIÈME TYPE. L’action se
situe en 1982 (photo du film, décors et vêtements ad hoc) année de
sortie de E.T. est-ce un hasard ? Quelques mouvements de caméra
à la grue découvrant la rue principale, et plus tard ces étranges
phénomènes nocturnes, bourrasques et flashs lumineux, renforcent
furieusement cette impression.
Rires d'enfants, odeurs de viandes grillées, bières fraiches, couleurs acidulées, un monde tranquille, serein. Et
puis la vieille et charmante Mme Huddleston découvre dans son
jardin une plante énorme qui semble avoir poussée en une nuit. Et
puis le chien de la famille, le brave Starbuck, aboie contre une menace invisible. Et puis le voisin hargneux découvre une tonne de merde odorante sur sa pelouse. Et puis
un matin, plus d’eau courante, plus d’électricité, dehors
une chaleur étouffante et un silence de plomb…
Il s'est visiblement passé un truc pas net pendant la nuit. Des bestioles à priori disparues
de la surface terrestre depuis 60 millions d’années arpentent les rues. Le quartier
d'Oak Street, isolé du reste du monde, est revenu au temps de la
préhistoire !
Là où David Robert Mitchell réussit son
coup dans
un premier temps, c’est dans cette ambiance familiale tendue, ces
petits dérèglements. La présence des dinosaures est fugace, une
crête qui passe derrière un toit à l’arrière-plan, une queue
qui se faufile, une
ombre sur une cabane. Le réalisateur privilégie les plans larges,
les habitants sont comme des petits pions sur son échiquier,
confrontés à une situation qui les dépasse.
On se doute que
l’angoisse montera crescendo (on est venu pour ça) et les morceaux de bravoure avec. On
ne sera pas déçus. Après quelques amuses bouches avec les phorusrhacos (des grosses poules d'eau carnivores), les
T-Rex s’invitent à la fête, que l’on combat avec ce
qu’on a sous la main, marteau,
tournevis, batte de baseball. Heureusement, en Amérique, on a aussi
dans
ses placards une winchester. Cela nous vaut de bonnes séquences
rigolotes comme tout, quand Denise-mère courage et ses mômes
sont
encerclés
par des crocodiles chez la bibliothécaire, ou ce titanoboa géant qui
serpente silencieusement la maison, terrassé à coups de couteau
de cuisine.
David Robert Mitchell ose sacrifier des personnages en
cours d’intrigue, on se dit alors que le film va évoluer dans un
sens inédit, que la patte de l’auteur va (enfin) débroussailler
un récit d’épouvante convenu. Mais non. Un tour de passe-passe
scénaristique remettra tout cela sur les bons rails.
Car si le film
se suit avec plaisir, comme on regarde en souriant ces séries B des
années 50 où les fournis géantes envahissaient la terre, on est
frappé par le conservatisme des situations. Voilà un quartier en
pleine fête des voisins, donc des centaines de gens, et quand les
dinos débarquent, y’a plus personne ! Chacun pour sa gueule.
On célèbre les valeurs familiales, mais les amis, les voisins, la
communauté on s’en branle ! Ah si, la
jeune
voisine Jeannette dont le papa a été croqué sera accueillie par
les Platt.
On peut rester dubitatif devant deux scènes zizi-caca,
celle donc des étrons géants (un T-Rex qui défèque fait des
dégâts) et celle où DenisePlatt prend une photo de son mari
posant fièrement devant un diplodocus en rut, qui enfile sa
femelle. A noter tout de même que les effets spéciaux sont bien
foutus, utilisés
avec parcimonie, les
bestioles sont très
réalistes.
Par
contre, Mitchell abuse de la fameuse double-lentille (dont je vous
avais expliqué le principe, fallait prendre des notes…) qui permet
dans un même plan une netteté tout devant et tout au fond.
Autant pour déceler des trucs chelous qui se passent loin dans le
jardin à travers une fenêtre, ça le fait, autant l’utiliser pour
filmer quatre acteurs dans une pièce de 20 mètres carrés, c’est
assez moche.
J’avoue
une tendresse particulière pour LE PIC DE DANTE, dont je ne me
lasse pas, film catastrophe hyper codifié mais tellement drôle au
second degré. Notamment avec le chien et la grand-mère-courage (bis) lorsqu’elle se sacrifie en plongeant dans le lac acide. Grande scène. Et bien LA FIN D'OAK STREET nous resserre
la même soupe réchauffée (idem pour TWISTER et autres trucs du même genre), le
brave Starbuck wouaf wouaf qui
réapparaît sauver le gamin,
et le sacrifice de la vieille bibliothécaire. On ne sait plus s’il
faut frémir ou rire. J’ai
ri.
L’épilogue
triture les neurones, source de débat. Avec ce tour de passe-passe dont je parlais, que même les acteurs, en interview, ont trouvé étonnant : le coup
de faille spatio-temporelle. Une fin énigmatique (dernier plan à la
SHINING avec la photo du père au mur) avec cette famille réunie
autour d’un barbecue où l'on croit voir deux Jeannette, donc issues de deux temporalités… Cartésiens s'abstenir. Si vous avez vu NIMITZ
avec Kirk Douglas, vous comprendrez de quoi je cause…
La sortie de LA FIN D'OAK STREET a été repoussée
plusieurs fois, ce n’est jamais bon signe. Est-ce le nanar de
l’année, une comédie horrifique à prendre au trente-sixième
degré, ou un projet personnel raté (dédié au père du
réalisateur) que les studios ont reformaté en blockbuster
estival ? Anne Hathaway et Ewan McGregor assurent le job, le
rythme est soutenu, la mise en scène évite le grandiloquent, on
reste dans le modeste, le divertissant, donc ne boudons pas notre
plaisir.
L'idée de ce bref article m'est venue en revoyant un film cruel de
Claude Chabrol "Que la bête meurt" avec un Jean Yanne atteignant les limites absolues de l'infamie
dans le rôle d'un type immonde qui tue accidentellement un gamin en voiture
et s'enfuie. Le père, interprété par un glacial Michel Duchaussoy,
ignorant toute forme de pardon, décide d'éliminer la "bête", œil pour œil,
dent pour dent. L'un des films de Chabrol dénués de tout humour. À voir…
Le lien avec Brahms : dans la Bande Originale, le compositeur Pierre Jansen
choisit comme musique générique l'un des lieder les plus sombres du cycle
quatre chants sérieux
de
Brahms
dans l'interprétation bouleversante de
Kathleen Ferrier
en 1950.
En s'inspirant d'une citation d'E. T. A. Hoffmann
(1776-1822, l'auteur des contes) les mélomanes disent parfois
à propos du choral final de la
5ème symphonie
de
Bruckner
"Celui qui n'est pas ému par le choral final de la 5ème n'a
pas de cœur ou n'est pas un homme". Une remarque non officielle qui peut s'appliquer à ces lieder et plus
encore à l'interprétation de
Ferrier, et ce pour tous, quelques soient leurs goûts musicaux… Juste un sentiment
perso, le débat reste ouvert 😊… Précisons que
Bruckner
achève une symphonie de 1H30 par un choral de cuivre d'une puissance
spirituelle dionysiaque. Le lieder est une méditation intime sur la mort et
ses inconnues…
Lorsque l'on parle de lieder (mélodie en français) notre pensée ne va pas
immédiatement à
Brahms. On évoque
Schubert, le
voyage d'hiver notamment
ou
La Belle Meunière,
Schumann
et
Les Amours du poète
ou encore l'Amour et la vie d'une femme, et même
Richard Strauss
assidu à poursuivre ce style au crépuscule du postromantisme. Pourtant on
dénombre 200 à 300 lieder de la plume du compositeur hambourgeois plus connu
pour ses
symphonies, son
requiem allemand, et sa
musique de chambre, etc. Notons que les cycles sont notés
Lieder opus x, ce qui ne permet pas de se souvenir des titres aussi facilement que ceux
de
Schubert. En ce jour, parmi ce catalogue considérable, nos écouterons un cycle
précis et à l'inspiration inhabituelle titré
Quatre chants sérieux".
Couverture hébraïque de l'Ecclésiaste
Oui, inhabituel car la plupart des milliers de lieder romantiques
consistent en la musique de textes de poètes du XVIIIème et du
XIXème siècle : Goethe (Le Roi des Aulnes
ou Marguerite au rouet par
Franz Schubert), Heinrich Heine (Les Amours duPoète de
Robert Schumann). Wilhelm Müller (Le Voyage d'hiver
et La Belle Meunière de
Schubert), Joseph von Eichendorff (Schumann
et Richard Strauss). Friedrich Rückert (Schumann) et plus tard les
Kindertotenlieder de
Gustav Mahler. La thématique se réfère à l'amour, la nature, les saisons, les contes
populaires…
Or les Quatre chants sérieux illustrent des extraits bibliques, un cas rare dans le genre Lieder !
Citons trois exceptions par soucis d'équité :
Dvořák
et ses
Chants bibliques, le recueil le plus proche de celui de
Brahms
;
Ludwig vanBeethoven
et les
Six lieder
sur des poèmes du fabuliste mystique Christian Fürchtegott Gellert ;
et enfin
Schubert
et deux lieder dont le
psaume 23. Un article de 2023 permettait d'écouter trois
Chœurs avec orchestre
de Brahms (textes profanes de poètes allemands) et la
Rapsodie pour Contralto chantée par
Maryline Horne(Clic).
Le contexte de composition du cycle des
quatre chants sérieux
est dramatique. Il y a dans les destins des êtres proches des coïncidences
temporelles troublantes. Combien de fois ai-je évoqué la proximité affective
entre
Clara Schumann
et
Johannes Brahms
après la mort dans la folie de
Robert
en 1856… amitié sans faille, platonique ou plus intime… nul ne le
sait ? Quarante années ont passé, en cette année 1896, le beau et
svelte
Johannes
des années 1850 n'a que 63 ans mais fait songer à un vieillard
ventripotent à la barbe de prophète.
Clara
a 76 ans, elle ne s'est jamais remariée. En mars, elle est victime d'un AVC
et meurt le 20 mai. Evidemment, elle aussi n'est plus celle dont les
portraits de jolie jeune femme des années 1830-40 justifiaient le béguin
envers elle des deux compositeurs. Johannes
sent que la mort étend ses ailes et sa faux pour lui aussi. Il décline,
maigrit, souffre et achève en mai le cycle de
Quatre chant sérieux, méditation mystique sur le trépas, à partir de textes extraits de la
bible, ancien et nouveau testament. En juillet, ses craintes se justifient
par l'apparition d'un ictère tenace. La faculté préfère lui cacher le
diagnostic terrible d'un cancer pancréatique qui l'emportera en 1897.
Johannes
n'est pas dupe et se sait condamné à rejoindre
Robert,
Clara
et des amis déjà partis dans l'au-delà…
John Newmark (1904-1991 )
Quatre chant sérieux
opus 121 sera son ultime chef d'œuvre. L'opus 122 est une suite de
chorals pour orgue
composée fin 1896.
Brahms
avait certes marqué un grand coup avec son
requiem allemand
en 1865. Il poursuivit toute sa vie l'écriture de motets et chœurs
pour voix mixtes, ou pour soliste, pour orgue, la liste est longue. Tous ces
ouvrages sont en allemand vernaculaire, choix logique pour un artiste issu
de la communauté luthérienne même s'il deviendra libre-penseur.
Il est d'usage que je commente dans un but informatif et musicologique les
disques présentés. Là, la clarté des textes (traduits ci-dessous en
français) écarte de facto une telle ambition. Les lieder sont composés pour
voix de basse ou alto même s'il existe des adaptations pour soprano et même
avec orchestre…
Curieusement
Brahms
puise les trois premiers textes dans le
livre de l'Ecclésiaste ou
Livre de la Sagesse voire
Le Livre de Ben Sirac le Sage, dernier
livre dans l'ancien testament selon la tradition, reconnu comme inspiré par
les Églises catholiques et orthodoxes mais pas par les protestants… Un
chouia de catéchisme : il rassemble des pensées philosophiques, des maximes,
si je peux me permettre, voyons-le comme le
guide du routard de la Bible. De plus
l'orignal fut écrit en grec et non en langage hébraïque… bref, il se
concentre sur la sagesse exigée de l'homme et l'immortalité de l'âme. Donc,
les sources d'inspiration de
Brahms
sont :
1 - Car c'est de l'homme qu'elle procède (Ecclésiaste 3:19-22)
2 - Je me suis retourné et j'ai regardé (Ecclésiaste 4:1–3)
3 - Ô mort, que tu es amère de la part de Jésus ! Siracide (Ben Sirac
le Sage) 41: 1-2
4 – "Lorsque je parle aux gens" de la première lettre de Paul aux
Corinthiens 13 :1–3, 12–13 (Bible de Luther)
Kathleen Ferrier en 1950
La création eut lieu en novembre 1896 à Vienne avec succès. La
difficulté d'interprétation est inouïe. J'entends par là que contrairement
aux lieder nourris de poésie destinés aux schubertiades et autres soirées
culturelles, ce cycle n'a rien de divertissant. Le chanter avec un excès de
lyrisme, comme une prouesse digne de l'opéra, sera un contresens.
Je dois dire que peu d'enregistrement me touchent car rares sont ceux qui
ne s'égarent pas, même légèrement, des règles énoncées ci-avant…
La voix idéale de
Kathleen Ferrier, à la gravité élégiaque et la plasticité du discours sans affectation
héritée du fait qu'elle suivit peu de formation académique du chant après
ses études de piano, entre en communion avec mon tempérament mystique et
émotif… (Ce phénomène est connu par chacun de nous dans tous les genres
musicaux.)
Ferrier
se joue avec une facilité déconcertante des exigences imposées par une
partition diabolique (si je puis dire 😊) : une tessiture très large dans
les basses et des possibilités de sauts dans l'aigu qui ont dû être
travaillées ardûment pour ce disque, l'absence totale de ligne de chant
opératique hors sujet, une technique sans faille pour aborder les phrases
longues écrites par
Brahms. Enfin, l'osmose est parfaite entre son expression poignante et la
complicité du jeu pianistique dense assuré ici par le pianiste québécois
John H. Newmark
(1904 - 1991).
Autre disque qui me plait : En 1951,
Hans Hotter
accompagné par le légendaire
Gerald Moore
! On retrouve en version masculine une profondeur de grande classe.
Janet Baker
et
André Previn
sont, une fois de plus une alternative passionnante avec une plus-value
sonore évidente, EMI 1978.
La gravure de
Kathleen Ferrier
n'a jamais quitté le catalogue et les lieder complètent la
Rhapsodie pour alto et chœur d'hommes
déjà commentée en 2019(Clic). Une biographie de la chanteuse anglaise disparue la quarantaine venue,
célèbre pour son interprétation fabuleuse du
chant de la Terre
de
Mahler
avec la
Philharmonie de Vienne
dirigée par
Bruno Walter
était à lire dans ce billet.
Écoute au casque ou avec des enceintes additionnelles plus que
conseillée.
Le son des PC, sauf exception, est vraiment une injure à la
musique…
INFO : Pour les vidéos ci-dessous, sous réserve d'une écoute directement sur la page web de la chronique… la lecture a lieu en continu sans publicité 😃 Cool.
Jaquette de la réédition en CD
Texte en allemand dans le site
Vier ernste Gesänge, op. 121
(La traduction en français du lied 1 est du charabia 😊)
Je propose celle-ci :
[1] Denn es gebet dem Moschen
[2] Ich wandte mich und sahe an
Car le sort des fils de l'homme est le même
que celui des bêtes,
comme l'une meurt,
ainsi meurt l'autre ;
ils ont tous un même souffle,
et l'homme n'a rien de plus que la bête ;
car tout est vanité.
Tout va dans un même lieu ;
tout a été fait de la poussière,
et tout retourne à la poussière.
Qui sait si l'esprit des fils de l'homme monte en haut,
et si le souffle de la bête descend en bas
dans la terre ?
C'est pourquoi j'ai vu qu'il n'y a rien de mieux
pour l'homme que de se réjouir de ses œuvres,
car c'est là sa part.
Car qui le conduira pour voir
ce qui sera après lui ?
« Je me suis tourné et j'ai regardé tous ceux
qui souffrent de l'injustice sous le soleil ;
Et voici, il y avait les larmes de ceux
qui subissaient l'injustice et n'avaient point de consolateur ;
Et ceux qui leur faisaient du tort étaient trop puissants,
de sorte qu'ils ne pouvaient avoir de consolateur.
Alors j'ai loué les morts,
qui étaient déjà trépassés,
plus que les vivants
qui étaient encore en vie ;
Et celui qui n'existe pas encore est meilleur que tous deux,
car il ne s'aperçoit pas du mal
qui se produit sous le soleil. »
[3]
O Tod, wie bitter
[4]
Wenn ich mit Menschen
« Ô Mort, combien tu es amère,
quand pense à toi un homme
qui vit des jours heureux et dans l'abondance,
et qui vit sans souci ;
et à qui tout réussit en toutes choses,
et qui peut encore bien manger !
Ô Mort, combien tu es amère.
Ô Mort, combien tu fais du bien à l'indigent
qui est faible et vieux,
qui est plongé dans tous les soucis,
et qui n'a rien de mieux à espérer
ni à attendre !
Ô Mort, combien tu fais du bien ! »
1 Quand je parlerais les langues des hommes et des
anges,
si je n'ai pas l'amour,
je suis un airain qui résonne, ou une cymbale qui retentit.
Et quand j'aurais le don de prophétie, que je connaîtrais tous les
mystères
et toute la connaissance, et que j'aurais toute la foi
jusqu'à transporter des montagnes,
si je n'ai pas l'amour, je ne suis rien.
Et quand je distribuerais tous mes biens pour nourrir les
pauvres,
et quand je livrerais mon corps pour être brûlé,
si je n'ai pas l'amour,
cela ne me sert de rien.
...
Aujourd'hui nous voyons au moyen d'un miroir,
d'une manière obscure,
mais alors nous verrons face à face.
Aujourd'hui je connais en partie,
mais alors je connaîtrais comme j'ai été connu.
Maintenant donc ces trois choses demeurent : la foi, l'espérance,
l'amour ;
mais la plus grande d'entre elles, c'est l'amour.