mardi 16 juin 2026

PRINCE - ”Purple Rain“ (1984) - par Pat Slade



Pour certains ce disque marque l’explosion du kid de minneapolis, pour les autres ce sera un avant goût du Love Symbol



Rogers Nelson
et la Pluie Violette




"Purple Rain" de Prince… Parlons un peu de ce monument de la musique qui, depuis 1984, continue de faire vibrer les âmes sensibles et de décoiffer les auditeurs les plus chics comme les plus rebelles. Sortez vos vestes en cuir, vos lunettes fumées et préparez-vous pour une plongée décontractée, détaillée et un poil humoristique dans l’univers bigarré de ce chef-d’œuvre.

D’abord, un peu de contexte : "Purple Rain" n’est pas qu’un simple album. C’est un cri d’amour, une montée en puissance, un melting-pot rock, funk, pop et R&B avec, en guest star, le génie fou de Prince. Et puis c’est aussi la bande originale du film du même nom. Oui, oui, Prince a tout fait comme un grand : acteur, musicien, producteur, styliste (les épaules XXL, ça ne s’invente pas), et même parfois philosophe de la chaussure violette.

"Let's Go Crazy", te balance direct une explosion d’énergie qui pourrait réveiller un somnambule en pleine sieste. C’est funky, c’est rock, c’est un hymne à “la vie est courte alors faisons la fête”. En mode : “Dearly beloved, we are gathered here today...” – Si tu n’as jamais envie de danser après ce début, c’est que tu as un problème. L’album est un savant mélange d’émotions, de styles et de folie douce. Les envolées nerveuses de "The Beautiful Ones", où Prince te balance un uppercut émotionnel sur fond de synthés hors normes. C’est la tension amoureuse et le drame romantique façon soap-opéra, mais en mieux, parce que chanté par un génie aux doigts magiques.

On ne peut pas parler de cet album sans mentionner "When Doves Cry", probablement le hit le plus emblématique. Cette chanson a tout cassé en 1984. Pourquoi ? Parce qu’elle brise toutes les règles : pas de basse, un rythme saccadé, des paroles cryptiques, et une interprétation vocale entre le calme absolu et le hurlement du cœur brisé. Quand elle arrive, c’est comme un coup de poing en velours dans ta face. Très Prince, très “j’en fais qu’à ma tête”.
Ensuite arrive "I Would Die 4 U" : un titre ultra catchy, presque hypnotique, où Prince joue les crooners divins et te rappelle que lui, il est prêt à tout pour toi. Littéralement. Le genre de chanson que tu peux écouter en boucle quand ton crush t’ignore mais que tu continues d’y croire coûte que coûte. L’album est un savant mélange d’émotions, de styles et de folie douce, de groove chaud comme "Baby I'm a Star" aux envolées nerveuses.

De la carrière superstar de Prince, c’est justement cette piste titre, "Purple Rain". Une ballade épique et un slow qui tue, qui te prend par la main, te fait baigner dans une pluie violette – mélange imaginaire de mélancolie, passion et coups de génie guitaristique. Le solo de guitare hendrixien ! Une référence digne du Mont Everest des riffs, façon "je pleure tout en jouant mais je reste classe". Frissons garantis. Les morceaux, parfois longs, te permettent de vraiment plonger dans les univers créatifs du monsieur. On sent qu’il y a derrière tout ça un gars qui ne joue pas simplement de la musique. Il compose des paysages sonores, des films dans ta tête, des épisodes intenses à revivre en boucle. Tu écoutes, tu fermes les yeux, et tu partages son voyage, entre ciel électrique et océan de sentiments.

Un détail qui fait sourire : Prince et son éternel refus d’être catalogué. Aucun style ne se suffit à lui-même sur "Purple Rain". Du rock, du funk, du gospel, du pop, du R&B, du psychédélique à peine voilé… Tout cohabite harmonieusement. Ce gars-là est un véritable caméléon musical, bien avant d'être cool. Et en plus, il t’habille ça dans un écrin sonique soigné, où chaque instrument trouve sa place, même les claviers vintages te font penser à une machine à remonter le temps.

Le packaging de l’époque ? Tout aussi iconique que la musique : une pochette violette, mystérieuse et sensuelle, fidèle à l’image de Prince. Le prince de la pop, le roi de la couleur purple, le maître du mix improbable mais réussi à 1000%. D’ailleurs, il faut préciser : purple rain est aussi une métaphore d’une émotion qui t’assaille, qui te trempe le cœur, mais qui est belle, étrangement belle.

Et puis le film… Ah le film ! Un mélange d’autofiction, de comédie romantique et de concert live. Le Prince multi-facettes y démontre qu’il est aussi charismatique qu’une rockstar légendaire, avec un look inimitable, un groupe de musiciens soudés, et des scènes de show absolument bluffantes. Bref, un combo gagnant qu’on n’oublie pas.

En résumé, "Purple Rain" est plus qu’un album. C’est une expérience d’écoute, un compagnon des soirées où tu as besoin de te sentir vivant, un élixir de passion et de mélancolie, le tout livré avec une bonne dose de groove et d’attitude. Prince y laisse éclater son talent brut, son exubérance artistique et une joie communicative.
Alors si vous ne connaissez pas encore ce petit bijou violet, faites-vous ce cadeau. Et si vous le connaissez, remettez-le sur votre platine, baissez les lumières et laissez-vous emporter par cette pluie violette qui ne cesse jamais de tomber sur nos oreilles et nos cœurs. Parce que comme Prince l’a prouvé, parfois, la pluie est faite pour danser sous elle… et pas seulement pour se mouiller.  

lundi 15 juin 2026

RIP - DAVID HOCKNEY (1937-2026) – Images – par Claude Toon


- Tiens Claude, un billet vite fait sur un peintre qui vient de disparaître… ça fait un bail…

- Oui Sonia, mais là, je suis un admirateur inconditionnel du peintre, disons tendance pop art anglais…

- Il est très connu par rapport aux autres artistes dont tu avais parlé. Tu proposes un ouvrage d'initiation ?

- Mouais, enfin l'impressionniste Alfred Sysley n'est pas vraiment un second couteau… les autres non plus d'ailleurs, juste un problème de promotion et d'éducation dans les cours d'arts plastiques !

Autoportrait

J'avais consacré en son temps quelques chroniques à des ouvrages sur des peintres peu connus. Je prends ma plume pour rédiger un hommage imagé au fabuleux peintre et illustrateur anglais qui vient de s'éteindre à 88 ans. Je pompe des idées essentielles sur Wikipédia, et surtout, évidence même, anime cette chronique de reproductions des œuvres de l'artiste.

 

Je vous laisse apprécier, ou pas, des illustrations montrant diverses facettes d'un homme éclectique, pas uniquement un peintre, comme souvent chez les grands créateurs. Les mots clés utilisés par Wikipédia me permettent de brosser un rapide portrait (ou profil) de l'homme :

Bien que né à Bradford en juillet 1937 et mort à Londres le 11 juin 2026,  David Hockney a beaucoup voyagé pour exercer ses talents : Angleterre bien entendu, CalifornieParis et même en Normandie dans le Pays d'Auge… Quand Je parle d'éclectisme, la liste de ses domaines créatifs confirme mon propos : peintre, portraitiste et paysagiste, dessinateur, graveur, décorateur, photographe et théoricien de l'art. Et plus de 60 ans de carrière...

Son style est reconnaissable entre mille : un dessin franc, des plages de teintes vives bien délimitées, la couleur est utilisée de manière quasiment uniformisée. On pourra penser à certaines BD de l'école belge et même, sans le surréalisme, au douanier Rousseau qui lui, était fâché avec la géométrie et la perspective… Maggy Toon m'en a parlé. Elle venait de visiter une belle exposition à l'Orangerie. Ces analogies n'engagent que ma vision de son art.

 

Il existe un superbe ouvrage réunissant plus de 300 œuvres sélectionnées par Hockney lui-même, un peu rare à dénicher mais pas trop cher… Cela dit, pour un cadeau de Noël à un amateur…

Éditeur : Thames & Hudson

Date de publication : 2024

Langue : Français

Nombre de pages de l'édition : 368

 

Nota : les tableaux miniaturisés présentés ci-dessous ne rendent pas complètement justice à la très grande taille des originaux. Je recommande aux passionnés de voyager dans l'univers de David Hockney via internet. On trouve nombre de photos de visiteurs ou du peintre lui-même devant les tableaux apparaissant... tels des liliputiens 😊.

Je ne détaille pas plus. Bonne visite



dimanche 14 juin 2026

UN BEST-OF POUR LES GAUCHERS


MARDI : Pat s’est attaqué à un monument, le « Electric Ladyland » dernier (double) album enregistré par Jimi Hendrix de son vivant, un condensé d’électricité pur, un diamant brut poli par la virtuosité, l’expérimentation et l’audace créative.

MERCREDI : le débat fait rage, qui sont les précurseurs du southern rock ? Pour Bruno c’est évidemment le Allman Brother Band, qui dégainait dès 1969 ce premier album en tous points parfait, un cap, une péninsule, que dis-je, un phare dont le rayon va éclairer une bonne partie de la planète.


JEUDI : C'est un trou de verdure où chante une rivière… d’où le terme trouvère (si, si). L’éclectique Pat* délaisse les guitares hendrixiennes pour l’opéra et le « Trouvère » de Verdi, drame lyrique du génie italien qui mixe plusieurs ingrédients, tragédie, amour impossible, vendetta.

VENDREDI : sujet casse-gueule, « L’Abandon » retrace les onze derniers jours de Samuel Paty. Le film de Vincent Garenq pointe les défaillances multiples qui ont conduit au drame, mais n’échappe pas à un certain manichéisme dû aux maladresses d’interprétation, et pose la question : fallait-il réaliser ce film si tôt ?


👉 Du très lourd la semaine prochaine avec deux pointures, deux créateurs de génie, Prince sous une pluie violette, et un hommage à Miles Davis. De la musique classique au cinéma avec le documentaire Nous l’orchestre, et chez Bruno… j’ai vu l'début du brouillon, je n’ose y croire... surement un leurre. 

Dernière heure : un comité de direction exceptionnel (un samedi) en visioconférence a désigné comme volontaire le Toon comme rédacteur d'un hommage "fortement illustré" à David Hockney, immense artiste "popart" anglais. Publication lundi...

note pour la compta, ce n'est pas parce que Pat a publié deux fois qu'il doit être payé double, les temps sont durs, Ormuz, tout ça... Par contre le gars qui écrit les best-of aurait besoin d'une petite rallonge.   


Un dernier salut à Frank Michael (79 ans aux nougats). 

Michael Franks, lui, va toujours bien. 


vendredi 12 juin 2026

L'ABANDON de Vincent Garenq (2026) par Luc B.


Etait-ce utile de faire ce film maintenant ? Un film dossier, à teneur pédagogique, dont nos chers politiques ne sont empressés de demander qu’il soit diffusé dans toutes les écoles. Bon courage ! Va-t-on dire aux élèves ceux qui craignent d'être choqués peuvent sortir de la salle ?  

Les faits sont tristement connus, je ne vais pas y revenir, tout a été dit, expliqué, décortiqué. Le film de Vincent Garenq, qui s’est déjà inspiré par le passé de faits réels médiatisés (les affaires Krombach, Clearstream & Denis Robert) revient sur les onze derniers jours de Samuel Paty, l’enchaînement de circonstances qui ont conduit à son assassinat. Sur cet aspect, rien à redire, le scénario est tiré d’un livre-enquête de Stéphane Simon, sur des PV d’enquête, avec la collaboration de Mickaëlle Paty, la sœur du professeur d’histoire.

Tout est verrouillé, relu, vérifié. Le film est construit sur un compte à rebours, l’agression fatale, puis le retour en arrière. Je pense que les auteurs auraient pu rechercher un autre mode narratif, avec pourquoi pas différents point de vue, mais l’affaire est trop récente, trop dans les mémoires pour proposer autre chose que les faits rien que les faits. D’où la question initiale : fallait-il faire ce film, maintenant ?

Néanmoins, j’avoue que les dernières séquences oppressent la poitrine, distille angoisse et (faux) suspens. Car on connaît l’issue tragique, mais on espère qu’elle ne se réalisera pas. C’est idiot, mais c’est comme ça. Le réalisateur confronte ce qu’il se passe à l’extérieur du collège, le repérage de l’assassin (dont je n’ai pas aimé cette incarnation anonyme qui ponctue le récit), le piège tendu grâce à la complicité de certains élèves alléchés par quelques billets. Et ce qu’il se passe à l’intérieur, le personnel affolé, dépassé par les évènements, incapable d’une action coordonnée. La directrice paumée dans les directives zofficielles, des dizaines de services aux acronymes longs comme le bras, on en rirait presque.

Le film montre bien la multitude d’intervenants, policiers, référent laïcité (ça existe?), rectorat, tous bien intentionnés mais totalement hors-sol, et adeptes du pas de vague, sujet est sensible… Justement comme dans le film PAS DE VAGUE (2024) de Teddy Lussi-Modeste avec François Civil en prof lynché [lien ci-dessous]. On voit certains collègues de Paty qui se désolidarisent (de quoi ?) je n'ai pas cerné leurs motifs. Joli travelling plan large sur l’ensemble des profs en réunion, chacun argumente, et la caméra s’avance vers Paty, le cadrant seul à l’image, reflet de ce sentiment d’abandon.

Vincent Garenq a dû cogiter pour trouver la manière de montrer le meurtre. Il opte pour le off (manière de se défausser, ou par respect ?) le regard d’une gamine témoin de la scène que l’assassin bouscule (« fous l’camp toi ! »). Le point de vue off est encore adopté lorsque la directrice comprend ce qui est arrivé en entendant les sirènes des voitures de police qui convergent sur le lieu du drame. Moment réussi. 

L'épilogue est finalement la plus intéressante, qui montre l’arrestation des différents protagonistes, les premiers interrogatoires, dont celui Bachira Saidi, l’élève à l’origine du drame, qui persiste dans ses mensonges. Puis l’enquête administrative qui pointe les défaillances des services de police, la surveillance des menaces terroristes. Situations parfois ubuesques, comme lorsque Paty, visé par une plainte du père de Bachira, n’est plus autorisé à parler aux parties du dossier, donc absent à la réunion de conciliation ! Plainte rédigée ainsi : « diffusion d’images pornographiques à des mineurs », que le flic balaie d’un revers : « c’est pas moi qui ait pris la déposition, mais on n’va pas chipoter, on rectifiera plus tard »

Tous ces aspects sont plutôt bien décrits. Ou plutôt illustrés. Car il s’agit bien de cela, illustrer cette affaire ignoble. Là où ça coince, c’est que le film n’émeut pas, ou peu. On n’apprend rien de Samuel Paty, assez froid voire antipathique dans le film (Antoine Reinartz ne semble pas quoi faire du rôle) il n’est qu’une fonction, un rouage comme les autres personnages. 

Il y a les bons et les méchants. S'il y a les musulmans radicaux (le père de l'élève, le faux-imam qui relaie l'affaire) on rééquilibre avec des modérés, qui s'indignent d'une telle cabale sans fondement. Il y a l'élève délatrice, et celle à la fin qui lit l'hommage à son prof, celle qui était sortie de classe (sur invitation de Paty, et non injonction) pour ne pas être choquée par les caricatures diffusées en cours. Les profs qui se désolidarisent, ceux qui soutiennent leur collègue. Seule zone grise, la directrice très emmerdée par cette affaire dont elle se serait bien passée, mais contrainte d'en prendre la mesure. 

On sent les acteurs investis dans leur rôle, au mauvais sens du terme, comme engoncés dans un costard taillé trop court. Quelques uns s'en sortent (Emmanuelle Bercot, Jean-Michel Lahmi) mais le reste de la distribution est assez catastrophique. Je ne sais pas comment ils ont été dirigés, sur des œufs visiblement. Le père de Bachira Saidi, est une caricature ambulante. 

L’ABANDON est sûrement un film utile, dans un format grand public, tant mieux. Bien que je doute de sa vertu pédagogique. Tel que réalisé, je ne suis pas certain de son impact sur les consciences. Il ne parvient pas à rendre à l'écran le traumatisme vécu à la nouvelle de la mort de Paty (sentiment qui n'engage que moi). Un documentaire étayé, clinique, sans la représentation filtrée de la comédie, confrontant les protagonistes à leurs responsabilités aurait été sans doute plus efficace. Même réflexion à propos du Bataclan, dont le récit strictement documentaire est plus fort que les semi-fictions. Parfois, le réel ne peut se transposer à l'écran. 

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Sur le sujet, article sur le film : PAS DE VAGUE



couleur - 1h40 - scope 1:2.3