L’opéra est l'un des thèmes les moins abordés au Déblocnot, pourtant je
pense qu’il doit y avoir des amateurs d'art lyrique parmi nos
lecteurs.
Précisons tout de même que Claude Toon s'est penché sur les montagnes
du genre : Tristan et Isolde et Parsifal de Wagner et l'intégrale du Ring (4 opéras) par Clemens Krauss à écouter, Pelleas et Mélisande de Debussy, le sanglant Salomé de Richard Strauss, Der Freischütz de Weber (Carlos Kleiber bien entendu) et moins connu : La Ville mortede Korngold. En un mot des hits 😉. De mon côté : Berlioz
et La damanation de faust et
d'Offenbach : La belle Hélène... et à quatre mains, l'opéra des opéras :
Carmen de Bizet... Tout cela est référencé dans l'index...
la revanche des femmes
Même si les femmes ont une triste fin dans ”le Trouvère“,comme dans beaucoupd’opèras en général,
’il existe plus de livrets qu’on ne pense où des héroïnes fortes voient
leurs ambitions récompensées,
d’autre part, parce que, sur le plan moral, les dames l’emportent
souvent haut la main sur les messieurs qui ne sont que d’affreux
personnages.
"Le Trouvère" de Verdi, voilà une œuvre qui ne
laisse personne indifférent ! Si vous avez déjà eu la chance d’écouter
cet opéra, il est intense, passionné, presque brûlant. Pour les autres,
laissez-moi vous embarquer dans un petit voyage au cœur de ce
chef-d’œuvre du XIXe siècle.
D’abord, un peu de contexte : "Le Trouvère" (ou "Il Trovatore" en italien) et non ”Le trou Vert“, un film porno italo-écolo oublié, a été créé en 1853. C’est l’une des œuvres les plus jouées de Verdi, et pour cause, elle a tout pour plaire. On y trouve drame, amour,
guerre, vengeance, et surtout une musique qui tape juste là où ça fait
vibrer. L’intrigue est sombre et assez labyrinthique, mais ne vous
inquiétez pas, je vais essayer de la résumer sans spoiler... ne pas
anticiper le moindre frisson.
L’histoire se déroule en Espagne au XVe siècle, ça sent la poussière,
les armures rouillées et les vieux châteaux mystérieux. On suit deux
personnages principaux : Manrico, un troubadour aussi talentueux que courageux, et le comte di Luna, son rival acharné. Leurs destins sont liés par un passé trouble –
imaginez un secret de famille bien gardé, des retrouvailles explosives
et une bonne dose de jalousie. Entre eux, la belle
Leonora, une dame au cœur tiraillé entre l’amour et le devoir.
Ce qui frappe immédiatement avec "Le Trouvère", est la force émotionnelle de la ligne de chant. Verdi ne fait pas dans la demi-mesure : les airs sont puissants, certains
quasiment guerriers, mais a contrario exprime parfois une tendresse
bouleversante. Prenez l’air de Manrico, "Di quella pira" – c’est légendaire ! Il sort des tripes et vous donne envie de
crier, de chanter à tue-tête avec lui. Ce moment est un vrai coup de
boost, un shot d’adrénaline pure.
Mais ce n’est pas seulement un festival de voix surpuissantes.
L’orchestre joue un rôle clé, donnant une ambiance souvent sombre,
presque gothique, qui colle parfaitement à la tragédie sur scène. Les
choeurs, eux, apportent cette dimension épique, comme une foule
invisible qui assiste, encourage, condamne.
Au-delà de la musique, ce qui m’a toujours plu dans "Le Trouvère
", c’est la richesse psychologique des personnages. Chacun a ses
failles et ses choix cornéliens. Leonora, par exemple, incarne cette femme déchirée, capable de grande
détermination mais aussi de profonde vulnérabilité. Elle n’est pas
juste une potiche décorative, elle agit, elle décide, elle souffre.
Quant à Manrico, voici un héros romantique au sang chaud, mais pas sans nuances. Et
côté antagoniste, le comte di Luna, froid et implacable, nous rappelle que la haine peut ronger un
homme jusqu’à sa propre destruction.
Quand on regarde l’opéra dans son ensemble, on s’aperçoit que Verdi a
su mixer plusieurs ingrédients classiques – tragédie, amour impossible,
vendetta – avec son génie personnel. Résultat ? Un spectacle qui tient
en haleine du début à la fin, où chaque acte apporte son lot de
surprises et d’émotions fortes.Et puis, évidemment, la mise en scène contemporaine apporte souvent
un regard neuf. Certains metteurs en scène aiment jouer avec l’aspect
gothique et presque surnaturel de l’histoire, tandis que d’autres
préfèrent miser sur la psychologie des personnages. À vous de choisir
ce qui vous parle le plus !
En conclusion, "Le Trouvère" n’est pas seulement un opéra à écouter ; c’est une expérience à
vivre. Que vous soyez un habitué des salles d’opéra ou un néophyte
curieux, n’hésitez pas à plonger dans cet univers ardent et
passionné. Verdi
vous embarque dans une tempête d’émotions où la musique transcende
tout. Et si vous repartez avec un "Di quella pira" coincé dans la tête, eh bien… c’est signe que vous venez de vivre
quelque chose d’unique !
Alors prêt pour le voyage ? Prenez votre billet pour l’Espagne du XVe
siècle, car avec "Le Trouvère", Verdi nous rappelle que l’opéra
est avant tout une aventure humaine et musicale inoubliable. À vos
places, rideau, et que la musique commence !
Ma découverte de cet opéra a eu lieu avec la version de
Zubin Mehta et le New Philarmonia
Orchestra aves Placido Domingo et
Léontyne Price de 1971. Je me
penche sur une sélection de ses enregistrements discographiques majeurs,
qui ont contribué à perpétuer la magie de cette œuvre à travers les
décennies.
Parmi les enregistrements les plus emblématiques, celui dirigé par
Herbert von Karajan avec le
Philharmonique de Berlin, mettant en vedette des voix telles que celle
de Leontyne Price et de
Franco Corelli enregistré en
1962 et dépoussiéré en 2013, se distingue par son
équilibre parfait entre puissance orchestrale et nuances vocales. La
direction de Karajan apporte une
épaisseur dramatique saisissante, tandis que les solistes incarnent
avec passion les personnages tourmentés de l’opéra.
Un autre enregistrement marquant est celui de Riccardo Muti
avec l’Orchestre du Teatro alla Scala, qui offre une approche plus
traditionnelle et authentique, respectant la vivacité et la clarté
de la partition originale. La soprano Edita Gruberova
y brille par son agilité et sa sensibilité, tandis que les chœurs
et l’orchestre se montrent d’une précision remarquable.
Enfin, la version dirigée par
James Levine au Metropolitan Opera de
New York illustre une interprétation plus contemporaine, où
l’intensité dramatique est amplifiée par une mise en scène sonore
moderne. Les voix de
Placido Domingo et de
Mirella Freni apportent une
profondeur émotionnelle unique, rendant justice à la complexité des
personnages. Une dernière que j’aime beaucoup, celle de
Carlos Kleiber avec
Ileanna Cotrubas et encore
Placido Domingo.
Ces différentes interprétations témoignent de la richesse infinie de
”Le Trouvère“, un opéra capable de se réinventer tout en restant fidèle à son
essence tragique et passionnée. Chaque disque offre une expérience
auditive singulière, permettant aux mélomanes de redécouvrir cette
œuvre magistrale sous des angles variés, tout en célébrant le génie de Verdi.
Deux extraits :
J'ai demandé à Claude Toon de me proposer une vidéo de l'intégrale. Il m'a
déniché une version dite de "derrière les fagots" dirigée par
Richard Bonhinge en 1976 avec une sacrée distribution... :
Version très cotée juste après celle au son impossible de Maria Callas de
1953 appréciée des critiques pros. Mais comme ni moi, ni Claude, ni Maggy
Toon n'aimons particulièrement la voix de la Diva... Exit 😀.
Où,
quand et avec qui débute la longue et riche histoire du
southern-rock ? Certains s’empresseront de mettre en avant Lynyrd
Skynyrd, d’autant que ses origines remontent aux années
soixante. Précisément en 1964. Mais à l’époque ce n’étaient
que des adolescents, et, bien que la plupart des acteurs principaux aient déjà été en place, ce n’est que progressivement, lentement,
que ce groupe légendaire va acquérir le caractère qu’on lui
connaît. Et puis, son premier disque ne date que de 1973. D’autres
brandissent fièrement Creedence Clearwater Revival ; cependant, si
le groupe de John Fogerty a indéniablement marqué à jamais
l’Amérique, et même si sa musique résonne comme extirpée des
bayous, il reste avant tout un groupe Californien. Il y a aussi
un certain Charlie Daniels, un vétéran qui se produit depuis les
années 50, et qui, entre diverses séances de studio pour autrui,
commence depuis quelque temps à se produire en solo en mélangeant
allégrement blues, country et rock. Son premier album sort en 1971.
Son rôle dans le développement du dit « rock sudiste » est
indéniable, mais le gars est aussi foncièrement attaché à la
country. Il y en a au fond de la classe, près du chauffage, qui
mentionnent crânement Wet Willie, avec déjà un premier opus sorti
en 1970. Toutefois, ce groupe d’excellents musiciens parait
finalement plus une extension, certes bien rock’n’roll, d’un
rhythm’n’blues énergique qu’une formation de southern-rock
stricto sensu. De plus, hélas, ses disques ont rapidement
glissé vers des sonorités plus neutres (fades ?) et sucrées ;
restent ses très bonnes prestations scéniques… évoquant un J
Geils Band sudiste. Tony Joe White ? Pourquoi pas, mais ne serait-ce
pas plutôt du Swamp-rock ? Delaney & Bonnie ? Aaahhh…
effectivement, on ne peut dénier qu’il y ait déjà dans leur
premier essai de 1969, un souffle, un groove qui va nourrir parmi les
meilleurs morceaux du genre. Mais… le duo joue principalement
dans la catégorie Soul et rhythm’n’blues. Et le Eric Quincy
Tate ? Ha, ha , ha ! N’était-ce pas Tony Joe White lui-même qui
disait que ce groupe était le premier du genre avant même que
l’appellation existe ? Alors ?
Alors,
il est bien probable qu'il y ait simplement eu à la fin des années,
au sud-est des USA, une scène particulièrement riche qui s'est
rapidement détournée – ou juste désintéressée - du
psychédélisme pour se recentrer sur des fondamentaux issus du
Blues, de la Soul et de la Country, en y injectant parfois un nappage
jazzy. Le tout, évidemment, sous l'égide des divinités du
Rock. Chaque groupe apportant d'une manière ou d'une autre sa
pierre à l'édifice, chaque groupe restant attentif aux collègues,
s'en nourrissant – d'ailleurs, certains musiciens papillonnent
parfois entre diverses formations. Un brassage qui va vite devenir non pas une recette, mais un genre relativement à part.
Ainsi
donc, il serait plus juste de parler d'acteurs fondamentaux, voire de
pionniers de ce rock dit « sudiste » ou « southern », que d'un seul et unique créateur.
Cependant,
en 1969, Atco Record publie le premier album d'un obscur sextet, qui semble bien poser, pour la première fois, discographiquement
parlant, les bases d'un genre nouveau. Et quelles bases, mes
aïeux ! Pourtant, cette galette à la pochette peu engageante
– une photo mal exposée et mal définie, le lettrage du patronyme
sans relief, des gus filiformes paraissant perdus, peu concernés
-, n'a pas fait vraiment de vagues en dehors de la Floride et de la
Georgie, malgré une réception positive de la presse (1). L'album
parvient néanmoins à s'introduire dans les charts (188ème place)
avec environ 35000 ventes, mais le single ne trouve pas son public.
Rien de folichon. Pourtant, il semblerait bien que cet album éponyme
est l'un des jalons des plus importants dans la musique populaire américaine.
C'est une borne, une balise, un phare dont le rayon va éclairer une
bonne partie de la surface de la planète.
Ce
premier jet du Allman Brothers Band frappe par son professionnalisme,
sa maîtrise, son évidence. On a peine à croire à l'âge des
musiciens, tant leur musique semble refléter celle d'un groupe rôdé
par l'expérience, la route, les épreuves de la vie. Notamment le
jeune Gregg Allman qui, à l'aube de ses vingt-et-un ans, chanterait
pourtant presque comme un vieux bluesman éreinté par une vie de
labeur. Mais il est vrai que tous ont débuté bien jeunes, se
produisant déjà régulièrement sur scène dès l'adolescence. Sans
oublier que les frangins Allman, Duane et Gregg, ont déjà
enregistré deux albums – sous le patronyme de Hour Glass, en 1967
et 1968. L'aîné, Allman, joue aussi régulièrement pour le fameux
studio d'enregistrement Muscle Shoals, en Alabama, et a même été
sollicité par le studio d'Atlantic à New-York – pour Aretha
Franklin. De jeunes gens, certes, mais pas des amateurs.
Dès
le premier mouvement de la reprise du « Don't Want You no
More » en version instrumentale, qui n'a plus guère de rapport
avec l'original du Spencer Davis Group, au point où si les auteurs de leur inspiration n'avaient été mentionnés, on n'y aurait vu que du feu (mais
ces gars sont honnêtes... au contraire, peut-être, de certains loustics Anglais),
on accède à un nouvel univers (pour l'époque) où le jazz fornique
avec le rock et des ingrédients latins (ou hispanique) – possible
que les prestations du Santana Blues Band aient déjà marqué (traumatisé ?) bien des musiciens. Une chaleureuse entrée en
matière bourrée d'énergie et dotée d'un groove rare (nouveau),
insufflé par deux percussionnistes exceptionnels : Jay Johanny
Johnson dit « Jaimoe » et Claude Hudson « Butch »
Trucks. Ces deux-là sont le moteur du groupe. Un moteur qui impose
son rythme, son souffle et sa puissance. Poussant les musiciens à
aller de l'avant, à s'envoler vers des cieux alors jamais fréquentés
– ou si peu.
Quelques années avant Wishbone Ash, et plus encore
avant Thin Lizzy, on y entend des guitares harmonisées. Celle de
l'aîné Duane Allman et celle de Forrest Richard « Dickey »
Betts. Gibson only, Les Paul principalement avec une Gold Top pour
Duane et probablement une SG en plus pour Dickey. En seulement deux
minutes, les Allman développent de nouvelles perspectives. Mais, non
contents de nous saisir d'entrée à la gorge, ces assassins nous
achèvent prestement avec l'enchaînement sur le slow-blues « It's
Not my Cross to Bear ». Une tuerie. Le truc à faire verser une
larme à un vieux troll pourfendeur de crânes. Duane, qui est
l'instigateur du groupe, l'avait bien dit : « il nous faut
un chanteur. Je ne vois que mon petit frère » (un truc comme
ça, en résumé...). Et on ne peut que lui donner raison. Dès les
premières secondes, lorsqu'il se présente avec des grognements de
vieux guerrier blasé, on comprend que ce gars-là va mettre tout le
monde d'accord. Le slow-blues, lui, est des plus communs, mais la
voix éraillée de Gregg Allman fait la différence, fait croire, ressentir,
son histoire, (le
cœur en peine, Gregg a écrit ces paroles à la suite de la rupture
avec une amante – ce qui ne sera pour le blondinet que le début d'une
longue série), tandis que les soli de Duane nous font
croire à d'autres mondes parallèles plus cléments. Jusqu'alors,
les blanc-becs capables d'émouvoir autant avec une gratte se comptaient
sur les doigts d'une main amputée (l'influence
de B.B. King est évidente). Une mandale dont on a peine à
se remettre.
Suit
le nerveux et impétueux « Black Hearted Woman », qui aurait pu être une simple réinterprétation (corruption ?) d'un Chicago Blues, s'il n'y avait eu cette pulsation latine – la double rythmique
percussive de Jaimoe et Butch - tout en lestant cette dernière d'une forte teneur
rock. Ce sera finalement un terreau dans lequel vont puiser les
Allman eux-mêmes, mais aussi quantité de groupes peu scrupuleux ou
au contraire transis d'admiration. Le break vocal et tribal à trois
minutes quarante sera d'ailleurs repris – plutôt deux fois qu'une
- par Foghat. Et quand on parle de Chicago Blues... la bande déroule
un « Trouble No More » de Muddy Waters revisité. Une
pièce qui a son importance, dans le sens où c'est avec elle que la
troupe a pris forme ; le jour où Gregg a débarqué en pleine
répétition, précisément pendant que ce morceau était travaillé - initialement avec Berry Oakley au chant -, et qu'il y pose sa voix, chantant pour la
première fois avec le groupe monté, pièce par pièce, par son
frère (2). La légende dit qu'une fois le morceau bouclé, dans le
lourd silence qui suivit, tous les musiciens présents étaient
convaincus que le groupe qu'ils formaient allait casser la baraque.
Sur
le Heavy-blues « Every Hungry Woman »,un peu dans le
style du Chicago Transit Authority, Gregg râle tel un vieux guerrier
levant haut sa hache, avant de l'abattre. Avec son tempérament
onirique, « Dreams » tranche radicalement. Sur ce morceau, la basse
installe un rythme de croisière pépère, tandis que l'orgue Hammond
B3 couche des nappes de brumes opiacées sur lesquelles la slide de
Duane vagabonde comme si elle était étrangère à l'attraction - Duane n'avait pas été surnommé Skyman sans raison (3). Une
pièce qui sent un peu le patchouli, et qui reste plutôt à part dans le
répertoire des Allman.
de G à D : B. Oakley, Jaimoe, D. Betts, B. Truks, Gregg et Duane
Et puis, évidemment, il y a leur classique - classique parmi les classiques, sachant que déjà ce premier album en contient une majorité -, l'essence même de l'Allman, "Whipping Post". Tant de fois repris - souvent maladroitement -, tant de fois plagié. Ce morceau quasi emblématique, qui arrive comme un lointain orage d'été, doucement, sombrement. S'annonçant en grondant sourdement à travers la basse autoritaire d'Oakley, la rythmique en binôme de Jaimoe et Butch déchirant un dôme de chaleur accablante, tandis que guitares et orgue rafraîchissent flore et esprits dans une saine averse régénératrice. Bien entendu, en comparaison de la version live - et notamment celle gravée pour la postérité sur le fameux " At Fillmore East " de 1971 -, elle fait l'effet d'une belle ébauche, mais cette version demeure la première pierre posée pour l'édifice qui va rassembler tous les morceaux de bravoure du southern rock à venir. En l'occurrence, tous ceux qui vont se laisser aller, s'étirer dans des cavalcades de guitares fières et bravaches. "J'ai été déprimé et on m'a menti. Et je ne sais pas pourquoi j'ai laissé cette méchante femme me ridiculiser. Elle a pris tout mon argent et détruit ma nouvelle voiture. Maintenant, elle est avec un de mes bons amis. Ils boivent un coup dans un bar à l'autre bout de la ville. Parfois je ressens, parfois je ressens comme si j'étais lié au poste de fouet... Bon dieu, j'ai l'impression de mourir. Mes amis me disent que j'ai vraiment été idiot... Je me noie dans le chagrin en regardant ce que tu as fait" Des paroles en partie prémonitoires... car la vie sentimentale de Gregg Allman aura été des plus tumultueuses (elle fit même les tabloïds, en particulier lors de ses incessantes ruptures et rabibochages avec Cher - ainsi que mariage et divorce). En plus de diverses relations libres - généralement chaotiques -, il a été marié sept fois, la plus longue union (sous serment) ayant durée sept ans. Mais, au contraire de la chanson, c'est plutôt lui-même qui était responsable de ses échecs récurrents, la faute incombant à ses addictions.
Sept
morceaux pour trente-trois minutes et des poussières, mais quelle
intensité ! Absolument aucun déchet, aucun temps mort. La
classe avec un "C" majuscule. Le « Allman Brothers Band » était alors
frais, sans pression, et pas encore cramé par les excès – ces
diverses addictions qui vont malheureusement les plomber, alors
qu'ils auraient pu être parmi les ténors incontournables des USA
(voire plus) ; mais peut être que ça fait aussi partie de leur
légende. À mon sens, l'un de leurs meilleurs albums studio, et, qui de
plus, n'a pas pris une ride. D'ailleurs, imaginez, un groupe qui aujourd'hui sortirait un tel album... on crierait au génie. Plus de
cinquante ans plus tard (!), ce disque remue toujours les tripes et
ébranle le palpitant. De l'Art, avec un grand « A ». Des
années plus tard, même Warren Haynes, qui passa tout de même
vingt-cinq années au sein des Allman, considère la période
1969-1971 - soit celle de Duane Allman - comme la meilleure, la plus riche et
inspirante.
Pour en savoir un peu plus sur le Allman Brothers Band, l'éditeur "Le Mot et Le Reste" a récemment publié un bon bouquin : "The Allman Brothers Band" de Bertrand Bouard. Un livre qui pourrait s'avérer succinct pour certains - l'auteur sachant aller à l'essentiel -, mais indéniablement intéressant pour tous ceux qui voudraient appréhender, et se plonger, dans la musique du Allman Brothers Band.
la
photographie ornant l'intérieur aurait été plus amusante et percutante (provocatrice ?),
avec ces échalas nus, trempant dans une rivière arborée
À
l'époque avec Reese Wynans, le claviériste qui se fera un nom en
accompagnant Stevie Ray Vaughan à partir de 1985 - et donc du magnifique album "Soul To Soul". Actuellement, toujours fringuant
auprès du jeune Joe Bonamassa. Reese qui a été aussi un musicien de studio recherché et apprécié. Pour mémoire, il a fait également partie de la seconde mouture de Captain Beyond - le second groupe de Rob Evans.
Ses immenses favoris tombants lui valurent aussi, plus tard, le sobriquet de "Skydog"
Aujourd’hui je m’attaque à une montagne, je dirai même au toit du
monde.
L’Enfant Vaudou au Pays de la Dame Electrique
”Electric Ladyland“. Ce nom seul fait vibrer les cœurs des aficionados de Jimi Hendrix
et des passionnés de guitares électriques. Sorti en 1968, ce troisième et dernier album studio du mythique guitariste et
compositeur est souvent considéré comme le sommet de sa carrière,
voire une révolution complète dans le paysage musical du rock.
Mais derrière ce chef-d’œuvre se cache bien plus qu’une simple
collection de morceaux : c’est un véritable voyage psychédélique,
une explosion d’innovations sonores et un manifeste de liberté
artistique.
Avant de plonger dans le vif du sujet, plantons rapidement le
décor. En 1968, le rock n’est plus seulement un genre musical, c’est un mouvement
culturel. La contre-culture explose, les drogues psychédéliques
envahissent les esprits créatifs, et la musique devient le vecteur
idéal pour exprimer cette nouvelle liberté. Hendrix, multi-instrumentiste génial et showman hors pair, est déjà une
icône. Avec ”Are You Experience“ et ”Axis: Bold as Love“, il a secoué l’univers des six cordes. Mais avec ”Electric Ladyland“, il décide de pousser le bouchon encore plus loin.
Dès les premières notes, on sent que cet album ne ressemblera à
rien d’autre. On y trouve un melting-pot étonnant entre blues, rock
psychédélique, funk, soul et même un soupçon de jazz. Chaque piste
est presque une expérience sensorielle différente.
Hendrix ne se contente pas de jouer
de la guitare, il expérimente, bidouille les sons, manipule les
effets et repousse les limites de l’amplification.
La pochette, qui montre un collage visuel psychédélique et
troublant (avec une version européenne controversée affichant des modèles nus,
polémique garantie en 68 !), annonce la couleur : on est là pour un trip sans concession.
Produire *Electric Ladyland* n’a pas été une mince affaire. Hendrix
a passé des mois enfermé dans les studios de New York, entouré
d’ingénieurs du son, d’invités prestigieux comme Steve Winwood ou Buddy Miles
et de toute une équipe prête à explorer chaque facette de sa
musique. Le résultat ? Un album dense, parfois surchargé, mais
toujours captivant. Ça bourdonne, ça gronde, ça s’échappe, bref,
c’est un vrai feu d’artifice sonore. Le mixage de l’album est aussi
un point d’attention. Contrairement à ses précédents opus, *Electric Ladyland* propose une richesse spatiale, avec des couches de sons qui se
répondent, se croisent et vous embarquent littéralement dans le
studio, comme si vous assistiez à une jam session secrète.
À sa sortie, l’album a reçu un accueil mitigé de la critique,
certains le trouvant trop brouillon ou prétentieux. Mais le public,
lui, a adoré cette audace et cette énergie brute. Au fil des
décennies, ”Electric Ladyland“ s’est imposé comme un pilier du rock psychédélique et a inspiré des
générations entières de musiciens.
Cet album témoigne aussi d’une époque magique où la musique n’était
pas justifiée par des règles strictes mais était une libération
totale. Hendrix
y apparaît comme un artiste complet, capable de transcender son
instrument et de faire parler ses émotions à travers chaque
note.
C’est un condensé d’électricité pure. Parce que Jimi Hendrix
y est malade d’inventivité et que chaque écoute révèle un détail
nouveau. Parce que c’est un album qui défie le temps, qui fait
pétiller les oreilles et battre le cœur plus vite. Et surtout, parce
que dans ”Electric Ladyland“, le rock trouve un nouveau souffle, plus intense, plus profond,
plus détonnant. Alors branchez votre ampli, montez le volume et laissez-vous
emporter dans ce voyage à travers les territoires mystérieux et
flamboyants de Jimi Hendrix. Vous ne regarderez plus jamais la guitare électrique de la même
manière. Rock’n’roll et psychédélisme garantis, sans prise de tête,
mais avec un max de feeling.
Electric Ladyland studio
”...And The Gods Made Love“Ouverture en douceur, ou presque. Ce titre, c’est comme un
lever de soleil sur une plage extraterrestre, avec des nappes
de guitares distordues et des sons spatiaux qui vous caressent
délicatement les tympans.
Hendrix s’amuse ici à poser
une ambiance presque mystique, comme s’il voulait nous dire
que la création divine pouvait avoir un côté bien rock’n’roll.
Un prélude planant qui met direct dans l’ambiance "je vais te
faire voyager dans mon trip".
”Have You Ever Been (To Electric Ladyland)“Le cœur de l’album est arrivé. Cette chanson, c’est
l’invitation officielle à entrer dans le fameux "Electric Ladyland", la maison de la dame électrique, mais aussi le studio
mythique qu’Hendrix a conçu
pour enregistrer ses rêves sonores. La voix de
Jimi est chaude, sensuelle,
presque hypnotique. La basse groove, la batterie pulsen, bref,
on se fait prendre par la main pour fouler ce territoire
mystérieux où tout est possible. Pas étonnant que ce titre soit
devenu un classique du genre.
”Crosstown Traffic“Là, ça commence à carburer ! Un des hits les plus accessibles
et funky du disque. Avec son riff rapide et percutant, cette
chanson parle de circulation... mais version
Hendrix : c’est la circulation
infernale de la passion, de la frustration, et bien sûr du rock
qui bloque la route aux genres classiques. Son rythme funky,
nous rappelle que Jimi n’était
pas qu’un guitar hero, mais aussi un compositeur malin qui
savait mêler groove et mélodie accrocheuse Les cuivres
sautillants et le solo endiablé transforment ce morceau en
petite bombe à écouter en boucle en klaxonnant (mais sans blesser personne
!).
”Voodoo Chile“ Attention, pépite longue de plus de dix minutes, œuvre
majestueuse. Ici, Hendrix nous offre une jam session bluesy à
faire pâlir B.B. King et Muddy Waters. Le son est cru, brut, presque organique, du live avec son
larsen. On sent les doigts magiques du guitariste décoller
alors qu’il tisse des solos hypnotiques, flirtant avec le
sacré et le profane. Accompagné de Steve Winwood et Jack Casady, ce titre est un vrai rituel vaudou électrique, une transe
musicale qui vous tire vers le haut.
Jiùi et Steve Winwood
”Little Miss Strange“Changement de registre avec ce titre plus pop, presque
enfantin, écrit par
Noel Redding, le
bassiste. Mais attention, ne vous laissez pas berner par
cette douceur apparente, la mélodie est entêtante, le
rythme sautillant, et la voix de
Jimi, pleine d’humour,
donne à la chanson un charme fou. C’est comme une pause
acidulée avant de replonger dans les profondeurs du génie
hendrixien. Petite curiosité qui apporte légèreté et
sourire.
”Long Hot Summer Night“Retour à la sensualité et au groove brûlant. Ce morceau est
un véritable slow-rock, parfait pour glisser ses mains dans
les cheveux de quelqu’un, ou pour rêvasser à la chaleur d’une
nuit d’été interminable. Le chant de
Jimi est suave, soutenu par
une rythmique irrésistible. Une ballade électrique qui, malgré
son côté doux, dégage une énergie torride digne d’un barbecue
en plein désert californien.
”Come On (Part I)“Hendrix
reprend ce classique de
Chuck Berry avec un
entrain fou. Le riff déchaîné, la voix râpeuse, tout dans
ce morceau respire la fête et le rock’n’roll originel.
C’est une courte chanson, punchy, qui fait claquer les
doigts et taper du pied, un clin d’œil enjoué au passé
rock américain, remis à neuf façon héros
psychédélique.
”Gypsy Eyes“Un des morceaux les plus funky de l’album, avec un riff
accrocheur et une basse rondelette qui ronronne comme un
chat satisfait. Hendrix y
joue avec les effets wah-wah comme un magicien maniant sa
bâguette. L’ambiance est jazzy et hypnotique, presque un
peu mystérieuse, un vrai voyage au cœur de la nuit
urbaine, entre néons et vapeurs de whiskey.”Burning Of The Midnight Lamp“Ici, on descend encore d’un cran dans la sophistication.
Un arrangement de cordes subtils accompagne la
guitare délicate de Jimi,
donnant à ce titre une dimension presque baroque. La voix
est douce, presque mélancolique, et le texte parle de
solitude et d’angoisses nocturnes. On sent l’artiste en
pleine introspection, loin des excès habituels. Un bijou
de sensibilité qui enrichit la palette émotionnelle de
l’album.
”Rainy Day, Dream Away“Place à la jam psychédélique pure et dure. Ce morceau
propose une sorte de délire onirique, avec un groove
lent, des paroles décousues et un jeu de guitare
improvisé à souhait. Parfait pour fermer les yeux et
flotter dans une mer de couleurs fluorescentes. Ça sent
l’expérimentation et la liberté totale, comme si
Jimi disait : "Lâchez prise, c’est ma salle de jeux"”1983…
(A Merman I Should Turn To Be)“C’est le moment où
Hendrix emmène ses
auditeurs sous l’eau, littéralement. Ce morceau long et
hypnotique est truffé d’effets sonores aquatiques, de
claviers flottants et d’une guitare en apesanteur. Le
thème marin est un prétexte à une méditation sur
l’avenir et la transformation. C’est expérimental,
audacieux, parfois déroutant, mais toujours fascinant.
Le rêve aquatique devient un symbole d’évasion
suprême.
”House Burning Down“La tension monte de nouveau. Ce morceau explosif mêle le
funk au rock avec une efficacité redoutable. Le rythme est
haletant, la guitare crie sa rage, et la voix de
Jimi n’a jamais été aussi
incisive. L’image d’une maison qui brûle symbolise peut-être
la destruction nécessaire pour renaître, ou simplement le
feu intérieur d’un artiste en ébullition permanente. Bref,
ça brille, ça flamboie, ça secoue les amplis.
”All Along The Watchtower“Impossible de passer à coté de ce monument. La reprise de la
chanson de Bob Dylan est
devenue mythique grâce à l’interprétation volcanique d’Hendrix. Chaque note de guitare est une flèche enflammée, chaque riff un cri du cœur. Le trio basse-batterie-guitare
fonctionne à la perfection, et la tension qui monte crescendo est
incroyable. Un chef-d’œuvre intemporel, hymne générationnel,
conclusion explosive et sublime. "Voodoo Child (Slight Return)". Ce morceau est devenu légendaire, un incontournable des solos
épiques. Avec son riff hypnotique et son jeu de wah-wah enflammé, Hendrix
montre qu’il est le maître incontesté de la saturation et des effets.
Ce titre, souvent bouclé en live avec une intensité phénoménale, est
un appel à la révolte et à la puissance brute.
”Electric Ladyland
Jimi avec le Zim
“ est un diamant brut poli par la virtuosité,
l’expérimentation, et l’audace créative d’un génie en pleine
ébullition. Ce disque, parfois sombre, souvent éclatant,
toujours novateur, capture l’essence de la fin des 60’s
comme peu de disques peuvent le faire. Entre riffs
hallucinés, jams électriques et de poésie, Jimi Hendrix
nous offre un voyage à travers les âmes et les sons, un pavé
dans la mare du rock.
Enfin, écoutez-le fort, très fort, parce qu’ici, la Lady
électrique ne fait jamais semblant.