Voilà un roman qui ressemble fort à un programme
politique. Et pour cause…
Le 10 avril 2022, Emilien Long, candidat à la
présidentielle, attend dans son bureau les résultats du premier tour. Comment en est-il arrivé là, avec un programme aussi radical : la
semaine de travail de 15 heures hebdomadaire ? Flashback presque deux ans
plus tôt.
Emilien Long est devenu une vedette médiatique, il a reçu le prix
Nobel d’économie, ses travaux portaient sur le temps de travail. Son éditrice
attend de lui son prochain ouvrage, forcément savant. Mais l’inspiration ne
vient pas, Emilien pense plutôt écrire un p’tit truc simple, mais qui marquera
les esprits, une relecture du « Droit à la paresse » de Paul Lafargue,
ce député, essayiste, qui avait épousé la fille de Karl Marx. Le bouquin d’Emilien
s’appellera tout naturellement « Le droit à la paresse au XXIè siècle », étudiera une société aménagée sur trois heures de travail par jour.
Mais pour
le moment, place à la pétanque. Emilien vit dans un cabanon de Sormiou, près de
Marseille, et son pote Ange Lecciato l’attend pour tâter du cochonnet.
Surprise :
le bouquin est un succès de librairie, on en parle dans les médias, énorme
succès d’audience dans « On décode les codes de l’éco » d’un certain
Alphonse Burnous sur sa chaine You Tube. On demande même à Elisabeth Crayeville,
ministre de l’Économie, de réagir. Qui qualifie le livre de « calembredaines »
et son auteur de « ayatollah de la flemme (…) lui qui a bénéficié d’une
scolarité excellente et gratuite, en France ». Emilien est dépassé par ce
succès, doit se montrer dans les médias, répondre, argumenter. Son entourage y
voit une opportunité : et s’il se présentait à la prochaine élection ?
Derrière
le pseudonyme d’Hadrien Klent, se cache Raphaël Meltz, essayiste, romancier, auteur
de bédé, co-fondateur du journal Le Tigre. Dans ce roman, on va suivre de l’intérieur
une campagne électorale atypique. Depuis la constitution de l’équipe, la
rédaction du programme, la gestion des médias. Le livre est à la fois divertissant
et érudit. Mais pèche un peu par le profil des personnages, un brin caricatural. Comme dans LES 7 MERCENNAIRES, Emilien va recruter des fidèles qui accepteront ce pari
fou.
Le youtubeur Alphonse au parler d’jeuns, Souleymane Coly, diplomate et
poète flamboyant, responsable des relations extérieures avec son carnet d’adresses
long comme le bras. Le copain Rémi, pdg fortuné qui reniera
sa fibre capitaliste, Marguerite Dupont la geek adepte des solutions
web en open source (passages pertinents) donc au look grunge et dreadlocks.
[ Paul Lafargue ] Exemple de profil qui interpelle : le copain de Marseille, Ange, pêche le matin, fait la sieste, joue à la pétanque, écoute France
Culture et regarde Arte deux heures par jour, sa
télé fonctionne sur une dynamo. Too much ? Le journaliste star de France 2 Philippe
Martin (Martin, Dupont… y’a de la recherche dans les patronymes !) qui
depuis le Covid produit ses duplex dans son jardin du Maine et Loir, le parigo y découvre soudainement les joies du jardinage entre deux chroniques politiques. Ou Nadia Ben Arfa, jeune et rebelle journaliste au Monde à l’intuition aiguisée, chargée des "petits candidats" (là aussi, l'arrière cuisine est intéressant).
En soi, la forme du
roman aurait gagné à être davantage travaillée, le style est passe-partout, les ornements fictionnels (l'ex femme, les mômes) ont peu d'intérêt, quelques aspects percutent le réel : les déplacements de campagne à vélo ou en charrette, moins de 10 personnes dans l'équipe de campagne travaillant donc 3 heures au quotidien.
Mais le fond de l’affaire est très intéressant. Hadrien Klent
reproduit certains passages du fictif « Le droit à la paresse au XXIè
siècle », on en aurait aimé davantage, voire, le reproduire intégralement. Intéressant aussi de voir comment ce petit candidat utopiste grimpe dans les sondages, comment les médias fabriquent un candidat, comment son discours imprègne les débats,
comment l’hurluberlu devra désormais être pris au sérieux par ses
adversaires, et comment on cherche à le dézinguer sans argumenter du fond (comme Zucman). En face, c’est Elisabeth Crayeville qui sera candidate de la
majorité, le président en place (on aura reconnu Emmanuel Macron, of course)
ayant décidé de se désister. Pourquoi ? Le mystère plane…
Le livre brasse
des thèmes comme la décroissance, le productivisme mortifère, les conséquences
sur le social, la santé, l’écologie. La paresse d’Emilien Long ce n’est pas rien
foutre de son temps, mais au contraire se réapproprier le temps, travailler pour produire des besoins essentiels. Une réponse au fameux « il n’y
a pas d’alternative (au libéralisme) » de Margaret Thatcher, ou au « travailler plus pour gagner plus » de celui qui collectionne les Rolex et les bracelets (électroniques).Inverser les
valeurs entre le travail productif et l’activité libre. Genre : -
tu as fait quoi aujourd’hui ? – j’ai bouquiné – Ah... donc t’as rien
foutu. Ben non, bouquiner ce n'est pas rien foutre, écrire cette chronique non plus ! Un débat qui avait eu lieu avec l’idée de revenu
universel de Benoît Hamon en 2017.
Klent ne répond pas à toutes les interrogations,
toutes les situations, mais part d’un constat simple : le temps de travail
ne cesse de diminuer depuis la Révolution Industrielle (de 84 à 35 heures), le
chiffre stagne depuis 25 ans (ce n’est pas logique) alors que la productivité s’envole
partout. Le livre a été écrit avant la folie de l’IA, son propos n’en est que plus pertinent encore. Quand on entend ces couillons de politiques nous expliquer qu’on va dans le mur parce qu’on ne travaille pas assez et pas assez vieux, mais qu’en même temps on dépense des fortunes colossales en data center pour héberger l’IA qui va bouffer du travailleur cru, on croit rêver !
Sont cités en fin d’ouvrage un certain nombre de références
pour approfondir le sujet, de Sénèque, à Paul Morand, René Dumont, Gébé,
Rabelais, ou Piketty, Marx, Keynes et Raphaël Meltz (donc lui-même !).
Alors,
il gagne ou pas le candidat à la paresse ? Suite dans « La
Vie est à nous » parue en 2023, pas encore lue.
- Claude, ce mouvement survolté, un final sans doute… il me semble
l'avoir souvent entendu, peut-être dans les films… Ou à la radio…
- Je ne sais pas trop Sonia… mais ce final, en effet, du premier
concerto pour violoncelle de Haydn reflète le tempérament épicurien et
aimable du compositeur… Curieusement, on a retrouvé la partition qu'en
1961 !! Pourtant on en connaissait l'existence… D'où l'importance du
classement. J'ajoute Sonia que pour le N°2, la partition n'a elle aussi
été exhumée qu'en 1951…
- Du coup, il n'existe que des enregistrements datant de l'époque du
microsillon, voire de la stéréo pour le premier, c'est dingue…
- Et oui, Rostropovitch et Benjamin Britten ont signé dès 1962 un
disque célèbre, mais dans une optique grand orchestre… Autre disque
attachant : Jacqueline Dupré et Daniel Barenboïm en 1967…
- J'aime beaucoup, tendre et poétique et virevoltant… Tu as choisi une
version moderne avec un jeune violoncelliste…
- Mouais… Jean-Guihen Queyras le canadien se dirige vers la soixantaine
quand même, il avait trente cinq ans lors de l'enregistrement réputé que
nous allons écouter… casting encore rare, il est accompagné par un
orchestre jouant sur instruments d'époque, le Freiburger Barockorchester
dirigé du violon par Petra Müllejans cofondatrice de l'ensemble…
Haydn vers 1760
Sur conseil de Luc et de Pat qui veillent avec sympathie sur
mon avancée en âge (75 balais à l'automne), cette été, pas de chronique
fleuve sur des opéras de quatre heures ou autres ouvrages contemporains
nécessitant un analyse solfégique et cérébrale, ce que j'appelle un guide
d'écoute, pour les apprécier plus facilement. Je les remercie de cette
intention… Et je vous rassure tout de suite, l'été deviendra le moment
privilégié pour l'écoute de courtes "perles" de compositeurs qui ont fait
leurs preuves à leur époque et dans le blog… Des perles qui ne justifiaient
pas des chroniques fouillées ! Mais pas de nanar musical… Si si, ça existe
😊.
"Mourir, cela n'est rien, Mourir, la belle affaire ! Mais vieillir, oh
vieillir…" chantait Brel dans son dernier album en 1977. Il avait
bougrement raison ! et Bill Gates d'ajouter : "On ne commence vraiment à vieillir que lorsqu'on arrête
d'apprendre". Et voilà comment on découvre ce jour, peut-être pas tous, deux jolis
concertos de
Haydn
vaguement entendus mais pas réellement écoutés en ce qui me concerne.
Comme nous échangions avec Sonia, les partitions sont des rescapées du
classement pas toujours rigoureux de la production digne d'un stakhanoviste
de la composition qu'était
JosephHaydn. On peut supposer qu'hormis les ouvrages édités après la création, ce qui
n'était pas encore une activité très courante au XVIIIème siècle,
certaines partitions soient détruites, perdues ou encore sous une pile
poussiéreuse de grandes bibliothèques nationales, 3ème sous-sol,
14éme rangée, 6ème étagère, etc… C'est ainsi que pour
Haydn, bien que la plupart de ses œuvres furent éditées de son vivant du fait de
sa célébrité et des largesses de ses employeurs, jusqu'après la guerre,
n'existait qu'un catalogue chronologique type
Opus xy. (exemple d'opus :
Beethoven
+ WoO pour les inédits
posthumes). Entre 1975 et 1978, le musicologue néerlandais
Anthony van Hoboken a établi un catalogue par genre des 750 œuvres de
Joseph. Pour
Bach, le catalogue BWV utilise le
même principe. Inversement le catalogue
Deutsch dédié à
Schubert
reste chronologique.
La classification par genre permet des ajouts de manière aisée au fur et à
mesure des découvertes ou, inversement, des retraits d'œuvres dont des
études approfondies (Solfège, calligraphie, datation du papier musique,
traitement du contrepoint…) prouvent que certaines partitions ont été
attribuées par erreur à des grands maitres, ou sont juste le résultat des
exercices de leurs élèves.
Jean-Guihen Queyras
D'après les travaux de Marc Vignal, on a longtemps supposé que
Haydn
avait composé six
concertos pour violoncelle. Le catalogue officiel n'en a retenu que deux dont l'écriture par
Haydn
est une certitude (source : wikipédia).
1- Concerto no 1 en do majeur, Hob. VIIb/1 (1761–65)
Retrouvé en 1961 à Prague.
2- Concerto no 2 en ré majeur, Hob. VIIb/2 (1783)
Pour Anton Kraft
(exemplaire autographe acquis en 1951).
3- Concerto no 3 en ut, Hob. VIIb/3 (ca. 1780, perdu, et sans doute pas
de la main de Haydn).
4-
Concerto no 4 en ré, Hob. VIIb/7 (Composition de
Constanzi ou de Giovanni Battista de 1750).
5- Concerto no 5 en ut majeur, Hob. VIIb/5 (fausse attribution)
6-
Concerto (N°6 ?) en sol mineur, Hob. VIIb/g1 (ca. 1773, attribution
douteuse, perdu)
Vous imaginez le travail d'expertise exigé pour rendre à César ? Vois-tu
Sonia, seuls les disques proposant les deux premiers de la liste sont à
considérer comme authentiquement informés.
Nikolaus I
Concerto N° 1 en do majeur, Hob. VIIb/1 (≈1761)
Le Concerto no 1 en do majeur, tonalité positive, aurait été composé entre 1761 et
1765 pendant les premières années où Joseph
travaille pour la famille princière Esterházy, Paul II pendant
un an puis, NikolausI pendant trente ans.
Une fidélité envers son "protecteur" qui s'explique par l'attitude de
mécène de ce noble féru de musique, gambiste virtuose du "baryton", une
viole imposante (voir la photo ci -dessous). Paul II avait signé un
contrat pour un larbin compositeur, logé, nourri, en aucun cas propriétaire
de ses compositions…
Nikolaus I conscient du génie de son futur maître de Chapelle revoit
le contrat et lui offrira des moyens d'exception : orchestre, chœur,
possibilité de voyager… Nikolaus I meurt en 1790. Son
successeur Nikolaus II n'a aucune passion musicale mais laissera le
champ libre à
Joseph
devenu le compositeur le plus adulé dans toute l'Europe.
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
Baryton (viole)
On suppose que le concerto était dédicacé à Joseph Franz Weigl, ami de
Haydn
et violoncelliste solo de l'orchestre du prince Esterházy. On doit sa
découverte en 1961 dans les réserves du Musée national de Prague au
musicologue Oldřich Pulkert.
Son orchestration, modeste, répond à une tradition en vigueur à l'époque :
2 hautbois, 2 cors, des cordes et un continuo (basse continue).
Mozart
y recourt fréquemment dans ses symphonies et concertos des années
1770.
Le concerto adopte classiquement la forme tripartite. L'héritage du style
baroque reste proche, la forme sonate est largement utilisée. Nouveauté pour
cette époque du tout début du classicisme, l'exécution dure 25 minutes voire
plus.
Haydn
n'écrit pas une broutille divertissante mais un imposant concerto qui
préfigure ceux pour piano de
Mozart. Est-il destiné au concert plutôt qu'à des soirées mondaines avec le
brouhaha en complément ? La question mérite d'être posée… et je pense que
oui.
1 - Moderato
[00:00] : Le concerto débute par une ouverture orchestrale construite sur
une thématique entraînante de style galant. Le violoncelle reprend ce thème
lors de son entrée et décline un second motif espiègle. Le romantisme est
encore loin et même si la période qui s'annonce dite "sturm und Drang"* inspirera des symphonies tourmentées (funèbre,
Passionne) écrites à la fin de la décennie 1760, le premier mouvement ne
philosophe pas sur le spleen des artistes. La mélodie allègre du soliste et
celles chantées par les instruments de l'orchestre s'entrecroisent avec
bonhomie, douceur et tendresse. Le
Freiburger Barockorchester
et sa vingtaine de musiciens tout au plus révèle une sonorité aérée donc
adaptée à cette musique aux intentions charmeuses.
(*) "tempête et passion", mouvement intellectuel
privilégiant les tonalités mineures élégiaques.
2 - Adagio
[10:23] : Le terme cantabile convient à merveille à la mélodie
monothématique qui parcourt la partie orchestrale du mouvement central
réservée au groupe des cordes seules. Étrangement le violoncelle se comporte
en invité, son écriture dans la tessiture aiguë représentant un défi
technique pour le soliste : trilles et arpèges aussi. L'onirisme de l'adagio
s'agrémente d'un jeu de nuances subtilement affirmé. [17:29] La cadence
demeure secrète, peu accentuée.
3 - Finale
-
Allegro molto
[18:36] : Le terme molto (très allègre)
est vraiment bien adapté après l'écoute de l'introduction tempétueuse du
finale, une danse un peu folle dans
laquelle hautbois et cors sont de retour. Le violoncelle perd son statut de
soliste dès la première mesure en se joignant par simplicité à la plaisante
chevauchée… [19:35] Changement de style, le soliste se détache du groupe par
une tenue sur trois mesures de la note do en crescendo, tenue prolongée par
un arpège enthousiaste. Le violoncelle ne cessera plus de caracoler, mêlant
virtuosité fulgurante et facétie jusqu'à la coda du final.
Concerto N° 2 en ré majeur Hob.VIIb/ 2
Vingt années se sont écoulées entre les compositions des deux concertos
désormais attribués officiellement à
Haydn. Le second, moins virtuose et, de vous à moi, éloquent, prend place dans
les programmes des concerts plus rarement que son grand frère. Longtemps on
ne savait pas qui avait joué quoi composé par qui ? Le mystère perdurera
deux siècles.
Ami proche de
Haydn, le violoncelliste et compositeur tchèque Antonín Kraft (1749-1820) fut longtemps considéré comme l'auteur du concerto en
1783. De plus Kraft était membre de l'orchestre Esterházy
du prince Nikolaus I. Or il existe des annonces de programme british
de mars 1784 à propos d'un concert donné à Hannover Square et
libellées : "Nouveau Concerto pour violoncelle, avec M. Cervetto, composé par
Haydn".
James Cervetto, grande star de l'instrument outre-manche était le violoncelliste
principal de
l'Opéra italien de Londres. Il ne pouvait s'agir que d'un
second concerto, le précédent datant de 1761 n'étant pas "nouveau" 😊.
Ouf ! la découverte du manuscrit autographe de
Haydn
en 1951 a mis fin à ce mystère. Ajoutons que l'orchestration est
identique à celle du
concerto N°1
: 2 hautbois, 2 cors, des cordes et basse continue.
James Cervetto
1- Allegro moderato
en
ré majeur
[00:00] :
Haydn
respecte très sérieusement la forme sonate dans une introduction de près de
six minutes. Le thème A ondule gaiement dans un climat bucolique et
Haydn
toujours soucieux de bannir la monotonie inclut une première variation dès
la 3ème mesure ! [00:25] La reprise ne sera pas da capo, on s'en
doute, mais gagne en vivacité. Un nouveau thème et des motifs variés
déclinés du thème se font entendre jusqu'à un glorieux tutti hautbois et
cors.
Haydn
ne lésine pas et nous offre un début digne d'une symphonie ! Petit
constat chez
Haydn
qui ne rallonge rien par la facilité : il n'y a aucune barre de reprise dans
la partition (notée en solfège par :
||: ♫♩♫♩ | ♩♩♩♩ :||) … (Exemple opposé chez Mozart : 36ème symphonie - premier mouvement. Jouer ces reprises est ad libitum, (facultatif), Böhm les zappe, Harnoncourt se donne
le temps de les reprendre...).
[1:46] L'entrée du violoncelle s'élabore sur l'énoncé du thème A
introductif mais émaillé d'initiatives affirmant son indépendance. Il en
ressort un prologue durant près de six minutes ! sacré Haydn
! Comment a-t-on pu imaginer qu'une si talentueuse fantaisie soit le fruit
d'un confrère concurrent 😊 ? [5:52] le développement suggère une
improvisation à partir des thèmes principaux, passage s'achevant avec
fougue. [8:50] La conclusion repose sur l'idée d'une reprise du début. Avec
son prolongement atteignant le quart d'heure, l'allegro monopolise une large
moitié de la durée totale du concerto (25 minutes). [11:57] La cadence joue
sur des variations de rythme d'une grande difficulté.
2 - Adagio [14:45] en
la majeur
:
Haydn
écrivait rarement des adagios imposant un tempo sans doute trop lent pour ce
musicien à la sensibilité passionné et enthousiaste voire farceuse. Le court
mouvement lent recourt à la tonalité tendre et lumineuse de la majeur. Trois
pages de musique déroulant une cantilène du violoncelle traçant sa voie au
sein d'une sérénade staccato des cordes… Le cor se tait mais pas le
hautbois. [04:44] Un passage nostalgique naît suite à la transition en do
majeur, le jeu des cordes graves étant rythmé par des syncopes. [05:23]
L'adagio se termine par une énigmatique et douce "cadence" (noté sur les
portées !) jouée par le violoncelle solo soutenu par des cordes…
3- allegro
[45:29] : Les cinq minutes du final jouent la carte de l'optimisme revenu.
Le jeu du violoncelle se veut virulent. Les bois discrets jusqu'alors se
manifestent gaiement. Le
1er concerto
suivait une ligne dite du baroque tardif. Le deuxième par son long allegro
initial et l'intimité élégiaque de l'adagio témoigne de l'entrée de
Haydn
dans l'univers du classicisme.
- Flûte et flûte ma Sonia… On avait dit billet court et nous voici à
dépasser les 2000 mots !!!!
- Pas grave mon Claude, ça fait 1000 mots par concerto, hihi … pour les
3ème et 8ème symphonies de Mahler ou Parsifal de
Wagner, tu as atteint les 8000…
- Certes, certes !
Petra Müllejans
Le violoncelliste français
Jean-Guihen Queyras
est né à Montreal en 1967 et a vécu sa prime jeunesse en Algérie ! Il
a étudié au conservatoire de Lyon, à l'Université de musique de Fribourg, et
à la Juilliard School. Il a débuté avec
Pierre Boulez
au sein de l'orchestre
inter contemporain
et a été membre du
Gewandhaus de Leipzig. Comme tous les virtuoses il a participé à des concerts comme soliste de
la riche littérature concertante pour son instrument. Évidemment, cette
remarque s'applique aux formations de chambre. À ce sujet, il a fondé le
Quatuor Arcanto, s'entourant des violonistes
Antje Weithaas
et
Daniel Sepec
et de l'altiste
Tabea Zimmermann
écoutée dans ce blog dans
Harold en Italie.
Une chronique dédiée au
Quatuor Arcanto
explore les quatuors de
Ravel,
Debussy et
Dutilleux, un programme magique !
(Index)
Jean-Guihen Queyras
se passionne pour tous les genres : du baroque à la modernité, sa
discographie en témoigne !
Née en 1959 à Düsseldorf,
Petra Müllejans
étudie le violon à l'académie de sa ville natale avec la virtuose
spécialiste de
BachHelga Thoene. À 21 ans elle rejoint Rainer Kussmaul
à Hochschule für Musik de Fribourg-en-Brisgau avec lequel elle découvre sa
passion pour le violon baroque. Dans ce domaine,
Nikolaus Harnoncourt
la reçoit à Salzbourg pour achever sa formation.
Comme évoqué en intro, elle a cofondé en 1987 le
Freiburger Barockorchester
avec
Gottfried von der Goltz, violoniste baroque et maestro, un ensemble de 26 musiciens. Elle
deviendra professeure de violon baroque à Fribourg et à Francfort.
Dotée d'une large ouverture d'esprit, on peut l'entendre dans le répertoire
non classique : la musique klezmer (chansons festives yidiches), le tango,
la czardas et le jazz !
Écoute au casque ou avec des enceintes additionnelles plus que
conseillée.
Le son des PC, sauf exception, est vraiment une injure à la
musique…
INFO : Pour les vidéos ci-dessous, sous réserve d'une écoute directement sur la page web de la chronique… la lecture a lieu en continu sans publicité 😃 Cool.
Dans les recherches des albums "pré-FM", ou
fondateurs d'avant l'ère des productions "blockbusters"
gonflées au silicone, ou encore des (rares) groupes qui ont réussi
leur conversion (ou soumission)
au genre, le très sérieux SHQOPLPDPM (1) a exhumé un petit quintet
new-yorkais qui avait tout d'un grand. D'un très, très grand. C'est
bien simple, dans les années 80, un nombre incroyable de musiciens
américains ont avoué avec enthousiasme y avoir puisé une partie
de leur inspiration. Et non des moindres. Une influence qui aurait
touché autant le glam-rock US que le sleaze-rock, ainsi que le Rock
FM. Y compris, par exemple, l'un des cadors de la paroisse, à savoir Jon Bon Jovi et ses acolytes.
Le groupe en question ? Starz.
Un combo issu du New Jersey, qui a pour manager Bill Aucoin, célèbre
pour l'excellence de son travail pour Kiss - ainsi que pour celui
de Billy Squier (époque Piper comprise). Un quintet qui avait tout
pour réussir, sans jamais parvenir à faire de grandes vagues.
Plusieurs singles se sont pourtant infiltrés dans le top 100
américain, mais les ventes d'albums, bien que fort honorables,
restent assez modestes. Soit des gains jugés insuffisants pour
Capitol Records, qui les lâchent. De même que leur manager, qui a
déjà bien assez à faire, tout en gagnant confortablement sa vie,
avec les quatre enfarinés - et bientôt avec Billy Squier.
En cinq années d'existence, Starz n'a pas
chômé avec quatre albums d'excellente facture et des concerts où
les gars durcissent le ton. Mais visiblement, cela n'a pas suffit.
En 1977, après un remarquable premier essai
bien rock'n'roll, Starz revient à la charge. Toujours avec des
pièces au cordeau, toutes guitares dehors, mais cette fois-ci, avec
une ouverture vers des sonorités et des cadences plus pop. Ainsi,
d'entrée, "Cherry Baby"
s'impose comme un petit bijou de heavy-pop proto-Rock-FM - sans
claviers. Un de ces trucs addictifs et mnémoniques, d'apparence
évidents, accrocheurs dès la première écoute, portés aux cieux
par un chant habité et jovial, parfaitement soutenu par des chœurs
à l'avenant. Judicieusement sélectionnée pour sortir en single,
cette chanson sera le plus grand succès du groupe, et poussera les
ventes de l'album. « Sing It, Shout It » en
est un autre, un bijou Heavy/power pop. Avec ce pattern brut et
primal à la batterie (très proche du style de Bun E. Carlos),
cette guitare clean coupante comme un scalpel (jouée en picking) et
la seconde en arrière plan, plus sourde, peinant à retenir son
humbucker qui ne demande qu'à rugir, tandis que Michael Lee Smith
assure une fois encore un chant entraînant imparable. Le coda est à
s'y méprendre du pur Cheap Trick – comme finalement, d'autres
passages de ce morceau. Bien probable que les quatre de Rockford
aient voulu rendre un juste hommage à ce groupe qui semble avoir
laissé de profondes traces sur leur musique – d'autant qu'ils
leur est arrivé de tourner ensemble.
Un peu plus costaud, «All Night Long» est ni
plus ni moins qu'un détournement de Bad Company, dans une optique
nettement plus commerciale – ce qui en fait un peu du Foreigner
pré-méga-tubes. Logique.
« Cool One » ravive la flamme rock'n'roll,
quelque part entre Creedence et les Flamin' Groovies. Les paroles ne
manquent pas d'humour mais la morale ne nous permet pas de les
exposer ici.
En clôture, la ballade bancale, maladive, « Is That a
Street Light or The Moon ?» dénote totalement avec la voix
de Smith, qui se fait féminine, et l'émergence progressive d'un
orchestre dont quelques instruments cherchent à s'échapper, ou
déraillent brièvement. Néanmoins, elle a son charme.
Starz dégoupille également quelques bons rocks, vifs, ardus
et trépignants, dans la continuité du premier album. Dont «Rock
Six Times » qui conte les premiers émois donnés par
l’innocente écoute d'un 45 tours, et l'épiphanie qui s'ensuit. Un
morceau étendard du heavy-rock US, fusionnant les poids lourds du
genre - Nugent, Aerosmith, Blue Öyster Cult et Montrose. Un quasi
furieux « Subway Terror », qui préfigure Twisted
Sister (celui des trois premiers opus). Ainsi que « S.T.E.A.DY. »,
qui débute par une plage d'un slow-blues poisseux avant de se
laisser emporter par une bourrasque heavy. C'est un morceau plus
étrange, plus dans le registre d'un Alice Cooper ou d'un Blue
Öyster Cult. « … ils m'ont fendu le visage comme un futal
bon marché. Ils m'ont comprimé le cerveau et m'ont mis en transe.
Chaque nuit, ils modifient un peu mon sang. Et je fais mon lit sur
des gravats et de la boue. Et ça peut vraiment te retourner le
cerveau. Ils vont te rendre plus fort et sain d'esprit. Je suis si
content qu'ils m'aient remis sur pied... ils m'ont surveillé pendant
un an, tu sais... Et si jamais tu revois tes amis et que tu prêtes
serment de dénoncer les salauds... Et si jamais tu revois tes amis,
je veux être sûr de dénoncer ces pauvres garçons dedans... » ??
Michael Lee Smith aurait il été un patient de Camp Hero, l'institut
militaire de Montauk à Long Island ? 😱😁. La chanson éponyme,
puissant heavy-rock un rien échevelé, baigne dans la même
mouvance. Smith crie sa soif de liberté, tandis que des voix de l'autorité le réprimandent «(Nous sommes partout. Nous te
protégeons de toi-même. Nous te surveillons) -Je veux faire du
rock'n'roll (Non, c'est interdit!) Je veux perdre le contrôle (Non,
c'est une violation !) Je veux aimer quelqu'un (Non, c'est une violation !) -
(Merci de nous avoir élus, nous apprécions votre confiance. Il y a
un problème dont nous sommes conscients. Beaucoup de vos enfants le
partagent. Mais nous avons développé de nouvelles techniques …
basées sur l'électrochoc. Une dose quotidienne de microwatts)».
Une théorie (du complot ?) voudrait qu'à l'origine ce second
essai devait être un album concept. Ce qui n'aurait pas été du
goût du label, qui aurait renvoyé illico les musiciens revoir leur copie.
En dépit de quelques titres pouvant paraître un peu en deçà
en comparaison des pièces fortes, c'est un album sans faute qui, en
cette année 1977, aurait dû s'installer confortablement parmi les
classiques du genre, voire du Rock au sens large. Et s'il a rencontré
un certain succès – boosté par les singles -, ce n'est pas à la
mesure réelle de sa haute teneur qualitative. Peut-être que Starz
aurait dû un peu développer des pièces dans le format (power-) pop
/ rock AOR qui a si bien réussi à leurs singles ? C'est
pourtant ce que le groupe a effectué avec le suivant, « Attention
Shoppers ! ». Où, contre toute logique, la petite perle « She »,
n'est pas sortie en single, alors qu'elle en a tous les attributs -
avec des paroles éculées, niaises, passe partout - pour squatter
les radios. Ou même le bon slow – au léger parfum de « Purple
Rain » - « Third Time's The Charm ».
Incompréhensible. Avoir mis du miel dans son heavy-rock n'a pas
réussi à Starz, qui redescend dans les scores et cœurs. Déconfit,
le groupe revient avec « Coliseum Rock » à des
sonorités plus en phase avec les deux premiers essais. Toutefois,
sur cette dernière livraison, les musiciens paraissent un peu
moins impliqués, ou du moins généralement perméables à la
« fièvre rock'n'roll » ; celle qui vous fait
perdre le contrôle, qui libère l'instinct animal, qui vous
détache de la réalité. Sur ce dernier essai, il y a l'ombre
du meilleur de Kiss, mais aussi... celle de Boston. Particulièrement
évident sur le magistral « Last Night I Wrote a Letter ».
Mais là, pas de single, plus de réel espoir de rejoindre les
illustres groupes (établis ou en devenir) avec lesquels ils tournent
régulièrement. Peut-être qu'il aurait fallu maintenir Jack Douglas
à la production – son absence à partir de « Attention
Shoppers ! » se fait sentir. Déçu, désillusionné,
fatigué, le groupe ne tarde pas à arrêter les frais. Pourtant, il
demeure dans les mémoires. Les disques sont régulièrement
réédités, divers enregistrements live sont édités (dont certains
à la qualité douteuse, proche du pirate) et, des années plus tard,
le groupe se reforme pour des concerts où une foule de fidèles –
et de nouveaux convertis – l'attend impatiemment.
Side one
1.
"Cherry Baby"
3:47
2.
"Rock Six Times"
3:15
3.
"Sing It, Shout It"
5:10
4.
"Violation"
4:26
Side two
1.
"Subway Terror"
3:45
2.
"All Night Long"
3:26
3.
"Cool One"
3:40
4.
"S. T. E. A. D. Y."
5:25
5.
"Is That a Street Light or the Moon?"
3:06
(1) Service Hautement Qualifié Œuvrant Pour La Préservation Des Perles Musicales. Organisme travaillant hardiment - et bénévolement -, dans le plus grand des secrets, pour le bien de l'humanité.
Elle est partie rejoindre toutes celles qu’elle a aimées, au lieu e faire
un banal RIP, je vais faire une bafouille sur un de ses albums
La Parisienne a quittée la Scène
Quand on cite Marie-Paule Belle, la
première chose qui vient à l’esprit c’est sa chanson ”La Parisienne“ qui aura son petit succès en 1976. Elle a été une artiste de
l’ombre très discrète dans les médias (Même si elle n’a jamais cachée son homosexualité,
elle a vécu une longue et importante histoire d'amour avec une femme,
la célèbre romancière Françoise Mallet-Joris). Sa carrière n’a jamais eu d’éclipse, toujours sur les routes ou en
studio. Entre 1973 et 2023 ce seront quinze albums
et trois live. Voila pour cette courte nécro. C’est maintenant un
secret de polichinelle, mais tout le monde sait que j’aime
Barbara et comme
Marie-Paule Belle a fait un spectacle
”De Belle à Barbara“
en hommage à la dame en noir et enregistré un album, je me devais
‘écouter cette galette.
”Marie-Paule Belle chante Barbara“ ; un hommage poétique et profond. Marie-Paule Belle
offre au public un cadeau précieux et profondément respectueux de
l’œuvre d’une des plus grandes figures de la chanson française : Barbara. Ce recueil musical, sobrement intitulé *Marie-Paule Belle chante Barbara*, représente bien plus qu’un simple album de reprises, c’est un
hommage vibrant empreint de délicatesse, une passerelle entre deux voix
féminines qui, chacune à leur manière, ont marqué l’histoire de la
musique francophone.
Barbara, de son vrai nom Monique Serf,
était une artiste dont le nom évoque immédiatement la poésie, la
sensibilité exacerbée et une capacité singulière à transcrire les
émotions les plus intimes avec une intensité rare. Son œuvre, gravée
dans la mémoire collective, traverse les décennies en parlant aux âmes
que l’on croit secrètes. C’est cette force que
Marie-Paule Belle choisit de mettre
en lumière, en revisitant avec mesure et respect des titres
emblématiques qui ont jalonné le parcours de la dame en noir.
L’interprétation de Marie-Paule Belle,
qui possède elle-même une tessiture chaude et expressive, sublime chaque
texte sans jamais chercher à imiter l’ombre imposante de
Barbara. Son chant se veut humble et
sincère, fidèle à l’esprit original, tout en apportant une coloration
nouvelle, intacte et personnelle. Au fil des chansons, elle déploie une
palette émotionnelle riche, où la douceur côtoie parfois une douleur
contenue, mais toujours empreinte de vérité.
Le choix du répertoire reflète la variété et la profondeur de l’univers
de Barbara
: des ballades nostalgiques aux mélodies plus rythmées, chaque morceau est
une histoire à part entière, une confession qui trouve en Marie-Paule Belle
une interprète à la hauteur. La poésie, souvent mélancolique et grave chez Barbara, se mue ici en un hommage vivant, une reconnaissance que la musique,
plus que toute autre forme d’art, est capable de transcender le temps et
les générations.
Ce projet s’inscrit également dans une démarche de transmission
culturelle. En 2001, à une époque où les supports musicaux et les modes évoluent
rapidement, Marie-Paule Belle
rappelle l’importance de garder vivantes les œuvres qui ont forgé notre
patrimoine artistique. Elle invite ainsi les auditeurs, qu’ils soient
fidèles admirateurs ou nouvelles générations, à redécouvrir la richesse
d’une écriture unique, à ressentir la puissance des mots et la beauté
des compositions.
Plus encore, *Marie-Paule Belle chante Barbara* est une rencontre entre deux âmes féminines, solitaires et
passionnées, qui ont su livrer leurs fragilités et leurs forces à
travers la musique. Ce dialogue silencieux, que l’on perçoit dans
chaque note et chaque silence, souligne la continuité d’un art engagé,
la quête de soi et l’expression d’émotions universelles.
En somme, l’album est une pépite poétique, une déclaration d’amour
discrète mais profonde à une artiste incomparable. La voix de
Marie-Paule Belle, fluide et
respectueuse, fait rayonner la lumière créée par
Barbara, offrant un refuge à ceux qui
cherchent dans la chanson la consolation, la beauté et la vérité. Cet
hommage musical, d’une délicatesse infinie, demeure un précieux lien
entre hier et aujourd’hui, un témoignage vibrant de la puissance
intemporelle de la chanson française. Vingt et une reprises parmi les
plus célèbres ; de ”Drouot“, ”Au Bois De St Amand“, ”Nantes“, ”La Solitude “, ”Madame“, ”Petite Cantate“, ”Le Mal De Vivre“, ”Mourir Pour Mourir“, “Le Mal De Vivre“, ”Göttingen“, “Dis Quand Reviendras-Tu ?“ pour donner quelques exemples. Aucun des morceaux est dénaturé, ils
sont même sublimés. ”Marie-Paule Belle chante Barbara“ n’est pas un simple album de reprises c’est un chef-d’œuvre. j‘ai
écouté, j’ai adoré !!