Hollywood a toujours aimé se filmer le nombril. Mais ce sous-genre fleurit aussi chez nous, et ailleurs, dernier exemple en date avec L’ÉTRE AIMÉ de Sorogoyen [chronique clic ]. Pour en revenir au début des années 50, et aux antipodes l’un de l’autre, citons deux
chefs d’œuvres : BOULEVARD DU CRÉPUSCULE (1950, Billy Wilder) et CHANTONS
SOUS LA PLUIE (1952, Stanley Donen). La même année Vincente Minnelli sortait
LES ENSORCELÉS, autre bijou qui explorait les dessous peu reluisants de l’usine à
rêves.
Qui reprend le mode de narration en flashback, à la manière de
CITIZEN KANE. Le film est produit par John Houseman, collaborateur d’Orson
Welles dès ses débuts, on y pense aussi grâce à la présence de l’acteur Paul
Stewart qui jouait l’assistant de Kane, et ici l’assistant de Jonathan Shields,
est-ce un hasard ? On pense surtout à plusieurs films de Joseph L Mankiewicz (dont le frère Herman était co-scénariste de CITIZEN KANE, décidément, ça commence à faire beaucoup) qui
aimait ce style de construction, CHAINES CONJUGALES (1949) avec Kirk Douglas,
EVE (1952) ou LA COMTESSE AUX PIEDS NUS (1954), déjà sur le monde du théâtre ou
du cinéma. J'ouvre une parenthèse : trois films indispensables. Parenthèse fermée.
Ce principe du flashback va permettre de réaliser un portrait croisé,
subjectif, à partir de plusieurs témoignages de protagonistes. A noter que le personnage de Kirk Douglas n'apparait que dans les flash-back, le spectateur n'a donc jamais son point de vue sur les évènements. Troublant.
Dans LES
ENSORCELÉS (The Bad and the Beautiful en VO) il y aura trois longs flash-back, correspondant aux trois personnages qui dès la scène d'ouverture sont appelés au téléphone par un
certain Jonathan Shields (Kirk Douglas) : le réalisateur Fred Amiel,
l’actrice Giorgia Lorrison et le scénariste James Lee Bartlow. Les trois lui
raccrochent au nez : « Drop dead ! » qu'on pourrait traduire par plutôt crever. Ambiance. Ils se retrouvent plus tard dans le bureau de Harry Pebbel, directeur
de production à la Shields Pictures Inc. Qui leur demande d’oublier leurs
griefs pour retravailler avec Shields, producteur toxique aujourd’hui
ruiné. Chacun va exposer son expérience douloureuse…
La première
histoire commence génialement, 18 ans plus tôt, dans un cimetière. Jonathan
Shields enterre son père, qui était comédien. A côté de lui, un type chuchote
des commentaires méprisants sur le défunt sans savoir qu’il s’adresse au fils !
C’est Fred Amiel, qui au moment du serrage de mains et des condoléances,
refusera les billets tendus par Shields : « 11 dollars pour jouer les
pleureuses ! ». On appréciera le cynisme de la scène. Ils
deviendront amis et partenaires, réaliseront des westerns et films d’horreur fauchés (« L'Apocalypse des hommes-chats »), Minnelli s'amuse à recréer les tournages en décor carton-pâte. Tendre hommage à Jacques Tourneur, à CAT PEOPLE, sur l’obscurité et les ombres qui engendrent la
peur davantage que les effets spéciaux débiles.
Minnelli montre la course aux
bénéfices comme seule valeur artistique « je me fous de l'Oscar, j'veux un happy end qui rapporte », les avant-premières où les spectateurs-témoins
remplissent des questionnaires après la projection. Amiel qui était un obscur accessoiriste devient un
réalisateur coté, souhaite s’atteler à un gros projet qu’il murît depuis des
années. Shields trouve le financement et le latin-lover vedette à la réputation difficile Victor Ribera. Qui s'avère charmant et très accessible : « Pourquoi ces manières avec moi ? je lis, si j'aime je tourne, si je n'aime pas, je ne tourne pas ». Mais Shields confiera finalement la réalisation à Von Ellstein, metteur en scène chevronné
(doit-on reconnaitre Fritz Lang ?). Amiel ne pardonnera jamais cette
trahison.
La deuxième histoire raconte comment Shields découvre Giorgia
Lorrison (Lana Turner), apprentie comédienne qui se morfond dans la dépression,
l’alcool, hantée par le souvenir de son père célèbre. Un lien évident avec le
parcours personnel de Shields. Remarquez le coup de crayon pour dessiner des moustaches sur le portrait du père adoré (dans le passé), geste repris au début sur le blason de la société de production. La vengeance est un plat qui se mange froid. Shields croit en elle, l’impose, en fait une star.
Son impresario en chiale de bonheur ! Il y a des plans superbes de
Giorgia, en proie au stress, arpentant de nuit le plateau vide. Grand moment
lorsque Shields la récupère ivre morte dans sa piaule morbide pour la jeter
dans une piscine et la dessoûler.
L'actrice est amoureuse de son producteur, espère la réciproque. Après la sortie de leur dernier succès
elle s’étonne de ne pas voir son mentor à la soirée de gala. Elle le trouve chez
lui, seul, comme en post-dépression.
Un aspect que traite Minnelli, le coup de
blues d’après tournage, l’adrénaline qui redescend, souvent compensé par l’alcool.
Et ce plan sublime d’une ombre furtive qui passe sur le couple. Celle d’une
starlette qui lance, hautaine, à Giorgia : « Avec toi il travaille,
avec moi il s’amuse ». La rupture est consommée, cette fois d’ordre
affective, sentimentale.
Puis vient le tour de James Lee Bartlow (Dick Powell),
un romancier contacté pour une adaptation. Le producteur se plie en
quatre pour lui faciliter la vie, le travail, l’éloigner de sa femme
pipelette, horripilante, qui organise des réunions tupperware chez eux. L’épouse
est jouée par la délicieuse Gloria Grahame, que j’aurais tendance à garder très
proche de moi au contraire… Bartlow exècre Hollywood, les amitiés de façade, la
vanité. Shields lui dit à un moment : « les meilleurs films sont
réalisés par des gens qui se détestent ».
A travers ces quatre personnages, Minnelli montre que le cinéma est
un travail collectif. Dans une scène, Von Ellstein, que Shields veut limoger
pour prendre sa place derrière la caméra, lui dit : « je pourrais
faire de cette scène l'apogée de tout le film, mais un film n'est pas seulement
une suite de moments forts, c'est une construction globale. La mise en scène
suppose une certaine humilité ». L’humilité n’est pas la qualité première
de Jonathan Shields (écrit sur le modèle de David O’Selznik que Minnelli appréciait
peu), il se sert des autres, les essore. Mais les autres se servent de lui pour
arriver au sommet.
[ photo de tournage d'un tournage qui filme un tournage, Minnelli à gauche perché sur la grue => ]
La haine de Bartlow pour Shields est d’un autre ressort, plus
personnel, mais ne racontons pas tout. Celui qui voulait juste être peinard
devant sa machine à écrire deviendra un auteur récompensé du Pulitzer. Si Minnelli
célèbre la création collective, il décrit aussi un monde de rapaces, cynique, des
égos démesurés, le mépris et les haines indélébiles. Sous des dehors
sophistiqués, et souvent amusants, le tableau est sombre. « Dans ce métier il faut choisir avec qui on dîne ».
Nos trois personnages
détestent Jonathan Shields. Ils lui doivent pourtant tout. Si égoïste et déplaisant soit-il, c'est un travailleur acharné qui surmonte tous les obstacles, et possède la qualité de rendre les autres meilleurs. Aujourd’hui, c’est un
Shields ruiné qui leur demande un ultime service, un dernier film ensemble. Le dernier
plan est magnifique. Fidèle à sa mauvaise habitude d’écouter les conversations,
Giorgia Lorrison - et les deux autres - refuse de parler à Shields, mais décroche
tout de même le combiné du bureau voisin…
LES ENSORCELÉS est un film d’une rare
élégance, servi par sa mise en scène fluide, faite de beaux mouvements de grue, sa photographie, et merveilleusement interprété par un casting de
luxe. Mention à Lana Turner, fragile et déboussolée. Magnifique plan lorsque
Minnelli filme les techniciens en haut des cintres émus par une de ses
prestations. Une peinture âpre et noire des mœurs hollywoodiennes. Une histoire cruelle non dénuée de romantisme, comme la présentait Vincente Minnelli.
Le
film sera couronné de cinq Oscars, dont photo, scénario et second rôle à…
Gloria Grahame.
Noir et blanc - 1h55
- format 1:1.33
Désolé, pas de sous-titres disponibles pour la bande annonce, ou alors dans une version exécrable.
- Hihi Claude, chabadabada… chabadabada… Le nom du maestro me fait
penser à la chanson de ce vieux film de Lelouch… "Un homme et une
femme"…
- Ah oui, amusant Sonia ce rapprochement ! Je n'ai jamais vu ce film de
1966… Une palme d'or, un oscar… Luc n'en a pas parlé…
- J'ai commencé à m'enquérir de ces quatre poèmes plus un cinquième en
bonus du compositeur de la symphonie du Nouveau Monde. Ce sont des
légendes et des contes… On ne se lance pas dans un billet à rallonge
j'espère ?
- Non car résumer le sujet de chaque poème d'une quinzaine de minutes
suffit… Les commenter sur le plan compositionnel n'a guère d'intérêt…
- Dvořák a-t-il imité Franz Liszt, le créateur de 13 poèmes symphoniques, de valeurs inégales
?
- Oui et non… Liszt expérimentait une nouvelle forme symphonique
inspirée des textes et poèmes des grands auteurs romantiques comme Hugo
ou Lamartine… Là, le maître tchèque, comme souvent, met en musique les
contes du folklore légendaire de sa bohème natale…
Karel Jaromír Erben
Les cinq poèmes symphoniques de
Dvořákforment un ensemble cohérent
car composés d'un jet en 1896-1897 au retour du compositeur de son
séjour aux USA comme directeur du Conservatoire de New-York.
Je m'interroge sur le désir d'Anton de travailler aussi intensément à partir de textes de KarelJaromír Erben qui a consigné ainsi des légendes populaires transmises
par la tradition orale tchèque. Le compositeur a nettement exprimé sa joie
de retrouver son pays après son voyage outre-Atlantique qu'il avait
apprécié. Il est conscient que les responsabilités qui lui ont été confiées
lui ont permis d'entrer dans la cour des grands compositeurs
postromantiques. Il avait composé lors de l'été 1894 à
Spillville, dans
l'Iowa, le
quatuor
"américain"
opus 96, et le
quintette à cordesopus 97, chefs-d'œuvre émaillés de citations de musique amérindienne. Et
n'oublions pas le magnifique cadeau musical de 1893 pour honorer ses
hôtes yankees : la
Symphonie n° 9, "Du Nouveau Monde".
Néanmoins, en ces années américaines, même adulé, il cultivera la nostalgie
de sa terre natale. Son origine villageoise (Nelahozeves
– 1000 âmes vers 1860), le bucolisme de la Bohème et la vitalité des
chants et danses populaires lui tenaient vraiment à cœur. Cela peut
expliquer l'écriture avec exaltation de cette suite de
cinq poèmes symphoniques
richement orchestrés, ses dernières partitions pour orchestre, les
opus 107
à
opus 111. Cet ensemble de 1H40 n'est pas sans rappeler la suite symphonique
Ma Patrie
de son compatriote
Smetana
comprenant l'incontournable "Moldau".
Dvořákne fut ni un
Mozart
ni un
Schubert, soit un génie précoce. Ses débuts comme compositeur associent nombre de
maladresses formelles. Ses premiers quatuors sont démesurément longs et
ennuyeux (1H10 pour le N°3 de 1870 ; certains quatuors professionnels
ignorent même son existence – cocasse mais vérifié lors d'une conférence
😊). Longtemps, de ses
9 symphonies, on ne jouait ou ne gravait que les cinq dernières numérotées alors de 1 à
5 (voir des pochettes des années 60 mentionnant
Symphonie n° 9 (5)). Sa carrière ne démarrera réellement
qu'avec son bouleversant
Stabat Mater
de 1877. Je n'ai pas chroniqué faute d'engouement les
symphonies N°2
et
N°4, toutes deux éditées tardivement en 1959-1960 ! À
voir…
Zdeněk Chalabala
Ce billet est le 17ème dédié au musicien tchèque, un choix
d'œuvres marquantes du grand répertoire de la fin du romantisme, donc du
XIXème siècle.
Dvořákmourra à
Prague en 1904. L'homme ne
cessera d'affiner son style de composition : concision, thématique
attachante, variations… Son style se distingue par des mélodies
immédiatement mémorisables par le public (comme
Beethoven), une rythmique et une instrumention vivante et brillante.
En cette période de fin du romantisme où
Richard Strauss
réinvente le poème symphonique via une réflexion intellectuelle adaptant
musicalement des textes philosophiques ou héroïques (Ainsi parla Zarathoustrade Nietzsche, Till eulenspiegel),
Dvořákrecourt aux contes et légendes
empreintes de maléfices et d'amour ou de récits épiques, dans tous les cas
des sujets invitant à un lyrisme affirmé dans les compositions. Il reste
fidèle au romantisme. À la méditation spirituelle et dramatique de
Mort et Transfiguration
du même
Strauss (1888),
Dvořákoppose une forme de récit
musical en distribuant des motifs mélodiques définis aux personnages ou
créatures de ces contes, influencé en cela par la technique des leitmotive
de
Wagner
qu'il admirait. Plus encore, la partition affiche une structure
chronologique des divers épisodes du conte. Je donnerai un exemple de ces
poèmes symphoniques à programmes dont là encore
Richard Strauss
appliquera le principe dans
Don Juan
ou
Till Eulenspiegel. Pourtant, il n'y a aucune trace d'un contact entre les deux compositeurs
de générations différentes… Ces œuvres marquent le crépuscule du romantisme,
des ouvrages dits à programme…
Karel Jaromír Erben (1811-1870) auteur du recueil
Kytice
a réuni en 1853 douze poèmes dont cinq inspireront
Dvořák. Dans la seconde édition de 1861, un 13ème poème est
ajouté. On doit également au folkloriste tchèque 500 chansons éditées dans
Písně národní v Čechách(Chansons folkloriques de Bohême) et
publiées en cinq volumes :
Prostonárodní české písně a říkadla
(Chansons folkloriques tchèques et comptines).
- Dis Claude, avec cet alphabet prise de tête, j'ai droit de faire des
copier-coller ?
- Evidement ma colombe, tu précises la source, en l'occurrence
Wikipédia…
Erben : recueil de chansons
J'ai choisi la fougueuse intégrale de
Zdeněk Chalabala
de 1961. Cette gravure date de l'année qui précède sa mort après une
vie dédiée à la promotion de la musique slave, celle des opéras de
Dvořák
en particulier (1889-1962). Le dernier poème est dirigé par
Bohumil Gregor, autre grand chef tchèque peu connu en occident (1926-2005).
On peut toujours avoir une légère appréhension avant d'écouter les disques
Supraphon. Si les prises de son s'avèrent souvent de qualité, la
technique des pressages des vinyles datant de l'époque sous contrôle
soviétique ne brille pas par leur somptuosité 😊. Souvent la numérisation
ressuscite des perles discographiques captées à la
Philharmonie Tchèque, un des meilleurs orchestres d'Europe surtout pendant les quatre décennies
où œuvraient
Rafael Kubelík
(1942–1948),
Karel Ančerl (1950–1968) et
Václav Neumann
(1968–1989), ce dernier ayant également brillamment enregistré les
quatre premiers poèmes vers 1970 pour Supraphon. Voir le
profil des trois chefs dans diverses chroniques
(Index). Utiliser Ctrl+F !
Si l'orchestration de la
Symphonie n° 9, "Du Nouveau Monde" optait encore pour le standard du XIXème siècle comme celle
requise par
Schumann,
Brahms
ou
Bruckner
avant la
8ème symphonie, Dvořák, qui a sans doute entendu la création de la
symphonieN°1
"Titan" de
Gustav Mahler
de 1893, décide d'étendre la richesse de son instrumentation.
Le compositeur et maestro viennois
Mahler
créera à Vienne les deux premiers poèmes symphoniques et, dès 1888,
un début de correspondance entre les deux hommes a vu le jour…
Je ne donne l'orchestration que pour l'opus 107. Elle varie très peu d'un
poème à l'autre :
2 flûtes, 1 piccolo, 2 hautbois, 1 cor anglais, 2 clarinettes en la, 1
clarinette basse, 2 bassons, 4 cors en mi, 2 trompettes en mi, 3 trombones
(ténor, alto et basse), 1 tuba, timbales, grosse-caisse, triangle, cymbales,
tam-tam, cloches et cordes, harpe dans le
Rouet d'or.
Une sacrée bizarrerie que les contes du romantisme sensés
préparer les enfants au danger santanique. Ils regorgent de sorcières, de démons, des marâtres,
d'ogres, bref les créatures diaboliques pullulent dans des histoires
glauques de maléfices et d'assassinats en série. Les frères Grimm* et Erben
étaient friands de ces récits horrifiques… Des gamins pauvres étant souvent
victimes de l'appétit des ogres ou… des sorcières de midi. L'idée était-elle
d'apprendre la prudence aux bambins ? Peut-être, l'insomnie et les
cauchemars l'emportaient-ils, aller savoir 😡. Préférons Petit ours brun ou T'choupi 😊. Dvořák, ne connaissait pas T'choupi.
En 1945, les contes des deux frères Grimm furent interdits de
publication par les alliés comme ayant pu susciter par leur violence
certaines atrocités commises par les nazis ! Dans le Deblocnot on apprend
des choses étonnantes… Un concurrent dans le genre, Charles Perrault,
écrivait en réalité pour les adultes. Erben, moins connu, n'était pas non plus tendre avec ses lecteurs, exemple :
"Là, dans le sang gisent deux choses - dans le dos passe un frisson
d’horreur : une tête d’enfant sans corps et un petit corps sans
tête..." Prochain article envisagé : la délicieuse B.O. de : "massacre à la tronçonneuse". 😊 (Clic)
De l'amour ou du macabre, cinq résumés des contes :
Vodnik (Jean Vervelle)
[00:00] -
L'Ondin ou Esprit des eaux
, Op. 107 : Le conte : (1) Un lutin des eaux (gobelin ou Vodník),
assis sur un arbre au bord du lac, prépare son costume en vue de son mariage
avec une jeune humaine qu'il enlèvera ! (2) Une mère, suite à un rêve
prémonitoire met en garde sa jeune fille à propos des monstres du Lac. (3)
Malgré l'avertissement, la demoiselle, attirée par les ondes, part faire sa
lessive et est enlevée par le lutin terrifiant qui la conduit dans son
château lacustre pour l'épouser (beurk). (4) La malheureuse se lamente 😥.
Un enfant naît de cette union. (5) La jeune mère supplie le cruel lutin des
eaux de pouvoir visiter sa mère… (6) La créature accepte, mais fixe une
limite de temps (une cloche marquera l'heure de retour), et garde le bébé en
otage… (7) La mère par amour possessif empêche sa fille de retourner au lac.
La cloche sonne, le lutin vient exiger le retour de son épouse forcée… La
mère l'éconduit pour garder sa fille. Une tempête provoquée par sorcellerie
se déchaîne. (8) Au matin On découvre le petit corps de l'enfant disloqué
par le monstre… 😱 .
Dvořák
compose un rondo, une forme libre en 7 parties de type ABACABA. Des
leitmotive obsédants sujets à maintes variations et des climax d'une grande
violence dans le discours musical illustrent parfaitement le conflit entre
l'amour familial et la cruauté du lutin dans ce conte parmi les plus atroces
de la culture slave. La direction de
Chalabala, staccato, aux nuances féroces, se révèle bien inquiétante…
Polednice ou sorcière de midi
[22:30] -
La sorcière de midi ou la Fée de midi, Op. 108 : En France, les parents invoquaient le
père fouettard
pour "corriger" les gamins désobéissants… Aspect terrifiant, martinet à la
main et pour les cas désespérés un sac pour emporter le galopin ; une belle
peur mais la survie ! En Bohème, tendance dure avec
Polednice
ou
sorcière de midi
qui, comme certains services publics, n'agit qu'entre 11h et midi !! La
terrible créature inspire le second poème symphonique de
Dvořák
(l'entendait-il dans son enfance ?)
Dvořák précède le récit musical d'une joyeuse introduction ludique et
dansante montrant un bébé joueur mais piaillard… La mère excédée par ces
cris n'a pas de pendule et prononce sans réfléchir l'imprécation maléfique
"Fée du midi, viens et prends-le, Viens emporter cecoléreux
." La sorcière convoquée surgit et exige en hurlant "Donne-moi l’enfant". Terrorisée et culpabilisée, la mère tente de sauver son enfant. Elle
lutte avec courage mais s'évanouit. À midi passé, le père revient et trouve
sa femme évanouie. Il peut la ranimer mais son petit est mort dans les bras
de sa maman sans que
Polednice ait réussi à ravir le
petit corps. (- Sonia, la boîte de Kleenex est là…)
La pièce d'un quart d'heure environ comporte quatre mouvements :
[22:30] 1 –
Allegro
: la mère et l'enfant / 2 -
Andante sostenuto
: arrivée de la sorcière / 3 –
Scherzo
: danse de la Sorcière de midi / 4 –
Andante
: retour du père et final. La fantasmagorie mélodique très animée et la
folie orchestrale reflètent à merveille la dramaturgie du texte.
[37:36] -
Rouet d’or,
Op. 109 : Bigre, Mary Shelley, l'autrice de
Frankenstein aurait pu imaginer le conte. Le poème de plus de 20
minutes relate une histoire vraiment horrible 😱… D'ailleurs depuis la
Belle au bois dormant, une interdiction de la fabrication des rouets
devrait être promulguée. On trouvera un point commun avec Cendrillon,
la marâtre, les filles mauvaises et la jolie et généreuse belle-fille…
Donc : Un roi chevauche et
rencontre une jeune villageoise,
Dornička, dont il s'éprend et veut l'épouser.
Dornička, une orpheline vivant sous le toit d'une belle-mère et de sa fille,
sosie de Dornička et
toutes les deux jalouses du choix du jeune monarque. Le roi ordonne à la
belle-mère d'amener Dornička au
château pour les épousailles…
Rouet de salon bronze doré bois du 18ème
En chemin, la mère et la fille dépècent Dornička, l'amputent des jambes, des bras et lui arrachent les yeux. La fille
emporte les macabres trophées au château puis, usant de sa ressemblance avec
Dornička, épouse le jeune roi qui part à la guerre après sept jours de
réjouissances…
Dans la forêt, vivent un ermite magicien et son fils qui découvrent le
corps mutilé de la malheureuse Dornička. En trois voyages, le magicien envoie son fils au chateau rencontrer la
fille maudite pour échanger les jambes, les bras et les yeux contre un rouet
d'or, son fuseau et sa quenouille. Une récupération de ces pièces détachées
afin de rafistoler Dornička (une
chirurgie lourde 😷).
Dornicka se réveille, vivante,
sa beauté restaurée, mais esseulée.
Les semaines passent. Le roi a fini de guerroyer, retrouve sa belle épouse,
la traîtresse, et désire assister à une démonstration de l'usage du beau
rouet d'or qui… prend la parole et raconte l'affreuse supercherie "Tu es venue duper le roi". Le roi chevauche vers la forêt rejoindre
Dornička en vue de nouvelles
noces. Les monstrueuses Mère et fille sont livrées aux loups qui leur
dévorent jambes, bras et… yeux. Délicieux !
(- Paaaat, Luuuc, Brunoooo !!!! Sonia est tombée dans les
pommes…).
Mahler, dans sa cantate de 1879, Das Klagende Lied, reprend le synopsis extrait d'un conte de Grimm. Là, une
flûte taillée dans un os joué par un ménestrel chante le destin terrible de
son ex propriétaire : un doux jouvenceau tué par son frère cruel devenu
aussi un mari usurpateur
(Clic).
La musique épique de
Dvořák
débute sur une très belle chevauchée des cors rythmée par les cymbales (un
peu trop appuyées lesdites cymbales dans cette version à mon goût). Je
préfère la version plus poétique de
Vaclav Neumann… Si tant est que l'affaire soit très poétique 😊.
Dvořák
poursuit avec l'opus 110 son voyage aux pays des récits dignes des plus
sombres contes d'EdgarPoe, au hasard pour les connaisseurs : Le chat noir. Mais si voyons… Le meurtrier alcoolo et violent, un peu crétin, qui a
pendu son chat (entre autres) et emmuré le corps de sa femme dans la
cave. Quand la police soupçonneuse perquisitionne chez le mari et
entend miauler à fendre lâme… elle démolit un mur 😊.Sur la tête du cadavre de madame, se trouve le chat noir !
Dvořák en 1902
[58:05] -
Colombe des bois, Op. 110 : Colombe sauvage ou pigeon des bois suivant les traductions du
titre de la ballade de Erben, quatrième et dernier conte choisi par
Dvořák
pour achever cette saga de poèmes symphoniques macabres. Oh, rien
d'hilarant. Une jeune veuve suit les funérailles de son mari, ravagée de
tristesse telle une pleureuse de l'antiquité. Un mari qu'elle a en fait
empoisonné 😊. Les semaines passent, les larmes hypocrites sèchent, l'amour
renaît et "la poison" avant l'heure
convole de nouveau en "injuste" noce avec un bellâtre. Une colombe établie
dans un arbre surplombant la tombe du feu premier mari ne cesse de roucouler
de manière agressive pour rappeler son crime à la nouvelle épousée. Obsédée
par ce cri insupportable, la femme déprime, prend conscience de son
abjection et se suicide en se jetant à l'eau.
Dvořák
semble laisser planer un doute sur la mort par noyade prévue dans le texte
originel en échange d'un éventuel sauvetage suivi d'une visite au gibet…
Bof, l'un ou l'autre… Le remord serait alors sa punition éternelle.
Dvořák
achève en beauté le cycle inspiré des poèmes d'Erben et sa
composition comporte cinq sections :
1 –
Marche funèbre
: les obsèques du mari empoisonné.
2 -
Allegro - Andante: rencontre de l'amour pour le jouvenceau et mariage.
3 -
Molto vivace: musique des noces.
4 –
Andante
: roucoulement criard accusateur de la colombe et tentative de suicide.
5 –
Andante
: un violon solo conclut sur un espoir de rédemption.
- Si son premier mari était une brute, elle aurait dû déménager après
le bouillon de onze heure…
- Hein ? Heu… oui Sonia… pas bête !
[01:19:53] -
Le Chant du héros, Op.111 : Oublions Erben pour la composition de cet ultime
poème symphonique composé par
Dvořák, cette fois sans support littéraire. Voyons dans cette pièce une forme
d'autobiographie à l'image de
Une vie de Héros
de
Richard Strauss
(l'un de ses meilleurs poèmes symphoniques, composé aussi en 1898).
Tant par la forme, la durée et l'orchestration plus réduite,
Dvořák
rend à l'évidence hommage à l'imaginaire de Erben.
La création a lieu à la
Philharmonie de Vienne
le 4 décembre 1898, sous la direction de
Gustav Mahler. Dvořák
déprimé avait préféré confier cette première à son ami.
En complément une playlist des cinq poèmes dirigés par Neeme Järvi pour
Chandos.
Écoute au casque ou avec des enceintes additionnelles plus que
conseillée.
Le son des PC, sauf exception, est vraiment une injure à la
musique…
INFO : Pour les vidéos ci-dessous, sous réserve d'une écoute directement sur la page web de la chronique… la lecture a lieu en continu sans publicité 😃 Cool.
Il existe diverses interprétations de bonne aloi des œuvres orchestrales
de
Dvořák
hors les symphonies. Voici une sélection recommandable de publications ou
de coffrets de 1, 2 ou 3 CD.
❶Sir Charles Mackerras
a dirigé l'orchestrephilharmonique tchèque
souvent, car grand amateur de musique tchèque et disciple de chefs
historiques comme
Rafael Kubelik
ou
Karel Ancerl… On lui doit un bel enregistrement des quatre poèmes d'après
KarelJaromír Erben (Supraphon – 2010).
❷Neeme Järvi, le stakhanoviste de la galette, a enregistré toutes les symphonies de
Dvořák
de manière isolée. Plusieurs albums se voyaient complétés par l'un des
poèmes symphoniques. Chandos a eu la bonne idée de rééditer ces ouvrages
dans un double album comportant aussi des ouvertures. L'orchestre national d'Écosse nous offre une belle palette de couleurs, la prise de son n'est pas très
subtile, dommage (Chandos – 1989).
❸ Enfin,
Rafael Kubelik
a complété sa célèbre intégrale des symphonies pour DG par un ensemble
exhaustif des œuvres symphoniques de
Dvořák
gravées avec
l'orchestre de la radiodiffusion bavaroise
qu'il maitrisait si bien. Le premier CD propose la globalité des danses
slaves. On trouvera des partitions peu connues et les cinq poèmes
symphoniques bénéficient d'une prise de son diabolique de clarté et
volcanique (DG - réédition 2002).
Malgré
les diktats surpuissants de l'industrie musicale, malgré les
formatages et pillages barbares, malgré les grandesradios
tenues en laisse, malgré l'absence d'informations et d'actualités
musicales télévisées, malgré les difficultés de la vie de
musiciens tenant à leur indépendance, malgré tout cela, il y a toujours
des résistants qui suffisamment de force de caractère pour ne pas céder à
la pression des managers et des labels. Des artistes et musiciens qui ne
sont pas éblouis par ce qui brille, qui ne se sont pas prêts à se
convertir en marionnette, à sacrifier leur vertu ou leur art pour
atteindre un statut de « respectabilité mondaine », avec
intronisation dans la « haute société ». Certains préfèrent
même retourner à un travail alimentaire plutôt que de pactiser
avec le diable et de corrompre leur idéal et leur âme. Pas facile de
résister à la tentation. Tant d'artistes ont été sacrifiés sur
l'autel de la vanité et de la cupidité.
Ceux
qui, malgré l'adversité, continuent à se produire – peu ou prou –
régulièrement se font rares ; plus encore sont ceux qui parviennent à
maintenir une production discographique. Mais
Neal Black est de ceux là. De plus, bien que son premier long-player
remonte tout de même à l'an 93 du vingtième siècle, aucun de ses
disques n'est à négliger. Certes, au contraire de certains de ses
pairs, sa discographie ne croule pas sous l'abondance, mais elle a le
mérite de ne proposer que du bon, du très bon, voire de l'excellent ou du
magistral. Il est de ceux qui ne se perdent pas en babillage, en déballages égocentriques, préférant nettement la qualité à la quantité. Neal ne cherche
pas à tout prix à occuper l'actualité par des sorties fréquentes
- avec le risque de lasser ou de décevoir avec des réalisations
inégales, voire bâclées. Toutefois, son premier long silence
n'était pas volontaire. En effet, suite à quelques désaccords avec
les autorités texanes, plutôt qu'un repos forcé à l'ombre des geôles, il avait
préféré se mettre au vert, au Mexique. Le temps que ça se tasse. Ainsi, le titre de son troisième
album, "Going
Back to Texas",
sorti en 2000, est une référence à un retour vers une musique plus
roots, plus en phase avec son Texas d'adoption (1) et ses débuts sur
la scène régionale dans les années 80, qu'à un réel retour physique au pays. Un retour musical, après ses deux
premiers disques enregistrés à New-York, et particulièrement
électriques et virulents.
Depuis
toujours, le Blues de Neal Black est protéiforme. Suffisamment pour
avoir fait grincer les dents de bien des puristes. En particulier à
ses débuts où, pour certaines de ses compositions, la frontière
avec un hard-rock millésimé 70's pouvait être des plus minces.
Pourtant, quelles que soient les terres abordées, Neal est reconnaissable
entre mille. Déjà parce qu'il y a cette voix, un rien ténébreuse
et profonde, naturellement graveleuse, un peu comme le pendant d'un
Howlin' Wolf white - même
si la comparaison, récurrente à ses débuts, en a froissé plus
d'un.
Sinon, pour d'autres, en terme de similarité vocale, c'est Tom Waits
qui est évoqué. Sa guitare participe également à cette aura
partiellement sombre. Cafardeuse.
Qu'elle vocifère sous l'effet d'une overdrive, ou qu'elle morde ou tranche en mode crunchy, elle semble fréquemment traîner un sombre passif -
comme une blessure profonde qui aurait marqué son âme. Ce qui ne
l'empêche de se transcender et, avec une belle énergie, de déchirer
les épais nuages orageux pour laisser les rayons de l'astre darder
sur nos esgourdes. Le Blues, quoi... 😊 Neal Black porte bien son
patronyme.... même s'il peut se révéler solaire... This is the
Blues... ?
Avec
ce dernier album, sorti douze ans après son précédent effort solo,
Neal ne déçoit pas. Bien au contraire. Avec ce "Number
3 Monkey", il semble avoir définitivement acquis sérénité et
confiance ; une réelle ataraxie. Neal se révélant tel un vieux
sage, dont on boit avec délectation les paroles, la force des mots choisis, car jamais (ou peut-être une fois) il ne se perd en
babillage ou en emphase.Tout
au long de l'album, les titres défilent sans jamais décevoir ou lasser.
On
retrouve même quelques bons boogie-rock-bluezy énervés et pyromanes, chers à Mister Black. À commencer par la chanson éponyme, au
tempo assez enlevé, rock'n'roll texan à fort pouvoir calorifique,
tel un V8 boosté dont les pots d'échappement émergeant du capot expectorent
les flammes sous les coups nerveux d'accélérateur. Un morceau qui renoue avec le climat du second opus, "Black Power". Plus incendiaire
encore, l'instrumental « Truckstop Be Bop » - ha !
Les instrumentaux de Neal nous manquaient -, tisse un improbable décor où la
quiétude aride des grands espaces, de Monument Valley, est violemment perturbée
par un rallye de hot-rods hétéroclites crachant et fumant,
soulevant des monceaux de poussière. Il y a quelque chose de propre aux instrumentaux de Freddie King, mais avec une frénésie du Be-bop et une intensité héritée du heavy-rock (du "Homebound" du Nuge ?). « Dead By Now », lui,
est un brin plus funky, dérivant vers New-Orleans pour s'accoquiner
avec Bryan Lee. Tandis que « That Money » respire le
swamp-rock à la Creedence – où, pour rester dans le Texas,
celui d'Omar & the Howlers -, bien soutenu par le « ruine
babines » de Nico Wayne Toussaint. Nico qui illumine, avec la classe qu'on lui connait, cinq morceaux de l'album.
Neal nous sert aussi quelques mets plus tendres. Notamment avec le nonchalant, « Choose Your Poison », un "Blues latin urbain", qui retrouve le chemin qu'avait essayé de paver un certain Tino Gonzales.
Neal possède ce don de composer des morceaux aux parfums
particuliers, où se fondent country, blues, rock, tex-mex, parfois même jazz (par l'usage de certaines tonalités et accords).
Certes, l'héritage Texan est palpable, mais depuis ses débuts
discographiques, il n'a jamais cherché à coller à un genre
particulier, préférant tracer son propre chemin. À l'image de l'introspectif « Mellow Moon Melody », un doux instrumental évoluant telle une ballade
nocturne lors d'une douce nuit de pleine lune d'un été
torride ; une invitation à la contemplation. Ou encore de « His Last
Song », au tempérament de ballade à la Bob Seger, qui aurait convenu comme un gant à feu Calvin Russell.
Au
milieu, Neal glisse les deux seules reprises de l'album, deux excellents country-blues. Un « Devil Got My Woman » de Skip James, magnifié par deux grattes roots - avec le renfort de la chanteuse guitariste Janet Martin, avec qui Neal a effectué quelques petites tournées européennes -, et un « No Way to Get Along »
du révérend Robert Wilkins, dans une version nettement plus orchestrée, mais
respectant le tempo, l'entrain guilleret et optimiste d'origine (2).
Visiblement, ce bon vieux Neal Black n'a rien perdu de sa pertinence et de sa force. Si la voix est un brin moins abrasive, sa guitare a gardé toute son intensité et sa sensibilité à fleur de peau, pouvant se révéler mélodique même dans les plans les plus fiévreux - quelque part comme une fusion entre Rory Gallagher et Freddie King, couplée à un tranchant parfois pas très éloigné d'un Roy Buchanan. Neal est parfaitement secondé par l'incontournable Mike Latrell (longtemps quasi inséparable de Popa Chubby), habillant subtilement les pièces de nappes d'orgue ou pimentant le propos de ligne de piano honky-tonk. Ainsi que par le batteur Denis Palatin, un fidèle des séances de Ruf Records (Ana Popovic, Anthony Gomes, Dani Wilde et tout récemment Laura Chavez pour un très bon album instrumental) qui a pas mal bossé pour Fred Chapellier, tout comme le bassiste Abder Benachour.
(1) Neal Black est né à Washington,
mais c'est le Texas, où ses parents se sont installés alors qu'il
était enfant, qui fait son éducation. C'est dans ce vaste état
qu'il apprend et fait ses (longs) débuts dans la musique. C'est
logiquement le rock et le blues du Lone Star State qui a marqué à
jamais sa musique.
(2) Une chanson généralement plus connue grâce à la version des Rolling Stones, rebaptisée "Prodigal Son", que l'on trouve sur le remarquable album "Beggar's Banquet" de 1968.