C’est touchant, 50 ans après RENCONTRE DU
TROISIEME TYPE, papy Spielberg revient à ses gentils aliens hydrocéphales aux yeux globuleux, une relecture contemporaine de son grand succès dont on ne manquera pas de remarquer les similitudes. Logique pour un gars quasiment né l’année de l’affaire Roswell, qui sert de trame (éculée) à ce
nouveau film. Les aliens, ça travaille le papa d'E.T. depuis tout petit.
Le film commence pied au plancher (au sens strict, avec ce premier
plan d’un pied de catcheur qui écrase son adversaire !) en mode thriller
d’espionnage, échange nocturne sur un parking à la lumière des phares, tu me files ça et je te rends ta copine, menaces, entourloupes. Le scénario est plutôt bien ficelé dans un premier temps - car ensuite ça
se barre un peu en couilles - avec deux intrigues parallèles. D’un côté Daniel
Kellner, héros spielbergien par excellence, le brave type que les évènements vont transcender, informaticien ex-hacker embauché par l’agence Wardex, pour protéger des fichiers vidéos ultra méga super confidentiels. Et qui pris de remords (on peut avoir été malhonnête et avoir une conscience politique) va se barrer avec les fichiers en question sous le bras.
De l’autre Margaret
Fairchild, présentatrice météo d’une chaine tv de Kansas City, un peu
nunuche, soudainement en proie à de drôles de comportements, à l'insu de son plein gré. Elle se met à parler toutes
les langues, à lire et exploitée les pensées des autres. Cette partie la
concernant est clairement filmée en mode comédie, et ça fonctionne très bien. Spielberg
réalise notamment un beau plan séquence lorsqu’elle arrive au boulot, se
prépare, sert de traductrice en coréen (!), et une fois à l’antenne
s’exprime par des sons inconnus. Un bulletin météo qui ne manque pas d'interpeler les gens de chez Wardex, qui vont s'intéresser de près à cette Margaret.
Deux personnages liés par
la même affaire, contraints de prendre la tangente, l’un en connaissant les tenants et aboutissants, l’autre effrayée par ce qu’il lui arrive. Tous les deux marqués à la culotte par d'un côté Noah Scanlon, qui dirige Wardex, prêt à tout pour
récupérer ce qu’il pense être sa propriété (les données secrètes) et de l'autre Hugo
Wakefield, son ex-bras droit passé du bon côté de la force, qui au contraire veut
divulguer les informations au monde entier.
Spielberg entretient l’opacité du
récit, quel est ce décor que des charpentiers construisent pour Wakefield, à quoi sert la fameuse commande que recherche Scanlon, pourquoi Margaret
Fairchild devient le centre de toutes les attentions (bonne scène parano à l’hôpital),
comment se persuade-t-elle de rentrer en contact avec ce Daniel Kellner qu’elle
ne connait pas ?
La mise en scène enchaine les poursuites (un peu trop),
solidement mais classiquement filmées. Je suis toujours épaté de
voir des individus lambda échapper à des dizaines de pros, FBI, tueurs, agent
secrets… Mais ne chipotons pas, car on apprécie le spectacle. Spielberg joue sur les reflets, les miroirs, portes vitrées, démultipliant les images
sans pour autant changer d'axes. Très joli plan fugace lorsque Margaret prend l’aspect
de la veuve de Scanlon, où la sortie de la
caserne de pompiers. Certaines scènes rappellent les thrillers paranos 70’s,
MARATHON MAN, LES TROIS JOURS DU CONDOR.
Daniel et Margaret vont entrer en contact et les deux récits n’en feront plus qu’un. La tonalité du film s'assombrit, mais l'action ne ralentit pas. Point d’orgue, cette bagnole encastrée dans un train, trainée sur des
kilomètres, un convoi qui arrive en face… Spielberg recycle une figure souvent mise en scène dans les INDIANA JONES mais ça fait toujours son p'tit effet. Pas mal aussi le face à face entre un Noah Scanlontéléporté dans l'esprit de Jane Blakenship (la copine de Daniel) pour lui soutirer des infos. On sait maintenant pourquoi il est important de savoir manier la commande…
Un peu plus tôt, Spielberg nous met dans la confidence. Daniel montre à Jane le contenu des fichiers qu’il détient. C’est là que ça commence à foirer. Un mouvement de caméra (Steven, c'est n'importe quoi ton traveling emberlificoté !) s’avance vers Jane pour recadrer ce qu’elle est en train de visionner. Et on
voit. Et on n’aurait pas dû ! Parfois le hors champ est préférable. Vous vous souvenez de l’escroc
Jacques Pradel et sa vidéo sur l’homme de Roswell ? Spielberg, en RTT ce jour-là, a dû confier sa caméra à Jean-Claude Bourret. Ce n’est
pas de la naïveté, mais de la maladresse.
Plus tard dans le film, dans son
ventre mou (on aurait pu élaguer vingt bonnes minutes), Spielberg ose des trucs
qui laissent pantois en plus d’être moches. Ce flashback sur l'enfance de Margaret et ces bestiaux en 3D, droits
sortis de BAMBI ! C’était si difficile de filmer un vrai cerf, un renard, plutôt
que d’avoir recours au numérique ? Ou mieux, s'abstenir ? Quand Spielberg filme à l’ancienne, avec ces petits travelling avant sur les amorces, les mouvements de grue, on
retrouve sa patte. Quand il use du numérique pour augmenter les effets immersifs, c’est
moche. Alfonso Cuarón dans LE FILS DE L’HOMME nous régalait de ces prouesses techniques, mais c’était il y
a 20 ans. Dans un Spielberg c'est presque anachronique.
Le film revient sur ses rails le temps d’une dernière course contre la
montre vers un studio télé, mais déraille à nouveau lors de l’épilogue gnangnan.
Ce qui faisait le charme de RENCONTRE, ne fonctionne plus aujourd’hui. A
l’heure des réseaux sociaux, les héros du film choisissent la télévision comme
médias d’information, et des journalistes pour la relayer. On comprend bien le
message, surtout sous présidence Trump : journalisme, information, démocratie,
vérité, mensonge d’état… On retrouve les thèmes de PENTAGON PAPERS.
A mon sens il fallait rester dans la veine des thrillers paranos, cultiver le mystère, miser frontalement sur la parabole politique en s'éloignant de la SF et des soucoupes volantes. Fallait-il aussi nimber
l’ensemble de spiritualité, de sous-texte religieux ? Pas sûr, mais en bon
américain Spielberg a plus d'une fois tremper sa plume dans l’eau bénite (le coup
de la sœur au couvent, c’est grandiose !).
DISCLOSURE DAY est souvent divertissant, mais devient trop sérieux ensuite. Les bons moments côtoient les à peu
près. Le film doit beaucoup à Emily Blunt en miss météo
pétillante et totalement dépassée, Josh O’Connor parait plus terne en hacker
taiseux (mais le rôle le veut), Colin Firth est un méchant qui ne fait peur à personne, abdique trop facilement, ses dernières réactions laissent d’ailleurs perplexe.
Ce retour
aux sources de la SF rate un peu sa cible, réjouissant au départ, mais pataugeant
sur la fin.
- Ah ah Claude… Retour après le billet de 2011 à propos du Requiem de Fauré dirigé par un chef jamais cité dans le
blog je crois. Sûrement pas un choix au hasard… Belge ? Suisse ? Un
orchestre anglais. L'Angleterre est le pays expert en oratorio et
musique sacrée…
- Heu non Sonia, français, encore un artiste oublié disparu à 96 ans
dans l'indifférence totale hormis ce disque placé sur le podium d'une
critique comparée… Diapason je crois… Un disque de 1977 pour EMI, mais
curieusement réédité en CD bien chichement…
- Je commence à investiguer. Il avait déjà enregistré cet ouvrage
populaire en 1962 à… Monte Carlo… C'est presque la France… Tu ne l'as
pas choisi comme légendaire…
- Non car le son est atroce… j'y reviendrai… Là : l'inspiration
mystique, la définition de chaque voix du chœur, l'élégance de
l'orchestre qui deviendra celui de Simon Rattle, et l'hallucinante
transparence de la captation… font que cette gravure coche toutes les
cases de la réussite…
- Il a beaucoup voyagé cet artiste…
- logique pour un gars de la légion étrangère qui lâchera son fusil et
les guerres pour diriger des orchestres sur toute la planète…
1 – Louis Frémeaux ou une opportunité manquée, une habitude bien
française
Louis Frémeaux 1975
Dans l'histoire des maestros français, pour les mélomanes,
Pierre Monteux,
Charles Munch,
JeanMartinon
(et encore) représentent l'école française de la direction du début du
XXème siècle.
Paul Paray
a gagné une séance de rattrapage il y a peu… Après-guerre :
Pierre Boulez
très actif en France à l'IRCAM est un peu la rare personnalité qui marque la
mémoire nationale contemporaine, dommage pour
Michel Plasson, le grand-maître de l'orchestre de Toulouse…
Jean-Claude Cassadessus
à
Lille
n'est pas non plus étranger à notre culture musicale. Je crois que nos amis
moins passionnés ne penserons pas à un chef fascinant :
Louis Frémeaux. La plupart de nos compatriotes résument la musique symphonique à un
certain
Karajan
mais
Louis Frémeaux, bah heu… pas trop… sans acrimonie, mais le fait est ! Louis Frémeaux
ou un parcours peu banal vu du parisianisme…
Un détail me titille. Sur une idée d'André Malraux, L'Orchestre de paris est créé en 1967 par
Charles Munch
et
Serge Baudo
mais ne sera dirigé qu'un an par
Munch
qui meurt dès la première tournée aux USA en 1968. L'orchestre
parisien nouveau-né, sensé devenir le fleuron symphonique français, sera
balloté au gré des passages d'experts,
Karajan
puis
Solti, détachés de Berlin ou Londres pour tenter d'élever le niveau. Rien de
miraculeux ne se produira et la phalange ne sera jamais classée dans le top
20 des orchestres de la planète (Aucun ensemble français d'ailleurs)… La
direction ne sera jamais assurée par un chef français. Elle restera
internationale et de qualité inégale avec des hauts, comme
Paavo Järvi, et des bas (pas de nom). Pourquoi le déjà renommé
Louis Frémeaux
ira mener au sommet l'orchestre de Birmingham de 1969 à 1978… et non celui de
Paris, encore un mystère des décisions du gotha de la capitale… ? Ou, plus
plausible, un choix personnel de notre chef du jour possiblement rebuté par
le chaos politique qui entoure la naissance de l'Orchestre de paris. Tout cela n'est que conjecture de ma part…
Digression et histoire de ma vie : J'assistais à mon premier concert
symphonique à 16 ans au
Théâtre Jean-Vilar* à Suresnes en
1968. L'Orchestre de pParis étant dirigé par…
Carlo Maria Giulini
("C'est qui ce gars-là me dis-je en voyant les affiches ? J'aurais
préféré Karajan". On ne rigole pas ! Ma culture musicale était encore bien légère 😊), un
programme
Beethoven, le
concerto pour violon, et
Stravinsky,
l'oiseau de feu… Les années suivantes, l'orchestre bénéficiera de maestros moins
illustres… (dont un chef qui s'endormira à la fin de la cadence du
concerto N°21
de
Mozart 😝). Le très talentueux
Serge Baudo, cofondateur de l'orchestre, ne reste qu'assistant (!) et reprend en
1969 et pour 22 ans, la baguette de l'Orchestre de Lyon
des mains de
Louis Frémeaux
auquel
Birmingham
a fait les yeux doux après seulement 2 ans passés dans la capitale des
Gaules… Serge Baudo
aura 99 ans en juillet.
(*) Pour les cinéphiles qui aiment des loufoqueries des années 50 où l'on
osait absolument tout, l'inclassable et délirant film des branquignols,
Ah ! les belles bacchantes, a été tourné dans cette salle…
2 – Louis Frémeaux, de l'Indochine à Monaco, Birmingham et
Sydney…
Intégrale des gravures au CBSO
Issu d'une famille modeste, une mère couturière et un père
mécanicien-usineur qui dans les années 20 joue du jazz avec des potes… le
petit
Louis
naît en 1921 dans la petite bourgade ouvrière de
Aire-sur-la-Lys dans le Pas de Calais
! Devenir un maestro n'est pas une évidence pour un gosse issu d'un milieu
social d'une France qui réserve de telles carrières à des gamins de
bourgeois ou de famille d'artistes.
Pierre Monteux,
Charles Munch
et
Paul Paray
bénéficiaient d'une origine sociale élevée et cultivée. Le père de
Serge Baudo
est professeur au Conservatoire… Parler d'une exception dans ce monde
élitiste des musiciens "classique" est un euphémisme.
Néanmoins, ses parents sont admirables et feront suivre à leur fils des
études à Denain et au
Conservatoire de Valenciennes… En 1940, le jeune
Louis Frémeaux
a 19 ans, et avec sa famille fuit la débâcle et connaît l'Exode en Vendée.
Louis
entre dans un réseau de résistance. En 1945, il est engagé dans la
légion étrangère et rejoint le bourbier indochinois. Démobilisé en
1947, il peut enfin intégrer le
Conservatoire de Paris dont il
sort en 1952 lauréat du premier prix de direction. L'armée le
réengage comme officier pour servir dans un autre merdier, plus desséché,
en Algérie.
En 1956, son passage brillant au Conservatoire a dû lui permettre de
tisser des liens dans le "beau monde" car le
Prince Rainier III de Monaco lui propose la direction de l'Orchestre de Monte Carlo quasiment en déshérence depuis le départ en 1933 de
Paul Paray, son premier chef
(Clic).
Louis Frémeaux
accepte le défi et en 9 ans transforme la formation : élévation sensible du
niveau instrumental, extension d'un répertoire symphonique et lyrique
solide. Il constitue pour EMI et ERATO une discographie encore éditée… En
1965, il cède la place à
Igor Markevitch (Clic). C'est dire quelle réussite artistique
Frémeaux
a obtenue dans la principauté. De 1965 à 1969, il travaille
pour l'Orchestre de Lyon avant de céder la place à
Serge Baudo
(voir avant).
Louis Frémeaux jeune
Fondé en 1920 l’orchestre City of Birmingham (CBSO) par
Neville Chamberlain (industriel, futur premier ministre et
négociateur pleutre à Munich en 1938). Cette initiative répond au
souhait d'une grande ville anglaise de posséder un formation symphonique et
chorale destinée à satisfaire un public traditionnellement amateur
d'oratorios et autres grandes œuvres plus ou moins sacrées. Cet engouement
date de l'époque
Haendel, et s'accentue lors des visites de
Mendelsohn
qui donnent ses oratorios
Paulus
et
Elijah
traduits en anglais…
Edward Elgar
et
William Walton ont complété sans excès un répertoire d'un genre disons… national. Pendant
des décennies, le rayonnement de la formation reste local. Entre
1924 et 1930, puis pendant une saison en 1959-1960, le
célèbre maestro
Adrian Boult
tentera de la doper, mais ces deux piqûres de rappel ne suffiront pas. En
1969 les financiers font appel à
Louis Frémeaux
pour tenter de réitérer le prodige monégasque 😊. Ce qu'il fera en
appliquant les mêmes méthodes. Il s'est fait une réputation dans
l'interprétation de la musique française du XXème siècle en
enregistrant 30 disques dont 8 reçurent le
Grand Prix du Disque. Il sort gagnant d'un concours qui ne dira pas son nom opposé à des chefs
aussi différents que
Norman Del Mar
ou
Walter Susskind, anglais de surcroit. Le public british aime la musique française, au
moins autant que le public de l'hexagone méprise la belle musique anglaise*,
pff 😊.
Frémeaux
fait travailler la rigueur du déchiffrage au
CBSO, la fidélité aux partitions, les contrastes et climax sans perte de
timbré… Le jeu gagne en vitalité et en intelligibilité concertante. Il
recourt aux répétitions pupitre par pupitre, devient un rigoriste tel un
Mravinsky
mais sans l'autoritarisme du russe. Il conduit 900 auditions de jeunes
solistes motivés, ajoute un chœur professionnel qui reste un des meilleurs
d'un pays où la concurrence est rude. L'orchestre sort d'une léthargie
académique et la presse critique s'en fait l'écho. Dans le Guardian,
dès un an de concerts, on peut lire : "Il n'y a pas de meilleur orchestre britannique en dehors de
Londres". Deux ans plus tard, le même journal : "Sous la direction de Frémaux, ils allient une pureté d'intonation, que
les orchestres métropolitains pourraient envier, à un phrasé fluide et
spontané.". Bel enthousiasme, mais je pense à un certain
Sir John Barbirolli
qui obtient des miracles du
Hallé Orchestra
à Manchester de 1943 à 1970 (Ok un peu
avant).
En 1969, horripilé par des controverses sur ses engagements
pédagogiques dans une Angleterre vieux jeu et des querelles syndicales au
sein de l'orchestre, il démissionne en une semaine au grand damne de
nombreux musiciens. Son successeur
Simon Rattle
surnommera la formation "the best French orchestra in the World". Frémeaux part aux antipodes de Londres diriger jusqu'en
1982 l'excellent
Orchestre symphonique de Sidney. (la belle salle formée de coquilles au-dessus de la mer…). Il se retirera
doucement de la vie musicale sans poste attitré, dirigeant le
symphonique de Londres
comme invité ente autres. Il s'établit en Sologne et nous quitte âgé de 95
ans en 2017 dans un silence médiatique assourdissant sauf
Radio-France(Clic).
Il lègue une discographie captée avec le
CBSO
éblouissante et originale rééditée par Warner Classic en 12 CD sur
laquelle je reviendrai…
3 – Le Requiem de Fauré et sa pléthore d'éditions et
d'orchestrations
Orgue de La Madeleine à Paris
Je suis passionné de cette œuvre depuis sa découverte dans les années 60
dans la version pour EMI de 1963 d'André Cluytens,
Victoria de los Ángeles
(soprano),
Dietrich Fischer-Dieskau
(baryton), des
chœurs Élisabeth Brasseur
et de l'Orchestre de la Société des concerts du Conservatoire
(futur orchestre de Paris). À consulter l'imposante discographie dressée par
Wikipédia, je ne suis pas le seul… (Nombreuses coquilles de dates dans cette
liste).
En 2011, année d'arrivée dans le blog, j'avais sous-titré la
chronique "Le requiem de Fauré, oui, mais lequel ?". Question indiquant l'existence de nos jours de trois éditions
différentes.
(Clic)
J'invite les esprits curieux à lire le chapitre expliquant comment depuis
l'an 2000 on dispose de trois versions établies à partir de manuscrits de la
BNF dont une, la plus jouée, dite "de concert", plus orchestrée de la main
deJean Roger-Ducasse, suppose-t-on, permet à l'œuvre de s'évader de l'intimité de l'église,
celle de la Madeleine entre autre, où le Requiem
fut créé. Donc en résumé :
1 – Composée entre 1885 et 1887. Dite de "1888", elle ne comporte que 5 parties et n'est quasiment jamais
enregistrée.
2 – En 1899-1900, une version plus grandiose dite "de concert" est orchestrée. Elle sera en usage jusqu'en 1980 et c'est celle
que l'on entendra ce jour. Néanmoins, l'extension de l'orchestre conduit à
peu de jeu à l'unisson. On a recensé 49 enregistrements dont
seulement 3 avant l'ère du microsillon.
3 - Le compositeur anglais John Rutter découvre en
1980 l'original de la main de
Fauré. Datée de 1893, sa légèreté orchestrale montre que Fauré ne souhaitait pas composer dans la tradition sulpicienne et larmoyante.
J'avais présenté cette recréation de 1988 de
Philippe Herrewege
qui fut admirée puis dénigrée ! Ah les critiques et leur manie de jeter le
bébé avec l'eau du bain. Il en est de même pour celle d'André Cluytens
estimée un chouia sulpicienne désormais, ce qui est assez vrai, mais quelle
spiritualité...
Orchestration de
Jean Roger-Ducasse
(Probablement) : pour l'édition de concert : 2 flûtes, 2 clarinettes, 2+2
cors, 2 trompettes, 3 trombones, harpe, grand orgue, cordes. Soprano (femme
ou garçon), baryton, chœurs mixtes. Les flûtes ne jouent que pendant 3 x 2
mesures dans le
Pie Jesus 😊.
J'avais le choix entre deux disques gravés par
Louis Frémeaux, celui de Birmingham et un premier enregistré à
Monte-Carlo
en 1962 avec le Chœur d'excellents amateurs (des étudiants) créé par
Philippe Caillard
en 1944 (l'homme aura 102 ans en juillet). Le chef choisit pour le
solo du
Pie Jesus un soprano préado,
Denis Thilliez, une initiative rare. Le disque obtient un grand prix mais j'avoue être
allergique à une prise de son brouillonne tant instrumentale que chorale et
au bambin à la voix acide captée trop près du micro. Sonorité fausse ou
distordue, impossible à dire, Maggy Toon a craqué 😬. Un disque qui n'est
plus édité malgré des qualités spirituelles indéniables, mais dont on ne
profite guère. Dans le disque de 1972 de
Michel Corboz, le jeune
Alain Clément
est plus convaincant, une voix séraphique avec un effet d'écho propre à un
lieu de prière soigné par les ingénieurs, une référence.
En 1978,
Louis Frémeaux
fait appel au baryton
Brian Rayner Cook
né à Londres en 1945. Sa carrière se déroulera essentiellement dans
son pays d'origine, ce qui explique qu'il soit peu connu internationalement
(même pas un entrefilet Wikipédia). Il participera à de nombreuses créations
d'oratorios contemporainss (Passion Saint Luke
d'Andew Downes). Il chantera
Haendel
à l'opéra dans
Ariodante. Il est également chef d'orchestre…
Pour le si périlleux
Pie Jesus,
Frémeaux
aurait pu recruter le soprano soliste d'une maîtrise anglaise (ce n'est pas
ce qui manque, au hasard :
choeur du King's College🙎). Il porte son choix sur une soprano colorature irlandaise de la même
génération que le baryton, Norma Burrowes, connue pour avoir merveilleusement interprété Mozart, Purcell et Haendel. Au disque elle chante souvent les solos "astrales" des symphonies de Vaughan-Willams, sa voix pure et cristalline étant en accord total avec l'esprit "musique
des sphères" souhaité par le compositeur anglais.
~~~~~~~~~~~~~~~~~
Écoute au casque ou avec des enceintes additionnelles plus que
conseillée.
Le son des PC, sauf exception, est vraiment une injure à la
musique…
INFO : Pour les vidéos ci-dessous, sous réserve d'une écoute directement sur la page web de la chronique… la lecture a lieu en continu sans publicité 😃 Cool.
Lors de l'extension de l'effectif orchestral à l'intention des exécutions
en concert, on constate que
Fauré qui n'aimait guère les débordements orchestraux sulpiciens a veillé à ce
que le chœur et chaque soliste ne soient accompagnés que par un groupe
limité de pupitres. L'ouvrage conservait ainsi son esthétique spirituelle
éthérée et céleste (Sanctus,
in paradisium), sans perdre, dans
quelques climax crescendo la puissance incantatoire d'une messe des morts
(Agnus Dei).
Ainsi le Requiem enchaîné
au Kyrie n'emploie que la petite
harmonie des bois sauf les flûtes (pas de cuivres ténébreux), les cordes,
l'orgue et le chœur, les voix ne chantent pas à l'unisson en style
grégorien. L'entrée lumineuse des sopranos à [03:29] témoigne du rejet des
lamentations au bénéfice de l'espérance. (Voir dans la playlist : "
C’est de la montagne de Sion…"). On appréciera l'intelligibilité du phrasé et la spatialisation des
différentes voix du chœur. L'orgue se révèle audible, au bon niveau sonore
; avec un casque ou des enceintes à bande passante large, on entend la
sombre pédale d'orgue conclusive…
L'offertoire, tant pour la partie choral que
l'Hostias, chanté généreusement et
humblement par le baryton* exclut tous les vents, seuls les cordes et
l'orgue interviennent. La mélodie gagne une homogénéité au niveau des
timbres. Les cordes de Birmingham sont splendides d'unité…
Le sanctus débute par un échange
chœur et harpe, toute la tendresse de cet hymne. Par contre la clameur du
Hosanna ne peut s'astreindre de la
fanfare cuivrée…
On attend toujours un peu anxieux le soliste du
Pie Jésus. La voix angélique de
Norma Burrowes sonne avec tendresse et force. La soprano
irlandaise s'affranchit de toute coquetterie des scènes lyriques. L'un des
plus beaux Pie Jésus jamais entendus.
Petite Harmonie, harpe, orgue et quelques cordes légères forment l'écrin
musical.
L'Agnus dei débute lui aussi avec
solennité. Pièce majeure, il prendra la forme d'un immense crescendo
conduisant à un hymne d'une force rare chez
Fauré clamée par l'orgue et les cors. (3ème "donne-leur le repos éternel.")
On retrouve la simplicité, la foi du charbonnier disait-on, dans le
Libera me et la seconde intervention
du baryton. Toujours étrange, les groupes instrumentaux se poursuivent
sans jamais s'entrecroiser. Le
Requiem n'acquiert pas pour autant une couleur monochrome mais ne devient pas
ainsi une œuvre sacrée au ton orchestral surchargé.
Le céleste In Paradisium débute avec
les voix pures des sopranos, des arpèges guillerets de la harpe et une
mélodie délicate des cordes. L'organiste a pris congé… Le secret de la
réussite de
Louis Frémeaux
réside dans la régularité et le choix opportun des tempos et des
nuances…
Traduction du texte latin :
❶Introïtus
❺ Agnus Dei
Donne-leur le repos éternel, Seigneur ;
et que la lumière brille à jamais sur eux ;
C’est de la montagne de Sion
que notre louange doit s’élever vers toi,
c’est de Jérusalem qu’il faut offrir nos sacrifices.
Exauce ma prière :
et tout être de chair parviendra jusqu’à toi.
Kyrie
Seigneur, ayez pitié.
Christ, ayez pitié.
Seigneur, ayez pitié.
Agneau de Dieu, qui porte les péchés du monde :
donne-leur le repos.
Agneau de Dieu, qui porte les péchés du monde :
donne-leur le repos.
Agneau de Dieu, qui porte les péchés du monde :
donne-leur le repos éternel.
Que la lumière étenelle luise pour eux, Seigneur
En compagnie de vos saints durant l ’éternité,
grâce à votre bonté.
Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel.
❷Offertoire
❻Libera me
Seigneur Jésus Christ, Roi de gloire :
délivrez les âmes de tous les fidèles défunts
des peines de l’enfer et des marécages sans fond.
Délivrez-les de la gueule du lion ;
qu’ils ne soient pas engloutis par l’abîme,
qu’ils ne tombent pas dans la nuit.
Mais que saint Michel, avec son étendard
les introduise dans la lumière divine
que jadis vous avez promise à Abraham et à sa descendance.
Nous vous offrons, Seigneur, ce sacrifice et ces prières.
Acceptez-les pour ceux dont nous faisons mémoire.
Faites-les passer, Seigneur, de la mort à la vie,
que jadis vous avez promise à Abraham et à sa descendance.