jeudi 8 janvier 2026

DISQUE LEGENDAIRE (4) – Michael MURRAY joue BACH sur l'orgue de Los Angeles (1984) – par Claude Toon


- Claude… Avec M'sieur Pat nous sommes surpris que tu ne nous proposes pas un récital Bach par Pierre Cochereau ou Marie-Claire Alain plutôt que cette gravure réalisée à Los Angeles… Qu'a-t-elle de légendaire ?

- Bonne question tous les deux. Un enregistrement exceptionnel de la Toccata et fugue en ré mineur de Bach requiert trois qualités : la vaillance de l'interprétation, la pertinence du choix des jeux et la clarté et la dynamique cyclopéenne de la prise de son… Ici nous avons les trois…

- Heuu, l'organiste s'appelle Michael Murray – un cousin de Bill Murray de SOS Fantôme, hihi – pas très connu, de moi en tout cas…

- Les critiques jugent Michael Murray comme l'organiste américain le plus talentueux du XXème siècle, il a joué en France, Vierne notamment… Deux artistes homonymes mais aucun lien de famille, un nom courant aux USA… Bill, un acteur que j'aime beaucoup…

- Ah je vois, c'est vrai ce que tu dis, reproduire des grandes orgues dans son salon n'est pas aisé ! Dans les cathédrales, je me sens toute petite…  

- Bien, Sonia et Pat… Pour finir sans oublier les grands organistes Français, nous écouterons André Isoir dans une interprétation récente brillant de mille feux… et plutôt bien enregistrée !


Enceinte Tannoy Westminster

J'ai commencé une saga "disque légendaire". Le mot "exceptionnel" ou l'expression "haut de gamme" serait sans doute plus approprié. Comme le remarque Sonia, de telles anthologies foisonnent. Je viens de réécouter l'interprétation très inspirée et héroïque de Pierre Cochereau à N.D de Paris en 1974, hélas, la prise de son écrase toute forme de délié de cette partition si populaire.

Ce billet ne prétend pas établir un classement partial entre organistes de talents, ni de départager les amateurs d'orgues baroques ou romantiques, etc. Mais qui n'a pas un jour souhaité ressentir "at home" les vibrations apocalyptiques après un concert ou un simple passage dans l'une de nos cathédrales équipées des monstres du facteur "Cavaillé-Coll" du XIXème siècle ? Difficile de croire que vous n'ayez jamais frissonné quand se déchaînent la tempête dans les milliers de tuyaux mugissant… pilotés par les quatre ou cinq claviers.

Partie 1 : Les Grandes Orgues dans votre salon, possible ou pas ?

- Excuse moï Claude… avant de commencer, pourquoi illustrer ce billet avec la photo de ce meuble bizarre ? Un confiturier ? Un coffre-fort ?

- Hihi Sonia. Non une enceinte acoustique Tannoy Westminster Royal avec son HP central de 38 cm caractéristique de la marque – la taille d'un frigo de 1,4 m, et de 140 kg. Avec sa bande passante de 18 Hz à 27 kHz (détail pour les pros), voici l'un des rares HP qui pourraient reproduire de manière assez réaliste des grandes orgues. Ajoutons un amplificateur type Cayin Pearl 30i… et un lecteur Rega Isis par exemple et ça le fait…

- Mouais, et si je présente la note de ta paire de Winchester et des autres bidules à Luc ?

- Disons… le prix d'une belle Mercédès, mais surtout pensez à trouver un manoir bien isolé avec une salle de 50m2 au moins. Pour du Hard-Rock, ça marche aussi façon rave-party… Westminster Sonia, hihi, pas Winchester… Ça on le réserve aux westerns de Luc.

Arrêtons de rêver. J'ai écouté le disque du jour en appartement. Maggy Toon a convenu que certes le résultat est techniquement saisissant mais est resté frustrée de ne pas se trouver dans une nef d'église ou un vaste studio pour entendre la musique se déployer en majesté. En effet, malgré un espace sonore très large, l'orgue semble rester engoncé entre les deux HP (B&W 805).

Donc peu de solution… 1 – Habiter un château et dépenser 100 k€ de matos, 2 – Rester plus modeste en se privant des extrêmes graves, ça peut le faire et 3 – Écouter avec un bon casque à partir d'une source correcte…



Orgue Nieuw Scheemda

Partie 2 : Bach : quels orgues lui conviennent le mieux ?

Cette question a-t-elle réellement un sens ? la partition, très virtuose, est écrite sur trois portées soit pour deux mains et les pieds donc un clavier, waouh difficile et un pédalier. Donc on exclut les harmoniums et les orgues dits "positifs" présentés dans deux chroniques : Les Concertos pour Orgue de Haendel et le fabuleux Art de la fugue de Bach joué sur un trio d'orgues par l'Ensemble Karajan. Sur le premier orgue "privé" que l'on déplaçait vers le lieu de concert, il n'y avait pas de pédalier ; donc utilisation impossible. Le second a un petit pédalier mais un seul clavier et quelques jeux de tessitures modestes disponibles ; pour s'entraîner ? pas sûr 😊…

On peut rigoler en regardant ces beaux instruments de l'époque baroque. Il y en avait même de plus petit encore, taille harmonium, pour participer à la "basse continue" pour les œuvres sacrées comme les cantates.

Or nous sommes habitués à entendre cette Toccata et fugue jouée sur des orgues modernes avec une puissance qui peut faire vibrer les vitraux ! Mais de quels instruments disposait Bach au début de sa carrière, vers 1690 environ… Il n'est pas mignon le petit orgue de 4 pieds* de l'église réformée de Nieuw Scheemda (Hollande) du facteur Arp Schnittger ? Très rococo de style, il a été achevé en 1698, comporte 8 jeux - 1 clavier manuel de 45 notes et un pédalier de 25 notes (2 octaves). Il demeure une pièce rare entretenue à merveille dans ses capacités originelles et donnant ainsi un aperçu des orgues disponibles en cette fin du XVIIème siècle, le début du baroque tardif. Inutile de préciser qu'un organiste aussi imaginatif et virtuose que Bach et ses amis rêvait d'un "orchestre symphonique" à tuyaux, chaque jeux de 54 tuyaux en étain, cuivre ou bois étant un instrument à lui tout seul…

(*) 4 pieds soit 128 Hertz, la note la plus grave de la tessiture du basson qui est un si bémol (ne chipotons pas pour un ton)… le tuyau mesure 1,3 m.


Console de l'orgue d'Atlantic City

- Ils sont trop mimis les angelots joufflus et fessus qui jouent de la trompette sur les côtés, Claude… Très kitsch…

- Ah Sonia… tu t'amuses d'un rien… Je suis tout à fait d'accord, les facteurs d'orgue de cette époques osaient tout !

- Heuuu Claude, je vais te pousser à la digression… Déjà que… Où se trouve le plus grand orgue du monde ?

- Waouh, bonne question, en 2025, un tel instrument géant quasiment ruiné et irréparable fonctionne enfin après 15 ans de travaux et des millions de $ dépensés. Le diplodocus se trouve dans le Boardwalk Hall d'Atlantic City, une sorte de Palais omnisports de Paris-Bercy de 17000 places. Il a été construit dans les années 30 par le sénateur Emerson Lewis Richards également facteur d'orgue. 

Écoute ça Sonia ! 33 114 tuyaux connus 😊, non visibles des spectateurs, 449 jeux et sept claviers, les trois du bas ont la tessiture de celui d'un piano. 

Encore plus farfelu, il dispose d'un jeu en bois de 64 à 32 pieds (20 m de haut et près de 2 tonnes pour le plus grand tuyau). Cela dit ils sonnent sur un octave entre 8 et 16 Hz, ce sont des infrasons inaudibles par l'oreille humaine (nocifs ?) !!! Seules les vibrations harmoniques dans la structure sont perçues. Pour une visite guidée stupéfiante, en suivant le jeune organiste virtuose et Youtubeur Paul Fey, voir (The organ at Boardwalk Hall).

Incontestablement, ce Godzilla de l'univers des orgues aurait épaté les meilleurs compositeurs organistes de Bach à Louis Vierne* en passant par Eugène Gigout*…(Mettez vos casques). Quoique, on fantasme, mais seuls nos amis Yankees pouvaient construire un instrument aussi monumental… Il m'a semblé entendre le début de la B.O. de Gladiator…

(*) Chacun auteur d'une cataclysmique Toccata, deux morceaux de bravoure à décorner les bœufs du village 😊.


Orgue de Saint-Cyprien en Perigord
 
 
 
 
André Isoir (1935-2016)
 

Revenons à Bach et à sa Toccata et Fugue…

Ce rapide panorama de l'évolution des orgues tant dans les lieux de culte que les salles de concerts ou de spectacles ne répond guère à la question initiale : quels étaient les orgues dont pouvait disposer Bach pour écrire et jouer cette œuvre populaire mais très exigeante en termes de performances et de virtuosité de l'instrument ?

Rendons nous dans la bonne ville de Köthen où la famille Bach réside et travaille entre 1717 et 1723. Köthen, ville protestante et étape intermédiaire entre son séjour à Weimar et la longue et ultime fin de carrière à Leipzig. Voir le petit schéma représentant les pérégrination de Bach dans la chronique dédiée à un groupe de trois cantates sur le thème de la transfiguration (Clic).

Les musicologues ont établi que la Toccata et Fugue en ré mineur aurait été composée entre 1703 et 1708. Elle surprend par son écriture complexe et très virtuose et, particularité rare chez Bach, sa dimension spirituelle inexistante quoique non dénuée de noblesse. On a même douté un temps de son attribution à Bach. Sujet clos de nos jours !

Pouvons-nous parler de divertissement volontairement spectaculaire à propos de l'œuvre ? Certains érudits ont bâti une théorie séduisante. L'œuvre serait un "outil de test" musical sophistiqué pour mettre à l'épreuve les registres des orgues imposants en cours de construction en ce début du XVIIIème siècle. L'étude poussée de la partition met en évidence un besoin de disposer de nombreux jeux pour expérimenter moult techniques de contrepoints ardues dont il faut se jouer et des trilles mettant à rude épreuve les mécanismes à traction mécanique… On observe aussi l'absence d'accord nécessitant un tuyau du "principal" de 16 pieds (5,5 m ! 32 Hz) pour descendre dans l'extrême grave.

Or, lors de la composition, Bach séjourne à Arnstadt, dont l'orgue ne possède pas un tel jeu dans sa "montre", la montre est cette majestueuse alignée de grands tuyaux visible en façade, à des fins esthétiques.

Á Köthen la famille fréquente l’église luthérienne Sainte-Agnès dont l'orgue construit en 1708 est riche de deux claviers, 13 jeux et un pédalier à la tessiture très étendue. L'idée d'une pièce de grande qualité à propos de la Toccata et Fugue en ré mineur BWV 565 permettant de vérifier la fin de la période d'accordage n'a rien de fantaisiste. Bach reviendra à Köthen en 1734 jouer la Toccata et Fugue en fa majeur BWV 540, pièce géniale qui ne se joue que sur les claviers, et sans doute préparée elle aussi pour mettre en valeur les extensions de registres ajoutées à l'orgue de l’église Sainte-Agnès. Orgue qui n'existe plus depuis 1881 et dont aucune gravure ne témoigne de son architecture.


On pourrait enfin conclure quant au choix de l'orgue idéal pour jouer Bach par cette trivialité "qui peut le plus peut le moins". L'orgue de Saint-Donat donne une idée de l'instrument apprécié par le compositeur. Les grands interprètes français de l'œuvre du Cantor que furent Marie-Claire Alain et André Isoir privilégiaient les instruments de type germanique ou danois à traction mécanique plus précis semble-t-il que les grandes orgues romantiques électrifiés… L'orgue de Saint-Donat dans la Drome pour l'une, celui de Saint-Cyprien en Périgord reconstruit de A à Z pour le second. "Bach en a rêvé, André Isoir lui a offert post mortem grâce à son ultime intégrale."

La seconde intégrale sur trois de Marie-Claire Alain à la Collégiale de Saint-Donat dans la Drome et sur divers orgues baroques européens est à privilégier par ce choix d'instruments au son lumineux. Enregistrement : 1978-1980 (Deezer).

 

En 1980, André Isoir fervent expert de Bach et passionné par la facture conçoit le projet de recréation d'un orgue idéal au service de l'interprétation des œuvres de l'époque baroque. Il choisit l’orgue de l’église de St Cyprien en Périgord qui possède un magnifique buffet datant de la fin du 17ème siècle. Le buffet, très élégant et en bon état, a été classé aux monuments historiques en 1977. Isoir fait appel à Gerhard Grenzing, facteur allemand de génie dont l'atelier se trouve à Barcelone. Entre 1981 et 1982, Grenzing transforme complètement l'instrument en conservant le concept de traction mécanique pour les trois claviers et le pédalier. L'orgue possède désormais 22 jeux. André Isoir y réalisera six CD pour son intégrale achevée en 1993 plus l'art de la fugue de manière isolée. Pour certains la référence absolue dans ce répertoire (8 récompenses prestigieuses.) Il se raconte que le fantôme du Cantor viendrait en jouer certaines nuits…

- Dis Claude, on part quand à Los Angeles au juste ?

- Maintenant Sonia… Tiens, tes billets classe affaire…

- Luc a accepté de payer à ce tarif ?

- J'ai piraté le compte du Deblocnot… hihi… étape à Philadelphie…


Partie 3 : Orgue Schlicker néo-baroque de l'église congrégationaliste de Los Angeles


Orgue Schlicker néo-baroque de Los Angeles
 

Le mot mythique, synonyme de légendaire dans le dico, est plus approprié à considérer les références techniques et historiques de l'orgue choisi par Michael Murray pour enregistrer son programme Bach. Il existe peu d'orgue baroque aux USA, logique ! Une exception : un orgue de Chicago (Clic) équipé de 2 claviers, 1 pédalier, 19 jeux ; donc une grande similitude avec celui de Köthen. Construit en 1926 il est posé au sol et son mécanisme est électropneumatique donc moins réactif qu'un système à traction directe.

Michael Murray choisira en 1984 un orgue monumental disposant de tous les types de jeux et de de timbres, notamment ceux utilisés par les baroqueux comme Bach ou Buxtehude. L'église congrégationniste de Los Angeles possède deux orgues qui répondent à cette exigence d'un choix quasiment sans limite dans la registration.

Ne nous attardons pas sur l'orgue de chœur souvent présent sur le côté de la nef dans les cathédrales, de taille plus modeste que celui de la tribune et utilisé la plupart du temps pour les offices brefs, en semaine. L'orgue de tribune et son petit frère du chœur ont été construits en 1932 par la Manufacture Ernest Skinner de Boston.

En 1969, on commissionne le facteur Herman L. Schlicker de Buffalo formé à l'école allemande et danoise dans les années 30 pour modifier en profondeur l'instrument. Il ajoute notamment les jeux d'anches courtes hérités des orgues baroques. Un mouvement néo-baroque est en expansion aux USA afin de rivaliser avec le patrimoine européen.

On comprend ainsi la pertinence du choix de Michael Murray. L'orgue possède 5 claviers, 1 pédalier, 163 jeux sur 207 rangs et une traction électrique. Sur un orgue de cette taille, la traction mécanique est irréalisable… De nos jours, la technique n'est plus un handicap pour l'organiste. Il devance en capacité l'orgue de N.D. de Paris et ses 115 jeux. Il possède 20 147 tuyaux 😊! Dernière indication sans doute évidente. Il est possible de combiner des jeux ensemble (mixture), de coupler les claviers… etc. En un mot, toutes les partitions de l'histoire peuvent être magnifiées sur cet orgue. La console est vertigineuse de complexité, un chef-d'œuvre du genre.



Console de l'orgue Schlicker

Partie 4 : Michael Murray (1943-2024)

Rien de surprenant que l'Europe n'est plus l'exclusivité de rassembler les meilleurs organistes de la planète. Les claviéristes de jazz sont nombreux et célèbres, deux exemples : Eddy Louiss et Lou Bennett. Côté classique aux USA, citons E. Power Biggs (anglais d'origine, 1906-1977), Scott Ross mieux connu comme un prodigieux claveciniste et d'autres talentueux mais dont les discographies ne franchissent par l'Atlantique. Sonia ajoute "on a déjà ce qui faut". Un peu cocardier, mais objectif 😊.

Michael Murray est né dans l'Indiana en 1943. Il fréquente le conservatoire de Minneapolis de cet État, puis celui de l'Ohio. Puis, bonne idée, il vient à Paris où Marcel Dupré l'accepte comme dernier élève. Dupré (1886-1971) qui partagea la tribune de Saint-Sulpice avec son maître Charles-Marie Widor, deux titulaires pendant un siècle 😊. Il avait enseigné à Marie-Claire Alain, Pierre Cochereau, Jean Guillou, Olivier Messiaen, liste des "vedettes" qui justifie sur le fond la remarque de Sonia. Marcel Dupré pouvait interpréter toute l'œuvre de Bach de mémoire ! En 1968-1969, Michael Murray fera de même en 12 récitals à Cleveland. Il a 25 ans… Il deviendra le biographe de Marcel Dupré. Nous l'entendrons dans une chronique à venir dédiée à une gravure Telarc de deux symphonies de Louis Vierne enregistrées en France sur le Cavaillé-Coll de Rouen. Sa discographie comprend une trentaine de disques mal distribuée hélas.

Après un carrière éclectique comme concertiste et titulaire de l'orgue de Columbus, dans l'Ohio, Michael Murray a pris sa retraite vers 2014, se consacrant à l'écriture. il nous a quittés dans cette ville en 2024.


Michael Murray

Partie 5 : Programme Bach

Michael Murray a sélectionné quatre des ouvrages majeurs de Bach parmi les plus populaires et faciles à écouter. Des analyses techniques sur leurs compositions sont disponibles sur le web. En ajouter d'autres de mon cru serait présomptueux et sans aucune plus-value. Le discours toujours riche et les lignes mélodiques nuancées nous montrent un Bach cherchant des voix nouvelles, animées, radieuses car peu élégiaques. Aucune aide didactique ne s'avère nécessaire pour apprécier ces partitions. Rester de marbre à l'écoute ne serait pas dramatique en soi, quoique inhabituel. Peut-on évoquer un manque de sensibilité musicale avérée ? Non sauf si le symptôme s'étend à tous les genres artistiques de qualité…

 Toccata & [02:50] Fugue en ré mineur, BWV 565 (1703-1707 à Darmstadt)

Concerto No. 2 en la mineur, BWV 593 (1713-1716 d'après Antonio Vivaldi RV 522)

 I. Allegro

 II. Adagio

 III. Allegro

 Prélude & [06:54] Fugue en si mineur, BWV 544 (1727-1731 à Leipzig)

❻ Prélude & [05:23] Fugue in ré majeur, BWV 532 (1709-1717 à Weimar)

Le disque aborde toutes les techniques affinées par Bach lors de ses différentes fonctions. La Toccata & Fugue en ré mineur demeure la source de milliers d'exécutions, d'adaptations plus ou moins opportunes et de transcriptions pour orchestre comme celle de Stokowski pour Fantasia.

À propos de cette captation, j'ai lu cette critique : "La célèbre Toccata et Fugue en ré mineur bénéficie d'une interprétation d'une virtuosité incroyable, et le jeu d'une précision et d'une aisance exceptionnelles de Murray est tout simplement époustouflant ! De plus, ses registrations sont d'une grande richesse tout en respectant l'intention originale de Bach." Merci à Andrew Larson de suppléer mon opinion.

Je confirme que l'attaque des notes avec une telle précision apporte une transparence étincelante au discours. Le jeu sur l'orgue est difficile. Tant que le doigt enfonce la touche, le tuyau via son clapet reçoit l'air et vibre, la durée de la note peut-être infinie 😊. Une difficulté existe cependant : il faut un certain temps pour que le tuyau entre en résonance, surtout dans les registres graves. Michael Murray maîtrise le phénomène à la milliseconde près ! Quelle clarté dans la polyphonie (souvent les différentes voix se confondent), on distingue aussi très finement spatialisés tous les jeux employés. L'instrument occupe la largeur de l'espace sonore, y compris en profondeur, encore une exceptionnelle réussite.

La prise de son tient du miracle. Les accords dans l'extrême grave de la Toccata BWV 565 sont puissants mais non caverneux. Mille bravos à l'ingénieur du son que je ne cite jamais : Robert Woods, également président fondateur de Telarc. J'ajoute la vidéo de l'interprétation de André Isoir, un régal de poésie.


Écoute au casque ou avec des enceintes additionnelles plus que conseillée. Le son des PC, sauf exception, est vraiment une injure à la musique…

Connecter le PC via un port USB et un adaptateur à lune entrée audio d'un ampli audiophile donne un résultat spectaculaire. Quant au CD… no comment ! 


INFO : Pour les vidéos ci-dessous, sous réserve d'une écoute directement sur la page web de la chronique… la lecture a lieu en continu sans publicité 😃 Cool. 





Pour les amateurs d'intégrale, je conseille la 2ème de Marie-Claire Alain, l'édition ultime par André Isoir et n'oublions pas celle d'Helmut Walcha qui n'a guère vieilli...

mercredi 7 janvier 2026

BLODWYN PIG " Ahead Rings Out " (1969), by Bruno



    Un groupe qui, bien qu'éphémère, réussit à convaincre autant la presse anglaise qu'américaine. Une reconnaissance qui arrive promptement, avec deux albums, sortis avec seulement huit mois d'écart, et qui s'installent sans forcer dans les charts. Le groupe traverse même l'Atlantique, se faisant un nom au Canada et aux USA. Son guitariste, également chanteur et compositeur, est alors considéré comme parmi les meilleurs du British blues. Une carrière qui s'annonce des plus prometteuses, et puis voilà que le fondateur, éternel insatisfait, décide dans le courant de l'année 1970, quelques mois après la sortie du second album, d'aller voir ailleurs. De laisser ses compagnons de route continuer seuls. Ce n'est donc pas l'absence de succès qui motive son départ impromptu, d'autant que le second disque se vend encore mieux que le précédent. Hélas, le groupe ne survit pas à la défection de son leader et principal compositeur.

     C'est que monsieur Mick Abrahams est une forte tête. Plutôt que de faire ce qui lui semblerait être des concessions, il préfère tourner les talons et claquer la porte. Ainsi, après une dispute avec Ian Anderson quant à la direction musicale de Jethro Tull, peu de temps après la sortie du premier disque, "This Was", il lâche le groupe pour suivre sa voie. Anderson avait déjà une autre vision qui diffèrait de celle de Mick qui, lui, voulait ancrer,  autant que possible, le groupe dans le Blues et Jazz. C'est de cette dissension que nait Blodwyn Pig


   Rapidement, Mick recrute le bassiste Andy Pyle, avec lequel il jouait déjà auparavant, au sein du McGregor's Engine (anciennement Jensen's Moods), avant d'intégrer Jethro Tull, le batteur Ron Berg, et un troisième larron qui va faire tout le sel de ce quatuor. Le saxophoniste Jack Lancaster, qui, au besoin, dégaine sa flûte ou son violon pour explorer d'autres espaces. Jack, omniprésent, donne de l'ampleur et du relief au blues-rock d'Abrahams. Le faisant décoller pour atteindre des cimes que bien des groupes de british-blues n'ont pas le gabarit requis pour les atteindre. Grâce à Lancaster, il souffle (c'est le cas de le dire  un vent de liberté sur la musique de Blodwyn Pig, une absence de contrainte commerciale qui fait trop souvent défaut aux productions des dernières décennies - du moins sur les majors. À savoir que c'est Island Records qui signe le groupe. Label alors connu pour laisser une large autonomie à ses poulains. La même boîte qui a adopté Jethro Tull, et qui n'a probablement pas voulu lâcher un talent comme celui d'Abrahams.

     Évidemment, le Blues mixé à des éléments de Jazz n'est pas nouveau. Il est même plutôt en vogue à la fin des années 60. Un an plus tôt, le Aynsley Dunbar Retaliation a déjà réalisé un excellent disque dans cette optique. Toutefois, la trompette de Victor Box, également chanteur, guitariste et claviériste, n'intervient qu'épisodiquement. Bien sûr, il y a le Keef Hartley Band, qui, lui, traîne carrément une section de cuivre (qui sera réduite à deux éléments). Sans oublier John Mayall, qui apporta tant au blues anglais, et qui, en 1967, une fois de plus, modifie le paysage musical avec l'album "Crusade" (avec Mick Taylor).

     Ainsi donc, Blodwyn Pig n'est pas vraiment novateur, il prend le train en marche. Ce qui n'enlève rien à la fraîcheur et l'éclat de ce premier jet. De plus, au contraire de ses collègues, même les plus illustres, Blodwyn Pig est alors un des rares groupes à ne proposer que du matériel original. Poursuivant ainsi le développement des nouvelles voies entamées par les prédécesseurs susnommés, en plus de celles, évidemment, ouvertes par l'Electric Flag et le Paul Butterfield Band. Of course. Ce n'est pas sans raison qu'en dépit de la brièveté du groupe, "Ahead Rings Out" a maintenu à travers les décennie son aura de classique. Suffisamment pour être honoré de régulières rééditions - la première dès 1975, et la dernière en 2018 pour une version "De Luxe"

     Alors qu'une large majorité de groupes de british-blues débutent alors par un disque respectueux envers les pères fondateurs - bien que parfois un peu maladroit et timide -, "It's Only Love" impressionne par son énergie et son adresse. À l'évidence, Blodwyn Pig maîtrise son art. Non seulement c'est parfaitement contrôlé, mais c'est également interprété avec une décontraction propre aux grands musiciens. Ceux aptes à jouer les yeux fermés, en toute nonchalance. Cette première pièce enlevée évoque Keef Hartley Band, d'autant qu'Abrahams possède un timbre vocal assez proche de celui de Miller Anderson. Toutefois, bien que Blodwyn Pig ne soit qu'un quatuor, il s'en dégage une puissance digne d'un orchestre plus nombreux. Une sensation probablement engendrée par Lancaster qui est capable, tout comme Roland Kirk, David Jackson et Dick Heckstall-Smith, de jouer simultanément de deux instruments à vent.


   De façon assez surprenante, après cette bourrasque de rhythm'n'blues enfiévré, la troupe enchaîne avec un 
slow-blues dépouillé, profitant autant de la résonnance des notes que des silences. Bien que d'apparence on ne peut plus simpliste et classique, "Dear Jill" saisit, impose l'attention. Et démontre qu'avant tout, c'est l'intention et l'émotion que l'on donne qui prévaut. Et non le déferlement de notes. Une chanson qui restera l'une des préférées d'Abrahams et récupérée ensuite par Cameron Crowe pour son film "Almost Famous".

     On retrouve ce brio des slow-blues avec "Up And Coming", qui nous donne envie de se relâcher, d'éteindre les lumières, de fermer les yeux, et se laisser totalement absorber par la musique. Lancaster y fait des merveilles avec une flûte brumeuse...Même le sobre country blues acoustique, "The Change Song", où Lancaster dégaine son violon, apaise et séduit. "Le temps est venu où l'homme changera. Empruntez le chemin qui apaise un esprit troublé. Je n'ai que faire des illusions et richesses illusoires, chérie. Je ne peux déplacer l'or d'un imbécile."   

Sur "Sing Me A Song That I Know", la section rythmique semble avoir digéré le premier opus de Taj Mahal, cependant le jeu d'Abrahams et de Lancaster font décoller le morceau vers d'autres espaces ; quelque part entre proto-hard et blues progressif. Sur d'autres morceaux, le jazz lutte pour supplanter le Blues, ou plutôt pour le rallier à sa cause. Les plus marqués sont ceux de Jack Lancaster. Deux instrumentaux plein de swing où il a les coudées franches pour s'exprimer. Le heavy-bop "The Modern Alchemist", avec quelques improvisations jazz au saxophone soprano, et "Leave It With Me" où il lâche la bride à sa flûte, concurrençant, voire supplantant Ian Anderson...  

Par ailleurs, "See My Way" - absent de certaines versions (et on se demande bien pourquoi) mais présent sur d'autres de "Getting To This", le second album (??) -, taquine le proto-hard, curieusement coupé par des velléités orientales, un poil dissonantes. De même que "Ain't Ya Comin' Home, Babe ?", avant que ça ne parte dans des improvisations où le jazz - représenté par le saxophone - lutte contre le blues - la guitare -, évoquant pour le coup une jam entre le Ten Years de "Stonehenge" (68-69) et le Chicago Transit Authority, voire le Blood, Sweat & Tears. La majorité des morceaux sont enregistrés live, ouvrant ainsi la porte à quelques semi-improvisations. Ce qui explique - ou excuse - quelques trébuchements sur cette dernière pièce.

Une fois n'est pas coutume, mais les rééditions CD ne sont enrichies de bonus suffisamment opportuns pour donner de la valeur ajoutée - à un disque qui n'en avait pas nécessairement besoin. Celle d'EMI semble la plus intéressante avec sept pièces composées de "face B de 45 tours", d'inédits et du "Backwash", interlude à la flûte. "Backwash" qui remplace "See My Way" sur d'autres versions. Toujours d'un haut niveau, cela semble néanmoins un petit cran en dessous, probablement parce que c'est dans l'ensemble plus conventionnel et que l'empreinte de Lancaster y est ténue. Sur le robuste "Summer Day", on comprend mieux l'affiliation avec Clapton et Green. Plus étrangement, "Same Old Story" évoque un Steppenwolf (celui de "At Your Birthday Party") enrichi de cuivres frénétiques. En fait, le seul morceau dont on aurait pu se passer, est l'unique reprise de la réédition, "Slow Down" de Larry Williams, qui dénote avec son orientation franchement rock'n'roll.

      La presse anglaise est unanime pour saluer ce premier effort - avec des commentaires parfois carrément élogieux - qui supplante commercialement (à l'époque) le second album de Jethro Tull, "Stand Up". Une petite revanche pour Mick Abrahams, qui est alors inclus dans le cénacle des Clapton, Peter Green et Mick Taylor.


  1. "It's Only Love" (Mick Abrahams) – 3:23
  2. "Dear Jill" (Abrahams) – 5:19
  3. "Sing Me a Song That I Know" (Abrahams) – 3:08
  4. "The Modern Alchemist" (J. Lancaster) – 5:38
  5. "Up and Coming" (Abrahams, Lancaster, A. Pyle, R. Berg) – 5:31
  6. "Leave It With Me" (Lancaster) – 3:52
  7. "The Change Song" (Abrahams) – 3:42
  8. "See My Way"  (Abrahams)  -  5:00
  9. "Ain’t Ya Comin' Home, Babe ?" (Abrahams, Lancaster, Pyle) – 6:04

  • Bonus tracks / EMI réédition remasterisée de 2006 :
10. "Sweet Caroline" (Abrahams) – 2:51
11. "Walk on the Water" (Abrahams) – 3:42
12. "Summer Day" (Abrahams, Pyle) – 3:44
13. "Same Old Story" (Abrahams) – 2:36
14. "Slow Down" (Larry Williams) – 4:20
15. "Meanie Mornay" (Abrahams) – 4:45
16. "Backwash" (Abrahams, Lancaster, Pyle, Berg) – 0:53

 
   Quelques mois plus tard, en 1970, suit un second et tout aussi brillant album, "Getting to This", qui se vend encore mieux. Curieusement, bien que parfois considéré comme meilleur (plus rock dans l'ensemble), ce successeur n'a pas eu les mêmes faveurs en terme de réédition, et, à ce jour, n'a toujours pas eu l'honneur d'une juste remasterisation. Le groupe avait été récupéré par Chrysalide. En fait, il y a bien une remasterisation, de 2009, éditée par l'indépendant Reservoir Media, mais elle est introuvable depuis longtemps (avec "Same Old Story" remplaçant "See My Way"). Il est vrai que dès le début, c'est un album qui n'a jamais été convenablement promu. Mick Abrahams, déjà l'esprit ailleurs, plausiblement troublé par la forte présence de Jack Lancaster, décide de lâcher ses compagnons avant la fin de l'année. S'ensuit une carrière des plus erratiques. Après un groupe, Wommett, qui n'enregistra jamais rien, il enchaîne prestement avec le Mick Abrahams Band, auquel il supprimera plus tard le "band". Il continue sa carrière musicale en sortant des disques quand bon lui semble, ou plutôt lorsqu'il en a l'opportunité. À l'occasion, il remonte Blodwyn Pig, pour quelques concerts et même deux disques (en 1994 et 1996), hélas policé et dénaturé de sa saveur originelle... Ne pouvant plus vivre de sa musique, même si les premiers disques de Blodwyn se vendent encore, il doit se recentrer sur des emplois alimentaires. Néanmoins, il garde une solide fan base - reposant essentiellement sur son travail des 70's - qui lui permet encore, occasionnellement, de faire des concerts - et quelques disques introuvables sur d'obscures labels. En 2009, il fait une crise cardiaque, et en 2010, il déclare être atteint de la maladie de Ménières (infection du conduit auditif entraînant nausées, vertiges et pertes auditives). En 2015, il fait un retour discographique inattendu avec disque pépère chargé d'invités et de reprises. On y retrouve John Paul Jones, Mark Flethman, Bernie Marsden, Geoff Whitehorn, Bill Wyman, Terry Taylor, Graham Walker, son fils Alex et même Martin Barre, son remplaçant dans Jethro Tull. 

     Bien que composant peu, le bassiste Andy Pyle a connu une carrière plus riche se prolongeant jusqu'aux années 90. On le retrouve entres autres derrière Rod Stewart, Juicy Lucy, Savoy Brown, Alvin Lee, Gary Moore,, Wishbone Ash et Ken Hensley. En plus de divers coup sde main en studio.

     De son côté, Jack Lancaster ne fait guère de vague mais reste attaché à la scène musicale anglaise. On retiendra sa collaboration à l'adaptation rock de "Pierre et le Loup" (avec Gary Moore, Brian Eno, Stéphane Grapelli, Manfredd Mann, Alvin Lee, Chris Spedding, Gary Brooker, Phil Collins, Cozy Powell, ...), le projet progressif Aviator, son album assez novateur "Skinningrove Bay" (avec Wayne Kramer, Rod Argent, Phil Collins, Gary Moore et Clive Bunker). Pendant des années, il se contente d'un travail de studio, en qualité de musicien, arrangeur et producteur. En 2015, il retrouve Mick Abrahams pour son adaptation du "Carnaval des Animaux". Jack Lancaster est décédé le 4 mai 2025.


     En hommage à Michael Timothy Abrahams, né le 7 avril 1943 à Luton, et décédé le 19 décembre 2025 à l'âge de 82 ans. Mick Abrahams qui avait la capacité pour poursuivre une belle carrière - au moins dans les années soixante-dix -, qui aurait pu se placer entre Rory Gallagher et Kim Simmonds, semble avoir rapidement perdu pied après la courte - mais riche - aventure Blodwyn Pig et le premier et excellent album du Mick Abrahams Band (parfois attribué à son seul nom).


P.S. : Blodwyn est un vieux prénom d'origine galloise, qu'on pourrait traduire par "belle fleur". Parfois écrit Blodwen.  On y retrouve sa racine écrite dans les Quatre Branches du Mabinogi (ou Mabinogion) avec la divinité Galloise Blodeuwedd. Déesse du printemps créée à partir de fleurs par Math Ap Mathonwy et Gwydion, plus tard transformée en hibou en guise de punition pour avoir conspiré contre son époux, Lleu. C'est dans ce même Mabinogi qu'on trouve les origines de Perceval, alors nommé Peredur. 


 
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mardi 6 janvier 2026

THE FAITH TONES - ”Jésus Use Me“ (1964) - par Pat Slade



Il y a peu de temps, j’avais parlé du plus mauvais groupe du monde, un trio féminin nommé The Shaggs. Aujourd’hui ce sera le tour de la pire pochette.


Choucroute Gospel


Avant de commencer cette chronique, je voulais faire une petite entrée en matière, un petit préambule. Trouver des informations sur The Faith Tones n’a pas été chose simple et pour ce qui est des illustrations autres que la pochette ça à été mission impossible ! Heureusement que la pochette a été détournée plusieurs fois au grand plaisir des collectionneurs. Aux États-Unis le gospel est avant tout l'apanage des chrétiens évangélistes.  Parmi les différentes obédiences évangéliques, les Baptistes sont aussi reconnus pour utiliser cette forme de chant, pourtant le gospel est avant tout et incontestablement une révolte musicale dans une Amérique raciste. A la fin des années 50 et au début des années 60 une multitude de duos et trios vocaux et de groupe chrétiens plus ou moins bons avec des noms et des pochettes ridicules feront des enregistrements de gospel plus ou moins approximatifs.  Des pochettes regorgeant de photos à l'air sérieux avec des motifs criards et des looks soigneusement coordonnés sont un thème récurrent. Les Winfield Gospelaires,  The Gospelaires, Les Messengers of Faith, the Simmons ou les  Holy Milk Men ne forment qu’un maigre exemple de la production évangélique de l’époque.

Pour le plaisir des lecteurs et surtout pour qu’ils ne souffrent pas, j’e me suis gavé comme une oie de noël de quelques-unes de ces galettes chrétiennes. Pour beaucoup la construction musicale est la même, un banjo, parfois une guitare quand ce n’est pas l’orgue ou l’harmonium de la paroisse. Sinon dans l’ensemble ça chante juste. Mais revenons au Faith Tones.

La pochette de l'album des Faith Tones a suscité de nombreux débats sur les forums musicaux. Quand l'album est-il sorti ? S'agit-il d'une vraie pochette ou d'un pastiche (ou un postiche ?) astucieux ? Les Faith Tones ont-ils vraiment existé ? Et si oui, étaient-ce même des femmes ? Plus on la regarde, plus on a l'impression qu'il s'agit juste de deux potes qui s'amusent… Le titre de l'album est lui aussi énigmatique. L'expression Jesus Use Me peut être interprétée de diverses manières, y compris de façon plutôt frivole. D'un côté, la photo associée au titre semble être une plaisanterie. De l'autre, on trouve en ligne des photos de la pochette et du disque lui-même qui paraissent tout à fait authentiques. Le label Angelus Records, auquel The Faith Tones était crédité, a également existé. Une pochette digne d’être accrochée dans un salon de coiffure de Jean-Louis David qui, rappelons le, fut le créateur de la coiffure dite ”choucroute“.

Ces trois charmante hyades viennent de Caroline du Nord et se prénomment Beverly Beecham, Vivian Wyler et Marie Samuels. Les pauvres femmes n’avaient pas un physique facile et le maquillage à la truelle à du être fastidieux. Pour le chant c’est dans l’ensemble correct mais en fait de gospel on est plus proche du folk country que d’autre chose. Les titres restes très proches d'une thématique religieuse : ”The Savior Is Waiting“, ”Lead Me, Guide Me“ ou ”Dear Jesus Abide With Me“ mais même si ”Jésus Use Me“ prêtait déjà à controverse que devrait-on dire de ”He Touched Me“  ? Soit les paroles sont biblique, soit j’ai les idées mal placées, mais je pencherais plutôt pour la deuxième option. Si je devais faire une comparaison comme j’ai l’habitude de le faire The Faith Tones serait une pâle copie des Chordettes qui enregistreront le hit ”Mr Sandman“ en 1964.

Alors The Faith Tones mythe ou réalité ? Vous pouvez toujours chercher à acquérir cette perle rare, sur discogs il est coté 297 €. 
Si vous aimez le petit coté vieillot des chants de l'Amérique profonde et puritaine, alors ce dsque est pour vous !     

Merci à Claude Toon pour la réalisation d'une playlist promotionnelle de trois titres, il sera sanctifié 😏😇. 

  1. Jesus Use Me The Faith Tones
  2. It's Different Now
  3. The Faith Tones God Bless America