Parler d’un album de Georges Brassens consiste en premier lieu à
farfouiller dans son énorme discographie.
Parler d’un album de Georges Brassens consiste en premier lieu à
farfouiller dans son énorme discographie.
MERCREDI : Bruno, en hommage à Mick Abrahams, a ressorti « Ahead rings out » de l’éphémère groupe Blodwyn Pig (et sa pochette géniale, elle…) un concentré de blues épicé de jazz, de rock, une réussite totale, un classique.
VENDREDI : Luc a revu pour nous « Impitoyable » le quatrième et dernier western réalisé par Clint Eastwood, qui revisite le genre et sa propre mythologie, un film noir, dense, profond, magistralement interprété et mis en scène : chef d’oeuvre !
👉 La semaine prochaine, entre autres, on recevra George Brassens, pour un album auquel on pense beaucoup… il y aura le folk-rock de Crosby, Stills and Nash (ils viennent à trois, y’aura jamais assez de place dans l’ascenseur), et au cinoche le dernier du (presque) désormais réalisateur français Jim Jarmush.
Où comment une petite bite accouche d’une immense tragédie, et d’un film qui ne l’est pas moins, immense et tragique. Le scénario de David Webb Peoples dormait dans un tiroir depuis 25 ans, qui a depuis écrit BLADE RUNNER ou L’ARMÉE DES DOUZE SINGES, on a fait pire.
Son dernier western en date, PALE RIDER (1985), avait été fraîchement accueilli par une critique qui n’en avait pas saisi le second degré. SILVERADO avait bien amusé la galerie, puis Kevin Costner avait cartonné avec DANSE AVEC LES LOUPS. Il était temps pour Clint de remonter en selle. Seulement voilà, le temps a passé. Eastwood se filme dès sa première apparition à l’écran, dans une auge à cochons, vieillissant, pas foutu de grimper sur son canasson, devant ses deux gamins gênés par cette scène pathétique.
Quand débarque l’insolent Kid de Schofield, qui lui propose une affaire. Retrouver et tuer deux cowboys qui ont tailladé une pute à Big Whiskey. La fille avait pouffé devant la petite bite de l’un d’eux. Le shérif Little Bill Daggett a filé une rouste aux deux loustics, mais la peine paraît trop légère pour les filles du bordel local, qui économisent les dollars pour payer celui qui viendra flinguer les deux salopards. A court d’argent, Munny finit par accepter, à condition d’emmener avec lui son vieux complice Ned Logan.
On ne va pas y aller par quatre chemins, IMPITOYABLE est un des plus beaux films d’Eastwood, alors au sommet de son art. Un film qui déconstruit le mythe du western, qui interroge l’idée de héros, la violence, la mort dans ce qu’elle a de plus dégueulasse, à total rebrousse poil de ce qu’on voyait sur les écrans alors.
Non, tuer quelqu’un n’est pas une simple formalité. Regardez comment le premier cowboy est abattu, de loin, et il faut s’y prendre à plusieurs fois. Et le mec hurle, chiale, ça fait horriblement mal une balle dans le bide, ses potes sont terrorisés. Ned Logan, qui se vantait de pouvoir tirer dans l’oeil d’un oiseau en plein vol n’en mène plus large, sa main tremble. Il est rongé par la trouille. C’est Munny qui s’y colle. Et le Kid ? Un branleur, myope comme une taupe, qui a menti sur son CV. Il abat sa victime quand elle trône aux chiottes, pantalon sur les chevilles. Quelle bravoure ! On est loin de l’image de flingueur de l’Ouest.
IMPITOYABLE est un film en clair-obscur, au propre comme au figuré. La photo de Jack N. Green, vieux complice du réalisateur, une douzaine de films ensemble, est absolument superbe. Les contrastes sont tranchants, c’est à peine si on lit sur les visages (scène chez Logan) que viennent caresser de rares touches de lumières. C’est la nuit que la violence et la cruauté prennent le dessus, s’en est presque irréel, cauchemardesque.
Mais c’est la nuit où Little Bill se déchaîne contre un Munny affaibli par la maladie, c'est la nuit qu’il fouette Ned Logan à l’en faire crever, c'est la nuit qu'il expose le cadavre à la lumière d'une torche, pour l'exemple. C’est de jour que Munny reprend des forces, soignée par Delilah, la pute défigurée. Merveilleux moment capté en un seul long plan** quand elle lui propose une contrepartie en nature. Mais c’est la nuit qu’il retâte du goulot pour retrouver ses sensations de tueur. A-t-on jamais vu scène plus crépusculaire, apocalyptique, sous l’orage qui gronde. Ce canon de fusil au premier plan lorsque Munny entre dans le bar, qui annonce clairement les intentions.
IMPITOYABLE est un western très noir qui n’exalte aucun sentiment, rien ne vient souligner une quelconque beauté morale. Personne n’y gagne quoi que ce soit. Comment imagine-t-on Munny reprendre sa vie de fermier, regarder dans les yeux ses enfants, la femme de Logan ? La violence est une addiction, Munny y replonge comme il replonge dans la bouteille, son seul carburant. Les prostitués du bordel ont fait entrer le diable à Big Whiskey, imaginaient-elles un tel épilogue ?
IMPITOYABLE doit évidemment aussi beaucoup à son casting cinq étoiles, Gene Hackman en tête (qui rechignait au rôle, trop négatif, mais y gagne un oscar), brute perverse et sadique bouffie d’orgueil, le merveilleux Morgan Freeman, le délectable Richard Harris, Anna Thomson. Succès autant critique que commercial, 4 oscars, véritable film d’auteur, passionnante réflexion sur le genre, Clint Eastwood qui est né avec le western, lui offre le plus bel enterrement.
** Eastwood utilise une lentille double focale pour ce plan, ce qui permet d'avoir une netteté à l'avant et à l'arrière plan. La lentille est coupée en deux, chaque côté représente une focale différente. Orson Welles en jouait déjà dans CITIZEN KANE, accessoire souvent utilisé dans les années 70 dans LES HOMMES DU PRESIDENT ou LE MYSTERE ANDROMEDE, péché mignon de Brian de Palma, que Tarantino apprécie aussi. On repère le truc à cause de la ligne très légèrement floue qui divise l'image, séparant les deux segments.
- Claude… Avec M'sieur Pat nous sommes surpris que tu ne nous proposes pas un récital Bach par Pierre Cochereau ou Marie-Claire Alain plutôt que cette gravure réalisée à Los Angeles… Qu'a-t-elle de légendaire ?
- Bonne question tous les deux. Un enregistrement exceptionnel de la
Toccata et fugue en ré mineur de Bach requiert trois qualités : la
vaillance de l'interprétation, la pertinence du choix des jeux et la
clarté et la dynamique cyclopéenne de la prise de son… Ici nous avons
les trois…
- Heuu, l'organiste s'appelle Michael Murray – un cousin de Bill Murray
de SOS Fantôme, hihi – pas très connu, de moi en tout cas…
- Les critiques jugent Michael Murray comme l'organiste américain le plus talentueux du XXème siècle, il a joué en France, Vierne notamment… Deux artistes homonymes mais aucun lien de famille, un nom courant aux USA… Bill, un acteur que j'aime beaucoup…
- Ah je vois, c'est vrai ce que tu dis, reproduire des grandes orgues dans son salon n'est pas aisé ! Dans les cathédrales, je me sens toute petite…
- Bien, Sonia et Pat… Pour finir sans oublier les grands organistes Français, nous écouterons André Isoir dans une interprétation récente brillant de mille feux… et plutôt bien enregistrée !
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| Enceinte Tannoy Westminster |
J'ai commencé une saga "disque légendaire". Le mot "exceptionnel" ou l'expression "haut de gamme" serait sans doute plus approprié. Comme le remarque Sonia, de telles
anthologies foisonnent. Je viens de réécouter l'interprétation très inspirée
et héroïque de
Pierre Cochereau
à N.D de Paris en 1974, hélas, la prise de son écrase toute forme de
délié de cette partition si populaire.
Ce billet ne prétend pas établir un classement partial entre organistes de talents, ni de départager les amateurs d'orgues baroques ou romantiques, etc. Mais qui n'a pas un jour souhaité ressentir "at home" les vibrations apocalyptiques après un concert ou un simple passage dans l'une de nos cathédrales équipées des monstres du facteur "Cavaillé-Coll" du XIXème siècle ? Difficile de croire que vous n'ayez jamais frissonné quand se déchaînent la tempête dans les milliers de tuyaux mugissant… pilotés par les quatre ou cinq claviers.
Partie 1 : Les Grandes Orgues dans votre salon, possible ou pas ?
- Excuse moï Claude… avant de commencer, pourquoi illustrer ce billet avec la photo de ce meuble bizarre ? Un confiturier ? Un coffre-fort ?
- Hihi Sonia. Non une enceinte acoustique Tannoy Westminster Royal avec son HP central de 38 cm caractéristique de la marque – la taille d'un frigo de 1,4 m, et de 140 kg. Avec sa bande passante de 18 Hz à 27 kHz (détail pour les pros), voici l'un des rares HP qui pourraient reproduire de manière assez réaliste des grandes orgues. Ajoutons un amplificateur type Cayin Pearl 30i… et un lecteur Rega Isis par exemple et ça le fait…
- Mouais, et si je présente la note de ta paire de Winchester et des autres bidules à Luc ?
- Disons… le prix d'une belle Mercédès, mais surtout pensez à trouver
un manoir bien isolé avec une salle de 50m2 au moins. Pour du
Hard-Rock, ça marche aussi façon rave-party… Westminster Sonia, hihi,
pas Winchester… Ça on le réserve aux westerns de Luc.
Arrêtons de rêver. J'ai écouté le disque du jour en appartement.
Maggy Toon a convenu que certes le résultat est techniquement
saisissant mais est resté frustrée de ne pas se trouver dans une nef
d'église ou un vaste studio pour entendre la musique se déployer en majesté.
En effet, malgré un espace sonore très large, l'orgue semble rester engoncé
entre les deux HP (B&W 805).
Donc peu de solution… 1 – Habiter un château et dépenser 100 k€ de matos, 2 – Rester plus modeste en se privant des extrêmes graves, ça peut le faire et 3 – Écouter avec un bon casque à partir d'une source correcte…
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| Orgue Nieuw Scheemda |
Partie 2 : Bach : quels orgues lui conviennent le mieux ?
Cette question a-t-elle réellement un sens ? la partition, très virtuose,
est écrite sur trois portées soit pour deux mains et les pieds donc un
clavier, waouh difficile et un pédalier. Donc on exclut les harmoniums et
les orgues dits "positifs" présentés
dans deux chroniques : Les
Concertos pour Orgue
de
Haendel
et le fabuleux
Art de la fugue
de
Bach
joué sur un trio d'orgues par l'Ensemble Karajan. Sur le premier orgue "privé" que l'on déplaçait vers le lieu de concert,
il n'y avait pas de pédalier ; donc utilisation impossible. Le second a un
petit pédalier mais un seul clavier et quelques jeux de tessitures modestes
disponibles ; pour s'entraîner ? pas sûr 😊…
On peut rigoler en regardant ces beaux instruments de l'époque baroque. Il
y en avait même de plus petit encore, taille harmonium, pour participer à la
"basse continue" pour les œuvres sacrées comme les cantates.
Or nous sommes habitués à entendre cette
Toccata et fugue
jouée sur des orgues modernes avec une puissance qui peut faire vibrer les
vitraux ! Mais de quels instruments disposait
Bach au début de sa carrière, vers 1690 environ… Il n'est pas mignon le
petit orgue de 4 pieds* de l'église réformée de
Nieuw Scheemda (Hollande) du facteur
Arp Schnittger ? Très rococo de style, il a été achevé en
1698, comporte 8 jeux - 1 clavier manuel de 45 notes et un pédalier
de 25 notes (2 octaves). Il demeure une pièce rare entretenue à merveille
dans ses capacités originelles et donnant ainsi un aperçu des orgues
disponibles en cette fin du XVIIème siècle, le début du baroque
tardif. Inutile de préciser qu'un organiste aussi imaginatif et virtuose que
Bach et ses amis rêvait d'un "orchestre symphonique" à tuyaux, chaque jeux de 54
tuyaux en étain, cuivre ou bois étant un instrument à lui tout seul…
(*) 4 pieds soit 128 Hertz, la note la plus grave de la tessiture du basson
qui est un si bémol (ne chipotons pas pour un ton)… le tuyau mesure 1,3 m.
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| Console de l'orgue d'Atlantic City |
- Ils sont trop mimis les angelots joufflus et fessus qui jouent de la trompette sur les côtés, Claude… Très kitsch…
- Ah Sonia… tu t'amuses d'un rien… Je suis tout à fait d'accord, les facteurs d'orgue de cette époques osaient tout !
- Heuuu Claude, je vais te pousser à la digression… Déjà que… Où se
trouve le plus grand orgue du monde ?
- Waouh, bonne question, en 2025, un tel instrument géant quasiment ruiné et irréparable fonctionne enfin après 15 ans de travaux et des millions de $ dépensés. Le diplodocus se trouve dans le Boardwalk Hall d'Atlantic City, une sorte de Palais omnisports de Paris-Bercy de 17000 places. Il a été construit dans les années 30 par le sénateur Emerson Lewis Richards également facteur d'orgue.
Écoute ça Sonia ! 33 114 tuyaux connus 😊, non visibles des spectateurs, 449 jeux et sept claviers, les trois du bas ont la tessiture de celui d'un piano.
Encore plus farfelu, il dispose d'un jeu en bois de 64 à 32 pieds (20 m de haut et près de 2 tonnes pour le plus grand tuyau). Cela dit ils sonnent sur un octave entre 8 et 16 Hz, ce sont des infrasons inaudibles par l'oreille humaine (nocifs ?) !!! Seules les vibrations harmoniques dans la structure sont perçues. Pour une visite guidée stupéfiante, en suivant le jeune organiste virtuose et Youtubeur Paul Fey, voir (The organ at Boardwalk Hall).
Incontestablement, ce Godzilla de l'univers des orgues aurait épaté les
meilleurs compositeurs organistes de
Bach
à
Louis Vierne* en passant par
Eugène Gigout*…(Mettez vos casques). Quoique, on fantasme, mais seuls nos amis Yankees
pouvaient construire un instrument aussi monumental… Il m'a semblé entendre
le début de la B.O. de Gladiator…
(*) Chacun auteur d'une cataclysmique Toccata, deux morceaux de bravoure à décorner les bœufs du village 😊.
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| Orgue de Saint-Cyprien en Perigord |
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| André Isoir (1935-2016) |
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Revenons à Bach et à sa Toccata et Fugue…
Ce rapide panorama de l'évolution des orgues tant dans les lieux de culte
que les salles de concerts ou de spectacles ne répond guère à la question
initiale : quels étaient les orgues dont pouvait disposer
Bach pour écrire et jouer cette œuvre populaire mais très exigeante en termes de
performances et de virtuosité de l'instrument ?
Rendons nous dans la bonne ville de Köthen où la famille Bach réside et travaille entre 1717 et 1723. Köthen, ville protestante et étape intermédiaire entre son séjour à Weimar et la longue et ultime fin de carrière à Leipzig. Voir le petit schéma représentant les pérégrination de Bach dans la chronique dédiée à un groupe de trois cantates sur le thème de la transfiguration (Clic).
Les musicologues ont établi que la
Toccata et Fugue en ré mineur
aurait été composée entre 1703 et 1708. Elle surprend par son
écriture complexe et très virtuose et, particularité rare chez Bach, sa dimension spirituelle inexistante quoique non dénuée de noblesse. On a
même douté un temps de son attribution à
Bach. Sujet clos de nos jours !
Pouvons-nous parler de divertissement volontairement spectaculaire à propos
de l'œuvre ? Certains érudits ont bâti une théorie séduisante. L'œuvre
serait un "outil de test" musical
sophistiqué pour mettre à l'épreuve les registres des orgues imposants en
cours de construction en ce début du XVIIIème siècle. L'étude
poussée de la partition met en évidence un besoin de disposer de nombreux
jeux pour expérimenter moult techniques de contrepoints ardues dont il faut
se jouer et des trilles mettant à rude épreuve les mécanismes à traction
mécanique… On observe aussi l'absence d'accord nécessitant un tuyau du
"principal" de 16 pieds (5,5 m ! 32 Hz)
pour descendre dans l'extrême grave.
Or, lors de la composition,
Bach
séjourne à Arnstadt, dont l'orgue ne possède pas un tel jeu dans sa
"montre", la montre est cette
majestueuse alignée de grands tuyaux visible en façade, à des fins
esthétiques.
Á Köthen la famille fréquente
l’église luthérienne Sainte-Agnès dont
l'orgue construit en 1708 est riche de deux claviers, 13 jeux et un
pédalier à la tessiture très étendue. L'idée d'une pièce de grande qualité à
propos de la
Toccata et Fugue en ré mineur
BWV 565
permettant de vérifier la fin de la période d'accordage n'a rien de
fantaisiste.
Bach
reviendra à Köthen en 1734 jouer la
Toccata et Fugue en fa majeur BWV 540, pièce géniale qui ne se joue que sur les claviers, et sans doute préparée
elle aussi pour mettre en valeur les extensions de registres ajoutées à
l'orgue de l’église Sainte-Agnès. Orgue
qui n'existe plus depuis 1881 et dont aucune gravure ne témoigne de
son architecture.
On pourrait enfin conclure quant au choix de l'orgue idéal pour jouer
Bach
par cette trivialité "qui peut le plus peut le moins". L'orgue de
Saint-Donat donne une idée de
l'instrument apprécié par le compositeur. Les grands interprètes français de
l'œuvre du Cantor que furent
Marie-Claire Alain
et
André Isoir
privilégiaient les instruments de type germanique ou danois à
traction mécanique plus précis semble-t-il que les grandes orgues
romantiques électrifiés… L'orgue de Saint-Donat dans la Drome pour l'une, celui de
Saint-Cyprien en Périgord
reconstruit de A à Z pour le second. "Bach en a rêvé, André Isoir lui a offert post mortem grâce à son
ultime intégrale."
La seconde intégrale sur trois de
Marie-Claire Alain
à
la Collégiale de
Saint-Donat dans la Drome et sur divers
orgues baroques européens est à privilégier par ce choix d'instruments au
son lumineux. Enregistrement : 1978-1980
(Deezer).
En 1980,
André Isoir
fervent expert de
Bach
et passionné par la facture conçoit le projet de recréation d'un orgue idéal
au service de l'interprétation des œuvres de l'époque baroque. Il choisit
l’orgue de l’église de
St Cyprien en
Périgord qui possède un
magnifique buffet datant de la fin du 17ème siècle. Le buffet,
très élégant et en bon état, a été classé aux monuments historiques en
1977.
Isoir
fait appel à Gerhard Grenzing, facteur allemand de génie dont
l'atelier se trouve à Barcelone. Entre 1981 et 1982,
Grenzing
transforme complètement l'instrument en conservant le concept de traction
mécanique pour les trois claviers et le pédalier. L'orgue possède désormais
22 jeux. André Isoir
y réalisera six CD pour son intégrale achevée en 1993 plus
l'art de la fugue
de manière isolée. Pour certains la référence absolue dans ce répertoire (8
récompenses prestigieuses.) Il se raconte que le fantôme du Cantor viendrait
en jouer certaines nuits…
- Dis Claude, on part quand à Los Angeles au juste ?
- Maintenant Sonia… Tiens, tes billets classe affaire…
- Luc a accepté de payer à ce tarif ?
- J'ai piraté le compte du Deblocnot… hihi… étape à Philadelphie…
Partie 3 : Orgue Schlicker néo-baroque de l'église congrégationaliste
de Los Angeles
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| Orgue Schlicker néo-baroque de Los Angeles |
Le mot mythique, synonyme de légendaire dans le dico, est plus approprié à
considérer les références techniques et historiques de l'orgue choisi par
Michael Murray
pour enregistrer son programme Bach. Il existe peu d'orgue baroque aux USA,
logique ! Une exception : un orgue de Chicago
(Clic)
équipé de 2 claviers, 1 pédalier, 19 jeux ; donc une grande similitude avec
celui de Köthen. Construit en 1926 il est posé au sol et son
mécanisme est électropneumatique donc moins réactif qu'un système à traction
directe.
Michael Murray
choisira en 1984 un orgue monumental disposant de tous les types de
jeux et de de timbres, notamment ceux utilisés par les baroqueux comme
Bach
ou
Buxtehude.
L'église congrégationniste de Los Angeles
possède deux orgues qui répondent à cette exigence d'un choix quasiment sans
limite dans la registration.
Ne nous attardons pas sur l'orgue de chœur souvent présent sur le côté de
la nef dans les cathédrales, de taille plus modeste que celui de la tribune
et utilisé la plupart du temps pour les offices brefs, en semaine. L'orgue
de tribune et son petit frère du chœur ont été construits en 1932 par
la Manufacture Ernest Skinner de Boston.
En 1969, on commissionne le facteur Herman L. Schlicker de
Buffalo formé à l'école allemande et danoise dans les années 30 pour
modifier en profondeur l'instrument. Il ajoute notamment
les jeux d'anches courtes hérités des orgues baroques. Un mouvement néo-baroque est en expansion aux USA afin de rivaliser avec
le patrimoine européen.
On comprend ainsi la pertinence du choix de
Michael Murray. L'orgue possède 5 claviers, 1
pédalier, 163
jeux sur 207
rangs et une
traction électrique. Sur un orgue de
cette taille, la traction mécanique est irréalisable… De nos jours, la
technique n'est plus un handicap pour l'organiste. Il devance en capacité
l'orgue de N.D. de Paris et ses 115
jeux. Il possède 20 147 tuyaux
😊! Dernière indication sans doute évidente. Il est possible de combiner des
jeux ensemble (mixture), de coupler les claviers… etc. En un mot, toutes les
partitions de l'histoire peuvent être magnifiées sur cet orgue. La console
est vertigineuse de complexité, un chef-d'œuvre du genre.
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| Console de l'orgue Schlicker |
Partie 4 : Michael Murray (1943-2024)
Rien de surprenant que l'Europe n'est plus l'exclusivité de rassembler les
meilleurs organistes de la planète. Les claviéristes de jazz sont nombreux
et célèbres, deux exemples :
Eddy Louiss
et Lou Bennett. Côté classique aux USA, citons
E. Power Biggs
(anglais d'origine, 1906-1977),
Scott Ross
mieux connu comme un prodigieux claveciniste et d'autres talentueux mais
dont les discographies ne franchissent par l'Atlantique. Sonia ajoute "on a déjà ce qui faut".
Un peu cocardier, mais objectif 😊.
Michael Murray
est né dans l'Indiana en 1943. Il fréquente le conservatoire de
Minneapolis de cet État, puis celui de l'Ohio. Puis, bonne idée, il vient à
Paris où
Marcel Dupré
l'accepte comme dernier élève.
Dupré
(1886-1971) qui partagea la tribune de Saint-Sulpice avec son maître
Charles-Marie Widor, deux titulaires pendant un siècle 😊. Il avait enseigné à
Marie-Claire Alain,
Pierre Cochereau, Jean Guillou,
Olivier Messiaen, liste des "vedettes" qui justifie sur le fond la remarque de Sonia.
Marcel Dupré
pouvait interpréter toute l'œuvre de
Bach
de mémoire ! En 1968-1969,
Michael Murray
fera de même en 12 récitals à Cleveland. Il a 25 ans… Il deviendra le
biographe de
Marcel Dupré. Nous l'entendrons dans une chronique à venir dédiée à une gravure
Telarc de deux symphonies de Louis Vierne
enregistrées en France sur le
Cavaillé-Coll de Rouen. Sa discographie
comprend une trentaine de disques mal distribuée hélas.
Après un carrière éclectique comme concertiste et titulaire de l'orgue de
Columbus, dans l'Ohio,
Michael Murray
a pris sa retraite vers 2014, se consacrant à l'écriture. il nous a
quittés dans cette ville en 2024.
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| Michael Murray |
Partie 5 : Programme Bach
Michael Murray
a sélectionné quatre des ouvrages majeurs de
Bach
parmi les plus populaires et faciles à écouter. Des analyses techniques sur
leurs compositions sont disponibles sur le web. En ajouter d'autres de mon
cru serait présomptueux et sans aucune plus-value. Le discours toujours
riche et les lignes mélodiques nuancées nous montrent un
Bach
cherchant des voix nouvelles, animées, radieuses car peu élégiaques. Aucune aide didactique ne s'avère nécessaire pour apprécier ces partitions. Rester
de marbre à l'écoute ne serait pas dramatique en soi, quoique inhabituel.
Peut-on évoquer un manque de sensibilité musicale avérée ? Non sauf si le
symptôme s'étend à tous les genres artistiques de qualité…
❶ Toccata & [02:50] Fugue en ré mineur, BWV 565 (1703-1707 à
Darmstadt)
Concerto No. 2 en la mineur, BWV 593 (1713-1716 d'après Antonio Vivaldi
RV 522)
❷ I. Allegro
❸ II. Adagio
❹ III. Allegro
❺ Prélude & [06:54] Fugue en si mineur, BWV 544 (1727-1731 à
Leipzig)
❻ Prélude & [05:23] Fugue in ré majeur, BWV 532 (1709-1717 à
Weimar)
Le disque aborde toutes les techniques affinées par
Bach
lors de ses différentes fonctions. La
Toccata & Fugue en ré mineur
demeure la source de milliers d'exécutions, d'adaptations plus ou moins
opportunes et de transcriptions pour orchestre comme celle de
Stokowski
pour Fantasia.
À propos de cette captation, j'ai lu cette critique : "La célèbre Toccata et Fugue en ré mineur bénéficie d'une interprétation
d'une virtuosité incroyable, et le jeu d'une précision et d'une aisance
exceptionnelles de Murray est tout simplement époustouflant ! De plus,
ses registrations sont d'une grande richesse tout en respectant
l'intention originale de Bach." Merci à
Andrew Larson
de suppléer mon opinion.
Je confirme que l'attaque des notes avec une telle précision apporte une
transparence étincelante au discours. Le jeu sur l'orgue est difficile. Tant
que le doigt enfonce la touche, le tuyau via son clapet reçoit l'air et
vibre, la durée de la note peut-être infinie 😊.
Une difficulté existe cependant : il faut un certain temps pour que le tuyau
entre en résonance, surtout dans les registres graves.
Michael Murray
maîtrise le phénomène à la milliseconde près ! Quelle clarté dans la
polyphonie (souvent les différentes voix se confondent), on distingue aussi
très finement spatialisés tous les jeux employés. L'instrument occupe la
largeur de l'espace sonore, y compris en profondeur, encore une
exceptionnelle réussite.
La prise de son tient du miracle. Les accords dans l'extrême grave de la Toccata BWV 565 sont puissants mais non caverneux. Mille bravos à l'ingénieur du son que je ne cite jamais : Robert Woods, également président fondateur de Telarc. J'ajoute la vidéo de l'interprétation de André Isoir, un régal de poésie.
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Écoute au casque ou avec des enceintes additionnelles plus que conseillée. Le son des PC, sauf exception, est vraiment une injure à la musique… Connecter le PC via un port USB et un adaptateur à lune entrée audio d'un ampli audiophile donne un résultat spectaculaire. Quant au CD… no comment !
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INFO : Pour les vidéos ci-dessous, sous réserve d'une écoute directement sur la page web de la chronique… la lecture a lieu en continu sans publicité 😃 Cool. |