jeudi 19 février 2026

Giovanni SAMMARTINI invente la symphonie (1701-1775) - Alessandra ROSSI LÜRIG (2005-2008) – par Claude Toon



Claude Toon et Sonia sortent flagadas d'une série de chroniques en forme de conférences musicologiques… Une petite pause avant le burn-out leur a été conseillée par Nema, Pat et Bruno…
Tous ont fait croire à Luc que cette semaine serait consacrée au premier single de Claude François “belles belles belles”
🐑 🐑 🐑 … Luc est furieux qu'une telle montagne russe intellectuelle jette le discrédit sur le niveau culturel du blog 😡… Par amitié on l'a rassuré rapidement… 
😊


- Mais Claude, ce Giovanni Samaritaini est né en plein baroque tardif… Je pensais que c'étaient Haydn et Mozart qui avaient donné à la symphonie sa forme originelle… Un scoop ?

- Oui Sonia, je le pensais aussi… Cela dit les deux géants cités conservent l'exclusivité de l'évolution du genre symphonique dans le sens "œuvre instrumentale non destinée uniquement au divertissement", comprendre "marche vers l'introspection et la poésie". Heu, c'est Sammartini Sonia… la Samaritaine n'a rien à voir ici… hihi…

- Ô Claude ma langue a fourché… Désolé… Cette musique ne ressemble pas à celle des concertos avec un soliste, il y a une orchestration assez amusante…

- Ahah Sonia, tu mets le doigt sur la clé du sujet abordé… Soyons honnête, la sémantique du mot symphonie n'a jamais été une appellation très contrôlée…


Giovanni Sammartini (1701-1775)
 

PARTIE 1 : Du baroque à l'âge classique, naissance de la symphonie…

Que nous disent les dictionnaires du mot Symphonie : Pour le petit Robert : "Composition musicale à plusieurs mouvements, construite sur le plan de la sonate et exécutée par un nombre important d'instrumentistes." J'aime bien, formulation simple, sobre et globalement vérifiée en parcourant les partitions des milliers de symphonies écrites depuis le passage "en douceur" de l'époque baroque tardive marquée par la mort de Bach (1750) à la période classique dominée par Haydn, Mozart et Beethoven jeune et nombre de compositeurs ne figurant pas en tête d'affiche et, à qui je consacre de temps à autre une chronique pour varier les plaisirs. (Liste plus loin).

"Plusieurs mouvements", détail bien vu même si le plan sonate en impose quatre de manière académique (Allegro Andante Scherzo Final). Il y a les inachevées, 1, 2, 3 mouvements, par manque d'inspiration ou d'utilité (Schubert) pour cause de décès (Bruckner, Mahler) ou, inversement les compositeurs à la plume prolixe 😊 jusqu'à six (encore Mahler).

Tournons les pages du dico, en arrière, jusqu'à Sonate : "blabla", trop vague, je zappe. On confond parfois le genre sonate ("au clair de Lune") avec le terme "forme sonate", une règle qui organise la structure d'un mouvement à partir de 2 ou 3 thèmes pour les œuvres basiques : AB-(reprise de AB)-développement (C)-A'B'-coda. Le tout émaillé de variations et de motifs annexes.  Un dessin étant toujours plus explicite qu'une explication littérale, voici un schéma chipé sur une vidéo YouTube réalisée par le Lycée Val-de-Briey (Meurthe-et-Moselle – auteur : Samuel Lelièvre). Merci à lui et bienvenu sur le blog en cas de visite…



Ce schéma élémentaire ne sera pas limitatif face à l'imagination des compositeurs, surtout pendant le postromantisme où la durée des œuvres prend de l'ampleur (Exemple à écouter ci-dessus : 5ème symphonie de Bruckner : thème B du 2ème mouvement adagio, noble et mystique, 4 motifs réunis dans 2 sections, 45 secondes – ce que Luc appelait, étant mal informé, "la brièveté des thèmes" chez Bruckner 😊). Ceci dit, comment est né ce genre musical qui au fil du temps deviendra le répertoire le plus prestigieux pour un compositeur voire le passage obligé pour un jeune auteur qui vise la notoriété…


Milan vers 1750

Pendant l'époque baroque, la musique, instrumentale, lyrique ou les deux, reste le domaine privilégié donc exclusif de la noblesse, de la bourgeoisie, de  quelques intellectuels et étudiants et du clergé.  les compositeurs qui sont les "employés" des "protecteurs", nobles et princes de l'Église, se doivent de mettre leurs talents au service : du divertissement, de l'exercice de la religion, et de l'opéra d'inspiration mythologique ou historique. Depuis l'italien Monteverdi fondateur des opéras inspirés de thèmes antiques (Orphée en 1600, Ulysse, Néron et Poppée pour ceux qui nous sont parvenus) et l'allemand Schütz et ses cantates, oratorios, motets, seuls les concertos grosso et les sonates d'inspiration profane ont droit de cité pendant une période appelée parfois "premier baroque". Avant 1700 environ, l'Europe connaît l'âge d'or du contrepoint et de la polyphonie héritée de la Renaissance.

Salariés, les créateurs n'ont aucune possibilité de franchir une ligne au-delà de laquelle ils exprimeraient leurs états d'âmes, des opinions philosophiques, théologiques et encore moins politiques, même dans les opéras aux livrets toujours situés hors des temps présents… (L'inventaire de la quarantaine d'opéras de Haendel fournit une liste à la Prévert de personnages de l'antiquité qui rappelle celle des drames de Racine et Corneille). Quant le public british se lassa de ces opéras en italiens, Haendel se tourna vers l'oratorio biblique en anglais, la religion anglicane n'imposant pas le latin. Bach fera de même dans ses Passions et cantates en langue allemande. Vivaldi sera contraint de suivre les textes autorisés par le Vatican (sauf l'oratorio Judith Triomphante composée en italien).

Ces trois géants composent de la musique instrumentale bien entendu : des concertos avec un ou plusieurs solistes destinés à des virtuoses, à commencer par eux-mêmes, des suites pour des commémorations ou des soirées festives : Water Music, suites (ou ouvertures) ou concertos brandebourgeois de Bach, sans programme précis même si l'aria de la 3ème suite suggère la spiritualité. Cependant, un ouvrage à programme de 1723 fait exception, un bijou : Les quatre saisons de Vivaldi pour violon, cordes et continuo montre un désir d'échapper à l'abstraction… 



PARTIE 2 : le milanais Giovanni Sammartini et ses amis inventent la symphonie

Si Giovanni Sammartini est notre invité du jour (il vide une bouteille de chianti avec Luc et Pat dans le salon d'accueil) pour parler de la naissance de la symphonie, je me dois de souligner qu'il fut l'un des deux fondateurs de  l'École symphonique de Milan avec Antonio Brioschi (1690-1756). Encore un compositeur oublié au point qu'il n'existe aucun portrait de ce monsieur. Deux disques sont parus chez DHM, l'une des pochettes fera fonction.

Parlons de l'existence "d'Écoles de…" terme classique utilisé en histoire de l'art en général et de musique en particulier. Points communs : un ou plusieurs fondateurs qui réunissent un groupe de compositeurs ou d'artistes passionnés et cherchant à promouvoir un genre ou un mode de composition innovant. Exemple connu : L'école Manheim créée par Stamitz et dont on va reparler à propos de l'École symphonique de Milan qui la précède dans le domaine orchestral ou encore la deuxième École de Vienne, à qui l'on doit la découverte et les règles du dodécaphonisme et du sérialisme sur une idée de Schoenberg et qui a connu son heure de gloire dans les années 1920-1930 puis après la guerre. Citons l'École de notre Dame au Moyen-Âge (Clic). Et concernant le sujet du jour, la symphonie, se disputent la paternité du style : Sammartini à Milan, Gossec à Paris, Weigenseil à Vienne et, déjà mentionné, Johann Stamitz à Manheim, la plus connue des musicologues. Comme tous les créateurs casaniers, Sammartini n'a pas toujours bénéficié de cette reconnaissance par rapport à Stamitz(Clic)

Nota : il faut rendre à César ce qui est à César… etc.  Détail important : on doit à Stamitz l'organisation officielle de la symphonie en  quatre mouvements : vif – lent -menuet – final vif. Ses symphonies sont plus ambitieuses par leur durée que celles de ses confrères italiens en… trois mouvements !


Giovanni Sammartini

Comme aurait pu chanter Brassens "Il n'y a pas qu'à Vienne que l'on a écrit de la belle musique"*. On pourrait le croire en cette seconde partie du XVIIIème siècle, le siècle dit des Lumières… Les maitres précurseurs de l'âge classique, ceux qui vont clore l'aventure du baroque, règnent chacun sur une autre ville : Bach à Leipzig, Haendel à Londres, Vivaldi à Venise, Rameau à Paris… Et pour les mélomanes novices, Mozart, Haydn et le jeune Beethoven se partageront la célébrité à… Vienne de l'aurore de l'époque classique jusqu'à l'aube du romantisme. Mes lectures me font découvrir un joker qui remet ces certitudes en cause. Le joker : Giovanni  Sammartini, très estimé en son temps en Europe, oublié après, aura un rôle novateur sur les deux périodes, baroque et classique depuis la ville de Milan dont il ne sortira jamais !

(*) Très librement inspiré par la chanson l'assassinat (Clic). Un tout autre sujet 😊

En ce début du XVIIIème siècle, la musique "savante" n'est plus l'apanage de la noblesse, avec ses mécènes passionnés ou bien peu éclairés et conservateurs. Le compositeur employé, même de génie, restant parfois confiné dans un simple statut de signe extérieur de richesse ! L'essor du commerce, le début de l'industrialisation et des manufactures offrent à la nouvelle bourgeoisie, soit un rôle de commanditaire d'œuvres pour leurs soirées mondaines, soit la possibilité d'entretenir un ou plusieurs membres de leur famille à vivre de leurs talents artistiques. Nous traversons l'époque des familles de compositeurs : la famille Bach et 39 musiciens ! ou la famille Couperin en France avec 9 musiciens… Aucun n'a connu une carrière aussi légendaire que celle du patriarche…

La Lombardie alors sous domination autrichienne a vu l'arrivée depuis la France du célèbre Hautboïste Alexis Saint-Martin et de son épouse Girolama de Federici. Le couple aura huit enfants dont au moins deux fils : Giuseppe, né vers 1695, et Giovanni né en 1700. Pourquoi leur patronyme devient Sammartini, sans doute Saint-Martin devient Sammartini par consonnance. Le père débute la formation de ses fils. Ne nous attardons pas sur Giuseppe qui deviendra comme papa un hautboïste virtuose mais partira en 1726 pour Londres qu'il ne quittera jamais. Il restera un homme du baroque tardif composant une musique galante de qualité.



La Diva  : Vittoria Tesi
 

Le catalogue et la carrière de Giovanni Sammartini sont bien documentés, à l'image des compositeurs marquants de son époque. Inversement, les amateurs de people n'appendront rien sur l'homme au quotidien ? A-t-il eu une famille, des enfants, le mystère reste total. Giovanni n'ayant eu aucun descendant compositeur pour perpétuer sa célébrité, on peut supposer une existence paisible et travailleuse, alors que le destin romanesque d'un Mozart semble parfois résulter de l'imaginaire de Dumas… À ce sujet, il n'existe aucune biographie même modeste sur le musicien et son frangin…

Comme la plupart de ses confrères musiciens, Giovanni Sammartini possède une formation d'organiste et se verra confier la console des orgues de nombreuses paroisses milanaises. À cette fonction, s'ajoute celle de maître de chapelle, soit rédiger des compositions à la demande du clergé et assurer les répétitions des chœurs… Cette activité sera assurée dans diverses paroisses telle la Congrégation du Santissimo Entierro de 1725 à sa mort et également au service d'au moins 8 des principales églises de la ville (11 en 1775, année de son décès)… Pédagogue réputé, on compte parmi ses élèves Christoph Willibald Gluck de 1737 à 1741.

Dans les divers articles consultés pour dresser un portrait de Giovanni, un consensus se dégage sur une nette évolution de son écriture sur trois périodes*. De 1724 à 1739 l'influence baroque demeure très présente. Giovanni compose trois opéras (à la mode du temps). Ainsi en décembre 1734, nous savons que fut créé L'ambizione superta dalla virtù avec la diva vedette, Vittoria Tesi connue pour être la première chanteuse afro-occidentale de l'histoire, tous genres confondus ! (La dame aurait coqueliqué avec Haendel de passage d'après les potins – ça intéressera Rockin J.L. 😊)

(*) En essayant de justifier ce découpage, je dirais… "Mouais"… admettons. Sur cinquante ans de travail de Giovanni, je distingue une recherche progressive de l'orthodoxie baroque (au sens noble) aux trouvailles formelles moins académiques du classicisme et non des transitions nettes vers des genres différents abordés au fil du temps. Certes, il ne reviendra plus à l'opéra, mais si on s'attache à explorer la métamorphose de la symphonie qu'on lui reconnait de nos jours, il faut considérer cette recherche sur toute sa vie.


Newell Jenkins

De 1740 à 1758, Giovanni continue intensément de produire de la musique instrumentale en s'inspirant de la sonate en trio que Corelli a porté à la perfection entre 1681 et 1695 en inventant le déjà mentionné cycle à quatre mouvements (lent, rapide, lent, rapide). La sonate comporte un prélude lent que Sammartini va supprimer, ce qui explique que ses symphonies forment un triptyque. Si le recours à des motifs de danse profane, allemandecourante, etc. est admis en Europe, l'Italie fait exception car l'Église est très sourcilleuse. Peu importe, le guilleret italien transposera ces indications de tempos par des termes italiens qui feront école : adagio, allegro, etc.. L'orchestration prévoit deux voix principales et le continuo en formation libre (luth, viole, orgue, clavecin, au choix). Dans la première période, Sammartini ne conserve qu'une formation de cordes. Dans le même esprit naît une riche musique de chambre, notamment : Quintettes à cordes (6) et quatuors pour flûte (27), des concertos pour divers instruments solistes (Flûte, hautbois, etc.)… Ce qui caractérise ces vingt années de maturité est la richesse et la vitalité mélodique, Sammartini n'a pas raté le passage au classicisme de 1750, il fait partie de ceux qui l'ont initié.

De 1759 à 1774, nous entrons dans la consolidation de ces originalités typiques de ses symphonies dont le moule devenu rigoureux permet d'établir un fil conducteur, j'oserais dire de proposer aussi une unité psychologique dans le récit musical. Sammartini s'intéressera au mouvement littéraire Sturm und Drang (tempête et élan) prémisse du romantisme. Sammartini ne voyage pas mais reçoit beaucoup : les premier successeurs des baroqueux : Jean-Christian Bach, Mozart, Boccherini, Haydn le respectaient beaucoup. Tous ont été plus ou moins consciemment influencés par cette introduction de l'émotion dans la musique instrumentale pure…

Selon les sources, le nombre d'œuvres connues varie beaucoup, plusieurs centaines assurément. Le catalogue le plus fiable reste celui du maestro américain Newell Jenkins (1915-1996) et de la musicologue Bathia Churgin. Il n'est pas disponible en ligne. J'ai choisi de vous faire écouter un florilège de symphonies de la dernière période…



Alessandra Rossi-Lürig
 

Partie 3 :  Alessandra Rossi-Lürig et Accademia d'Arcadia

Alessandra Rossi-Lürig est originaire de… Milan. Musicienne généraliste de formation, elle orientera sa carrière en experte de la musique des époques baroque et classique, tant dans le domaine lyrique, oratorio et opéra, qu'instrumental. Elle est directrice artistique de la Fondation Arcadia milanaise qui rassemble un chœur et un orchestre, l'Accademia d'Arcadia. Alessandra dirige divers projets de recherche autour de compositeurs en cours de redécouverte tels Alessandro Grandi de la fin de la Renaissance, Giovanni Sammartini et Giovanni Battista Bononcini, violoncelliste et compositeur, un exact contemporain de Bach et auteur d'opéras dont on ne chantait plus guère que des airs isolés. Pour lui aussi le vent a tourné, une chronique s'imposera. Exemple : Griselda-2022, cet opéra a été donné en version concert en 2022 au festival baroque de Bayreuth pour la première fois depuis 1733. (Salle de style rococo hyper tape-à-l'œil 😊 de l'opéra des Margraves (Clic), pas dans le temple de Wagner). Soixante albums lui sont consacrés… Waouh !

Alessandra a réalisé divers enregistrements que l'on peut écouter sur les plateformes comme Deezer et sont disponibles sur les sites de vente…. Son style de direction est léger, précis, je dirais fruité en m'instituant "musicœnologue" 😊. Six albums de l'ensemble Accademia d'Arcadia sont disponibles, celui d'aujourd'hui étant une compilation de deux CD parus en 2008 et 2010. Je recommande aux abonnés de Deezer cette anthologie d'airs de divers compositeurs comme Monteverdi et d'autres du baroque débutant avec la voix séraphique de Silvia Frigato. (Deezer) Livret en anglais.

Partie 4 :  9 symphonies des débuts de l'âge classique

Nous avons fait connaissance de Giovanni Sammartini et de sa volonté précoce de révolutionner le genre symphonique à partir de la forme sonate. Encore faut-il une petite démonstration pour confirmer cette conjecture. La partition de la Symphonie en la majeur, JC-60 est disponible en ligne. Elle va grandement m'aider à établir un pont entre l'œuvre milanais vieillissant, la date de composition étant 1772, et des symphonies du jeune Mozart âgé de 16 ans en 1772 et même de Haydn qui a 29 ans…

⚠️Si la partie analytique qui suit, un chouia technique, ne vous enchante pas, écoutez directement les vidéos des symphonies, élégantes et bon enfant…


Mozart en 1772
 
Haydn vers 1770

L'orchestration : 2 hautbois, 2 cors, cordes dont basses à l'unisson, pas de continuo (souvent un clavecin). On retrouve cet effectif dans : les symphonies N°16 et N°17 salzbourgeoises de Wolfgang datées de 1772 et, plus surprenant dans celle d'un chef-d'œuvre de 1779, la symphonie concertante pour violon et alto. De son côté, Joseph Haydn compose deux des symphonies du Sturm und Drung, des bijoux dans sa production abondante : Les N°44 "funèbre" et N°45 "les adieux" dont les orchestrations se veulent similaires à celle de Sammartini : 2 hautbois, 2 cors, 1 basson et les cordes. Donc pas d'erreur, l'orchestre des concerto grosso et son continuo appuyant une poignée de soliste est entrée dans l'histoire…

La numérotation J.C. n'a rien de chronologique a priori, les partitions et informations accessibles sur le site IMSLP se limitent à une demi-douzaine de références. Consulter le manuscrit de la J-C 47 est surprenant : 2 flutes, 2 hautbois, 2 bassons, 2 cors, 2 trompettes, cordes, timbales et continuo éventuellement (une portée impose la partie de clavecin). Une édition de 1900 date le manuscrit original de 1745 ! pas de clarinette qui n'est pas encore intégrée à l'orchestre à la fin de la vie de  Sammartini. Il faut attendre 1787 pour que Joseph Haydn, dans sa 88ème symphonie écrite suite au succès des six parisiennes (Clic) requiert un orchestre aussi fourni. Là aussi, on peut associer un clavecin ad libitum… Pour Mozart, on ne retrouve une telle formation qu'à partir de la symphonie N°38 "Prague", fin 1786, soit quarante ans plus tard que la datation mentionnée dans l'édition de la Library of the Benedetto Marcello Conservatory de la J-C 47 publiée vers 1900. (Pas d'enregistrement à ce jour, hélas).

En résumé, Sammartini né et formé à l'époque baroque a imaginé la forme symphonique moderne d'une part mais a aussi étendu sensiblement l'orchestration du genre, suivant une disposition des pupitres qui deviendra la référence dans les deux dernières décennies du XVIIIème siècle et bien après…

La forme sonate : La structure des mouvements de durées modestes permet de confirmer facilement la rigueur dans l'usage de cette forme. Limitons nous à la Symphonie JC 60  en la majeur de 1772. Elle comporte 3 mouvements :

1 - Allegro Moderato (la majeur) {Imslp} : [00:00] Thème A dansant avec scansion des cors   [00:14] Thème B prolongeant A mais plus nuancé et conclusion au hautbois. [01:14] Réexposition groupe thématique A & B. [02:28] Développement sans changement de tonalité et bien rythmé. Motif C dans le climat introductif égaillé par un joli conflit concertant hautbois – cors. [03:14] Reprise A et B. [04:51] Seconde Reprise.

2 – Allegrino (Ut majeur) {Imslp} : Mouvement serein de forme insolite rappelant un menuet et un scherzo mais sans la conclusion assurant la symétrie usuelle. [00:00] Thème A agrémenté de trilles des violons I. [00:16] Thème B avec arpèges ludiques des hautbois (les cors sont absents dans ce mouvement). [00:41] Réexposition A et B. [01:23] Un motif méditatif joué en accords par les deux hautbois introduit un trio. [02:31] Reprise du trio. Pas de reprise de l'introduction !

3 - Allegro Brillante (la majeur) {Imslp} : [00:00] Hautbois, violons I et 2 à l'unisson énoncent un thème galant. Les cors soulignent le discours mélodique. [00:38] Réexposition. [01:14] développement avec quelques fantaisies des violons et des vents. [02:21] reprise et conclusion, la coda se résumant à un accord appuyé à l'unisson…

Cette analyse laisse transparaître un déficit de fantaisie dans l'écriture de par le respect rigoureux des formes sonates académiques sur des durées brèves. Elle est donnée ici dans le seul but de montrer l'expérimentation de Sammartini dans cette technique. Une écoute sans prise de tête laissera apprécier une forme de pulsation chorégraphique aux timbres lumineux et à la thématique facétieuse. N'est-ce pas l'essentiel ? 


Giovanni Battista Sammartini

 

Vidéo 1

Vidéo 2

Symphonie en la majeur, JC-63    

1 - I. Presto

2 - II. Andante Piano

3 - III. Presto

Symphonie en ré majeur, JC-22   

4 - I. Presto

5 - II. Assai Andante

6 - III. Allegrissimo

Quintette n° 5 en mi majeur pour 3 violons,   
alto, violoncelle et basse continue

7 - I. Allegrissimo

8 - II. Allegrino

9 - III. Allegro Moderato

Symphonie en mi majeur, JC-31   

10 - I. Allegro Assai

11 - II. Andante

12 - III. Allegro Spiritoso E Brillante

Symphonie en la majeur, JC-60    

13 - I. Allegro Moderato

14 - II. Allegrino

15 - III. Allegro Brillante

Symphonie en ré majeur, JC-11   

1 - I. Allegro Maestoso

2 - II. Andante

3 - III. Presto

Symphonie en mi bémol majeur, JC-28    

4 - I. Allegro Assai 4:42

5 - II. Andante Allegrino

6 - III. Allegrissimo

Symphonie en ré majeur, JC-17   

7 - I. Spiritoso Assai

8 - II. Andante Allegrino

9 - III. Presto

Symphonie en sol majeur, JC-40  

10 - I. Presto

11 - II. Allegrino

12 - III. Presto

Symphonie en mi bémol majeur, JC-26    

13 - I. Allegro Assai

14 - II. Allegrino

15 - III. Allegrissimo

 

Écoute au casque ou avec des enceintes additionnelles plus que conseillée.

Le son des PC, sauf exception, est vraiment une injure à la musique…


INFO : Pour les vidéos ci-dessous, sous réserve d'une écoute directement sur la page web de la chronique… la lecture a lieu en continu sans publicité 😃 Cool. 



Partie 5 : Giuseppe Sammartini et Antonio Brioschi

Profitons des liens étroits entre Giovanni Sammartini et deux personnalités citées dans cet article pour écouter leurs musiques, il est peu probable que je leur consacre une chronique individuelle.

Giuseppe Sammartini, le grand frère de Giovanni fera carrière à Londres dans l'ombre de Haendel et, quittant notre monde encore jeune en 1750, la même année que Bach, il ne pourra faire partie de l'aventure des débuts du classicisme. Le frangin de Giovanni avait du talent, la preuve, ce séduisant concerto pour flûte, violons I et II, alto et basse continu dans la bonne tradition baroque (basse et clavecin). Sophie Lаrivière joue sur une flûte à bec et est accompagnée par l'Ensemble Cаprice québécois dont elle est la codirectrice. Jean-Pierre Rampal l'avait inscrit à son répertoire.

1. Allegro [0:00] / 2. Siciliano [3:45] / 3. Allegro assai [8:52].

Antonio Brioschi étant le cofondateur de l'École symphonique de Milan, il est opportun de partager sa musique instrumentale et bien sûr… quelques symphonies 😊. En voici une anthologie de 9 opus dirigés du violon par Vanni Moretto et son Ensemble Atalanta Fugiens fondé dans le but de redonner vie à l'École milanaise. Des symphonies courtes, d'un format tripartite similaire à celui des symphonies de Sammartini ; le style est plus fougueux, la prise de son un peu sourde, le clavecin joue son rôle de continuo. Un ensemble musical à suivre…

Le détail des 9 symphonies et 27 mouvements est donné sous la vidéo du site YouTube.



Partie 6 : Pour continuer de découvrir les frères Sammartini

Longtemps ces deux compositeurs, dont l'un de premier plan, n'ont servi qu'à compléter des anthologies des musiques de leur époque dans la catégorie "baroque". Depuis le début des années 2000 où de nombreux manuscrits ont émergé des bibliothèques, la discographie s'est nettement enrichie. Je suggère trois albums proposant d'autres facettes que celle des symphonies de la maturité :

1 – L'intégrale en 3 CD des symphonies pour cordes de jeunesse de Giovanni par l'Orchestre I Giovani Di Nuova Cameristica dirigée par  Daniele Ferrari et au clavecin Riccardo Villani.

2 – Des concertos pour divers instruments des frères Giuseppe (4) et Giovanni  (2) pour violoncelle, hautbois et flûte interprétés par Camerata Köln, ensemble instrumental allemand. (DHM)

3 – Enfin Giovanni a produit une musique sacrée digne d'intérêt tout comme celle de Vivaldi. De nouveau dirigées par Daniele Ferrari, écoutez les deux cantates : Della Passione di Gesu Cristo et L'addolorata Divina Madre. (Naxos)