mercredi 25 mars 2026

KOMODOR " Time & Space " (2026), by Bruno



     Ils sont toujours là, ces infatigables et irréductibles Bretons, arpentant les routes d'Europe et squattant les festivals, en solo ou avec leurs potes de Moundrag, sous l'appellation Komodrag & The Mounodor. En aparté, ces derniers, la fusion des deux groupes, ont enregistré il y a quelques mois une excellente chanson qui a aussi fait office d'un clip bien sympathique (comme tous ceux du groupe d'ailleurs). Nombreux sont ceux qui abdiquent au bout d'une petite poignée d'années, particulièrement ceux qui s'obstinent contre vents et marées à garder leur indépendance. Difficulté d'autant plus accrue lorsque ces derniers s'obstinent à ne se plier à aucun diktat, à aucune pression mercantile qui pourrait impacter leur musique. Si les gars de Komodor - de même que les frangins de Moundrag - font de la musique, - leur musique -, ce n'est pas pour faire du pognon facile, ou dans l'espoir d'être intronisés dans le club des artistes médiatisés. Ceux qu'on invite avec déférence dans des émissions pompeuses où on se passe de la pommade pour parler de futilités - et, accessoirement, un peu de musique.


   Ces deux groupes bretons se foutent même carrément de la mode vestimentaire, alors celle de la musique... Un état d'esprit qui est loin d'être isolé - qui paraît même prendre une relative ampleur -. On la retrouve d'ailleurs chez l'un des meilleurs combos européens ; en l'occurrence chez le talentueux DeWolff. Tous ont pour point commun de se concentrer bien plus sur leur musique que sur les paillettes - pour l'instant, ils n'ont pas succombé au miroir aux alouettes. 

     Depuis 2017, la troupe de bardes bretons (originaires du Finistère, de la petite ville de Douarnenez - ancien haut lieu de la pêche et de la sardine) continuent sans faillir leur quête. Celle consistant à pérenniser une musique que certains pourraient considérer comme dépassée, comme démodée (?). Mais, est-ce qu'une musique authentique, provenant de l'âme ou des tripes, plutôt qu'un cahier des charges, pourrait être considérée comme "démodée". Des considérations absurdes ? L'oreille humaine aurait tant changé ? En suivant ce genre de raisonnement, devrait-on alors régresser en continuant à consommer des mets dont la recette se perd au fond des âges ? Et pourquoi donc continuer à s'extasier sur des œuvres de peintres disparus depuis des lustres ? Devrait-on, également changer régulièrement d'amis, de compagnons ? Bon... on s'égare... revenons à nos moutons... à nos bretons.

     En ce début d'année, Komodor fait enfin son retour discographique. Un bel album avec une pochette attrayante, à la trompeuse couleur "rock-progressif ". En effet, le quintet est plutôt du genre énervé, résonnant comme une entité de rock-garage biberonnée aux Deep-Purple, Steppenwolf, Blue Öyster Cult (ère N/B) et à la furia du rock de Detroit rock (celui des temps héroïques). En fait, non... Si, mais pas que... D'autant plus que certains morceaux brouillent les pistes. Comme "Once Upon a Time", qui semble faire fusionner le glam rock de Ziggy avec la rudesse du Ian Gillan Band, perturbé au micro par ce qui paraît être un diablotin taquin. 

   Sur le triste "Burning Land", les climats changent régulièrement, entre atmosphère psychée - avec une guitare nimbée d'un beau et large phaser typé "Gilmour" et une voix noyée par un effet de tremolo -, échos revendicatifs fortement soutenus par une chorale de lutte ouvrière, et un passage aux airs de reggae blanc. La chanson évoque le terrible incendie de 2022 qui avait détruit plus de 2000 hectares de végétation dans le Finistère. Un fait nouveau et traumatisant pour les Bretons qui n'ont pas l'habitude d'être confrontés à ce genre de malheur. "Mountains are now crying. The sun is changing, the lands are burning !! Wide black smoke is coming ! People are moving, they are falling"

     Des cuivres sont conviés à festoyer sur l'énergique "Bliss & Joy", dans une ambiance propre à l'Alice Cooper Band des années 71-72. Avec un gros jeu de basse de Goudzou - à la Denis Dunaway -. Il y a un peu du Alice aussi dans le surprenant "Fall Guy", mais, avec cet effet de synthé tournant en boucle, il se révèle plutôt comme une fusion bricolée avec les Who. Sur les derniers instants, ça glisse vers le Cheap Trick de "Surrender". Evidemment, la musique de Komodor avec ses trois guitaristes est nettement plus rugueuse que celle de l'entité Komodrag & The Mounodor, sans Camille Goellaën-Duvivier et son orgue Hammond pour tempérer.

     Plus direct, "Hard to Deal" démarre l'album en fanfare, avec un hard-rock enlevé, déchiré par des chœurs haut perchés, dans l'optique d'un The Darkness revisité à la sauce "70's". Et "Soul Tricker", avec sa fuzz survoltée, épaisse et baveuse, emboîte le pas à Blues Pills.

     Pour "Raise Your Hands", la troupe a carrément, - et tranquillement -, puisé dans le terreau du MC5 (de "High Time') - un groupe particulièrement apprécié par la troupe. Même si le riff principal semble avoir ressorti son petit lexique sur Steppenwolf. Aux guitares, on pourrait croire à une jam entre Glen Buxton, Wayne Kramer et Michael Monarch. "Madness" porte bien son nom avec son rock offensif, serré et nerveux, mettant en musique une incursion d'irréductibles (et irascibles) Gaulois résistant à l'envahisseur dans un camp fortifié, pour une leçon de distribution de mandales en bonne et due forme. Dans le genre nerveux, "Ravish Holy Land" se présente comme un rock'n'roll prolétaire halluciné faisant resurgir le souffle toxique d'un Hanoï Rocks "Levez les yeux et découvrez cet incroyable flux... Sentez le regard venu de bien loin au-dessus, des Divas déjantées vous observent. Des formes inattendues, des bulles partout ! Entendez-vous ce cri primal ?" (une pièce inspirée par la singulière Ravish Sitar d'Electro Harmonix ?)


 

     En bout de piste, pour "Top of the Bock", le quintet met les bouchées doubles pour un high-octane rock'n'roll, où les New-York Dolls sont invités par le docteur Frank N. Furter à se joindre à son show. Pour clore le chapitre, les Bretons semblent avoir mis la main sur le même brass-band qui finissait en fanfare le "Sister Ann" du Five. Un hommage évident ou bien une étonnante coïncidence ?

     Un disque qui s'écoute fort, et qui se dévoile progressivement - avec pas mal de détails, parfois un peu occultés par l'enthousiasme difficilement tempéré des collègues - ça sonne live et foncièrement analogique. La connotation "70's" est évidente et cultivée, les références musicales fusent (fuzzent) de part et d'autre, sans jamais s'abaisser au plagiat. Une musique qui, en dépit d'un terreau millésimé, n'a rien de particulièrement nostalgique et a su se forger sa propre identité. Au contraire, il s'agit bien d'un groupe débordant d'énergie, de jeunesse. 

Du matériel de musicos pyromanes, apte à enflammer les scènes d'Europe et d'ailleurs. Ça risque de chauffer 🔥


NoTitre
1.Hard To Deal2:40
2.Soul Tricker3:47
3.Ladies4:36
4.Once Upon A Time3:39
5.Burning Land3:53
6.Bliss & Joy2:33
7.Raise Your Hands3:25
8.Fall Guy3:23
9.Madness2:45
10.Ravish Holy Land3:12
11.Top Of The Bock4:36
38:34


 
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