mardi 16 février 2021

QUEEN - INNUENDO (1991) - par Pat Slade



Le dernier album de Queen, le dernier album du vivant de Freddy Mercury, et quel album !


 


QUEEN LA FIN D’UN RÉGNE



Aujourd’hui je parlerai d’un virus, d’un anniversaire post mortem et d’un dernier album qui signera la fin d’un grand groupe.

Il n’y a plus besoin de présenter le groupe Queen, un groupe qui fût pourtant malmené par la presse rock, trop baroque ou grandiloquent pour certains, voire grotesque pour d’autres. Les artistes ne sont jamais rentrés dans les critères des journalistes et pourtant Queen est un groupe de génie et tous les albums diffèrent les uns des autres et «Innuendo» ne dérogera pas à la règle. Au printemps 1987 Freddy Mercury est diagnostiqué séropositif mais il garde sa maladie secrète et conteste les nombreuses rumeurs selon lesquelles il est gravement malade. On a toujours pensé que Freddy était le meneur, alors que pas du tout, il n’y avait pas de hiérarchie au sein du groupe et quand il y avait des engueulades c’était toujours entre Brian May, Roger Taylor et John DeaconFreddy Mercury jouait le rôle du médiateur pour arranger les choses et atténuer les tensions.   

Atteint du sida, il est fatigué et amaigri, mais il trouve la force nécessaire pour enregistrer un dernier album qui se fera dans la souffrance. «Innuendo» un mot italien qui veut dire insinuation, c’est un album sombre, triste et quelque peu mélancolique mais aussi très beau ! Freddy va ouvrir son cœur et va se livrer à demi-mots, ce n’est qu’après que l’on devinera ce qu’il voulait dire derrière certaines paroles. Une très belle pochette de Richard Gray qui avait déjà conçu celle de «A Kind of Magic» et de «The Miracle» pour «Innuendo» les illustrations et le livret seront des dessins du caricaturiste français Grandville (1803-1847). Quand j’ai acheté l’album, ce dernier était accompagné d’un calendrier. Les enregistrements débutent en mars 1989 et se terminent en novembre 1990. En février 1991, l’album sort et atteint rapidement les plafonds des charts américains et anglais. 

"I'm Going Slightly Mad"
Le premier titre «Innuendo» tout comme «Bohemian Rhapsody» est construit en trois parties, un morceau complexe et baroque. Tout commencera par une improvisation de Taylor, May et Deacon et Freddy viendra prendre les choses en main, Taylor composera des paroles en s’inspirant de «Kashmir» de Led Zeppelin, vocalises de Freddy, guitare lourde de Brian et la touche flamenco avec la guitare de Steve Howe  du groupe Yes. Le morceau va enfoncer «Bohemian Rhapsody» par sa durée avec trente seconde en plus (Même si le titre le plus long de Queen est «The Prophet’s Song» sur «At Night At The Opera» et ses 8mn17). «I'm Going Slightly Mad» (j'suis en train de devenir légèrement Maboul), Mercury décrit-il son état mental à ce moment ? Une musique chargée de synthé, effet qui englobe d'une sphère surréaliste. Le clip montre un Freddy affaibli et un maquillage étalé à la truelle pour masquer les ravages de la maladie qui le ronge. 

"Headlong"

 «Headlong» Brian May met sa patte et le hard   rock façon Queen réapparait avec la voix   de Mercury qui dégage autant de puissance   qu’aux premières heures de sa gloire et un clip   tourné façon live avec Freddy et son pied de   micro. «I Can't Live with You» Encore du Queen   pur jus avec ses voix démultipliées. «Ride the  Wild  Wind» Morceau typique de Roger Taylor fan   de vitesse et de bagnole («I’m in Love With My Car») une puissante rythmique, une grosse guitare et une basse qui ronronne comme un moteur bien huilé. «All God's People» Le morceau était au départ prévu pour le projet avec Montserrat Caballé. Du Queen Théâtral aux accents de gospel. Une ambiance festive avec des guitares blues-rock, un superbe titre de Mercury et de Mike Moran un pianiste qui a apporté sa contribution à beaucoup d’artistes. «These Are the Days of Our Lives» Un titre de Taylor qui n’est pas sans rappeler «Heaven For Everyone» sur l’album «Made in Heaven» et est surement le plus beau de l’album et aussi le plus dramatique. Dans le clip, Freddy fait de touchant adieux à son public. Les dernières images qu’il tournera où apparait le visage amaigri du chanteur qui était à la fin de son

combat contre le sida, un clip tourné en noir et blanc pour cacher le masque de la souffrance, mais Mercury était un pro et malgré la douleur, il demandera à refaire une fois l’enregistrement du clip. Une ballade empreinte de nostalgie, de beaux claviers, une belle partie de basse, un peu de congas, une splendide partie de guitare et Freddy à la fin qui susurre : «I still Love You» dans une gestuelle qui lui est propre avant de sortir du cadre de la caméra.

"Delilah"

«Delilah» Le chanteur adorait les chats et ces derniers   refusaient de quitter sa chambre sentant la fin proche. Il était malade mais il avait conservé son sens de l’humour, il dédit un morceau à l’un de ses chats. Un groupe qui pousse des miaulements ainsi que la Red Spécial de Brian. Ce n’est pas le meilleur titre de l’album, un bouche trou. «Don't Try So Hard»   guitares claires et poignantes avec la voix d’un Freddy fatiguée mais qui reste douce, passionnée et d’une très grande sensibilité ; en plus le solo de Brian May te donne le frisson, encore un grand titre de l’album. «The Hitman» Un heavy Metal en fusion qui pourrait renvoyer à leurs études beaucoup de groupes. Les guitares de Brian May saturent et rugissent encadrer par une section rythmique qui ne donne pas sa part au lions et Freddy va donner dans la puissance. «Bijou» Les arpèges de Brian May construisent ce morceau pratiquement sans parole, c’est une pépite dans son écrin. Et puis arrive le gros morceau de l’album «The Show Must Go On» Le chant du cygne du plus grand groupe de Grande-Bretagne, le testament oral de leur frontman qui sent la mort planer au dessus de lui, mais pour l’instant, il est encore en vie et il va jeter tout ce qu’il lui reste dans la bataille : «Inside my heart is breaking, my make-up maybe flayking, but my smile still stays on» (A l’intérieur mon cœur est en train de se briser, mon maquillage est peut-être en train de s’écailler, mais mon sourire reste encore). Le voyant très affaibli, Brian May lui demande s'il lui sera seulement possible d'assurer ses vocaux Mercury lui répondra : «I'll fucking do it, Darling» («Putain que je vais le faire, chéri»). D’après Brian May, il a bu un verre de vodka et a tout déchiré ! Un morceau intemporel, le dernier cadeau de Brian May à son ami car il sait que sans Freddy Queen n’aurait pas réussi, impossible sans la folie, la voix et le charisme de son chanteur.

La Dernière Photo
Après l’enregistrement, Freddy décidera d’arrêter les soins, ce qui précipitera l’échéance, le 23 novembre 1991, son médecin personnel lira aux journalistes agglutiné devant la maison de Kensington un texte de Freddy dans lequel il annonce être positif au VIH et atteint du sida. Il décèdera le lendemain.

«Innuendo» un album tragique par son histoire interne et grandiose par son aspect externe, il est à ranger dans les classiques du groupe entre «New of the World» et «A Night at The Opéra», même si je trouve que «Innuendo» est parvenu à détrôner le «At Night…». Trente ans après sa mort, la mémoire et la voix de Freddy Mercury sont toujours aussi vivantes.        




2 commentaires:

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  2. Et toujours pas de vaccin en vue. Il faudra un jour prendre du recul et regarder à quel point les virus ont modifié le cours de l'humanité. Le sida même si on ne l'évoque plus guère a durablement influé sur les mœurs et les mentalités, depuis son apparition nous sommes chaque jour devenus un peu plus rétrogrades et ancrés sur nos certitudes illusoires alors que nous étions jusque là attirés vers l'inconnu.

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