mercredi 6 février 2019

Chris DUARTE and BLUESTONE Company "396" (2009), by Bruno



     Avant tout, rappelons que Bluestone Company est la formation résultant des cendres de l'excellent et regretté combo Japonais, Savoy Truffle. Un excellent et énorme groupe de Heavy-Southern-rock qui avait tous les attributs pour voler la vedette aux Américains. Suite au départ de leur chanteur-harmoniciste, les musiciens restants préférèrent changer de patronyme, afin de bien scinder l'avant et l'après Monji Kadowaki. Décision qui ne manquait pas de courage. D'autant plus que la réputation de Savoy Truffle commençait à traverser les frontières, et ce malgré un manque évident de publicité, si ne c'est quelques articles élogieux d'un ou deux magazines (seulement). Pourtant, à ce jour, Savoy Truffle demeure l'un des meilleurs groupes qui aient œuvré dans le sillage des Allman Brothers, avec une forte coloration « Gov't Mule ». Dans le genre "chaud - bouillant".
 Il est aussi fort probable que les distributeurs américains avaient vu d'un mauvais oeil des nippons marcher sur leurs plates bandes avec autant d'aisance. Suffisamment pour faire de l'ombre aux patriotes.

     Chris Duarte, quant à lui, jouissait déjà d'une reconnaissance plus grande, de par une carrière plus longue, mais aussi évidemment grâce à une diffusion plus large de ses oeuvres. Surtout connu pour son deuxième album, "Texas Sugar / Strat Magic", grâce auquel la presse s'était empressée, non sans raison, de déclarer qu'il était le digne successeur de feu-Stevie Ray Vaughan. Le Texan, voulant se détacher de cette pesante comparaison, s'en démarqua en abordant d'autres rivages (avec toujours le Blues comme source d'inspiration première). Du coup, l'écho, lors des années 90, se fit plus réservé, avant d'être à nouveau plus favorable avec le nouveau siècle. Le Blues Texan fait partie de ses racines naturelles (et bien présentes), auxquelles on pourrait rajouter l'influence d'Albert King, de Jimi Hendrix, de Jeff Beck, ainsi que celle du Jazz de Mike Stern et de John McLaughin. Parfois avec un son et une attaque assez durs, penchant vers une forme de Heavy-rock héroïque.


     Sur le premier opus de Bluestone Co, Chris Duarte est déjà présent en qualité de chanteur et de guitariste, mais il n'y est crédité qu'en tant qu'invité, et ce bien qu'il ait écrit tous les textes. (Si Bluestone Co démontre un réel talent de composition, ce n'est visiblement pas le cas pour l'écriture de chanson)
Hélas, cette première réunion n'a pas porté ses fruits ; Chris ne semble pas vraiment fusionner avec la formation japonaise. Sans être mauvais, on peut dire que « La mayonnaise ne prend pas ». A tel point que pour le disque suivant, Bluestone Co. préfère continuer seul l'aventure, se passant alors de chanteur pour un résultat donc entièrement instrumental. "Supernatural Delight", l'album en question, est en conséquence meilleur, et parvient même à retrouver plus ou moins la pétulance de Savoy Truffle.

(Entre-temps, Duarte reprend deux titres de Savoy Truffle sur son album "Blue Velocity" de 2007)
Fort heureusement, « 396 » est une résurrection.


     Dès « Back in Town », Duarte paraît mieux chanter, du moins il est plus en adéquation avec les shuffles torrides des ex-Savoy-Truffle. Il semble mûri, plus conscient de ses limites, il adapte en conséquence sa voix et ses intonations au registre. « Put Up or Shut » confirme magistralement la première impression. Les musiciens sont plus décontractés, et la base rythmique fait preuve d'une aisance, d'une fluidité et d'une assise remarquable, même sur l'instrumental alambiqué, « H2K3 » ; on pourrait croire que Phil « Animal » Taylor croise le fer avec Frank Beard

En fait de "rythmique", le terme poly-rythmique serait plus approprié avec un percussionniste fusionnant avec le batteur, formant une seule entité. Le soutien indéfectible du bassiste renforce ce groove implacable et hypnotique.

   Quant aux guitares, si celle de Toshihiro Sumitomo ne se démarquait de temps à autre par la slide, l'utilisation de l'effet Leslie (comme Warren Haynes), et celle de Chris Duarte par certains plans récurrents de Stevie Ray Vaughan ou d'Albert King, ainsi que des chorus Jazz-rock, elles seraient soudés dans un même élan spontané de faire vivre leurs compositions. Une écoute plus attentive permet de les discerner, l'un par un son de Gibson, plus gras, (en fait Toshihiro joue sur une magnifique Zeimatis), l'autre par un son Fender, plus vif, au médium prononcé.


     Le style de cette réunion est celui de la rencontre entre un Southern-rock mordant, Heavy, et celui d'un Blues-rock Texan actuel, en incluant des rythmes Funky (qui ne sont pas étrangers aux genre cités). « The Ballad of Korima » comporte des mesures typiquement ZZ-Top


     La première partie du CD pulse grave. Ça sentirait presque les pneus crissant, fumant sur l'asphalte, ou le passage d'une Chevrolet sur les routes poussiéreuses du Texas. C'est là où les cinq protagonistes dégagent le plus ouvertement une énergie contrôlée et salvatrice, qui aborde, (sans égaler ?), les meilleurs moments de Savoy-Truffle.

Par contre, le titre « Angelina » se démarque, perturbe l'ensemble, par son aspect Glam-rock avec ce petit quelque chose de « Pour Some Sugar on Me » de Def Leppard. Très carré, ça sonne un peu Hard-rock pour radio californienne.
     Malheureusement, « Funky Mama » aux joutes de guitares trop longues, et « Mad as it Can Be », blues s'étirant inutilement (11 minutes), sont deux titres qui ébranlent la bonne tenue de ce CD. Deux bémols qui ne doivent pas gâcher la satisfaction de retrouver ces musiciens dans une excellente forme créatrice et d'interprétation. Des musiciens qui sont enfin parvenus à être sur la même longueur d'onde, et jouant d'égal à égal, pour notre plaisir et le leur.


     Pourtant, il n'y a pas eu de suite à cet album. Chris Duarte a repris sa carrière, et on retrouve Yoshihiro Ogasahara (le bassiste de Bluestone Co.) sur son double live de 2013. Mais plus rien de Bluestone Co

Toshihiro Sumitomo semble désormais se contenter de se produire sur scène en se contentant désormais de jouer - remarquablement - des standards du Blues et du Blues-rock, avec juste deux Ep de cinq pièces à son actif (le dernier en 2018). Du gâchis sachant qu'il était quasiment l'unique compositeur de Savoy-Truffle.

P.S. : "396" est un « vieux » modèle de Chevrolet, encore très prisé aux USA (chanson donc dans la pure tradition Texane). C'est un modèle de 1965 équipé d'un moteur V8 "Big block" de 396 pieds cubes (cu ft), un 6,5 litres, déployant plus de 375 ch. Plus de 400 suivant les réglages et options.





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Article lié ➤➤➤ Savoy Truffle "The Roadhouse Boogie" (2004)

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