jeudi 30 septembre 2010

TONY CURTIS (rubrique necrologique, ça commence à faire beaucoup...)

Marié (entre autres...) à la sublimissime Janet Leight, et papa de Jamie Lee Curtis.

Il aura passé sa vie à trousser les actrices, picoler, sniffer, peindre, et tourner des films… Bernard Schwartz, alias Tony Curtis est mort, à 85 ans. L’occasion de se souvenir de ses débuts dans WINSHESTER 73, puis du divin CERTAINS L’AIMENT CHAUD, du virevoltant TRAPEZE, du superbe LES VICKINGS, du désopilant OPERATION JUPONS, du lyrique SPARTACUS, de l’inquiétant ETRANGLEUR DE BOSTON, de l’excellent LE GRAND CHANTAGE. Et de son mythique duo avec Roger Moore dans la série AMICALEMENT VOTRE.





Hier c’était Arthur Penn, réalisateur du GAUCHER (Paul Newman), LA POURSUITE IMPITOYABLE (Brando, Redford), BONNIE AND CLYDE (Beatty, Dunaway, Hackman) LITTLE BIG MAN (Hoffman, Dunaway), MISSOURI BREAKS (Brando, Nicholson)…

MOTÖRHEAD - " Inferno " (2004) par Vincent Le Caméléon


Infernal "Inferno"

Au rayon des groupes cultes du Hard Rock, si je vous dis qu'avec Motörhead j'ai pris le train en marche très tardivement, vous allez me dire (si vous êtes sympas) qu'il n'est jamais trop tard pour bien faire. Ce à quoi je vous répondrai... En effet. Il faut dire que, tout au long de sa carrière, la bande à Lemmy c'est souvent illustrée de façon pour le moins bruyante et sulfureuse: Des plafonds qui s'écroulent sous 140db et + (voir le Guinness Book des records), des musiciens à l'humeur fiévreuse, sans parler de certaines tenues, et/ou insignes douteuses, arborées parfois par Lemmy en pages de certains magazines dits spécialisés.
D'un naturel plutôt calme, je ne pris pour ainsi dire jamais le risque de... Jusqu'à ce jour fatidique, date à laquelle paru l'album en question.

Sans plus rentrer dans le(s) détail(s), c'est donc par ce disque que je me suis décidé à franchir le pas et à rentrer dans l'univers de la bande à Lemmy (au moins pour cette fois m'étais-je dis), toujours assoiffé que je suis d'enrichir mes connaissances en matière de musique Rock. Je l'avoue également, c'est d'abord par son illustration que j'eus l'envie d'acquérir Inferno... C'est un peu c**, je l'admet également bien volontiers.

Mickey Dee ( batterie), Lemmy Kilmister (chant, basse), Phil Campbell (guitare)



A bien y réfléchir, et surtout aux vues des nombreux albums que je possède désormais du groupe, on peut dire que j'ai eu du nez. Car en plus d'une illustration parmi les plus belles de Petagno, Inferno est d'abord et surtout gavé de titres imparables: Textes bien troussés, production bien grasse, cette nouvelle offrande du trio est inspiré d'un bout à l'autre et ne souffre définitivement d'aucunes faiblesses.
Au sortir de l'album, Lemmy déclarait même à la presse que "cet album a été l'un des plus plaisant et facile à enregistrer". A l'écoute de ses 12 cartouches, on le croit sur parole. Y'a d'la joie, Oui !! Sauf qu'à la différence d'un Charles Trenet (...), chez Motörhead on est pas des P* (houlà !!! J'vais avoir des problèmes moi). "We are Motôrhead, and we playing Rock'n' Roll for kick your ass". C'est d'ailleurs en ces termes que débute chacun des concerts du combo. Voilà qui a le mérite d'être clair.

j'ajouterai que si vous trouver Inferno dans sa version Digipack, n'hésitez pas. Son édition limitée vaut en effet vraiment le coup. Car en plus de son très bel étui, l'édition propose 3 superbes Clips (dont un extrait du Live 25ème anniversaire du groupe) + une interview des trois pistoleros. Amusante, instructive, le tout étant sous titré en Français.
Le morceau "Whorehouse Blues", clôturant l'album, nous démontre que lorsqu'il s'agit d'appuyer sur la pédale de frein (ce qui est quand même très rare chez ce groupe), Lemmy et les siens savent parfaitement revenir aux sources du Rock en maitrisant là aussi totalement leur(s) sujet(s) (voir le clip pour mieux saisir la teneur de mon propos).
Régalez vous ! Bande de p'tits ....
Pour finir, sachez également qu'un certain Steve Vai est venu poser (très intelligemment) son emprunte sur 2 titres de l'album (pas forcément les meilleurs cela dit). Décidément, en enfer on sait faire la fête.




Motörhead don't play Metal.. they neither play Hard Rock...they play Rock N' Fucking Roll !!!

mercredi 29 septembre 2010

SANTANA "Guitar Heaven : The Greatest guitar classics of all time"" (2010), par Bruno



The Greatest : Titre Présomptueux ?


Après un album qui ne reprennait que ses propres standards (certes rejoués), Carlos Santana reprend maintenant ceux des autres (manque d'inspiration ?), et non des moindres, avec la recette du tandem Davis-Santana usitée depuis «Supernatural» : soit un chanteur différents à chaque chanson. On ne change pas une recette qui rapporte. Le problème c'est que reprendre uniquement des classiques de cette envergure, cela sent la recherche du gain, format jack-pot. Projet pas innovant pour un sou, puisque depuis quelques temps le marché pullule de disques de reprises. « Guitar Heaven » ne prend aucun risque en ne reprenant que du lourd. De l'archi connu, de l'incontournable. Des titres que même l'amateur peu éclairé a déjà entendu. Et cette pochette, ce titre : « Guitar Heaven : Les plus grands classiques de guitare de tous les temps ». ça sent bon la compile de supermarché, ça mon pote. Et 11 des 13 proposés sont des titres qui ont cartonnés à la radio (faut assurer le coup). Cela fait un peu Richard Clayderman interprète pour vous les plus grands succès de trucmuche. Derrière tout ça, on sent l'influence pesante du manager Clive Davis ; on peut même deviner, sans trop de risque de se tromper, ses choix et ceux de Carlos. Toutefois, le talent de Santana fait, et ce même si parfois il semble en roue libre, en pilotage automatique (sur les sélections de Davis ?), que l'album s'écoute, à des degrés divers, avec plaisir. Du moins, cela permet à Santana de renouer avec le Rock, et du costaud de surcroit.



Cela démarre très fort avec une bonne interprétation virulente du « Whole lotta Love » de Led-Zep-Dixon, avec Chris Cornell, qui, comme sur le dernier Slash, fait la différence. Un des sommets, si ce n'est le, de l'album. Le Mariachi-Rock rencontre le Heavy-Rock variante Hard-blues. Splendide !


Suivit par un titre des « Stones with Mick Taylor », « Can't you hear me knocking » ; une composition qui était déjà à l'origine sous l'influence de Santana. Avec Scott Weiland (Stone Temple Pilot, ex-Velvet Revolver). Très réussi (et au moins, là, ce n'est pas vraiment un classique des Pierres qui Roulent – mais certainement un de leurs meilleurs titres).


Un bon « Sunshine of your love » de Cream, avec Rod Thomas (déjà présent sur « Supernatural » pour « Smooth »), plus Clapton que Jack Bruce. Hélas, après ce démarrage en fanfare, qui convaincra illico les potentiels acheteurs, « While my guitar gently weeps » (de George Harrison avec les Scarabées) risque de refroidir les ardeurs. Déjà encensée par certains médias, présentée par Carlos lui-même comme son chef-d'oeuvre de l'album, 1er titre en clip-vidéo, pourvu d'une orchestration travaillée, avec le violoncelliste Yo-Yo Ma et la chanteuse India Arie (bien plus convaincante en studio que sur scène...), malgré tout cela, cette reprise ne tient toutes ses promesses. Pas mauvaise pour autant, elle ne tient néanmoins pas la comparaison avec celle de Peter Frampton, ni celle de Jake Shimabukuro, ni celle de Jeff Healey. Bien que la présence la présence de Yo-Yo Ma apporte vraiment quelque chose, le chant semble par contre être maniéré, forcé, légèrement ampoulé.


« Photograph » de Def-Leppard, avec Chris Daughtry, dans une version qui aurait été totalement scolaire, s'il n'y avait pas quelques congas, et un peu d'orgue, en sus de la présence chaleureuse de la Paul Reed Smith.
« Back in Black » d'AC/DC, proprement flingué par Nas, incapable de chanté le refrain (ce sont des choristes qui s'en chargent) ni de coller au tempo ; R'n'B-Rap avec rythmes latinos pas vraiment au fait, rythmique noyée par un débordement de distortion transistorisée sonnant presque comme un synthé (remember le Kashmir de Godzilla ?). Parfois proche d'une bouillie. Carlos sauve le titre de la déchéance totale par quelques furieux soli gavés de wah-wah agressives.


« Riders on the Storm » avec Ray Manzarek et Bennington de Linkin' Park (mais pourquoi pas Ian Astbury ?), version éthérée, agréable, toutefois sans la magie de l'original. Carlos foire une partie de son solo. Petite déception.


« Smoke on the water » de ?? (de qui déjà ? Led-Zep ? Cactus ? Mountain ? Halliday ?), avec Jacoby Shaddix (Papa Roach). Titre éculé, rabâché, au possible. Diantre, ce groupe a pourtant composé des titres biens meilleurs. Un mauvais choix. Bonne intro pourtant, où on pourrait croire que Leslie West est venu prêter main-forte, mais ça s'étouffe vite (trop écouté, trop connu). (Passe mieux à fort volume).


« Dance the night away » de Vent Haleine, avec un Pat Monahan (Train) convaincant. Sympa, agréable, s'écoute tranquillou.
« Bang a Gong » de T-Rex, version Latin-Rock, pas mal, mais hélas grévé par Gavin Rossdale (Bush, et solo) qui ne brille pas par sa présence. Enfin un « Little Wing » dans l'esprit, tout en se permettant des libertés, avec Joe Cocker (qui ne paraît pas très vivifiant). On aurait gagné à supprimer toute traces de claviers et de programmations (même si ses derniers sont à peines audibles) qui aident à construire un fond sonore qui n'apporte rien ; au contraire.



Autre temps fort : Un formidable « I ain't Supertitious » de Willie Dixon, avec Jonny Lang qui se donne à fond, dans une version qui nous ramènerait au regretté « The Hoax », et bien sûr le « Jeff Beck Group ». Avec une guitare wah-wah débridée au son énorme.



Et pour finir « Under the bridge » des Red Hot Chilli Peppers, avec... non !? Pas lui ! Incredible, but truth ! C'est bien le canadien préféré des ménagères françaises des 80's : monsieur Roch Voisine en personne ! Et qui s'en tire plutôt bien. Difficilement reconnaissable.


On remarquera que les 3/4 des titres sont issus des 60's-70's, deux des 80's (dont un de 1980), et enfin, seul le dernier appartient aux 90's. Cela signifie t'il que pour Carlos (et Clive), il est difficile de trouver des classiques Rock au-delà des 70's ? On constatera également que le son de l'omnipotente P.R.S. Signature est plus épais que précédemment, souvent enrenchi d'une wah-wah baveuse, avec le potard des graves à 3 heures, voire quatre.


Après quelques écoutes (aux 1ères, on aurait tendance à zapper sauvagement), la majorité des morceaux passent plutôt bien. Malgré des chanteurs pas toujours inspirés, (ou concernés ?), malgré quelques titres scolaires (il ne suffit pas de rajouter quelques congas et timpanis pour sonner réellement original), les 60 minutes s'écoulent, presque sans heurts, « paisiblement ». On souhaiterait un volume 2, avec des titres un peu moins connus (il y a de fortes chances que cela suive, si le succès est au rendez-vous). Surtout qu'avec ce titre, on pouvait légitimement s'attendre à plus de titre, genre double CD. Un skeud qui enchantera plus facilement les plus jeunes ; ceux, évidemment, qui ne connaissent pas les originaux.






(aurait peut-être mérité une meilleure note, mais il n'y a que des reprises)


(apparemment Carlos, ou/et Davis, ne veulent pas que l'on visionne la vidéo autrement que par leur site ; alors il faudra se contenter, dans un 1er temps, de cet extrait de concert, moins avantageux)






Santana - India - Arie - while my guitar gently weeps live

mardi 28 septembre 2010

JOHNNY WINTER AND "Live at the Fillmore East 10/3/70" (sortie Avril 2010) par Rockin-jl


Je suis particulièrement heureux de vous parler aujourd’hui de Johnny Winter à l’occasion de la sortie de ces bandes qui dormaient depuis 40 ans.
En effet au même titre que Rory Gallagher, Stevie Ray Vaughan et 2 ou 3 autres, le guitariste texan albinos est un de mes héros, au confluent des 2 musiques que j’aime, le blues et le rock, et sa discographie prend pas mal de place dans ma cédétheque , que ce soit les premiers disques pur blues pour Columbia, la période psyché, puis plus hard , le retour au blues avec ses albums pour Alligator, les disques avec Muddy Waters qu’il produisit et sur lesquels il joue au début des années 80 et un bon paquet de live, dont le plus connu " Captured Live " bien sur. Alors pensez bien que la sortie d’un live de 1970 ne pouvait que faire frémir ma carte bleue ...









Ce live enregistré en Octobre 70 au mythique Fillmore East est en quelque sorte le frère jumeau de "Johnny Winter and-live" puisque issu des mêmes sessions de ce week-end d'Octobre 70.
Johnny a sorti peu avant ces concerts le LP " Johnny Winter and " avec son nouveau groupe , les anciens "McCoys " , Jo Hobbs à la basse, Randy Zehringer aux fûts et son frère Rick à la guitare, ce dernier qui changera son nom en Rick Derringer, juste avant ces concerts d’Octobre 70, Bobby Caldwell remplace le batteur. Winter et son manager cherchaient un groupe plus aventureux, capable de suivre son leader mais aussi d'apporter un petit grain de folie.

On commence avec un blues rock énergique extrait de "Johnny Winter And" " Guess I’ll Go Away " puis le classique de Sony Boy WilliamsonII " Good Morning Little School Girl " déjà présent sur son second LP "Johnny Winter"(1969), puis vient le second titre extrait de "JW and", le hit rock’n roll signé Rick Derringer "Rock 'n' roll Hoochie Coo"dans une version dantesque, plus hard que celle que fera en solo Derringer ensuite (j’en connais une autre bonne version signé du groupe de british blues Stretch avec Elmer Gantry au chant).
"It’s My Only fault" de BB King s’étire sur 22 mns et Derringer /Winter nous font un beau duel de guitares typique des jams improvisées de l’époque, Winter hurle comme un possédé et Derringer montre qu'il n'a rien d'un faire valoir ; avant un classique du répertoire de Winter " Highway 61 Revisited " de Dylan (déjà gravé sur " Second Winter "-1969) un Dylan qui en ressort passé à la moulinette par la furia de notre texan préféré, puis un autre long blues de 18 mns avec Johnny à la slide " Mean Town Blues ", morceau qui n’est autre que celui qui figure sur "JW And - Live" mais ici dans sa version non coupée, avant de finir par un standard de Muddy, " Rollin & Trumblin " que Johnny l’hiver avait déjà reprit sur son premier album "The Progressive Blues Experiment" (1968) , où l'on peut aussi trouver les versions studio de "It's My Only Fault " et "Mean Town Blues".





Si certains ont pu critiquer le mixage du "Johnny WinterAnd - Live", je trouve le son de celui çi très correct, rien d'un pirate de mauvaise facture. Il est toutefois dommage que ne soit pas édité un coffret regroupant l'intégrale des 2 concerts, et avec les titres dans l'ordre, mais la logique des maisons de disques nous échappe parfois...


Ce line up ne survivra pas à ce mois d’Octobre, Derringer partira ensuite faire une bonne carrière solo avec notamment son album " All American Boy ".
J’aime bien cette formule où les chevauchées guitaristiques Winter/Derringer rappellent parfois celles de Duane Allman/ Dickie Betts au sein de l’Allman Brothers Band . Si certains solos flirtent avec le hard la tendance est quand même très bluesy comme toujours avec Johnny quoiqu'il fasse.
Aujourd’hui Johnny a 66 ans, mais sans doute conséquence de tous les excès , en parait plutôt 80, alors replonger dans ces bandes des seventies est un bain de jouvence et un réel plaisir.

Bien sur si vous avez tous les live précités de Winter (je pense également a la seconde galette live au Royall Albert hall sur l'édition Legacy de "Second Winter") , ce n'est peut être pas un achat indispensable, mais quand on aime on ne compte pas...

7 titres 66 mns








"Rock & Roll Hoochie Coo" 1973 (je n'ai pas trouvé d'images d'archives de l'époque Derringer/Winter)

DES HOMMES ET DES DIEUX (2010) de Xavier Beauvois, par Luc B.




Dans la série « terminons la semaine en gaieté », je suis allé voir DES HOMMES ET DES DIEUX. Ce film s’inspire de la vie des moines français installés à Tibhirine, en Algérie, et de leur exécution par un groupuscule terroriste en 1996, dont on ne sait pas s’il s’agissait de fondamentalistes, d’une milice politique, ou de l’armée régulière, à moins qu’il s’agisse un peu des trois… Ce film est signé par Xavier Beauvois (photo) acteur et réalisateur. Il tourne peu, tous les cinq ans, mais se forge avec le temps une filmographie très intéressante, depuis NORD (1991), N’OUBLIE PAS QUE TU VAS MOURIR (1995), SELON MATTHIEU (2000) jusqu’à LE PETIT LIEUTENANT (2005) avec Nathalie Baye.

Avec un sujet pareil, il aurait été aisé de donner dans le lacrymal, la polémique, voire le spectaculaire. Xavier Beauvois préfère la sobriété et l’œcuménisme. Le film commence par des scènes courtes, évoquant la vie de ces moines, alternant consultations médicales, vente de miel sur les marchés, participations à la vie du village, et temps de prière. Puis des premiers crimes surviennent dans la région, dont les villageois ne comprennent pas le sens. Une très belle scène, simple, entre deux villageois et des moines autour d’un thé à la menthe, où chacun s’interroge, perplexe… Ils ont tué une institutrice, pourquoi, qui sont-ils, c’est insensé, c’est monstrueux, que veulent-ils, quel est le message ? Puis vient le tour de contremaîtres Croates, sur un chantier, égorgés. Là encore, stupéfaction. Les villageois se tournent vers les moines, pour comprendre. Les autorités algériennes proposent que l’armée protège le monastère. Refus. Car les moines seront visés, cela ne fait aucun doute. Et premier questionnement des moines, le soir, autour de la table : faut-il rester, partir, déménager, retourner en France ? On touche ici le thème du film, l’engagement, la responsabilité, le sacrifice. Les moines ont donné trop de sens à leur vie pour s’arrêter maintenant, et fuir. Ils se disent sans doute que leur hypothétique mort ne pèsera pas lourd face à ce qu’ils ont bâti ici. La présence de ces moines sur le sol algérien pose aussi problème aux autorités françaises, et l’armée algérienne n’apprécie pas (d’autant que les moines soignent indifféremment quiconque frappe à leurs portes, y compris un fondamentaliste). Toutes ces questions d’ordre politique sont traitées (y compris le rôle colonisateur de la France) mais ce n’est que l’arrière plan du sujet

Xavier Beauvois se laisse le temps de la contemplation. Les jours passent, les saisons passent. Un peu lentement tout de même, beaucoup de panoramiques sur des paysages n’apportant pas grand chose de plus. Si ce n’est de permettre une lente montée de la tension dramatique, qui culmine avec une scène où un hélicoptère survole le monastère. On ne saura pas pourquoi, mais le bruit assourdissant des moteurs, pendant la prière, l’inquiétude des moines qui se resserrent, s’agrippent par les épaules sentant leur derrière heure arriver, est tout à fait saisissante. Il y aura aussi ce repas, où Michael Lonsdale apportera deux bouteilles de vin, une cassette du Lac des Cygnes, et les moines partageront des frites, heureux, souriant, complices. Beauvois scrute les visages en travellings, visages qui se crispent, se décomposent lorsque les moines comprennent que ce dîner est sans doute un des derniers. Une scène extrêmement belle et émouvante, qui rappelle évidemment La Cène, dernier repas du Christ. Tension extrême aussi avec la visite nocturne d’un groupe terroriste au monastère, avec le frère Christian qui tient tête au chef de guerre, lui intimant l’ordre de discuter sans arme, ou alors, hors de l’enceinte. Et de lui rappeler que ce coup de force et d’intimidation à deux jours de Noël, n’est pas du meilleur goût… Ce que le terroriste comprend après coup, avant de s’excuser. Nous reviendrons sur cette scène précisément…


Autre belle scène, celle d’une cérémonie de prière en arabe, où les moines catholiques prient avec leurs frères musulmans. Elle montre le degré d’enracinement de cette communauté catholique en Algérie, et les liens qui unissent le Coran et les Evangiles. La fin de film est en tout point remarquable, les moines emmenés de nuit, sous la neige, par une colonne de gardes armés, et disparaissant dans le brouillard. On connaît l’issue. Beauvois a le tact et l’intelligence d’arrêter son film avant.



J’écrivais au début que ce film ne soulevait pas la polémique. Il y a pourtant deux très courtes scènes qu’il serait intéressant de décrypter. Deux jours avant Noël, les fondamentalistes entrent armes au poing dans le monastère. Frère Christian (Lambert Wilson, habité par le rôle) et leur chef parlent. Christian dit : vous connaissez le Coran ? L’autre acquiesce. Alors vous savez que nous préparons ??? (mot en arabe). L’autre répond : ah oui… Jésus… alors, veuillez m’excuser. Et la troupe repart. Une scène lourde de sens, réelle ou non, signifiant la relative estime que pourraient se porter ces deux hommes, la tolérance dont ils font preuve. Christian prend soin de citer le nom de Jésus en arabe. Il faut rapprocher cette scène d’une seconde, plus tard dans le film. Le chef des barbares est tué dans une embuscade, et l’armée demande à Frère Christian d’identifier le cadavre. Frère Christian reconnaît l’homme qui l’avait menacé quelques jours plus tôt, se signe, et prie pour son repos, devant un officier qui lâche une grimace de dégoût. La compassion dont fait preuve frère Christian est condamnée par l’officier, qui représente scénaristiquement l’armée. On sentait presque Christian plus en phase avec le chef des égorgeurs… Quelle idée souhaite faire passer Xavier Beauvois ? Que les moines avaient plus à craindre de l’armée algérienne ?




Plutôt que la bande annonce, cette courte scène. Admirez la rigueur des cadrages, la finesse de la lumière, la sérénité de ces hommes alors en plein questionnement sur leur survie.

DES HOMMES ET DES DIEUX tient aussi sa réussite à l’interprétation des comédiens, sans pour autant qu’il y ait de numéros d’acteur « palmélisables ». Michael Lonsdale domine la distribution par sa présence, son regard, son talent infini, la bonté qui émane de lui. Mais tous forment une troupe cohérente, sans que l'un des acteurs n'écrase l'autre, même si Lambert Wilson, par son rôle, est plus souvent en avant. Le film aligne des moments de tendresse, de joie, de réflexion, et sans spectaculaire aucun, le metteur en scène rend palpable les liens entre ces hommes, leur dévouement, et le danger qui se profile. Mise en scène dépouillée, à la bresson, où chaque geste compte, précis, mais dont le rythme aurait gagné à être plus soutenu, au service d’un sujet fort, qui donne à réfléchir, quelque soit les orientations religieuses (ou non religieuse) des uns et des autres.

DES HOMMES ET DES DIEUX
Why Not Production
Scénario, adaptation et dialogues : Étienne Comar, Xavier Beauvois
Dir. Photo : Caroline Champetier
Avec : Lambert Wilson, Michael Lonsdale, Olivier Rabourdin, Philippe Laudenbach, Jacques Herlin, Loïc Pichon, Xavier Maly, Jean-Marie Frin, Olivier Perrier

format scope 2:35, couleur, 2h00.



lundi 27 septembre 2010

BAND OF HORSES - "Infinite Arms" ( 2010 ) par Philou


Changement de cap ...

Troisième album du groupe de Benjamin Bridwell, après les "Everything All The Time" (2006) et "Cease To Begin" (2007), le groupe de Seattle nous propose aujourd'hui son petit dernier, "Infinite Arms", qui a vu le jour le 18 mai 2010.
Après deux ans sur la route en tournée, le groupe a délaissé le label "indie" Sub Pop, afin de signer pour une major, à savoir Columbia Records.
Trahison ! hurleront les puristes purs et durs, évolution diront les autres....
Évidemment avec le succès des deux premiers albums, Ben Bridwell n'a pas pu résister à l'envie de partir à la conquête d'un public plus conséquent et par la même occasion de remplir un peu plus son compte en banque ....
Après le changement de maison de disque, c'est la composition du groupe qui a été également modifiée, Ryan Monroe, Tyler Ramsey, Creighton Barrett & Bill Reynolds ont rejoint le BBT (Bucheron Barbu Tatoué), seul membre originel du groupe à présent.


Alors me direz-vous ? Attendez, j'ai pas fini ... la composition des titres est également plus collective que par le passé, les nouveaux membres du groupe ayant participé à l'écriture de quelques chansons de l'album ( 5 sur 12).
Donc et vous l'avez bien compris, Band Of Horses n’est donc plus tout à fait ce qu’il était, mais malgré tout, nous propose un gentillet voyage musical avec ce nouvel album, qui est beaucoup plus calme et moins sauvage que les deux précédents.
Moins complexes et plus directes, les chansons s'écoutent pourtant plaisamment mais sans surprise, à commencer par "Factory" et ses violons mélancoliques .... un peu trop dégoulinants me dit-on, c'est pas faux....
Le single de l'album c'est certainement "Compliments", une pop-song imparable enveloppée d'harmonies vocales de toute beauté, boostée, par des guitares électriques rageuses.
Le titre suivant "Laredo" continue sur la même voie : guitares électriques dignes du "Loner" en avant avec un impressionnant Ben Bridwell maitrisant la mélodie avec brio.
Après un début en fanfare, le groupe ralenti sérieusement le tempo sur un "Blue Beard" pas très convaincant, heureusement, l' extraordinaire talent de songwriter du leader de BOH fait des miracles sur "On My Way Back Home" et surtout sur "Infinitive Arms", qui nous ramènent à l'époque bénie de "Cease To Begin", voix aérienne et harmonies cristallines garanties.
Les anciens fans vont crier au scandale en écoutant "Dilly" et son refrain entêtant (voire racoleur).... carton radio normalement programmé, mais l'esprit du groupe est loin, très loin...
La ballade mélancolique "Evening Kitchen", chanté à trois voix (Tyler, Ben & Ryan) avec sa guitare acoustique et ses chœurs entêtants nous expédie directement vers des sommets d'émotion devenus rares sur cet album, la mélodie est simple mais de toute beauté.
Les morceaux suivants, "Older" (chanté par Ryan Monroe) est beaucoup plus "passe-partout" malgré son ambiance country et ne restera certainement pas dans les anales...
La romance "For Annabelle", nous emporte tranquillement sous fonds de guitares acoustiques vers des rivages de douceur et nous rassure un peu.
Ben Bridwell & Co font chauffer les amplis sur le très pêchu "NW Apt" et sa décharge impressionnante de décibels avant de se calmer définitivement sur "Neighbor"qui ne décolle pas vraiment.
Une déception au final avec cet album , beaucoup plus soft, plus pop et plus aseptisé que les deux précédents. Le groupe nous avait habitué à beaucoup mieux que ça, à un rock terriblement racé, aux racines musicales bien ancrées dans la culture US et j'attendais davantage de ce nouvel opus, qui semble à mes yeux, destiné à conquérir un public de masse.
En effet, en aucun moment, le groupe n'atteint les sommets d'intensité qu'étaient les fabuleux "The Funeral", "The Great Salt Lake", "No One 'S Gonna Love You" ou " Is There A Ghost".

J'attends le groupe au tournant et j'espère que les fiers étalons sauvages ne se transformeront pas au fils des années en vulgaires canassons gras et poussifs...





Band Of Horses "Factory" Live at Ward Park , Bangor , Northern Ireland , 05/06/10

dimanche 26 septembre 2010

LE KAMA SUTRA , par Rockin-jl

(NB : je dédicace la présente chronique (de circonstance...) à deux jeunes mariés , c'est tout frais, c'est d'hier ( en espérant qu'ils n'aient pas changé d'avis cette nuit). E. & M. tous mes vœux vous accompagnent, changez rien , vous êtes super).


25 AOUT ; TAVERNE DES KORRIGANS / CONCARNEAU / 2 HEURES DU MATIN
/CONSEIL D’ADMINISTRATION RESTREINT du DEBLOCNOT'

(ça fait classe comme intro, non, on dirait "24 heures" ou une autre de ces séries ou les américains sauvent le monde)

-Dis moi Luc B (je l’appellerai ainsi par souci de discrétion) , comment qu’est ce qu’on pourrait faire pour rameuter des gus à lire notre blog ?
-Burps ! pardon, -il avait un peu abusé de la Tri Martolod (NDLR excellente bière locale)- ben tu sais Rockin’ , Max Ophuls et Woody Guthrie, c’est pas assez vendeur , non ce qu’il nous faudrait c’est quelques mots clé plus accrocheurs que "comédie dramatique " ou "hard heavy 1967" , je sais pas moi ,par exemple "gros nibars " ou ...
- Je t’arrête ! je te rappelle que nous sommes un blog à vocation culturelle, pas un sex shop !
- Ho hé , joue pas les pères-la-pudeur ! D’ailleurs dans le mot "culture " y’a pas le mot " ture " ?
- Et Foxy Lady, tu y as pensé, et la nouvelle? faut pas qu’on les choque quand même ! Et nos centaines de jeunes lectrices , elles vont repartir en courant sur " jeuneetjolie.fr " !
- Tends’ ! j’ai une idée , t’as qu’à parler du Kama Sutra , comme ça tu parles de sexe, mais en même temps ça fait cultivé ; ça marche à tous les coups ..avec quelques photos en plus ; ça va attirer du monde .Tous les journaux font ça avant l’été .
-Ouai! un Kama Sutra ! J’ai !
-Patron, 2 autres bières , sur le compte du Deblocnot’ ,envoyez la note à Bruno, c’est notre trésorier..



Rentré dans mon manoir sur les rives de l’Odet, je me ruais dans ma bibliothèque, voyons , K …Kant, non, Kundera ,non,"Kubrick sa vie son oeuvre, revu et corrigé par les filles" en plus ! je secouais les toiles d’araignée qui le recouvraient ; il n’avait plus servi depuis longtemps hélas, depuis que Nadia s’en était retournée vivre chez sa mère, Aaaahhh Nadia, son petit c ….oh et puis je ne vais pas vous raconter ma vie , et puis quoi encore !

Aparté culturel :A l'origine le kama sutra (traduction : aphorismes du désir ) est un traité hindou écrit par le sage Vatsyayana vers les 4-7 eme siècle . Il aurait en fait compilé différents livres traitants des règles de l’existence aussi bien sur les plans religieux, sociaux et privés. On pouvait y trouver des conseils sur la vie harmonique du couple en général (art de vivre,musique , parfums, nourriture etc); les positions qui ont fait sa célébrité ne représentaient qu'une petite partie du livre. Pour la petite histoire , ce recueil fut traduit en anglais pour la première fois en 1876, et ne devint légal au Royaume Uni qu'en 1963(!). Les pratiques très libres qu'il décrit contrastent avec le puritanisme actuel de la société indienne , héritage du colonialisme , par exemple on y parle d’homosexualité masculine et féminine alors que celle-ci sera plus tard interdite par la loi.
( Fin de l’alibi culturel)



la position dite de "la tortue"


Comme son titre l’indique ce bouquin est plutôt axé sur le plaisir féminin, et ne présente rien de révolutionnaire ni d'inédit , mais 75 positions plutôt bien expliquées - avec instructions et notices de montage (comme chez Ikea quoi, faut assembler dans le bon ordre sinon c’est le bordel) , plus des conseils pratiques et des "bonus"( un doigt là , un bisou là) - et aux noms évocateurs (la chevauchée fantastique,le grand 8,le bretzel,le super G,le bilboquet, promotion canapé,le triangle des Bermudes,les chutes du Niagara...) . Les auteurs ne pratiquent pas la langue de bois et appellent un chat un chat, et une chatte une chatte ; le style est bon, aucune raideur dans les propos, à signaler notamment un très bon chapitre d’introduction.




Les auteurs s'attardent également sur les préliminaires, très important
(voir photo ci contre) .
Bref un bon petit livre sympa qui peut donner des idées pour sortir de la routine et entrer dans la tourine (cherchez pas la contrepet-rie, ça ne veut rien dire) .
J’attends bien sur que cet article fasse débat, venez témoignez comme chez Delarue Mesdames et Mesdemoiselles , faisons un forum comme sur " Auféminin .com " .Je suis même prêt pour la science à essayer toutes positions avec vous, cliquer sur " Contact " sous la photo, mais pas toutes à la fois, merci. Mon camarade Philou se propose même gentiment de se joindre a moi si vous êtes 2 copines ou 2 sœurs, merci Philou,mais ça ira.

position dîte de "cul à cul", trés dangereux ça!






Seul bémol, bon nombre de positions ne sont accessibles que si les 2 partenaires ont la ligne et ne dépassent pas les 40kg , de plus elles réclament une certaine souplesse , voire même des dons de contorsionniste , qui réservent certaines positions aux gymnastes de haut niveau, d'ailleurs je vous laisse, un rendez vous chez le kiné, il doit me remettre de mon lumbago ,j'aurai pas dû essayer "promotion canapé" avec la secrétaire du Deblocnot'...



NB- ben si avec ça je fais pas péter le compteur de visites du blog je comprends plus rien et chronique la semaine prochaine le dernier Disney………..

Avertissement -la vidéo qui suit est carrément hot, merci d’éloigner les enfants du poste.
( une production "Larcheron movies")




samedi 25 septembre 2010

YANN COLE - Soul mate (2005) par Luc B.







Is it a bird ? Is it a plane ? No, it’s Superman !

« Superman of the night » ouvre ce premier album de Yann Cole, un habitué de la scène du ONE WAY, haut lieu parisien du blues, dont nous avions parlé à propos de notre article sur K-Led Bâ’Sam. Yann Cole ne donne pas franchement dans le blues pur et dur, mais plutôt dans la Soul Music, épicée de Funk. Fils de musicien, enfance aux USA, il y découvre la musique Noire, et sa vocation, lors d’un séjour dans le Mississippi.



Entouré d’une jolie troupe, Yann Cole grave ces douze titres à Paris, en 2005. Kim Yarbrough tient la basse, Laurian Daire les claviers et Stéphane Miñana assure la batterie. Deux choristes prêtent mains fortes au groupe, renforcé par une section de quatre cuivres. Et notre ami Phil « Big Dez » Fernandez (il ne m’en voudra pas pour le qualificatif « ami », il n’avait qu’à faire des disques moins bons…) vient offrir un chorus de gratte sur « No good man ». Les références de Yann Cole sont nombreuses, il revendique celle de Prince, et à l’écoute de cet album, c’est le son des Stevie Wonder, Marvin Gaye, Harry Connick Jr (dans certaines intonations de voix) qui nous revient dans les oreilles. Yann Cole écrit ses chansons, mais proposent ici trois reprises : « I wish it would rain » des Temptations, (Cole au chant accompagné seulement d’un piano) « I get evil (Don’t you lie to me) » de Albert King (excellente version quand on en connaît des plus rock’n’roll), et « Ain’t nobody’s home » de BB King. « Motherless woman » étire son groove sur 6’30, avec chorus de sax alto, plaqués d’hammond et notes de Rhodes… Le bonheur tient à peu de choses… Les claviers sont très présents sur cet album, on ne s’en plaindra pas. Yann Cole nous fait le classique duo voix-guitare (il n’aimerait pas un peu Michel Jonasz aussi ? ça reste dans la famille…) toujours efficace et classieux ! « No good man » propose une intro très blues shuffle, mais des couplets plus syncopés, puis des refrains tout en swing. Bigrement intéressant, Daire y fait chialer l’Hammond sur une grille, suivi donc de Phil Fernandez à la guitare. L’album se conclut sur « Ain’t nobody home », très sympa, tout en souplesse, le morceau qu'il faut, là où il faut.





Florilège de titres interprétés par Yann Cole, dont "Superman of the night" qui ouvre cet album.


"SOULMATE" de Yann Cole, 12 titres, 56 minutes
coordonnées de l'artiste :
yanncole@hotmail.com




vendredi 24 septembre 2010

LOCATAIRES (2004) de Kim Ki-Duk, par Luc B.


Le DEBLOCNOT’ sait être réactif. Un abondant courrier réclame des articles sur le cinéma asiatique, à tel point que les sacs postaux, que je ne pouvais tous garder de vers moi, débordent maintenant dans le bureau de monsieur Rockin’ (qui s’est octroyé le plus grand bureau sous prétexte de claustrophobie chronique…), ce même Rockin’ qui a donc du ranger une partie de ses disques de blues dans le bureau de Bruno, lequel Bruno m’a demandé de prendre dans le mien ses disques de FOGHAT. Ce que j’ai fait illico, lui cédant volontiers de la place sur mes étagères. Là dessus, Vincent me demande mon DEEP PURPLE IN ROCK, et je lui répond : mes CD sont classés dans l’ordre alphabétique, sers toi. Il cherche, ne trouve rien à la lettre D. Normal, il faut chercher à M, comme Mon groupe préféré. Il râle, et me suggère de revoir mon classement. Alors je range mon bureau, et dans cette folie ménagère, je passe par mégarde le FOGHAT LIVE de Bruno à la déchiqueteuse… Bruno doit l’avoir en double, en triple, mais tout de même, comment le convaincre que ce n’était qu’un accident ? Il ne me croira jamais… Il va falloir me faire discret dorénavant, circuler de bureaux en bureaux sans me faire remarquer. Ce qui m’amène naturellement au film dont nous allons parler…

LOCATAIRES est un film sud-coréen, écrit, réalisé et produit en 2004 par Kim Ki_Duk (photo ci contre). Un autodidacte, qui tourne énormément (un ou deux films par an), régulièrement présent dans les festivals européens, il a d’ailleurs été récompensé pour SAMARIA à Berlin, en 2004.

L’histoire est celle de Tae-Suk, un jeune type qui scotche des prospectus aux portes des maisons ou des appartements, repasse deux jours après, vérifier s’ils sont toujours là. Si oui, il en conclut que l’habitation est vide de ses locataires, et s’y installe. Il mange, se lave, dort, et en profite pour réparer une chaîne hi-fi, un jouet, laver et étendre le linge. Avant de repartir, il se prend en photo. Un jour qu’il investit une maison la croyant inoccupée, il tombe sur une jeune femme, Sun-Hwa, prostrée, victime d’un mari violent. Et voilà justement le mari possessif qui rentre…

Phrase bateau s’il en est, mais j’assume : LOCATAIRES est un de ces films que l’on n’oublie pas. Parce qu’il est beau. Parce qu'il rend paisible, heureux. Et parce que le metteur en scène prend le pari de nous raconter son histoire pratiquement sans dialogue. Le héros ne parle pas, la jeune femme non plus, ou presque. Et pourtant, entre ces deux-là passent une foule de sentiments et d’émotions. Les seuls personnages pour lesquels Kim Ki_Duk. a écrit des dialogues sont des flics pourris, et le mari violent. La narration est donc purement le fruit des images. Elles se doivent d’être simples, lisibles, limpides, et fortes. Elles sont en plus magnifiques. Elles s’attachent aux objets, un appareil photo, une balle de golf (dont l’usage détourné s’avère brutal !). C’est un film fait de rencontres, parfois burlesques : on sait par une photo de famille que les « locataires » investissent l’appartement d’un boxeur… qui surprendra ses hôtes en pleine nuit ! Ou tragiques, comme lorsque que les « locataires » trouvent un vieil homme mort chez lui, l’embaument, l’enterrent, alors que le fils de cet homme les dénoncera pour meurtre.



Il y a chez Tae-Suk le désir de fuir le carcan social, de picorer ça et là, chez les uns, chez les autres, se fondre dans la vie des autres (il participe aux taches ménagères !), d’en prendre des bribes (les souvenirs en photos). Il souhaite presque s’effacer, devenir transparent aux yeux de ces contemporains. Les scènes de prison, drôles, sont l’aboutissement du processus, qui culmine avec les dernières scènes, que je brûle de vous décrire… mais non ! La dernière image montre une balance, et quatre pieds dessus. L’aiguille reste pointée sur le zéro. Tae-Suk et Sun-Hwa sont arrivés au bout de leur démarche, unis, faisant bloc, amoureux, mais ne pesant plus rien, comme définitivement échappés d’un monde dont ils refusent les règles. Car Sun-Hwa finira aussi par appliquer les concepts de son sauveur et mentor, dans une scène magnifique, où elle entre chez un couple, se reposer sur un canapé ("mais qui est cette femme chez nous ?" "je ne sais pas... elle se repose, laisses-la") avant de repartir, silencieuse, lègère, invisible, ne laissant qu'un coussin dérangé comme trâce de son passage.




Un film au rythme plutôt lent, sans dialogue ? Pas très vendeur, non ? Et pourtant, ce film est épatant, c’est une épure, un ravissement, une succession de moments cocasses, de moment de grâce, qui oblige à être attentif (ce qui semble la moindre des choses…) mais qui nous entraîne dès les premières scènes pour ne plus nous lâcher.



LOCATAIRES : format 1:85, 90 minutes, couleur
Réalisation, scénario et montage : Kim Ki-duk
Production : Kim Ki-duk et Michiko Suzuki
Musique : Slvian
Dir. Photo : Jang Seong-baek
Avec : Lee Seung-yeon (Sun-hwa) Lee Hyun-kyoon (Tae-suk) Kwon Hyuk-ho (le mari) Ju Jin-mo (Inspecteur Cho)

jeudi 23 septembre 2010

STEVE STEVENS - "Memory crash" (2008) par Vincent le Caméléon


Le fauve est lâché.

Avec son look en cuir, ses pantalons pates d'eph 70', ses indécrottables santiags, ses chemises bariolées et son improbable tignasse de mauvais garçon, qui croyez vous qu'il soit ?

Steve Stevens, c'est d'abord le guitariste d'un autre fou, peroxydé celui là. Mais quand le guitariste se retrouve délivré de ses obligations d'avec Billy Idol, les fourmis ne tardent pas à lui venir aux bouts des doigts, collaborant ainsi à quelques Sides Projects aux côtés, notamment, de la pieuvre Terry Bozzio (Batteur chez Zappa, Jeff Beck, Steve Vai , etc...) et du Bassiste Tony Levin (Peter Gabriel), pour ne citer que celui là (de side project).






Certes ! Avant Memory crash, Stevens avait bien fait paraitre une confidentielle poignée d'albums sous son nom, mais on peut véritablement considérer ce dernier comme étant marqué au fer rouge du sceau du guitariste.

Le style !?... Bien trop doué qu'il est, Stevens ne tombe jamais ici dans le piège que celui de rééditer ses exploits d'avec Billy Idol, ni dans celui du simple album instrumental, du genre de ceux qui n'intéressent qu'une bande de boutonneux éparses avides de "pignolades" plus que de mélodies... Non ! Pas de ça chez Stevens.

"Rock nerveux" si il en est, la musique de Steve Stevens est d'abord à l'image son look: Mélange des genres, de classe, de raffinement et d'élégance; La sauvagerie et le côté "Bad boy" n'étant jamais bien loin, qu'il s'empare d'une guitare électrique ou pas (Paco,Steve Howe oh ! oh ! oh !). Mais si le style du guitariste est immédiatement identifiable, c'est d'abord par son utilisation de ses multiples effets et plus encore d'un SON Stevens.
Fourni mais jamais criard, flamboyance d'un jeu qui donne le vertige, écouter cet album c'est comme vous rendre à la fête foraine: Sa brille de tous les feux et il y en a pour tous les goûts (Hard Rock, Prog, Groove,Flamenco,...).


Supporté par la batterie de l'excellent Brian Tichy (Billy Idol), Stevens se charge de tous les instruments, et chante même sur le très nuancé "Josephine" en fin d'album.
Quitte à se (nous) faire plaisir jusqu'au bout, Steve n'oublie pas de convier également Doug Pinnick (King's X) pour venir à son tour pousser la chansonnette sur l'énooorme "Day of the eagle" d'un certain Robin Trower.

Décidemment, pendant que d'autres chats (de salons) ronronnent, toujours auréolés de leurs succès d'hier, "Stevens en solitaire" est plus sûrement de ces "Chartreux de gouttières", le poil toujours hirsute, toutes griffes dehors. Rouuaarrr !!






mercredi 22 septembre 2010

TRAPEZE "You are the Music... We're just the band" (1972) - I'm Bruno

Hard-Blues & Heavy-Funk-Rock

     Meilleure formation et meilleur disque de ce groupe atypique qu'était Trapeze. Pas vraiment un Power-trio, mais plutôt un trio d'élite.
Initialement quintet, ce groupe originaire de Wolverhampton (tout comme Slade et Ozzy Osbournes), devint trio en 1970, gardant ainsi l'essence même de la formation. Ce qui fait que malgré la richesse des compositions, ce line-up ne se perdit jamais dans des arrangements pompeux ou avec une surcharge d'orchestration. De plus, chose plus rare et étonnante pour le format du combo et l'époque, il n'y a, sur disque, aucune démonstrations égocentriques et stériles des musiciens. Rien n'est superflu.
 

   Trois musiciens de talent, issus de la même ville, presque des amis d'enfance. 

Mel Galley (futur Whitesnake et Phenomena) au jeu de guitare incisif résonnant parfois comme celui de Paul Kossof (les riffs plombés, syncopés, l'économie de notes au profit du ton juste et pertinent), parfois même de Santana (le solo de « Will our love end » et de « Coast to Coast »), avec un son de Gibson SG brut et sec, direct dans la tête d'ampli (un Laney, ampli anglais, bien moins connu que Marshall, qu'utilisa également Ritchie Blackmore), à la saturation naturelle, mélangeant allègrement et sans complexe des suites d'accords Heavy/Hard blues à des rythmes funky (dans une optique sincèrement plus Hard qu'Eddie Hazel, et qui sera repris par de nombreux musiciens comme, par exemple pour les plus illustres, dont notamment Richie Kotzen et Pat Travers). 
David Holland enrichi la musique de patterns puissants, groovy et inventifs, bien plus diversifiés que ce qu'il jouera plus tard dans Judas Priest. 
Quant à Glenn Hughes (futur Deep-Purple Mark III, et futures moult collaborations), il assure le chant de sa voix tantôt Soul, tantôt réellement Heavy, ainsi que la basse, mais aussi quelques phrases de piano.

 

   Le disque (leur troisième) oscille entre de superbes ballades Soul, avec « Coast to Coast » que l'on retrouvera, dans une version à peine moins bonne, sur l'album concrétisant le partenariat de Hughes et Pat Thrall, (« Hughes & Thrall »), et "Will our Love End", splendide composition aux parfums Soul-jazzy de Hughes - probablement la plus belle ballade qu'il ait jamais interprétée (un titre qui touche l'âme, soul) - ; de puissants Heavy rock, et des Rocks
funky percutants, lourds, brûlants, organiques et agressifs. 

Peu de rapport avec le Funk-Rock de Sly Stone, de Mother's Finest, ni même de Betty Davis. Ici, point de Funk enjoué, "sunshine", c'est, généralement, plutôt ouvertement vindicatif, avec des riffs tranchants, une basse lourde et bien présente, et un batteur cognant dur. 
Les genres se mélangent, on joue un solo funk sur le titre le plus typiquement Hard, une néo-ballade funky-soul est légèrement relevé, durci, par un Heavy-funk sur les dernières mesures (« What is Woman's Role »), et les titres Hard-funk sont ponctués de breaks, de chorus et de riffs assassins. Certes, on peut reprocher 1 ou 2 refrains à deux voix un peu approximatifs, mais qu'importe, le reste est tellement bon. Trapeze rend hommage à son public : la pochette, le titre, la chanson éponyme. Le groupe et son public son indissociable. Démagogie mercantile ou pas, le message est là. 
Rod Argent (The Zombies, Argent) vient prêter main-forte sur deux titres, ainsi que le sorcier de la pedal-steel guitar, B.J. Cole.

     Excepté le premier, plus commun dans l'ensemble, chaque titre est à placer au panthéon de la musique des 70's (peut-être même de la musique rock en général). Un disque si dense, qu'il aurait suffit, à lui seul, à assurer une relative notoriété aux protagonistes. Sans oublier que le précédent, "Medusa" (parfois considéré comme meilleur), bien qu'inégal, présentait déjà quelques bonnes compositions (« Black Cloud », et surtout les deux magnifiques Heavy-Funk-Rock rugueux, "Your Love is Alright" et "Touch my Life"). Le futur démontrera que ces gars-là (surtout Mel & Glen) n'avaient pas encore libéré tout leur potentiel. (Et on peut se demander quand s'arrêtera Hughes...).

     Ce n'était pas par hasard que Monsieur John Bonham, en grand fan du groupe, a parfois joué avec eux lors de rappels pendant leurs tournées américaines, que Deep Purple engagea Glenn Hughes, et plus tard, David Coverdale, pour son Whitesnake, Mel Galley


     Trois musiciens qui firent tous une carrière remarquable. Même si Galley a parfois usé de malchance, avec pour couronner le tout, ce fâcheux accident dans un bar qui lui occasionna une sévère fracture du bras gauche, qui stoppa net sa carrière au sein de Whitesnake. Pour la petite histoire, certains ont soupçonné John Sykes, afin d'assurer sa propre place, d'y être pour quelque chose. Les terminaisons nerveuses touchées, il gardera des séquelles à vie. Pour pouvoir récupérer une partie de ses moyens, on lui adapta un dispositif mécanique (que Mel surnomma « the claw » - griffe, grappin, pince).

     Bien sûr, ce line-up a pris fin avec l'intégration de Hughes au sein de Deep-Purple. Il y eu une brève reformation en 1976, avec concerts à l'appui, et projet d'album, mais Hughes se ravisa pour finalement entamer une carrière solo. Pourtant Hughes ne taris pas d'éloge envers Galley, qui d'ailleurs jouera tout de même sur l'album solo de Hughes, "Play me out". Le considérant comme un mentor à part entière, une influence égale à celle d'Hendrix et de Clapton. Avouant même avoir appris de lui, la musique, et la vie.

     Trapeze continuera l'aventure, en minimisant le côté funky, durcissant sa musique, et perdant de son originalité. Encore des albums intéressants, mais inférieurs à celui-ci. Mel assurera seul le chant de 74 à 76. Puis, c'est Peter Goalby (futur Uriah-Heep) qui s'y collera, (avec guitare rythmique). Le trio ce reformera pour une tournée en 1991 (avec Geoff Downes), et une autre en 1994 (avec Craig Erickson).


P.S. : Melvile John Galley est décédé le 1er juillet 2008 (à 60 ans) des suites d'un cancer. Aux dires de ses proches, jamais il ne se morfondra vraiment de son sort, heureux de sa carrière, d'avoir pu rencontrer et jouer avec tant de gens. Un bel exemple. David Coverdale et Hughes lui rendirent quelques hommages ; autant à l'homme qu'au musicien.