mercredi 22 septembre 2010

TRAPEZE "You are the Music... We're just the band", (1972)

Hard-Blues & Heavy-Funk-Rock

     Meilleure formation et meilleur disque de ce groupe atypique qu'était Trapeze. Pas vraiment un Power-trio, mais plutôt un trio d'élite.
Initialement quintet, ce groupe originaire de Wolverhampton (tout comme Slade et Ozzy Osbournes), devint trio en 1970, gardant ainsi l'essence même de la formation. Ce qui fait que malgré la richesse des compositions, ce line-up ne se perdit jamais dans des arrangements pompeux ou avec une surcharge d'orchestration. De plus, chose plus rare et étonnante pour le format du combo et l'époque, il n'y a, sur disque, aucune démonstrations égocentriques et stériles des musiciens. Rien n'est superflu.


     Trois musiciens de talent, issus de la même ville, presque des amis d'enfance. 
Mel Galley (futur Whitesnake et Phenomena) au jeu de guitare incisif résonnant parfois comme celui de Paul Kossof (les riffs plombés, syncopés, l'économie de notes au profit du ton juste et pertinent), parfois même de Santana (le solo de « Will our love end » et de « Coast to Coast »), avec un son de Gibson SG brut et sec, direct dans la tête d'ampli (un Laney, ampli anglais, bien moins connu que Marshall, qu'utilisa également Ritchie Blackmore), à la saturation naturelle, mélangeant allègrement et sans complexe des suites d'accords Heavy/Hard blues à des rythmes funky (dans une optique sincèrement plus Hard qu'Eddie Hazel, et qui sera repris par de nombreux musiciens comme, par exemple pour les plus illustres, dont notamment Richie Kotzen et Pat Travers). 
David Holland enrichi la musique de patterns puissants, groovy et inventifs, bien plus diversifiés que ce qu'il jouera plus tard dans Judas Priest. 
Quant à Glenn Hughes (futur Deep-Purple Mark III, et futures moult collaborations), il assure le chant de sa voix tantôt Soul, tantôt réellement Heavy, ainsi que la basse, mais aussi quelques phrases de piano.


     Le disque (leur troisième) oscille entre de superbes ballades Soul, avec « Coast to Coast » que l'on retrouvera, dans une version à peine moins bonne, sur l'album concrétisant le partenariat de Hughes et Pat Thrall, (« Hughes & Thrall »), et "Will our love end", splendide composition aux parfums Soul-jazzy de Hughes - probablement la plus belle ballade qu'il ait jamais interprétée (un titre qui touche l'âme, soul) - ; de puissants Heavy rock, et des Rocks funky percutants, lourds, brûlants, organiques et agressifs. 
Peu de rapport avec le Funk-Rock de Sly Stone, de Mother's Finest, ni même de Betty Davis. Ici, point de Funk enjoué, "sunshine", c'est, généralement, plutôt ouvertement vindicatif, avec des riffs tranchants, une basse lourde et bien présente, et un batteur cognant dur. 
Les genres se mélangent, on joue un solo funk sur le titre le plus typiquement Hard, une néo-ballade funky-soul est légèrement relevé, durci, par un Heavy-funk sur les dernières mesures (« What is woman's role »), et les titres Hard-funk sont ponctués de breaks, de chorus et de riffs assassins. Certes, on peut reprocher 1 ou 2 refrains à deux voix un peu approximatifs, mais qu'importe, le reste est tellement bon. Trapeze rend hommage à son public : la pochette, le titre, la chanson éponyme. Le groupe et son public son indissociable. Démagogie mercantile ou pas, le message est là. 
Rod Argent (The Zombies, Argent) vient prêter mains-fortes sur deux titres, ainsi que le sorcier de la pedal-steel guitar, B.J. Cole.

Excepté le premier, plus commun dans l'ensemble, chaque titre est à placer au panthéon de la musique des 70's (peut-être même de la musique rock en général). Un disque si dense, qu'il aurait suffit, à lui seul, à assurer une relative notoriété aux protagonistes. Sans oublier que le précédent, "Medusa" (parfois considéré comme meilleur), bien qu'inégal, présentait déjà quelques bonnes compositions (« Black Cloud », et surtout les deux magnifiques Heavy-Funk-Rock rugueux, "Your Love is alright" et "Touch my life"). Le futur démontrera que ces gars-là (surtout Mel & Glen) n'avaient pas encore libéré tout leur potentiel. (Et on peut se demander quand s'arrêtera Hughes...).

     Ce n'était pas par hasard que Monsieur John Bonham, en grand fan du groupe, a parfois joué avec eux lors de rappels pendant leurs tournées américaines, que Deep Purple engagea Glenn Hughes, et plus tard, David Coverdale, pour son Whitesnake, Mel Galley

     Trois musiciens qui firent tous une carrière remarquable. Même si Galley a parfois usé de malchance, avec pour couronner le tout, ce fâcheux accident dans un bar qui lui occasionna une sévère fracture du bras gauche, qui stoppa net sa carrière au sein de Whitesnake. Pour la petite histoire, certains ont soupçonné John Sykes, afin d'assurer sa propre place, d'y être pour quelque chose. Les terminaisons nerveuses touchées, il gardera des séquelles à vie. Pour pouvoir récupérer une partie de ses moyens, on lui adapta un dispositif mécanique (que Mel surnomma « the claw » - griffe, grappin, pince).

     Bien sûr, ce line-up a pris fin avec l'intégration de Hughes au sein de Deep-Purple. Il y eu une brève reformation en 1976, avec concerts à l'appui, et projet d'album, mais Hughes se ravisa pour finalement entamer une carrière solo. Pourtant Hughes ne taris pas d'éloge envers Galley, qui d'ailleurs jouera tout de même sur l'album solo de Hughes, "Play me out". Le considérant comme un mentor à part entière, une influence égale à celle d'Hendrix et de Clapton. Avouant même avoir appris de lui, la musique, et la vie.

     Trapeze continuera l'aventure, en minimisant le côté funky, durcissant sa musique, et perdant de son originalité. Encore des albums intéressants, mais inférieurs à celui-ci. Mel assurera seul le chant de 74 à 76. Puis, c'est Peter Goalby (futur Uriah-Heep) qui s'y collera, (avec guitare rythmique). Le trio ce reformera pour une tournée en 1991 (avec Geoff Downes), et une autre en 1994 (avec Craig Erickson).

P.S. : Mel Galley est décédé le 1er juillet 2008 (à 60 ans) des suites d'un cancer. Aux dires de ses proches, jamais il ne se morfondra vraiment de son sort, heureux de sa carrière, d'avoir pu rencontrer et jouer avec tant de gens. Un bel exemple. David Coverdale et Hughes lui rendirent quelques hommages ; autant à l'homme qu'au musicien.








14 commentaires:

  1. Shuffle Master22/9/10 15:01

    Bon, c'est décidé, j'achète. Loser, l'extrait, est vraiment bien. Les autres albums sont du même tonneau? Quid de Hot Wire et Trapeze sur un seul CD?

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  2. Toujours aussi instructif cher Bruno !
    Me laisserai moi aussi tenté.

    Je vous est laissé quelques messages à vous tous (même toi Shuffle) sous mes propres coms. Il n'est jamais trop tard !

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  3. Oups ! J'allais oublier...
    Dave Holland !! Celui de MON Judas Priest ? Je le reconnais à peine sur la photo.
    Son jeu ici est en effet bien éloigné de ses tourneries ultra compactes d'avec Judas Priest. Comme quoi le gars savait adapter son jeu en fonction du style. L'apanage des bons en général.
    Sais-tu que le bonhomme est, depuis quelques années déjà, derrière les barreaux d'une prison. Motif: Attouchement sur l'un de ses élèves batteur. Pardon d'avoir cassé l'ambiance...

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  4. Shuffle, ce sont encore de bons albums, surtout "Hot Wires" ("Trapeze" s'essouffle sur la 2sde face), mais inférieurs à "You're the music...". Les compositions sont bonnes, mais c'est comme si il y avait moins de force, de feeling ; c'est relativement plus commun. Toutefois, je pense que cette forme de réédition (2 lp / 1 CD) n'est pas profitable à une bonne restitution sonore. Cela me semble assez touffu, compressé (comme les 1ères rééditions en CD). "Hot Wires", de par sa qualité intrinsèque, mériterait une réédition digne de ce nom, avec une bonne remasterisation.
    Je ne connais pas les suivants.

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  5. Dave Holland est tout de même un musicien accompli, sachant de plus qu'il avait commencé par le piano, avant de devenir rocker.

    Vincent, j'avais lu qu'il avait fait son "coming out" (Judas Priest, le groupe de dur-à-cuir...), mais je ne connaissais pas cette sale histoire. Apparemment, il clamerait son innocence .

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  6. J'ai toujours regretté que la bande à Halford n'aie jamais mis son Batteur plus en avant. Les amateurs de heavy metal lui reprochant le plus souvent sa trop grande droiture rythmique, dans ce qu'elle pouvait avoir de "simpliste". C'est pourtant avec lui que le groupe a écrit quelques unes de ses plus belles pages.

    Libérez Dave Holland ! Liberez Dave Holland !

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  7. Une question me taraude : est-il parent avec le bassiste homo-nyme de jazz, né dans la même ville ? Et le lien de parenté avec François ?

    Apparemment, il y aurait 2 camps chez les JusdAss Addicts : les pro-Holland et les pro-Scott.

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  8. Je ne saurais répondre à ta première question.
    Pour ce qui est de la deuxième: Holland aura toujours une place particulière dans mon coeur. Il est de ceux qui m'auront donné envie de me mettre à l'instrument.
    Scott Travis a un jeu plus moderne certes. Il n'empêche que lui aussi semble être revenu à plus de simplicité ces derniers temps. L'excellent "Nostradamus" ou "Demolition" sont là pour en témoigner.

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  9. Shuffle Master23/9/10 17:15

    A Vincent: la phrase sur les messages laissés sous les commmentaires m'est incompréhensible. Plus prosaïquement: où? Je précise que l'informatique et moi,c'est l'histoire d'une longue brouille. Je n'arrive même pas à m'inscrire comme membre du blog.

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  10. Cela s'appelle être réfractaire. Sacré Shuffle.
    Il y a une icône "devenir membre", suffit de cliquer dessus ; ensuite, il y a un lien pour créer un compte Google. C'est gratuit, ça ne rapporte rien, et au niveau de l'identification tu marques ce que tu veux.

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  11. Méssi Shuffle ! Remember Cannes, cette palme d'or d'un réalisateur Français. Son film s'appelait "sous le soleil de satan" il me semble... Toujours pas ?!

    Rassures toi, question informatique je suis aussi doué que toi. Toujours pas réussi à me créer un compte Gmail. Grrr !!

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  12. Ah ,les doués.....
    On aurai du faire plutot un blog d'initiation à l'informatique

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  13. Shuffle master23/9/10 19:41

    A Bruno; t'es marrant, toi. Quand je vois/j'entends "Il suffit de..." ou "Y'a qu'à...", je sais qu'il y aura un problème. Je suis obligé de mettre mon adresse e-mail? Ce monsieur Google ne m'inspire aucune confiance. En plus d'être asocial et mauvais coucheur, je suis paranoïaque.

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  14. T'inquiètes... on est au moins deux. De toutes façons, je crois qu'en utilisant le net, nous sommes plus ou moins fichés. Et surveillés.
    Non, l'adresse, c'est toi-même qui en donne une nouvelle (via Google).

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