Le premier segment se passe dans une bicoque au bord d'un lac du New Jersey, Jeff (Adam Driver) et sa sœur Emily (Mayim Bialik) y rendent visite à leur père veuf, joué par Tom Waits. On passe ensuite à Dublin où Timothea (Cate Blanchett) et sa sœur Lilith (Vicky Krieps) viennent pendre le thé avec leur mère jouée par Charlotte Rampling. Enfin, à Paris, Billy et Skye, frère et sœur jumeaux (Luka Sabbat et Indya Moore) reviennent dans l’appartement parisien de leurs parents décédés.
En voiture… Oh putain ! Je pense qu’un bon tiers du film tient dans les trajets en voiture, lieu clos propice à la discussion. Mais quand on a rien à se dire, ce sont des moments extrêmement gênants. Le dispositif est invariablement le même pour les trois histoires : des panoramiques sur les bagnoles qui passent, des travelings avant subjectifs sur les routes (on voit bien les travaux dans Paris !) et les intérieurs filmés avec effet de transparence du plus mauvais… effet.
A Dublin, Cate Blanchett tombe en panne, et finalement non. Manière subliminale d'esquiver le rendez-vous avec sa mère ? Sinon pourquoi cette scène ? Vicky Krieps se fait amener par une copine mais dit à sa mère qu’elle est venue en Uber. Pourquoi ce mensonge ? Elle semble avoir des problèmes de fric. Dans les trois histoires on croise des jeunes sur des skates filmés au ralenti. Dans les trois histoires on s’assoie autour d’une table devant un verre d’eau, un thé, un café, et on se demande : « Peut-on trinquer avec de l’eau / du thé / un café ? ». Dans les trois histoires on se complimente sur la couleur d’un pull, d’une écharpe. Dans les trois histoires il est question d’une Rolex (le symbole de la réussite ?).
Jim Jarmusch filme à la japonaise (il avait fait GHOST DOG, un très bon cru, en recyclant LE SAMOURAÏ de Melville) plans statiques, cadres zénithaux sur les tables où sont soigneusement disposés verres, assiettes ou tasses. Cérémonial, rituel, dans ce qu’il a de plus guindé et futile. La lumière est très belle, notamment dans cet appartement parisien vidé de ses meubles. La concierge est jouée par Françoise Lebrun, actrice notamment de LA MAMAN ET LA PUTAIN. Un choix très référencé. Mais qui sonne aussi faux que les transparences en voiture, un champ / contre champ visiblement tourné à trois semaines d'intervalle, gros malaise à l'écran.
On choisit ses amis mais pas sa famille. Les relations restent au stade de la politesse, du rituel obligé, du respect contractuel pour ses géniteurs. Mais chacun mène sa vie, aucun n’a de compte à rendre à l’autre. Des séquences malaisantes, des silences lourds, des non-dits, pas une once d’honnêteté, des sentiments qu’on refreine. Les comédiens semblent s’emmerder, une absence de jeu que j'imagine volontaire, imaginez les tablées généreusement filmées chez Chabrol ou Sautet dirigées par Robert Bresson…
Le rythme est lent mais ça passe vite. C’est chiant mais on ne s’ennuie pas. Ce qui serait vraiment intéressant, c’est que Jarmusch reprenne chaque segment pour les développer en long métrage, et nous raconter ce qu’il s’est passé avant, et après.
A la question, qu'attendre de Jim Jarmusch aujourd'hui, je répondrai sans détour, franchement, sans me défausser et avec certitude : je n'sais pas.







1. Broken Flowers, revu deux ou trois fois ces derniers temps, excellent.
RépondreSupprimer2. Spooky par Dusty Springfield: faute manifeste de goût, c'est bien mieux par Atlanta Rhythm Section.
3. Il n'y a que Le Canard Enchaîné qui trouve quelque vertu à ce film, quoique non moldo-valaque. Les autres critiques sont au mieux poliment dubitatives et au pire franchement négatives.
Je viens d'écouter "Spooky" par ARS, c'est effectivement une petite tuerie. Mais qui n'enlève rien, à mon sens, à la beauté de la version Dusty Springfield, sublime voix, les cuivres, les percus.
SupprimerBien d'accord, Dusty Springfield contribue à la magie du titre.
Supprimer"Le rythme est lent mais ça passe vite. C’est chiant mais on ne s’ennuie pas" Une remarque comme ça oblige presque à partir voir ce film pour bien comprendre sinon adhérer. ;-)
RépondreSupprimerJe confirme ce paradoxe ! Quand le film s'est terminé, je me suis dit : "déjà ?" et non pas "enfin !"... Il y a un je ne sais quoi dans le rythme qui maintient le spectateur à l'affût. Merci pour votre passage sur ces pages.
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