Aux States il y a les frères Coen,
en Italie les frères Taviani, en Belgique les frères Dardennes,
chez nous on a les frères Larrieu. Arnaud et Jean Marie. Qui nous
régalent depuis 25 ans, enfin… pas toujours, avec un cinéma
parfois haut perché, fantaisiste, un regard biaisé, hors des
sentiers battus.
Pour mémoire, il y a eu PEINDRE OU FAIRE L’AMOUR,
LE VOYAGE AUX PYRENEES (miracle ! ils sont nés à Lourdes), LES
DERNIERS JOURS DU MONDE qui m’avait fortement impressionné, ou
L’AMOUR EST UN CRIME PARFAIT, qui lui par contre m’avait mis très
en colère ! Les revoilà avec LE ROMAN DE JIM, un très joli
film, dans lequel on retrouve cette veine hédoniste, marqueur de
leur cinéma. Et qui bénéficie comme souvent d’un casting
remarquable, cet fois dominé par Karim Leklou.

Ce n’est pas un
cinéma bavard (on y reviendra), les images en disent plus. Il y a
des plans apparemment tout simples, mais une lumière, un décor, un
mouvement de caméra nous fait basculer dans une ambiance qui parfois
frise le fantastique, des néons, des guirlandes d’ampoules…

Chez les frères Larrieu, la chair est belle, jouissive, naturelle,
sans fard. Florence vit dans le Jura, une bicoque en tôle, elle
plane un peu. Y’a une scène où elle recadre sa meilleure amie
(qui ne le sera plus après ça!) qui ose s’interroger sur son mode
de vie. Quand Florence accouche, Aymeric est là. Le gamin, Jim, est
déclaré de père inconnu, mais son papa on le sait, ce sera
Aymeric. Le gars qui a engrossé Florence s’appelle Christophe
(Bertrand Belin, qui signe aussi la musique du film), 7 ans plus tard
le voilà qui débarque, dépressif, femme et enfants morts récemment dans un
accident de voiture. On l’accueille à la maison, une fois, deux
fois, la pièce rapportée prend de plus de plus de place. Doit-on
dire la vérité au gamin ? Christophe et Florence semblent vouloir renouer des liens, Aymeric gagne un prix de consolation, il sera
officiellement désigné comme le parrain du gamin. Le pire est à
venir…
LE ROMAN DE JIM, d’après le roman de Pierric Bailly, sous des dehors solaires et sensibles, voire légers, et en fait terriblement tragique. On est en droit de verser sa
petite larme. Le départ à l’aéroport nous renvoie au KID de
Chaplin, finalement pas si loin dans l’esprit. Film solaire car en
grande partie filmé en extérieur, à la campagne, les ballades en
forêts, les premiers pas du gamin dans les herbes hautes, on joue au
cowboy et aux indiens. Les Larrieu filment magnifiquement la nature,
rien d’ostentatoire, mais immédiatement on a envie d’y être.
Comme on tombe amoureux de toutes les femmes que croise Aymeric. La
dernière ne fait pas exception, Olivia, une prof qui aime danser sur
de la techno à s’en faire suer par tous les pores, c’est Sara
Giraudeau, la douceur incarnée.

Il y a une séquence superbe qui montre cette économie de mots dont je parlais. Jim est adulte,
revoit Aymeric, ils partent en randonnée, l’explication va avoir
lieu. Mais non, juste une simple réplique : « Tu sais,
y’a pas de Samantha ». Nous, spectateurs, on comprend de quoi
il s’agit, on a l’historique, les données (je ne vous raconte
pas tout…), mais ces quelques mots suffisent à Jim pour laisser
éclater sa rancœur, comme s’il n’attendait que ça, laisser son
père seul sur un pont suspendu au dessus du
vide. L’abandonner à sa peur, à son vertige, comme lui-même en a souffert, lorsqu'ils ont été séparés.
Les frères Larrieu traduisent en image ce qu’à pu
ressentir le gamin toutes ces années. On aurait pu avoir de longues
scènes dialoguées en mode mélo, elles auront sans doute lieu, plus
tard, mais les réalisateurs les laissent hors champs, parce qu’une
image parlent davantage. Comme ce dernier plan où s’inscrit le
générique de fin, ils sont tous dans le champ de la caméra (choix de cadre pas anodin), forcément, ça crée des liens. LE ROMAN DE JIM est
un film qui suscite les interprétations, face à cet homme qui
respire la gaîté et la tristesse résignée. Karim Leklou traduit
en un regard, une intonation, la détresse comme le bonheur infini.
Un très beau portrait, un très beau film.
couleur - 1h40 - format
1 :1.85
"La chaire est belle", ce sera pour le biopic sur l'abbé Pierre.
RépondreSupprimerExcellent ! Et je vais de ce pas me flageller pour ce "e" honteux ! (merci)
Supprimer