jeudi 20 janvier 2022

ÉLEPHANT de Martin Suter (2017) – par Nema M.

 



Sonia rentre de shopping : elle s’est achetée un joli manteau rose chez Naf Naf. Elle chantonne en se regardant dans la grande psyché de son séjour :

- Ah𝅘𝅥𝅮𝅘𝅥𝅮, je riiiiiiiiis𝅘𝅥𝅮𝅘𝅥𝅮𝅘𝅥𝅮 de me voir𝅘𝅥𝅮𝅘𝅥𝅮 si roooooose𝅘𝅥𝅮𝅘𝅥𝅮 en ce miroir𝅘𝅥𝅮𝅘𝅥𝅮… (pastiche du célèbre air de Marguerite dans le Faust de Gounod)

Nema lui balance :

- Arrête de couiner comme un porcelet ou de barrir comme un éléphant ! Ce n’est pas parce que tu es toute rose qu’il faut te prendre pour une diva.

- OK, OK, mais je ne ressemble pas du tout à Naf-Naf (ni à Nif-Nif ou à Nouf-Nouf d’ailleurs) et les éléphants roses, franchement Nema, faudrait arrêter de te shooter à la colle à béton…

 

Maman et bébé (Afrique)

Mais si, un éléphant rose de nos jours c’est possible. Non, je ne vous balade pas. Je ne me le permettrai pas, cher lecteur. Alors voilà l’histoire… 

Partons à Zurich. C’est la ville du chocolat Lindt ; il s’y trouve également un Zoo avec des éléphants ; mais il n’y a aucun lien entre les deux, et la consommation de chocolat par les éléphants ou par les humains n’est pas le sujet du roman qui nous intéresse aujourd’hui. Le fil conducteur de ce roman, ce sont les éléphants et non le chocolat. Sinon, l’auteur aurait écrit tout autre chose intitulé "chocolat" et non pas "éléphant".


À Zurich, comme malheureusement partout, il y a des sans-abri. Schoch est l’un d’eux. Même s’il semble avoir une histoire un peu différente et qu’il se tient très à l’écart des autres, il vit avec son sac à dos, ses petites combines pour avoir un café le matin, un lieu pour la journée quand il pleut, un coin bien caché pour la nuit. Il faut parfois trouver refuge le long du fleuve, mais attention, c’est un fleuve méchant et on s’y noie facilement. On partage les bières quand on peut s’en acheter avec la petite indemnité que l’on touche. On se croise, on se connaît de vue. Bolle a une bonne descente, ce borgne à la langue bien pendue qui tente en vain d’arracher une sorte de conversation à Schoch. Et puis il y a Lilly, l’ex-copine d’un junkie mort d’overdose et qui zone avec Georgio et un autre gars. Ces deux-là ont des chiens. Ils y tiennent comme à la prunelle de leurs yeux. Alors pour éviter de se les faire confisquer, ils les font vacciner et suivre en allant dans une clinique vétérinaire pas comme les autres : la Clinique de la Rue où œuvre bénévolement Valérie Sommer, la véto au grand cœur.

 

Zurich et son fleuve trompeur

Savez-vous ce qu’est un oozie ? C’est quelqu’un capable de parler aux éléphants. Le cirque Pelligrini a la chance d’en avoir un : un réfugié birman, Kaung, qui s’occupe avec beaucoup de talent et de vénération des éléphants. Ce petit cirque a bien du mal à boucler ses fins de mois, alors quand il s’agit de "prêter" contre rémunération une éléphante à un scientifique pour en faire une mère porteuse, le patron du cirque n’hésite pas. Peu importe qu’il s’agisse de contribuer à des expériences sur des modifications génétiques. D’ailleurs toutes ces modifications peuvent parfois être bénéfiques comme par exemple pour permettre aux éléphants d’Asie de mieux résister à l’herpès… C’est ainsi qu’à la demande du Dr Roux, généticien chercheur et fondateur de Gentecsa, l’éléphante Asha attendra un éléphanteau. La gestation sera suivie par le vétérinaire du cirque, le Dr Reber, avec l’aide de Kaung. Reber adore les animaux. Pas forcément les manipulations génétiques. Il y aura une naissance. Surprenante. Je vous rassure la maman éléphant se porte très bien.

Evidemment, tout ne se passe pas comme l’aurait voulu le Dr Roux. L’éléphanteau a-t-il vécu ? où est-il passé ? Il n’est pas au cirque quand le Dr Roux demande de ses nouvelles. Est-il mort et son petit corps a-t-il été incinéré ? Auquel cas tout est perdu car il n’y a plus moyen de faire des études sur ce que la modification génétique a pu apporter. Il comptait au moins pouvoir étudier le bébé éléphant avorté en cas d’échec. Un bébé qui aurait dû être tout rose et luminescent. Roux a besoin d’argent pour faire d’autres inséminations artificielles. Il travaille sur un champ de recherches déjà exploré par les Chinois : les "glowing animals" ! (Comme par exemple des lapins bleus ou des singes verts phosphorescents…). Grâce à des relations avec la Chinese Genetic Company de Pékin, il sera épaulé par le sérieux et pointilleux Tseng Tian pour retrouver trace de l’éléphanteau et si possible le récupérer.


Martin Suter et son petit cochon rose

Schoch et Valérie Sommer d’un côté, et le cirque Pelligrini avec son oozie et son vétérinaire attitré, le Dr Roux et ses recherches de l’autre ? Le lien entre les deux, vous n’allez pas me croire : c’est à cause du lait pour les bébés éléphants. On ne donne pas n’importe quoi à un bébé éléphant et bien sûr, comme pour les bébés humains rien ne vaut un lait maternel. Mais sachez que pour traire une éléphante, il faut qu’en même temps un petit soit en train de téter… Je n’en dirai pas plus.

 

Très originale histoire que nous livre Martin Suter ! Un savoureux mélange de vie des animaux en captivité, de science pas si fiction que cela, de sociologie contemporaine avec la dynamique d’un enlèvement et une course poursuite style gangsters à cols blancs.

Martin Suter est né en 1948 à Zurich. Cet écrivain Suisse a écrit de nombreux romans traduits notamment en français. Certains de ses romans ont donné lieu à adaptation au cinéma comme par exemple "Lila, Lila" devenu "Un homme idéal" réalisé par Yann Gozlan avec Pierre Niney en 2015.

 

Bonne lecture !

 

Christian Bourgeois Editeur

354 pages 




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