mardi 4 mai 2021

CHARLELIE COUTURE : «LE PÊCHEUR» (1979) - par Pat Slade



J’aime parler de l’ami Couture et voici la genèse de Charlélie, l’époque de l’autoproduction, du bidouillage dans un studio de province avant sa rencontre avec Chris Blackwell.



Charlélie pousse le bouchon un peu loin




En 1978 le jeune Bertrand Charles Elie Couture passe ses examens de fin d’année a l’école nationale des Beaux-arts de Nancy avec comme thème de sa thèse de fin d’étude «la polymorphie de l’esprit» (ne me demander pas de vous expliquer en quoi cela consiste, j’en serais bien incapable). Sitôt son diplôme en poche, en plus de son travail sur l’art en général, il va s’ouvrir à la musique en enregistrant son premier album «Douze Chansons Dans la Sciure» qu’il va auto produire. Un album avec certains titres que l’on retrouvera plus tard sur d’autres disques plus récents comme «Les Anglais en vacances» sur l’album «Pochette Surprise» en 1981, «Des gens sûrs» sur «Crocodile Point» en 1983, «Après 11 Heures» sur «Art & Scalp» en 1985 et «Le vieil Homme» sur «Immortel» en 2014.

Un an plus tard il sort «Le Pêcheur» chez Ecoute s’il Pleut/RCA. Et d’entrée, même si Charlelie est un inconnu dans la liste des chanteurs qui s’exprime dans la langue de Molière, on sent la patte de l’artiste en regardant l’étrange pochette. Un fond jaune avec des crobars de son portrait illustrant une photo de lui et, sur le dessus, un carré blanc avec une chemise bizarrement découpée. Il faudra retourner l’album pour en comprendre la signification, une paire de godillots humide entourée des photos des musiciens qui l’accompagne. On commence avec «Les Bon Elèves» Un titre très doux, qui parle d’une jeunesse qui essaye de rentrer dans le moule de la société. Charlélie a parlé du bobo avant l’heure. «Toi tu prends un bain» un rythme plus rock avec des paroles où toutes les fins de phrase se terminent presque par le son «in» ; mais pas d’histoire construite, que des mots jetés çà et là. «Le pêcheur peut se mettre en colère» Le titre éponyme mais dans son intégralité, Charlélie est un pêcheur (Devant l’éternel), il aime taquiner le goujon en se servant de sa gaule. Une chanson en voix-guitare, au premier couplet, tu te demande de quoi il raconte, ce n’est qu’ensuite il rentre dans le vif du sujet en parlant de ce pêcheur qui «Ricane sous ses lunettes car il sait qu’il va remplir son épuisette…».

Charlelie et Tom Novembre

«Le blues du divorce, de la rupture, de la séparation» Un blues rapide qui raconte l’histoire de la rupture entre une femme et un homme que tout oppose. «Oh mon ami» Dans tous ses albums, Charlélie a toujours un morceau dans le style piano-bar avec une histoire triste. Un piano et un saxo qui résonne comme si cela avait été enregistré dans un hall de gare. «Mêmes mots, mêmes histoires» une musique très 70’, tu ressens bien le futur Couture qu’il sera plus tard. Pour les paroles et le fond de l’histoire, c’est comme Thiéfaine à une époque, il faut écouter plusieurs fois pour en comprendre la signification. «Elle s’endort» Une jolie ballade avec une musique très Maxime le Forestier à l’époque de sa barbe. «Te moque pas de moi» Charlélie a toujours tendance à parler d’histoire d’amour qui se terminent mal même si sa musique guillerette prête à confusion. «C’est libéral» Une galerie de plusieurs personnages entre humour et immoralité. «Parce que je m’ennuie» l’histoire d’un homme qui fait un burn-out, qui en a assez de sa vie bien rangée où rien ne se passe et qui est trop lâche pour se suicider. «Le tout en même temps» Encore une galerie de personnage mais un peu plus délirante sur une musique et un refrain très festifs.

Enregistré en quinze jours «Le Pêcheur» va attirer l'attention des professionnels dont un certain Chris Blackwell connu pour être le fondateur du label Island Records et producteur de Bob Marley. Charlélie Couture sera le premier artiste français à signer sous le fameux label au palmier. Pour ce premier-second album, tu sens bien la patte de l’artiste qu’il sera plus tard même si c’est encore un peu brut de décoffrage, il n’y a rien à jeter et pour preuve, il reprendra des titres (Que j’ai nommés plus haut !) pour leurs donner une nouvelle jeunesse, comme il fera dans son album «Trésors cachés et perles rares» en 2020 ou la aussi il va faire des covers de ses propres morceaux comme «La ballade de Serge K 2020», «Good night Esméralda» ou «Après la Fête». 

De toute façon, Charlélie est une tête de l’«art» avec ses morceaux, sur scène il ne faut pas s’attendre à entendre un copier-coller des titres de ses albums, c’est toujours de la pure improvisation, les morceaux originaux ne ressembles jamais au contenu des galettes de vinyles et ce n’est pas plus mal, chaque concert se révélant toujours une redécouverte. «Le Pêcheur» je m’y suis replongé et, heureusement, je n’ai pas fais une chronique fleuve, je suis uniquement resté sur les rives… hier ! 




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