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Si le cinéaste est culte, pas mal d’afficionados l’ont redescendu de son trône. Motif : il dit la même chose et de la même façon depuis quarante ans. Ce n’est pas faux. Claude Monet a bien peint les nénuphars de son jardin pendant trente ans...
Le film se base sur l’histoire Franz Jägerstätter, objecteur de conscience, qui refusa de faire allégeance au parti Nazi. En 1943, Jägerstätter est paysan, vit avec femme et enfants dans un petit village autrichien (annexé à l'Allemagne en 1938). Enrôlé d’office pour sa préparation militaire, il revient chez lui en se jurant de ne pas repartir se battre pour le Reich. Son refus fait de lui un paria dans le village. Terrence Malick filme longuement Jägerstätter et sa famille, au travail des champs, aux fêtes de village, et ses relations qui s’érodent avec les autres villageois. Le maire, le curé, les voisins, on le somme d’adhérer à l’idéologie. La révolte de Jägerstätter ne se fait pas par de longs discours enflammés, c’est un taiseux, mais par exemple en refusant de verser son obole pour l’aide aux combattants.
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La fin du film est très forte. Rappelle un peu l’atmosphère de L’ARMEE DES OMBRES de JP Melville. On a beau expliquer à Jägerstätter que sa démarche n’empêchera pas la guerre de continuer, n’empêchera pas la mort des autres, ne changera rien au monde, il se replie, s’enfonce, par bêtise, orgueil, grandeur d'âme, sacrifice ? Franz Jägerstätter a évidemment une dimension christique, il prend sur lui tous les pêchers du monde (il sera béatifié par le pape Benoit XVI et gagnera ses galons de martyr). Superbe scène lorsque sa femme le visite en prison, qui devrait le supplier d’accepter l’arrangement du tribunal, mais ne dira que : « Si tu penses que c’est juste… ».
Le style de Terrence Malick éblouit autant qu’il agace. Il sait mieux que personne filmer la nature, le vent, le soleil, les moments intimes entre époux, les enfants qui s’amusent, tout ça comme des plans volés. Ce mec est capable de capter des trucs intimes et justes, c'est dingue ! Et son utilisation des images d'archives est très intelligente (l'entrée en gare de Berlin, bah oui, mais fallait y penser !). Malick accumule les mètres de pellicule pour mieux charcuter dedans. Les fameux "cut" dans le plan. Ainsi un personnage peut être assis à une table pour parler, et se retrouver à l’autre bout de la pièce, ou à l’extérieur, sans que la continuité du dialogue ne soit rompue. La steady cam est toujours en mouvement, s’approche au plus près des mains, des outils, des visages, souvent déformés par l’utilisation de très courtes focales. Immersion, profondeur de champ, clair-obscur, tout est superbe.
Le souci, mister Malick, c’est que vos trucs, on les connait ! Un même style mis au service d'un même thème, qui peut paraitre redondant, paresseux, et au final ennuyer, agacer, d'autant que le morceau dure tout de même 2h53 ! Le martyre du spectateur dure 3 heures, mais le martyre du personnage, hein ? Il a duré combien de temps ? C'est ça ce que Malick veut faire passer à l'écran. Faire passer dans les veines et la rétine du spectateur la souffrance de Franz. (le rythme de la bande annonce est trompeur...)
On ne peut pas pour autant qualifier ce film de bondieuserie prétentieuse et insupportable. En pesant le pour et le contre, je penche tout de même vers le pour. UNE VIE CACHÉE est un film austère, difficile, lent (mais bien rythmé) un film qui parvient à dire de grandes choses, avec des petites choses…
Vous laisserez-vous tenter ? (en salle, sur un big écran, of course).
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