lundi 22 juillet 2019

Julian Jay SAVARIN "Waiters On The Dance" (1971), by Bruno



     Encore un nouvel élément ajouté au chapitre des pépites « oubliées » (en particulier celles des années 70). Réservé aux bafouilles, sur ces groupes qui ont disparu après avoir réussi à enregistrer et à sortir le fameux premier disque. Le but ultime, l'Eldorado, la Terre Promise, hélas atteint au prix de pénibles et douloureux efforts et qui souvent a servi à donner le coup de grâce à des jeunes la tête pleine de rêves et d'espoir, éreintés par des années de galère, de mauvaise nutrition et de nuits écourtées.
Dans la catégorie des loosers magnifiques, voici l'oeuvre de Julian Jay Savarin : "Waiters on the Dance".

     Julian Jay Savarin , Dominicain de naissance (1950), part en Angleterre pour épouser une carrière artistique. Il débute sa carrière artistique par la musique avant de se consacrer uniquement à l'écriture de romans de science fiction et d'anticipation.



     Il se lance dans l'aventure musicale avec un Julian's Treament grandiloquent et prétentieux, et une chanteuse (Cathy Pruden) qui ne l'est pas moins. Julian y joue des claviers et surtout il est l'unique compositeur et le seul maître à bord. Emporté par sa foi, et peut-être un peu par suffisance, ce n'est pas moins qu'avec un double album que le Dominicain s'ingère dans le monde de la musique populaire. La durée de ce premier essai est malheureusement bien plus le fruit d'égarements divers que de consistance et de pertinence des morceaux. Les introductions sont interminables et d'entrée, le premier chapitre "First Oracle", tourne en rond, tout comme de nombreux mouvements. A mi-chemin entre le Heavy-rock progressif teinté de psychédélisme et le Jazz-rock, "A Time Before This" n'est pas inintéressant mais hélas se perd dans de longues plages où les claviers sont rois, sans jamais être majestueux. C'est regrettable car il est évident qu'avec un effort de concision, cela aurait pu être un bon album qui aurait trouvé sa place quelque part entre Babe Ruth et un Uriah Heep en gestation.


     L'année suivante, il semble avoir appris de ses erreurs et revient avec un nouvel opus nettement plus concis. Plus brut aussi. Sûr de son coup, et certainement fier du résultat, et bien qu'il s'agisse au départ du second disque de Julian's Treament, il signe l'album de son nom. "Waiters On The Dance" est un OVNI. Un truc inclassable et unique.


     Julian Jay Savarin met ici en musique ce qui constituera plus tard la trilogie d'une saga de Science-fiction : "Lemmus : A Time Odyssey", dont le premier tome, édité une année plus tard, en 1972, s'intitule « Waiters on the Dance ». Tout comme le présent disque. 

Dans les grandes lignes, "Waiters On The Dance" conte l'histoire de la colonisation de la troisième planète du système solaire par l'Organisation Galactique et les Dominions. C'est une combinaison d'humains de toute la galaxie qui,  sous la direction de Jael Adaamm, constituent les premiers pionniers. Ces derniers expérimentent et interviennent sur le développement des humanoïdes autochtones, créant alors une nouvelle race.
Cependant, il y a quelque chose d'intangible sur cette planète qui va pervertir aussi bien les colonisateurs que les humanoïdes upgradés, les corrompe. Ce sont des sentiments et des émotions les plus noires, qui vont aller crescendo avec les premiers nés de l'Organisation sur ce nouveau monde, jusqu'à un paroxysme fait de meurtres et de guerres. Seul Atlantis semble épargné, mais le reste de l'humanité, perverti et coincé sur cette planète, va lui déclarer la guerre et tenter de la détruire.
Cette nouvelle humanité est finalement laissée seule, livrée à elle-même, en espérant qu'elle finisse par suffisamment évoluer. Une ville est édifiée sous les glaces (en Antarctique ?) où est stocké le savoir des Anciens colonisateurs à l'attention d'une humanité future et évoluée, libérée de ses instincts destructeurs.
Yesul Chri'istl (sic), survivant de l'Atlantide, est placé dans un vaisseau spatial à proximité de la planète, dans un état de demi-sommeil, pour que le moment venu, il fasse le lien avec un messie à venir.

   Mais le plan d'évolution de l'Organisation ne se réalisera pas. La civilisation humaine tombera progressivement dans la violence et le chaos. Le seul homme qui parlera d'une ville et d'un savoir enfoui sera enfermé dans un asile psychiatrique.

La brutalité et l'agressivité submergeront la planète et l'humanité disparaîtra sous le feu d'un conflit nucléaire ...
Malgré plusieurs rééditions, cette trilogie n'a jamais été traduite en français. Ni aucun de ses livres d'ailleurs.

     Pour écrin musical à sa fiction, Julian compose un Rock-Progressif singulier, tantôt Heavy, tantôt lyrique, épique et relativement raffiné, enrichi parfois d'une petite orchestration classique 
constituée d'instruments à cordes. Une orchestration qui n'essaye jamais de jouer des coudes avec sa cousine électrifiée. Quelques incursions jazzy s'immiscent sur des plages instrumentales. Les guitares ont le son et le grain spécifiques des guitares couplées à une Fuzz baveuse de cette époque, avec quelques tonalités agressives qui évoquent le Blackmore de l'ère Mark I.

 L'orgue Hammond et le Melotron parfaitement joués par le maître de cérémonie, confirment la coloration fin 60's - début 70's. 

     Dans cette démarche, on peut retrouver des similitudes avec le Uriah-Heep de « Demons and Wizards» et de « The Magician Birthday», ainsi qu'avec le Deep-Purple Mark I, voire de Badger et des premiers disques de Yes. Bien que le guitariste n'approche nullement le niveau de Ritchie Blackmore, ou même de Mick Box, il s'apparente plus à ces derniers qu'à celui plus raffiné de Steve Howe. Par contre, le bassiste, John Dover qui joua avec Ben E King, n'a rien à envier à feu-Gary Thain

De ce Heavy-rock-progressif, c'est surtout la voix forte et limpide  de Lady Jo Meek (ex-Catapilla) qui se singularise. Enthousiaste et vibrante, sorte de croisement entre une Grace Slick plus lyrique et une Petula Clark plus Rock et plus en voix, elle illumine l'album.

     Une musique singulière, personnelle, assez inventive qui n'a pas eu la reconnaissance méritée.
Hélas, on pourra toujours reprocher à cet opus sa durée assez courte (33 minutes), d'autant plus que le meilleur titre se révèle être celui de clôture.


    Après ces expériences qui n'obtinrent pas de succès commercial, Julian Jay Savarin se retira de la musique pour se consacrer totalement à l'écriture. Son dernier ouvrage date de 2006.


🌌✨

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