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De
toute cette série, UNE DE VIE DE CHIEN reste mon préféré, la raison est simple :
chaque seconde de ce film est juste un éblouissement. C’est un résumé de tout
le cinéma de Chaplin. Et je me souviens, parmi toutes les choses que j’ai
faites dans la vie et dont je peux vous parler, car vous comprendrez que je ne peux pas m’étendre sur mes
années à la DGSE, ni - contractuellement - que je ne peux révéler mes
pseudonymes pour réaliser certains films, mais si vous avez vu passer
au générique des Hitchcock, Kubrick ou Scorsese, sachez que… enfin
bref, de toutes façons vous ne me croiriez pas. Bref disais-je, fut un temps où
j’enseignais le dessin dans un collège, et
j’avais monté un club cinéma. C’est UNE VIE DE CHIEN que j’avais proposé aux
élèves comme base de travail, eux qui versaient davantage dans les trucs de Bruce
Willis, ça leur a fait tout drôle de regarder un vieux machin muet en noir et
blanc ! Ben j’peux vous dire que ça ne moufetait pas dans la salle, et qu’il
y avait même quelques petites larmes chez les plus sensibles !
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Chaplin
joue son personnage de vagabond, de tramp, qui dort dans la rue, et déjà
emmerdé par un flic parce qu’il a piqué une saucisse à un marchand ambulant. Apparition
récurrente du policier, vu comme l’autorité répressive, bras armé des nantis. La séquence
au bureau de placement est réglée comme un ballet millimétré qui en dit tellement sur
la brutalité des rapports humains lorsqu’il s’agit de se
faire une place. C'est pas mieux chez les chiens. On découvre Scraps, un bâtard qui
lui aussi crève la dalle. Lorsque le cabot trouve un bout de viande au sol, il
est aussitôt agressé par une meute affamée. Les deux scènes résonnent. Les deux
exclus vont faire équipe, formidable plan où Charlot trempe la queue du chien
dans une bouteille où il reste un fond de lait, pour la lui faire lécher.
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Arrive
le personnage féminin interprétée par Edna Purviance. Elle a joué dans 35 films de Chaplin. Au delà de la liaison qu'ils ont eue (forcément, vu le priapisme du monsieur) il y avait une profonde amitié entre les deux, Chaplin lui a versé son salaire jusqu'à sa mort, soit trente cinq ans après le dernier film tourné ensemble. Car à part picoler, elle n'a plus fait grand chose au cinéma après L'OPINION PUBLIQUE (1923). Elle est à Chaplin ce que Claude Gensac était à De Funès. Purviance joue une honnête fille que son patron exploite, contraint à flirter avec les
clients pour les faire consommer. Charlot ne va pas rester
insensible ni à ses charmes ni à sa situation. Mais comment consommer
quand on n’a pas un sou ? On
retrouve l’idée d’entraide, de partage entre les gens de petites conditions, l’entraineuse,
le vagabond et Scraps forme comme une famille, unie dans la déveine et l'adversité. Il y a aussi cette idée de
statut social du à l’argent. Charlot trouve un portefeuille que deux gangsters
viennent de piquer à un gars. Il peut désormais revenir au dancing, et il faut
le voir, fier, hautain même, demandant à ce que désormais on le respecte. Le serveur qui lui avait botté le cul cinq minutes avant, lui fait des courbettes... Selon
que vous serait riche ou miséreux.
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avec le chien, puis avec The Kid |
« When
dreams come true » indique un inter-titre. Magnifique épilogue, sans doute ironique aussi, un
Charlot devenu propriétaire terrien qui de retour des champs passe un
peignoir : on s’embourgeoise. Regards attendris du couple sur un berceau... où Scraps s’occupe de sa portée de chiots ! Si Charlot a souvent vécu avec des
femmes, on ne lui connait pas de descendance (alors que Chaplin…). L'enfant de THE KID était lui aussi un gamin abandonné.
Outre
Edna Purviance et Henry Bergman, on retrouve Albert Austin (un des voleurs) et
Sidney Chaplin, son frère, qui jouera de nombreuses fois pour lui. Les acteurs interprètent souvent plusieurs rôles dans le même film, déguisés, ou travestis. Le petit bonhomme au dancing est aussi dans la scène du bureau de placement. Chaplin, propriétaire de ses studios, total maître à bord, avait sa troupe d'acteurs salariés. Si le film
est drôlissime, c’est aussi une terrible satire, un regard aiguisé sur l’injustice,
les relations souvent violentes entre des types de personnages, flic/vagabond,
patron/employé, homme/femme. Il fallait cet happy end volontairement
caricatural pour désamorcer le drame. UNE VIE DE CHIEN est un modèle de construction scénaristique, le cinéaste ne se contente plus du "slapstick" à la Mack Sennett (son mentor) mais peaufine ses intrigues et son discours. La mise en scène reste sur des cadres et raccords dans l'axe, caméra fixe, sur pieds, plan d'ensemble et quelques inserts pour accentuer une information. Les trouvailles de Chaplin sont
éblouissantes, son jeu de pantomime exprime une palette infinie de sentiments, la moindre image trouve son sens et sa juste place dans ce petit chef d’œuvre centenaire. Pourquoi
petit, d’ailleurs ?
Merci Luc de cette chronique sur le génie de Chaplin ! Espérant que ce ne soit que le premier ! (y)
RépondreSupprimerHein, quoi ??? C'est ma première et seule chronique cinoche sur Chaplin ? Après vérification : t'as raison ! J'en reste muet. Faute impardonnable, alors que j'ai juste dû les voir tous au moins 50 fois...
RépondreSupprimerJ'ai du le voir ... à sa sortie ? non, quand même pas ... puisque personne me le demande, mon préféré c'est modern times ...
RépondreSupprimerLes deux voleurs avaient volé un arabe ??? ou un maroquin ?
Pan sur le bec, comme il disent au Canard Enchainé... Un maroquin. Rectifié. Heureusement qui y'en a qui suivent. Modern times, oui, ex-aequo avec City Light et Gold Rush.
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