jeudi 23 mai 2019

J&V "Stairway to nowhere" (EP 6 titres 2019) + l'interview

Tout a commencé par le mail d'un fidèle lecteur désireux de passer de l'autre coté du miroir et qui me proposait d'écouter les titres qu'il venait  de graver avec son groupe.  Un duo lyonnais qui se produit depuis quelques temps  dans la région  sur les scènes du milieu blues (duo ou parfois quatuor d'ailleurs) . Autant l'avouer et je ne citerai pas de noms, depuis la naissance de ce blog  j'ai parfois eu quelques  mauvaises surprises et reçu des cd, disons, moyens  même si les heureuses découvertes l'emportent.  Et bien ce J&V -J pour John, V pour "Vic"- fait partie de cette seconde catégorie et les 6 titres de ce "Stairway to nowhere" présentent un blues élégant et racé servi par des guitares subtiles et  par la voix pleine de vécu de John, le chanteur d'origine anglaise. Mais le mieux serait  de leur laisser la parole pour en savoir plus  sur ces passionnés qui  contribuent à faire  (sur)vivre le blues:

photo J.Zerr
1)  John et Vic' , pouvez vous nous parler un peu de vous deux, notamment vos parcours musicaux respectifs ?

John :
J'écoutais les 78 tours puis les 45 tours de mon grand frère en Angleterre, mon pays de naissance, beaucoup de jazz et de blues, dès l'adolescence. Je m'amusais à imiter les voix des chanteurs que j'entendais.  Aujourd'hui encore, je m'amuse à imiter les voix de chanteurs comme Elvis Presley, Leonard Cohen, Bob Dylan ou encore Cat Stevens, et, bien sûr, beaucoup de chanteurs de blues.
J'étais batteur dans un groupe de rock au lycée, mais j'ai dû arrêter, car je gênais les voisins quand je répétais – quand on a dissout le groupe, j'ai demandé au guitariste solo de m'apprendre des accords de guitare, et ensuite je me suis transformé en interprète solo folk et blues à l'université en Angleterre.
En arrivant en France à l'âge de 25 ans en tant que professeur d'anglais, j'ai vite compris que les chansons étaient un bon outil d'apprentissage auprès des jeunes (voir les remarques de Vic ci-dessous concernant notre rencontre).  

‘Vic : Et bien, moi c’est Ludovic : Ludo à la ville… et Vic à la scène ;). Je suis donc un grand schizo… l’interview ne va donc pas être facile ;-) (on est plusieurs dans ma tête, mais c’est moi le patron…). Niveau musique, et bien, disons que je ne vis pas de la musique, mais j’aurais du mal à vivre sans elle. Alors, ça a commencé enfant avec le piano, de façon assez « scolaire », jusqu’un certain soir où quelqu’una  rentré une cassette (oui une cassette… ça ne nous rajeunit pas) dans l’autoradio de la voiture qui me ramenait d’un match de basket, et là, j’ai compris que je devais faire un truc avec une guitare électrique et le blues. C’était l’album « Showdown ! », je m’en rappelle comme si c’était hier !
John Hughues

2)  Comment vous êtes vous rencontrés et comment est né J&V ? 

Vic :
Entre nous,  c’est une « vielle histoire ». Puisque l’Acte I -  pas encore J&V - remonte au XXème siècle J. A l’époque, j’étais étudiant sur un campus lyonnais… et John mon prof d’anglais ! Accessoirement, c’était LE prof d’anglais que tout le monde voulait avoir : 3 blagues à la minute, cours intéressants, sympa, cultivé… et moins accessoirement, organisateur d’un concert annuel avec les élèves musiciens qu’il croisait dans ses cours. La condition était de jouer des chansons en anglais…  et ça se terminait en un spectacle dans un amphi bondé, au succès garanti, ambiance du campus aidant.  Bref c’est comme ça que l’on s’est connu : je lui ai dit que je jouais de la guitare électrique, un petit « essai » et c’était parti pour quelques scènes sur le campus et autour à l’époque, avec d’autres copains étudiants. De la reprise alors (Clapton, Dire Straits, Pink Floyd et déjà un peu de blues dont je suis fan depuis mais 13 ans…).

Puis diplôme en poche, je suis parti à la Capitale… où j’ai passé une douzaine d’année avec un boulot passionnant mais en mettant de côté la musique (la guitare au placard : plus envie). Revenu à Lyon début 2013… sans doute des réminiscences des bonnes vibrations passées sur les scènes des mes années étudiantes, et me voilà qui retrouve une furieuse envie de rejouer, et renouer avec la musique qui a fait vibrer toute mon adolescence, le blues. Je me frotte à quelques jams locales, croise des musiciens pro et semi-pros qui m’encouragent et me redonnent confiance en m’offrant de partager quelques dates avec eux ce qui achève de me redonner le virus.

Je recontacte l’ancienne clique de musiciens de mes années campus : je retrouve John, retraité mais toujours au top, et rapidement, on décide de lancer le duo J&V. Voilà donc l’Acte II… Plaisir intact de jouer ensemble, créneau blues affirmé (mais pas que), c’est (re)parti, en mieux : l’âge parfois a du bon J Pour certaines  scènes (et sur le disque), on s’appuie sur deux vieux compères, du même « cénacle », Marco (basse) et Vince (batterie), avec là aussi un plaisir intact de jouer et rejouer. Avec notre premier EP, on espère enclencher l’Acte III,… qui reste à écrire ! L’idée est surtout de trouver de « belles » scènes et leurs publics, avec qui partager et vibrer au rythme de notre musique.

John : Rien à ajouter, sinon que, à la fin de mes 25 années de concerts organisés avec les étudiants en fin d'année scolaire, j'ai compilé un 'best of', et Vic se trouve dans 9 des 17 chansons qui figurent sur ce CD personnel... il était déjà super doué. 


3) Un mot sur le titre de cet EP "Stairway to nowhere" , clin d'oeil au "Starway to heaven" de  Led Zep? au "Train to nowhere" de Savoy Brown , à une réplique culte de Marylin dans "7 ans de reflexion"  ou ...rien à voir avec tout ça?

‘Vic : Mmm… excellente question… dont tu as la réponse : rien à voir avec tout ça :) (sans pour autant nier que j’ai aussi pas mal écouté Jimmy Page…). Cet escalier vers nulle part, il est à la fois ancré dans mon quotidien (la couverture du LP a été faite à partir de photos d’un escalier abandonné se perdant dans des ronces près de chez moi, qui m’inspire au plus haut au point à chaque fois que je le croise)… et a aussi une dimension plus allégorique, à divers titres. A commencer par ce disque lui-même peut-être, nous verrons bien ;-). Bref, laissons encore un peu de mystère planer…
John : C'est d'abord le fruit du hasard mais il y a certainement un petit quelque chose d'inconscient là-dedans....

Vic Peters - photo JP Pichon
4) Venons-en à cet album 6 titres plein de bonnes vibrations bluesy , de Chicago aux eaux boueuses du Misissippi mais également quelques accents jazzy, justement quelles sont vos influences et vos disques de chevet ? Et sur les artistes plus contemporains avez vous des favoris ? 

‘Vic :
Pour ma part, j’écoute énormément de blues, musique qui m’a toujours profondément touché… ce qui se retrouve dans mes disques de chevet. En vrac, on peut citer Axis Bold as Love (Hendrix, du blues du Delta… de Mars :), From the Cradle (Clapton), Getting Ready (Freddy King), Showdown (A. Collins, Copeland, R. Cray), Texas Flood (SRV), Dark Side of the Moon (Pink Floyd)… C’est globalement très tourné guitare. Pour équilibrer, ajouter une pointe de Maceo Parker pour le groove et un soupçon de JS Bach J. En plus contemporain, je citerais Robben Ford (le côté jazzy que tu évoquais sans doute) et les Disruptives ! Oui je sais, rien à voir, mais Guillaume Meurice me fait marrer… Puis bien de chez nous, je kiffe Daddy M.T., Aurélien Morro et Sophie Malbec… entre autres !


John : Eric Clapton, John Mayall, Bert Jansch, Jackson C Frank, voire Mark Knopfler...


5) Pour les non anglophones, quels thèmes abordez-vous dans ces nouvelles compos?

John :
L'imagerie du train, classique en blues comme moyen de fuite, est ici détourné en instrument de jugement dernier (Hell-Bound Train)
Stairway to Nowhere rejoue les thématiques de désorientation et incertitude mélangées de souffrance.
Not the Money, Honey met en avant l'importance plus grande de l'amour par rapport à l'argent (salutaire dans un monde devenu éhontément matérialiste?)
Crystal Ball Blues : nous voulons tous connaître l'avenir, mais si on savait d'avance ce qui allait nous arriver, il y aurait de quoi se flinguer, non ?
Hit The Highway : une rencontre un peu triste dans un bar sur la route (la route = une thématique clé du blues, tout comme le bar est un endroit emblématique)
Going Down : la descente, cela fait très 'blues' contrairement à l'ascension !!!
(Vic’ : c’est vrai que « Going Up », ça le faisait moins ;-)

6) Vous venez de la scène lyonnaise je crois et dans ce blog on a souvent eu l'occasion de croiser des rockers/bluesmen lyonnais, y a t il un terreau  particulier là bas?

Vic : on a la chance d’avoir une scène assez « ouverte », avec pas mal de jams, et finalement pas mal de petits clubs et scènes où jouer, faire ses armes, je pense que cela compte.
On a aussi un bel héritage : Jack Bon est toujours dans le coin (mais pas Hubert Mounier, hélas…) ! 
Enfin, on dit qu’il y a 3 fleuves à Lyon, le Rhône, la Saône… et le Beaujolais… source intarissable d’inspiration !

John : rien à ajouter

7) Et bien merci de nous avoir permis de mieux vous connaître, quelque chose à ajouter?

John : En concert, il nous arrive de jouer des chansons plus rock, voire folk-rock...

Vic : oui, c’est selon l’ambiance du lieu et le public ; ces « glissements » vers d’autres styles se font d’ailleurs assez naturellement, le blues jouant assez naturellement un rôle de pivot, reflet de son rôle central dans les origines des musiques dites « modernes »…
Sinon, peut-être juste te remercier pour l’interview et plus globalement le travail de passionné et de relais que tu accomplis, et remercier le lecteur pour sa patience s’il a lu l’interview jusqu’au bout… Je m’aperçois que j’ai oublié de faire le schizo comme promis en début d’interview. Ça sera pour une prochaine peut-être..

Propos recueillis par ROCKIN-JL

(plus d'infos et écoute sur  leur site: jvsurlenet.fr )



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