J’aime
beaucoup le cinéma de Jeff Nichols, américain, 40 balais, 5 films au compteur.
On a déjà parlé de lui à l’occasion de TAKE SHELTER (2011) et MUD, SUR LES
RIVES DU MISSISSIPPI (2012). Une écriture et des ambiances bien à lui. MIDNIGHT
SPECIAL (comme la chanson de Leadbelly, bien qu’elle n’apparaisse
que très revisitée au générique de fin) a été tourné en 2014, et a mis deux
ans à arriver sur nos écrans. Entre temps, Nichols avait réalisé LOVING (2016),
si bien qu’il s’est retrouvé avec deux films projetés la même année. Pourquoi ce
délai ? Parce que MIDNIGHT SPECIAL est un objet hybride, entre film d'auteur et fantastique, que les studios n’ont pas
su distribuer. Les cons !
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Débarque
dans l’équation les services secrets. La NSA. L’enfant recherché
serait en possession de secrets d’état d’une telle importance que la peine
encourue pour les détenir n’existe même pas dans le code pénal ! Calvin
Meyer, lui, ne parle pas de secrets d'état, mais de « paroles de Dieu ». Mazette, rien que ça ?
Ce
film m’évoque trois réalisateurs. Le Spielberg de RENCONTRES DU TROISIÈME TYPE
(hommage assumé) le John Carpenter de STARMAN ou du VILLAGE DES
DAMNES, et le Terrence Malick qui filme si bien le mysticisme de la
nature. Par moment aussi le Eastwood d'UN MONDE PARFAIT. Mais Spielberg est la
référence qui marque le film (Nichols a grandi avec E.T. c’est certain !)
dans l’aspect complotiste de l’état, la manifestation du surnaturel dans ce qu’elle
a de plus quotidien. Pas d’effets spéciaux spectaculaires, mais utilisés avec parcimonie.
D’ailleurs,
quand les yeux du gamin projettent des rayons lumineux (là on pense à
Carpenter) ce sont de véritables LED collés à ses paupières, pas un effet en
post-production. Le fantastique chez Nichols sonne vrai, réel. Alors que Lucas,
Roy et Alton sont dans une station-service, ils subissent une attaque d’aliens,
ça explose de partout, par Toutatis, la foudre tombe du ciel ! A moins que ce ne soit qu'un satellite
météo qui s’est cassé la gueule… La frontière entre réel et fantastique est
fine.
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Il
y a une petite chute de rythme au deux tiers du film, mais l’action est
relancée avec l’attaque au motel. Jeff Nichols n’est pas Spielberg, il n’en a
pas les moyens (financiers) pas boom boom badaboum avec le tintamarre de John
Williams, mais la violence frappe vite, juste, et la dernière partie instille
une jolie tension. On ne sait pas où ils veulent en venir, mais on veut y
arriver avec eux ! Même si au final la révélation ne surprend pas tellement,
faut dire qu’on en a vu d’autres dans le genre. Je crois que Nichols aurait dû
préserver davantage de mystère, jouer l’économie, comme dans TAKE SHELTER,
justement.
Qui
a comme point commun la présence à l’écran de l’acteur Michael Shannon
(de tous les films du cinéaste), on y croise aussi le grand Sam Shepard, les
excellents Kirsten Dunst (la mère d'Alton) et Adam Driver (l'expert de la NSA), Joel Edgerton, tous absolument
formidables. MIDNIGHT SPECIAL n’est sans doute pas le meilleur film de son
auteur, mais ce mélange de SF, hommage aux 80’s, road movie, et dans lequel
Jeff Nichols parle encore une fois de la famille, du lien à l’enfant (inspiré
par le soir où il a dû conduire son fils aux urgences), possède son lot d’étrangeté,
de suspens, et de beaux moments de mise en scène. Et démontre qu’on n’a pas
forcément besoin de 300 millions de budget et de numérique à gogo pour faire
naître le mystère et le fantastique.
Joli
film. A voir en famille.
Bon, une bande annonce comme d'hab', minable et plein d'effets... Il faut savoir qu'un metteur en scène n'a pas la main sur ses bandes annonce, sauf si on s'appelle Kubrick ou Hitchcock, c'est le distributeur qui fait son truc, pour "vendre" son produit au public, attirer le client, quitte à dénaturer l'oeuvre (dans 90% des cas). Le film vaut mieux que ça...
Bon, une bande annonce comme d'hab', minable et plein d'effets... Il faut savoir qu'un metteur en scène n'a pas la main sur ses bandes annonce, sauf si on s'appelle Kubrick ou Hitchcock, c'est le distributeur qui fait son truc, pour "vendre" son produit au public, attirer le client, quitte à dénaturer l'oeuvre (dans 90% des cas). Le film vaut mieux que ça...
couleur - 1h50 - format scope 1:2.35
Bon film, même si j'ai trouvé la fin pas terrible, un décalque de celle de "Rencontre ..." de Spielberg en moins poétique. Un peu de "AI" de Spielberg aussi, un zeste de "6ème sens", ceux que tu cites aussi (je te fais confiance, soit je les ai pas vus, soit je m'en souviens pas), mais mieux amenés que le final à mon sens ... scénario prenant en tout cas ...
RépondreSupprimerJ'avais préféré "Mud", le "Stand by me" des années 2010, le minot qui flirte avec les interdits ...
"Mud" j'ai vraiment beaucoup aimé, ce mélange de conte initiatique et de polar Noir. "Take shelter" est formidable aussi, je conseille, très prenant avec trois fois rien, étrange, angoissant et fascinant. Okay avec toi sur la fin de celui-ci.
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