samedi 26 janvier 2019

VIVALDI - Concerto pour violoncelle RV 400 - Paul TORTELIER vs Roel DIELTIENS – par Claude Toon




- 400ème chronique pour la musique classique M'sieur Claude, et vous fêtez cela avec Vivaldi, RV 400, un heureux hasard ou une volonté délibérée…
- Oui Sonia, volontaire, et j'ai eu du mal, seuls Mozart, Bach, Schubert et Vivaldi ont des catalogues assez vastes pour atteindre ce chiffre, J'ai eu du mal…
- Ah bon pourquoi ?
- Pour les trois premiers, il s'agissait d'œuvres très courtes de 2-3 minutes. Un peu chiche pour une chronique…
- Vous pouviez faire comme M'sieur Bruno et sa rétrospective Rock 2017, exemple : BWV 400, K 400, D 400, etc…
- Mais, ce n'est pas bête du tout Sonia, je retiens pour la 500ème. N'oublions M'sieur Pat pour quelques participations et M'sieur Luc pour un compte-rendu de concert anthologique….
Nota : le catalogue immense de Haydn est classé par genre et ne permet pas cette fantaisie😊.

Waouh ! Déjà la 400ème ! 450 œuvres au moins, des petites, des grandes ; de la fantaisie au chef-d'œuvre du patrimoine mondial… 3000 pages A4 en police de caractère 10 à la louche… Je vais réclamer la médaille de chevalier des arts et des lettres ; ben quoi, on l'a bien donné à Christophe Maé (il devient quoi au fait ? Des nouvelles Rockin' ?). Je la demanderai pour tous les potes du Deblocnot d'ailleurs😊. Et pour consolider mon dossier : 81 articles divers (bouquins, films, délires). Ok, j'arrête de me cirer les pompes – Maggy Toon a lu dans la presse féminine que, pour nos chaussures, l'on pouvait remplacer le cirage et le chiffon par l'intérieur d'une peau de banane ; on n'a pas encore testé – et j'en viens aux sujets du jour.
Vivaldi a toujours eu du succès dans le blog et pas uniquement pour les immortels Quatre saisons (Index). Dans les 150 concertos qui nous sont parvenus parmi 540 écrits, celui portant le numéro de catalogue RV 400 est pour violoncelle. Partant de cette idée, j'ai cherché à le découvrir et à proposer une version sur instruments modernes et une autre sur instruments baroques. Ceux qui me lisent depuis des années savent que je ne renie jamais la musique baroque ou classique interprétée en appliquant un style de jeu héritée de l'époque romantique jusque dans les années 60 et même après. Seules la motivation des artistes et l'émotion qui doivent être au rendez-vous ont de l'importance. On entend des merveilles et des calamités dans les deux approches… Na !

Il n'y a pas des milliers de commentaires à faire sur ces jolis concertos, lumineux, poétiques, bien dans la veine de la production du vénitien. Intéressons-nous d'emblée à Paul Tortelier, sans aucun doute l'un des violoncellistes français les plus remarquables et remarqués du XXème siècle avec Pierre Fournier et André Navarra.
Le père du petit Paul Tortelier né en mars 1914 est menuisier et joue du violon et de la mandoline. La mère adore le son du violoncelle. Elle rêve de faire un brillant violoncelliste de son bambin… Ah… les rêves des parents ! Coup de chance inouïe, Paul est surdoué et pourra intégrer le conservatoire de Paris dès ses 12 ans. Premier prix à 16 ans et idem pour celui d'harmonie en 1935 à 21 ans.
Il devient rapidement un soliste renommé et recherché. Entre 1935 et 1937, il joue le grand répertoire accompagné par des "pointures" comme Arturo Toscanini et Bruno Walter. La consécration viendra avec l'orchestre de Monte Carlo dirigé par le chef et compositeur Richard Strauss en personne qui lui demande d'assurer la partie soliste de son Don Quichotte. (Clic) Il deviendra une référence pour l'interprétation de cet ouvrage majeur du maître bavarois.

Paul Tortelier
Pendant le conflit mondial, Paul Tortelier poursuit sa carrière en France devenant le premier soliste du futur orchestre de Paris entre 1945 et 1946. Il se lie d'amitié avec Pablo Casals et participe assidument au festival de Prades fondé par le virtuose catalan…
Il deviendra également professeur au conservatoire de Paris et dans d'autres écoles de prestige. Il révolutionne pour son usage personnel la tenue du violoncelle, en tenant l'instrument presque horizontalement à l'aide d'un pique coudé qui porte son nom. En 1990, lors d'une master class, il est victime d'un arrêt du cœur fatal. Il n'avait que 76 ans.
Son fils Yan Pascal Tortelier est un chef d'orchestre réputé dont nous avons déjà parlé dans le blog comme interprète de la symphonie de Chausson avec l'orchestre de la BBC qu'il a dirigé de 1990 à 2003 (Clic).
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

Avec ses concertos pour solistes, Vivaldi était comme Bach un peu en avance sur son temps où le concerto grosso sans soliste réellement indépendant avait encore le vent en poupe (Haendel). La forme tripartite vif-lent-vif que les deux musiciens conçoivent servira de modèle à tous ceux à venir aux âges classique et romantique et même moderne, Mozart, Haydn, Beethoven, et leurs successeurs, une liste infinie… L'imagination du Prêtre Roux comme on le surnomme sera sans limite : 1 à 4 solistes et plus, tous les instruments imaginables seront à l'honneur, flûte, mandoline et luth, bois, cors, etc.
Œuvres de divertissement destinées à de bons virtuoses, les concertos firent le bonheur des jeunes orphelines du foyer Pio Ospedale della Pietà dont Vivaldi avait la charge de l'enseignement musical, mais aussi des nobles ou des mécènes habiles avec certains instruments comme le comte Eberwein, violoncelliste. Le violoncelle, prenait pas à pas la place de la viole de gambe du XVIIème siècle : plus puissant, seulement quatre cordes, des archets performants. On pense qu'environ 25 concertos pour cet instrument moderne à l'époque ont vu le jour sous la plume de Vivaldi.
Les concertos de Vivaldi sont courts, une dizaine de minutes. Vivaldi était-il un compositeur cérébral comme Bach ? Non, son inspiration se veut plus spontanée, plus gorgée du soleil vénitien, du bon vivre. Un peu l'opposé de la gravité germanique voire mystique de Bach, ce qui n'est en rien péjoratif. (Partition)
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

Luigi Boccherini (1743-1805) jouant du violoncelle
Aujourd'hui : aucune analyse détaillée de ce concerto à écouter pour le plaisir.
Si j'ai profité du hasard du catalogue RV pour rendre hommage à l'art de Paul Tortelier, je pense qu'il est amusant de comparer deux types d'interprétation : celle à l'ancienne de Tortelier accompagné par le London Mozart Players et l'autre par un ensemble baroque.
L'orchestre London Mozart Players est un ensemble de chambre comparable à l'English Chamber Orchestra ou encore à L'Academy of St Martin in the fiels de Neville Marriner. Effectif réduit et instruments modernes.
London Mozart Players a vu le jour en 1949. Il est dirigé depuis 2000 par Andrew Parrott, un spécialiste du baroque. Philip Ledger qui le dirige pour ce disque Vivaldi est né en 1937 et décédé en 2016. Il a dirigé le chœur du King's College de Cambridge et a connu une carrière  de compositeur et d'organiste.

1 - Allegro : L'introduction énonce de manière assez répétitive des thèmes simples, vigoureux et guillerets. En do majeur, une tonalité enjouée. L'entrée du violoncelle se fait avec virilité, un motif énergique et rythmé assez virtuose. S'enchaîne une mélodie virevoltante de doubles croches assez féérique. Sur la partition la partie de clavecin est clairement notée. Il n'y a donc pas ici de continuo plus ou moins improvisé. Même écriture pour le groupe des cordes. Le violoncelle joue à l'unisson les passages orchestraux. Paul Tortelier joue vraiment la carte du soliste mis en avant. L'artiste opte pour un jeu clair et franc, sans vibrato, les sons graves sans boursouflure. Aucune note n'échappe à l'auditeur. Un joli climat dansant et lumineux mène le bal…

2 - Largo : Le mouvement lent est un solo du violoncelle accompagné en écho par un violoncelle de l'orchestre et le clavecin. Pas de changement de tonalité. Une douce promenade dans un sous-bois ombragé. Beaucoup de tendresse et de poésie, des trilles pour égayer ce discours musical serein. On retrouve la sonorité velouté et sans esbrouffe recherchée par le virtuose et déjà entendue dans l'allegro.

3 - Allegro Non Molto : Avec son tempo retenu, le final conclut délicatement le concerto. Paul Tortelier se refuse à tout hédonisme dans cette partition aux couleurs chambristes voire intimistes.

Autre interprétation proposée, celle de Roel Dieltiens accompagné de l'Ensemble Explorations. Immédiatement les jolies lumières des instruments baroques vont vous enchanter. Le violoncelle se fait plus discret, volonté interprétative ou choix de prise de son ? Le clavecin est remplacé dans l'allegro par un théorbe (Grand luth à double manche – graves / Aigus) et par un orgue positif dans le Largo. Une initiative tout à fait pertinente par rapport aux libertés de l'époque en ce qui concerne le "continuo". J'aime assez ces sonorités flatteuses, mais j'avoue trouver le jeu du soliste un peu morne dans le largo. On y gagne de par la présence de l'orgue une solennité quasi religieuse. Très joli disque là encore malgré une approche bien différente…

Côté Youtube, je vous propose deux gravures de Paul Tortelier ; en premier lieu un autre concerto pour violoncelle de Vivaldi paru dans le même album que celui commenté. Puis extrait d'un disque mythique de 1962, l'élégie pour violon et piano de Gabriel Fauré avec Jean Hubeau au clavier. Un disque comportant les deux belles sonates pour violoncelle du compositeur français, sonates qui donneront lieu sans doute à une chronique…
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

Étrangement la discographie de Paul Tortelier semble modeste après quelques recherches… Il existe un coffret de 20 CD réunissant les enregistrements pour EMI. On y trouve d'ailleurs des enregistrements en albums isolés que je cite après. Un monument qui comporte des concertos composés par Tortelier lui-même.
J'ai sélectionné trois CD "incontournables" présents en bonne place dans ma discothèque.
1 - Les sonates pour violoncelle et piano de Gabriel Fauré dont je vous ai proposé le complément : l'élégie. Jean Hubeau étant l'un des pianistes connaissant le mieux l'univers du compositeur ariégeois. À rééditer plus sérieusement (Erato – 6/6 - 1962).
2 – Dans la pléthore des gravures des 6 suites pour violoncelle de Bach, le violoncelliste a enregistré deux fois ce cycle. Datant de 1983, la seconde mouture privilégie la rigueur de l'écriture à l'exercice de style trop virtuose. Une grande probité bien servie par une prise de son raffinée (Warner – 6/6).
3 – Enfin, dans le style "concerto" avec grand orchestre, Rudolf Kempe, chef illustre qui signa dans les années 70 une intégrale des œuvres symphoniques de Richard Strauss, fit appel à Paul Tortelier pour Don Quichotte. Une complicité avec la Staastkapelle de Dresde qui n'a pas pris une ride et peut faire de l'ombre aux deux enregistrements studio de Karajan, l'un avec Pierre Fournier, l’autre avec Mstsislav Rostropovitch. (Regis d'origine EMI, 6/6 - 1973).

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire