vendredi 7 décembre 2018

QUE LE SPECTACLE COMMENCE ! de Bob Fosse (1979) par Luc B. comme Bob


Bob Fosse
Bob Fosse (1927- 1987) c'est le genre de mec assez agaçant. A ce niveau, c'est plus un CV, mais un palmarès. Chorégraphe à Broadway dès les années 50, il signe de grands succès, dont la comédie musicale CHICAGO en 1975. Acteur, danseur, chorégraphe donc, mais aussi metteur en scène pour le cinéma, dès 1969. C’est à Bob Fosse qu’on doit CABARET (1972) avec Liza Minnelli, LENNY (1975) avec Dustin Hoffman, plus tard STAR 80 avec Jessica Lange. Sonia, épargnez-moi les questions du genre : STARS 80, la super comédie avec Timsit, Jean Luc Lahaye, Jeanne Mas et Lio ? Y'avait aussi Jessica Lange ?
Et avant, donc, QUE LE SPECTACLE COMMENCE (ALL THAT JAZZ in english) réalisé en 1979, film largement autobiographique, couronné d’une Palme d’Or à Cannes, et de quatre oscars.
Roy Scheider et Jessica Lange
On y suit le metteur en scène Joey Gideon au seuil de la mort. Le montage est volontairement chaotique, passé, présent, futur s’y mêlent dans un tourbillon de scènes quotidiennes ou oniriques. Joey Gideon dit le bilan de sa vie à Jessica Lange, qui joue la Mort, plus sexy que celle chez Bergman, toute de blanc vêtue. Il confesse ses addictions aux amphets, à l’alcool, aux clopes (ce plan où son médecin l’ausculte, les deux la tige au bec !) et aux femmes. Accro aussi au travail, sa véritable drogue. Il doit créer un nouveau spectacle, et finir le montage d’un film.
Gideon est sur tous les fronts, comme il est de tous les plans, de toutes les intrigues, il est l’épicentre, tout tourne autour de lui. Il s’acharne au travail, en crèvera sans doute, il le sait, mais show must go on. Une scène récurrente, télescopage de plans ultra courts, sur du Vivaldi : Gideon se lève, se douche, prend ses amphets, et s’encourage dans le miroir : « It’s show time, folks ! ». La vie et le travail de Gideon sont intimement liés, son ex-femme travaille avec lui, ses danseuses sont ses maîtresses. Tout se confond, Bob Fosse nous fait rentrer dans la tête d’un créateur hyperactif, c’est à la fois grisant et inquiétant. Gideon confie « avoir la trouille d’être comme tout le monde ».
"it's show time folks !"
Le film commence par un casting, Gideon observe, scrute, sélectionne, renvoie, sous l’œil goguenard des producteurs qui se les rincent, les yeux. Scène muette, sur la chanson « On Broadway », succès des Drifters (Leiber et Stoller) dans une version de George Benson. Déjà la magie opère, les plans sont courts, rythmés, euphoriques. Très vite, la noirceur pointe le bout de sa ballerine, par des flash-back sur l’enfance de Gideon, humilié dans un cabaret, ou ses confessions à la Mort.
Chez Gideon les murs sont noirs, et lui s’habille en noir. Sombre, tragique, le film déborde pourtant de vie. On ne verra jamais le spectacle (et pour cause) les moments dansés sont des répétitions, des jeux, des fêtes, des fantasmes… Une séquence est particulièrement impressionnante, lumières baissées, un peu de brume, et danseurs éclairés à la seule lueur d’une lampe de poche, que Gideon braque sur les uns ou les autres. Chorégraphie qui verse dans la transe érotique (Adrian Lyne l’a forcément vue avant son désolant FLASH DANSE), inconvenante aux yeux des producteurs qui s’étranglent !
Le film devient plus onirique lorsque Gideon est admis à l’hôpital pour surmenage. Bob Fosse réalise un patchwork de scènes fantasmées, rêvées, comme cette party dans la chambre d’hosto. Gideon continue d’être ce fumeur et buveur invétéré que les infirmières doivent surveiller de près, y compris pour éviter les mains aux fesses. Bob Fosse brouille les pistes, avec des moments drôles, grivois ou sombres, lorsqu’un Gideon vêtu de noir, filme à la grue son double agonisant sous ses draps blancs, et ne trouvant pas la prestation terrible… Gideon acteur et chorégraphe de sa propre mort.
Le dernier tableau, disco, funky, très coloré, paillettes et confettis, reprend la chanson des Everly Brothers « Bye bye love ». On connait les paroles de ce tube, Bye bye happiness / hello loneliness / I think I'm gonna cry. Mais on entend Gideon corriger « I think I’m gonna die », puis, triomphant, il vient saluer le public, dont les trois femmes de sa vie : son ex, sa fille et sa maîtresse. Ces derniers mots seront « Good bye ». Le générique de fin défile sur la chanson « There’s no business like show business ». Tout est dit.
QUE LE SPECTACLE COMMENCE impressionne par sa maîtrise formelle. Les idées jaillissent à la minute. Ce n’est pas un film sur le monde impitoyable du spectacle, avec jeunes débutantes qui se tirent la bourre, comme SHOWGIRLS ou BLACK SWAN, mais l’autoportrait virevoltant d’un homme qui donne toute sa vie pour le spectacle. Bob Fosse est mort d’une crise cardiaque à tout juste 60 ans.
Au centre du film, l’acteur Roy Scheider (KLUTE, FRENCH CONNECTION, LES DENTS DE LA MER, MARATHON MAN, n’en jetez plus) qui s’est fait la tête de son modèle, Bob Fosse, barbiche et balayage blond. L’acteur y est impressionnant, fait feu de tout bois, les dialogues sont souvent drôles et piquants, il est juste génial, loin de ses compositions habituelles.

couleur  -  2h00  -  format 1:1.85  
 



1 commentaire:

  1. J'adore ce film, un rythme dément, des chorégraphies pleine de trouvailles, une énorme prestation de roy scheider, ...

    et puis, un projet de fin de vie à côté de jessica lange en 79, ça donnait envie de signer pour ...

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