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C'est aussi quasi la première fois qu'une musique de film est composée par un musicien de jazz (idée piquée à Roger Vadim) : Miles Davis, accompagné par René Urtreger au piano, Pierre Michelot à la contrebasse et Kenny Clarke à la batterie. Le groupe n’a pas réellement improvisé sur le film, comme la légende le dit. Louis Malle avait organisé une projection pour Miles Davis - venu faire un concert à Paris - qui a découvert l'intrigue, l'ambiance, et a composé au piano quelques idées. C'est plus tard que les autres musiciens sont entrés en studio, et juste devant quelques extraits, ont enregistré à partir de ce que Davis avait écrit. 50 minutes de musique, qui sortiront en disque.
Le
film est tiré d’un roman de Noël Calef. L’histoire (dont on taira quelques
détails, hein, c’est un polar…) ressemble à drame cornélien, qu’on pourrait
résumer par : si je prends cette option, je l’ai dans l’os, et si j’en
choisis une autre, je l'ai dans l'os itou. Julien Tavernier est un ancien parachutiste, qui a fait l’Indochine. Il
travaille pour une entreprise dirigée par Simon Carala, dont la femme Florence est sa maîtresse. Les deux amants décident de supprimer le mari, le soir, dans son bureau. Le plan se déroule à merveille, Tavernier rejoint sa complice, mais s’aperçoit qu’il a
oublié un indice sur place. Il remonte en ascenseur... et vlan : plus de jus !
Tavernier
est coincé jusqu’au matin. Au même moment, il se fait voler sa caisse par Louis, un jeune voyou. Florence Carala, qui voit passer la voiture, en déduit avoir été trahie par son amant, et que son mari est donc toujours de ce monde…
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Le vol de la voiture, la
cavalcade des deux jeunes, détail anecdotique à priori, va au contraire peser de tout son poids. La voiture est au nom de Tavernier, c'est donc lui que la police recherche, qui fait le lien avec le couple Carala. Florence doit mener sa propre enquête pour innocenter
Julien de crimes dont on l’accuse, son alibi étant justement d’en avoir
commis un autre, de crime ! Cornélien, je vous dis !
On
reconnait dans une courte scène Jean Claude Brialy, omniprésent acteur de la
Nouvelle Vague, dans le rôle sans ambiguïté pour l’époque, d’un homosexuel. De
même voit-on une bourgeoise accompagnée d’un
gigolo pré-pubère, entend-on des propos sur la guerre d’Algérie, un
procureur pathétique et donneur de leçons, la déification d'une femme doublement condamnable, car infidèle et complice de
meurtre... Tous ces éléments confèrent au film ce ton nouveau, caractéristique de la Nouvelle Vague, ce regard neuf, libre, sur la
société française des années 50. Des films qui sont loin de plaire au régime gaulliste, la plupart se retrouvant interdits au moins de 18 ans, pour immoralité et déviance politique !
Il
y a des très grandes scènes, comme ce long plan séquence en clair-obscur où
Tavernier est interrogé par deux flics. Louis Malle réunit donc Maurice Ronet,
Charles Denner et Lino Ventura (excusez du peu), la présence de ce dernier
renvoyant indubitablement au futur GARDE A VUE de Claude Miller. La fin est
superbe, dans l’atelier d’un photographe, alors qu’un papier photo trempe dans
son bain de réactif, laissant apparaitre l’ultime preuve qu’il manquait à la
police…
ASCENSEUR
POUR L’ECHAFAUD est un film passionnant, par son intrigue policière, une
mécanique implacable qui rappelle les bouquins de James Hadley Chase. Mais aussi par cette ambiance
urbaine, nocturne, bercée au son de Miles Davis, le regard d’un jeune
cinéaste de 25 ans fou amoureux de son actrice. Jeanne Moreau y est juste
sublime.
Noir et blanc - 1h30 - format 1:1.66
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