mercredi 11 juillet 2018

BLACK MERDA (1970), by Bruno



       Black Merda ! Un premier disque éponyme qui fut longtemps un objet culte, ayant suscité maintes explorations périlleuses dans les marchés aux puces et les boutiques d'occasions dans l'espoir de mettre la main sur un rare exemplaire. Plus tard, quelques généreux possesseurs de la galette eurent l'idée de le mettre en écoute sur le net. Ce qui fit enfler sa réputation de perle rare, car effectivement, cette galette méritait bien les propos élogieux de quelques rares écrits éclairés.

       Black Merda est un quatuor de jeunes afro-américains issus d'un ghetto de Detroit qui après avoir découvert la musique de Jimi Hendrix, décide d'injecter une grosse dose de Heavy-blues et de Rock halluciné dans la Soul et le Funk qu'ils interprétaient déjà depuis quelques années. En fait, tout prend forme alors que Anthony Hawkins (guitare), Tyrone Hite (batterie) et Veesee L. Veasy (basse), accompagnateurs d'Edwin Starr, subjugués par la découverte de Jimi Hendrix, décident de reprendre un de ses titres, "Foxy Lady", dans une version ralentie avec saxophone sous LSD, et de l'enregistrer sous le nom de ralliement de Soul Agents. Ce serait la première reprise du répertoire d'Hendrix par une formation américaine. Sur la lancée, courant 68, le frérot Charles Hawkins rejoint la petite troupe.
Le groupe change de patronyme pour un provocateur : Black Murder. C'est la prononciation qui le mue en Black Merda (dont l'orthographe refroidira bêtement nombre de francophones).
   Ce savoureux mélange de Soul, de Funk Hendrixien, de Blues et de Rock avait tout pour séduire le fils de Leonard Chess, Marshall, qui avait bien essayé - avec la maladresse et la précipitation de la jeunesse - de plonger deux vieux piliers du mythique label Chess, pas moins que Muddy Waters et Howlin' Wolf, dans le mouvement psychédélique (les célèbres albums "Electric Mud" et "The Howlin' Wolf Album", sous titré "He Doesn't Like it. He didn't like his electric guitar at firts either"). Alors, il n'a pas dû hésiter bien longtemps pour signer cette formation qui aurait pu être une réponse à Jimi Hendrix. Sans la pompe du guitar-hero.
   Si les choix de Marshall Chess ont été bien souvent critiqués, pour celui-ci il devrait être maintes fois remercié. Hélas, cet album a été longtemps occulté. Déjà, son patronyme provocateur lui a fermé les portes des radios et parfois celles de promoteurs frileux. Certains critiques avancent aussi qu'ils étaient trop Heavy-Rock pour la communauté Afro, et inversement trop Soul et Funk pour les blancs. Pas certain mais plausible.
Le disque fait un bide. Pourtant, c'est une formidable synthèse de Soul ténébreux, de Funk-rock, de Blues et d'indéfectible éléments Hendrixien, avec une wah-wah omniprésente. Encore une des perles des années 70 à redécouvrir, et surtout à transmettre.

       La galette est composée de :
     Funk-rock sulfureux copieusement imprégné d'un esprit Hendrixien. Plus particulièrement celui de la dernière période, celle exhumée, soit celle de "The Cry of Love" (ou donc de "First Rays of the New Rising Sun"). Un souffle Hendrixien qui porte vers des dimensions cosmiques mauves et rouges les plus belles pièces. "Prophet" qui ouvre l'album ; le single "Cynthy-Ruth", hypnotique avec chœurs virils à la ferveur presque guerrière, aujourd'hui considéré comme un classique ; "Ashemed" qui flirte avec le proto-Hard ; et "Good Luck" plus Soul, au ton revendicatif, préfigurant les B.O. de la Blaxploitation (ou leur emboîtant le pas).
Même "Think of Me", qui crée une rupture abrupte en passant directement à un Country-Blues du Delta - pratiquement un "work song" interprété par les forçats ou autres pour lutter contre la fatigue et l'accablement causés par un travail harassant - exsude encore d'une certaine essence Hendrixienne.
   ♞  instrumentaux avec "Over and Over", rien d'autre qu'un Blues avec un long solo perclus d'une abyssale réverbération datée et d'une tonalité trop poussée dans les aigus ;  "Windsong" est nettement plus intéressant. Il propage une saveur crémeuse et mate de Soul langoureux, avec sa guitare expressive, douce et mélancolique.
     rhythm'n'blues suave, résurgence des 60's, qui rappelle le travail de Steve Cropper, "Reality"
   ♞  pièces Soul comme le superbe "That's the Way It Goes", entre ballade élégiaque et Soul-rock tendance flower-power ; et le paresseux "I Don't Want to Die".
   ♞  Et de Blues donc, avec "Think of Me".
Avec Marshall Chess (devinez qui)

       Outre l'aura d'Hendrix, on pourrait aussi évoquer l'ombre de Rare Earth. Cet autre groupe de Detroit qui mélangeait avec maestria la Soul avec le Rock-psychédélique et qui venait de rencontrer un franc succès avec son deuxième disque en 1969, "Get Ready" (même en France). Sans omettre Funkadelic, même si leur premier essai ne paraît que cette même année, en 1970 ; le groupe, lui, se produisait déjà sur scène depuis quelques années.

       En dépit de l'excellente teneur de ce premier et éponyme chapitre, Black Merda galère et ses membres commencent à perdre la foi. Depuis le départ de Marshall Chess pour Atlantic, le label de Chicago périclite. Le batteur Tyrone Hite, découragé, rend son tablier en pleine tournée.
Revenue au bercail, à Detroit, la bande panse ses plaies, et, avec l'aide d'un batteur de studio, parvient à enregistrer un second disque, "Long Burn From Fire", que sort le jeune label Janus Records (dans lequel Chess a des parts).
Un label plus connu pour avoir été le diffuseur de groupes Européens pour les USA (dont Lucifer's Friends, Barker Gurvitz Army, Judas Priest, Camel) et l'éditeur de Mumgo Jerry, Al Stewart, The Whispers et Potliquor. Ce dernier essai disparaît rapidement des écrans radar et le groupe, désemparé, se sépare peu après. Et pour encore plus brouiller les pistes, probablement une mesure pour ne pas essuyer de nouveaux refus, la troupe est rebaptisée "Merd-Da".
     Cependant, au fil des ans, grâce au bouche à oreille, quelques rares critiques avisés, ainsi que la ville de Detroit qui n'a pas oublié ses enfants prodiges, Black Merda devient un groupe culte. Réputation renforcée dès l'aube du XXIème siècle avec les rééditions CD qui trouvent, enfin, leur public. Après près de trente années de silence, Black Merda se reforme, en trio, et enregistre à nouveau.





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