vendredi 29 juin 2018

SPOTLIGHT de Tom McCarthy (2015) par Luc B.


SPOTLIGHT a gagné l’Oscar du meilleur film en 2016. L’année précédente c’était BIRDMAN d’Iñàrritu, avec le même Michael Keaton dans le premier rôle, mais qui avait une autre gueule. Le film. Car on se demande : pourquoi l’Oscar ? Et pas que, SPOTLIGHT a raflé plein de récompenses à travers le monde. Why ? Warum ? Ah oui, le sujet…
A savoir, l’histoire réelle de l’enquête du journal Boston Globe, couronnée du prix Pulitzer, qui dénonçait la pédophilie au sein de l’église catholique. A Boston, et ailleurs.
Ce journal voit son chiffre de vente sérieusement s’essouffler, et les actionnaires envoient un nouveau patron, Marty Baron. Scène classique du boss que l’on soupçonne de vouloir faire du chiffre sur le dos des journalistes vertueux. Sauf que Marty Baron n’arrive pas pour dégraisser la rédaction, mais avec un sujet qu’il propose à la cellule d’investigation Spotlight : quatre journalistes dirigés par Walter Robinson (Michael Keaton), qui bossent dans leurs coins, sans pression, sur des enquêtes au long cours. 
Au départ, un cas de viol sur enfant, mais ce qui surprend, c’est le manque de condamnation. Le suspect est muté dans une autre paroisse, avec la mention congé maladie dans son dossier. Le cardinal Bernard Law est un peu gêné aux entournures pour aborder le sujet. Etait-il au courant ? Grâce à un contact au sein d’une association de victimes, ce sont 13 cas de prêtres pédophiles qui sont mis à jour. Il n’y a jamais eu de procès, mais des conciliations. Les victimes ont été indemnisées, les dossiers étant gérés par des avocats soupçonnés de se servir largement au passage.      
Et un truc qui la fout encore plus mal… L’association de victimes avait déjà envoyé un dossier complet, il y a plusieurs années, au Boston Globe. Un avocat de victimes, Mitchell Garabedian (Stanley Tucci, avec supplément perruque !) avait lui aussi alerté la presse… A l’époque, l’affaire avait été traitée en deux lignes à la rubrique faits divers, dirigée à l’époque par Walter Robinson aujourd'hui en charge de Spotlight.
L’Eglise, la municipalité, la police, beaucoup de monde était au courant du scandale, et visiblement la presse alertée n’avait pas fait grand-chose. Cet aspect du dossier n’est pas trop abordé par le film, dommage. Tout juste entend-on une discussion : « Mais Walter, c’est toi qui t’en étais occupé à l’époque ?... ».  Alors pourquoi Walter Robinson n’avait pas prêté attention à cette affaire ? Ancien élève de l’institution catholique, il en a gardé beaucoup de contacts, parmi les notables de la ville. Est-ce par esprit de communauté que le journaliste s’est bridé, n’a pas pris conscience de l’importance de telles révélations ? Le film ne répond pas à la question.
Le réalisateur Tom McCarthy enfile les scènes académiques les unes aux autres, comme tout bon thriller journalistique. Spielberg, à l’occasion de PENTAGONE PAPERS avait rendu hommage au genre, en y apportant un aspect ludique. Ici, Tom McCarthy, qui n'a pas la même aisance avec une caméra,  propose un film ultra classique, et assez plat en termes de réalisation. On a droit aux réunions de rédactions avec pieds sur le bureau, le journaliste besace à l’épaule et carnet en main, essoufflé à frapper aux portes, la grande salle de rédaction traverser en travelling latéral, la colère de l’enquêteur qui tient absolument à sortir le sujet alors que la hiérarchie attend encore de tout verrouiller… Bref, toutes les figures de style propres au genre. On devrait être content, sauf que McCarthy ne sait pas emballer le tout. Le thriller vendu comme haletant, ne parvient pas à nous captiver réellement.
D’abord parce que plusieurs passages sont confus, on se perd un peu entre les affaires passées, les témoins, les victimes, les avocats... Et puis à mon sens, le film ne parvient pas à rendre à l’écran l’ampleur du scandale. Ce sont au final 90 prêtres qui seront identifiés comme pédophiles, un véritable réseau - avec porte de sortie discrète - qui s'étend de part le monde, comme l'indique le générique de fin, litanie de pays touchés par les scandales.
Ce qui intéresse le réalisateur c’est davantage de rendre hommage à cette cellule d’investigation, montrer le rôle de chacun (des personnages réels, donc). On ne doute pas un seul instant de la sincérité du film, qui doit être conforme à la réalité au moindre bouton de manchette, mais le cinéma dans tout ça ? Tom McCarthy fait le job, sans trop forcer, s’efface derrière son sujet et ses comédiens : Mark Ruffalo (toujours génial même s’il lisait le bottin), Michael Keaton, Liev Schreiber, Stanley Tucci (toujours génial même s’il lisait une notice Ikéa), et Rachel McAdams… bref, des pros qui connaissent leur métier, et que l’on sent investi par le sujet.    
LES HOMMES DU PRESIDENT d'Alan J. Pakula, qui reste le modèle du genre, parvenait à être captivant justement par son aspect confus et tentaculaire, et par la prestation du duo Redford / Hoffman. J’imaginais ce SPOTLIGHT dans la même lignée. C’est un film-dossier dans la grande tradition, mais sans supplément d’âme.

PS : vous avez remarqué un truc sur l'affiche ? Ca me fascine depuis des années... Les photos des acteurs, dans un certain ordre, et le nom des acteurs, dans un autre ordre !! Donc on voit Stanley Tucci, et en dessous la mention : Mark Ruffalo ! Mieux encore, le joli minois de Rachel Mac Adams, avec en dessous le nom de Michael Keaton !!! En fait, les noms des acteurs sont par ordre de célébrité, mais graphiquement parlant, on laisse les photos des stars au centre de l'affiche. Et on s'y perd !!! Trop drôle. Trop con !!

couleurs  -  2h05  -  format 1:1.85

1 commentaire:

  1. J'ai vu ce film il y a peu sur le câble. J'ai aimé, mais je m'étais fait la même remarque : un remake sans trop de suspens des hommes du Président. Notamment sur la forme, un film qui semble avoir été tourné il y a trente ans…
    Pour l'affiche, je n'avais pas vu car pas regardé… C'est vraiment débile :o)

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