mercredi 28 mars 2018

The RODS (1981), by Bruno




     On a parlé il y a quelques semaines d'un groupe de galériens, de loosers, en voici un second. Un sérieux candidat. Des gars qui, malgré les années sur la route, n'ont jamais croulé sous les billets verts.
Bon, maintenant, il ne faut pas se plaindre. D'après d'éminents "journalistes", être artiste serait un « plan B »... (?!?)  Ils n'avaient donc qu'à choisir la filière « docteur » ou « avocat » … ou "journaliste" ? 
On est en plein cauchemar.
Feinstein à l'époque d'Elf

     Tout commence avec David Feinstein qui se lance dans la musique, dans le Rock'n'Roll, dès les années 60, à l'âge de dix-huit ans. Il avait bien débuté par la trompette dans son enfance, mais, comme tant d'autres, la découverte du Rock'n'Roll le marque à jamais et le détourne du "droit chemin". Il jette son dévolu sur la guitare qu'il étudie consciencieusement.
Après avoir papillonné dans divers groupes sans lendemain, il intègre le groupe d'un proche cousin, The Electric Elves. Le cousin, plus âgé, bourlingue déjà depuis quelques années ; depuis la fin des années 50, et il peut s’enorgueillir d'un premier 45 tours en 1958, ainsi que d'un premier disque en 1961. Un vétéran que l'on écoute et respecte. A la suite d'un accident de la route, Nick Pantas, également guitariste, décède, et le claviériste Doug Thaler, une fois remis de ses blessures, préfère raccrocher. Mickey Lee Soule le remplace. . Le quintet devient alors quatuor et David se retrouve seul pour gérer les guitares.
    C'est un tournant pour le groupe lorsque messieurs Roger Glover et Ian Paice, séduits par ce quatuor qui a effectué la première partie du Pourpre Profond, décident de leur donner un petit coup de pouce et de produire leur premier album. Le groupe, rebaptisé Elf, doit croire que désormais s'ouvre devant eux, le chemin menant au succès. D'autant plus que Deep-Purple renouvelle l'expérience et l'embarque à ses côtés pour quelques dates européennes. 
   Sur ce disque, les deux Italo-américains se font remarquer. Les années d'expérience sur la route les ont aguerris et affûtés. David fait déjà preuve d'une belle maîtrise et maturité, et sait faire sonner une guitare. Tandis que son cousin, Ronald Padavona, possède un coffre et un timbre qui semble avoir été créés spécialement pour faire vivre et vibrer le Rock.

     Pourtant, David quitte le groupe peu après la sortie du disque, en 1973. En fait, il tourne carrément le dos à la vie de musicien pour se ranger. Mais les regrets et la tentation de retrouver l'excitation de la scène le hantent. D'autant plus que la renommée du cousin, désormais connu des deux côtés de l'Atlantique sous le patronyme de Ronnie James Dio, doit être une cruelle attraction. Ainsi, avant la fin de la décennie, il fonde avec le batteur Carl Canedy un trio, The Rods, avec l'optique de faire revivre une musique directement issue de Cream. Feinstein et Canedy dénichent un bassiste italo-américain - le quartier, en l'occurrence, le Bronx étant bien pourvu en familles originaires du pays de Dante - Joey DeMaio. Une forte tête mais habile musicien. Ce dernier, bien que jouant sur les premières démos, ne s'éternise pas, quittant le trio pour un emploi plus lucratif et, relativement, plus stable. Il rejoint Black Sabbath pour la tournée "Heaven & Hell" en tant que pyrotechnicien et technicien attitré pour les instruments de Geezer. Pas rancunier, Canedy donnera un coup de main pour les démos du groupe que DeMaio forme en 1980, avec le guitariste d'un groupe français qui ouvrait pour Black Sabbath, Manowar.

     C'est Steve Starmer qui récupère la place vacante et qui joue en 1979 sur le premier 33 tours, auto-produit, "Rock Hard". Malheureusement, limité par leurs maigres finances, peu d'exemplaires sont réalisés. 
The Rods végète mais s'obstine. Il part même en Angleterre où, sans faire de vagues, il sera assez bien accueilli. Le Royaume-Uni est alors en pleine effervescence Heavy-Metal avec ce qu'on ne tarde pas à nommer la New Wave Of British Heavy-Metal. Une ambiance qui leur est alors plus favorable. Leur premier enregistrement live, "Too Hot to Stop", sera effectué à Londres ; un Ep de quatre titres de 1982  - trois captés au Marquee et un inédit studio - dorénavant introuvable.
de G à D : Canedy, Feinstein et Bordonaro

     Finalement, à force d’acharnement, le trio signe un contrat avec Arista (le label fondé par Clive Davis en 1974) et enregistre dans la foulée un Ep, "Full Throttle EP", avec la nouvelle recrue Gary Bordonaro. Les trois premières chansons (sur quatre en tout) sont reprises pour l'album à venir, et font partie du dessus du panier. Cet Ep, qui a certainement servi de test, est rapidement suivi d'un nouvel album. Ce sont encore Feinstein et Canedy qui se collent à la production. Cependant, cette fois-ci, ce ne sont plus eux qui financent ; on leur offre des moyens pour effectuer leurs enregistrements dans de bonnes conditions. Bien que la production du précédent ne soit déjà pas si mal - et même bien mieux qu'une pléthore de disques typés Heavy-metal souffrant d'un enregistrement bâclé et sans relief lors de la décennie - le son de cette nouvelle et éponyme galette est bonifié, affichant une meilleure définition. 

     Sans trop se fouler, le binôme Feinstein - Canedy se contentent de reprendre huit morceaux (sur douze), à peine réarrangés, de leur premier essai, qu'il comble de deux reprises. La différence entre les originaux et les nouvelles versions est souvent ténue.  
    Dans les grandes lignes, cet album est très marqué par Ted Nugent ; plus précisément celui de l'album éponyme et de "Weekend Warriors". Quelques fois, ça frôle l'habile recyclage. C'est particulièrement évident sur "Crank It Up" où même le chant s'appuie sur les cris mi-félins mi-déments du Motor City Madman. Ou encore le séminal et fiévreux "Hungry Fore Some Love" qui est dans l'esprit de "Writing On the Wall" (sur "Cat Scratch Fever") et de "Strangehold" ; seulement là, Feinstein y a injecté un climat plus sombre, plus moite, souillé par les effluves des caniveaux New-Yorkais. Tandis que le final, l'enjoué "Roll With the Night" évoque les meilleurs moments de la collaboration Derek St Holmes et Nugent. Même la ballade (aux arpèges bien chargés de phaser), "Woman" ne parvient pas à atténuer cette affiliation.
   Le petit collectif cultive l'art de rendre plus pertinent, et aussi plus facile d'accès, un solide Hard-rock velu en atténuant ses aspérités par un Boogie-rock bluesy quelque peu jovial.
   D'autre part, certains morceaux témoignent de l'intérêt qu'a dû porter David à la carrière du cousin Padavona, qui a visiblement laissé quelques traces indélébiles. Parfois trop, si l'on prend l'exemple de "Music Man" qui a puisé dans le "Man of The Silver Mountain" de Rainbow (composé par Blackmore et Dio). On pourrait croire aussi qu'il en est de même avec la bourrasque Heavy-Metal "Nothing Going to the City", bien proche du "Neon Knights" de Black Sabbath (composé par Iommi, Butler, Ward et Dio), alors qu'en fait, il s'agit d'une reprise de White Honey, un groupe Hollandais oscillant entre Heavy-rock et Pop-rock qui officia de 1978 à 1980.

     Sinon, parmi les amusantes analogies, "Power Love", le single, est également connu pour son pont - juste avant le refrain - qui fait un clin d’œil appuyé au fameux "Highway Star". Même les deux soli déploient un parfum Blackmorien. Rappelons que Feinstein, au sein d' Elf, a eu l'opportunité d'accompagner maintes fois Deep-Purple lors de tournées européennes. 

     Et les surprises se réduisent à "Ace in the Hole". Une chanson tirée de l'album solo de Robert Fleischman, brièvement chanteur de Journey, et plus tard de Vinnie Vincent (guitariste de Kiss de 1982 à 1984). Peut-être une concession à la maison de disque. Heureusement, la présente version est méconnaissable, car l'originale est proche de la variété lénifiante.

     La réédition CD de 1997 du label High Vaultage récupère la face B du 45 tours "You Keep Me Hangin' On" de 1982, soit "Wings Of Fire", et la chanson du précédent Ep, présent sur "Rock Hard", "Getting Higher". Deux morceaux de moyenne facture qui font en comparaison pâle figure. Le second est la fusion d'un refrain typé Scorpions (on pense à "Can't Live Without You", toutefois ce morceau des Teutons date de 1982) avec tournure sur le riff plus AC/DCienne.
Par contre, la reprise de "You Better Run" des Young Rascal, présente sur "Rock Hard", a été écartée. Dommage. Elle avait certainement été évincée à l'origine à cause du succès de la version de Pat Benatar de l'année précédente. Celle de la chanteuse-star New-Yorkaise, figure de proue d'un Heavy-rock chromé et sexy du début de la décennie, a plus de classe, et le chant, avec ses quatre octaves, est d'un tout autre niveau. Cependant, aujourd'hui, tout comme en 1997, sa réhabilitation dans les bonus aurait été amplement justifiée. (un problème de droits d'auteur ?).

   Ni un grand classique, ni un disque culte, simplement un disque honnête, qui n'a pas trop vieilli, probablement moins que d'autres plus récents du trio ; un disque qui s'écoute encore avec plaisir. Du Hard-rock efficace, tantôt mâtiné de Boogie, à la manière d'un Nugent, voire de Elf, parfois enrichi de refrains approximativement lyriques, et qui occasionnellement entame sa mue vers un Heavy-Metal caréné. 

     Par la suite, cette brochette de délits de faciès s'entêtera à jouer exclusivement du Heavy-Metal, droit et carré, dans un processus allant crescendo, affichant avec fierté le mauvais goût, s'enlisant dans un répertoire misogyne, souple comme une poutrelle IPN et fin comme du gros sel. Plus une once de Blues pour agrémenter leur robuste et virile musique. Probablement que David "Rock" Feinstein, et Carl Canedy, las de galérer, ont voulu s'incruster dans la déferlante de cette NWOBHM qu'ils avaient découverte lors d'une tournée en Albion et qui les avait si bien accueillis. Toutefois, ce qui est préjudiciable, c'est que Feinstein et ses compères semblent alors se complaire dans la facilité. Et surtout de se limiter à ce genre, alors que dès leurs débuts, ils avaient fait preuve d'un relatif éclectisme. Aussi, si leur Heavy-Metal a tout de même les atouts pour rivaliser avec bon nombre de jeunes combos Anglais, sans pour autant inquiéter les chefs de file, il est regrettable que le fringant et viril Heavy-boogie-rock des débuts ait été totalement muselé.
Pour vous, mesdames

     Ainsi donc, nombre de leurs chansons afficheront un potentiel larvé, grevé par des refrains roboratifs - du genre qui se veut martial et conçu pour faire scander les foules - et 
des riffs trop simplistes. Même quelques soli deviennent moins inspirés, privilégiant l’esbroufe, l'épate.
"Rock Hard" du présent album en étant un parfait exemple, mais alors que ce morceau est ici orphelin, ses descendants seront exclusifs. "Let Them Eat Metal", à la fameuse pochette douteuse, est probablement un pic dans ce processus de progression vers plus de simplicité et de propos misogynes. Du Metal de stade, mâtiné de Glam nouvelle vague - soit dépourvu de swing - pour un public peu regardant, trompé par le débit sonore délivré. Tout de même sympathique et écoutable mais a priori qui ne reflète pas le réel niveau de ces trois lascars.
Si l'on compare cet album éponyme à tout ce qui suivra, on a peine à croire qu'il s'agisse bien du même groupe, des mêmes musiciens.
Malgré ses déboires, ses difficultés à percer, à survivre, que ce soit avec celui-ci ou les suivants, cette petite bande a tout de même réussi à laisser une trace dans le cœur des métalleuxDont, parmi les célébrités, James Hetfield et Philip Anselmo.
 - bien souvent, des mordus du trio aiment à citer l'ultérieur, "Wild Dogs", comme album marquant, d'autres, plus rarement, préfèrent évoquer "Let Them Eat Metal" -. 

Face A
1Power Lover   (Feinstein)2:36
2Crank It Up   (Feinstein)3:32
3Hungry For Some Love   (Feinstein)4:15
4Music Man   (Feinstein)4:22
5Woman   (Canedy)3:23

Face B

1


Nothing Going On In The City   (
Rob Elzenga)


3:42
2Get Ready To Rock And Roll   (Feinstein)2:25
3Ace In The Hole   (Robert Fleischman, Roger Linn)4:22
4Rock Hard   (Canedy)4:03
5Roll With The Night   (Canedy)2:08


Bonus CD   :   Getting Higher  (Feinstein -  3:38    /   Wings of Fire   (Canedy)   -   3:43

,50


🎶 

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