jeudi 15 mars 2018

BULBOUS CREATION "You won't remember dying" (1971; édition cd 2011))

Un gout que j'ai en commun avec mon éminent confrère et ami Bruno, c'est celui pour les disques obscurs parus dans les années 70, ces groupes dont il nous cause souvent le mercredi, qui ont sorti un seul album sans suite, certains de ces disques sont devenus cultes des décennies plus tard, d'autres sont tombés aux oubliettes. Comme il nous l’explique souvent ce n'est pas que ces groupes n'avaient pas de talents - ils en avaient parfois autant que certains qui ont eux rencontrés le succès - mais souvent ils ont été sabordés à cause des problèmes - au choix - de management, d'égo, de distribution, de drogue ou alcool, de malchance, de circonstances contraires, de manque d'ambitions, voire de plusieurs de ces paramètres à la fois (c'est le cas du groupe qui nous occupe aujourd'hui).

Mais je vais aller plus loin puisque je vais vous parler d'un disque qui n'est JAMAIS sorti... enfin si puisque le CD tourne dans ma platine, mais je vais vous expliquer ça, et au passage je suis heureux de lui offrir sa première chronique en français, à ma connaissance du moins.

Tout commence au milieu des sixties dans une petite ville du Kansas, sur les bords du Missouri, nommé Prairie Village où deux potes d'enfance montent un groupe : Paul Parkinson, chanteur et guitariste et Jim "Bugs" Wine, bassiste. En 66 ce dernier part faire son service militaire qui le mènera en Corée puis en Allemagne avant un retour à Kansas City trois ans plus tard où il décide de remonter un groupe. Il trouve un guitariste, Alan Lewis, un batteur, Chuck Horstman, un ami  clavieriste vient parfois jouer avec eux, Lynne Wenner,  et  à la recherche d'un bon  songwriter Bugs recontacte son vieil ami Paul Parkinson. Ils trouvent le nom de Bulbous Création, après avoir fumé la moquette sans doute ("création bulbeuse".. ). Ils galèrent pour trouver des engagements, pas assez pour en vivre en tous cas. 

En 1971 ils réunissent leurs maigres économies pour  réserver une journée d'enregistrement au Cavern Studios, et enregistrent assez de matériel pour un album entier. Mais ils ne vont pas rester ensemble assez longtemps pour économiser en vue d'un pressage commercial et faute de management aucune maison de disques ne se verra proposer les bandes. Parkinson, profondément  individualiste se tire, préférant interpréter ses titres en solo dans les coffee shops, ce qu'il fera pendant une vingtaine d'années. Le batteur se tire aussi. Lewis et Wine restent seuls sur le pont, raccourcissent leur nom en "Création" et tourneront un temps avec un nouveau line up (Wayne Austin chant, Tommy Ward drums, Roger Sewell guitare). Quant aux bandes elles vont dormir 25 ans dans un placard. Jusqu'à ce que Rich Haupt, collectionneur passionné, fonde le label Rockadelic se donnant pour mission de redonner vie à des trucs psychés oubliés (gloire à lui !), il récupère des cartons de bandes venant des studios Cavern et décide de publier Bulbous Création (ainsi que Stoned Circus ou Thump Theatre) ("Bulbous Création était mon préféré du lot avec son son heavy et méchant"), en 1995 il sort donc  un LP non officiel.  Alan Lewis décède en 1998 suivi en 2000 de Paul Parkinson  et les 2 survivants du groupe autorisent la parution d'un CD en 2011, sur le label allemand O-Music, quarante ans pile après l'enregistrement! Et depuis sa sortie il jouit d'une bonne réputation semi-culte parmi les amateurs.


"End of the page" s'ouvre sur un ton folky suivie d'une étrange mélancolie, un son typique fin des sixties entre psyché et progressif, la voix arrive comme sortie d'un écran de fumée, c'est une belle pièce douce/amère.
Avec "Having a good time" on est en plein dans un heavy rock'n'roll lourd et plombé tel que le pratiquait par exemple le Moutain de Leslie West avec une guitare à la Hendrix et un sacré groove, c'est en fait une reprise de "Sugar the road" de Ten Years After dont le premier vers est "having a good time".
Pas besoin de chercher longtemps des références pour "Satan", celle à Black Sabbath ("Hand of doom" sur "Paranoid") s'impose en 3 secondes avec ce riff pachydermique porté par une basse épaisse à couper au couteau;  sombre et bluesy, ça parle de Satan qui punit les pêcheurs (non Sonia, pas les pêcheurs à la ligne...)
"Fever machine man" part sur le même tempo Sabbathien avec en plus un orgue à la Deep Purple et encore une guitare inspirée et un Parkinson déchaîné qui éructe à la Robert Plant et se réponds à la guitare.
"Let's go to the sea" est un long trip acide avec guitare cosmique et même un solo d'harmonica bluesy, une sorte de partouze défoncée entre Grateful Dead et Pink Floyd, ou encore le Funkadelic de "Maggot brain" (le titre avec le fameux solo  d'Eddie Hazel).
"Hooked" est un hard blues psyché sur l'addiction où un pauvre type accro hurle son désespoir tandis que  "Under the blach sun" nous ramène à un rock plus direct, à la Led Zep  On termine par une reprise, le "Stormy monday" de T-Bone Walker , dans  une belle version bien blues lourde de ce morceau  souvent repris (Allman Brothers pour la cover la plus connue).

Voila un sacré disque à découvrir, je n'irai pas jusqu'à dire comme j'ai pu le lire parfois qu'il s'agit d'une perle cachée, mais d'un bon témoignage d'une époque où 4 gus pouvaient pondre une bonne rasade  de heavy rock'n'roll en quelques heures au fond d'une cave, sans se soucier des modes ou du tiroir caisse. Sans aucun doute ils avaient un son et une qualité qui auraient pu leur permettre de faire une carrière plus glorieuse mais les circonstances et les dieux du rock'n'roll en ont décidé autrement...

ROCKIN-JL

3 commentaires:

  1. ??? Crénom !?! Mais d'où il sort celui là ?
    C'est du travail de chercheur en Histoire.

    Apparemment, un très bon bassiste. J'aime bien ce genre de chanteur.

    Le riff sur "Satan" rappelle aussi l'un de Mick Box d'Uriah Heep.

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    1. j'ai du découvrir ça sur YTube, de liens en liens, plus tard j'ai vu qu'il était dans le Protat et j'ai trouvé facilement le cd, une découverte sympa. tu nous ferais pas un petit truc sur Frijid Pink un de ces 4? et Josefus? y'en a tellement encore ...

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    2. Ha, oui. Frijid Pink. J'y pense régulièrement. C'est dans les projets - ou les souhaits - mais comme tu le soulignes, y'en a tellement.
      D'ailleurs en parlant du "Protat" (marqué déposée), rechercher et connaître l'ensemble des disques qu'il énumère demanderait un travail à plein temps. Et justement, parmi ce copieux florilège, le Bulbous Creation m'étais passé sous les yeux.

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