mercredi 14 mars 2018

TEMPERANCE MOVEMENT "A Deeper Cut" (16 février 2018), by Bruno



     Cette dernière et récente livraison de Temperance Movement risque bien d'en prendre plus d'un à contre-pied. En effet, le quintet Anglais a inversé les quota en matière de morceaux enlevés, foncièrement rocks, et des instants plus reposés.
Et encore, le titre le plus costaud de "A Deeper Cut" ne fait pas le poids face à un "Midnight Black". Dans l'ensemble, le nouvel album paraît se diriger vers un Rock mainstream. Et même vers une forme de Pop encore vierge de sons synthétiques et de carcans castrateurs. Un chemin de traverse déjà entamé avec le précédent "White Bear", et qui s'affirme plus fort encore avec celui-ci. De quoi dérouter ceux qui avaient flashé sur l'album éponyme de 2013.


     Toutefois, et bien que cela soit délibéré, afin notamment d'éviter d'être enfermé dans une catégorie, le collectif n'a pas perdu son âme. Il est même revenu au son roots, rugueux et âpre du premier opus, qui avait défaut au second. Finalement, ce n'est pas très éloigné de l'univers des premières galette d'un autre chanteur Écossais, monsieur Rod Stewart. Les plus jeunes feront plutôt le rapprochement avec le Stereophonics des "Performance and Cocktails" et "Lying in the Sun", voire "You Gotta Go There to Come Back".
Un tournant donc amorcé vers quelque chose de plus cool, de relativement plus Soul, néanmoins avec un retour bienvenu vers le son cru du premier long-player. Ainsi, même si "A Deeper Cut" ne renoue pas totalement avec la facette Rock, il s'inscrit à nouveau dans un registre plus organique et authentique qui pouvait faire défaut au précédent. Ça respire l'intégrité et "la musique sans filet". Plus que jamais, les guitares, ainsi que la basse, sont arides, semblant dépourvues d'effets. Enfin, si, il y en a, mais rien d'encombrant ou de pesant. C'est toujours discret et mesuré.

     Quoi qu'il en soit, ce groupe possède un atout maître. Il s'agit bien sûr de Phil Campbell dont la voix âpre, nerveuse et rugueuse pourrait même sauver la troupe de la damnation s'il devait vendre son âme au diable (aux majors) et être contraint à faire des concessions en se corrompant dans un synthético-r'n'bi (un truc dans l'genre). Un type possédé, investi, dès qu'il s'approche d'un micro. Une voix granitique qui semble entretenue au Scotch-whisky de qualité. (L'Ecosse, dont est natif Campbell, comporte tout de même plus de cent-dix distilleries pour une production annuelle approchant les 400 millions de litres. Le patronyme doit d'ailleurs être un clin d’œil goguenard et complice à cette économie basée sur la production d'un breuvage que l'on conseille fortement de consommer avec modération) (1) 
(Le nombre de chanteurs Écossais au timbre rugueux et éraillé est tout de même incroyable ; à croire qu'il existe une tradition culinaire - ou plutôt apéritive - qui forme les gosiers de ces chanteurs. A moins que cela ne soit déjà dans les gênes).

Matt White

     "A Deeper Cut" fait donc honneur aux ballades aux arômes folk-rock et autres slows souful, avec pour pinacle la pièce éponyme d'une profondeur d'âme assez rare en ces temps de musique préfabriquée, évoluant parfois bien moins dans un état esprit artistique que dans celui d'une discipline sportive. "A Deeper Cut" - la chanson - a ce don d'émouvoir par la simple sincérité de l'interprétation. A priori, rien de bien compliqué, encore moins d'alambiqué, juste ce lent crescendo qui part d'une guitare acoustique et d'un chant posé et mélancolique sur lesquels, progressivement, se greffent les instruments, jusqu'à un joyeux acmé orchestral solaire. Du classique, mais qui fonctionne toujours lorsque c'est bien fait. "Another Spiral" est à deux doigts de voler la vedette. Là encore, la sobriété et la retenue sont de mise ; débutant sur une première partie à la saveur Soul des sixties, cette chanson prend son envol et bondit sur les nuages des œuvres du duo Jagger-Richards, de George Harrison, de Paul McCartney. Dernier élément sur le podium de la catégorie "Souful and another slow", "Higher Than the Sun" qui exhale l'énergie salvatrice d'un matin heureux, d'une renaissance spirituelle ou d'un amour retrouvé. "I raise up my hands when the love in my soul is gone, when I'm dancing in the middle higher than the Sun". Un titre Souful musclé qui aurait eu sa place dans la discographie débutante de Joe Cocker.
"Children", évitant de justesse les poncifs, malgré la lap-steel fantomatique, s'épanouit dans un Americana, quelque part entre Gram Parsons et Tom Petty. Et. "I' never thought I'd be so dumb, blaming everybody for the things I've done. I never thought I'd be so cruel, breaking your heart for telling me to truth. Singing till my song went flat. No I don't ever want to sing a song like that." 
L'album se conclut par une ballade intimiste, "The Wonders We've Seen".

     Toutefois, Temperance Movement n'a pas occulté sa facette Rock, et peut toujours être sec comme un coup de trique. Cependant, l'entame est trompeuse avec trois morceaux d'affilée, aiguisés, enflammés et émaciés. Un "Caught in the Middle" robotique, sautillant, l'excellent "Built-In Forgetter" avec un Campbell mordant et teigneux, et un riff qui ne l'est pas moins, revisitant les Faces en mode dopage euphorisant et tétanisant. Et "Love and Devotion", est un véritable volcan Islandais ; c'est l'éruption menaçant (Campbell) sous la glace cassante et inflexible (le riff). Après, le morceau éponyme, "Backwater Zoo" revient dans le giron du Rock. Formidable instant où le piano autoritaire invite la chanson à festoyer - là encore - avec les deux premiers disques de Joe Cocker et le Leon Russell des années 68-74. Avec en sus, un petit solo d'inspiration pagienne. Ça, c'est pour les plus robustes. Ensuite il y a le singulier - et un un peu bancal - "Beast Nation" qui tente de réussir une alchimie entre un Reggae sombre et une Pop-rock british. Et "The Way It Was and The Way It Is Now" qui possède la gouaille, la nonchalance et le côté festif des Black Crowes.

Au milieu de ce brouet de compositions de haute tenue, on pardonnera l'écart de "There's Still Time" qui paraît perclus de signes évidents de recherche de séduction des radios. Ou plutôt, on l'oubliera.

     En définitive, passée la surprise (éventuelle), A Deeper Cut se révèle être un bon cru et surtout le retour de Temperance Movement à une production boisée, naturelle dans le sens ou c'est dépourvu d'artifice, et surtout à une atmosphère plus fraîche et organique. Voire rustique. Du bien bel ouvrage. 
Récemment, au Royaume-Uni, l'album a été classé en pole position des ventes de disques "Rock", ainsi que sixième dans les charts.

     La composition du collectif a subi quelques changements. C'est d'abord et surtout Luke Potashnick qui, lassé des tournées, tire sa révérence afin de tenter de pérenniser une carrière de producteur entamée avec le groupe. Un élément-clé du collectif, puisqu'en plus d'être un des compositeurs substantiels, il était impliqué dans la production. Bien que la production des albums précédents soit signée du patronyme du groupe et de Sam Miller, d'après Phil Campbell lui-même, Potashnick était très impliqué dans la production, particulièrement pour "White Bear". Il a été remplacé par Matt White., quelques mois à peine après la sortie du second disque.
Ensuite, c'est au tour de Damon Wilson, également éreinté par les tournées et ne parvenant pas à concilier sa vie familiale à celle nécrophage du groupe, de jeter l'éponge.
A savoir que la fréquence des concerts a aussi failli avoir raison de Phil Campbell, dont le moral a été fortement touché par le départ des deux collègues et amis.


1.                 "Caught in the Middle"                2:40
2."Built-In Forgetter"4:21
3."Love and Devotion"3:23
4."A Deeper Cut"3:44
5."Backwater Zoo"3:54
6."Another Spiral"3:28
7."Beast Nation"3:23
8."The Way It Was and the Way It Is Now"                          3:17
9."Higher Than the Sun"3:21
10."Children"4:08
11."There's Still Time"3:31
12."The Wonders We've Seen"4:00




(1) Rappelons que "the temperance movement" est un mouvement créé aux Etats-Unis au début du XIXème siècle pour freiner la consommation crescendo d'alcool qui allait en l'encontre d'une société saine et équilibrée (cela n'a apparemment pas dû fonctionner). Un mouvement qui atteindra l'Europe en commençant par l'Irlande et l'Ecosse.

Un groupe qui ne triche pas ; aussi bon en studio qu'en live

🎶 

🎶 ♫🎸
Article sur le premier disque : "Temperance Movement" (16/09/2013)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire