jeudi 28 septembre 2017

SIRIMA - A PART OF ME (1989) - par Pat Slade




Qui se souvient de Sirima ? Un talent prometteur détruit par la jalousie ; Un seul album qu’elle n’aura pas la chance de voir en vitrine. Sirima ou l’histoire d’une part d’elle.






Sirima un destin brisé






Sirima Wiratunga, une mère française, un père sri-lankais, née en Angleterre en 1964, elle vivra son enfance au Sri Lanka et son adolescence au pays de la perfide Albion. Elle sera très jeune influencée par la musique, que ce soit par son père à la guitare, la flûte de son oncle, les percussions dans les fêtes bouddhiques des baïlas, la musique populaire et classique du Sri Lanka. Mais elle est fragilisée par le climat, une langue qu’elle ne parle pas et le regard des gens  qu’elle ne comprend pas, elle se réfugie dans la musique et s’essaye à beaucoup d’instruments comme le violon, le piano, l’ukulélé, l’accordéon et la guitare qui sera son instrument de prédilection. Elle découvre la pop anglaise et se passionne pour les comédies musicales. A 18 ans, elle quittera l’Angleterre pour la France ou elle sera jeune fille au pair. Entre 1982 et 1987, elle joue dans le métro à la station Châtelet–Les Halles. Elle fera la première partie de Paolo Conte au Théâtre de la ville en 1985.

Fin 1986 Philippe Delettrez, saxophoniste et producteur est en quête de nouvelles voix et de nouveaux visages et pour ceux qui connaissent Paris, le plus facile moyen de ce déplacer n’est ni en taxi, ni en autobus. Delettrez en parisien efficace se déplace en métro et c’est dans le hall de la station Châtelet que son attention est attirée par la voix d’une jeune fille qui chante les tubes du moment, s’accompagnant d’une  guitare électrique branchée sur un ampli qu’elle trimballe sur un chariot de supermarché. Après l'avoir écoutée, le producteur engage la conversation et lui propose de participer à son prochain spectacle, cette dernière n’ayant pas de carte de visite à lui donner, elle griffonne son adresse sur un bout de papier, elle vit avec Kahatra Sasorith un guitariste qu’elle a connu dans un bar chinois et qui vient de lui faire un enfant (Sirima en cinghalais signifie «Douce maman»).


Pour la première fois, Sirima va chanter devant un vrai public et on va lui proposer des engagements sérieux, mais cette dernière veut garder son indépendance et repartir dans les sous sols parisiens avec guitare. Mais le destin va encore venir frapper à sa porte, Philippe Delettrez encore lui, apprend que Jean-Jacques Goldman l’ex.chanteur du groupe Taï Phong recherche une voix féminine pour enregistrer un duo. «Je cherchais la femme qui allait me répondre dans cette chanson…» Goldman écoute des centaines de cassettes «J’ai écouté la voix, c’était tout à fait le genre de voix que je cherchais…» «…Un jour je l’ai rencontré près du Châtelet parce que c’était là qu’elle officiait, dans le métro… Je me suis rendu compte tout de suite que c’était la voix mais c’était aussi le personnage». Après des essais en studio qui s’avèrent concluants, arrivera la séance d’enregistrement. En 1987 sort «Là-bas», le titre second du Top 50 pendant quatre semaines consécutives et le single se vendra à 593.000 exemplaires et sera certifié disque d’or.

P.Delettrez et Sirima
Mais malgré le chant des sirènes et les alléchantes propositions des maisons de disques, elle reprend son caddie et reste indépendante, mais avec le temps, l’attraction des studios d’enregistrement aura raison d’elle. Elle extériorise ses peurs, ses doutes, ses émotions, ses envies au travers de sa musique et son travail d’écriture avec Philippe Delettrez.


«A part of me» l’album d‘une vie qui s’ouvre par «Sometime love isn’t enough» : une magnifique chanson en voix-guitare.
«No reason, no rhyme», son rythme latino, «Kym» et sa musique syncopée disco-funk dédiée à son fils.
«A part of me» La chanson titre, encore un beau moment d’intimité.
 «I need to know» avec un choriste de choix puisque personne d’autre que J.J Goldman viendra prêter sa voix et sera crédité sur la pochette avec les autres musiciens.
Entre ballade comme «I believed» et rythme funk avec «Ticket to the moon», il fallait que tous les styles musicaux soit représentatifs «Daddy» et son jazz baigné de cuivre et d’harmonica. «Was it a dream ?» le dernier titre qui sonne comme une prémonition «Etait-ce un rêve ?».

Sirima sera entourée du gratin des musiciens du moment, Jean-Yves d’Angelo, Michel Gaucher, Jean-Jacques Milteau, le pianiste de jazz Maurice Vander (Père de Christian), Pino Palladino le bassiste des stars et the french drummer Manu Katché, même son compagnon du moment Kahatra tient la guitare à droite à gauche.

Au moment ou l’album sort en 1989, elle pense déjà au suivant et Claude Nougaro et Charles Aznavour sont pressentis pour lui écrire certains textes, mais le destin va lui jouer un très mauvais tour et le beau rêve va s’achever en cauchemar le 7 décembre ou Kahatra Sasorith jaloux de son succès naissant va s’emparer d’un couteau de cuisine et la poignardera pour qu’elle n’appartienne à personne d’autre qu'à lui. 
Il sera condamné à neuf années de prison, il en fera à peine quatre et il sera condamné à une expulsion du territoire qui ne sera jamais exécutée, ce dernier est toujours en France et tient un commerce de détail alimentaire dans une ville de gironde.

Cette unique album de Sirima laisse la trace d‘une auteure-compositrice douée dans tous les domaines, que ce soit en composition comme en arrangement. Avec sa disparition  le monde de la chanson a perdu le talent qui aurait surement sorti la chanson française de sa léthargie de l’époque. 

La douce maman a quitté ce monde ou la bêtise et la jalousie l’ont emporté sur l’amour.




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