vendredi 18 août 2017

UBIK de Philip K. Dick (1966) par Luc B.



Les bouquins de science-fiction que j’ai lus se comptent sur les dernières phalanges de la main droite de Tommy Iommi. CHRONIQUES MARTIENNES de Ray Bradbury, LA GUERRE DES MONDES de HG Wells, et LA SENTINELLE, la nouvelle d’Arthur C. Clarke qui a servi de départ pour 2OO1 L’ODYSSÉE DE L’ESPACE (oui, parce que le livre « 2OO1 » a été écrit pendant le tournage, sur la base du scénario, justement).

Philip K. Dick
Philip K. Dick, par contre, on connait bien, parce que ses romans ou nouvelles sont à l’origine de je ne sais combien de films de SF : BLADE RUNNER, MINORITY REPORT, THE TRUMAN SHOW, TOTAL RECALL, PLANETE HURLANTE, PAYCHECK… 

On m’a passé cet UBIK (1966) dont il parait qu’il est le plus célèbre et représentatif de son auteur. Et c’est vachement bien ! Même si je n’ai pas tout compris…

Pour l’intrigue (qui se déroule en 1992) on va se contenter du point de départ, grossièrement résumée. Glen Runciter dirige une entreprise de neutralisateurs. Des gens capables de désamorcer des attaques de psis. Kézako ? Des télépathes capables de visualiser, voire modifier les pensées des autres, généralement pour espionner de grandes sociétés multinationales. Et justement, Runciter reçoit une mission. Envoyer sur la Lune 11 neutralisateurs, pour le compte de Stanton Mick, industriel richissime donnant dans le transport interplanétaire, victime d’une attaque de méchants télépathes. Après avoir réuni une équipe, recrutée par Joe Chip, Runciter et ses neutralisateurs partent pour la Lune, où une surprise les attend…
  
en café...
UBIK imagine une société quasi dictatoriale, dirigée non pas par des politiques, mais par les grands groupes capitalistes. Tout se paie. Parmi les innombrables idées qui jalonnent ce livre, il y a celle des portes ou frigo payants. Joe Chip, jamais un sou en poche, taxe toujours 10 cents à son entourage pour entrer chez lui, sinon la porte, qui parle, lui refuse l’accès ! Et s'il la défonce, elle porte plainte !
 
Il y a aussi le thème de la mort, ou plutôt de la semi-vie. Un état intermédiaire. Dès le début du roman, Glen Runciter part discuter en Suisse avec sa défunte femme, qui gît dans un cercueil, mais dont la conscience agit encore. Toutes les personnes décédées, si on s’y prend assez tôt, et si on a les moyens, peuvent être traitées dans un moratorium. Évidemment, dans ce roman, si les morts ne le sont pas vraiment, et qu’ils peuvent s’immiscer dans les esprits des autres, vous imaginez le bazar…

Le pouvoir  des télépathes est sensationnel. Joe Chip en fait l’expérience, lui qui - au détour d’une simple phrase de K. Dick - se retrouve marié, avec une nouvelle vie depuis deux ans. On apprendra plus tard que ce n’était qu’une illusion, une idée entrée de force dans son cerveau, sans qu’un neutralisateur n’ait pu intervenir. Et le lecteur d’être berné aussi ! 
 
... aspirine...
Ce qu’on vous décrit est-il le récit premier de K. Dick, ou la perception d’un personnage aux pensées téléguidées. La séquence de la Lune est-elle réelle ou suggérée par du maraboutage télépathe, une longue illusion collective montée par les psis ? On sombre très vite dans la paranoïa totale (comme l'auteur lui même qui écrivait sous amphets'), et ça frise la schizophrénie ! Pourtant la narration de Philip K. Dick reste parfaitement compréhensible, fluide, c'est ce qui est raconté qui est complètement dingue !

Et grand thème de SF : le voyage à travers le temps. Dans UBIK, il s’agit de régression temporelle, et c’est juste génial ! Par de petits indices (un paquet de clopes tout neuf, mais dont le tabac est sec, pièce de monnaie n’ayant plus cour, un magnétophone à bande, récent, mais dont les composants s’avèrent anciens) Joe Chip et ses neutralisateurs se rendent compte qu’ils repartent vers le passé, un phénomène qui imprègne ceux qui les approchent. Exemple épatant : une dame qui fait la queue dans un magasin juste devant Joe Chip, se plaint au marchand que le journal du jour qu’elle a acheté, et soudain devenu celui de la veille… 

... ou lame de rasoir ! UBIK !
Joe Chip, après le passage sur la Lune, enquête sur ces évènements pour le moins déstabilisants, cherche à démasquer d’éventuels traitres au sein du groupe, mais doit lutter contre cette régression temporelle, qui se resserre de plus en plus, et décime quelques camarades. 

La solution viendrait-elle d'Ubik ? Un vaporisateur permettant de remettre la chronologie dans le bon sens, d'après Glen Runciter. Mais pas seulement. Car en tête de chaque chapitre, on a une pub pour Ubik. Tantôt des capsules de café, une sauce salade, un parquet plastifié, une lotion capillaire… et à chaque fois cette mention : inoffensif si utilisé conformément en mode d’emploi. Une manière pour l’auteur de fustiger aussi la société de consommation, qu’il voit poindre dans les années 60, et l’avenir ne lui donnera pas tort.

Il faudrait un bouquin entier pour évoquer tout le contenu d’UBIK, et comme souligné en début, je suis novice en la matière, c’est le premier roman de Philip K. Dick que je lis, mon approche est certainement simpliste.

Remarquablement écrit, ce n’est pas un pavé indigeste, mais un récit haletant, de questionnements métaphysiques liés par l’action et le suspens, et des idées, partout, tout le temps, même si depuis 50 ans elles paraissent forcément moins inédites qu’à l’époque. 

éditions de Poche 10/18, 285 pages

4 commentaires:

  1. Pas une fois tu n'évoques dans ton com La Belle de K. Dick. Pourquoi ?!

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  2. Dois-je vraiment répondre ?... Vincent : tu sors.

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  3. Désolé mais je connais quand même mes classiques !

    Ben quoi ? J'ai encore dis une connerie ?

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  4. Au sujet des films - et aujourd'hui des séries (une seule à ce jour) - inspirés des œuvres de K. Dick, il y a souvent des différences de tailles. Ainsi, voir un des films en question, n'empêche aucunement de lire les livres correspondants.
    Certes, certaines visions du futur peuvent désormais sembler désuètes, dépassées, mais le fond et la réflexion qui en découle, sont toujours d'actualité.
    Philip K. Dick était un monstre sacré de la SF

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