mercredi 30 août 2017

The Leslie WEST Band (1976), by Bruno


     Voilà un petit pan du parcours de Leslie West bien peu connu. 
Après les Vagrants, avec son frère Larry, qui éclata pour dissensions alors qu'il devait enregistrer un premier album, après le phénoménal Mountain propulsé par son premier 33 tours (souvent inclus dans la discographie du groupe à cause de son titre) et un Félix Pappalardi enthousiasmé, après le naufrage du West, Bruce & Laing miné par l'ego et les addictions de chacun, Leslie West décide de continuer la route seul.
 Ainsi, en 1975 il réalise son second disque solo,"The Great Fatsby", avec la participation de Gary Wright, de Mick Jagger et de Dana Valery (chanteuse oubliée, mais quelle voix !).
En dépit de sa très bonne tenue, l'album ne fait pas de vagues. Mais cela ne décourage pas notre homme. Dans la foulée, quelques mois plus tard, il fonde un nouveau groupe. Notamment afin d'arpenter à nouveau là scène. 
C'est tout simplement - et modestement - que le collectif est baptisé The Leslie West Band

      Pour ce nouveau projet, il crée le poste de second guitariste ; une décision probablement prise pour retrouver un format qu'il avait dû apprécier lorsque Mountain embaucha Bob Mann ("Twin Peaks") puis David Perry ("Avalanche").

C'est une place difficile à tenir face à l'imposant ogre du Hard-Blues.
La personne qui répond à ce poste est un musicien d'expérience, mais qui n'a jamais vraiment réussi à percer ; même lorsqu'il intégra Spooky Tooth et malgré trois disques intéressants mais décriés. ("You Broke my Heart But So I Busted Your Jaw", "Witness" et "The Mirror"). Du moins décriés en Europe, car en Amérique du Nord, le groupe de Gary Wright suscite l'intérêt depuis 1973 ; soit depuis la reformation avec Mick Jones.  Auparavant, dans les années soixante, alors qu'il n'a pas encore atteint ses vingt ans, il quitte son Angleterre natale pour la France où il intègre l'orchestre d'Eddie Vartan. Il travaille aussi pour la sœur de ce dernier, Sylvie. Rapidement, il rejoint un émigré Belge, Jean-Philippe Smet. Après avoir commencé comme simple musicien d'accompagnement pour les concerts, il fait partie intégrante de son groupe. Il compose pour lui et prend un temps la place de directeur musical au sein des Blackburds, puis des New Blackburds. Il offre à ce franco-belge la musique de quelques-uns de ses succès (généralement en collaboration avec le batteur Tommy Brown) dont "Oh, ma jolie Sarah" et "Je suis né dans la rue".
Aujourd'hui, l'association Leslie West - Mick Jones pourrait paraître incongrue, cependant c'est sans connaître le travail de l'Anglais au sein de Spooky Tooth. En effet, la similitude sur certaines parties de guitares est telle que c'est à se demander si ce n'est pas Leslie en personne qui est venu apporter son aide. 
de G à D : Mick Jones et Leslie West

A la basse, c'est Don Kretmer, issu du Blues Project d'Al Kooper qui répond à l'appel. Et enfin, pour conclure avec les gaillards de la pochette, aux fûts ce n'est autre que le vieux et fidèle compagnon de route (toujours présent sur le dernier Mountain, "Master of War»), l'excellent Laurence "Corky" Laing.

West intègre également un groupe de quatre choristes, ce qui apporte un peu de fraîcheur à l'ensemble. Un soupçon de saveurs typées Soul au milieu de grasses vibrations Hard-blues.
On retrouve aussi le claviériste Ken Ascher (Carpenters, Meat Loaf, Streisand, Muppet Show !), plus que discret. Ainsi que le trompettiste Frank Vicari (James Brown, George Benson et John Lennon) qui illumine quelques titres par de superbes chorus, tout comme Sredni Vollmer à l'harmonica (Colin Linden, Rick Danko, The Band, Hot Tuna, Paul Butterfield, Bob Dylan). Ces deux derniers étaient déjà présents sur le précédent album solo de West. 

     La musique délivrée est sans surprise du Heavy-rock brut et tranchant, toutefois ce n'est pas aussi radicalement Hard-blues que Mountain et West Bruce & Laing. Même si les soli restent sur la gamme pentatonique. Moins lourd également, la basse étant plus discrète et la guitare un peu moins grasse. Cela repose essentiellement sur les gros riffs de Leslie, et sur sa voix, appuyés par la guitare de Mick Jones qui n'a jamais été aussi mordante. Les jeux des deux guitaristes s'imbriquent parfaitement (comme déjà mentionné ci-dessus, il y avait alors du "Leslie West" dans le jeu de Mick Jones. Fait toujours discernable des années plus tard lors des moments où il se lâchera en concert). Deux monstres sacrés de la guitare, un déjà consacré, et le second qui ne tardera plus à l'être.
On a pas vraiment l'impression d'avoir affaire à une grosse formation, malgré la présence des choristes qui se gardent bien d'être envahissantes. C'est assez soudé. Les « Money », « Get it Up », « The Twister », "By the River", « We'll find a Way » tranchent dans le lard. 
« Get it Up » bien que paraissant être le fruit d'une jam miraculeuse, est une pièce de choix dans le style de "in your face". Avec l'harmonica omnipotent de Sredni Vollmer, ça s'apparente à une petite troupe de berserkers goguenards aux commandes d'une locomotive folle.
Dans la continuité des pièces de bravoure, « We'll find a Way » en est une. Et une belle. Peut-être le pinacle de la rencontre de Jones et de West. Un grand titre de Heavy-rock teinté de Soul assez proche d'Humble Pie. Les chœurs, bien dans la lignée des Blackberries de Steve Marriott, ne faisant que renforcer la comparaison.

     Malgré les apparences, Leslie West souhaitait vraiment partir sur de nouvelles bases avec un nouveau groupe. Après son expérience solo, il voulait rapidement revenir à un travail collectif. C'est ce qu'attestent justement les crédits. T
outes les compositions originales sont signées L. West, C. Laing et M. Jones. A l'exception de « Singapore Sling », une belle pièce acoustique et instrumentale de Mick Jones.
Depuis ses débuts, West a toujours apprécié les reprises, qu'il n'hésite pas à interpréter avec sa propre sensibilité. Une habitude qui ira crescendo, surtout à partir du moment où il n'aura plus de comparse sur qui s'appuyer. Il ira jusqu'à reprendre sur disque, certes exceptionnellement, d'anciens titres de Mountain. A ce titre, la disparition de Félix Pappalardi sera une grande perte. Pourtant, sur l'album qui marque son retour sur scène, précisément "Go for Your Life" de Mountain en 1985, il signe avec l'aide de Corky Laing toutes les compositions. Et l'album est loin d'être mauvais, même s'il récolta parfois l'incompréhension, notamment avec un son relativement moderne pour l'époque. (Et s'ils avaient fait un disque dans la lignée de "Climbing !", son et style, d'autres les auraient rabroué en leur reprochant d'être des fossiles incapables de se renouveler). 

Ici, le collectif s'attaque à deux classiques : « Dear Prudence », des Beatles, et l'éculé « We Gotta Get Out of this Place », ici dans la version immortalisée par les Animals, avec en sus, particulièrement lors du coda, un léger parfum alcoolisé ...
Au sujet de « Dear Prudence », c'est probablement la meilleure version jamais enregistrée. On peut même soupçonner Grace Potter de s'être plus largement inspirée de celle-ci que de l'originale. Sans dénaturer l'oeuvre originale de Lennon et McCartney, de par sa voix naturellement éraillée, Leslie l'amène dans une dimension plus virile. Son solo, exceptionnellement dépourvu de saturation et de fuzz, fait preuve d'une belle sensibilité.
     Au sujet de sa voix, elle est bien rarement mise en avant dans les articles le concernant. Pourtant, elle est d'une puissance naturelle rare. Outre son surpoids, West a une corpulence digne d'un ogre, et on n'est guère surpris que son timbre soit si "animal". Au contraire de tant de rockers et autres hurleurs issus des maintes branches du Heavy-metal qui se fracassent les cordes vocales, lui, c'est du 100% naturel. Voire du bio. (D'ailleurs, le frangin, au sein des Vagrants, en dépit d'un jeune âge, avait aussi un timbre assez similaire). Avec sa large cage thoracique, il lui est aisé de couvrir ses collègues. Même vieillissant et amaigri, il gardera une belle carcasse. Son timbre est immédiatement reconnaissable. Inspiré des chanteurs de Soul, tels que Wilson Pickett et Otis Redding, ainsi que des bluesmen, il s'est forgé une voix forte, de suite rocailleuse dès qu'il la pousse un tant soit peu. Bestiale même, mais non dénué de sensibilité. Sur les ballades et autres slow-blues, il laisse échapper une certaine fragilité ; une sensation d'âme en peine, de solitude intérieure.

     Un disque peut-être pas impérissable, mais qui devrait forcément combler les fans de Leslie West, ainsi que ceux de Hard-blues velu, et autres classic-rock burné typé 70's, qui ne sont pas insensibles aux bonnes ballades de pur bois.



     Il y a des années, ce disque était une rareté car disponible seulement en import USA, et édité par une maison de disques, 
Phantom Records, qui fit faillite. Il fallait être un fouineur passionné pour le trouver (lui, comme son prédécesseur). Donc, bien qu'il n'égale pas les Mountain des années 70, ni les deux disques studios de West, Bruce & Laing, il demeure un bon disque du père West. Même si parfois, il semble faire dans la facilité ; notamment avec "The Twister" et surtout "Money (Whatcha Gonna Do)" proches d'une jam reposant sur un riff répétitif. 
Malheureusement, dépassé par ses addictions, Leslie West ne parvient pas à assurer correctement la promotion de son nouveau groupe. Ses concerts font dans la facilité en favorisant les succès de Mountain et de West, Bruce & Laing. Étonnamment, lorsqu'il prend le risque d'inclure de nouvelles compositions, il préfère jouer "Don't Burn Me", "Honky Tonk Women" et "House of the Rising Sun", trois reprises issues de son précédent album solo, plutôt que des morceaux de cet album. Ce qui a forcément dû déplaire à Mick Jones qui s'était impliqué dans cette aventure.
Conscient qu'il perd pied et qu'il ne peut désormais plus remonter la pente seul, il intègre de lui-même une clinique spécialisée pour se faire désintoxiquer. 
Il entame alors une longue traversée du désert, ne se produisant sur scène qu'en de très rares occasions où il monte rejoindre un groupe, un musicien, l'instant de quelques chansons.
Il faut attendre 1985 pour le retrouver sur disque, avec la reformation inespérée de Mountain pour l'album "Go For Your Life". Une nouvelle formation tronquée, car Félix Pappalardi a été assassiné par son épouse, Gail Collins, en 1983. (le tribunal jugera l'affaire comme un malheureux accident).

      Mick Jones, de son côté, décide de franchir le pas. Malgré le fiasco de ce pourtant prometteur Leslie West Band, il demeure aux USA. Là, il fonde son propre groupe, où il pourra enfin laisser libre cours à son inspiration. Sans personne derrière son dos. Avec Foreigner, il accédera enfin à la reconnaissance de son talent et au succès.








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Autres articles sur Leslie West (clic-lien) :
- en solo ⇨ "Unusual Suspect" (2011) ; "Still Climbing" (2013)
- en groupe ⇨ Moutain "Climbing !" (1970) ; West, Bruce & Laing "Why Don't Cha" (1972)

5 commentaires:

  1. Je fais un blocage total sur Mountain. Kif kif pour West Bruce et Laing, avec un 1er album ramené d'Allemagne quand il était sorti (achat bien regretté).
    Un psy avisé dirait que j'ai un problème avec les gros guitaristes.

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    1. Les gros, les anglais, les mecs du New Jersey... oui, ça fait beaucoup... consulte !

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    2. Ha ! Ha! Oui, effectivement. Cela me donne l'idée d'un p'tit article : "Les Gros guitaristes".
      Mais est-ce politiquement correct ??

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  2. Très bon disque de Leslie West. J'aime beaucoup cet album, sans prétention, très Heavy-Blues. Les guitares de West et Jones se mêlent à merveille, et la frappe de Laing réhausse le tout magnifiquement. On peut presque dire que c'est le premier disque de Mountain sans Pappalardi, avant que celui-ci ne disparaisse en 1983. On ressent toutefois l'absence du bassiste de Mountain, sa capacité à conduire le groupe dans une vraie direction musicale. West a besoin de cela pour vraiment donner le meilleur de lui-même. C'est ce qui lui manquera par la suite à mon sens.

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    1. Effectivement Julien, West ne retrouvera jamais un co-équipier du niveau de Pappalardi. De plus le contraste entre les deux hommes permettait à Mountain d'atteindre des dimensions élevées dignes des meilleurs groupes de Heavy-Rock.

      Même avec Jack Bruce, il ne parvint pas à retrouver cette complémentarité. Même si "Why Don't Cha" de West, Bruce & Laing est une pièce majeure (je sais, pas de l'avis de tous). Mais en concert, avec West, Bruce & Laing, au bout de quelques bonnes minutes cela devenait foutraque, l'anarchie. Avec Mountain, c'était plus canalisé. Probablement que Pappalardi restait un mentor pour West, qu'il le respectait trop pour n'en faire qu'à sa tête.
      A mon sens, on a pas suffisamment mis en valeur l'importance de Felix Papparladi. Il est à mettre dans la catégorie des grands bassistes de Heavy-rock des 70's. Et cette décennie en compte quelques fameux.

      Cependant, et heureusement pour West, il y a encore de belles choses par la suite ; bien que parfois l'ogre tombe dans la facilité et les clichés. (Avec aussi quelques productions "stéroïdées" inadéquates).

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