vendredi 28 juillet 2017

VISAGES VILLAGES d'Agnès Varda et JR (2017) par Luc B.



C’est la rencontre de JR (pour Jean René, pas l’ainé des Ewing), artiste et photographe, adepte du collage, et d’Agnès Varda, cinéaste. Qui en matière de documentaire n’en est pas à son premier coup d’essai. On se souvient de DAGUERREOTYPES (1975) où elle filmait les habitants de la rue Daguerre, à Paris, MURS MURS (1981) sur les peintures murales de Los Angeles, LES GLANEURS ET LA GLANEUSE (2000), ou LES PLAGES D’AGNES (2008). Finalement, Varda aura tourné davantage de documentaires que de fictions.  

VISAGES VILLAGES est un petit bijou, un film malicieux, poétique, créatif, qui donne à entendre autant qu’à voir. Les deux compères sillonnent la France dans un camion-photomaton, à la rencontre des gens, et des paysages. Pour inscrire les gens dans les paysages. Comme cette femme du Nord, la dernière à ne pas avoir abandonné sa maison du quartier minier. Elle évoque quelques souvenirs, puis est photographiée, et son visage reproduit en grand sera collé sur sa façade. C’est le principe de ce road-movie.

Chaque rencontre est un petit moment de vie, et les installations peuvent aller de la plus simple à la plus technique. Comme avec ces trois femmes de dockers, dont les photos géantes sont collées sur une pile de containers. Il y a quelques moyens derrière ce film (financement participatif) une logistique, des échafaudages, des grues. Mais l’aspect humain prend toujours de dessus.

Il y a aussi des photos d’Agnès Varda, comme celle du photographe Guy Bourdin, qu’elle souhaite utiliser. Mais où ? Elle sera finalement collée sur un blockhaus, comme tombé d’une falaise, enfoncé sur une plage. Problème : la marée. L’installation doit aller vite, et le lendemain, une fois la mer redescendue, la photo s’est décollée…  C’est aussi ça, ce film, réflexion sur le passé et l’éphémère, les télescopages du hasard. Réflexion sur la vieillesse aussi, Agnès Varda a 89 ans, et se fait régulièrement charriée par JR, sur sa petite taille aussi. Varda a des problèmes de vue. Ce qui donne l’idée à JR de photographier son œil (et ses orteils) qui seront collés sur des wagons de marchandises ! Une belle manière de voyager !   

Et puis il y a un fil rouge, dans ce film, qui apparait de ci de là. Varda reproche à JR ses lunettes de soleil constamment sur son nez. Et son chapeau. Comme Jean Luc Godard. Dont il sera donc question, en filigrane. Avec un hommage à BANDE A PART (1964) où Godard réalisait l’exploit de traverser le musée du Louvre en moins de 10 minutes, une course folle en fauteuil roulant. JR et Varda refont la scène. Puis l’idée vient d’aller voir Godard, à Rolle, en Suisse. Varda et Godard ont gardé le contact, et il lui a visiblement donné rendez-vous. 

Arrivés chez lui, ils trouvent un message au feutre, sur une vitre  « Du côté de la côte » du nom du premier documentaire d’Agnès Varda (1958). L’émotion submerge la réalisatrice, renvoyée à ses jeunes années, à Jacques Demy (son mari), elle vacille sur ses jambes. JR demande si Godard a voulu « saboter » la fin de leur film, par facéties, ou si c’est de la méchanceté gratuite. Varda conclut par : « C’est une peau de vache, mais je l’aime bien. Mais c’est une peau d’vache… ». Un incroyable moment.

Sur une belle musique de Mathieu Chédid, le film est très rapide, ludique. Les images sont superbes, très composées, pensées, étudiées (on n’en attendait pas moins de ces deux-là), mais rien d’ostentatoire, ou d’intellectuel. On pense parfois aux films bricolés de Michel Gondry, et bien sûr à Raymond Depardon qui a tant de fois sillonné la France avec sa caméra, ses appareils photo. JR et Varda échangent beaucoup, et certains dialogues semblent rejoués en post synchronisation. C’est la seule limite, car le ton de JR n’est pas très naturel, parfois (à vrai dire, sa voix est agaçante !). Un procédé tout droit venu de la Nouvelle Vague, justement, dont Agnès Varda est sans doute la dernière représentante, avec l’ermite suisse…  




Couleur  -  1h30  -  format 1,1:85

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