vendredi 19 mai 2017

SOLEIL VERT de Richard Fleisher (1973) par Luc B.


Longtemps je me suis souvenu (ouh la, ce départ a de la gueule !) de deux films vus à la télé, que j’ai mis plus de 30 ans à revoir. Deux films d’anticipation, avec le même acteur, Charlton Heston : LE SURVIVANT (Boris Sagal, 1971) et SOLEIL VERT (écrit en rouge, donc, sur l'affiche française !).
Que ceux qui connaissent SOLEIL VERT lèvent le doigt et se taisent. Les autres, je vous en dirai le moins possible… Car y’a un truc, énorme, et le dévoiler serait crétin.
L’action se déroule en 2022, à New York. Décor d’apocalypse, de chaos social, des hordes de pauvres errent dans les rues, respirent une atmosphère poussiéreuse et verdâtre. Le Monde surpeuplé, souffre de pénurie alimentaire, la population est rationnée. Seule une caste de notables jouit encore de privilèges. Comme le découvrira le détective Thorn, chargé d’une enquête sur la mort de Simonson, un riche industriel. Crime crapuleux, à première vue, mais Thorn flaire l’assassinat téléguidé. Simonson était administrateur de la compagnie Soylent, qui fabrique et exporte pour la moitié du globe le Soleil Vert, un substitut nutritionnel synthétique.
SOLEIL VERT s’inscrit dans les films d’anticipation qui regardent la société se déliter. Il y a ces gens partout, qui s’entassent dans les escaliers des immeubles, que Thorn descend sans même pouvoir toucher les marches, les files d'attente pour le rationnement, et la perte des repères, de souvenirs d’avant le chaos. Des choses toutes simples. Voir Thorn, chez Simonson, se laver les mains au savon, se rafraichir au robinet. Un luxe. Thorn vit avec un vieil homme, Sol Roth. Lui se souvient… Quand Thorn lui rapporte du papier, des crayons, quelle manne ! Et une « vraie » tomate, du bourbon, une simple feuille de salade qui devient un diner gastronomique. Sol Roth en chiale d’émotion. Une scène rajoutée au dernier moment sur l’intervention de Charlton Heston, et une des plus belles.
La société est organisée en classe sociale. A propos de Simonson, Thorn interroge un témoin : « - Profession ? - Homme riche. - Riche comment ? - Avocat, politicien ». Les femmes sont appelées « mobilier », elles sont rattachées à une habitation, et quand un nouveau locataire se présente, il choisit ou non de garder les meubles. La femme est un ustensile, et Thorn ne se privera pas d'en user aussi. 
Cette organisation par castes rappelle d’autres films sur le même sujet, à commencer par METROPOLIS de Fritz Lang. Si dans les années 50 le cinéma américain avait peur du communisme, de la bombe atomique, dans les 70’s on craint la fin des idéaux, les évolutions sociétales - ce que les années Reagan confirmeront - on se sensibilise à l’écologie, la natalité, la contraception. L’avenir fait peur. On pense aussi à des films comme LE FILS DE L’HOMME de Cuaròn, sur la pénurie humaine, le FARHENHEIT 451 de Truffaut, sur la culture (les livres clandestinement sauvegardés par Sol Roth et une poignée de vieillards) ou BIENVENUE A GATTACA.
Années 70 obligent, la bande son est faite de ce jazz funky, délicieusement psychédélique, avec flûte traversière, un thème rappelle d’ailleurs celui de SHAFT. Les femmes portent des peignoirs en soie très courts, échancrés, les seins sont opulents, les chevelures longues.
Richard Fleisher diffuse dès le début une angoisse sourde. Le film commence par des images d'actualité, anxiogènes. Il réalise de belles scènes, dont deux célèbres. Celle des dégageuses, des camions-pelleteuses qui dispersent les manifestants comme on ramasse les poubelles. Et celle du « Foyer », un mouroir où Sol Roth choisit de finir ses jours, dans une cellule baignée de lumière orange, sur fond de Beethoven, et comme dans une salle IMAX, la projection 360° de films de son choix : champs de fleurs, fonds sous-marins. Une séquence magnifique. Thorn, qui est présent, découvre enfin ce monde tel qu’il était. Sol lui dit : « les hommes ont toujours été moches, mais le monde était beau ».
Sol Roth connait le secret. Il le dit à Thorn, mais le spectateur n’entend pas. Jolie  astuce du scénario : le hautparleur grésille, rend l’âme, Thorn est contraint de prendre des écouteurs... Richard Fleisher filme la suite du film sans aucun dialogue. Thorn se rend jusqu’à l’usine du Soleil Vert, une longue séquence où ce qu’il va découvrir, nous le découvrirons aussi.
Sol Roth est joué par Edward G. Robinson, immense acteur, c’est son dernier film, il est réellement mourant dans sa dernière scène, et les larmes d’Heston ne sont pas feintes… Joseph Cotten est Simonson, et Thorn est joué, donc, par Charlton Heston. Trois acteurs ayant pour point commun d’avoir joué pour Orson Welles. Et on a toujours plaisir à voir Chuck Connors et sa belle gueule de salaud. Redisons un mot sur Charlton Heston, controversé à la fin de sa vie pour ses prises de positions pro-armes, mais un acteur solide, une vraie présence physique, qui a traversé trois décennies de grands films, de LA SOIF DU MAL, BEN HUR, LA PLANETE DES SINGES, MAJOR DUNDEE


SOYLENT GREEN
couleurs - 1h35 - scope 1:2.35 

             

4 commentaires:

  1. Grand ! Incontournable ; à voir absolument.

    Tiré du roman de Harry Harrison (écrivain peu connu, à part peut-être pour le "Rat en acier inox")

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  2. Ta chronique m'a donné faim....je me comprend !!! :D

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  3. Vous imaginez si sur les petits beurres verts, il y ait la mention :
    "Peut contenir des traces des membres de la famille Le P**n"
    Ça me coupe l’appétit...

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  4. Vu la première fois, comme toi, à la téloche, il ya longtemps. On devrait être obligé de le voir.

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