samedi 29 avril 2017

HAENDEL – 3 Concertos a due cori – Orchestre baroque ZEFIRO – par Claude TOON



- Tiens, Haendel M'sieur Claude ! L'auteur du Messie et de Water Music… Ça fait un moment que l'on n'en a pas parlé… Que veut dire "a due cori" ?
- "À deux chœurs" ma petite Sonia. Pour une fois Haendel délaisse une orchestration souvent limitée aux uniques cordes et ajoute un dialogue avec une petite harmonie de vents…
- Ah je vois… Et c'est très connu ces concerti, il y a beaucoup d'enregistrements ?
- Eh bien non ! Et c'est dommage. Cela est dû sans doute au fait que Haendel réutilise des morceaux pour la plupart extraits de ses opéras ou oratorios…
- Ah oui, c'est ce que l'on appelle la parodie à l'époque baroque…
- Oui, exactement Sonia. Ce ne sont pas des œuvres spirituelles ou dramatiques, mais des divertissements qui méritent que l'on s'y attarde.

Georg Friedrich Haendel - Thomas Hudson (1756)
L'orchestration façon Haendel se limite la plupart du temps au groupe des cordes plus parfois à un clavecin pour le continuo. Il existe néanmoins 12 concertos avec orgue. Un contraste net avec l'instrumentation plus rutilante d'un Bach rivalisant de couleurs instrumentales variées dans les Concertos Brandebourgeois et les suites (ouvertures) pour orchestre, sans compter les concertos pour violons, clavier, hautbois, etc. Remarque qui s'applique aussi à leur concurrent italien Vivaldi, auteur de concertos grosso pour vents, mandolines, etc.
Les concertos grosso de Haendel, notamment les douze de l'opus 6 de 1739, pallient le recours a priori réducteur aux cordes, par une profondeur mélodique que l'on ne trouve pas toujours dans les passages inspirés par des pas de danse chez ses camarades. Il faut ainsi noter que, mort en 1758, Haendel est un baroque si tardif que l'on peut le classer parmi les premiers classiques comme Mozart (1759-1791) ou C.P.E. Bach (1714-1788), le fiston… Et puis n'oublions pas que le Cantor a composé des concertos pour orgues et cordes, un genre peu abordé par Bach qui se contenta de transposer des ouvrages de Vivaldi (La SACEM n'existait pas).
Pour ceux qui prendrait le train du Deblocnot en marche, wagon pullman musique classique, la biographie résumée de Haendel est à lire dans l'article consacrée à l'une de ses œuvres les plus célèbres : The Water music (Clic).
À ce propos, et pour me faire mentir, les suites de Water music sont richement orchestrées. Il faut penser que cette musique était destinée à magnifier (au sens premier) des fêtes royales, l'orchestre pléthorique étant installé sur un bateau navigant sur la Tamise. Dans les concertos grosso, l'approche chambriste domine et l'orchestre se réduit, évidemment.
Dans ce premier article consacré à Haendel je précisais que le compositeur, certes né en Allemagne, avait travaillé la plus grande partie de sa vie en Angleterre, devenant même une gloire nationale. (Certains pensent encore qu'il s'agit d'un compositeur British, ce qui n'est pas totalement faux puisqu'à la fin de sa vie, il obtint la nationalité anglaise. Il est inhumé en l'abbaye de Westminster comme Purcell. La grande classe.)
Dans le même billet, nous apprenions que Haendel avait produit de manière très prolifique des opéras et des oratorios, souvent d'inspiration biblique : Solomon, Saul, Israël en Egypte, etc., une trentaine d'oratorios en langue anglaise et non en latin, religion anglicane oblige. (Bach écrivant de son côté ses passions et ses cantates en allemand pour ses commanditaires luthériens.)
Tout ce préambule pour en arriver à l'idée principale : les oratorios intégraient des intermèdes destinés à dédramatiser le propos et se présentant sous forme de courtes pièces instrumentales. Haendel, va réutiliser ces morceaux pour construire ses Concerti a due cori. Il était courant à l'époque de recourir à ce principe de la parodie (terme plus chic que récupération ou recyclage). La Messe en si de Bach, monument du baroque, obéit en grande partie à cette technique (Clic). Bien entendu, Haendel va ajouter des innovations… 
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Ensemble Zefiro
Avant d'écouter ces jolis et festifs concertos, quelques mots sur cet ensemble Zefiro peu connu. Formation baroque pour vents à l'origine, l'orchestre baroque Zefiro a été fondé en 1989 par trois instrumentistes : Alfredo Bernardini et Paolo Grazzi (hautbois) et Alberte Grazzi (basson).
Rapidement, leur activité a dépassé les limites de la petite harmonie, comme on peut le voir sur cette photo, pour évoluer vers l'univers chambriste baroque. L'ensemble a réalisé de nombreuses transcriptions pour groupe de vents. Je vous propose en fin d'article une pittoresque et malicieuse ouverture des Noces de Figaro de Mozart. Leur discographie est originale et innovante.
Et aujourd'hui, l'ensemble nous propose cette gravure des Concerti a due cori pour le moins ignorés de l'histoire du disque. Mon premier LP Haendel fut un enregistrement par l'English Chamber orchestra dirigé par Raymond Leppard (déjà cité dans l'article Water music). Une révélation pour l'adolescent que j'étais (tiens, j'écris comme Pat). Il existe également un disque de Neville Marinner. (Qu'est-ce que cet artiste n'a pas joué ?) Pour ces deux exemples, il s'agit d'orchestres jouant sur instruments modernes, mais avec légèreté, on s'en doute… Hormis ces chefs historiques, je ne vois rien, dommage !
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Alfredo Bernardini
Les trois concertos a due cori sont donc en partie des compilations étendues avec de nouveaux morceaux. Relativement tardives, elles seront composés vers 1747-1748. Écrire cela semble une lapalissade puisque pour utiliser des intermèdes existants, encore faut-il que les oratorios ou opéras concernées aient été composés… C'est le cas pour les deux premiers. Le premier n'est composé que d'emprunts antérieurs, de très belles mélodies soit dit en passant. Pour le second, Haendel va écrire deux mouvements originaux. Enfin, curieusement, pour le troisième, tout est nouveau, mais le compositeur, procédera de manière inverse dans l'exploitation de son travail en intégrant les six mouvements à son oratorio Judas Macchabée de 1747. L'affaire sent le bricolage direz-vous, mais le résultat est vraiment attrayant, même si très classique de forme, et mériterait un peu plus d'attention de la part des artistes et des labels…
L'orchestration est limpide et l'harmonie est doublée par l'orchestre baroque Zefiro  :
N°1 : 4 hautbois et 2 bassons plus les cordes évidement.
N° 2  & N°3 : même orchestration avec 4 cors en plus.

On le devine : je ne vais pas chercher à mener une analyse musicologique pointue de cette musique oscillant entre divertissement et trait d'union entre des airs dramatiques et spirituels des oratorios. Mais il est amusant de s'intéresser à quelques morceaux choisis caractéristiques de l'inventivité noble, dansante et joyeuse de cette forme si représentative de l'époque baroque à son firmament.

XX
XXX
Concerto N° 1 – Ouverture : une coutume : démarrer une suite par une ouverture à la française, un pas de marche avec un accent altier et royal parfois hautain (l'ouverture du Concerto N° 2 est noté "pomposo"). L'ensemble Zefiro se prend au jeu et donne, grâce à une joyeuse accentuation, un climat festif à ce passage qui fait songer aux prémices d'un banquet. L'harmonie en est absente.

Concerto N° 1 – Allegro ma non troppo : [1:02] Emprunt sans retenue au premier chœur du Messie "And the glory of the Lord" dans lequel la partie réservée aux voix est confiée aux bois. Les cordes s'envolent dans les aiguës, les bois d'époque et leur timbre râpeux égaillent cet hymne détourné de son rôle liturgique. Un camouflet à ceux qui prétendraient encore que Haendel n'avait pas le génie de la mélodie comme son compère Bach !
J'adore cette interprétation pleine de sève, merveilleusement équilibrée, aux couleurs instrumentales qui tranchent véritablement avec celles des rares concurrents. Écoutez le grand Neville Marriner (certes sur une reprise de LP), une mise en place parfaite mais un ton si neutre et des tempos trop alanguis à mon goût. Une vision racée bien entendu mais presque distante…

Concerto N° 2 – Pomposo : [13:38] Pas si pompier que cela… Les cors naturels sonnent comme lors d'une chasse à cours. Quel genre de chasse ? Une poursuite dans les bosquets à la recherche de Sonia 😊 ?
[15:25] L'allegro suivant est joué furioso avec des traits cinglants. Haendel comme vous avez toujours voulu l'entendre pour reprendre un spot publicitaire. [20:02] Le largo ne traîne pas, ménage un temps de repos et se voit suivi par un facétieux allegro [21:49] aux traits syncopés des violons. Une idée tendre ou farfelue toutes les dix mesures. C'est cela l'univers concertant de Haendel au sommet de son art. Mais pourquoi aussi peu d'enregistrement de cette musique b**l !!

[28:56] On retrouve le même style trépidant dans le 3ème concerto lui aussi avec ses cors virulents.

En sortant du moule imposé par les pas de danse fréquents dans les suites de Bach (bourrée, gavotte, courante, passe-pied), Haendel libère l'imagination et la forme de ces concertos brillants et ludiques. Invente-t-il au-delà du concerto grosso la suite pour orchestre qui traversera les époques classique et romantique ? Bonne question ! Pour reprendre les mots clés dans le texte de présentation que signa Raymond Leppard pour son album sorti fin des années 60 : "virtuosité et humour", "sans doute les œuvres orchestrales les plus accomplies du maître", et pourtant, aucune preuve qu'ils aient été joués du vivant de Haendel.
La discographie alternative se réduit à la peau de chagrin puisque seule l'interprétation de Neville Marriner est disponible mais, à mon sens, se révèle moins réjouissante que celle de l'ensemble Zefiro (Decca – 3/6). L'interprétation de Raymond Leppard plus allègre et élégante fut rééditée un temps en CD par Philips. Avec une mise en avant des deux chœurs de bois d'une délicatesse inégalée, elle  devrait absolument revoir le jour comme toutes les autres gravures de Georg-Friedrich par ce chef. Prise de son raffinée. On peut chercher le CD ou le LP d'occasion, (Philips – 4/6). Nombreux exemplaires du CD pas chers aux USA. (On ne peut pas en dire autant des frais de port 😣.)
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Les concertos interprétés par l'ensemble Zefiro puis par Neville Marriner. Enfin, une ouverture de Rossini





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