vendredi 31 mars 2017

TAKE SHELTER de Jeff Nichols (2012) par Luc B.


Nous avions parlé ici de MUD (2012, - Mud l'article -), très beau film de Jeff Nichols. TAKE SHELTER était son précédent, auréolé de divers prix, et l’a fait connaitre. Nichols est aussi son propre scénariste, et ses films reposent souvent sur le clan familial, les enfants, les névroses. Il y a aussi un aspect presque fantastique parfois, plus présent dans son dernier projet en date, MIDNIGHT SPECIAL.
Dans le middle west, Curtis LaForche, marié à Samantha, est ouvrier. Il gagne sa vie, possède une bonne mutuelle. Ce qui sera utile, puisque sa fille sourde et muette a besoin de se faire opérer. Mais Curtis va mal. Il fait des cauchemars, qui tournent autour de l’idée de danger, d’agression envers sa famille, et notamment une peur panique des orages qui pourraient détruire sa maison.
Cette phobie est irrationnelle pour son entourage. Mais la mère de Curtis est soignée depuis trente ans pour schizophrénie, et Curtis craint de glisser sur la même pente. Son unique but est maintenant de construire un abri anti-ouragan dans son jardin.
TAKE SHELTER est précédé d’une grosse réputation, à juste titre. Ce n’est pas un film spectaculaire, mais qui distille une angoisse diffuse. Les visions de Curtis nous semblent réelles. Mais nous savons – nous pensons - qu’elles ne le sont pas. Il y a du Terrence Malick dans la mise en scène, dans cette manière de filmer les espaces, la nature qui engloutit les humbles humains, les étendues sauvages, ce vol d’étourneaux menaçants qui renvoie à l’invasion de sauterelles de LES MOISSONS DU CIEL. La photographie est superbe. Jeff Nichols pourrait être le croisement de Terrence Malick et de Steven Spielberg, dans la description des gens simples, de la famille, l’incursion du surnaturel dans le quotidien. On songe à RENCONTRE DU TROISIÈME TYPE.
La phobie de Curtis progresse lentement. S’il rêve que son chien l’attaque, il se sépare de l’animal, au grand dam de sa fille. Il est conscient de ses failles, mais ne peut les combattre. Il voit son médecin, essaie de faire ce qu’il faut, mais son angoisse le dépasse. Il dépense trop de temps et d’argent pour son projet, il s’éloigne de son travail, ses collègues, ses amis. Grande scène au Lion’s Club, où sa colère éclate, et comme un prédicateur fou, il menace l’assistance du terrible danger qui arrive.
La tempête arrive, mais réelle, ou sous les crânes ? Un peu longue la scène dans l’abri, il ne s’y passe pas grand-chose. Spielberg y aurait trouvé des trucs à faire… Mais la fin est sublime, crépusculaire, jamais Nichols n’oublie de filmer la relation de couple, et on ne sait que penser du dernier plan, ambigu, ouvert. Le danger, réel ou non – that is the question – est filmée dans le reflet d’une baie vitrée. Et là où Spielberg aurait déchainé les éléments, Jeff Nichols, lui, coupe. The end.
Michael Shannon, fidèle complice du réalisateur, est superbe, renfermé, ténébreux, tout à ses angoisses. Jessica Chastain, (vu dans TREE OF LIFE... de Malick) est diaphane, sensible, elle illumine ses scènes, face à un Shannon sombre et fragile à la fois. Il faut aimer les images, les plans longs, l’atmosphère. Mais c’est humain. On croit aux personnages, l'empathie est réelle, et on finit par croire aux situations. C’est un très beau film.

TAKE SHELTER de Jeff Nichols
couleur  -  2h00  -  scope 2:35

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